Je ne l'avais pas conseillé dans le chapitre précédent, mais le titre du chapitre 20 m'a fait cliquer concernant ma petite playlist personnelle. Si vous en avez l'occasion, allez écouter "La cour des grands" du film Le Prince d'Égypte. Juste un petit chef-d'œuvre à mon sens.

Sinon, pour l'anecdote personnelle, j'essaie de dessiner un personnage pour chaque chapitre de ma fic. Autant dire si c'est du boulot, et comme je suis une éternelle insatisfaite, j'aurais sans doute trop honte de montrer mes esquisses si l'idée me traverse la tête un jour...

Merci aux précédentes reviews, à vous qui m'avez lue jusqu'ici et bonne lecture !


Chapitre 21 – Vérité falsifiée

« Par le feu, par la glace !

Il faut jouer à pile ou face !

Et s'envoler à tombeau ouvert ! »

L'étrange Noël de monsieur Jack Tim Burton (Voici Halloween)

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Meryl s'arrêta une fois sûre qu'elle n'était plus visible au reste du monde, et s'affala sur le sol, épuisée et en colère. Elle savait qu'elle n'aurait pas dû tenter quoi que ce fût ; la potion de guérison aurait largement suffi pour cette femme, dont la blessure n'était pas profonde au point de mettre sa vie en péril (l'un des gars qui s'occupaient d'elle ne l'avait-il pas dit ?). Mais elle avait agi par instinct et désormais, elle en était là. On ne la laisserait plus en paix, Neville lui-même la forcerait à parler de son don, et il y avait une fois encore trop de témoins à avoir vu la scène qui s'était déroulée dans l'infirmerie, exactement comme cela avait été le cas plusieurs années auparavant.

Elle ne voulait pas les aider. Elle avait agi pour son confort personnel, et pour une fois, elle voulait effacer tout altruisme pour ne se consacrer qu'à elle. Mais son pouvoir l'en empêchait. Il lui indiquait d'aider les autres, peu importe le but qu'elle visait, parce qu'elle détestait voir les gens souffrir. Et c'était cette fichue faiblesse qui l'avait convaincue qu'elle ne rentrait pas dans le troupeau, au Pensionnat des Enfants de Héros…

« Meryl. »

Elle leva la tête pour reconnaître l'intrus, alerte, mais au fond, elle savait que c'était inutile. Qui d'autre aurait envie de la suivre, à part lui ? Il était celui qui la connaissait depuis plus longtemps, après tout…

« Pourquoi tu me suis encore ? Je pensais que je n'étais pas digne de confiance.

-Qu'est-ce que tu racontes ? Je veux dire : O.K, tu es sacrément collante, mais ce n'est pas une raison pour que je ne le sois pas non plus.

-Très drôle. »

Il y eut un silence. Elle se sentait sur le point de pleurer.

« Tu sais que tu n'as aucun humour ? » dit très sérieusement Ted, en ramenant ses genoux à sa poitrine tandis qu'il s'asseyait.

Comme il ne recevait aucune réponse, il continua, sur un ton badin :

« Je l'ai déjà remarqué. Je ne peux pas dire que le mien soit spécialement léger, mais avec toi, mes plaisanteries tombent systématiquement à plat. Il y a bien des moments où tu sors des trucs marrants, mais je pense que tu ne t'en rends même pas compte. Du coup, pour ma part, je te trouve sacrément ennuyeuse, et déprimante.

-Ah, tu le crois vraiment ? retentit la voix enrouée de sa voisine.

-Oui. Quelque part, je suis pratiquement sûr qu'il y a des gens, chez les Héros, qui sont aussi capables de rigoler, même si leur humour doit être douteux. Après tout, ces gens sont comme nous. Nous sommes humains, alors on doit pouvoir s'entendre sur certains domaines, n'est-ce pas ? »

Elle tourna la tête vers lui, les sourcils froncés.

« Pourquoi dis-tu ça ? Ça n'a aucun sens.

-Ah ? Oui, sans doute… Je voulais parler un peu, c'est tout. Après tout, c'est rare que tu sortes. »

Elle comprit que ce qui l'intéressait le plus, à ce moment précis, c'était savoir ce qu'il s'était passé. Il était le seul assez fou pour la poursuivre et le lui demander en face. Ils n'étaient pas amis, pas vraiment, mais leur relation avait connu une amélioration étrange depuis qu'elle l'avait sauvé, dans ce bois où elle l'avait retrouvé grâce aux Rafleurs. Peut-être, après tout, pouvait-il être la seule personne à qui faire part de ses doutes…

« Je t'avais posé une question, tout à l'heure, et tu n'avais pas fini de me répondre.

