Auteur : Maeglin Surion.

Disclaimer : les personnages et leur univers relèvent de Thomas Harris et Brian Fuller.

Rating : M.

Pairing : Hannigram.

Un grand merci à "Guest" et à Papaye pour vos reviews ! Je suis vraiment ravi que ma fic vous plaise :')

Note : mes plus plates excuses pour le laps de temps horrible, insupportable, inhumain, que dis-je ! inhumainement inouï ! qui s'est méchamment glissé entre le chapitre précédent et celui-ci. C'est-à-dire que, même si aucun chien n'a véritablement mangé ma copie, un séisme m'a quelque peu secoué la cervelle et on a frôlé quelques typhons depuis, ce qui a, vous l'avez remarqué, pas mal retardé mes affaires. Mais comme je suis un warrior, j'ai survivu ! *sourire trop blanc et cape au vent* et, du coup, voici - enfin - le chapitre 21 :D


XXI

Ballare con la Morte : Gli Amanti

Primo movimento

« Qu'est-ce que vous faites à comploter à l'entrée du labo ? »

La question de Jack fit tellement sursauter Brian qu'il lâcha son téléphone. Évidemment, Jimmy étouffa un rire moqueur tandis que son ami ramassait l'accidenté et vérifiait qu'il était intact. Soulagé, il soupira et s'autorisa un ricanement nerveux.

« Vous m'avez flanqué une de ces trouilles… » marmonna-t-il.

Jack aurait pu ricaner mais il conservait sa mine sombre. Il n'avait pas particulièrement envie de sourire ces derniers temps et, à vrai dire, il ne s'en sentait plus la force.

« Alors, que faites-vous ? »

Devant l'air de leur chef, ils se ressaisirent immédiatement.

« Vous vous souvenez des deux corps qu'on avait failli attribuer au Soupirant ?

― Eh bien, les particules bleues qu'on a trouvé sur les corps sont bien des éclats de peinture. Une peinture industrielle qui se faisait beaucoup il y a quelques années, mais qui couvrait presque essentiellement l'intérieur des piscines.

― Des piscines ?

― Oui… On ne sait pas encore comment elles sont arrivées dans leurs vêtements. En revanche, la police de Baltimore nous a appelé : ils ont trouvé trois autres victimes similaires dans trois zones relativement éloignées les unes des autres. Dans la mesure où ils avaient déjà retiré les corps, on a pris la liberté de leur dire de nous les amener, il se pourrait qu'il s'agisse d'un nouveau tueur en série… »

Jack se passa une main sur le visage. Il n'en pouvait plus des nouveaux tueurs en série…

« Tâchez de tirer ça au clair.

― Oui, Jack, répondit Price tandis qu'il s'éloignait déjà.

― Il va de plus en plus mal…

― Sa femme est en train de mourir, Brian.

― Je sais, Jimmy, justement. Il ne devrait pas s'obliger à venir ici plutôt que de rester avec elle.

― Tu sais… je ne suis peut-être pas profiler, mais je commence à connaître Jack. Je pense qu'il ne supporte pas de la voir dans cet état sans pouvoir faire quelque chose pour la soulager. Il s'en veut et il pense sans doute être plus utile ici. Nous devons respecter son choix et, par-dessus tout, nous devons nous abstenir de la moindre remarque.

― Tu as raison. »

Ils descendirent ensemble accueillir la police de Baltimore afin de réceptionner les corps et d'exercer leurs talents de diplomates pour ne pas froisser les officiers en leur laissant malencontreusement entendre qu'ils ne seraient éventuellement pas assez qualifiés pour élucider cette affaire sordide.

Au bout d'une demi-heure de pourparlers, ils obtinrent que les victimes soient montées dans leur salle d'autopsie et ils durent sous-entendre que Jack Crawford n'allait pas tarder pour se débarrasser du légiste. Lorsqu'ils refermèrent enfin la porte coulissante, ils soupirèrent de conserve.

« Quel cirque…

― Ouais. Tu veux bien appeler Will ? Je pense qu'on aura besoin de lui sur ce coup…

― Ça marche. Et toi, cause de la mort et particules ? »

Brian hocha la tête et enfila ses gants tandis que Jimmy ressortait pour téléphoner. Il revint à peine quelques minutes plus tard.

« Je n'arrive pas à le joindre. J'ai essayé sur son portable et sur son numéro de Wolf Trap…

― Essaie chez Lecter. »

La grimace contrite qui accueillit sa proposition fit sourire le brun.

