A/N : Je profite d'une nouvelle update pour remercier une nouvelle fois tout ceux qui me lisent. J'espère que cette fiction continuera de vous plaire autant qu'elle continue d'être agréable à écrire !


LIVRE II

The Goblet of Fire


Chapitre VII – Set of lies

Elle n'était jamais allée aux Etats-Unis. James, Sirius et elle en avaient parfois parlé, mais ils n'en avaient jamais eu le temps. Et il fallait que sa première image du pays – ou, en tout cas, une des premières, soit celle des forces de l'ordre. Elle avait quitté Londres au petit matin du 24 novembre, avant même que son frère ne soit réveillé. Elle l'avait prévenu, bien sûr, et lui avait laissé un mot sur la table de la cuisine lui souhaitant bonne chance et lui rappelant qu'elle aurait fait autrement si elle l'avait pu. Ce qui n'était et ne serait jamais le cas. Elle avait transplané en suivant les instructions que Dumbledore lui avait laissées quelques jours avant qu'il n'envoie son aïeul lui donner le feu vert et s'était retrouvée dans une chambre d'hôtel louée au nom de John Smith. Le subterfuge était ridicule mais efficace, puisqu'elle n'eut qu'à descendre pour se retrouver en plein milieu d'une immense avenue, en plein cœur de Manhattan.

Feindre la panique et la terreur n'avait pas été compliqué et elle n'avait pas tardé à se faire repérer par les multiples caméras de surveillance. Elle qui les avait tant éviter savait désormais comment se placer sous le meilleur angle possible. Elle n'avait pas eu le temps de faire trois cent mètres qu'elle avait déjà repéré des policiers derrière elle, attendant sans doute l'ordre de l'arrêter. Elle tourna la tête pour dévoiler la totalité de son visage. Et l'ordre vint immédiatement.

Elle s'était laissée faire, évidemment, en répétant qu'Il allait venir la chercher et qu'elle devait être protégé. On l'avait placé dans une salle d'interrogatoire où elle n'avait pas cessé de jeter des coups d'œil apeurés à droite, à gauche, partout. Avant de progressivement s'apaiser. En vérité, ce cinéma l'épuisait. Elle était à bout de nerfs et n'attendait qu'une chose : évacuer ce problème et retourner à Poudlard.

Son séjour dans la Grosse Pomme n'aura pas duré longtemps puisque les services du Ministère de la Magie anglais étaient venus la chercher dans les deux ou trois heures qui avaient suivi. Elle avait cru entendre dire qu'allaient être déployés, sur le territoire américain, des moyens beaucoup plus importants qu'auparavant pour traquer le criminel Sirius Black. Les autochtones ne semblèrent pas ravis de l'information mais l'acceptèrent, promettant de faire montre d'une totale coopération. Ah l'envahisseur anglais et ses excuses. Parmi les Aurors dépêchés pour venir la chercher, elle reconnut Kingsley Shacklebot. Il évitait son regard, tout comme son collègue. Les mains attachées dans le dos, sa baguette confisquée, elle transplana alors pour la deuxième fois en quelques heures dans les bureaux du Ministère.

Elle y attendait depuis déjà plusieurs heures, le visage neutre, parfaitement immobile. Comme le ferait Eva Orgall, enfin libérée de son agresseur et de retour au pays. Si la totalité de son corps exprimait le calme, son esprit, lui, était en proie aux doutes. Elle ne savait pas si elle avait fait les choses correctement. S'ils n'allaient pas faire l'usage de Veritaserum. S'ils n'avaient pas compris son manège. Elle ne savait pas même s'ils allaient la laisser reprendre son poste. Si j'ai fait tout ça pour rien, je brûle ce foutu Ministère. Elle respira profondément et chassa ces pensées. La porte venait de s'ouvrir…

Sur Shacklebot. L'Auror avait la peau sombre et un charme certain, derrière son air glacial. Il s'assit en face d'elle et posa sur la table ouvragée un verre, en cristal, vraisemblablement, qu'il remplit d'un liquide clair. De l'eau. Du moins ce qu'il faisait passer pour tel. Elle l'observa un instant avant de revenir à son futur interlocuteur. Rien ne filtrait de son expression, ni complicité, ni au contraire suspicion. Il fit glisser la boisson vers elle et détacha ses mains d'un mouvement de baguette.

