Notes : que vous dire sinon que j'ai été très touchée par vos commentaires sur le chapitre précédent (l'un des plus longs),
vous avez apparemment apprécié les tourments de Severus et le Bal de Noël, avec une magnifique Hermione...
Bienvenue à tiffany ! Et encore merci à toutes les lectrices et lecteurs :)
Qui malmène Hermione ? Quelle sera la réaction du Maître des Potions ? Excellente lecture à tous !
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Chapitre XXI - Pardonne-Moi
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Jamais encore elle n'avait senti qu'elle aurait pu l'aimer comme en cet instant où l'aimer devenait désormais chose vaine, Orgueil et préjugés, Jane Austen
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"Lâchez-moi malotru, je ne vous permets pas !"
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- Oh vous allez me perrrmettrrre beaucoup de choses, crrroyez-moi. Je vous ferrrai plier à ma volonté, Heurmiôneu ! répond sur un ton suffisant la voix du célèbre joueur bulgare. Vous avez assez joué avec moi, il est temps de me rembourrrser pourrr ma patience ce soirrr.
- Non ! Laissez-moi ! Aïe ! Vous me faites mal !"
Cette voix, c'est la sienne. Son Hermione. Severus se rue vers leur provenance, sa baguette déjà en main. Il découvre une scène qui fait monter en lui le désir d'une violence inouïe.
Le Bulgare a coincé contre le bassin sa pupille qui n'est guère de taille à lutter contre la masse musculeuse qui l'oppresse. D'une main il a coincé ses frêles poignets au dessus de sa tête, de l'autre il a abaissé le corsage et pétrit durement de ses gros doigts la chair tendre d'un sein exposé. Une voix froide comme la glace s'élève :
"Lâchez-la immédiatement Krum. Il me semble que le langage de Miss Granger est clair : elle ne veut point de vos attentions.
- C'est elle qui m'a entrrraîné ici. Que crrroyez-vous que j'aie pu en déduirrre ? Je crrrrois savoirrr que c'est le lieu des rrrendez-vous clandestins... rétorque avec une emphase déplaisante le jeune sorcier sans s'écarter de sa prisonnière.
- Est-ce une raison pour se jeter sur elle comme un Cosaque ? siffle le Serpentard en appuyant sa baguette dans le cou du Bulgare qui plisse ses yeux emplis de haine.
- Cerrrtaines femmes aiment êtrrre malmenées. Et celle-ci, sous ses airrrs de Sainte Nitouche, ne dérrroge cerrrtainement pas à la rrrègle... ironise Krum.
Le Maître des Potions ne peut en entendre plus. Tout en murmurant une incantation, une lueur obscure sort de sa baguette qu'il a abaissée, et se dirige tout droit vers l'entrejambe du Bulgare. Ce dernier, par manque de rapidité, est incapable de détourner le Sortilège. Il tombe à genoux dans la neige en laissant choir sa baguette et se tord de douleur sous le regard triomphant et impitoyable de son tortionnaire qui découvre ses dents en un sourire carnassier.
- Je crois que ceci calmera vos ardeurs, du moins un certain temps, disons, environ un mois, prévient le Serpentard. Et sachez que si je vous reprends à trousser l'une des filles de Poudlard, l'incapacité que je viens de vous infliger deviendra permanente. Tenez-le vous pour dit, Monsieur Krum, je n'ai point pour habitude de lancer des menaces en l'air, votre Directeur vous le confirmera... Et au cas où vous l'ignoreriez, Miss Granger est ma pupille, et je suis particulièrement vigilant sur ses fréquentations, et la vôtre ne m'agrée guère..."
Le Bulgare se relève lourdement, et après un dernier regard mauvais lancé dans la direction de Snape et Hermione, il s'en retourne vers le Château en claudiquant.
Restés seuls, le regard encore brûlant de rage de Severus se pose à présent sur Hermione qui tente de se défendre :
- Je voulais juste... lui faire visiter les jardins Monsieur, explique-t-elle faiblement.
Les yeux de son tuteur sont tellement effrayants qu'elle amorce un mouvement de fuite mais le sorcier avance nonchalamment son bras et elle subit l'étreinte de doigts aussi durs que le fer sur son poignet, lui coupant toute fuite.
Il appuie sur ses chacun de ses mots avec une conviction rageuse :
- Ne vous avais-je point demandé d'être prudente ? Ne vous avais-je point mise en garde contre Krum ?
- Mais il disait souhaiter admirer la décoration hivernale du parc, bredouille-t-elle, profondément mortifiée. Elle rougit jusqu'à la racine de ses cheveux.