« Je ne pense pas qu'il te mordra pour si peu. Surtout, n'oublie pas de lui dire bonjour !

― C'est très drôle, Brian. C'est absolument hilarant.

― Allez, je ne pense pas que Lecter le prendra mal. Surtout si on s'inquiète pour Will. Je le fais, si tu veux.

― Non, c'est bon… »

Jimmy se tut quelques secondes et finit par sourire à son tour.

« Merci. »

Il chercha le numéro du psychiatre et essaya de l'avoir à son cabinet mais tomba sur le répondeur. Comme il lui était arrivé de composer ce numéro pour les enquêtes, il savait que le docteur Lecter enregistrait un message spécifique lorsqu'il ne recevait pas. Or, il n'entendit rien de ce genre ; le cabinet devait donc être ouvert. Jimmy se dit que la politesse l'empêchait peut-être d'interrompre un rendez-vous pour répondre au téléphone et décida de réessayer plus tard. Par acquis de conscience, cependant, il fit une tentative sur son téléphone fixe personnel mais atterrit une nouvelle fois sur le répondeur.

« Curieux. Je vais lui laisser un message au cabinet et ensuite j'essayerai à nouveau de joindre Will. Tu n'aurais pas le numéro de portable du docteur Lecter à portée de main, par hasard ?

― Non, mais je peux sortir son dossier. Que Will ne réponde pas me paraît tout de même étrange, fit Brian avec une grimace. Il réagit toujours vite, d'habitude. »

Son ami acquiesça sans rien dire et laissa son message, puis raccrocha.

« Ce qui serait encore plus étrange, ce serait que Lecter ne rappelle pas. »

Ils s'entreregardèrent et une pensée fugitive leur traversa simultanément l'esprit.

« Ils n'ont pas pu s'enfuir, tout de même ?

― J'allais te le demander, mais… Will… Tu crois qu'il ferait ça ?

― Spontanément, j'aurais dit non, mais à moins qu'il ait un don incroyable pour la comédie – ce qui n'est tout de même pas exclu, je l'admets – je le trouve très mordu. Il est peut-être tombé amoureux… Brian, tu as vu les infrarouges… Ils…

― Oui, je suis d'accord… Ils ont l'air de s'aimer comme des fous…

― C'est ça…

― Mais… je… je ne sais pas… Je ne sais vraiment plus.

― Moi non plus. »

Ils sursautèrent en se rendant compte qu'un homme les observait de très près depuis l'autre côté de la vitre. A présent qu'il était certain d'avoir leur attention, il leva une plaque comme ils n'en avaient pas encore vu par ici. Aussitôt, Jimmy se ressaisit et vint lui ouvrir.

« Bonjour, messieurs, dit l'homme avec un accent qui n'était pas désagréable. Pardonnez-moi pour cette petite frayeur.

― Oh, ce n'est pas grave. On a l'habitude…

― Commissaire Popil, bonjour. Je suis Jimmy Price et voici Brian Zeller.

― Enchanté. L'agent Crawford m'a mis au courant de vos avancées concernant l'Éventreur de Chesapeake. Je tiens à vous aider.

― Et nous vous en remercions. Savez-vous qui est notre principal suspect ?

― Oui. Hannibal Lecter. »

Les yeux du Français dérivèrent sur les civières.

« Mais je doute fort qu'il soit l'auteur de cette boucherie.

― Vous avez raison. Ce n'est pas lui, Will Graham en était certain quand il a vu les deux premiers corps et nous n'avons aucune raison de douter de ses dires. On en a eu trois autres depuis, dit Jimmy en désignant les brancards. Avec les mêmes caractéristiques : ils ont été roués de coups, se sont visiblement défendus avec force et avaient des particules bleues sous les ongles, dans les cheveux ou sur les vêtements.

― Particules qui proviennent a priori du revêtement d'une vieille piscine, compléta Brian.

― Voilà qui est curieux.

― Oui, nous ne savons pas dans quel contexte ces personnes sont mortes. Tout ce que je peux vous dire, fit Brian, c'est qu'elles se sont battues jusqu'à la mort. Littéralement. »

Soudain, Jimmy tendit la main vers le policier.

« Est-ce que vous savez comment joindre le docteur Lecter ?

― Je dispose de son numéro fixe. Je suppose que vous êtes mieux lotis que moi ?

