Note de l'auteur : Je sais, je suis horriblement à la bourre. Je suis désolée ! Non seulement cela fait près de deux mois que j'ai pas posté (examens obligent), mais en plus je vous avais promis un cadeau de Noël, et je le poste avec du retard. Mea culpa, je suis vraiment désolée !
Mais vous remarquerez que cet interlude que je vous avais promis est le chapitre le plus long que j'ai posté jusqu'à présent ! J'espère que cela me rattrapera un petit peu.
Je tiens également à préciser que je vous avais demandé de choisir l'histoire que vous souhaitiez recevoir pour Noël. Or, certains d'entre vous n'ont pas suivi les règles, certains d'entre vous s'en foutaient royalement et ne m'ont pas donné leur avis, et les autres m'ont chacun dit une histoire différente. XD Par conséquent, j'ai décidé de toutes les écrire et de vous les poster à intervalle régulier (environ tous les deux ou trois mois, je sais, c'est long). Et vu qu'il m'appartenait de choisir la première histoire postée, j'ai décidé de commencer avec Harry, petit Harry, qui retrace donc la vie de Harry chez les vampires. Je pense que All Alone suivra, puisque c'est la suite de Harry, petit Harry. Pour le reste, je verrai. Si vous avez des préférences, encore une fois, dites-le moi !
Une dernière petite chose : CETTE HISTOIRE EST TRES SOMBRE,surtout la fin qui nous dévoile un côté de Harry que l'on ne connaissait pas jusqu'à présent. Je sais qu'il y a des gens qui n'aiment pas ce genre d'histoire, donc je vous le dis : VOUS N'ÊTES PAS OBLIGES DE LIRE CET INTERLUDE POUR COMPRENDRE LA SUITE DE L'HISTOIRE! C'est un bonus, et ça explique l'enfance de Harry, mais ça n'est pas indispensable !
Voilà, pour ceux qui auraient l'estomac suffisamment accroché pour la lire, je vous souhaite une bonne lecture !
Harry, trois ans
Il fait froid. J'ai faim. Je suis allongé en boule dans la petite pièce, nue de tout meuble, qui me sert de chambre. Le soleil est couché depuis longtemps, et, si j'ai la chance d'avoir une maison pour moi tout seul – de toute façon, ma nourrice ne compte pas –, il n'en reste pas moins que l'endroit est minuscule, glacial et humide. Ma nourrice n'a pas jugé bon d'allumer un feu, et elle reste là, à fixer l'âtre vide et noir, son vieux visage parcheminé me rappelant une feuille froissée, à bouger d'imaginaires aiguilles de couture.
La journée a été longue. J'ai aidé les femmes de la meute – les maîtres m'interdisent d'appeler notre groupe ainsi, mais je m'en fiche, ils ne peuvent pas m'empêcher de penser ! - à nettoyer le linge, aujourd'hui. Les mains plongées dans l'eau froide, à porter des vêtements immenses rendus trop lourds par l'eau dont ils sont gorgés. Je suis perclus de courbatures, et le froid a rapidement fait naître des fissures – des gerçures – sur le bout de mes doigts.
J'ai froid. J'ai faim. Et vu le regard vide de ma nourrice, je crois bien que ce soir encore, je n'aurai pas à manger.
Harry, cinq ans
Aujourd'hui est un grand jour, a dit Ma. Ma, c'est ma nourrice. Elle est parfaitement inutile, et elle me fait un peu peur. Elle a toujours l'air complètement vide, comme… un fantôme, et cette idée me fait violemment frissonner. Je me sermonne aussitôt : je suis un grand garçon ! J'ai cinq ans ! J'ai plus l'âge d'avoir peur de ce genre de choses. Papa n'aurait pas eu peur, lui. À cette pensée, mon cœur se serre, et des larmes brûlantes envahissent mes yeux fatigués. Je les chasse cependant rapidement. J'ai passé la nuit à nettoyer le sol de château, et ce matin, c'est un grand jour ! Ma vie va enfin changer. Finis les corvées de fillettes et des femmes, je vais devenir un homme, un vrai ! Je vais devenir l'apprenti d'Edwin.
Edwin, c'est le grand monsieur très vieux qui fait les armes et les colliers et toutes ces choses désagréables qui brûlent et qui laissent tout faible. C'est à cause de l'argent, qu'elle dit, Ma. Je m'en fiche, moi, de ça. Tout ce que je sais, c'est que je vais travailler dur et devenir le meilleur, parce qu'Edwin il a plusieurs siècles, et qu'il va pas tarder à partir. Où ? Ma n'a pas voulu me répondre, mais je sais, moi, où : il va mourir. Aller rejoindre mes parents sous terre. Ma dit que mes parents sont au ciel, mais j'y crois pas. Leurs yeux se sont fermés et ils se rouvriront plus jamais. Ils sont morts, et mangés par les vers depuis longtemps.
Ma tire sèchement ma main une fois pour me rappeler à l'ordre. On vient d'arriver devant l'espèce de grande hutte qui sert d'atelier à Edwin. Il n'y a pas de murs, et le vent glacial rentre de toutes parts. Je sens que je vais avoir froid, ici, mais la vue de l'immense feu qui brûle dans le graaaaand four au milieu de la pièce me rassure aussitôt.
