Chapitre 21 Demain n'existe plus
Lendemain, appartement de Kara.
« Un énorme carambolage a eu lieu sur le pont de la 32éme. Un camion est suspendu dans le vide et menace de tomber dans le fleuve. »
Face à son téléviseur Kara était en apnée. Elle s'empara de son téléphone pour prévenir le DEO.
« Alex, où est Kal El ? »
« Il est reparti à Metropolis, une source affirme avoir des infos concernant Lex Luthor. » L'informa sa sœur.
« Bon-sang Alex ! Il y a un camion suspendu dans le vide ! »
« …Fonces ! »
Kara raccrocha son téléphone. Ses éclats de voix avaient alerté Lena.
Supergirl se tourna vers la jeune femme en disant :
« Je dois y aller. Je n'en ai pas pour longtemps. Reste ici. »
Lena acquiesça. Kara s'apprêtait à s'envoler lorsqu'elle eut une hésitation, elle se tourna à nouveau vers Lena.
« Lena, promets-moi que tu vas rester ici. »
« Promis.»
Supergirl hocha la tête et quitta les lieux en un éclair.
Lorsque la femme d'acier arriva sur les lieux de l'accident, elle comprit toute l'urgence de la situation. La cabine d'un énorme camion était suspendue dans le vide. L'engin était sur le point de basculer avec à son bord le chauffeur qui criait à l'aide. Kara vola sous le pont et se plaça devant le parebrise.
« Ne bougez pas, je vais vous sortir de là. » Cria-t-elle au conducteur.
Au même moment un grincement sourd retentit, emporté par son poids le véhicule allait basculer… Elle n'avait pas le temps d'extraire le chauffeur. Supergirl posa ses mains sur le pare choc et poussa de toutes ses forces pour le retenir. A cette minute la jeune femme regretta l'absence de son cousin pour lui prêter main forte. Pas le choix elle devait remonter seule la cabine sur le pont. Tout en retenant l'engin la Kryptonienne glissa sous l'essieu avant et commença à pousser vers le haut de toutes ses forces. Ses muscles se tétanisèrent tant la pression sur ses bras était énorme. Les dents serrées Supergirl gémit son effort et lentement elle souleva l'avant du camion jusqu'à le ramener au niveau de la chaussée puis elle le poussa sur le bitume sous les yeux ébahis des automobilistes et des secours. Une fois le chauffeur sur la terre ferme tout le monde applaudit son exploit. Supergirl sourit tout en reprenant son souffle. On avait beau être la femme d'acier, après un tel effort il fallait quelques minutes pour se remettre.
Quelques minutes plus tard.
« Lena ? » Appela Kara en regagnant son appartement.
Pas de réponse.
Supergirl balaya le salon du regard, il était vide seule la télévision continuait d'émettre. Kara fût prise d'angoisse, elle avait un mauvais pressentiment. Elle se précipita dans la chambre pour découvrir que ce qu'elle redoutait était bel et bien arrivé. Lena était partie. Kara s'approcha du lit et y trouva une note posée sur l'oreiller.
« Les promesses ne valent rien. C'est toi qui me l'a appris.»
Kara soupira.
Au même moment, à quelques rues de là. Lena Luthor dissimulée sous ses lunettes de soleil accélérait le pas les mains dans les poches de son veston. Elle savait exactement où aller. Ses lèvres maquillées d'un rouge vif esquissèrent un sourire.
Soir, Métropolis.
Lorsque Lena arriva sur le perron de l'imposant manoir Luthor, la nuit était tombée. En levant les yeux sur le bâtiment Lena le trouva particulièrement lugubre. Depuis le décès de sa mère, la maitresse des lieux avait fait condamner le domaine. Les domestiques avaient été remerciés et plus personne n'occupait la propriété. Aussi, au fil des mois le jardin jusqu'ici si bien entretenu s'était métamorphosé. Des mauvaises herbes avaient envahi les pelouses et le bâtiment ressemblait maintenant à un édifice hanté. Lena s'avança sous le porche et posa sa main sur la poignée. Comme elle l'avait deviné son trousseau de clefs était inutile la porte s'ouvrit en poussant un long et douloureux grincement.
A l'intérieur tous les meubles avaient été recouverts d'un drap blanc et la poussière s'accumulait dans les angles. Lena enclencha l'interrupteur et réalisa que le courant était toujours coupé. C'est donc à la lumière de la torche de son téléphone qu'elle progressa dans la pénombre. Aux murs les portraits de ses aïeuls Luthor semblaient suivre du regard le moindre de ses pas. La jeune femme releva le menton et entreprit de rallier le compteur électrique à la cave pour le remettre en route. Elle approchait de la porte qui menait au sous-sol du manoir lorsqu'un son la fit sursauter. Ce son… Des notes de piano… Un requiem… Une marche funèbre…
Le corps entier de Lena Luthor fût parcouru de frisson. Quelqu'un jouait du piano, la fameuse partition de Chopin. La jeune femme inspira profondément réunissant son courage pour progresser en direction de l'angoissante mélodie. Au fil de sa progression, les notes devinrent plus saccadées et frappées avec plus d'intensité. Lena abaissa le faisceau lumineux de son téléphone et lorsqu'elle entra dans la bibliothèque elle trembla. L'ombre de l'homme derrière le piano la paralysa. Les dernières notes de la partition emplirent la pièce puis soudain le silence. Un silence de mort… Un silence à faire trembler la plus téméraire des femmes. Lena resta debout à l'entrée de la pièce face à cette silhouette impassible qui l'observait dans la pénombre. Puis, la flamme d'un Zippo éclaira le visage diabolique du fantomatique pianiste.
« Bonsoir ma chère sœur. » Dit Lex Luthor avec un sourire satanique aux lèvres.
Lex éloigna la flamme de son visage et alluma un chandelier posé sur le piano, illuminant la pièce d'une faible lueur.
« Je me suis souvenu que tu as toujours adoré m'écouter jouer du piano. » Ajouta-t-il satisfait de son accueil aussi théâtral que lugubre.
Lena avança lentement vers le piano sans lâcher une seule seconde son frère des yeux.
« La marche funèbre vraiment ? » Lâcha-t-elle en haussant les sourcils.