« Vous devez être assoiffée, » dit-il finalement d'une voix posée. « Buvez.

- Je n'ai pas soif, je vous remercie.

- Je vous en prie, buvez. »

Une lueur s'était allumée dans ses yeux. Elle déglutit lentement et saisit le verre. Elle se savait observée. Ils verraient, ils sauraient si elle faisait semblant de le boire. Elle soupira, l'air fatigué, et le porta à ses lèvres. Elle ne pouvait pas nier que l'eau fraîche était une bénédiction. Deux gorgées plus tard, tous ses sens étaient en alerte en attente de la sensation connue d'engourdissement. Qui ne vint pas. Oh. Oh ! Il lui fallut toute la force du monde pour ne pas se mettre à sourire. Elle se contenta de reposer le contenant et de cligner des yeux. Elle avait déjà connu l'effet du philtre. Elle savait comment elle devait réagir. Et comment elle ne devait pas réagir. Aussi passa-t-elle une main lasse dans ses cheveux. Un geste lent, presque endormi.

« Bien, nous pouvons donc commencer. Déclinez votre identité.

- Je m'appelle Eva Jessica Orgall, » dit-elle d'une voix atone. « Je suis la fille de…

- Ça ira comme ça. Où étiez-vous, ces cinq derniers mois ?

- Avec Sirius Black.

- Pourquoi ?

- Il m'a enlevée à Poudlard, le soir où il a également attaqué le professeur Severus Rogue et trois élèves de Gryffondors, Harry Potter, Hermione Granger et Ron Weasley. Il pensait m'utiliser comme otage pour obtenir une grâce de la part du Ministère.

- Et pourquoi n'a-t-il jamais adressé de demander de rançon ? »

Elle s'humidifia les lèvres, l'air lointain. Elle s'était préparée à ces questions. Elle avait déjà toutes les réponses. Elle ménageait simplement des pauses qu'elle espérait convaincantes. Elle détourna le regard vers un angle de la pièce avant de revenir à l'Auror dont le regard s'était fait plus intense encore. Quoi que ça puisse vouloir dire, il attendit sa réponse patiemment après un regard derrière lui. En direction, sans doute, de ses collègues derrière la vitre magique.

« Parce qu'il n'osait pas s'approcher du Ministère. Il avait peur de se faire rattraper.

- Avez-vous eu le moindre contact avec Vega Black, la sœur de Sirius Black ?

- Non. Il l'a cherchée mais ne l'a pas trouvée.

- Et avec Remus Lupin ?

- Non.

- Comment vous vous êtes-vous enfuie ?

- J'ai profité de son absence. Il était parti chercher à manger. Je suis sortie et je suis descendue dans la rue.

- Vous a-t-il laissé vous enfuir ?

- Non. »

Une nouvelle fois, Shacklebot se tourna pour rechercher l'assentiment de ses collègues et supérieurs. Il dut l'obtenir puisqu'il sortit de sa sacoche une série de photographies représentant le tavernier qu'elle avait dû neutraliser et le salon dans lequel elle avait contacté Dumbledore. Un portrait dessiné au crayon la représentait avec quelques imprécisions. Il les fit glisser vers elle. Elle les regarda longuement. La partie la plus compliquée arrivait. Elle allait devoir être persuasive si elle voulait se sortir de ce… Faux pas. Je hais les français.

« Vous reconnaissez cet homme ? Il s'appelle Anthony Faure. Il déclare que vous l'avez agressé dans sa taverne il y a environ deux mois. Est-ce vrai ?