― Oui, mais il ne répond pas… »

« Croyez-vous qu'il soit possible qu'il se soit sauvé ? » glissa Brian après un bref silence.

Devant l'air dubitatif du policier, ils lui expliquèrent la situation mais il secoua la tête.

« Je doute qu'Hannibal soit parti. Ou s'il l'a fait, il aura probablement effacé sa vie ici. Au moins la majeure partie.

― Je vais jeter un œil à ses comptes, fit Price.

― Si vous me le permettez, je pense que ses numéros de téléphone n'auraient plus été valides non plus. Ou, plutôt, se reprit-il après une brève pause, je pense que rien ne nous aurait fait penser à une fuite. »

Les trois hommes se turent un moment. C'était une évidence pour eux que Lecter n'était pas du genre à laisser traîner quoi que ce soit derrière lui. Mais, comme l'avait si judicieusement souligné le commissaire, il était encore moins probable que le psychiatre laisse entendre qu'il avait filé à l'anglaise…

« Je vais aller faire un saut à son cabinet et peut-être chez lui pour tirer ça au clair, annonça Popil. Vous pouvez vous concentrez sur votre tâche, messieurs.

― Merci, commissaire. »

Après quelques secondes, Jimmy ajouta :

« Soyez prudent. »

Les yeux graves du Français parurent sourire quand il hocha la tête juste avant de sortir. Jimmy et Brian s'entreregardèrent d'un air inquiet.

« Allez, même en admettant qu'ils soient partis, ça ne sert à rien de paniquer maintenant, observa judicieusement le brun. Lecter a toujours trois coups d'avance, on dirait.

― Au moins, oui.

― Tu veux vérifier l'identité de ces bonhommes ? Je m'occupe des prélèvements.

― D'accord. »

Ils s'affairèrent une bonne heure avant que Jack Crawford ne refasse surface.

« Du nouveau ? »

Il avait l'air d'avoir pris dix ans en seulement quelques jours et cela déstabilisait énormément ses hommes, lui qui avait toujours été un roc pour eux. L'Éventreur le tuait à petit feu et c'en était effrayant.

« C'est assez étrange, Jack. Ce type-là, euh… Comment il s'appelle, Jimmy ?

― Tobey Murtaugh.

― Voilà, il a sous les ongles du sang et de la peau qui appartiennent aux deux premiers corps retrouvés et à celui-ci. Celui-ci, donc, qui répondait au nom de Jack Green, a de l'ADN de ce quatrième type, et cætera.

― Et cætera ?

― Ils se sont battus. Plus ou moins tous ensembles, expliqua Brian.

― Ce sont apparemment des combats clandestins, renchérit Jimmy.

― Ces combats ont-ils mal tourné ou est-ce une lutte à mort ? »

La question de Crawford laissa flotter une atmosphère malsaine.

« Vous voulez dire… comme les combats de chiens ? On prend deux types et on les fait s'entretuer ?

― Oui, Brian. Ensuite, on prend le vainqueur et on continue.

― Remarque, commenta Jimmy, ça doit les changer des tigres et autres bestioles exotiques.

― Ce ne serait pas une première, admit Brian, mais d'habitude… enfin, si je peux m'exprimer ainsi, les lutteurs sont volontaires… Ça n'a pas l'air d'être le cas de ceux-ci, ils ont des marques de liens. »

Voyant les yeux de leur supérieur divaguer vers la zone où s'appuyait toujours Will quand il réfléchissait, Price fit la moue.

« Nous n'arrivons pas à joindre Will, Jack. Ni le docteur Lecter, d'ailleurs. Le commissaire Popil est allé voir ce qu'il en est.

― Il ne pense pas qu'il s'agisse d'une fuite, ajouta Zeller, mais il a préféré aller vérifier par lui-même avant de tirer des conclusions.

― Hum »

Une fuite… Jack commençait sérieusement à envisager la possibilité que Will et le docteur Lecter lui fileraient entre les doigts. A chaque fois qu'il avait l'impression de se rapprocher de l'Éventreur, ce monstre lui échappait comme une savonnette, mais ce qui l'effrayait le plus, c'était l'imprévisibilité de Will. Jack trouvait le comportement de son profiler beaucoup trop crédible pour être feint. Or, si Will Graham se retournait contre lui… Pascal Popil avait été on ne peut plus clair. Hannibal Lecter était déjà horriblement difficile à coincer, mais s'il s'alliait à Will Graham, le duo risquerait de muter en une chose terrible et inarrêtable…

.