Lex se mit à rire.
« Je trouvais que c'était de circonstance. » Rétorqua-t-il des flammes dans les yeux.
Lena ne répondit pas et posa son sac à main sur le piano.
« J'aime assez ce que tu as fait de cet endroit Lena. »
« Epargnes-moi tes sarcasmes. »
« Tu as raison, ne perdons pas de temps. » Dit Lex en posant une arme à feu sur le piano juste devant lui.
Lena sourit en disant à son frère :
« Ils seront bientôt là. »
Cinq mois plus tôt, prison de haute sécurité de Metropolis.
« Que vas-tu faire ? » Répéta Lex Luthor avec ses yeux fous en se réjouissant de l'expression froide de sa sœur.
« Ce qu'une Luthor doit faire… Me venger. » Répondit Lena.
Lex esquissa un sourire satisfait. Il avait tapé juste en rappelant à la jeune femme toute la douleur de la trahison dont elle avait été victime.
« Sage décision petite sœur. »
Lex se redressa sur sa chaise métallique et ajouta :
« Je me sens soulagé… Je ne serais pas obligé de te tuer. J'aurais détesté ça… »
Lena força un sourire ironique.
« Fais-moi sortir d'ici et je t'aiderai à obtenir justice. » Dit le prisonnier.
« Comment ? »
« Ca petite sœur je ne te le dirais qu'une fois à l'extérieur. »
« Je n'ai peut-être pas besoin de toi pour me venger. » Déclara Lena par pure provocation.
« Lena, Lena, Lena… Tu me fais sortir d'ici pour que je puisse avoir la tête de Superman et je t'aide à te débarrasser de la véritable meurtrière de notre mère. »
Lena pianota ses doigts sur la table en faisant mine de réfléchir à cette proposition. Elle avait tellement de haine, tellement de colère, tellement de rancœur à l'encontre de son ex-amie. A cet instant, elle la détestait plus que quiconque sur cette terre. Pourtant elle se répugnait, elle se dégoûtait, elle était devenue une créature méprisable. Une meurtrière, un vaisseau sans âme… La Lena d'avant n'existait plus que dans un infime recoin de son esprit… L'ombre l'avait totalement engloutie. Et ce frère aussi malade soit il lui proposait de l'épauler, de lui permettre d'obtenir réparation pour toute sa souffrance. A cet instant, la voix du mal lui sembla plus facile, plus séduisante…
Ce chemin serait beaucoup moins douloureux que celui de la rédemption dont elle se sentait totalement indigne. Sa mère le lui avait annoncé, elle était destinée à être une Luthor, c'était dans son sang depuis le début. Personne n'échappe à son destin, pas même elle.
« Tu me diras ce dont tu as besoin… Et une fois à l'extérieur, il nous faudra faire diversion. Il faudra lui faire croire que nous sommes divisés. » Dit-elle froidement.
La stratège, la reine incontestée des échecs étaient déjà entrain de placer ses pions. Elle s'assurerait la victoire en ayant de nombreux coups d'avances. Même s'il lui fallait patienter pendant des mois elle se montrerait patiente la vengeance était à ce prix…
Lex était un impulsif, incapable d'attendre, incapable de contrôler ses pulsions et cela l'avait conduit derrière ces barreaux. Lena était plus réfléchie, plus calculatrice, elle préférait mourir plutôt que de se retrouver ici. Aussi, elle ne laisserait rien au hasard. La victoire ou la mort, il n'y aurait aucune autre alternative. De toute façon elle se sentait déjà privée de son essence, elle était déjà morte… Elle n'avait plus rien à perdre et cela la rendait invincible.
« Luthor contre Super… Le baroude final. Nous mettrons une bonne fois pour toute un terme à cette histoire. » Jubila Lex.
« Un combat à mort. » Dit Lena d'une voix déterminée.
Lex parût surpris par cette déclaration, mais sa sœur le fixait si intensément qu'il comprit qu'il devait en faire le serment aussi il acquiesça de ses yeux fous.
« Un combat à mort. » Répéta-t-il.
Cinq mois plus tard, Manoir Luthor.
« Tu as ce que je t'ai demandé ? » Demanda Lex en se levant de son banc.
« Cela a été difficile de m'en procurer mais j'ai finalement réussi à en trouver. » Répondit Lena en ouvrant son sac à main. Une lumière verte illumina la bibliothèque.
« Parfait. » Dit Lex en se saisissant du fragment.
Lex fit signe à sa sœur de le suivre. Ils parcoururent les pièces en enfilades jusqu'à la porte du sous-sol. Au sommet du sombre escalier, Lex releva une manivelle et le courant fût rétabli. Ils descendirent dans les souterrains qui courraient sur des centaines de mètres sous la propriété. Les fondations centenaires de la bâtisse ruisselaient d'humidité. Après avoir arpenté les tunnels quelques minutes, Lex poussa un porte métallique qui donnait sur le laboratoire secret des Luthors.
« Bienvenu à la maison. » Souffla Lex à sa sœur en lui faisant signe d'entrer.
La diversion de Lena avait donné du temps à Lex pour préparer ses projets. Superman avait détourné ses yeux de Metropolis suffisamment longtemps pour que Lex travaille en secret juste sous son nez. Lena avait monopolisé l'attention des Super, entre son retour à National City et son faux enlèvement elle avait trompé son monde. Et il lui suffirait de crier à l'aide pour que les Kryptoniens se jettent dans la gueule du loup. Tout ceci elle l'avait prémédité pendant des mois, elle avait tout prévu sauf une chose…
Ce qu'elle avait à nouveau ressentit auprès de Kara. Pourtant elle s'était préparée, elle s'était conditionnée pour ne plus se montrer faible. Mais l'attitude de la jeune femme à son égard et particulièrement lors de ses révélations au-dessus du lac, l'avait troublé. Elle avait pourtant soif de vengeance, elle voulait la voir souffrir comme elle avait souffert… Et pourtant, toutes les fois où elle s'était montrée dure et blessante envers Kara ne l'avait pas soulagé de sa peine, bien au contraire. Mais, désormais il était trop tard pour reculer. Il fallait en finir d'une façon ou d'une autre avec toute cette souffrance.
Lex s'approcha d'une vitrine derrière laquelle se trouvait une imposante armure métallique.