-Quoi ? s'enquit-il, surpris qu'elle en vienne à reparler de ça. Avec tout ce qu'il s'était déroulé, il n'y avait plus du tout pensé.

-Ton pouvoir est inné, n'est-ce pas ? »

Son visage reprit une expression plus calme, réfléchie.

« Comme je te l'ai dit, c'est comme ça. Et ce que je voulais dire, c'est que toi aussi, tu as une particularité unique. En revanche, je ne sais pas si tu la tiens de ta naissance.

-Voilà où je voulais en venir. Moi non plus, je ne sais pas. Je n'ai connu les premières manifestations qu'à l'âge de onze ans, de manière tout à fait hasardeuse. Et à la fin, ça devient trop pesant pour que je le supporte… »

Il la regarda, dubitatif.

« Allons, pourquoi s'apitoyer sur des choses aussi futiles ? Si moi je devais me plaindre d'être un Métamorphomage, je ne suis pas sorti de l'auberge. Et pourtant, Merlin sait comme c'est gênant, parfois, d'en être un. Limite, on te traite comme une bête de foire. »

Il laissa échapper un petit rire.

« Eh bien, voilà que je me plains quand même…

-Toi, tu n'es pas le seul à être comme tu es. A moins que tu n'aies connu quelqu'un comme moi. »

Il plongea dans ses pensées. Il devait reconnaître qu'elle n'avait pas tort.

« Non, c'est vrai. Mais pourquoi parles-tu d'un sujet comme ça ? Est-ce que c'est à cause de tout à l'heure… ? »

Comme Meryl restait muette, il tourna la tête vers elle et vit soudain les larmes qui s'échappaient de ses yeux.

« Mais… Tu pleures pour quoi, au juste ? »

Dans sa tête, il faisait la liaison. Il n'était pas resté suffisamment longtemps pour connaître la réalité des choses, mais il parvenait à comprendre que Meryl n'était pas étrangère au vacarme qui s'était déroulé à l'intérieur de la tente. La blessure puis la lumière dans les mains…

« Ah, d'accord, tu t'es révélée, finalement.

-Et c'est un énorme problème, hoqueta t-elle.

-Oui, parce que Neville et compagnie vont te harceler pour que tu leur parles de ça, et qu'ils vont aussi te harceler pour que tu répètes le prodige, et je te raconte pas la misère qu'ils vont te faire vivre. Mais tu sais, ce n'est pas à moi qu'il faut demander d'arranger ça. Je ne peux pas persuader les gens qu'ils ont eu une psychose collective. »

Elle parvint à esquisser un maigre sourire, même si elle savait que si elle rentrait au camp, elle ne serait plus en paix. Elle ne voulait pas se retrouver de nouveau en face de Neville.

« De toute manière, ça devait arriver un jour ou l'autre, alors je ne suis pas étonné. Pas discrète comme tu es, ça allait vite se savoir. »

Elle le regarda de côté, se mordant la lèvre inférieure pour ne pas éclater. Les larmes s'étaient dissipées, mais elle avait encore un fond de rage en elle, et elle ne voulait pas en faire bénéficier Teddy.

Teddy ?

Tout d'un coup, elle se sentit rougir. Le surnom était venu presque automatiquement, mais elle savait qu'il n'était pas approprié dans leur relation actuelle. Ils n'étaient pas proches, il était juste là, à lui dire les choses en face, sans s'inquiéter de la logique de ses phrases quand elles sortaient de sa bouche. Pour elle, il devait rester Ted, et personne d'autre.

« Tu ne peux pas rester là éternellement. Déjà, fuir est une mauvaise idée, ils te rattraperont quand même. Ensuite, tu es en chaussettes, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué. Et puis, il faut bien s'expliquer un jour ou l'autre, ça ne fait pas de mal.

-Je ne veux pas qu'ils me prennent pour un objet.