Ma est partie, et Edwin m'explique que je vais vivre avec lui maintenant. Tant mieux. Ma m'a toujours fait un peu peur de toute façon. Elle ne m'a pas dit au revoir, mais c'est tant mieux. Je ne veux plus jamais la revoir. Edwin prend mon sac-à-dos, qui contient mes quelques vêtements et la bague de Papa que Maman m'a laissé à sa mort, et il me conduit dans une petite cabane à l'arrière de son atelier. Là, il me présente ma chambre. J'ai un lit ! Un vrai ! Ce n'est qu'un matelas posé à même le sol, mais ça sera toujours mieux que le sol glacial de mon ancienne chambre. J'ai même une petite salle de bain, avec une cuvette pour me laver ! Je sens que je vais me plaire, ici.
Edwin me ramène ensuite à l'atelier, et me montre chaque outil. Ils ont tous des noms très compliqués, et je suis déjà si fatigués. Je ne peux m'empêcher de bâiller et de me frotter les yeux à plusieurs reprises, tentant de rester réveillé.
Je me rends compte que j'ai complètement décroché des explications d'Edwin lorsque celui-ci m'assène une petite tape sèche derrière la tête, me faisant sursauter et frotter mon crâne à l'endroit où il m'a frappé. Ça fait mal, mais je ne dis rien, me contentant de lui jeter un regard noir. Ses yeux d'un bleu délavé – ses yeux de vieux – me considèrent pendant un instant gravement, et un sourire satisfait étire ses lèvres.
Harry, huit ans
Ça fait longtemps que je bosse pour Edwin, maintenant. Il est de plus en plus vieux et j'ai l'impression qu'il commence à avoir peur pour son travail. Je crois que c'est pour ça qu'il a voulu un apprenti. Il sait qu'il en a plus pour longtemps.
C'est dommage. Je le trouve sympa, moi, Edwin. Quand il fait froid, le soir, et qu'on a rien de chaud à se mettre sous la dent, il a toujours une bouteille d'alcool planquée quelque part. Ça nous réchauffe, et ça le rend plus bavard. C'est pas quelqu'un de bavard naturellement, Edwin. Il parle rarement, sauf pour donner des ordres. Mais avec l'alcool, il parle. Il parle de sa femme et de sa fille, qui sont mortes toutes les deux, il y a longtemps. Il parle du temps où le monde était pas « comme ça ». Il a son espèce d'accent écossais (ce qui est étrange, vu qu'on est au Canada), et ça lui fait prononcer « ça » de manière bizarre. Un espèce de « çaaa ». Il étire le dernier mot à l'infini, et ça me fait sourire à chaque fois.
Par « comme ça », il entend notre situation, maintenant. « T'vois, p'tit. Avant, on était les clebs de personne. 'Y avait pas une seule femelle qui se s'rait laisser prendre pour une catin. Pas un seul mâle qui se s'rait laissé enchaîner. Mais c'est çaaa l'problème. Les mâles, 'y en a plus des vrais ». Il commence toujours son discours comme ça. Par les mâles, il entend les alphas. Il s'arrête en règle générale là, et me regarde longuement avec un air à la fois pensif, fier et triste. C'est bizarre et ça remue toujours quelque chose au fond de moi. Généralement, c'est là qu'il se met à parler de mon père. « Lui, c'tait un vrai mâle, çaaa ! ». Et il dit que je lui ressemble, et toutes ces choses que je ne veux plus entendre.
Parce que mon père, il est mort. Crevé, au fond d'un trou. Rien de plus qu'un squelette avec les asticots qui lui sortent par tous les orifices. C'était donc pas un si grand mâle que ça. Il a échoué à nous protéger, ma mère et moi, et je serai pas comme lui. Je lui ressemblerai pas. Je serai plus fort.
Mais malgré ça, je l'aime bien, Edwin. Tous les matins, et ce depuis que je travaille pour lui, il me réveille avec un Irish Coffee. Ce qui est assez ironique vu qu'il est écossais, mais apparemment, on lui a toujours appris à boire ça au petit déjeuner. C'est un café fort avec une bonne dose de scotch. Le café est amer et il manque très souvent de sucre, mais le whisky lui donne un goût spécial qui me réchauffe plus sûrement que le café. Et puis, ça me met toujours de bonne humeur. Au début, quand j'étais petit, l'alcool me faisait tourner la tête et je rigolais tout seul. Maintenant, je le supporte mieux. C'est agréable, et c'est meilleur que boire l'eau croupie qu'on nous sert. Puis, au moins, ça tient chaud !
J'ai l'impression que l'hiver se finit jamais, ici, au Canada. L'été est trop court, et j'ai continuellement froid.
Harry, neuf ans
Quand je vais travailler ce matin, je sens que quelque chose ne va pas. Edwin est encore plus silencieux que d'habitude, et il reste là, debout, à me fixer travailler comme une espèce de statue datée. J'aime pas ça, ça me rappelle Ma. J'ai envie de le secouer et de le cogner jusqu'à ce qu'il se réveille, mais il y a une telle peine dans son regard que je ne m'en sens pas la force.
Ça fait quelques temps que j'ai enfin compris comment ne pas me brûler avec l'argent que je travaille, mais lorsqu'une poignée de gardes débarquent en faisant un boucan d'enfer, je sursaute et le collier que j'étais en train de forger tombe directement sur mon pied nu. La douleur est cuisante et se répand dans toute ma jambe, mais ça fait longtemps que j'ai appris à serrer les dents et à ne rien dire. Je me retiens à la table de travail alors que la douleur fait que ma jambe se dérobe sous moi, et je leur jette un regard venimeux. Ces foutues sangsues à la noix. Qu'est-ce qu'elles nous veulent, encore ?