- Petite sotte ! C'est comme si vous l'invitiez à entrer dans votre couche. Certains hommes n'ont guère besoin de plus d'encouragements pour profiter de ce que... qu'une jeune fille à leur offrir, surtout si elle est dans une tenue des plus suggestives", siffle-t-il en lançant un regard appuyé sur la robe audacieuse.
Hermione a la désagréable impression d'être nue sous le regard impitoyable de son tuteur.
Malgré cette robe aussi belle que dangereuse, elle a l'air magnifiquement innocente ce soir, pense-t-il avec ressentiment.
"Il s'en est fallu de peu que vous ne fussiez... abusée par cet homme. Ignorez-vous que les élèves de Durmstrang étudient la Magie Noire depuis leur Première Année, et que pour eux utiliser un Sort dangereux est aussi aisé que le fait de respirer ? "
Hermione se tait sous l'avalanche de reproches. Il a raison, et elle s'en trouve encore plus mortifiée. Elle se sent scrutée comme sous une loupe.
"Où est votre baguette ? demande-t-il soudainement.
- Je l'ai laissée dans le dortoir, avoue-t-elle d'une toute petite voix en attendant l'explosion de colère qui ne tarde pas.
- Par la barbe de Merlin ! N'avez-vous rien appris depuis quatre ans passés dans cette Ecole ? réplique-t-il d'une voix cinglante. Tout sorcier ou sorcière se doit de porter sa baguette, et ce dans n'importe quelle circonstance, y compris un bal ! Si j'étais arrivé ne serait-ce que quelques minutes plus tard, que croyez-vous qu'il serait arrivé ? Votre... votre vertu ne serait plus qu'un... souvenir ! achève-t-il avec brutalité.
Ces mots sont autant de gifles cruelles qui déchirent en morceaux le cœur d'Hermione. Son visage pâlit sous le flot de méchancetés, et ses yeux ambrés brillent de larmes contenues.
Il y a quelque chose de si pathétiquement sans défense sur les traits de la jeune fille, que le sorcier commence à regretter sa rudesse. Il étouffe un juron.
"Vous a-t-il fait... mal ? finit-il par demander en évitant de la toucher. Ses yeux perçants relèvent les marques de doigts sur les frêles épaules et une vague de haine dirigée vers Krum menace de le submerger à nouveau. Il fait un violent effort sur lui-même.
- Non, ment-elle d'une voix sans timbre, les yeux baissés qui tombent sur ses les bottes noires en cuir de Russie parfaitement cirées. Elle sent encore la pression des doigts cruels du Bulgare sur sa chair.
- Réajustez votre corsage avant que nous ne retournions à l'intérieur, ordonne-t-il sur un ton un peu plus doux en se forçant à ne point dévorer des yeux le téton impudent qu'il a entraperçu malgré lui.
Hermione obtempère docilement et lui tourne momentanément le dos afin de remettre sa robe en place, surtout son corsage plus que sérieusement malmené par Krum. Heureusement que la magie elfique a rempli sa fonction, empêchant ainsi que le tissu ne se déchire.
Comment a-t-elle pu être aussi naïve et croire que le Bulgare se conduirait en gentleman ? Elle a toujours été considérée comme une personne ayant la tête sur ses épaules malgré son jeune âge. La faute en incomberait-elle à ce vin de Champagne qui lui fait encore tourner la tête ?
Alors qu'ils s'en retournent vers la Grande Salle, lui à longues enjambées, elle à pas plus courts mais plus rapides pour rester à la même hauteur, Hermione remarque machinalement un scarabée posé sur le lierre blanc qui grimpe le long d'une colonnade. La lune culmine derrière de lourds nuages gris, jetant assez de lumière pour qu'ils puissent voir leur chemin clairement, même sans les lanternes disposées avec régularité le long de l'allée principale. Le parfum des roses se mêle à l'air frais de la nuit. Elle jette un regard discret sur l'homme qui l'accompagne et ne peut s'empêcher de l'admirer.
Il a un air particulièrement aristocratique ce soir, pense-t-elle douloureusement.
Severus se sent quant à lui victime d'une colère impuissante qui le désarme et le déstabilise, et il n'apprécie guère ce sentiment. Quand il aura ramené sa pupille en sécurité auprès de ses amis, il lui faudra retrouver Dumbledore et l'informer en aparté des craintes de Karkaroff et de son désir de fuite.