« Tu penses que cela sera suffisant pour battre Superman ? » Lui demanda Lena en examinant le travail de son frère.
« Avec ton magnifique présent, je puis t'assurer que cela sera suffisant… Oh oui, il va saigner… Abondamment. » Se réjouit Lex en admirant sa création.
Puis, il se tourna vers sa sœur et lui dit :
« Quant à la voix que tu as choisi… Je dois dire que je suis admiratif. »
Lena sortit un pistolet à injection munit de Kryptonite liquide.
« Pourquoi faire une armure quand on est soit même l'arme ? » Répondit sa sœur.
Lena repensa aux mots murmurés à son oreille par la femme d'acier.
« Tu es ma Kryptonite. »
Lena observa le pistolet, le vert de ses yeux se fondant avec la teinte du liquide contenu dans la fiole.
« Essayer de te convaincre de renoncer serait inutile n'est-ce pas ? » Lui demanda Lex avec un air plus grave.
« En effet, c'est inutile. » Répondit Lena.
Elle tourna les yeux vers son frère qui ne souriait plus.
« N'a-t-on pas dit combat à mort ? »
Lex Luthor acquiesça, elle était déterminée et lui l'admirait des yeux pleins de fierté.
Quatre mois plus tôt, ville de Lakoutsk Sibérie centrale, Russie.
Lena avait atterrit la veille dans cette ville située sur la rive gauche de la Léna… Curieuse coïncidence que ce fleuve porte son prénom comme si elle était destinée à venir ici. Il faisait un froid polaire, les températures négatives affolaient le thermomètre mais cela ne sembla pas avoir d'emprise sur la détermination de la jeune femme. Cette ville dont l'économie locale était essentiellement tournée autour de l'exploitation de gisements miniers ne l'intéressait pas pour ses fabuleux diamants. Lena marchait dans les traces de quelqu'un d'autre… Après la disparition de sa mère et sa désillusion auprès de Kara, Lena n'avait plus qu'une obsession remonter la piste de Liliane Luthor. Elle espérait retrouver les personnes qui avaient aidés sa mère lors de sa cavale, il lui fallait comprendre ses motivations mais aussi mettre la main sur un élément essentiel pour exécuter son plan.
Aussi, c'est à la tombée du jour que son contacte sur place lui donna rendez-vous dans un bar à la clientèle exclusivement masculine puisqu'il s'agissait d'un bar de mineur. En entrant dans l'établissement la ténébreuse Lena Luthor fit sensation. Ses cheveux de jais tirés en arrière, son teint de porcelaine et ses lèvres d'un rouge sang le tout emmitouflé dans un exceptionnel manteau de fourrure noir, la jeune femme ne passa pas inaperçue. Des sifflements et quelques réflexions grivoises prononcées en Russe accompagnèrent ses pas. Ignorant totalement les mineurs qui la dévoraient de leur regard lubrique Lena se dirigea vers l'homme assit comme le parrain de la pègre locale au fond du bar. Autour de lui deux colosses aux crânes rasés montaient la garde, leur AK-47 bien en évidence.
L'homme qui l'attendait avait une soixantaine d'année et portait une Chapka soviétique. Il était gras, sa peau était pâle et son nez bien rouge. Ses yeux en amande scrutaient la jeune femme qui ôta ses gants avant de prendre place sur la chaise laissée vacante face à lui. Sans dire un mot, l'homme leva la main vers l'un de ses gardes du corps pour qu'il porte un verre à vodka pour son invitée. Lorsqu'une femme était à table, il était de coutume que l'on lui fasse l'honneur d'un toast. Aussi, l'énigmatique Russe servit l'alcool et invita Lena à boire.
« Do dna ! » « Jusqu'au fond ! » S'exclama le joufflu avant de boire cul sec très vite imité par Lena qui ne sourcilla pas de la flamme qui s'animait dans son œsophage.
L'homme se mit à ricaner, charmé par le stoïcisme de la jeune femme au milieu de tous ces hommes qui la dévisageaient comme une meute de chien bavant sur un os.
« Vous ressemblez à votre mère. » Dit le Russe en anglais avec son fort accent.
Lena ne répondit pas bien qu'elle ne partage pas l'ADN de Liliane elle savait qu'il y avait effectivement une ressemblance frappante. La jeune femme se contenta de plisser un coin de ses lèvres.
« Elle m'avait dépeint votre beauté mais maintenant que je vous vois… Je me dis que sa description ne vous rend pas suffisamment justice. » Dit l'homme en ricanant tout en adressant un regard grivois à ses hommes qui acquiescèrent d'un sourire crasse.
« Je vous remercie Alekseï. » Répondit Lena par politesse connaissant parfaitement les usages Russe concernant les affaires. Pas question de faire des négociations avant plusieurs verres et d'avoir profité de l'hospitalité de son hôte. Manquer à cette tradition serait une offense et encore plus venant d'une femme. Les Russes avaient de l'orgueil et beaucoup d'égo aussi il ne fallait pas s'amuser à les contrarier.
L'homme sourit à nouveau et échangea quelques mots en Russe avec ses hommes qui s'esclaffèrent à nouveau de la remarque graveleuse et machiste de leur patron.
Lena resta silencieuse tandis qu'elle écoutait leur échange. Puis, elle s'empara de la bouteille de Vodka et resservit l'homme à la Chapka avant de verser de l'alcool dans son propre verre. Elle saisit son verre et le leva en l'air avant de dire dans un Russe absolument parfait.
« Vous ne seriez pas satisfait Alekseï je suis aussi froide que de la glace, je doute d'être en mesure de réanimer votre feu de jeune homme. »
Estomaqués de découvrir que la jeune femme comprenait et parlait parfaitement leur langue les hommes restèrent un instant bouche bée avant de rire bruyamment de la déclaration de la jeune femme.
Lena avala sa Vodka cul sec en souriant laissant l'assemblée d'hommes s'esclaffer de ses paroles en se tapant le ventre.
« Je vous aime bien ! » S'exclama Alekseï en la pointant du doigt, une larme au coin de l'œil tant il avait ri.
« Vous parlez comme une vraie femme russe ! » Ajouta-t-il en souriant son verre au bord des lèvres.