Ma fureur se calme bien vite quand je les vois s'approcher d'un pas décidé d'Edwin. Celui-ci ne bouge pas, se contentant de me fixer gravement, comme il l'a fait durant toute la journée. Un mélange de peur panique, de tristesse et de résignation m'envahit, et je les regarde, impuissant, le prendre sèchement par le bras.
« Il est temps, grand-père. »
Edwin ne réagit pas d'avantage, et le bruit d'une lame que l'on retire de son fourreau me tire de violents frissons. Je ne quitte pas le regarde trop bleu, trop humide, d'Edwin, et mon cœur bat jusque dans mes oreilles. Je voudrais faire quelque chose, mais je suis figé, pétrifié sur place. Impossible de bouger, impossible même d'ouvrir la bouche. Je voudrais lui dire merci, lui dire qu'il m'a beaucoup apporté, qu'il m'a sauvé la vie. Je voudrais rassurer la peur toute instinctive que je vois naître dans ses yeux. Je voudrais lui dire qu'il va rejoindre sa femme et sa fille, et tous les vrais mâles, et qu'il va enfin quitter notre monde qui est « comme ça », et qu'il sera bien, lui. Je voudrais juste lui dire qu'il sera dans tous les Irish Coffee que je boirai pendant le reste de ma vie. Mais mes lèvres restent résolument closes, et il me fait un petit sourire doux. Un vrai sourire, le premier que je lui vois. Apaisé et sincère.
« J'sais, l'gosse. »
Et en arrière plan, comme dans l'une de ces mauvaises histoires que me racontaient Ma, parfois, quand elle se sentait d'humeur bavarde, le soir, je vois le garde qui tient le bras d'Edwin approcher sa dague courte de sa gorge, et la trancher d'un coup sec, par derrière.
Les yeux d'Edwin ne quittent pas les miens, et tout est brusquement silencieux. Le sang bourdonne à mes oreilles et je n'entends plus rien. J'ai l'impression d'être détaché de mon corps, de voler loin au-dessus de la scène, et le sang gicle brusquement, m'éclaboussant de partout. C'est chaud et poisseux et ça me colle à la peau comme de la bave. Ses yeux se révulsent dans ses orbites, et il tombe au ralenti. À genoux, puis fasse contre sol, la terre humide s'imprégnant rapidement de son sang.
Les soldats repartent ensuite, et Edwin est mort. Ça n'a rien eu de glorieux, rien de magnifique ou d'honorable. Un meurtre pur et simple d'un homme fatigué par la vie. Bientôt, il ira rejoindre ma mère et mon père sous terre, et les vers se mettront à le manger, lui aussi.
Harry, onze ans
La nuit est tombée et je me faufile rapidement hors de la maison, silencieux comme une ombre et me fondant parmi elles. Je sais que le couvre-feu est passé depuis longtemps, mais c'est devenu notre nouveau dada, à Ron et moi. On se rejoint à la nuit tombée, à l'arrière de la forge – personne ne passe par ici, c'est trop près des barbelés, et les soldats ne pensent donc jamais à vérifier lors des rondes. On fume des cigarettes que Ron arrive à chopper aux maîtres – il ne veut pas me dire comment il fait pour y accéder, mais l'essentiel c'est qu'on en ait. J'ai trouvé la réserve d'alcool d'Edwin – y a de quoi tenir un siège ! – et on boit du whisky ou de la vodka en se serrant sous la couverture que j'ai récupéré dans sa chambre.
J'entends les gardes au loin, et je profite d'une dispute qui éclate avec un autre lycan pour me faufiler de ma maison à l'ombre de la maison voisine. Le truc, c'est de se cacher dans l'obscurité. Les vampires n'ont pas une aussi bonne vision que nous dans le noir, et ils sont de toute façon trop stupides pour faire attention.
Des bruits de pas arrivant rapidement dans ma direction me font sursauter, et je recule d'avantage dans l'ombre de la maison, jusqu'à ce que je heurte quelque chose. C'est grand et froid et dur, et recouvert de tissus.
« Hé alors, petit louveteau, où penses-tu aller comme ça ? »
Je ferme brièvement les yeux, me maudissant pour ne pas avoir eu l'intelligence de vérifier derrière moi avant de reculer. L'accent est traînant et la voix a des intonations aristocratiques. Aucun doute que c'est un vampire.
Je me retourne aussitôt, lui offrant mon plus beau regard noir. Face à moi se trouve un vampire assez connu parmi la meute. Il est réputé pour sa cruauté, et pour aimer les mâles. Grand, les cheveux bruns retenus en arrière par un catogan, les yeux d'un bleu limpide, presque blanc, il pourrait être beau, je suppose, s'il ne respirait pas autant la violence. Son goût du sang se lit sur son visage.
« J'ai oublié ma nourriture à la forge ». C'est un mensonge éhonté, bien sûr, mais je ne peux clairement pas lui dire ce que Ron et moi faisons tous les soirs.
Il hausse un sourcil curieux, un sourire amusé étirant ses lèvres, et je crois que je vais vomir.
