21.

Même si elle avait lieu en petit comité, la fête n'en avait pas été moins réussie, Alhannis seul rentré pour un passage éclair, n'ayant comme chaque année pour rien au monde raté l'anniversaire de son père.

Et un invité impromptu s'était ajouté : Norys Kholm enfin rentré de mission.

- Et comme cadeau, tu repars dans la mer d'étoiles. Tu aurais pu être plus original, papa !

- Je ne changerai pas, Alhie ! se moqua Albator. Tu vois, mon grand, tu n'es pas revenu pour rien de tes affaires.

- Très drôle, grinça Alhannis. Ton sens de l'humour ne s'arrange pas avec les années qui passent !

- Je n'ai jamais eu le sens de l'humour, rétorqua un peu sèchement Albator. Ou alors, c'était avant que mon visage ne porte ces marques. Mais j'étais quand même plutôt un ado agité, Warius pourrait en témoigner. Je ne me montrais sous mon meilleur jour que pour mon adorée cousine Bérylle !

- Elle a bien eu de la chance. Allez, coupe ton gâteau, on a encore faim et une bonne part ne sera pas de refus !

- J'ai donné naissance à une bande de goinfres, gloussa Albator. Alcéllya et son ventre de montgolfière est la seule à avoir une excuse pour dévorer pour deux !

Mais rien ne pouvant entamer la bonne humeur générale, tous applaudirent quand le maître des lieux souffla ses bougies et entreprit de déposer une portion dans chaque assiette.

Norys eut un éblouissant sourire pour Alguérande mais se recula légèrement quand Madaryne se glissa entre eux pour reprendre son « bien » !


En milieu de nuit, Alguérande se redressa sur un coude, les sens aux aguets.

- Algie ? marmonna Madaryne qui n'avait guère envie de sortir complètement du sommeil.

- Je ne sais pas. Je crois que quelque chose ne va pas avec Alveyron ! siffla le jeune homme en quittant précipitamment le lit.

Et ce fut au galop qu'il se rendit à la chambre de l'adolescent qui se débattait et hurlait dans son sommeil.

- Alfie, réveille-toi ! Qu'y a-t-il ?

Le jeune garçon s'assit dans le lit, tremblant, le regard dilaté.

- Papy et oncle Antie, ceux d'Unyversium les ont attaqués… Cette fois, ils n'en réchapperont pas !

Une explosion aveuglante envahit la chambre.

- Et celui-ci aussi, nous allons le prendre, rugit une voix inconnue.

Quand il put à nouveau distinguer quelque chose, Alguérande réalisa que l'aîné de ses enfants avait disparu, enlevé !

Il se tourna vers une Madaryne, sur le seuil de la pièce, le visage décomposé d'horreur.

- Dès le matin, je vais voir le général Hurmonde, rugit Alguérande. Je dois repartir dans la mer d'étoiles dès que possible !

- Oui, fais vite, Algie, pria-t-elle.


Demeurée au château d'Heiligenstadt, morte d'inquiétude, Madaryne accourut à la rencontre de son époux qui venait de franchir les immenses portes d'entrée, escorté de deux inconnus… et les menottes aux poignets !

- Alguérande, que… ? Messieurs, que faites-vous à mon mari ! ? glapit-elle, les griffes déjà sorties, au figuré et presque au propre !

- Le général Hurmonde n'a pas apprécié d'avoir un rendez-vous de si bonne heure. Mais il avait bien évidemment des renseignements de première main pour moi. Je crois que j'aurais préféré ne rien entendre… Mon père et Anténor se sont retrouvés dans la mer d'étoiles. Ils ont été attaqués par d'inconnues et inattendues boules de feu… Leurs cuirassés se sont percutés. L'Arcadia et le Mégalodon ne sont plus que deux épaves, et il n'y a plus personne à bord. Alveyron a eu cette intuition avant d'être enlevé, par certainement les responsables de cette première tragédie, expliqua Alguérande.

- Mais, et toi ? insista la jeune femme.

- J'ai eu un accident en revenant du QG de la Flotte.

- Tu sembles intact. Tu es revenu avec ton nouveau bolide de course ?

- Non… Il est sous scellé, pour expertises.

- De quoi ? s'étrangla encore Madaryne en étreignant les poignets entravés de son époux.

- C'était sans doute une erreur d'inattention, je ne l'ai pas vu surgir… Mady, je dois aller en garde à vue. Je ne dois qu'à l'intervention de Joal Hurmonde d'avoir pu venir te prévenir de vive voix.

- Mais que s'est-il passé ? se récria une Madaryne au bord de l'hystérie.

Alguérande eut un soupir doublé d'un sanglot.

- Je ne l'ai pas vu surgir, reprit-il, tête baissée. Je l'ai percuté. Madaryne, j'ai renversé et tué un enfant… Je vais devoir en payer le prix.

Impuissante, la jeune femme ne put que voir son mari ramené au fourgon pénitentiaire et emmené, dans l'attente de son procès alors que les dieux d'Unyversium venaient d'entrer en guerre contre la lignée Waldenheim.

FIN