L'immense salle de bal ruisselle de lumière, de gaieté, de couleurs hivernales et quelques couples dansent encore sous les notes de l'orchestre qui continue à jouer. Les elfes, vêtus de pour l'occasion de blouses blanches, débarrassent les tables et le buffet qu'ils réapprovisionnent à volonté. Malgré la chaleur presque étouffante qui règne dans la vaste pièce, Hermione se sent gelée de l'intérieur. Elle s'enveloppe dans son étole qui n'a fort heureusement point souffert des actions violentes de Krum.
Verpey, Mc Gonagall et Dumbledore discutent près de l'entrée. Alastor Maugrey et Barty Croupton n'ont pas participé aux festivités.
Harry et Ron sont encore là, assis sur une chaise, affichant un air renfrogné. Hermione se dirige vers eux.
"Qu'avez-vous fait à Krum pour qu'il revienne de votre balade romantique le visage mauvais et qu'il quitte aussitôt la soirée ? attaque Ron sur un ton peu amène en levant à peine les yeux vers la jeune fille.
- C'est bon, laissez-là. Vous voyez bien qu'elle n'a pas l'air dans son assiette, réplique Harry en présentant une chaise à Hermione qui s'y assoit, le dos raide.
- Eh bien, constate le sorcier brun sur un ton défait, nous avons au moins un point en commun tous les trois : cette soirée ne fut pas vraiment une réussite..."
Aucun des deux amis ne lui répond. Le poids de la honte et de la lassitude envahit Hermione. Que serait-il vraiment arrivé si Snape n'était pas intervenu ? Viktor se serait-il arrêté ou aurait-il poursuivi ses attentions indésirables ? Elle ne peut contenir un frémissement de dégoût à l'évocation des mains baladeuses du jeune sorcier sur elle. Elle a l'horrible impression de sentir encore les doigts pétrir sa poitrine.
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4 janvier 1801
Celle que l'on surnomme déjà la "Princesse de Gryffondor", j'ai nommé Miss Hermione Granger, vêtue d'une robe outrageusement indécente lors du Bal de Noël à Poudlard, a tenté de séduire le champion de Durmstrang pour ensuite le rejeter afin certainement de le déstabiliser et permettre à l'un de ses favoris, le célèbre Harry Potter, de l'emporter sur ses concurrents.
La conquête de jeunes hommes n'étant pas de manière à combler les désirs de cette demoiselle, elle n'hésite pas à jeter son dévolu sur ses professeurs. Aussi a-t-on pu la voir évoluer sur la piste de danse dans les bras du Directeur de Serpentard, Monsieur Severus Snape. Nul n'ignore que ce dernier est son tuteur, et qu'il existe entre eux des liens très étroits...
Miss Granger serait-elle à l'origine de la séparation de son tuteur d'avec la sublissime Narcissa Black qui a depuis épousé Lord Malfoy ? Il y a de quoi se poser des questions...
Quant au Professeur de Soins aux Créatures Magiques Monsieur Rubeus Hagrid, il semble que sa haute stature soit due au fait qu'il est un demi-géant. Il tiendrait cette particularité de sa mère, une Géante qui a abandonné époux et enfant alors que ce dernier était âgé seulement de trois ans.
L'on ne peut que regretter le recrutement du personnel de Poudlard qui laisse à désirer...
Rita Skeeter
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"Je vais la tuer ! s'exclame Hermione dont les joues brûlent de honte en reposant brutalement la Gazette du Sorcier sur la table. Cette journaliste est pire qu'une vipère. Comment ose-t-elle écrire pareilles ignominies ? D'où peut-elle tenir toutes ces informations ?" pense-t-elle à haute voix.
Elle sent les regards curieux et quelques-uns méprisants de ses camarades posés sur elle, et devine aisément quelle est la teneur de leurs propos alors qu'ils discutent à mi-voix en tenant un exemplaire du torchon de Skeeter. Un bruit violent retentit à la table du personnel : Hagrid, honteux et furieux, se lève précipitamment et de ce fait renverse l'une des tables qui s'écrase dans un bruit assourdissant. Snape lui aussi affiche un air lugubre, et le journal qu'il tient dans sa main se consume subitement pour n'en laisser que quelques cendres éparses.
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22 janvier 1801
Chère Liz,
Grâce à une information que lui a soufflée Cedric Diggory le soir du Bal de Noël, Harry a découvert le secret de l'Œuf d'Or. Caché sous la cape d'Invisibilité, il s'est rendu dans la salle de bains des préfets, s'est plongé dans l'eau avec l'Œuf et a entendu le message suivant :
[Descends nous visiter et entends nos paroles
Nous devons pour chanter être au-dessous du sol.