-Ah, c'est donc ça qui t'inquiète… »

Ted fixa attentivement Meryl du regard. Elle semblait véritablement inquiète, les yeux encore rougis par les larmes, et confuse aussi. Il comprenait son sentiment, et il comprenait enfin pourquoi elle n'avait jamais l'air à sa place où qu'elle fût : c'était qu'elle n'était intégrée nulle part, et que n'importe quelle personne ne verrait que son propre intérêt en apprenant la nature de son don. Mais après tout, avait-elle peut-être tort. Tout le monde ne pensait pas forcément à son propre profit, et il était prêt à lui faire comprendre cela. Il était pratiquement sûr que les Rebelles n'étaient pas du genre à faire ce genre de choses. C'était plus dans le style des Mangemorts.

« Viens, si tu veux, je serai là. »

Il lui prit le bras et la força à se remettre debout, d'un mouvement impatient. Meryl le regarda comme si elle le rencontrait pour la première fois. Personne ne l'avait jamais touchée de manière si prompte, et sans arrière-pensée particulière. Elle connaissait Ted depuis moins d'un mois, mais pensait avoir réussi à le cerner et se retint de sourire. En réalité, elle ignorait encore ce que pouvait être le soutien, et le découvrir était comme un choc pour elle, à tel point qu'elle ne le réalisait pas encore.

Il se passa un bref moment quand soudain, un élancement saisit Meryl. Elle se força à reprendre son équilibre. Ted se rendit toutefois compte de son malaise :

« Qu'est-ce qu'il y a ?

-Rien… »

Lorsque cela s'arrêta, elle se força à sourire pour faire semblant de montrer que tout allait bien. Mais au fond d'elle, l'inquiétude prenait le pas : le dernier malaise remontait à des jours, mais elle était persuadée qu'il avait été moins marquant que celui-ci. Que lui arrivait-il ?

~oOo~

Lorsqu'ils revinrent au camp, leur tentative d'entrer discrètement échoua lamentablement, car les enfants les aperçurent vite et les encerclèrent, certains regardant Meryl avec une certaine curiosité. Cette agitation attira ensuite l'attention des adultes qui les rejoignirent, et aussitôt que les plus jeunes furent mis à l'écart, on saisit Meryl de telle sorte qu'elle sut qu'elle n'allait pas échapper à l'inévitable interrogatoire.

Rien qu'à ce mot, elle frissonnait déjà. Mais c'était absurde, s'ils avaient voulu la torturer, ils l'auraient fait bien plus tôt…

Il y avait déjà beaucoup de monde dans la tente du chef : Neville, en toute logique, Ronald, son second, ses frères et, plus à l'écart, sa sœur, la femme aux cheveux bouclés que Meryl avait guérie, Luna et d'autres encore dont elle oubliait les noms. Elle leur jeta un regard de défi, et certains le lui rendirent. Ted entra à sa suite et se tint à ses côtés, tout en conservant une distance respectable entre eux. Neville lui jeta un coup d'œil soupçonneux, et ce fut à lui, en premier, qu'il s'adressa :

« Tu étais au courant ?

-Au courant de quoi ? » répliqua sereinement le garçon.

L'homme poussa un soupir agacé.

« De ce qu'il s'est passé. Lavande ici présente était grièvement blessée, et à présent, elle est là, avec nous, et elle est parfaitement guérie. Et d'après ce qu'on m'a rapporté, la cause de cette rémission soudaine et miraculeuse est tout à fait étrange : ton amie ici présente peut l'attester. »

Meryl se força à garder la tête levée, tandis qu'à ses côtés Ted n'affichait aucune réaction.

« Tu savais qu'elle avait une aptitude particulière pour la magie de soin ?

-Qu'est-ce que ça veut dire ? interrogea en retour l'adolescent, avec le plus grand sérieux du monde.

-Tu ne sais donc pas ? s'enquit Neville, suspicieux.

-Qu'est-ce que je dois savoir ?

-Écoute, ce n'est pas à ce jeu-là que tu pourras me battre, Teddy. Peut-être te l'a-t-elle caché, mais ça n'explique pas qu'elle s'en soit servi sur Lavande avec autant de facilité. Et ça n'explique pas non plus qu'elle se soit enfuie la minute d'après pour faire je ne sais quoi.

-Elle était partie pleurer. »

Meryl jeta un coup d'œil alarmé à Ted, qui ne la regarda toutefois pas. Les autres levèrent à l'unisson des sourcils étonnés.

« Pleurer pour quoi ?