« Vraiment ? Et tu y vas donc en cachette ? »
Je relève fièrement mon menton, ne quittant pas ses yeux des miens. Quitte à me faire fouetter, je ne vais pas lui donner la satisfaction d'avoir peur. « Au cas où vous n'auriez pas remarqué, le couvre-feu est passé. J'ai pas le droit d'être dehors. »
Un éclair de quelque chose d'indéfinissable traverse son regard à ma réponse, et il me prend sèchement par la nuque, appuyant par là-même mon collier contre ma peau. Tout mon être se révolte contre ce geste de domination, et les bords de ma vision se noircissent brièvement sous la douleur. Je ne peux m'empêcher de montrer les crocs, un grognement sourd s'échappant d'entre mes lèvres.
« C'est un louveteau courageux que nous avons là... », murmure-t-il en se penchant vers moi, et mon grondement gagne en intensité à ce geste. Il est proche, trop proche, et j'ai vraiment la nausée au bord des lèvres à présent. « Téméraire, même. Et stupide. Je devrais te faire couper la langue pour ce que tu viens de dire. » Et avec ça, sa main libre se glisse sur mes fesses, les malaxant sans ménagement.
Cela fait bien longtemps que j'ai compris ce qui se passait dans la meute. Dès que les lycans arrivent à maturité, que leur corps commence à prendre forme, les vampires ont un nouveau regain d'intérêt pour eux. Ils deviennent alors des gardes-mangers et des putes parfaites, soumises au moindre désir de leurs maîtres.
Ayant toujours été petit et chétif, je n'ai jamais eu ce problème. J'ai toujours fait moins que mon âge, et Edwin disait souvent qu'il faudrait vraiment qu'on m'achète un sandwich. J'ignore ce qu'est un sandwich, mais j'ai saisi l'idée.
Ron a toujours été plus grand que moi, plus baraqué aussi, et les vampires se sont intéressés à lui très tôt. Il ne m'en a jamais réellement parlé, mais il s'est estimé heureux, une fois, d'être tombé sur un maître pas trop cruel. Je ne compte toutefois pas le nombre de nuits que j'ai passé à le soigner après que son maître ait été trop brutal au lit.
Jusqu'à présent, donc, je me suis vu épargné ce type de comportements. Mais depuis qu'Edwin est parti, je travaille beaucoup plus, et j'ai donc gagné en musculature. Arrivé à la puberté, j'ai également nettement grandi en quelques mois seulement, et je vois bien que mon corps commence à prendre forme. C'est cependant la première fois qu'un vampire manifeste un tel intérêt pour moi, et cette simple idée me fait me sentir sale.
« Oh, mais vous ne le ferez pas. Vous aimeriez trop voir cette langue autour de votre queue », sifflé-je, venimeux, avant de le repousser de toutes mes forces. Il recule de quelques pas, surpris, et heurte le mur extérieur de la maison. « Mais je suis pas une pute, moi. Si vous voulez baisez quelqu'un, allez donc voir votre mère. » Et avant qu'il n'ait eu le temps de répondre quoi que ce soit, je détale pour rentrer chez moi.
Harry, quatorze ans
Il est près de minuit, et je suis assis près du feu, un Irish Coffee serré entre mes mains glacées pour essayer de les réchauffer. Ron et moi nous voyons nettement moins souvent à présent. Il passe toutes nuits dans les lits de vampires différents, qui se partagent ses faveurs et payent pour cela un bon prix à son maître. Ça me rend furieux, et je vois bien que ça pèse horriblement à Ron. Il rit moins, son regard est souvent voilé. Il n'ose plus se balader seul, ou seulement lorsque c'est nécessaire, et lui qui a toujours été une grande gueule, il ne parle guère plus. Son fort caractère a totalement disparu. Ses yeux sont voilés, et il a de longs moments d'apathie. Dire que je m'inquiète pour lui est un euphémisme. Cependant, je suis pieds & poings liés.
Je suis responsable de la forge, depuis qu'Edwin est mort, et je ne peux pas me permettre de manquer un jour de travail. Ça me garde donc occupé la grosse majorité de mon temps, et je ne peux pas courir après Ron durant toute la journée pour m'assurer qu'il va bien. Ça sonne horriblement égoïste, mais je n'ai malheureusement pas le choix. La rumeur court que certains lycans ont commencé à se rebeller dans certains camps comme le nôtre. Les vampires semblent anxieux à ce sujet, et la demande d'armes n'a jamais été aussi forte qu'en ce moment, d'autant plus qu'avec la période des fêtes, la demande est naturellement revue à la hausse. C'est le cadeau préféré des vampires entre eux : une belle lame anti-lycan. Je travaille donc de l'aube au couvre-feu, sans possibilité de prendre cinq minutes pour moi.
Le bon côté de cette histoire, c'est que je leur suis dorénavant indispensable. Étant le seul forgeron encore en vie, ils ont besoin de moi, et me foutent donc la paix la majorité du temps. Le mauvais côté, c'est que je délaisse totalement mon meilleur ami. Je suis incapable de savoir ce qu'il a fait de la journée, et les rares fois où je le croise, un vampire le tien par la nuque possessivement, ou alors lui malaxe les fesses, et Ron a le visage baissé, silencieux et soumis.