Lorsqu'il revint à lui, Will s'abstint d'ouvrir les yeux ou même d'esquisser ne serait-ce que le plus infime des mouvements. Il s'attacha plutôt à remettre ses pensées en ordre et à ressentir son environnement.

Il était certain d'être assis et adossé à quelque chose de dur et d'assez étroit, peut-être un tuyau ou quelque chose du même genre. Ses mains étaient relevées au-dessus de sa tête et il sentait contre lui une chaleur qu'il trouvait familière et il espérait qu'il s'agissait d'Hannibal. Comme pour le rassurer, quelque chose effleura doucement ses doigts et un murmure lui parvint.

« Tu peux ouvrir les yeux, Will. Il est sorti. »

Sa voix ne paraissait pas altérée et cela le rassura ; il y avait une sorte d'immuabilité tenace en la personne d'Hannibal. Il obéit et ses yeux mirent quelques secondes à faire le point. La pièce était vaste et sombre dans sa majorité, mais à quelques pas devant lui se trouvait une grande cuve rectangulaire incrustée dans le sol.

Au fond de cette vieille piscine, il distinguait un homme d'environ trente à trente-cinq ans, attaché à l'échelle rouillée. Il était salement amoché et semblait dormir.

Tandis que Will commençait à ordonner ses idées quant à cette présence, il sentit un souffle chaud contre sa joue et tourna la tête, croisant enfin le regard d'Hannibal qui n'avait pas l'air blessé. Alors, inconsciemment, il se détendit. Un sourire discret apparut brièvement sur les lèvres baltes et Hannibal murmura :

« Comment te sens-tu ?

― Bien, ou du moins, se reprit-il, je ne crois pas être blessé. L'es-tu ?

― Non. »

Le silence revint quelques secondes, puis Hannibal reprit :

« Je suis vraiment navré, Will.

― Tu n'es pas responsable.

― J'aurais dû te protéger.

― Nous avons tous les deux été pris au dépourvu. Mais notre sort n'en est pas scellé pour autant. »

Après un nouveau silence pendant lequel Will put sentir tout le ressentiment qu'éprouvait Hannibal pour lui-même, celui-ci acquiesça.

« Non, certainement pas.

― As-tu la moindre idée de l'endroit où nous nous trouvons ?

― Un vieux bâtiment désaffecté, peut-être une ancienne piscine municipale, quoique j'en doute fortement au vu des infrastructures. Je pencherais plutôt pour quelque chose de plus sélect. Un club par exemple, des thermes discrets… Ce genre de choses.

― Pourquoi nous a-t-il amenés ici ? »

La question de Will cependant était d'avantage une pensée qu'une réelle interrogation à l'intention d'Hannibal. D'ailleurs, celui-ci ne répondit pas. Il se contentait de fixer le coin sur leur gauche, en face de leur position, où brillait un voyant rouge caractéristique que Will ne remarqua pas. Ce qui interpellait le plus le profiler était la piscine. Sur la partie de la paroi qu'il pouvait voir, il distinguait des traces de sang.

« Des combats clandestins, murmura-t-il.

― Avec des volontaires désignés arbitrairement, ajouta Hannibal.

― Je comprends mieux d'où sortaient les particules bleues retrouvées sur les victimes de corps à corps violent. Elles se sont battues ici.

― Il semblerait, oui. »

Alors que Will rouvrait la bouche, Hannibal ajouta :

« Nous ne sommes pas tout à fait seuls. »

Ses yeux désignèrent la caméra et Will acquiesça.

« Ils veulent du spectacle. Un contre un, jusqu'à la mort d'un des deux. Puis le vainqueur affronte le suivant, et cætera.

― La sélection naturelle à l'état brut. » commenta son amant.

Will retint difficilement un rire.

« Tu fais de l'humour, à présent ?

― Il revient. »

Ils se turent et des pas résonnèrent dans le vaste bâtiment, ce qui permit au chirurgien d'évaluer sa surface avec plus de précision et d'émettre de nouvelles hypothèses quant à sa fonction passée. Peut-être un centre de remise en forme… Pourquoi pas un vieil hôpital… Pourquoi pas les deux…

L'homme s'approcha encore et finit par entrer dans leur champ de vision. Ni Will, ni Hannibal ne prirent la peine de faire semblant d'être inconscients. Il leur lança un regard porcin qui dressa les poils de la nuque du Lituanien ; c'était le genre de regard qu'avaient les meurtriers de sa sœur.