-Pleurer parce qu'elle a sauvé un ennemi, j'imagine, j'en sais rien. »

Neville, agacé, se tourna vers Meryl et lui ordonna de fournir une réponse d'un mouvement de tête.

« J'ai fait ça par compassion, » finit-elle par avouer, la voix neutre.

Chacun se regarda. Lavande, en particulier, dévisageait Meryl avec curiosité. Sa voisine avait les yeux dans le vide, comme si elle réfléchissait à autre chose.

« Par compassion ? Et pourquoi par compassion ?

-Je n'aime pas voir du sang.

-Tu n'aimes pas ! Première nouvelle ! »

Neville semblait trouver cela tout à fait comique et ne se gênait pas pour éclater de rire.

« Allons donc, ça n'a pas dû être facile chez les tiens depuis tout ce temps ! »

Elle ne répliqua rien. Il avait raison, il ne savait pas à quel point, mais elle n'allait pas lui tendre de perche. Elle préféra ajouter :

« C'était pour cette unique raison.

-Unique raison ? Cela n'explique pas où tu as reçu ton pouvoir. »

On y était. Meryl esquissa un mouvement de recul, mais Ted, derrière elle, paraissait sûr de lui.

« Où as-tu pu en recevoir un tel ? Jamais aucun sorcier n'a réussi à guérir délibérément sans recourir à l'aide d'une baguette. C'est sans nul doute une magie très ancienne et puissante. Dis-moi qui tu es ?

-Mais personne, balbutia t-elle.

-C'est facile de le dire. En fin de compte, tu es peut-être bien une espionne des Mangemorts, ce ne serait même pas étonnant ! Un don comme le tien te trahit : tu n'es sans doute pas une fille ordinaire.

-Je veux bien le croire, concéda t-elle, les dents serrées.

-Il y a longtemps qu'ils t'ont à leur service, et tu dois être proche de leurs réseaux, afin de leur retransmettre toutes les informations douteuses.

-Mais Neville, ce que tu dis n'est pas logique, » s'exclama soudain Luna, ses yeux rêveurs s'illuminant à cet instant précis.

Il y eut un silence. Neville se tourna vers elle.

« Et en quoi ai-je tort ?

-Rien ne colle. Les Mangemorts n'auraient jamais envoyé quelqu'un d'exceptionnel chez nous, pour la simple raison que s'ils doivent prendre des risques en étant découverts, mieux vaut envoyer une personne sans capacité spéciale, tout juste utile à la récolte d'informations… N'est-ce pas ?

-Et si au contraire il s'agissait d'un piège ? argumenta Ron, à son tour. Il ne faut pas se fier aux apparences, Luna.

-Tu sais bien qu'elle n'a jamais fait ça, » répliqua sa sœur.

Les autres personnes discutaient entre elles, jetant un coup d'œil à la scène qui se déroulait. Ted crut bon de finalement se remettre sur le devant de la scène :

« Luna a raison, Neville, ce n'est pas logique. Au départ, c'est moi qui ai emmené cette fille par accident, et je suis sûr qu'elle non plus n'a jamais voulu prendre part à ça. Elle est là contre son gré. Un vrai espion se serait d'abord fait prendre pour un des vôtres au lieu de venir en costume de Mangemort sans être préparé. »

Le chef parut réfléchir à cette remarque, et le garçon sourit victorieusement. Sa parole ne serait pas mise de côté, il le savait.

« Tu as sans doute raison, fit remarquer Percy, l'un des frères Weasley, qui jusqu'alors n'avait pipé mot.

-Il a résumé ma pensée, » renchérit Luna, en posant sur le garçon un regard empli de chaleur.

Neville fit la grimace. Il ne devait pas apprécier d'être trop souvent contredit. Il s'empressa de sauter ce passage déplaisant pour ordonner sèchement à Meryl :

« Je veux que tu refasses cet exploit.

-Pardon ? »

Il la fusilla du regard.

« N'importe qui parmi nous a des blessures qui n'ont pas ou ont mal guéri. Preuve en est qu'il reste des cicatrices. Je veux que quelqu'un se porte volontaire pour que tu le guérisses comme tu l'as fait avec Lavande. »

Elle plissa les yeux, un minuscule sourire aux lèvres.

« Si c'est quelqu'un pour qui je n'éprouve aucune compassion, ça ne marchera pas.