Ce souvenir me donne la nausée et je me relève vivement, agité. Je sais bien qu'il m'est impossible d'aller le voir maintenant, mais j'ai juste besoin de savoir. Est-ce qu'il va bien ? Est-ce qu'il a besoin de quoi que ce soit ? Je serais prêt à tuer s'il me le demandait. Il est la seule personne qu'il me reste. Mes parents sont morts lorsque j'étais gosse. Edwin est mort il y a cinq ans maintenant. Je n'ai jamais été attaché à ma nourrice, et la réciproque est vraie. Il ne me reste plus que Ron. S'il venait à mourir...
Je serre les poings convulsivement, et sursaute violemment lorsque deux petits coups retentissent dans l'entrée. J'ai hérité de la maison d'Edwin, qui n'est pas bien grande, mais a le mérite d'avoir deux petites chambres et une cuisine. C'est toujours nettement mieux que ce que j'avais avant. Je m'avance lentement vers l'entrée, saisissant au passage une petite lame discrète que j'ai forgé pour mon usage personnel. J'ai été obligé de la forger en argent – aucun autre métal n'étant disponible – mais j'ai réussi à trouver un peu d'aluminium pour faire la garde, ce qui m'évite de me brûler à chaque fois que je la prends. C'est une belle lame, vraiment. Fine, affûtée comme il le faut, mais sans fioriture. J'ai juste gravé une pleine lune sur la garde. Un geste de défi envers les vampires. Ron a failli faire une attaque lorsque je la lui ai montré, me disant que j'étais fou d'avoir gravé un tel symbole. Qu'ils allaient me tuer pour cela, et accrocher ma tête à une pique au milieu de la place du village pour que je serve d'exemple. Il a raison, bien sûr, mais ils m'auraient tout de même tué s'ils avaient appris pour la lame. Le symbole n'y change rien, je suis condamné dans les deux cas.
Je chasse mes pensées, posant la main sur le battant de bois et plissant les yeux comme si cela me permettrait de voir à travers. Ce ne sont pas des gardes, sinon ceux-ci seraient entrés sans frapper et sans me demander ma permission, mais je suis tout de même méfiant. Les lycans sont sur les nerfs, avec l'approche des fêtes – qui n'est jamais une bonne période pour nous – et ce qui se passe dans les autres camps. Je ne serais pas surpris si l'on commençait à s'entre-tuer très bientôt.
Au moment où j'ouvre la bouche pour demander qui est là, un murmure me parvient de l'autre côté.
« Harry, c'est moi, Ron. Ouvre-moi... ».
Sa voix est étrange, affaiblie, et je ne réfléchis pas d'avantage avant d'ouvrir la porte. Ron se glisse aussitôt à l'intérieur et je referme rapidement derrière lui, avant de me tourner vers lui, une question inquiète sur les lèvres. Question qui meurt aussitôt que je vois l'état de mon meilleur ami.
La première chose que je remarque, ce sont ses vêtements. Lui qui est toujours bien habillé, de façon à plaire à ses prétendants vampires, se tient dans mon hall – si on peut appeler ça un hall tellement c'est petit – complètement débraillé. Ses vêtements sont déchirés de partout, laissant voir sa peau laiteuse, et couverts d'une substance poisseuse et presque noire dans l'obscurité de ma maison.
La deuxième chose que je remarque, ce sont ses yeux, brillants maladivement dans leurs orbites. Ils clignent rapidement, et semblent exorbités, lui donnant un regard de fou, et il se passe nerveusement la langue sur ses lèvres à plusieurs reprises. Tout le reste de son visage est fait d'angles et de creux, la faible lumière du feu dans la cheminée de la cuisine jouant sur son visage, lui donnant un air plus vieux, plus maladif. Il semble avoir pris trente ans d'un coup, et avoir perdu une bonne vingtaine de kilos, alors qu'il n'était déjà pas bien gros. Des ombres soulignent ses cernes et font ressortir encore d'avantage ses yeux, et la manière dont il me regarde me donne froid dans le dos. Et il ne cesse d'humidifier ses lèvres sèches et craquelées.
La troisième et dernière chose que je remarque est son état en général. À plusieurs endroits, ce qui me semble être du sang frais maquille l'entièreté de son corps. Ce que j'avais parfois pris pour ses vêtements n'était rien d'autre que du sang séché. Je fronce les sourcils, tâchant de déterminer à qui il appartient, avant que Ron ne bouge très légèrement, changeant l'angle de réflexion de la lumière sur son corps. Et c'est alors que je les vois. Les marques de morsures, sur son torse, ses jambes, son cou, ses épaules, ses bras, même l'une de ses joues, celle qui est le plus dans l'ombre. Elles maculent l'entièreté de son corps, et ne sont pas refermées. Ces bâtards n'ont pas pris la peine de les refermer. Le sang continue à couler lentement, chaud et poisseux, imprégnant d'avantage encore ses vêtements et tombant par goutte sur mon sol. « Ploc. Ploc. Ploc. ». Le bruit manque de me rendre fou, ainsi que l'odeur. Je sens ma tête me tourner rapidement, et je me mords violemment l'intérieur de la joue. La douleur chasse l'étourdissement aussi rapidement qu'il est venu, et je ne perds pas une seconde de plus.
Je prends Ron par le bras, presque sèchement, le tirant jusqu'à la cuisine où je l'assois devant le feu. Sa peau est glacée sous la mienne, et je le vois grimacer alors que ma main serre presque douloureusement son avant-bras. Je me sens trembler doucement et ne fais pas confiance à ma voix pour lui parler. Je suis dans un état de fureur intense, et mon lycan s'agite doucement en moi. Je ne m'attarde pas sur cette constatation, bien que cela soit normalement impossible. Les colliers d'argent, s'ils sont gardés suffisamment longtemps, sont censés faire disparaître totalement notre lycan de notre corps. C'est censé le tuer. C'est la raison pour laquelle aucun de nous ne peut se transformer avec le collier : nos lycans sont progressivement affaiblis jusqu'à la mort.