- Oui.

- Pourquoi ?

- J'étais sous l'emprise de l'Imperium, » expliqua-t-elle d'une voix toujours aussi inexpressive. « Sirius Black m'a ordonné de tenter de contacter sa sœur via la cheminée de cette taverne. Quand il a compris que les choses allaient mal, il m'a ordonné d'attaquer le patron.

- Vous déclarez donc ne pas avoir été consciente pendant l'attaque ?

- Oui.

- Où pensez-vous que Sirius Black puisse être ?

- Il parlait d'aller en Amérique du Sud. Il voulait passer par Houston puis par Mexico.

- D'accord, » acquiesça-t-il pour la première fois depuis le début de l'interrogatoire. « Ne bougez pas d'ici. »

Il se releva, récupéra verre et papiers et sortit, la laissant seule. Elle le regarda faire et garda les yeux fixés sur la porte, l'air d'être absorbée par sa contemplation. La solution originale devait contenir beaucoup de Veritaserum, aussi resta-t-elle dans un état quasi-catatonique pendant ce qui lui parut être des heures. Elle manqua à plusieurs reprises de s'assoupir, tant son imitation arrivait même à convaincre son propre corps. Ils attendaient que son corps ait purgé la potion pour revenir. Revenir avec quoi ? Avec qui ? Elle finit par se redresser un peu et jeta des coups d'œil de plus en plus assurés d'un côté et de l'autre de la pièce. Quoiqu'il en soit, elle avait au moins un allié au Ministère en la personne de Kingsley. Il faudrait qu'elle pense à le remercier, quand elle serait dehors.

N'y tenant plus et considérant qu'il était assez normal qu'elle finisse par tomber de sommeil, elle croisa les bras sur la table et y appuya sa tête. Elle sombra rapidement, épuisée, dans une torpeur lourde. Rien n'était en cause, si ce n'est son stress constant et sa peur qu'elle ne soit découverte. Elle ne rêva pas, ne se réveilla pas. Elle aurait presque pu passer pour morte, s'il n'avait pas été possible de voir son dos se soulever régulièrement au rythme de sa respiration.

Elle fut tirée de son sommeil par la réouverture de la porte. Elle releva la tête lentement, la vision floue, et suivit du regard le groupe qui venait d'entrer. Elle cligna des yeux à plusieurs reprises avant de reconnaître son Auror préféré, le ministre de la Magie lui-même et… Minerva McGonagall, dont les traits tirés ne laissaient pas planer de grand mystère sur son inquiétude. Son attitude, digne, ne la dissimulait qu'à peine. Elle lui adressa un long regard et salua d'un signe de tête l'assemblée. Elle n'avait jamais vu Cornelius Fudge d'aussi près, mais lui vouait depuis de longues années un mépris mâtiné de haine. Et la vue de son visage lourd et de ses rides ne lui donnait pas plus envie de lui faire confiance. Elle resta muette, attendant une quelconque réaction. Ce fut d'ailleurs ce dernier qui s'adressa à elle directement, avec ce ton paternaliste propre à ceux qui se savent puissants et en profitent pour le faire savoir.

« Miss Orgall, c'est une joie… Oui une joie de vous voir en bonne santé. Nous étions tous très inquiets à votre sujet, surtout depuis les évènements dans le sud de la France… C'était à croire que vous vous étiez tourné vers Black, ce qui aurait été un désastre.

- Monsieur le ministre, Sirius Black m'a enlevée. Pourquoi me serais-je tournée vers lui ?