Ils entamèrent la conversation et très vite Lena obtint les renseignements qu'elle était venue chercher. Elle apprit que le Russe était un ami de longue date de sa mère, qu'ensembles ils avaient menées des affaires très lucratives et bien entendue illégales. Lena poussa plus avant pour savoir si Alekseï était aussi un fervent partisan de Cadmus.
« Non je n'ai jamais fait partie de son organisation. Mais je partageais ses idées. Nous les Russes sommes pragmatiques. Je ne m'investis que dans les affaires qui me rapportent de l'argent. Les croisades, les causes je les laisse aux autres. Le jour où les Kryptoniens seront un problème pour la sainte Russie, alors peut être que je reverrai mon engagement.»
« Lors de vos échanges, Liliane vous a-t-elle exposé son plan ? Vous a-t-elle dit pourquoi elle avait besoin de cette Kryptonite ? »
L'homme cessa de sourire et reposa son verre sur la table. Il se pencha vers elle et l'observa de ses yeux sombres.
« Elle l'a fait pour vous. » Affirma-t-il.
Le cœur de Lena trembla. L'entendre de la bouche d'un inconnu, ravivait sa douleur. La culpabilité ne la quitterait jamais, elle devrait vivre avec ça toute sa vie.
« En quoi la Krytponienne est une menace pour l'humanité ? Que vous disait ma mère ? »
« Votre mère affirmait qu'un tel pouvoir est une menace pour l'homme. On ne peut pas contrôler ces aliens, Elle était persuadée qu'un jour ils se retourneraient contre nous. Pour Liliane le désastre à venir était certain, ce n'était qu'une question de temps. Et d'après elle il revenait aux puissants de ce monde, aux humains dotés de moyens d'intervenir avant qu'il ne soit trop tard. Cette mission était la sienne et je la respectais pour cela. Une femme de conviction votre mère. Ici en Sibérie celui qui croit est celui qui survit, celui qui se bat est celui qui survit, peu importe l'ennemi. »
« Lorsque le blizzard nous prend, qu'il fait si froid que nos muscles se tétanisent, qu'il fait si sombre qu'on n'en est désorienté, celui qui affronte la tempête a une chance de survivre, celui qui se couche meurt. » Ajouta-t-il d'une voix pleine de gravité qui capta l'attention de tous les mineurs du bar.
Les hommes approuvèrent les paroles du chef.
« Les Kryptoniens ne sont pas de notre monde, ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas encore agit contre nous qu'ils ne le feront pas. Ils nous plongent simplement dans le brouillard… Ils ont la puissance nécessaire pour nous mettre à genoux. Liliane avait décidé d'affronter la tempête avant qu'elle ne souffle trop fort, avant qu'il ne soit trop tard. »
Les paroles de l'homme renforcèrent le trouble de Lena. Depuis son départ de National City et la rencontre avec son frère, sa colère grandissait de jour en jour. Elle avait perdu la dernière lumière de sa vie capable de la remettre sur le droit chemin. Kara avait disparue, il ne restait que Supergirl. Lena se demanda même si la jeune femme avait réellement existé un jour ou si ce vaste mensonge n'avait eu pour seul but que de la manipuler. Quelques mois auparavant Lena aurait écouté les paroles du Russe avec détachement et aurait même ri de ces stupidités… Aujourd'hui, ces mots avaient un sens… Elle avait trop souffert, Supergirl lui avait fait du mal, beaucoup trop de mal. Tout était remis en question. La fille de Krypton n'était peut-être pas la personne bien qu'elle affichait derrière son S et sa cape.
« Tu es la Luthor qui sauvera le monde. » Les propres mots de sa mère lui revinrent en tête.
« Alekseï j'ai besoin… »
« Le gisement est épuisé. » L'interrompit le Russe qui avait deviné les pensées de la jeune femme.
« J'ai livré à votre mère tout ce que nous avions extrait de notre sol. »
« Et cette Kryptonite est désormais entre les mains d'une organisation gouvernementale. » Souffla Lena dépitée.
Le Russe observa le visage de la jeune femme.
« J'ai dit que le gisement était épuisé ici à Lakoutsk… Mais je sais où on peut encore en trouver une petite quantité… »
Lena retrouva des couleurs.
« Où ? »
« Au nord dans les terres sauvages… Mais, si je ne suis pas allé la chercher c'est pour une bonne raison. Personne n'a envie d'entreprendre un tel voyage pour une si faible quantité. Un ancien mineur du nom de Nikolaï Vetrov a volé un fragment il y a de ça une dizaine d'année. C'était un personnage solitaire et particulièrement agressif, lorsqu'il s'est fait licencié de la mine il a mis les voiles. Aujourd'hui on dit qu'il vit reclus dans une cabane au fond des bois. Si le bougre n'est pas mort gelé ou bouffé par un ours, il doit encore détenir la Kryptonite. »
« Conduisez-moi à lui. »
« Vous n'écoutez pas, en plein hiver personne ne voudra s'aventurer là-bas. Les accès sont coupés, on ne peut s'y rendre qu'en traîneau et cela prendrait des jours avec tous les dangers qu'une telle expédition implique aucun de mes gars n'aura envie de s'y risquer. »
« Dans ce cas j'irai, il me suffit d'avoir un guide. »
Alekseï émit un rire gras et bruyant qui se répandit dans la pièce comme une trainée de poudre.
« Avec ces températures vous ne tiendrez pas deux jours… »
« Ce n'est pas vous qui avez dit qu'il fallait savoir affronter la tempête ? Ne sous-estimez pas ma résilience. » Dit Lena avec détermination.
L'homme leva la main pour ordonner à la jeune femme de garder son calme. Il ne se moquait pas d'elle.
« Je ne vous sous-estime pas… Vous êtes une Luthor. »
L'homme se leva de sa chaise et prit la parole.
« Quelqu'un pour lui servir de guide ? » Demanda-t-il à l'assemblée de mineur.
Les hommes baissèrent les yeux sur leur verre avec un sourire en coin. Personne n'était assez stupide pour répondre favorablement à cette requête.
« Vous voyez ? » Lui dit l'homme à la Chapka.
Lena fit signe à son hôte de se rasseoir et de la laissée parler.