« Vous êtes réveillés, c'est bien. »

Sa voix était aussi haute que son corps semblait frêle. Il tenait un pistolet automatique mais ne le pointait pas sur eux.

« Je vous ai attachés ensemble parce qu'il n'y a pas trente-six endroits ici, mais sache que je ne te veux pas de mal. »

Il s'adressait à Will et son ton était devenu plus doux. Hannibal y vit une chance de préserver son compagnon et comprit ce que leur hôte attendait de lui.

« Mais toi… toi tu vas bien me servir. »

Hannibal soutint son regard avec un calme olympien qui lui donnait un petit air sarcastique.

« Je vais te détacher, mais t'avise pas de tenter quelque chose. J'ai dit que je voulais pas lui faire de mal, mais j'hésiterais pas à lui mettre une balle dans la tête si tu coopères pas. Vu ?

― Vu. »

D'une main, il prit la clef qui pendait à son cou et ouvrit le cadenas qui maintenait la chaîne retenant Hannibal. Patient, celui-ci se tint coi et lui obéit lorsqu'il lui intima de se lever. De son nouveau point de vue, il vit remuer l'homme attaché au fond de la piscine. Il était temps de mettre un terme à ses souffrances.

« Descends. »

Hannibal jeta un coup d'œil en arrière et Will acquiesça presque imperceptiblement, il descendit alors et attendit. Se tenant debout au fond de la piscine, il leva les yeux vers la caméra.

« Détache-le. »

Hannibal reporta son attention sur la clef que leur arbitre autoproclamé lui avait lancé et obéit. Sitôt ses mains libérées, l'inconnu lui décocha un direct qui le fit reculer mais ne lui arracha pas même une grimace.

« Attends ! »

La rage de vivre brûlait dans les yeux de l'homme blessé et Hannibal le détailla. Grand, fin, salement amoché, il estima qu'il avait dû gagner au moins quatre ou cinq combats. Étant donné l'éclectisme de ses vêtements, c'était probablement un sans domicile fixe qui avait été cueilli au petit bonheur. Au mauvais endroit au mauvais moment. Comme Will et lui ? Peut-être pas. Hannibal soupçonnait Mason d'être derrière tout ça : en lui brisant la nuque, Hannibal l'avait rendu tétraplégique, sans compter le fait qu'il avait désormais besoin d'une assistance respiratoire. En d'autres termes, Mason Verger était bien incapable de lui faire du mal lui-même. En revanche, il était tout à fait envisageable pour lui de se vautrer devant sa télévision.

Les coins des yeux ambrés du Lituanien se plissèrent en un sourire discret face à la caméra, puis il les dirigea vers leur ravisseur qui venait de ranger son téléphone dans sa poche arrière.

« Les règles sont simples. Tu gagnes, tu vis. Tu perds, tu meurs. Allez-y ! »

Sans attendre, l'inconnu se jeta sur Hannibal qui lui porta un coup d'une précision redoutable. Un seul coup qui lui coupa les jambes, la respiration, et le força à tomber à genoux. Le deuxième fut fatal et il s'effondra, mort. Parfaitement calme et stoïque, Hannibal leva les yeux vers l'instigateur qui fulminait.

« Qu'est-ce que tu as fait ? Du spectacle, je veux du spectacle !

― Le fait est que si je l'avais su avant… » commença Hannibal d'un air contrit.

Il fut interrompu par le pistolet qui se levait vers Will. Le doigt n'était pas sur la détente mais Hannibal se tendit.

« Tu me refais un plan comme ça et je le descends. C'est clair ?

― Très clair.

― Sors. »

Lecter obéit et fut rattaché contre Will qui s'abstint de tout commentaire.

Le jeune profiler oscillait entre la joie et une crainte qui lui glaçait l'échine. Il venait de voir l'Éventreur de Chesapeake en action, Hannibal avait tué un homme. En moins de deux secondes, il avait pris sa vie avec une facilité déconcertante. Tuer semblait pour lui l'acte le plus aisé au monde. Il venait de lui montrer qu'il pouvait tuer pour lui, et avec le plus parfait sang-froid. Pour Will, c'était un aveu comme il n'en espérait pas ; il ne pensait pas qu'Hannibal l'emmènerait assister à l'un de ses meurtres. Du moins, pas encore. La seule et unique raison de sa crainte résidait dans le fait que cet acte n'avait nécessité aucun effort de la part de son amant et qu'il avait trouvé cela admirable.