- Oh vous savez, avec ces gens là… » Il hésitait, épongeant son front d'un mouchoir finement brodé. « Enfin, l'essentiel c'est que vous soyez là. Nous avons bien sûr prévenu le professeur Dumbledore mais avec le Tournoi, il n'a pas pu venir en personne. »

Il indiqua Minerva à sa droite. Elle ne réagit pas vraiment, ses yeux toujours fixés sur la jeune femme. Elle n'était pas au courant de tout. Elle n'était peut-être même au courant de rien. Elle n'avait pas pu lui envoyer de nouvelles, de peur de voir le hibou postal intercepté. Elle n'avait pas mérité un tel traitement, même après son attitude de l'année dernière. Elle avait eu toutes les raisons du monde de douter d'elle. Elle aurait sans doute fait pareil à sa place. De l'autre côté, Kingsley Shacklebot ne semblait pas vouloir intervenir. Il avait rempli son office, c'était désormais à elle de négocier la suite. Elle hocha imperceptiblement la tête à son égard. Elle n'aurait su dire s'il l'avait vu ou non. Elle lui demanderait plus tard. Elle vit la professeure déglutir et serrer ses mains l'une dans l'autre.

« Le directeur souhaite que vous sachiez que vous êtes la bienvenue à Poudlard, et qu'il espère vous voir revenir rapidement.

- Personnellement, » s'empressa d'intervenir le ministre. « Je pense que vous devriez prendre des vacances, vous reposer…

- Professeur McGonagall, remerciez s'il vous plaît le professeur Dumbledore de ma part. Ce sera avec plaisir que je reprendrai mon poste dés que possible.

- Mais…

- Monsieur le ministre, j'ai besoin de retrouver une vie… Normale, » fit-elle d'une volontairement éraillée. « Ces derniers temps ont été instables et j'ai besoin de revenir à ma vie habituelle. Je me tiendrai bien sûr à votre entière disposition. »

Il parut hésiter. Elle savait qu'il n'appréciait pas les initiatives personnelles de Dumbledore, surtout quand elles étaient en contradiction avec ses propres velléités. Mais pouvait-il réellement lui refuser une chose pareille ? Poudlard était surveillé nuit et jour, un ancien Auror y officiait et le Ministère y était presque constamment présent. Il n'y avait pas de meilleur endroit pour la garder à l'œil. Il se mordit la lèvre et rechercha l'assistance de Shacklebot. Il fit mine de ne pas le voir, fixant avec insistance le fond de la pièce. Vega resta assise, immobile. Docile, ainsi que le Ministère aimait ses sujets. Fudge poussa un long soupir et elle sut qu'elle avait gagné.

« Très bien, mais vous serez placée sous la protection d'un ou deux Aurors et vous n'aurez pas le droit de sortir de l'enceinte de l'école sans escorte, » concéda-t-il, mâchoire serrée. « J'en demanderai des rapports réguliers.

- Je vous remercie, monsieur le ministre.

- Kingsley, faites sortir miss Orgall. Elle n'a plus à être tenue enfermée. »

Il y eut un hochement de tête et la porte se rouvrit. Elle se releva et suivit l'Auror et Minerva jusqu'à l'ascenseur menant à l'entrée du Ministère. Elle s'était attendue à quelques journalistes, tout au plus ceux de la Gazette du Sorcier. Elle ne fut pas déçue. Quand les portes se rouvrirent, une véritable horde d'hommes et de femmes l'attendaient, cramponnés à leurs caméras et plumes, hurlant des questions portant sur elle, Sirius, sa fuite. Elle grimaça et se laissa entrainer par la poigne puissante de son garde du corps improvisé jusqu'à une des immenses cheminées. McGonagall y entra et lui fit signe de la suivre. La meute de journalistes les suivait toujours, pressés contre les barrières magiques invoquées à la va-vite. Le temps que sa collègue trouve dans son sac la poudre de cheminette, ces dernières avaient sauté et elle était presque capable de sentir les flashs lui brûler la peau tant ils étaient nombreux. Elle se dissimula le visage et, agrippée au bras de Minerva, ne l'entendit même pas prononcer le nom de leur destination. Elle se sentit brusquement aspirée comme par un tourbillon.

