BANG !
Kyoya avait atterri sur une pierre plate et froide. Et ce, beaucoup plus vite qu'il ne l'aurait cru. Il devait n'être tombé que de quelques mètres… Ouf ! Il l'avait échappé belle ! Il se releva lentement et courbatu. Tout son corps lui faisait mal. Ses jambes fatiguées peinaient à le porter tandis que ses bras si durement utilisés tremblaient. Il faisait si noir que Kyoya, bien qu'habitué à la faible luminosité, ne voyait pas à un mètre devant lui. Il tendit les bras doucement pour chercher un mur, évaluer les distances, chercher une issue. Il faisait des petits pas et marchait précautionneusement, ne voyant même pas sur quoi il marchait. Sous ses pieds, il entendait du gravier et du sable crisser et quelques cailloux se déplacer. Il tâtonnât ainsi pendant un temps qui lui parut une éternité avant d'enfin effleurer une paroi rocheuse du plat de la main. Bon, il avait donc maintenant un point de repère. Il ne lui restait plus qu'à suivre cette paroi pour retrouver Némésis.
A pas lents, s'assurant de bien lever les pieds pour ne pas trébucher et gardant une main plaquée contre la paroi, il commença à marcher.
A BeyCity, Madoka s'était endormie sur un banc public, éreintée par sa longue recherche de Gingka. Lorsqu'elle se réveilla finalement, la nuit était déjà tombée. C'était une nuit lourde. Le ciel était chargé de nuages sombres masquant les étoiles et donnant au ciel cette couleur violette qu'elle avait toujours trouvée maléfique.
Pestant contre elle-même d'avoir tant dormi alors qu'elle ne voulait se reposer que quelques secondes, Madoka se releva rapidement et reprit sa recherche.
Ayant fait le tour de la ville et sa périphérie plusieurs fois, Madoka décida de contacter Ryo et l'AMBB. Le père de Gingka ne semblait pas non-plus savoir où se trouvait son fils mais avait visiblement des nouvelles bien plus récentes : apparemment Gingka marchait en direction de la forêt de la bordure nord de la ville trois heures auparavant. Ryo n'avait pas terminé sa phrase que Madoka coupa la communication et se précipita dans cette fameuse forêt.
Si elle n'eut aucun problème pour l'atteindre, connaissant parfaitement les rues de son quartier illuminées par de nombreux réverbères, sa marche fut largement ralentie lorsqu'elle se trouva dans la forêt. En effet, de nuit et mal-éclairée, la forêt ressemblait plus à une jungle angoissante qu'à la petite clairière apaisante qu'elle affectionnait de jour. De plus, Madoka avait beau s'être rendue plusieurs fois dans cette forêt, elle était loin d'en connaitre tous les recoins. A cela, il fallait ajouter le fait que la forêt est changeante. Les arbustes naissent, grandissent et meurent. Des arbres qui surplombaient la forêt quelques années auparavant étaient à présent dominés par leurs cadets. Les sentiers à peines visibles de jours étaient complètement invisibles de nuit. L'atmosphère oppressante qui régnait-là ne pouvait être qu'accentuée par les bruits d'oiseaux de nuit, d'insectes ou de l'écho du vent dans les feuilles. Madoka renonça vite à appeler Gingka : sa propre voix l'effrayait et révélait beaucoup trop sa présence à son goût dans cette sinistre forêt. A chaque pas qu'elle faisait, une branche craquait ou une chouette hululait. Elle tomba plusieurs fois dans la boue, trébucha souvent sur de grosses racines, glissa quelques fois sur la mousse humide. Après avoir marché ainsi un certain temps, elle songea à rebrousser chemin : ce n'était pas en se perdant elle-même qu'elle retrouverait Gingka plus vite. Le problème était qu'elle avait manqué de prudence et de prévoyance. Dans sa précipitation à retrouver Gingka, elle n'avait pas songé à marquer son chemin. Elle était donc complètement perdue. Elle leva les yeux vers le ciel en songeant à Kyoya mais dans la forêt sombre et avec les nuages, il était impossible d'apercevoir la moindre étoile. Mais Kyoya ne les voyait pas non plus, pensa-t-elle, perdu dans son cratère… Elle hésitait entre réconfort et inquiétude à cette pensée. Mais elle n'avait pas le temps de s'y appesantir. Soit, elle était perdue ! Et puis après ? Elle n'avait pas encore retrouvé Gingka de toute façon ! La question de sortir se poserait ensuite. Se forçant à chasser cette inquiétude de son esprit, elle reprit sa marche. « Une chose après l'autre », murmura-t-elle pour se donner du courage.