Le point de non-retour était franchi depuis longtemps, Will le savait pertinemment, mais ce genre de prise de conscience l'émoustillait comme au premier jour…

Un léger sourire au coin des lèvres, il reporta son attention sur leur ravisseur qui descendait dans la piscine. Il y ramassa le mort et le hissa sur le bord. A cet instant, ils purent constater qu'il était bien moins frêle qu'il en avait l'air ; c'était probablement un combattant poids plume rompu aux luttes clandestines qui avait décidé de gérer son propre business. Il disparut rapidement de leur champ de vision en traînant le corps et le silence revint.

« On dirait qu'il a un chiffre à faire, murmura l'empathe.

― Si le spectacle n'est pas à la hauteur, on ne paie pas. Cela paraît logique.

― Ton soupirant à toi m'avait l'air plus facile à aiguiller. »

Hannibal sourit discrètement.

« Le tien n'est pas mal non plus.

― Qu'as-tu en tête ?

― Trop de choses pour le moment. »

.

Lorsque le kidnappeur revint, il malmenait un homme légèrement bedonnant dont la tête était enfermée dans un sac de toile. Il le força à descendre dans la fosse et lui ne rendit la vue que lorsqu'il fut en bas. Terrifié, l'homme recula jusqu'au mur opposé et poussa un cri étranglé en découvrant le sang.

« Bouge pas. »

Tétanisé, il leva des yeux larmoyants vers son bourreau qui le menaçait de son arme. Cette dernière resta vaguement pointée dans sa direction quand son propriétaire vint détacher Hannibal. Will pensa brièvement qu'il le détachait comme il l'aurait fait avec un molosse dressé pour tuer à qui il suffirait de dire « Attaque ! » pour qu'il tue. C'était précisément ce que l'autre avait en tête, mais Hannibal n'était pas de ces chiens qu'on pouvait dresser.

Lorsqu'il se leva, les yeux de son adversaire s'écarquillèrent et il lui adressa un pauvre sourire.

.

En voyant arriver le commissaire Popil, Jimmy Price vint à sa rencontre.

« Vous avez du nouveau ?

― Plus ou moins… C'est très curieux.

― Comment ça ?

― Hannibal n'est pas à son cabinet, j'y ai croisé quelques patients perdus qui ne comprenaient pas pourquoi leur thérapeute leur avait fait faux bond. Il ne s'est apparemment pas montré de la journée. Il n'a pas l'air d'être chez lui non plus, mais comme le garage est dépourvu de fenêtre, j'ignore si sa voiture est toujours dedans ou non.

― Effectivement, c'est curieux, admis Jimmy.

― Très. Hannibal n'est pas du genre à disparaître comme ça. C'est trop subit, cela ressemble à la réaction d'un homme qui n'avait rien prévu et Hannibal prévoit toujours tout.

― Que voulez-vous dire ?

― Que je suis très inquiet. Ce n'est pas normal. Où est votre collègue ?

― Il est allé chercher à manger. Vous avez prévenu Jack ?

― Oui, il a envoyé deux agents chez Will Graham, à Wolf Trap.

― Bien… »

Intrigué, le commissaire s'approcha de l'ordinateur.

« Que faites-vous ?

― Les victimes ont apparemment pris part à des combats clandestins. Je suis en train de vérifier s'il n'y aurait pas une vidéo qui traînerait quelque part. Ils aiment filmer, en général. C'est vendeur, vous comprenez, dit-il en se remettant à chercher.

― Je crois.

― Oh, putain. »

L'exclamation de l'agent Price interpela Popil qui se rapprocha. Il reconnut sans peine Hannibal debout au bord d'une piscine vide de toute eau. A sa droite, ratatiné par terre et sans doute attaché, se trouvait Will. A leur gauche se tenait un homme fin avec une arme et, dans la piscine, un autre homme, visiblement terrorisé.

« Je vais chercher Jack Crawford. »

Popil revint aussi vite qu'il avait disparu et lui et Jack se penchèrent par-dessus les épaules de Jimmy qui se sentit soudain horriblement oppressé.

« Où est-ce, Jimmy ?

― Je n'en sais rien, celui qui diffuse ça jongle entre trente-six…

― Jimmy, contentez-vous de chercher !

― Oui, Jack.

― Où est Brian ?