Quand elle rouvrit les yeux, ils étaient dans le bureau de Dumbledore. Tous les portraits avaient les yeux braqués sur les deux femmes et râlaient sur le bruit abominable qu'elles avaient fait. Ni l'une ni l'autre ne s'en préoccupa et elles sortirent de l'âtre lentement. Elles échangèrent alors un long regard hésitant. Il était rare, très rare que la directrice de Gryffondor montre autant de précaution avant de parler. Elle était bien plus connue pour ses décisions rapides et ses petites phrases mordantes. Quant à elle… Elle était plus prompte aux explosions de colère, de joie ou de tristesse qu'à tant de retenue. Il aurait été plus simple de se prendre dans les bras et de s'excuser, mais le geste paraissait inconvenant. Presque incongru. Hors de propos.

« Professeur… Minerva. Je suis heureuse de vous revoir, » fut la seule chose qu'elle parvint à dire. « Ça fait longtemps.

- Je le suis aussi. Et rassurée de vous voir en bonne santé.

- Je… »

Un malaise persistant s'installa entre elle et elle croisa les bras. Geste de défense puéril, alors qu'elle savait qu'elle allait devoir s'excuser. Et tout expliquer, tant que Dumbledore n'était pas là. Elle le suspectait d'avoir arranger son absence pour laisser les deux femmes parler et arranger les choses. Elle écarta une mèche de cheveux de son visage et chercha ses mots. Comment pouvait-elle présenter les choses ? Oh, désolé, Minerva mais j'ai décidé de fuir avec mon criminel présumé de frère sans rien vous dire parce que vous me suspectiez de l'aider et que c'était vrai. Ça sonnait aussi mal que possible. C'est à dire terriblement. Elle déglutit.

« Pardonnez-moi. Je pourrais vous faire un long discours sur les raisons qui m'ont motivée mais… Dans tous les cas j'aurais dû vous envoyer une lettre, quelque chose. » Elle fit une pause, évitant le regard de sa collègue. De son amie. « Je ne voulais pas mettre en danger notre fuite. Et je ne voulais pas vous impliquer là dedans alors que vous n'aviez rien fait pour ça. Je pensais… Revenir beaucoup plus tôt. Et tout vous expliquer.

- Le professeur Dumbledore s'en est chargé. Je sais tout. » Vega s'apprêtait à continuer mais elle l'arrêta d'un geste. « C'est à moi de m'excuser, Eva… Vega. Je ne vous aie pas cru tout ce temps mais c'est vous qui aviez raison. Lorsque le professeur Lupin est venu m'en parler, j'ai cru que lui aussi avait été ensorcelé. Je… J'ai refusé de voir la vérité. A cause de moi, Sirius ou vous auriez pu vous faire arrêter et tuer.

- Vous ne faisiez ça que pour Harry. Vous n'avez pas à vous excuser.

- Alors vous non plus, parce que vous n'êtes partie que pour votre frère. »

Un petit sourire pointa sur ses lèvres, reflet de celui de la jeune femme. Minerva McGonagall était la femme la plus secrète, la plus sévère et la plus froide, par moment, mais elle était aussi et surtout une femme incroyable. Elle avait recueillie une adolescente apeurée, traumatisée alors que rien ne l'obligeait à le faire. Elle avait mis en danger son intégrité morale et professionnelle pour la protéger. Elle avait été présente pour elle, s'était occupée d'elle jusqu'à ce qu'elle soit capable de se relever. Elle lui avait proposé un poste prestigieux. Elle avait fait d'elle ce qu'elle était aujourd'hui. Elle lui devait tout et elle lui devait maintenant encore plus. Elle eut un petit rire étranglé et s'avança vers elle. Les deux femmes s'enlacèrent finalement, tout étrange que pouvait semblait la scène. Oh James, si tu me voyais… Leur étreinte fut brève, mais elle résuma en un geste ce qui ne pouvait être dit en mille mots. Vega essuya une petite larme au coin de son œil et se mit à rire de nouveau. Si on lui avait dit vingt ans plus tôt qu'elle se jetterait presque dans les bras de sa professeure de métamorphose, elle aurait abrégé les souffrances de celui qui aurait osé proférer une telle absurdité. Et la réciproque était sans doute vraie.