Elle se mit debout et fit face aux mineurs.
« Et pour 300 000 dollars ? » Dit-elle comme s'il s'agissait là d'une bagatelle.
Tous les regards se portèrent sur elle. Puis une armée de bras s'élevèrent dans les airs les uns après les autres.
Lena sourit, satisfaite de son effet d'annonce elle se tourna vers Alekseï.
« Voilà comment une Luthor motive les troupes. »
L'homme salua cette déclaration en levant son verre.
Six jours plus tard, toundra sibérienne.
Malgré les conditions extrêmes Lena ne s'était pas découragée, elle avait entrepris le voyage pour trouver le refuge de Nikolaï Vetrov. Ce parcours de tous les dangers elle le voyait comme un défi, toutes les difficultés, toutes les souffrances de ce chemin de croix elle les prenait comme un juste retour des choses. Cela testait sa motivation, cela renforçait ses convictions, cela lui permettait de se préparer à sa future bataille qui serait bien plus dure encore. Si elle réussissait, cela voulait dire qu'elle avait eu raison, son destin était bien d'être une Luthor. Jusqu'à l'ultime trahison de Kara, Lena avait lutté contre ses démons, aujourd'hui elle y cédait peu à peu. Et plus elle en apprenait plus son désir de vengeance grandissait.
Toute sa vie on lui avait menti, on l'avait manipulé, et depuis qu'elle avait pris une vie, il n'y avait plus de retour en arrière possible… Tout en elle lui dictait de céder à sa colère, de se laisser habiter par elle. Ainsi privée de conscience elle ne souffrirait plus.
L'homme qui l'accompagnait était un solide gaillard d'une trentaine d'année. Il connaissait la Toundra comme sa poche et répondait au nom de Sergeï Romanov. Un géant à la musculature saillante, aux cheveux blonds, aux yeux d'un bleu glacier qui parlait peu mais qui n'en était pas pour autant de mauvaise compagnie. L'homme n'était pas mineur, c'était un braconnier qui faisait aussi parti des hommes de mains d'Alekseï.
Sergeï était un homme dangereux, excellent tireur il était capable de toucher une cible à des centaines de mètres en plein brouillard. Alekseï s'était porté garant pour lui auprès de l'américaine, Sergeï était l'homme qu'il lui fallait. La Luthor lui paya une avance sur la somme astronomique promise. S'il la ramenait en vie avec ce qu'elle était venue chercher il recevrait le reste de la récompense. Depuis, Sergeï lui était totalement dévoué. Deux traineaux avaient été affrétés comptant chacun une dizaine de chien.
Les premiers jours Lena se montra disciplinée et se plia à tous les ordres de son guide. Elle était sur un territoire dangereux et totalement inconnu. Il lui fallait suivre aveuglément les consignes du braconnier pour éviter les pièges de cette nature sauvage hypothermie, crevasse, animaux sauvages…
Peu à peu la jeune femme trouva son rythme et commença à prendre ses marques. Si bien qu'elle participa plus activement au montage du bivouac le soir et aux soins des chiens. Ici, la météo rythmait le temps.
Lena fut frappée par le silence qui régnait sur cette étendue de blanc. Seul le râle des chiens à l'effort et le son de la neige craquant sous le traineau venait perturber la quiétude des lieux.
Qu'il était étrange de se trouver là. Jamais, Lena n'aurait pu imaginer une chose pareille. Ici, la jeune femme était face à elle-même. Le soir au coin du feu de camp, elle levait les yeux sur le ciel étoilé, cela lui rappelait foule de souvenirs. Et le plus douloureux d'entre eux était cette nuit passée dans sa maison au bord du lac. Ce soir-là elle avait laissé Kara entrer dans son cœur et s'y était perdue. Aujourd'hui, elle savait que tout cela n'était qu'un mirage, un mensonge de plus. Celle qu'elle avait embrassée n'était pas réelle…
Sans cesse les paroles de sa défunte mère résonnaient dans sa tête. Sans cesse elle la revoyait se vider de son sang dans ses bras sous le regard de Supergirl. Une boucle infernale de laquelle elle ne pouvait plus sortir. Il fallait qu'elle se prépare, il fallait qu'elle soit capable d'enfermer ses derniers sentiments pour ne plus jamais les laisser sortir. A son retour, elle devrait être prête à affronter Supergirl et être assez forte pour se venger.
Pour l'heure, elle regardait danser les flammes tandis que Sergeï terminait de monter les tentes à l'abri des arbres. Après quelques minutes l'homme vint s'asseoir à côté d'elle. Ces six derniers jours ils avaient appris à se connaitre et même si Lena maintenait une distance entre eux, le Russe parvenait à obtenir quelques confidences.
« Le temps se gâte… » Dit-il en faisant fondre de la neige dans une gamelle.
« Sommes-nous encore loin ? » Lui demanda Lena en se recroquevillant sous sa couverture.
« Si la tempête ne nous empêche pas d'avancer, nous devrions toucher au but après-demain. »
« Parfait. »
« Je vous préviens que si nous trouvons Nikolaï il risque de ne pas se montrer accueillant. Cet homme a sombré dans la folie. »
« J'ai été confrontée à la folie des hommes toute ma vie, celui-ci ne me fait pas peur. » Rétorqua Lena.
Sergeï sourit. Lena l'impressionnait, au départ il pensait qu'il allait se trainer un boulet et finalement la jeune femme faisait preuve d'une surprenante capacité d'adaptation. Et il se trouva même chanceux d'être ainsi au milieu de nulle part en si charmante compagnie.
Lena était à l'image du paysage, d'une beauté à couper le souffle mais aussi d'une dureté sans pareille. Il la trouvait fascinante. Et plus elle se montrait inaccessible plus elle éveillait son désir.
« J'aimerai chasser. » Dit Lena en jetant une brindille dans les flammes.
L'homme tourna les yeux vers elle un peu surpris par cette déclaration.
« La chasse n'est pas une affaire de femme. » Grogna le Russe.
« Je sais tirer… Et si nous sommes menacés je veux être préparée. » Argumenta la jeune femme.
Sergeï hésita.