Mais elle n'avait pas fait trois pas qu'elle se retrouva tout à coup bousculée, plaquée contre un arbre et bâillonnée d'une main inconnue…
Ryuga nagea longtemps, très longtemps. Il ne comptait pas les heures mais lorsqu'il accosta l'île de Némésis, épuisé par sa longue traversée, la nuit était déjà bien avancée. Il grelottait dans ses vêtements mouillés et son estomac criait famine. Il n'y avait pourtant pas un instant à perdre. Il mangea quelques fruits qu'il cueillit sur place en marchant et partit directement en direction du tartare sans même attendre que ses vêtements sèchent.
Les pas de Kyoya s'enchainaient avec plus de vigueur et de détermination à présent qu'il savait qu'il n'avait qu'à suivre les roches. Pourtant, au bout de quelques minutes ou de plusieurs heures, il n'aurait pu le dire, il eut la vague impression de ne pas avancer. Ne perdant jamais ses habitudes, Kyoya se saisit d'une pierre au sol à la forme et aux textures assez originales pour être reconnaissable au toucher. Il la posa le plus près possible de la paroi et continua sa route.
Comme il le redoutait, il ne lui fallut pas longtemps pour que son pied bute contre cette même pierre qu'il avait lui-même placé. Et comme il le soupçonnait, il dût se résoudre avec agacement à la conclusion qu'il tournait en rond dans ce trou plus ou moins circulaire depuis un temps déjà trop long. De rage, il donna un coup de pied contre la paroi en poussant un cri féroce mais la paroi ne bougea pas et seul son écho lui répondit.
Kyoya aurait bien voulu se défouler. Donner des coups, tout casser, hurler. Se venger de cette vie qui s'obstinait à lui mettre des bâtons dans les roues ! Mais il devait se contenir et se calmer. S'énerver ne servait à rien et il devait garder son sang-froid s'il voulait réussir à récupérer Léone des mains du Dieu de la destruction. Il inspira l'air malsain du cratère, ferma les yeux en expirant, les rouvrit et entreprit de réfléchir. S'il tournait en rond, c'était que la paroi avait été refermée parce que Némésis se cachait forcément quelque part derrière ces murs. Mais où ?
Il s'abaissa, pris un caillou et le lança sur la paroi devant lui. Le caillou rebondit sur la roche en un bruit sourd et retomba lourdement au sol. Kyoya reproduit l'expérience mais en lançant le caillou un peu à droite sur la roche. Puis il recommença encore et encore en décalant à chaque fois son lancer vers la droite. Mais lorsqu'il lança la 10ème pierre, le bruit que fit cette dernière en rebondissant résonna dans tout le cratère. C'était donc là, derrière cette roche. Il fallait donc maintenant détruire ce mur. Par réflexe, il sortit Léone de sa poche. Il la regarda en se demandant si ce qu'il s'apprêtait à faire allait fonctionner. Après tout pourquoi pas ? S'il ne faisait que la lancer, il n'avait pas besoin du spectre de sa toupie mais seulement des muscles de ses bras. Il se mit donc en position de tir, se concentra et tira sur son lanceur de toutes ses forces. Léone fut projetée contre la paroi qui vola en éclat de pierres du premier coup dans un assourdissant capharnaüm. Un nuage de fumée l'empêcha d'avancer et Kyoya dû attendre plusieurs minutes avant de s'avancer dans la crypte dont il venait de dessiner l'entrée. Il passa prudemment les gros débris de pierres éboulées sur le sol, récupéra sa toupie au détour de l'un d'eux et se retrouva dans la crypte.