Elle s'apprêtait à ajouter quelque chose quand la porte se rouvrit sur la silhouette lavande du directeur. Elles se séparèrent un peu plus et le regardèrent les rejoindre. Il était souriant, visiblement ravi que son plan ait fonctionné. Elle se tendit quelque peu et le suivit des yeux. Il s'assit à son bureau et regarda quelques documents, comme si elle n'était pas là. L'attitude énigmatique de Dumbledore la laissait perplexe, la plupart du temps. Là encore plus. Une question lui brûlait les lèvres et il ne semblait pas vouloir y répondre.

« Harry va bien, si c'est la question que vous vous posez, » s'amusa-t-il. « Il a été fantastique avec son dragon. Je crois que Gryffondor a rarement connu une telle veillée, y compris l'année dernière pour leur victoire au Quidditch.

- Et la seconde épreuve ?

- J'ai peur de ne rien pouvoir vous dire, très chère. Ce serait prendre le risque que vous la révéliez à monsieur Potter, ce que le règlement prohibe expressément.

- Si c'est ça que vous appelez le protéger, je suis heureuse d'être de retour. »

Il ne parut pas se formaliser, malgré la critique évidente qui se dissimulait derrière sa remarque. Il lui fit signe de s'asseoir et demanda à McGonagall de disposer. Celle-ci hocha la tête et adressa un signe à la jeune fille. Elle y répondit rapidement avant de venir effectivement s'asseoir. Il jouait distraitement avec un coupe-papier doré, un doigt appuyé contre sa tempe. Il n'y avait rien de particulièrement compliqué à comprendre mais il était plongé dans ses pensées. Patiente, ou feignant en tout cas de l'être, elle attendit qu'il veuille bien se décider à continuer. Il désigna finalement ses cheveux d'un air ravis, comme si c'était ce qui le perturbait depuis le début, et se remit à sourire.

« C'est très joli, ce que vous avez fait à vos cheveux.

- Professeur, ce n'est pas le sujet, » le coupa-t-elle avec raideur. « Je ne suis pas ici pour commenter ma coiffure.

- Bien sûr, bien sûr. J'oublie parfois que vous êtes bien Vega Black. Quoique vous vouliez faire avec Harry, vous allez devoir être extrêmement discrète et subtile. Non seulement vous êtes surveillée mais Poudlard l'est aussi.

- Je vais juste m'assurer qu'il ne risque rien, professeur. Pas faire les épreuves à sa place ou échanger des informations secrètes avec lui. L'idée que Karkaroff…

- Je m'occupe personnellement de Karkaroff. Le professeur Maugrey le garde à l'œil… Tout comme il risque de vous garder à l'œil vous. »

Une lueur de malice brillait dans ses yeux. Elle voulait des réponses. Pas des banalités. Elle se rendait tout juste compte qu'elle n'en obtiendrait pas de lui. Elle se fendit d'un sourire forcé et croisa les jambes. Elle pourrait se débrouiller avec l'ancien Auror, ainsi qu'avec ceux qui la suivraient partout. Elle n'était juste pas certaine que la méthode leur plaise particulièrement. Elle était une ancienne Maraudeur, elle connaissait le château comme personne et savait échapper à toutes les surveillances – enfin, sauf celles inévitables. Et ce n'était pas le cas des surveillances bassement humaines. Elle releva le menton d'un air crâne. Elle avait connu pire l'an dernier. Il n'était définitivement pas question d'elle.

« Je ne suis pas revenue par pures considérations égoïstes. Je peux gérer Alastor Maugrey et la surveillance.