Je me dirige rapidement vers le coin salle de bain que j'ai aménagé dans ma chambre, prenant de l'eau dans une bassine et du linge propre. Je reviens aussi sec, mettant l'eau à chauffer sur le feu avant de verser un Irish Coffee à Ron, gardant le fond de la bouteille de whisky pour lui désinfecter ses blessures. Il y en aura besoin. Ce n'est qu'une fois que j'ai fait tout cela que je m'autorise une pause, m'asseyant sur le sol, près du feu et de Ron, relevant mon regard vers lui.
Il serre convulsivement la tasse d'Irish Coffee entre ses mains, ses yeux papillonnant de partout, incapable de se poser sur un endroit fixe. Il sursaute au moindre craquement du bois dans la cheminée. Maintenant qu'il est d'avantage éclairé par le feu, je vois bien que sa pâleur n'est pas naturelle. Il n'a jamais été très bronzé – comme tous les roux –, mais là, toute couleur a déserté son visage. Il semble... exsangue. Vidé de son sang. Cette pensée me tire un violent frisson, et je pose doucement ma main sur la sienne, pour attirer son attention. Il baisse aussitôt son regard vers moi, et le désespoir que j'y lis me serre la gorge.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé, Ron… ? »
Il ferme les paupières, les serrant fort pour retenir les larmes que je devine être là, et il les rouvre lentement après coup.
« Ils ont voulu s'amuser... Ils étaient nombreux, ils avaient faim... Ils étaient excités... »
Un violent frisson le prend, comme un haut-le-coeur, et je serre d'avantage sa main dans la mienne. Les larmes qu'il peinait à retenir se mettent à rouler lentement sur ses joues, et son regard se fixe finalement quelque part. Il semble vide, complètement, et ses lèvres murmurent des mots incompréhensibles. Quelque chose s'est brisé en lui, quelque chose qui ne sera jamais réparé.
Je passe le reste de la nuit à le soigner, à désinfecter ses blessures et à lui parler. Il n'a pas bronché une seule fois, pas même lorsque je lui ai versé l'alcool sur ses blessures ouvertes. Il n'a pas prononcé un seul mot non plus, rien d'autre que cette litanie sans fin. Au matin, il est reparti dans son enfer personnel, me laissant tremblant de rage et d'inquiétude.
Huit mois plus tard, Harry, quinze ans
Je me réveille peu avant l'aube, allant enfiler mes vêtements rapidement, frissonnant dans le froid ambiant. Ma cheminée est éteinte depuis un moment, seules quelques braises rougeoyantes restent dans l'âtre. L'air glacial de l'extérieur s'infiltre par tous les interstices, et je m'empresse de m'habiller rapidement. Nous sommes fin Juillet – le 31, pour être précis –, et les matinées sont encore fraîches. Pendant la journée, les températures peuvent atteindre un petit 20°C, ce qui est confortable. Mais le matin et le soir, il continue à faire horriblement froid. Vive le Canada.
Je me fais un rapide café (un Irish Coffee, naturellement, je ne jure que par ça depuis que je connais Edwin), jetant un coup d'oeil à l'extérieur. C'est une belle journée, claire, qui s'annonce. Le soleil ne va pas tarder à se lever, et je souhaiterais avoir mis la forge en marche avant l'arrivée des soldats pour l'inspection matinale. C'est mon anniversaire, de plus, et même si j'ai passé l'âge d'espérer avoir des cadeaux et de penser que c'est une journée extraordinaire, j'aimerais tout de même voir Ron, aujourd'hui. Depuis ce jour de Décembre, nous ne nous sommes plus revus, et l'inquiétude n'a cessé de me ronger. Chaque année, pour mon anniversaire, il vient me voir avec une bouteille de whisky, puisque la réserve d'Edwin diminue sérieusement chaque jour, et nous buvons en mangeant des restes que j'ai réussi à voler à la cantine. Le voir aujourd'hui apaiserait toutes mes craintes.
C'est une belle journée, et je suis d'humeur joyeuse, aussi je sors de la maison en sifflotant, me rendant tranquillement à la forge. J'ai pris le reste de la bouteille de whisky avec moi, celle de la forge étant déjà vide – je l'ai ramenée hier, bon Dieu, quelqu'un d'autre doit boire dans cette bouteille, à part moi ! – et salue même les rares lycans déjà debout que je croise à cette heure-ci. Tout le monde a l'air maussade, mais je m'en fous. Je vais voir Ron, ce soir, si tout se passe comme prévu.