-Et avec moi ? »

Ils se défièrent du regard. Meryl avait un peu perdu de sa superbe. Elle était parfaitement consciente qu'en disant franchement à Neville qu'elle ne lui faisait pas confiance, il ne ferait rien pour lui donner un traitement de faveur.

« C'est vain. Qui qu'elle soit, cette personne ne bénéficiera de rien. Je n'utilise pas ce pouvoir pour le plaisir des yeux.

-Et qui qu'elle soit, je te garantis que cette personne profitera de tes soins. Alors tu vas le faire, un point c'est tout.

-Non mais vous plaisantez ou quoi ?! » explosa t-elle, tout d'un coup.

Depuis un moment, l'irritation montait et elle sentait qu'elle ne pouvait pas la garder plus longtemps en elle. Elle n'acceptait pas l'idée d'obéir à des gens censés être ses ennemis naturels.

« Pardon ? s'enquit, d'une voix douce, Neville.

-J'ai dit que je ne voulais pas, et ça ne se repassera pas avant un long moment. Tout à l'heure, c'était un accident, rien de plus, et j'ai obéi à mes sentiments. Les sentiments, ça ne se contrôle pas. »

Derrière elle, elle sentit que Ted faisait un léger mouvement, et le chef des Rebelles se leva doucement de sa chaise, provoquant des tensions dans le groupe qui les entourait. Elle comprit qu'il n'allait pas se contenter de la laisser partir sur ces entrefaites.

« Faites ça et je retourne pour toujours auprès des miens. »

La phrase était sortie et, à l'instant où elle la prononçait, Meryl comprit qu'elle ne la pensait pas vraiment. Mais ce n'était pas très important, ce qui comptait à présent c'était de se sortir du guêpier. Après, peu importait où elle se rendrait.

« Neville, tu… commença Ted.

-Attends, Neville, l'interrompit Ginny. Tu vas trop vite. »

L'homme tourna la tête vers elle, lui jetant un regard mauvais qui la laissa imperturbable.

« Laisse-la faire selon son désir. Je pense que c'est trop tôt pour lui demander ça. Un jour, peut-être, quand elle apprendra à nous connaître, elle acceptera. »

Tandis que tout le monde l'observait d'un air suspicieux, elle fondit sur Meryl et lui saisit l'épaule, avec dureté.

« Je la ramène à l'infirmerie. »

Lorsque les deux femmes furent sorties, Luna prit la parole :

« Elle a raison. C'est trop tôt et ce serait une erreur de lui forcer la main. Il faut plutôt manœuvrer pour avoir sa confiance. »

L'homme soupira et se rassit. Il devait reconnaître que les femmes du camp avaient parfois plus de sens critique que lui.

Beaucoup manifestèrent leur accord et il se força à acquiescer. Mais son regard était toujours dirigé vers l'entrée de la tente et surtout, vers Ted qui parut comprendre son message. Puisqu'il était le seul qu'elle connaissait le mieux ici, ayant fui avec lui, c'était sur lui que reposait la tâche de guider Meryl et de réveiller son pouvoir en leur faveur.

Au fond, cela n'arrangeait pas tellement Ted. Comment devait-il faire pour ne pas lui donner la sensation de la trahir ?

~oOo~

Ginny n'était pas restée longtemps avec elle, seulement le temps de la ramener à l'infirmerie. Meryl avait regagné d'un pas morne son lit de fortune, avait retiré ses chaussettes humides et couvertes de terre, et s'était immédiatement emparé d'un livre pour oublier, l'espace d'un instant, les évènements qui venaient de se dérouler, tout en caressant le poil du Boursouflet rose offert par George. Elle avait pratiquement terminé les deux manuels de sorcellerie, et il ne restait que le petit livre moldu dont elle n'avait lu que le début. Une fois pour toutes, elle s'en saisit sans peur et l'ouvrit, cherchant le paragraphe où elle s'était arrêtée.

Elle en était à lire depuis un moment, fronçant les sourcils lorsqu'elle butait sur un mot inconnu, lorsque la toile se souleva. Elle leva les yeux en grognant de colère. Mais ce n'était que Ted, qui avançait vers elle.

« J'ai encore fait en sorte de venir te voir. »

Elle ferma le livre, se servant d'un doigt comme de marque-page pour se retrouver ensuite, et le dévisagea, agacée et étonnée.