- Je n'en doute pas un instant. Vous avez dupé tout le Ministère de la Magie, avec votre numéro. Excellent, au demeurant. Kingsley me l'a rapporté.

- Revenons-en à l'essentiel. Qui pensez-vous avoir été capable de désigner Harry malgré lui ? » Elle le recadrait comme aurait recadré un élève. Une part d'elle s'en mortifiait. « Si ce n'est pas Karkaroff…

- Je ne sais pas, Vega, comme je vous l'aie déjà dit et je vous demande de ne pas enquêter. Restez à votre place, aidez Harry comme vous désirez l'aider mais ne vous mêlez pas de ce problème. Entendu ? »

Sa voix s'était faite beaucoup plus sérieuse, presque impérieuse. Le changement de ton l'avait surprise et elle mit quelques secondes avant d'acquiescer en silence. Il lui cachait quelque chose. Plus grave encore, il cachait ce quelque chose à Harry. Elle croisa les bras et fronça les sourcils, mais le directeur semblait déjà avoir oublié la conversation. Elle balaya la pièce du regard et croisa évidemment celui de Phineas Nigellus. Elle l'évita précautionneusement et ses yeux tombèrent sur une immense horloge en pied. Elle indiquait presque huit heure du soir. L'heure du dîner dans la Grande Salle. Peut-être pouvait-elle encore y assister ? La surprise serait sans doute totale pour les élèves. Et les professeurs, du moins ceux qui n'avaient pas été mis au courant. Elle se trémoussa un peu dans son fauteuil, sans attirer le moins du monde l'attention du professeur. Elle dut se résoudre à reprendre la discussion.

« Je devrais peut-être rejoindre la Grande Salle ?

- Personne n'est prévenu de votre retour, si ce n'est Minerva. Vous surprendriez tout le monde, y compris les délégations étrangères.

- Ce n'est pas une réponse.

- Vous n'en attendez pas une, » remarqua-t-il sans se départir de son sourire. « Alors faites comme vous le pensez juste. Vos affaires sont toujours dans votre chambre. »

Comme je le pense juste… Quelle blague. Elle ne chercha pas à en savoir plus et se leva. Elle salua le professeur et sortit du bureau. Elle évita au maximum les couloirs trop fréquentés pour rejoindre ses quartiers où rien n'avait bougé. A part, évidemment, la Carte du Maraudeur qui n'était plus dans son bureau. Il y avait encore son flacon d'encre complètement sec, sa plume plantée à l'intérieur et ses livres ouverts sur les mêmes pages que cinq mois auparavant. Elle sourit et ouvrit son armoire pour sortir une robe propre. Elle l'enfila et reprit le chemin à l'inverse jusqu'à bifurquer pour atteindre le hall où des élèves discutaient. Elle sentit les regards se poser sur ses cheveux, dans un premier temps, avant de tomber sur son visage. Quand elle entra dans la Grande Salle, ce fut presque immédiatement le silence quand on la reconnut. Les professeurs, à la table du fond, se figèrent. Elle continua son chemin, souriante et alla s'asseoir près de Minerva. Elle échangea un regard complice avec cette dernière et salua ses collègues. Severus Rogue semblait fusionner progressivement avec sa chaise tant il s'y était enfoncé, tandis que Fol-Œil l'observait avec méfiance. Elle n'avait jamais vu l'Auror auparavant mais elle connaissait sa réputation. Et il était à sa hauteur. Il était proprement effrayant.

Il fallut quelques secondes pour que tout le monde comprenne que leur second professeur de potions était de retour. De timides applaudissements retentirent, bientôt accompagnés d'autres plus francs. Elle hocha la tête d'un air de remerciement et chercha Harry des yeux. Il était un de ceux qui s'était levé – ils étaient assez peu. Elle lui fit un clin d'œil et se servit du vin. La routine reprenait. Que c'est bon d'être enfin chez soi.