Une fois de plus, Lena allait contre sa nature, la chasse lui avait toujours fait horreur, mais aujourd'hui les choses étaient différentes. Elle voulait savoir si elle était capable de prendre la vie sans état d'âme. Il lui fallait se tester.
« Quel type de gibier ? »
« Pas du gibier… Un animal noble.» Répondit Lena.
« Tuer pour tuer ? »
« Tuer pour tuer. » Affirma Lena.
Pas question de chasser pour une raison alimentaire. Lena voulait voir si elle était capable d'accomplir un acte de cruauté avec pour seule motivation assouvir la noirceur qui s'était emparée d'elle. Le sang pour le sang.
Le lendemain matin.
Le ciel était bas et comme l'avait annoncé son guide, le temps était menaçant. Malgré cela l'équipage reprit sa route. Toute la matinée les deux attelages progressèrent dans un épais brouillard, vers midi Sergeï leva la main pour faire signe à la jeune femme d'arrêter ses chiens. L'homme descendit de son traineau, le froid était si vif que sa courte barbe était blanchit par le givre.
« Nous devons passer sur la glace, je vais vérifier si elle est assez solide. » Dit-il en prenant une sonde métallique. Lena le regarda avancer en direction de la rivière gelée.
Il progressa à tâtons jusqu'au milieu du lit de la rivière, frappant la glace à ses pieds pour en jauger l'épaisseur. Puis il revint à son traineau et lança à Lena :
« Restez bien dans mes traces… La moindre erreur et votre attelage passera à travers la glace. »
Lena acquiesça.
Sergeï tenta la traversée le premier, la glace gémit mais supporta le poids. Une fois de l'autre côté il donna le signal pour que la jeune femme le rejoigne.
Avec appréhension Lena donna l'ordre à ses chiens d'avancer en s'appliquant à rester sur la ligne imprimée par son prédécesseur. Tout se passait très bien jusqu'à ce qu'un craquement alerte la jeune femme. Sous le patin de son traineau elle vit la glace se rompre.
« Avancez ! » Cria-t-elle à ses chiens pour qu'ils accélèrent mais il était déjà trop tard.
En un instant, Sergeï vit le traineau s'effondrer dans les eaux gelées, Lena disparut sous la glace tandis que les chiens hurlaient à plein poumon en tentant de ne pas être aspirés à leur tour par le poids du traineau.
Sergeï se précipita sur la glace et s'approcha du trou dans lequel avait disparu le traineau en s'allongeant sur le ventre pour répartir son poids.
« Lena ! » Hurla-t-il en se penchant au-dessus de l'eau pour tenter de l'apercevoir.
Au même instant, Lena Luthor se débattait dans une eau glaciale. Elle battait des jambes pour tenter de regagner la surface mais elle était coincée sous la glace et ne trouvait pas d'issue. L'eau était si froide qu'elle eût l'impression que des centaines de lames lui traversaient le corps. A cette seconde elle crût que sa dernière heure était venue. Elle allait mourir noyée, ici aux confins du monde. Dans quelques secondes elle manquerait d'air et le froid aurait raison de ses dernières forces.
En manque d'oxygène une série d'images lui revinrent à l'esprit sous forme de flashs. Une belle journée ensoleillée… Une baignade dans un lac, le sourire de Kara… Elle était de retour chez elle… Ce souvenir apaisant, l'exhorta à s'abandonner… A quoi bon revenir dans ce monde, tout ça n'existait plus… Sa main abandonna la glace au-dessus de sa tête et elle se laissa aller, abandonnant la lumière au-dessus de sa tête, se laissant couler lentement vers le fond. C'est à ce moment-là qu'un bruit sourd retentit et qu'une main vint l'agripper par le col de son manteau pour la tirer vers la surface.
Sergeï extirpa Lena de son piège mortel et la tira sur la glace jusque sur la rive. Là il se pencha sur elle, Lena était inerte, sa peau laiteuse était maintenant d'un pâle mortifère, ses lèvres bleuies par le froid ne bougeaient plus. Elle ne respirait plus. L'homme s'activa pour lui faire du bouche à bouche. Et pendant qu'il tentait de la réanimer la jeune femme continuait son voyage…
Elle se trouvait sur le sommet de la tour du manoir Luthor. Une femme était de dos tournée vers l'horizon. Cette silhouette… Cette silhouette Lena ne la connaissait que trop bien.
« Maman ? »
Les mains dans les poches de son veston Liliane Luthor se tourna vers sa fille son sourire énigmatique sur le visage.
Lena n'en crût pas ses yeux.
« Maman ? C'est vraiment toi ? »
« Il semblerait. » Répondit Liliane.
« Alors ça veut dire que je suis morte ? » Lui demanda Lena avec un air perdu.
« Pas encore. » Répondit sa mère en avançant vers elle.
« Je suis tellement désolée… » Gémit Lena en versant des larmes.
Liliane posa une main sur la joue de sa fille pour effacer ses pleurs.
« Ce n'était pas ta faute… C'était la sienne. » Dit Liliane.
Lena grimaça de douleur.
« Ta place n'est pas ici ma fille. Tu dois retourner là-bas. »
« Je ne peux pas. »
« Tu le dois Lena… » Dit sa mère avec un regard tendre.
« Je suis tellement désolée, je ne voulais pas ça. »
« Je sais, maintenant tu réalises… Maintenant tu sais la vérité. »
Lena fronça les sourcils, elle ne voulait pas entendre ces mots.
« Regarde… Regarde le mal qu'elle m'a fait… Le mal qu'elle nous a fait…Ce qu'elle fera au monde… » Dit Liliane en passant sa main sur son ventre suintant de sang.
Lena sentit un violent coup sur sa poitrine.
« Lena… » Murmura sa mère avant de disparaitre comme un courant d'air.
Lorsque Lena ouvrit les yeux Sergeï était entrain de lui faire un massage cardiaque qu'il cessa immédiatement lorsqu'il l'entendit tousser. Il aida la jeune femme à recracher l'eau de ses poumons en la couchant sur le côté.
« Ca va aller. » Lui dit-il en maintenant sa tête sur le côté.
Lena était revenue parmi les vivants et il s'en était fallu de peu. Une fois qu'elle parvint à respirer normalement, le russe la frictionna.