À présent, réfléchis, exerce ton esprit,
Ce qui t'est le plus cher, nous te l'avons ravi,
Pendant une heure entière il te faudra chercher
Si tu veux trouver ce qu'on t'a arraché.
Après l'heure écoulée, renonce à tout espoir
Tes efforts seront vains car il sera trop tard"] *
Nous pensons que l'indice dévoilé par l'Œuf indique que la deuxième épreuve aura lieu dans le lac de Poudlard (nous avons aperçu Viktor Krum s'y baigner plusieurs fois malgré les eaux froides), et que les concurrents devront sauver une personne à laquelle ils tiennent tout particulièrement. Il nous faut donc trouver comment permettre à Harry de se maintenir une ou plusieurs heures sous l'eau afin d'accomplir sa tâche. Je recherche dans la bibliothèque ainsi que dans la Réserve le moyen de l'aider.
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"Comment avez-vous pu accepter que des élèves soient volontairement mis en danger pour permettre que les champions réalisent la deuxième tâche ? fulmine le Directeur de Serpentard.
- Messieurs Verpey et Croupton voulaient impérativement que les personnes à sauver soient vraiment proches des concurrents afin d'exercer sur eux une forte motivation. Je ne comprends pas votre appréhension.
- Eh bien ! Pourquoi ne pas prendre ce cher Weasley plutôt que... que Miss Granger ?
- Disons que mettre en danger une jeune fille plutôt qu'un jeune homme, cela accentue l'intensité dramatique... argumente le vieux sorcier. Pourquoi autant vous inquiéter ? s'amuse le vieux sorcier.
- Parce que vous êtes persuadé que Potter va réussir ? Ce garçon ne possède pas deux sous de bon sens ! Si jamais il échoue et qu'il arrive quelque chose de fâcheux à Miss Granger... menace Severus en serrant ses poings.
- J'ai confiance en ce jeune homme, mon ami. Et voyez le bon côté des choses, ajoute sur un ton ironique Dumbledore, ils auraient pu attribuer Miss Granger à Monsieur Krum, et après l'épisode du Bal, je pense que cela aurait été malvenu, n'est-il pas ? Aussi ai-je usé de toute mon influence pour que ce ne fut point le cas. Vous devriez en être plutôt rassuré..."
Le regard farouche de Snape en dit long sur ses pensées.
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25 février 1801
Chère Liz,
La seconde épreuve du Tournoi s'est déroulée sur une victoire de nos champions de Poudlard, mais non sans mal. Deux heures à peine avant l'épreuve, Dobby a fourni de la Branchiflore à Harry, suite à une conversation interceptée entre Madame McGonagall et Monsieur Maugrey. Ce qui a permis à Harry de respirer sous l'eau et de sauver la sœur de Fleur Delacour - cette dernière ayant dû abandonner - et moi-même des Strangulots qui nous retenaient prisonnières au fond du lac. Cedric et Viktor ont également accompli leur tâche, le premier en utilisant le Sortilège de Têtenbulle, le second en se métamorphosant partiellement en requin.
Bien que Harry ait largement dépassé le temps imparti, les juges lui ont accordé un grand nombre de points au regard de son courage et son abnégation pour avoir également sauvé Gabrielle Delacour. Avant d'affronter la Troisième Tâche, il est premier ex aequo avec Cedric, suivi de Viktor et enfin Fleur.
Oh le regard de mon tuteur lorsqu'on m'a sortie du lac ! Le soulagement que j'ai lu au fond des iris sombres m'a réchauffé le cœur malgré le froid qui me donnait l'impression de n'être qu'un bout de banquise.
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8 mars 1801
Le Maître des Potions est en train de boire une gorgée de café bien noir dans la Grande Salle, lorsqu'à l'heure du courrier, une chouette volette et laisse tomber un message sur la table devant lui. Le cœur du sorcier bondit dans sa poitrine. Il a reconnu la messagère de Clarisse qui semble complètement épuisée. Il la gratifie de quelques biscuits et lui verse un peu d'eau dans une soucoupe tandis que ses pensées prennent une direction inquiétante. Comment sa maîtresse peut-elle prendre le risque de lui écrire, et ce à Poudlard, devant des dizaines de témoins, alors qu'ils s'étaient entendus pour ne point le faire ? Un horrible pressentiment l'envahit.