― Il ne va pas tarder ! »

Effarés par ce qu'ils avaient sous les yeux, les trois hommes étaient fébriles. Malgré lui, Pascal Popil s'inquiétait pour Hannibal ; Jack et Jimmy craignaient pour la vie de Will et tous cherchaient à comprendre. L'évidence s'imposa à eux quand l'homme au pistolet fit descendre Lecter dans la piscine.

« Je… Je crois qu'il y a du son… » marmonna Price.

Il tripota quelques touches et régla le volume. Plus de doute, ils les entendaient et leurs échanges leur fit froid dans le dos. Ils n'eurent aucun mal à deviner le rôle que le psychiatre devait tenir et Jack souffla, presque malgré lui :

« Nous allons voir l'Éventreur à l'œuvre. »

Glacés, Price et Popil lui coulèrent un regard de biais. C'était terrible parce qu'il avait raison. Si Lecter voulait vivre, il devait tuer son adversaire. L'espace d'un instant, Jimmy fut soulagé qu'il ne soit pas contraint de se battre contre Will mais, à l'entente des phrases échangées, il fut pris d'une brusque nausée.

« Mon dieu, murmura-t-il, Lecter le connaît. »

.

Debout face à la piscine, Hannibal fixait le pauvre homme d'un œil malheureux.

« Docteur Lecter !

― Monsieur Goldberg. Je suis navré, vraiment.

― Mais, bon Dieu, qu'est-ce qui se passe ? geignit-il en portant ses mains à son visage.

― Vous vous connaissez ? C'est marrant ça. Docteur, hein ?

― Je suis psychiatre et j'ai été chirurgien aux urgences de Baltimore, fit Hannibal d'un ton égal. Mais vous le savez, n'est-ce pas ? »

Le pistolet s'enfonça entre ses omoplates.

« Descends ! Toi, raconte-moi comment vous vous êtes connus !

― Je… Le docteur Lecter a sauvé la vie de mon fils, Jeff… Il avait eu un accident de voiture à cause d'un chauffard ivre…

― Comme c'est touchant. »

Monsieur Goldberg se mit à pleurer.

« Il… il a eu un accident de chantier l'année dernière…

― Alors, quoi ? Pas de docteur Lecter pour le sauver, cette fois ? »

Les sanglots étouffèrent la réponse, si tant est qu'il y en avait une. Hannibal sentit un frisson de répugnance lui parcourir l'échine. Le fils Goldberg était un brave garçon et l'ivrogne qui l'avait envoyé aux urgences avait payé sa dette depuis longtemps. Ni lui, ni son père n'avaient le profil pour finir sous son couteau. Ils n'étaient pas transcendants, mais c'étaient de braves gens. Comme Chef ou la nourrisse de Mischa. De ceux qui ne demandaient rien à personne mais dont la vie s'effondrait quand même en une fraction de seconde.

« Assez de ces conneries ! Battez-vous ! »

Le père éploré fixa Hannibal de son regard désespéré. Will sentit son cœur se serrer et retint son souffle.

« Croyez bien que je suis sincèrement navré, monsieur Goldberg.

― Je sais, docteur. Moi aussi. »

Soudain très calme, il se tenait droit et avait l'air résigné. Hannibal avança.

« Cela sera vite fini.

― Merci pour tout, docteur. »

Avec douceur, Hannibal plaça ses mains autour de son visage et lui brisa la nuque d'un geste vif et sûr. Un coup de feu siffla aussitôt tout près de sa tête.

« Du spectacle ! Je t'ai dit que j… Viens ici ! »

Le psychiatre n'obéit qu'après avoir couché respectueusement monsieur Goldberg sur le fond. L'autre lui colla le canon chaud sur la poitrine.

« C'était la dernière fois, t'entends ! Si tu me refais un coup comme ça, je te tue ! »

.

« Bon sang, j'ai bien cru qu'il allait le descendre, marmonna Jimmy.

― Hannibal l'a tué très proprement, commenta Popil. C'était un acte très… humain.

― Oui, mais ça aurait pu lui coûter cher.

― En effet, agent Crawford. Mais… »

Il se tut. Hannibal était l'Éventreur. Pour le commissaire, cela ne faisait aucun doute. Quant à Crawford et ses deux hommes, il les jugeait dignes de confiance. Aussi poursuivit-il :

« Je ne maîtrise pas assez votre langue pour éviter une mauvaise formulation mais, si vous me permettez, j'ai trouvé son acte très professionnel…

― Oui, ça sent le vécu, marmonna Price.

― Voilà.

