21.

Gléa, la médecin-cheffe du Pharaon avait soigneusement examiné son patient.

- Je vous mets au repos complet, commandant !

- Hors de question, glapit ce dernier.

- Vous n'allez plus tenir bien longtemps dans ces conditions, objecta la Mécanoïde, la mine soucieuse.

- Je dors comme un bébé, tenta encore d'argumenter Alguérande.

- Oui, mais ces heures de sommeil ne vous reposent nullement, poursuivit Gléa avec une obstination toute mécanique ! Vous, vous êtes Humain, vous ne pouvez pas mener votre organisme biologique au-delà de ses limites.

Alguérande eut une mimique dubitative.

- Mes songes ne sont que tourments. Ce n'est pas en me privant de mes obligations professionnelles que ça va y changer grand-chose ! remarqua-t-il non sans bon sens.

- En effet. Mais vous pourrez dormir tout votre saoul, et donc avec plus de chances d'avoir de véritables plages de repos, continua la médecin-cheffe alors qu'il finissait de se rhabiller.

- Croyez-moi, je sais d'où me viennent ces délires. Me condamner à l'inaction ne servira à rien. Contentez-vous de me filer de quoi tenir le coup !

- Je ne vous dis pas comment diriger ce cuirassé, ne m'intimez pas ce que j'ai à faire, glissa doucement mais fermement Gléa.

Elle fronça les sourcils.

- Avec la concentration des somnifères que je vous ai déjà prescrits, vous ne devriez plus être assailli de cauchemars ! se récria-t-elle.

- D'où le fait que tout votre savoir ne peut pas m'être entièrement utile en ces circonstances, fit le jeune homme, sans aucune ironie.

- Est-ce que ça a un lien avec… vos talents particuliers ?

- Directement !

- Je suis désolée, mais je ne suis pas programmée pour croire à ces histoires, s'excusa la Mécanoïde. Moi, je constate que vous n'êtes pas loin de l'épuisement complet ! D'une manière ou d'une autre, vous finirez en arrêt maladie !

- Je ne peux pas faire ce plaisir au général Hurmonde, murmura Alguérande. Si vous me signez cette suspension, là c'est sûr que je ne commanderai plus jamais le Pharaon, ou un autre cuirassé de la Flotte terrestre !

- Ces considérations ne peuvent influer sur mon jugement.

- Dr Gléa, allez vous entretenir avec le lieutenant Oxymonth. Il est Mécanoïde, comme vous ne l'ignorez pas, et il me connaît depuis plusieurs années maintenant. Il se pourrait que sa vision des choses puisse vous faire réaliser l'entièreté de la situation, et non uniquement le point de vue strictement médical. Je vous en prie.

La médecin-cheffe réfléchit un moment.

- Cette requête me semble raisonnable. Je vais voir si le lieutenant Oxymonth a un peu de temps à m'accorder. En attendant, retournez à votre appartement, j'irai vous faire part de ma décision courant de la journée.

- Merci, Gléa.


Dans un premier temps, la harpe de Clio semblait avoir apaisé Alguérande qui s'était allongé dans un canapé et s'était endormi aussi rapidement qu'à l'accoutumée.

Mais le jeune homme s'était également rapidement agité, frissonnant des pieds à la tête, se retournant et se retournant, les lèvres cependant fermées sur ses gémissements.

Son père jeta un regard désolé à la Jurassienne.

- Tu ne peux rien faire pour lui, pour l'apaiser ? pria-t-il.

- J'ai déjà essayé. Tu m'as envoyé tant de fois à son chevet ces derniers temps ! Les hallucinations envoyées par l'Unique sont tellement puissantes, il me fait barrage ! Je te l'ai déjà expliqué, remarqua la Jurassienne.

- Et tu ne perçois pas l'Unique, ajouta le grand Pirate balafré.

- Pas le moindre frémissement ! C'est incompréhensible et inquiétant au possible !

Après qu'elle se soit annoncée, les portes de l'appartement s'ouvrirent sur la médecin-cheffe du Pharaon.

- Puis-je vous demander de vous retirer, j'ai à m'entretenir un instant avec mon patient ?


Bien qu'il ait plaidé en ce but, le second du Pharaon glissa un regard inquiet vers le fauteuil de son commandant. Il se retint cependant d'aller vers lui, sachant que l'autorité du jeune homme à bord était plus fragile que jamais au vu de son état de santé !

Gléa s'approche du lhorois.

- Je vais bientôt devoir la prendre, cette décision, murmura-t-elle.

- Je sais… Je crois qu'il le supportera encore moins que son actuel état de faiblesse généralisée.

A la stupéfaction et à la terreur de ceux de la passerelle, l'Unique se matérialisa soudain dans la mer d'étoiles, juste devant la tour de commandement.

- Alguérande, je t'attends sur Terra IV. L'heure est venue !

- J'arrive ! jeta le jeune homme en ouvrant ses ailes de dragon avant de disparaître.

- C'était quoi, ça ? piailla littéralement Gléa à l'adresse de Gander.

- Les talents particuliers de notre commandant.