D'une main fébrile il ouvre la missive. Il blêmit en découvrant une mèche de cheveux sombres. Un parfum familier frappe ses narines expertes : ce sont les fragrances de jasmin de sa maîtresse. Il déroule le petit parchemin après s'être assuré de manière discrète qu'aucune trace de Magie Noire ne l'imprègne. Des taches de sang maculent le papier ornée d'un dessin représentant la Marque des Ténèbres. Il frémit en lisant le message. Son sang ne fait qu'un tour. Une sourde angoisse étreint sa poitrine.
Si vous voulez revoir la traîtresse à son sang encore en vie, venez la retrouver...
Clarisse, non ! Pas toi !
Il lève son regard hagard et croise celui de Dumbledore, qui révèle une lueur inquiète inhabituelle. Les deux hommes se comprennent d'un signe de tête et sortent de la salle pour se retrouver peu après dans le Bureau du Directeur. Sans parler, Severus tend le papier. Le vieux sorcier l'étudie en caressant sa longue barbe.
"Je dois m'y rendre. De suite. Elle est peut-être encore... en vie, supplie Severus d'une voix sourde dans laquelle transparaît une douleur appuyée. Il y a aussi sa fille, Maryan...
Ses yeux ont rarement montré un tel désarroi, une telle souffrance.
- Non Monsieur Snape, rétorque sur un ton calme mais ferme Dumbledore en posant sa main sur l'épaule de son adjoint. C'est exactement ce qu'espèrent vos ennemis, que vous vous lanciez tête baissée dans un traquenard où vous risquez d'être pris, voire tué. Or nous aurons besoin de vous quand Voldemort réapparaîtra, ce qui ne saurait malheureusement tarder, constate-t-il. Je vais prévenir Monsieur Kingsley. Je vais devoir lui indiquer où vous avez mis à l'abri Lady Ramsay et sa fille. J'ai confiance en lui. Il saura prendre les mesures qui s'imposent sans ébruiter l'affaire. J'en parlerai également à Monsieur Lupin."
Le visage de Severus se ferme aussitôt.
"Malgré vos dissensions, c'est un sorcier fort capable et qui maîtrise la plupart des Sorts contre la Magie Noire, explicite le vieil homme. Sa nature de loup-garou lui permet de détecter plus aisément le danger et deviner grâce à son odorat développé combien de personnes se trouvent chez Lady Ramsay. Il épaulera efficacement Monsieur Kingsley, je n'en doute aucunement.
Pendant ce temps dans la Grande Salle, Hermione s'interroge. Elle a senti que quelque chose de singulier se passait. Elle a levé son regard et a vu son tuteur recevoir un courrier, changer de visage, se lever précipitamment après sa lecture et être aussitôt rejoint par le Directeur.
Que se passe-t-il de si important ? s'inquiète-t-elle.
Les courriers emplis de menaces qu'elles vient de recevoir des lectrices de Skeeter passent au second plan...
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Sainte Mangouste
Avant de pousser la porte de la chambre, Severus prend une profonde inspiration pour se donner du courage. Il sait que ce qui l'attend sera pénible et douloureux, mais il doit la revoir. Le Guérisseur lui a bien spécifié qu'elle n'était encore en vie que grâce à une extraordinaire volonté qui défie tous les principes médicaux, et qu'elle réserve le peu de qui lui reste pour lui parler, à lui et lui seul, Severus Snape.
Il la découvre sur le lit d'hôpital, ses longs cheveux bruns étalés autour de son visage. Elle est tellement pâle que la couleur de son teint se confond avec celle des draps. Des cernes sombres soulignent ses yeux mi-clos. Une dizaine de flacons est disposée sur la table de chevet. Une infirmière lui administre une potion à petites doses avec une pipette pour empêcher que la jeune femme ne s'étouffe. Quand elle en a terminé avec les soins, elle s'éclipse non sans avoir jeté un regard sur le sorcier qui est parfaitement clair : Lady Ramsay vit ses derniers instants. Dès que l'auxiliaire est sortie, Severus se précipite auprès de la jeune femme.
"Clarisse, ma douce ! s'excuse-t-il en prenant délicatement sa main entre les siennes, en évitant consciencieusement de trop la serrer pour éviter qu'elle ne souffre encore par sa faute. Ses entrailles se tordent à la vue du corps malmené avec tant de cruauté.
Son œil exercé prend rapidement la mesure des mauvais traitements qui lui ont été infligés. Elle a été victime de plusieurs Sortilèges Noirs. Sa peau diaphane comporte de nombreuses meurtrissures : plaies, brûlures, coupures plus ou moins profondes. Le sorcier peut ressentir la Magie obscure qui se dégage du corps.