« Pourquoi tu t'inquiètes pour moi ? Je suis ton ennemie, tu sais bien que des gens comme moi ne méritent pas la confiance des autres.

-Désolé, « je n'obéis qu'à mes sentiments ». C'est bien ce que tu as dit, non ? Après ce que tu as fait pour moi, je ne peux pas être sûr que tu as mauvais fond. »

Il soupira.

« Et puis, depuis le temps que tu me poses la question, je vais finir par penser que tu es simplement stupide. »

Il s'approcha à quelques centimètres de son lit, et elle eut un mouvement de recul, mal-à-l'aise à l'idée qu'il empiète sur son territoire.

« Je suis pratiquement le seul ici dont tu peux être sûre que je ne te mangerai pas. En plus, je suis sûr que tu n'as même pas bon goût. »

Elle se détendit à force d'entendre ces plaisanteries. Leur conversation antérieure lui revint : c'était vrai qu'elle ne réagissait pas toujours à son humour, mais c'était surtout parce qu'il n'intervenait jamais dans les bons moments, les plus graves notamment.

« Qu'est-ce que tu lis ? »

Elle hésita puis lui montra, timidement, la couverture. Il l'examina en fronçant les sourcils.

« Un bouquin moldu, souffla t-il, impressionné. C'est le premier que je vois.

-Dans ce cas, on est pareils, répliqua t-elle.

-Qu'est-ce que ça raconte ?

-Pour l'instant, je n'en suis qu'au début, et je ne comprends pas tout. Mais je sais que ça se passe à Londres, dans un univers drôlement bizarre. Je crois qu'il y a la guerre. »

Elle pensa à la description des impacts de bombes sur l'environnement du héros. Mais elle se souvenait encore plus des trois slogans en lettres capitales qu'elle venait de lire juste avant l'arrivée de Ted : la guerre c'est la paix. La liberté c'est l'esclavage. L'ignorance c'est la force.

« Ah. »

Un pli s'était formé sur le front du jeune homme. Elle le regarda avec curiosité. Il semblait avoir quelque chose en tête…

« Est-ce que ça va, par rapport à tout à l'heure ? »

Elle se renfrogna. Tout ce qu'elle voulait, c'était oublier cet évènement.

« J'ai besoin de prendre du repos, c'est tout.

-Ne t'en fais pas. Neville est agressif, mais n'oublie pas que je suis là. »

Elle secoua la tête.

« Tu n'es pas mon ami.

-Mais je te connais quand même depuis plus longtemps que les autres. Et je devine que tu n'as aucune arrière-pensée. Sinon, j'aurais encore refusé que tu m'accompagnes après l'attaque des loups-garous.

-Et si c'était une mise en scène ?

-Si tu le dis, c'est que ce n'est pas le cas, n'est-ce pas ?

- Détrompe-toi. »

Il eut un sourire crispé.

« C'est trop dur de réfléchir. Il n'y a jamais de bonne réponse, de toute façon, et moi, tout ce que je peux faire, c'est me dire que tu en vaux la peine. »

Elle baissa la tête et ferma les yeux. L'attention de Ted la touchait, personne ne l'avait jamais considérée ainsi auparavant. Elle avait du mal à mettre un nom sur leur relation nouvelle, mais elle sentait que c'était quelque chose de précieux qu'il lui fallait conserver, et que si elle le perdait, alors tout redeviendrait comme avant, plus triste et noir qu'auparavant. Et alors, le mot lui vint l'esprit : cela s'appelait la confiance. Elle avait utilisé ce mot tant de fois qu'elle avait oublié qu'il avait un sens, et à présent qu'elle y pensait, cette confiance-là était différente de toutes celles qu'elle avait obtenues auparavant : ce n'était pas la confiance des infirmiers du camp S, qui ne songeaient qu'à l'utiliser à de justes fins. Ce n'était pas la confiance des surveillantes du Pensionnat des Enfants de Rebelles, qu'elle avait trahie de toute manière. C'était une confiance plus dure, plus vraie, qu'il ne fallait impérativement jamais détruire.

A ce moment-là, elle savait qu'elle devait remercier son compagnon. Mais les mots lui manquaient et elle n'ouvrit pas la bouche.