― Je dois vous avouer, messieurs, que j'ai toujours été extrêmement impressionné par la maîtrise du docteur Lecter, souffla Jack. Mais aujourd'hui, cela me glace le sang.

― Je suis d'accord.

― Vous n'avez pas idée de sa maîtrise. Sauf votre respect. »

Devant l'air qu'affichaient les deux hommes, Popil s'expliqua :

« Vous n'avez pas vu le gosse qu'il était. Vous ne l'avez pas interrogé sur ses meurtres quand il avait douze ans. Vous ne l'avez pas vu dans la morgue face au corps sans tête de Momund. Savez-vous ce qu'il m'a dit ? Il m'a demandé si je m'attendais à ce que les plaies du boucher se remettent à saigner en sa présence ! Douze ans ! »

Jack hocha la tête d'un air grave. Il ne savait pas ce qu'il aurait fait à la place de Popil, tant d'années auparavant. Le jeune Hannibal ne pouvait pas être emprisonné légalement à cette époque, il n'y avait aucune preuve tangible – bien qu'il ait fait plusieurs erreurs – et Jack savait pertinemment qu'il n'aurait jamais pu tuer un gosse, même un comme celui-là. Malgré ses actes, Hannibal restait un enfant et l'agent se disait que c'était sûrement ce qui avait empêché Popil de mettre définitivement un terme à ses agissements.

Maintenant, Jack Crawford commençait à penser que la seule manière d'arrêter l'Éventreur de Chesapeake serait de le tuer. Purement et simplement.

« Vous savez, murmura Jimmy Price, avant que vous n'arriviez ici, commissaire, j'avais encore du mal à croire que le docteur Lecter et l'Éventreur ne font qu'un. Il est tellement… distingué, bien élevé, poli… Agréable, même ! Il n'a rien à voir avec l'idée que je me fais d'un monstre pareil. »

Pascal Popil se passa une main sur le front.

« Je sais. Gamin déjà, il était à part. Je ne parle pas de son traumatisme… Vous leur en avez parlé ? »

Jack Crawford acquiesça gravement et le commissaire poursuivit :

« Je parle de son intelligence, de ses manières… de sa personnalité. C'est ce "tout" qui est glaçant, vous me comprenez ? Quand je me suis retrouvé face à ce gosse de douze ans aussi maître de lui qu'un soldat surentraîné, eh bien… J'ai eu peur, tout simplement. Et ce qui m'effraie encore plus, avoua-t-il, c'est que je sais que j'aurais eu peur même si j'avais tout ignoré de ses actes. Il a toujours dégagé une sorte de… d'aura extrêmement puissante… »

Il se tut puis grimaça.

« Vous devez me prendre pour un fou…

― Au contraire, intervint Jack. Vous êtes dans le vrai, commissaire. Hannibal Lecter n'est pas comme les autres.

― Non, il n'a pas son pareil en ce monde. Il ne correspond à aucun critère d'aucune sorte, ne rentre dans aucun moule. Pourtant… »

Il inspira profondément et eut une moue presque souriante.

« Pourtant, votre profiler, ce Will Graham… lui a l'air de le comprendre. Mais je ne sais pas si je dois m'en trouver soulagé ou simplement horrifié.

― Je crains effectivement qu'il le comprenne trop bien et que cela ne l'effraie plus. » laissa échapper Jack.


Oh oui, oui, je sais, je suis méchant, je vous ai laissés sur une vilaine fin et j'ai mis du temps à poster la suite. A ce propos, il se peut qu'il vous faille attendre "un certain temps" entre chaque chapitre (eh oui, je n'ai toujours pas réussi à me dédoubler... mais soyez sûrs que j'y travaille :')). Puis j'ai décidé de tenter le NaNoWriMo de cette année pour donner un bon coup de boost à Balliamo (je suis masochiste, oui... mais j'assume, hein).

D'ailleurs, ça va, ça vous plait toujours ? Ou bien est-ce atroce au point que vous veuillez m'arracher les yeux ? (Et, en ce cas, j'espère bien que c'est pour les mariner dans un bon vin ! sinon, c'est même pas la peine d'envisager que je me laisse faire.)

P.S. : ce chapitre contenait un clin d'œil relativement gros et un plus discret. Avez vous repéré de quelle série et de quel livre il s'agissait respectivement ? (merci, c'était le petit jeu du jour ! Jingle !)

Au très grand plaisir de vous recroiser sur le prochain.

Maeglin