Comment la maison a-t-elle pu être découverte ? Seules deux personnes étaient dans la confidence : Albus Dumbledore et Alastor Maugrey. Il ne peut croire que l'un ou l'autre ait pu communiquer le lieu de résidence de Clarisse et sa fille, même si Fol Œil ne le porte guère dans son cœur. Une tierce personne a dû découvrir leur secret. Mais qui est-elle ? Qui peut être assez monstrueux pour infliger pareille torture à une femme aussi belle et douce que Clarisse ? Pourquoi un tel acharnement ?
- Je savais... que tu... viendrais, parvient-elle à articuler d'une voix rauque en tentant un sourire mais une vague de douleur l'en empêche. Elle se contorsionne pour échapper à cette souffrance que même les potions qu'on lui a administrées ne parviennent pas à supprimer, seulement à les atténuer.
- Et Maryan ? Où est-elle ? s'inquiète-t-il.
- Elle a réussi... à atteindre... le Portoloin... avant que... le Mangemort... ne puisse... l'atteindre..."
Elle est donc en sécurité au Manoir...
"Je veux que... tu l'envoies... chez ma sœur... en Amérique... Nous en... avions parlé... Elle est... au courant...
- Oui, je te le promets, je m'en occuperai, tu n'as pas à t'inquiéter", affirme le sorcier en posant avec douceur la main contre sa joue.
Chaque mot prononcé ajoute à la douleur de la jeune femme. Les poumons perforés elle parvient difficilement à parler. Sa respiration est sifflante. Le sorcier sent une bouffée de haine l'envahir. Il lui faut connaître le nom des responsables. Et ils paieront. Au centuple.
"Qui t'a fait subir ça ? Clarisse, je t'en supplie, dis-moi qui a osé te toucher ? exige-t-il. Est-ce Lucius Malfoy ?
- Non... pas lui... il ressemblait à... Barty Croupton... en plus... jeune... explique-t-elle.
Barty Croupton Jr ? Mais il est mort à Azkaban de maladie à peine un an après son emprisonnement ! s'étonne Severus.
- Que... voulait-il Clarisse ? demande-t-il, un pli soucieux barrant son front.
Pourquoi cet acharnement ?
- Il voulait... savoir qu'elles... sont tes... véri...tables... allé...geances... Dumble...dore ou... le Seigneur... des Té...nèbres... Je n'ai... pas parlé..." parvient-elle à dire dans un rictus de sourire.
"J'ai peu de... temps pour... te parler... Je t'aime... Severus... Je sais que... tu ne m'as... pas rendu... mon amour... mais tu... m'as apporté... un bonheur...
- Clarisse ô Clarisse ! Pardonne-moi ! Je me suis conduit comme un... implore-t-il avec une trace de sanglot dans la voix.
- Non Sev... tu ne m'as... jamais rien... promis... le coupe-t-elle avec difficulté. J'ai toujours... su que... ton cœur... appartenait... à une autre..."
Le sorcier ne sait que dire. Un gouffre ronge ses entrailles. La jeune femme reprend d'une voix de plus en plus ténue :
"J'ai... toujours su... qu'il existait... en toi... une passion... qui ne doit... point mourir... Laisse...-là s'expri...mer... Ne la... gâche pas... avec le sou...venir d'une... défunte..."
Le sorcier reste silencieux, dévoré par le remord. Des ondes de douleur parcourent les membres de Lady Ramsay, l'obligeant à s'interrompre. La vie quitte déjà ses beaux yeux saphir qui perdent leur éclat et deviennent peu à peu vitreux.
"Tu as... tant d'amour... à offrir... Ne refuse pas... l'amour qu'une... autre te... donnera... Sev..." achève-t-elle dans son dernier souffle en crispant sa main sur la sienne.
Le corps s'immobilise. Les doigts deviennent inertes. Les yeux bleus restent ouverts sur le néant. Severus enfouit son visage dans le cou de la jeune femme sans retenir son chagrin.
"Je retrouverai celui qui t'a fait subir ces souffrances et a provoqué ta mort. Ton assassin paiera pour ses crimes ma douce..." jure d'une voix brisée le sorcier dans les cheveux de sa maîtresse. Une larme s'échappe de ses yeux.
C'est la deuxième fois de sa vie que Severus pleure l'amour perdu d'une femme.
Pourquoi la vie se joue-t-elle ainsi des sentiments des uns et des autres ? Pourquoi est-il tombé amoureux d'une femme qui l'a dédaigné ? Et pourquoi a-t-il dédaigné lui, celle qui l'aimait d'un amour absolu, au point de supporter la torture et d'en mourir ?