« Meryl, il faut que je t'apprenne quelque chose. C'est quelque chose de très important, et il faut que tu sois très attentive. »

Elle émergea de son flot de pensées et verrouilla son regard sur le sien, étonnée. Qu'y avait-il de si important à dire ? L'espace d'un instant, un trouble la saisit. Dans les yeux désormais sombres de Ted, elle lisait quelque chose qui lui donnait le vertige.

« J'ai parlé à Neville, à Ron et à George, il y a plusieurs jours. Ils m'ont appris la vérité sur mes parents, mais pas seulement. Ma mère était Métamorphomage, exactement comme moi. Mon père était un loup-garou, comme tu le savais déjà, mais un loup-garou dans le camp du bien. Mon parrain s'appelait Harry Potter. »

Elle ouvrit la bouche de stupeur. Elle ne savait si elle devait être terrifiée d'entendre prononcer le nom du Déchu ou du fait d'apprendre que Ted avait un lien avec lui. Instantanément, elle oublia tout ce qu'elle avait pensé à son sujet auparavant.

« Quoi ?

-Tu as bien entendu, j'imagine, et ne fais pas ces yeux-là. Ici, c'est un héros. Pas un héros dans le sens où tu l'entends généralement, bien sûr que non, il n'est pas de ceux-là. Mais un héros qui œuvrait pour notre bien à tous.

-Le Seigneur œuvre pour notre bien à tous aussi.

-Il t'a menti, Meryl. Et il ment à tout le monde actuellement, même à ses plus proches collaborateurs. Tout ce qu'il a construit est faux. »

Elle n'aurait su dire si le choc était violent ou non. Elle resta simplement sans réaction, assimilant les mots auxquels elle ne voulait pas croire.

« Ce que je veux dire, c'est que le fondement même de son empire est basé sur le mensonge. Et le premier mensonge que le régime a dit, c'était qu'il était encore en vie. »

Elle écarquilla les yeux, fixant Ted comme s'il venait de lui pousser une queue de dragon. Ses poings se crispèrent sur les pans de son manteau bleu, au point de les froisser, et elle secoua la tête, d'abord doucement, puis plus vivement, tandis que ses lèvres tremblaient et qu'un haut-le-cœur la saisissait, l'empêchant de prononcer le moindre mot. Si elle avait pu parler, elle l'aurait traité de menteur.

« Ce serait long à te raconter, mais son existence est aujourd'hui un mythe. Tout porte à croire que quelqu'un d'autre règne à sa place, ou que ses proches perpétuent le mensonge.

-Et où sont les preuves ? » s'exclama t-elle, dès qu'elle retrouva l'usage de la parole.

Elle le vit hésiter, puis dire, résolu :

« Neville et Ron me l'ont dit. Ils ont été témoins de la bataille de Poudlard.

-Allons donc… Qui te dit qu'ils ne t'ont pas menti ? Tu n'avais pas le droit de leur faire confiance si vite. On ne sait pas si ce sont eux les gentils. On ne sait pas si Poudlard a réellement existé. Cette bataille a sûrement eu lieu, mais si le régime ment, alors c'est aussi un mythe. Il n'y a sans doute jamais eu de Déchu. Le Seigneur est sans doute le seul chef légitime, contrairement à ce que disent les Rebelles. Rien n'a jamais existé, tout est un mensonge, même nous, nous sommes faux ! Même s'Il n'est plus, le Seigneur vivra toujours, j'en suis sûre ! »

Elle avait les larmes aux yeux et sa voix était montée crescendo au fur et à mesure qu'elle disait ces mots. C'était un miracle qu'elle n'eût encore attiré l'attention de personne au-dehors. Elle s'était accroupie, sur son lit, dominant Ted, prête à saisir un objet pour le lui jeter à la tête.

« Meryl… souffla t-il.

-Ne prononce pas mon nom ! Tu n'as pas le droit de saccager mon existence ! Tu n'as pas le droit de me dire que toutes mes croyances sont fausses !

-Mais je te dis ça parce que c'est vrai !

-Il n'y a pas de vérité, là-dedans. Dis-moi un peu, maintenant que tu m'as dit tout ça, en quoi puis-je encore croire ? »

Il y eut un long silence. Il la dévisagea, comme s'il ne l'avait jamais vue, et se mordit la lèvre inférieure. Il ne lui vint qu'une seule réponse :

« En moi. Je suis là, devant toi, tu sais, et toi et moi sommes sans doute tout ce qu'il y a de plus réel. »

Elle lui jeta un regard haineux. Il se moquait d'elle, mais tout ce qu'elle lut dans ses yeux à présent tombants était de la tristesse. Sans rien dire, et pour ne plus avoir à le voir, elle lui tourna le dos et s'allongea sur le côté, les bras enroulés autour de son corps, les yeux fermés pour ne pas pleurer.