Soudainement, des dizaines de flambeaux s'allumèrent en même temps, éclairant subitement la pièce. Kyoya dut se protéger les yeux le temps qu'ils s'adaptent à la lumière. Quand ce fut enfin le cas, et qu'il rouvrit les yeux, il découvrit avec stupeur qu'il n'était pas dans une pièce comme il l'avait d'abord cru mais dans un immense couloir qui semblait ne jamais se terminer. Ce couloir était parfaitement lisse, comme s'il avait été taillé par l'homme. Et, à intervalle régulier, un flambeau brulait illuminant l'étendue qui s'offrait à lui.
Kyoya grogna : tout cela ne lui inspirait rien de bon. C'était comme si Némésis lui avait préparé le comité d'accueil en grande pompe pour ses funérailles. Mais avait-il le choix ? Alors il se lança d'un pas sûr sur les pavés lustrés du long couloir de cette crypte.
Madoka se débattait du mieux qu'elle le pouvait mais la main sur sa bouche tenait bon. Elle avait beau envoyer des coups de pieds dans tous les sens, elle restait plaquée à cet arbre par des bras vigoureux et résistants.
_ Et bien ! Quelle anguille ! Je ne te savais pas si difficile à tenir !
Au son de cette voix qu'elle reconnaissait facilement, Madoka s'arrêta net de bouger. Elle était partagée entre une nuée de sentiments contradictoires car la voix appartenait à Gingka, elle en était sûre. Elle fut d'abord très heureuse de l'avoir retrouvé alors qu'elle l'avait tant cherché. Quelle chance que Gingka soit venu à elle de lui-même dans cette forêt ! Car sinon, elle aurait pu encore le chercher pendant des heures et des heures sans jamais le retrouver. Mais l'euphorie laissa bien vite la place à la perplexité, l'inquiétude et l'incompréhension. Pourquoi Gingka ne la lâchait-il pas à présent qu'il l'avait reconnu et qu'il savait qu'elle n'était pas une menace ? Lentement, pour éviter tout geste brusque, elle chercha des yeux celui qu'elle considérait encore comme son ami. Elle ne mit que peu de temps avant de croiser son regard car Gingka se tenait très près d'elle. Sa main bâillonnant toujours la bouche de la jeune fille, il s'était placé devant elle de sorte de lui faire face. Ils échangèrent alors un très long regard. Madoka fixait les prunelles de Gingka avec méfiance. Pourquoi Gingka ne la lâchait-il toujours pas ? Quant à Gingka, il profitait de l'immobilité de Madoka pour la détailler complètement. Il trouvait qu'elle était une très jolie jeune femme. Il l'avait déjà remarqué quand il l'avait « rencontré » selon la mise en scène ridicule de Hyoma mais n'avait pas eu l'occasion de le lui dire. En plus, elle l'avait mis hors de ses gonds en prenant instantanément le parti de Kyoya. Il n'en restait pas moins qu'elle avait un visage doux et lisse, des yeux bleus pétillants, des cheveux brillants et soyeux et un corps plutôt bien constitué. Il se décida alors enfin à libérer Madoka et retira sa main.
_ Ouf, j'ai cru que tu ne me lâcherais jamais !, soupira Madoka de soulagement.
_ Je devais seulement vérifier que c'était bien toi et pas quelqu'un de plus dangereux, répondit Gingka avec un haussement d'épaules.
_ Tu as mis autant de temps à me reconnaître ? , lui lança-t-elle, courroucée.
_ Non, je t'ai reconnu au premier regard, lui répliqua-t-il d'un ton doucereux.
Madoka ne sut comment prendre ce revirement de pensée. Elle n'était pas du tout à l'aise non-plus avec la manière dont Gingka la regardait sans discontinuer depuis plusieurs minutes. Pour couper court à cet instant de gène, elle se lança :
_Je te cherchais justement ! Kyoya a besoin de toi !
_Ah oui, vraiment ? , fit Gingka en se rapprochant, l'air pas plus impressionné. Et pourquoi voudrais-tu que je l'aide ?
_Parce que c'est ton ami et qu'il va mourir si tu ne fais rien !, s'écria Madoka.
_Il va mourir ? Vraiment ? , répéta Gingka sceptique et s'approchant toujours plus de Madoka.
_Oui vraiment ! , commençait à paniquer Madoka. Il est parti récupérer ses pouvoir auprès de Némésis ! Tu es le seul à pouvoir l'aider et le protéger du dieu de la destruction !