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"Votre Maître des Potions étant absent quelque temps, je vais le remplacer, déclare tranquillement Dumbledore en se présentant sur l'estrade de la classe de Potions, un manuel dans les mains. Je ne puis certes pas comparer mes compétences à celle de votre professeur, mais je pense posséder quelques notions qui me permettront de vous enseigner quelques potions sans trop provoquer de dégâts, n'est-ce pas ?"
Une rumeur joyeuse parcourt les travées de la salle, hormis celles occupées par les Serpentards, qui affichent un certain étonnement. Seule une personne n'est absolument pas gagnée par l'euphorie qui règne parmi les élèves de sa Maison. Hermione est inquiète. Depuis que son tuteur a reçu un message lors du petit déjeuner de la veille, il n'a plus reparu. Or, depuis qu'elle le connaît, il n'a jamais été malade, pas même le moindre rhume. Le nombre de potions à sa disposition lui permet de prévenir ou de guérir rapidement la moindre infection. Alors pourquoi est-il absent ? Pourquoi ne l'en a-t-il point informée ?
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Une semaine s'écoule sans le retour de son tuteur. Hermione emprunte la Carte des Maraudeurs à Harry qui la lui confie sans rechigner. Elle a beau le chercher sur le plan, le Directeur de Serpentard ne se trouve pas à Poudlard. L'inquiétude d'Hermione se transforme en angoisse. Elle essaie de se renseigner auprès de Mc Gonagall et du Directeur mais ces derniers se contentent de lui répondre que son tuteur a contracté une maladie contagieuse, et qu'il ne reviendra pas avant dix ou quinze jours, qu'il lui faut être patiente. Mais la patience est loin d'être la première vertu d'Hermione lorsqu'il s'agit de Snape. Elle doit savoir où il se trouve, ce qui le tient éloigné de l'Ecole.
La jeune fille écrit à Remus Lupin, et lui fait part de son inquiétude au sujet de son tuteur. L'ancien professeur de DCFM lui répond presque aussitôt en cherchant à la rassurer, lui affirmant que le sorcier a vécu des heures douloureuses suite au décès d'une personne qui lui était proche, et qu'il faut lui laisser du temps, que tout reviendra à la normale quand il aura fait son deuil.
Et s'il ne le fait jamais ? se tourmente-t-elle en reposant le parchemin qu'elle a lu plusieurs fois, jusqu'à mémoriser chacun des mots. Elle mordille sa lèvre inférieure. Je dois le voir...
Le Directeur la convoque dans son bureau et l'informe que son amie Maryan Ramsay est à présent orpheline, qu'elle a perdu sa mère et qu'elle a quitté le continent pour une destination qui doit rester secrète.
C'est donc la perte de Lady Ramsay qui affecte autant mon tuteur ? s'interroge-t-elle avec une pointe douloureuse qui l'aiguillonne malgré elle.
Elle se souvient avec une mémoire accrue de la scène de tendresse à laquelle elle avait assisté au relais de chasse et qui l'avait alors rendue malheureuse.
Comme c'est loin !
Au début de la troisième semaine d'absence de son tuteur, en observant la Carte, elle découvre enfin sa présence dans ses appartements. Une vague de soulagement et de bonheur déferle en elle. Elle pense le revoir en cours de Potions, mais c'est toujours Dumbledore qui le remplace et il ne se présente pas plus dans la Grande Salle. Profondément déçue, au bout de deux jours elle décide de se rendre chez lui. Mais comment faire ? Peut-elle simplement se présenter à sa porte et toquer ? Acceptera-t-il seulement de lui ouvrir ? Non, sûrement pas.
Une idée jaillit subitement dans sa tête.
Oui, bien sûr ! Dobby ne refusera pas son aide à l'amie de Harry Potter ! exulte-t-elle.
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L'elfe vient de repartir, laissant Hermione à l'entrée du salon. Elle le découvre immédiatement.
Le sorcier est avachi dans son fauteuil. Une barbe de plusieurs jours lui ronge le visage. Ses cheveux raides, sales, retombent sur son visage blafard et sur ses yeux injectés de sang. Lui qui est toujours tiré à quatre épingles est débraillé : sa chemise est ouverte sur une poitrine laissant apparaître une pilosité sombre. L'air est saturé de vapeurs d'alcool et de l'odeur âcre d'un cigare qui se consume dans un cendrier.