« Il faut vous réchauffer très vite sinon vous allez faire une hypothermie. »
Il se rua vers son traineau pour sortir une couverture de survie qu'il posa sur Lena qui tremblait comme une feuille. Puis il courut délivrer les chiens de l'attelage pris dans la glace. Ensuite il saisit la seule tente qu'il leur restait sur son traineau et la déplia à toute vitesse. Il revint vers la jeune femme et la prit dans ses bras pour la porter jusqu'à la tente. Lena était dans un état second, elle était en état de choc.
Avec ses dents Sergeï retira ses gants et débarrassa la jeune femme de son anorak puis entreprit de la dévêtir totalement. Le temps jouait contre lui, avec ces températures la rescapée risquait un nouveau choc thermique. Lorsque Lena fût en sous vêtement il la glissa dans un sac de couchage puis il se débarrassa de son propre manteau humide et se colla contre elle pour la réchauffer. Sergeï enveloppa la jeune femme de ses bras puissants et la serra contre lui absorbant chacun de ses spasmes. Le souffle haletant de Lena commença peu à peu à retrouver un rythme normal. Tremblante, elle se laissa envelopper par la chaleur qui émanait du corps de son sauveur. Elle se lova contre lui et ils restèrent ainsi l'un contre l'autre pendant de longues minutes.
Sergeï lui murmura à l'oreille des paroles réconfortantes. Qui aurait cru que sous ces aspects d'homme des bois se cachait un être si doux ? L'homme avait eu les bons gestes, il avait eu la bonne attitude, il venait de lui sauver la vie. Sergeï aurait pu la laisser se noyer, il aurait pu ne pas prendre le risque de s'aventurer à nouveau sur cette glace sur le point de céder sous son propre poids. Et pourtant il était revenu pour elle et de cela Lena se trouva reconnaissante. Même si avec tout ce qui la tourmentait elle n'avait plus vraiment le goût de vivre…
Le souffle chaud de son sauveur dans son cou berça Lena, elle était épuisée, elle n'avait plus aucune force, elle s'endormit dans les bras de son héros. Une fois rassuré sur l'état de la jeune femme, Sergeï se retira et l'emmitoufla sous les couvertures. Ils n'iraient pas plus loin aujourd'hui, Lena avait besoin de repos. Il sortit à l'extérieur pour s'occuper des chiens et préparer le camp pour affronter la tempête de neige qui allait s'abattre sur eux d'une minute à l'autre.
Ce n'est que plusieurs heures plus tard que Lena ouvrit les yeux. Le bruit du vent sur la toile de la tente la réveilla en sursaut. Elle se redressa d'un bond complétement affolée.
« Tout va bien. » La rassura le jeune homme en posant une main sur son épaule.
« Ce n'est que la tempête. »
Sergeï était allongé à côté d'elle dans l'étroite tente qu'ils devraient désormais partager chaque jour jusqu'à leur retour.
« J'ai dormi longtemps ? » Lui demanda Lena en réalisant qu'elle était à demi nue sous les couvertures.
« Le temps qu'il fallait. » Répondit son guide.
Lena se frotta le visage, elle se sentait engourdie. Il y eût un silence puis Lena se tourna vers le russe.
« Merci. » Dit-elle.
Sergeï esquissa un sourire et la fixa de ses yeux bleus.
« Je ne voulais pas voir mon argent couler au fond de la rivière. » Rétorqua-t-il.
Puis, il lui adressa un sourire qui ne trompait pas, il n'en pensait pas un mot, il n'avait pas fait cela pour l'argent.
Lena lui rendit son sourire et le remercia à nouveau.
Ils écoutèrent le vent souffler contre la toile pendant un moment puis Lena se décida à parler.
« J'ai… J'ai vu ma mère… »
« Sous la glace ? »
Lena acquiesça.
L'homme ne parut pas étonné.
« Quand quelqu'un traverse la glace et qu'il en réchappe, il n'est pas rare qu'il en revienne avec des choses à raconter. »
Lena fût séduite par la capacité de Sergeï à dédramatiser la situation. Il ne la prenait pas pour une folle, il ne la jugeait pas. Le russe avait toujours cet air détaché qui permettait à la jeune femme de s'exprimer librement.
« Elle m'a dit des choses… »
« C'était si réel… » Souffla Lena encore bouleversée par ce qu'elle venait de vivre.
« Peut-être que ça l'était… » Répondit Sergeï en posant sa tête sur le sac qui lui servait d'oreiller.
« Tu crois qu'on a une destinée ? » Lui demanda Lena.
« Oui c'est même certain. »
« Qu'elle est la tienne ? » Lui demanda Lena curieuse.
« Moi ? Un jour je remplacerai Aleskeï au sein de ma communauté. » Affirma Sergeï comme si il ne pouvait en être autrement.
« Aleskeï n'est pas un enfant de chœur. »
« Moi non plus… Dans le monde dans lequel je vis il n'y a pas de blanc ou de noir… Ici en Russie il faut s'endurcir pour survivre. Faire ce qui doit être fait. » Affirma le jeune homme sans l'ombre d'un doute.
« Faire ce qui doit être fait… » Répéta Lena dans un murmure.
« Si tu as un ennemi, tu dois l'écraser… » Dit Sergeï en serrant le poing.
« Et si on ne s'en sens pas capable ? »
« Alors c'est toi qui meurt. »
L'athlétique jeune homme se tourna vers Lena pour l'interroger.
« Ne sommes-nous pas venu ici, pour trouver l'arme qui te permettra d'abattre ton ennemie ? N'est-ce pas dans ce but que tu as risqué ta vie ? N'est-ce pas la raison pour laquelle tu es revenue d'entre les morts ? Pour obtenir réparation ? »
Dans la bouche de l'homme cela semblait tellement limpide, tellement simple… Fallait-il une nouvelle fois y voir un signe ? Fallait-il vraiment que Lena cède à sa colère ? S'abandonne à sa vengeance ?
Cette fois, Lena choisit de garder ses pensées pour elle.
Le lendemain matin.
Le froid réveilla Lena, de la buée sortait de sa bouche. Elle se tourna sur le côté pour découvrir que Sergeï était déjà levé. Elle passa sa main sur le duvet froid et en déduit que cela faisait déjà un moment. Elle s'habilla et s'apprêtait à enfiler ses après ski lorsque le zip de la tente descendit laissant apparaitre son guide.