Gingka resta immobile un instant, les yeux toujours plantés dans ceux de Madoka. Cette dernière commençait à avoir véritablement très peur. Gingka était vraiment très différent de celui qu'il avait toujours été et en cet instant, il était même menaçant. Elle se recroquevilla un peu plus contre le tronc d'arbre qui l'empêchait de reculer plus et attendit le souffle court, la réponse de celui qui restait le héros du monde du beyblade malgré tout.
Gingka s'éloigna soudain d'elle en lançant :
_Je ne vois pas en quoi ça me concerne ! Ni en quoi ça te concerne d'ailleurs ! Il peut bien faire ce qu'il veut avec sa vie ! A ce qu'on m'a dit, il a souvent ce genre de comportement. Il va au-devant du danger sans se préoccuper des conséquences. Je ne suis pas sa baby-sitter. Je ne vais pas aller lui sauver la mise à chaque fois qu'il est trop téméraire ! Je n'ai vraiment pas que ça à faire !
Madoka n'en croyait pas ses oreilles. Etait-il possible que Gingka vienne de refuser d'aider un ami ? Elle ne pouvait pas le croire. Aussi, se jeta-t-elle aux pieds de Gingka la seconde qui suivit et le supplia :
_Je t'en prie Gingka ! Je ferai tout ce que tu voudras mais va l'aider par pitié ! Si tu ne le fais pas pour un ami, accorde le moi comme une faveur !
Sur ces derniers mots, Gingka croisa son regard. Elle avait les yeux pleins d'espoir.
_Une faveur hein ? Et qu'est-ce que j'y gagne ?
_ Tout… Tout ce que tu veux. Finit-elle par céder.
Gingka la jaugea de longues secondes. Elle était vraiment prête à « tout » pour qu'il sauve la vie de Kyoya ? Cet espèce de suicidaire téméraire avait-il donc autant d'importance à ses yeux ? A peine avait-il formulé cette pensée qu'il en conçut immédiatement de la jalousie. Pourquoi cette gourde ne s'était-elle pas attaché à lui plutôt qu'à son soi-disant rival incompétent ? N'était-ce pas lui le plus grand blader du monde ? Celui qui devait faire tomber en pâmoison toutes les jeunes filles de la région ?
_ Avant je voudrais te poser une question.
_ Oui ?
_ Pourquoi Kyoya t'importe tant ? Il n'est rien de plus qu'un minable.
_ Kyoya n'a rien d'un minable ! , s'emporta immédiatement Madoka. Il est…
Elle chercha ses mots quelques secondes mais, ne les trouvant pas, elle termina sa phrase sur un soupire en ajoutant simplement :
_ C'est impossible à expliquer.
_ Tu l'aimes ?, redemanda Gingka brutalement.
Madoka rougit violemment.
_ Bien sûr que tu l'aimes, continua Gingka. Ça se voit sur ton visage. Il en a de la chance Kyoya d'avoir l'attachement d'une femme comme toi.
Madoka se tortilla sur elle-même, gênée.
_Mais après tout, je peux le laisser mourir. Comme ça, tu seras à nouveau libre pour d'autres… projets.
Sur son dernier mot, il s'était approché de manière indescente de Madoka. Leur cuisses, bassin et poitrine se touchaient. Madoka ne le supporta pas plus longtemps et repoussa violemment Gingka.
Ce derniers dût faire plusieurs pas en arrière mais il ne s'en formalisa pas et repris simplement :
_ En réalité ton choix est simple : tu lui reste fidèle et il meure ou tu l'oublies instantanément pour moi et je lui sauve la vie.
_ Tu n'es qu'une ordure !, cracha Madoka.
_ Mais une ordure qui t'es indispensable, sourit Gingka. C'est à prendre ou à laisser.
Il y eut un long silence que Madoka coupa en soufflant un « j'accepte » presque inaudible.
_ Pardon ?, se moqua Gingka. Je n'ai pas entendu.
_ J'accepte de sortir avec toi. , répéta-t-elle en le regardant dans les yeux.
Gingka eut un petit sourire satisfait avant de s'éloigner en lançant à la cantonade :
_ Et bien, qu'est-ce qu'on attend ? Si on ne se dépêche pas, le minable risque de mourir.
Madoka retint sa colère avec difficulté et s'élança derrière lui.