Durant plusieurs secondes qui semblent interminables il ne dit rien, se contentant de la regarder sous ses yeux mi-clos, à travers les volutes gris-bleu. Il semble que la pièce soit soudainement privée d'oxygène. Hermione n'ose faire un mouvement, de crainte de provoquer une réaction négative. Elle frissonne de froid, le feu dans la cheminée est en train d'expirer. Elle se sent gauche, ne sachant que faire. Tout son courage l'abandonne subitement.
"Clarisse ? demande-t-il d'une voix particulièrement rauque en s'avançant dans le fauteuil pour mieux la voir. Une jeune femme aux longs cheveux bruns, vêtue d'une longue chemise blanche et qui tient sa baguette en main.
Est-ce son fantôme qui revient pour me tourmenter ?
L'utilisation de ce prénom prend Hermione presque par surprise. Cela lui fait tellement mal, son âme en frémit de douleur. Cela ravive en elle l'audace qui lui faisait défaut peu auparavant.
- Non Monsieur, répond-elle en haletant. Je suis Hermione, votre pupille, ajoute-t-elle avec une note d'espoir dans le ton en affrontant le regard embrumé.
Les onyx se plissent. Il semble enfin la reconnaître. Mais c'est la déception qui s'affiche sur son visage et broie le cœur de la jeune fille. Une moue ourle ses lèvres. Il lève la bouteille de Whisky et boit plusieurs longues gorgées sans la quitter du regard.
- Que voulez-vous... Miss Granger... si tard ? s'enquiert-il d'une voix pâteuse.
- Je... je suis venue voir si vous aviez besoin de... d'une compagnie..." Anticipant une dénégation, elle enchaîne rapidement :
"Vous avez toujours été là pour moi, Monsieur. Je m'inquiète et je veux vous aider à mon tour. Ne me renvoyez pas, je vous en prie..." l'implore-t-elle.
Il ferme les yeux et pousse un soupir. Il est incapable de rejeter les souvenirs de ces dernières semaines et qui le hantent. Il a réussi à mettre à l'abri Maryan en Amérique, mais la jeune fille l'a accablé de sa haine, l'accusant d'être le responsable de la mort de sa mère à laquelle elle n'a pu faire ses adieux et lui dire qu'elle l'aimait. Elle lui a reproché encore de n'être qu'un homme égoïste, incapable de rendre l'affection d'une femme qui lui était entièrement dévouée. Elle lui a même asséné une gifle à laquelle il n'a point cherché à se soustraire. Il a ressenti à nouveau le poids de la culpabilité qui continue à le ronger. Il ne veut voir personne, seulement étouffer la douleur qui l'étreint depuis la mort de Clarisse en buvant.
Hermione profite de ces instants de répit pour se rapprocher silencieusement. Quand il rouvre ses paupières, elle est déjà tout près de lui. Elle lève sa main pour toucher quelques cheveux noirs égarés sur le front pâle. Il ne bouge pas. Enhardie par son absence de rejet, elle ôte avec précaution la bouteille de Whisky de sa main et la pose sur la table. Il ne réagit toujours pas. Elle fait disparaître d'un Evanesco tous les cadavres de bouteilles qui la jonchent ainsi que les restes de cigares, puis lance un Sort de Rafraîchissement afin que la pièce retrouve une atmosphère plus saine.
Elle revient vers lui, glisse au sol sur le tapis et s'agenouille contre ses jambes. Elle pose son profil sur ses genoux, son regard dirigé vers l'âtre. D'un mouvement de baguette, elle rallume les braises, et le bois ne tarde pas à flamber pour diffuser une chaleur vive et faire se mouvoir les ombres des flammes sur les murs.
Il s'écoule de longues secondes avant qu'elle ne sente des doigts caresser doucement ses cheveux, comme s'ils étaient la chose la plus fragile du monde, puis prendre de l'assurance et s'enfoncer peu à peu dans ses boucles. Hermione est si heureuse qu'elle en ronronnerait. Elle sent une douce chaleur se répandre dans ses veines. Elle ferme les yeux, savourant ce moment de grâce.
"Je ne supporte pas que vous soyez malheureux", chuchote-t-elle après quelques instants.
La main dans ses cheveux s'immobilise. Elle retient son souffle.
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Je vous offre un petit concert de woodblock ? (merci Nathea !)
NB : pour les deux à trois semaines qui arrivent, je ne suis pas sûre de pouvoir publier un chapitre chaque jeudi car mon emploi du temps sera très chargé. J'espère que vous ne m'en voudrez pas et que vous saurez patienter en cas de retard, ce qui n'est guère habituel de ma part...