« Lena, suis-moi. » Dit l'homme à voix basse.
La jeune femme obéit sans poser de question, une fois à l'extérieur l'homme lui fit signe de ne pas faire de bruit et de se montrer discrète. Il s'empara de son fusil et lui indiqua une direction. C'est dans l'épaisse poudreuse tombée cette nuit qu'ils progressèrent pendant une dizaine de minutes. Puis au sommet d'un léger dévers il s'allongea sur le sol en lui pointant la plaine en contre bas. Lena écarquilla les yeux en l'imitant.
« Tu voulais une proie ? Tu en a une. » Lui dit Sergeï en pointant du doigt un animal à la toison grise qui s'était roulé en boule au pied d'un arbre à une cinquantaine de mètre.
« Une belle louve… » Déclara le russe en réglant la visée de la lunette du fusil de chasse.
Lena observa l'animal, comme si la louve l'avait senti elle se redressa dans la neige sur ses pattes, humant l'air pour déterminer s'il y avait bien une menace.
Sergeï donna le fusil à Lena qui se mit en position, plaçant son œil dans la lunette pour découvrir le regard de la bête. Son cœur se mit à battre la chamade lorsque les yeux bruns de la louve se tournèrent dans sa direction. Elle eût l'impression que l'animal la défiait du regard.
« Prends le temps d'ajuster ton tir puis pose le doigt sur la détente. » Lui souffla le braconnier.
Lena se concentra pour ne pas trembler.
« Visualise la trajectoire de ta balle et inspire profondément. Tu as le temps, le vent vient de face, elle ne nous sentira pas.»
La louve était immobile, ignorant qu'elle faisait face à sa mort.
Le grondement des battements de son cœur bourdonnant dans sa tête, Lena prit la mesure de ce qu'elle s'apprêtait à faire. Cet animal sauvage dont la vision l'aurait encore émerveillé il y a quelque mois éveillait maintenant ses instincts les plus vils. Pendant, un instant elle s'imagina braquer son arme sur une toute autre proie... Il lui fallait savoir, il lui fallait découvrir si elle était capable de mettre fin à une vie sans trembler. Son doigt sur la détente, Lena ne quittait plus des yeux le cœur qui battait sous l'épaisse fourrure de la bête.
« Tu es prête ? »
Lena sans relâcher son attention acquiesça d'un léger signe de tête.
La jeune femme croisa à nouveau le regard de la majestueuse louve. Elle la voyait si clairement qu'elle eût l'impression que l'animal sondait son âme. Lena inspira profondément serrant son index autour de la détente. Une bruyante détonation retentit dans la plaine et l'animal prit les jambes à son cou. Le projectile avait manqué sa cible faisant gicler la neige dans les airs.
Lena baissa la tête contre la crosse de son fusil tandis que Sergeï affichait un sourire en coin.
« Tu l'as manqué de peu ! » Dit-il en sortant son paquet de cigarette de la poche de son manteau avant d'en porter une à ses lèvres.
« Oui… De peu. » Répondit Lena.
Sergeï soupçonneux plissa les yeux scrutant le visage de la jeune femme. Il se demandait si elle avait réellement manqué sa cible ou si cet échec était d'ordre volontaire.
« Il n'y aura pas de sang aujourd'hui. » Commenta-t-il en recrachant l'épaisse fumée blanche de sa première bouffée de cigarette.
« Non pas de sang aujourd'hui. »
« Tu l'as fait exprès n'est-ce pas ? » Lui demanda-t-il.
Lena leva ses yeux verts vers lui et resta silencieuse. Il n'aurait jamais la réponse à cette question. Personne ne l'aurait jamais.
La jeune femme se laissa rouler sur le dos et observa la cime des arbres au-dessus de sa tête.
« A quoi penses-tu ? »
Là encore il n'obtiendrait jamais de réponse à cette question.
La journée s'était écoulée comme la neige fond au soleil. C'est épuisée que Lena s'allongea à côté de Sergeï.
« Nous touchons au but, demain nous arriverons à destination. » Déclara le Russe un bras derrière la tête.
Lena semblait pensive, depuis son tir manqué elle paraissait ailleurs, absente.
« Est-ce que ça va ? » Lui demanda son guide en tournant la tête vers elle.
Lena roula sur le côté pour lui faire face, ils étaient si proches que leurs nez se frôlèrent. La jeune femme resta silencieuse. Elle plongea son regard dans celui du braconnier avec une expression particulière. Sergeï ne mit pas longtemps à comprendre que la jeune femme n'avait aucune envie de parler, cependant son visage trahissait quelques confidences.
Sergeï osa avancer sa main pour tirer une mèche de cheveux derrière l'oreille de Lena, puis lentement il ramena son visage à ses lèvres. Ils échangèrent un tendre baiser avant de s'enfiévrer et de rapprocher leurs corps l'un vers l'autre. L'athlétique jeune homme frissonna. Il désirait l'ombrageuse Lena depuis l'instant où il avait posé les yeux sur elle. A cet instant, il s'estima être l'homme le plus chanceux de la terre. Quant à Lena elle était à la manœuvre, se débarrassant de ses vêtements à la hâte exposant sa nudité au regard de Sergeï.
Cette nuit, dans cette tente perdue à l'extrémité de ce monde Lena allait se montrer impétueuse, sauvage, insatiable. Lui, ne la jugerait pas, cet homme-là ne cherchait pas à la contrôler, il ne mentait pas. Elle pouvait être qui elle voulait Luthor, Lena, bonne ou mauvaise cela lui était bien égal. Cela n'avait pas d'importance pour Sergeï. Ces yeux bleus-là ne lui inspiraient ni haine, ni déception, ni douleur, ni sentiment… Elle était libre et plus rien ne l'entravait. Lena laissa libre cours à ses pulsions dans les bras du jeune homme.
Demain pouvait attendre, demain n'existait plus.
Voilà...
PS: Il y a tellement à dire sur ce chapitre que je vais m'abstenir et vous laisser la parole ;) Vos réactions m'intéressent grandement.
La suite du voyage de Lena dans le prochain chapitre. A bientôt ;)