Elle l'entendit se lever et prendre le chemin de la sortie. A ce moment-là, le souvenir du jour où elle l'avait retrouvé grâce à l'aide des loups-garous lui revint. Et elle murmura, même si elle se doutait qu'il ne l'entendrait pas :

« Salaud. »

~oOo~

Dans une salle secrète du Nouveau Ministère, il y eut un terrible cri de rage. Fenrir Greyback sentit son échine se hérisser mais garda la tête baissée, pour ne pas subir davantage les foudres de Celui dont il avait attisé la colère. A ses côtés, Scabior, les dents serrées, semblait prier pour que tout s'arrête. Leurs autres coéquipiers n'avaient pas été conviés à l'audience lorsqu'ils étaient revenus pour faire part de l'échec de leur mission. Ils étaient bien chanceux, songea t-il, mais il évita de penser davantage, car le Seigneur, puisse t-Il vivre à jamais, entendait tout, et pouvait parfaitement saisir les pensées, notamment les plus indésirables.

C'était la première fois qu'ils devaient avouer leur défaite, alors que toutes leurs missions auparavant avaient été de véritables succès. Ce n'était pas pour rien qu'on avait fait appel à eux, du moins, à Greyback. Aujourd'hui, ils allaient en subir les représailles.

« Je vous faisais confiance, vous étiez les plus fiables pour cette mission, mais il faut croire qu'ils ont été plus malins que vous. A l'heure qu'il est, ils sont entre les mains de ces Rebelles, et c'est exactement à cette extrémité que je refusais d'accéder ! »

Il lança un Doloris sur Scabior qui s'effondra en hurlant de douleur. Puis il changea de cible et ce fut Fenrir qui subit sa fureur. A la fin, tous deux, essoufflés, se relevèrent difficilement pour reprendre leur posture initiale, c'est-à-dire inclinée, la tête baissée, prêts à embrasser les robes du Seigneur s'il le fallait.

« Je n'ai pas le choix. Vous ne M'êtes plus d'aucune utilité, dorénavant. Je vais devoir œuvrer par Moi-même. »

Ils enfoncèrent la tête dans leurs épaules. Il n'avait tout de même pas l'intention de les…

« Partez. Vous en avez assez dit. Récupérez de votre mission et ne sortez plus de chez vous jusqu'à ce que Je vous en donne l'ordre. »

Surpris, n'en croyant pas leur chance, les deux hommes remercièrent révérencieusement le Seigneur, mais Ce Dernier fit un signe de la main agacé, et tous deux sortirent à reculons. Une fois seul, Il serra les poings. Cela ne pouvait plus durer, c'était la première fois depuis quinze ans que quelque chose échappait à Son contrôle, et c'était mauvais, très mauvais.

« Tant pis, il faut trouver à tout prix un moyen de la reprendre. Et il faut faire aussi vite que possible avant qu'ils n'arrivent à la pervertir. Drago. »

L'homme blond sortit de l'ombre. Il était là depuis le début et était témoin de tout.

« Oui, Maître ?

-Il est temps de lui rendre une petite visite. »

Le cœur du majordome battit. C'était la première fois depuis longtemps qu'il entendait cette phrase.


Dans le prochain chapitre

Hope venait d'apercevoir Teddy, passant devant la tente réservée aux quelques enfants du camp, et fronça les sourcils en croisant son regard morne. Elle comprit que quelque chose venait de mal se passer pour lui. Il n'était plus très en forme depuis l'épisode de la guérison de Lavande Brown, l'une des adultes du camp, qui avait l'âge de Neville.

Discrètement, elle le suivit, pour voir où il allait. Il n'était pas très loin, heureusement. Hésitant d'abord entre le laisser tranquille ou l'interpeller, elle choisit d'opter pour la seconde solution, et courut vers lui. Lorsqu'elle lui toucha l'épaule, il sursauta et se retourna. Il paraissait juste avant profondément plongé dans ses pensées.

« Est-ce que ça va ? » s'enquit-elle, inquiète.