J'arrive à la forge et pousse doucement la porte, posant ma bouteille dans un coin avant de pousser une autre porte et d'arriver dans l'immense espace où il y a le four. Il n'y a pas de mur, juste un toit soutenu par des colonnes de bois – ce que j'ai toujours trouvé stupide, parce que c'est un coup à y foutre le feu –, et il y fait drôlement frais. Cependant, à peine entré-je dans cet espèce de ''salle'' qu'une violente odeur aigre me prend à la gorge, me forçant à reculer rapidement. Mon cœur s'emballe, et je sens quelque chose d'étrange m'étreindre le cœur. Un mauvais pressentiment, une sorte de peur panique toute animale. J'entends presque mon lycan me parler, me supplier de ne pas y aller, de juste rentrer chez moi et me faire porter pour pâle, peu importe les conséquences. Je n'écoute cependant pas la voix fantôme dans ma tête – premièrement, parce que les lycans ne parlent pas, et deuxièmement, parce que l'argent tue les lycans, et que le mien doit être mort comme celui des autres –, m'avançant avec précaution. Il fait encore très noir, et je distingue seulement les vagues formes noires du four, de la table à forger, et de tous mes outils. En avançant, le sol devient brusquement mouillé, et je fronce les sourcils. Un rapide calcul m'apprend qu'il n'a pas plut depuis près de deux semaines, et que le sol était parfaitement sec hier, lorsque je travaillais. Or, là, il est parfaitement trempé, et mes pieds pataugent dans l'espèce de boue qui s'est formée. L'odeur est plus forte ici, et un haut-le-coeur me prend. Ça me rappelle étrangement l'odeur du sang et de la mort, et je frissonne violemment. J'ai pour idée d'aller allumer le four, de façon à ce qu'il éclaire toute la scène, mais alors que je m'y dirige, mon pied frappe dans quelque chose. Ce quelque chose rebondit sur le sol un peu plus loin, émettant un bruit métallique que je ne connais que trop bien.
Je me dépêche d'aller allumer le four, et, en attendant que le feu ne prenne, je me dirige vers l'objet dans lequel j'ai shooté précédemment. Je me baisse et le ramasse, et le feu naissant éclaire la superbe épée que je travaille en ce moment, pour le roi des vampires du camp. C'est une magnifique épée, incrustée de pierre précieuse et à la lame plus affûtée que toutes celles que j'ai faites. Elle n'est pas finie, bien sûr, mais elle est cependant très dangereuse, et je fais très attention lorsque je la travaille. Mais qu'est-ce qu'elle fait sur le sol ? Je me rappelle l'avoir laissée sur la table, enveloppée dans du velours pour la protéger des agressions extérieures, et elle se retrouve à l'autre bout de la pièce. Comment ?
Une flamme plus haute que les précédentes dans le four éclaire la lame dans son entier – celle-ci est tellement grande qu'elle semble interminable – et je me rends compte que tout le haut de la lame est étrangement coloré de rouge. Mon mauvais pressentiment me revient en force, et je passe mon doigt dessus. C'est poisseux et visqueux et encore chaud, et c'est indéniablement du sang.
Mon cœur se remet à battre violemment dans ma poitrine et je me retourne lentement, abaissant la lame, retournant là où je me rappelle que le sol était mouillé. Le feu grandit de seconde en seconde dans le four, réchauffant rapidement la forge, mais lorsque je contourne la table à forger, la sueur qui recouvre mon corps glacé n'a rien à voir avec la chaleur qui en émane.
Le spectacle que je découvre derrière m'arrache un haut-le-coeur très peu masculin, je dois le reconnaître, et je reste paralysé pendant une seconde, ne sachant que faire. Devant moi, sur le sol trempé par son sang, se trouve le corps de mon meilleur ami, les yeux grand ouverts sur un monde que je ne peux voir. Un monde qu'il n'aurait pas dû voir avant des années.
Je me précipite vers lui dès que mes esprits me reviennent, tentant d'appuyer sur la plaie déjà pleine de sang coagulé, les larmes emplissant mes yeux. Son corps commence déjà à refroidir. Il me semble que je crie, mais je n'en suis pas sûr. Mes oreilles bourdonnent et ma vue est trouble. Des mouches noires dansent devant mon regard. Je le secoue, le supplie de bouger, de donner signe de vie, mais il a fait du bon travail. La lame s'est enfoncée très légèrement en biais, du bas vers le haut, entre ses côtes, et a atteint le cœur sans dommage. Il ne fait aucun doute que c'est une excellente lame. Une lame qui a ôté la vie à mon meilleur ami.
Il me semble vaguement que des gens sont arrivés. Des mains solides me relèvent, mais mes jambes ne me portent pas. Je m'effondre de nouveau à genoux, et il faut cette fois deux paires de mains pour me relever et me garder sur mes jambes. Il me semble qu'on me parle, mais je n'entends rien. Je ne suis pas capable de détacher mon regard du corps de mon meilleur ami. Sur son cou, des traces de morsures non-cicatrisées sont encore visibles. Mon meilleur ami. Que les vampires ont tué.
On me ramène à ma maison, mais je n'ai conscience de rien. Il fait horriblement froid, et je grelotte. Mon corps me semble brûlant, mais le froid est à l'intérieur de moi. Je l'ai perdu. Il était la dernière personne qu'il me restait et je l'ai perdu. Il est mort. Ils l'ont tué. Ils l'ont tué. Ils l'ont tué.
Cette phrase tourne en boucle dans mon esprit, et je reste je ne sais combien de temps ainsi, assis sur une chaise de ma cuisine, le regard dans le vide, les yeux grand ouverts et horriblement secs. Comme ceux de Ron. À attendre. Attendre quoi ? Je l'ignore. Mais j'attends.
Lorsque je reviens à moi, lorsque le choc se dissipe quelque peu, je suis surpris de voir que la nuit est déjà tombé. Je tremble pour de bon cette fois, mais je ne prends pas la peine d'allumer un feu. Ça ne sera pas utile. J'y ai réfléchi longuement – pendant toute la journée, apparemment –, et ma décision est prise. Bien que je brûle d'envie de vengeance, je sais qu'il ne me servira à rien de tenter de tuer les vampires. Ça ne servira qu'à me faire tuer, et ça n'est pas dans mes plans. Je veux vivre suffisamment longtemps pour leur faire regretter ce qu'ils ont fait à Ron.
Je me relève lentement, enfilant un manteau noir que j'ai réussi à voler aux vampires il y a quelques années, et rabats la capuche sur mon visage. Cette fois-ci, il est hors de question que je me fasse attraper.
Je me glisse hors de chez moi, silencieux comme une ombre, et me dirige rapidement à la forge. Elle est juste à côté de chez moi, et je pourrais m'y rendre les yeux fermés, s'il le fallait. Je reste sur mes gardes, attentif au moindre bruit suspect, mais la meute est silencieuse. Seuls quelques gardes rient au loin, et leurs rires sont accompagnés de gémissement plaintif de la part d'un lycan.
Pour la première fois depuis la mort de Ron, une rage brûlant monte en moi, tordant mon estomac et me faisant trembler de fureur. Mon corps glacé se réchauffe d'un coup, et je sens le bout de mes doigts me piquer doucement. La haine pure qui envahit mon corps est tellement inattendue et bienvenue que je reste un instant immobile, surpris, à écouter mon cœur s'accélérer et à sentir l'adrénaline parcourir mes veines.
Je me reprends rapidement et arrive enfin à la forge. Je n'ai pas besoin d'allumer le four pour me repérer, et l'odeur du sang de Ron est encore tellement présente que je sais que je ne veux pas voir la tâche de sang séché qui a dû marquer la terre.
Je me dirige rapidement vers les outils, et retire mon manteau ainsi que mon tee-shirt. Je les place au sol, juste à mes pieds, pour amortir la chute et étouffer le bruit qu'il fera en tombant. Je me saisis d'une pince coupante, que j'ai affûté il y a moins d'une semaine – une éternité auparavant, – donc je sais qu'elle fonctionne correctement. Je ne réfléchis pas d'avantage et saisis mon collier à deux mains, ignorant la brûlure que je ressens, le tirant au maximum. Il se plaque contre ma nuque, et je me mords violemment la lèvre inférieure pour ne pas gémir de douleur. Je me saisis de la pince coupante, coinçant le collier entre ses dents, et la referme d'un coup sec.
Le bruit de l'argent se coupant semble résonner dans le pays tout entier, et je relâche aussitôt le collier. Celui-ci se détache et glisse de mon cou le long de mon torse jusqu'à tomber sur les vêtements que j'ai posé au sol, sans un bruit. La brûlure est telle que ma vue devient noire d'un coup et je me rattrape à la table avant de tomber au sol. Je sens la tête me tourner et me mords la langue au sang, chassant le vertige. Hors de question que je m'évanouisse. Je sens un liquide chaud couler le long de mon torse mais ne réfléchis pas plus longuement. Je renfile mon tee-shirt et mon manteau, et me faufile rapidement hors de la forge, prenant avec moi l'épée qui a tué Ron. L'épée qui a achevé de lui ôter la vie.
Il y a un passage à l'arrière du camp, où le mur est moins haut et plus facilement franchissable. Ils y ont posté des soldats, mais ils sont moins nombreux que ceux à l'avant, et boivent généralement beaucoup le soir. J'ai également pris ma dague, et je ne réfléchis pas d'avantage. Lorsque je me faufile à l'ombre d'une maison, je remarque qu'il y a en effet cinq gardes, occupés à jouer aux cartes devant un feu et à boire de l'alcool. Je regrette un instant ma propre bouteille de whisky, avant de chasser les idées parasites. Je n'ai jamais tué personne de ma vie, et je m'apprête à commettre cinq meurtres de sang froid. Cela ne me rebute cependant pas : je suis un lycan, un tueur né, c'est dans ma nature. De plus, ils ont tué Ron.
Cette pensée achève de me convaincre, et je me saisis de ma dague par la lame, l'envoyant se ficher directement dans le front du soldat qui se trouve en face de moi. Celui-ci a l'air un instant surpris, comme s'il ne comprenait pas ce qu'il se passe, avant de tomber en arrière, mort. L'adrénaline envahit une nouvelle fois mes muscles et je me redresse, courant vers eux. Mon cœur bat la chamade, une excitation telle que je n'en ai jamais ressentie m'envahissant.
La suite n'est que mouvements flous, odeur âcre et sang poisseux sur mes mains. Il me semble avoir mordu un vampire au visage, et le goût de sa chair était délicieux. Je me sens puissant comme jamais, et ce n'est qu'une fois que j'ai quitté le camp, couru un long moment jusqu'à ce que mes jambes ne me portent plus et m'obligent à m'asseoir sur un rocher, que je remarque que je tremble d'excitation. Celle-ci se propage dans mes veines par vague, chaque minute moins intense, et j'éclate d'un grand rire ravis. Il me semble bien que je bande.
Note de l'auteur : Et voilà, un côté de Harry que l'on ne connaissait pas. J'espère que ça n'a pas été trop dur pour vous, et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !
Un gros bisous, et à bientôt pour un nouveau chapitre de BFTP !
