Les loups grondaient toujours, nous jetant des regards assassins, mais leurs postures avaient changé. Les oreilles tapies sur le crâne, ventres à terre, crocs dévoilés, leurs grosses têtes étaient toutes tournées vers Bella qui baissait lentement les bras jusqu'à les avoir le long du corps. Ils ne la connaissaient pas, ne l'avaient jamais vue, et pourtant, ils semblaient en savoir beaucoup à son sujet et surtout incapables de l'attaquer. Étrangement, tout ce qui concernait Bella était flou dans leurs esprits. Je n'avais jamais compris pourquoi je ne pouvais pas la percevoir dans les pensées des personnes qui la voyaient…

Elle se tenait droite, fière, et toisait les Quileute de toute sa hauteur. J'aurais donné n'importe quoi pour voir l'expression de son visage, mais elle nous tournait le dos et je n'arrivais pas à la voir dans les pensées des Modificateurs.

Le loup brun-roux continuait à grogner doucement, refusant de se soumettre, tandis que les autres laissaient quelques couinements s'échapper de leurs gueules.

- Je le répète, les Cullen sont sous ma protection. Vous n'y toucherez pas.

Il y a quand même trois humains morts et ils en sont responsables… et Elle voudrait que nous laissions ce crime impuni ?

- Les Cullen ne sont aucunement responsables de ces meurtres, ils sont l'œuvre de trois nomades.

Parce qu'Elle lit dans mes pensées ?

- Je perçois beaucoup de choses, jeune loup. Mais si tu cherches un responsable à ces tueries, tu l'as devant toi. Si je n'étais pas intervenue et n'avais pas tourné ces vampires en dérision, ils seraient peut-être passés à autre chose. Malheureusement, ils n'ont pas accepté qu'on leur refuse le droit de se nourrir.

La surprise dans l'esprit des loups lorsque Bella se déclara fautive des morts humaines atteignit des sommets. Couinements, jappements, hululements et grognements finirent par lui répondre et Bella leva une fois de plus les mains, les intimant au silence.

- Ces nomades seront punis, je m'en chargerai personnellement. Et avant que vous ne me posiez la question, non, je ne les tuerai pas.

Les pensées de la Meute étaient scandalisées, les loups ne comprenaient pas pourquoi les Nomades seraient laissés en vie, ils voulaient les voir morts et au plus vite. Des grognements féroces répondirent bientôt aux paroles de Bella et cette dernière baissa la tête, toisant le loup brun-roux dont les pensées assassines à mon égard étaient des plus cruelles.

- Que vous ayez un traité avec les Cullen est une chose mais ces nomades ne sont pas concernés. Vous ne pouvez punir un vampire de se nourrir, voyons ! Dites-moi, jeunes loups, ôteriez-vous le sein de sa mère à un bébé qui a faim ? Non, alors vous avez votre réponse. Soyez cependant assurés que ces vampires seront punis comme il se doit, ils ont enfreint le Droit du Sang des Cullen et en subiront de très sévères conséquences.

À la mention du Droit du Sang, dont je n'avais jamais entendu parler auparavant, les Loups grondèrent avec hargne, leurs regards sauvages rivés sur nous et la bave dégoulinant de leurs gueules. Carlisle finit par s'avancer auprès de Bella.

- Euh… Excuse-moi, mais qu'entends-tu par Droit du Sang ? Lui demanda-t-il d'un ton prudent.

Bella roula des yeux, passablement exaspérée d'avoir été interrompue dans sa discussion avec les Loups mais surtout affligée par la question de mon père. Elle fit face à Carlisle, les bras croisés sur la poitrine et les sourcils haussés.

- Seigneur… N'as-tu donc rien appris en plus de 3 siècles d'existence, Carlisle Cullen ? Le réprimanda-t-elle.

- Bien sûr que si ! Ce n'est pas la peine de t'énerver pour une simple question…

- Une simple question ? Tu te moques de moi ? Tu t'es tellement démené à vivre comme un humain que ton esprit s'est perverti ! Tu connais mieux la Loi des Hommes que celle de ta propre espèce ! N'as-tu donc rien appris auprès des Volturi pendant ces quelques 20 années que tu as passées avec eux ? Non, bien sûr que non ! Tu les considérais tellement comme des barbares, des sauvages, que ton esprit étriqué a refusé d'apprendre vos Lois ! Tu crois donc qu'il n'y a que le Secret à suivre ? Mais bien sûr que non ! Le Droit du Sang est également une loi fondamentale ! Cette loi signifie que le sang de tout être vivant, humain ou animal, habitant le territoire d'un vampire lui appartient. Lorsqu'un autre congénère vient sur ses terres, il est obligé d'avoir l'accord du maître des lieux pour se nourrir sous peine de mort ! Oh ! Il y a également une autre loi qui te fait défaut, enfin principalement ta fille…

Bella observa dédaigneusement Carlisle avant de se tourner vers Rosalie et de la pointer du doigt. Ma sœur sembla se ratatiner face à la colère de la jeune femme.

- Eh oui ma grande ! À moins que le Créateur soit mort ou incapable de jugement, tout vampire de sa descendance lui doit respect et obéissance…

- De quel droit oses-tu me dire ça ! Je respecte Carlisle ! S'offusqua Rosalie.

- Mouais… si on veut… Cependant, tu es incapable d'obéir à une simple demande, non ? Rappelle-moi ce que Carlisle t'avait demandé au sujet d'Edward, alors que tu pensais que j'étais humaine, hum ? Tu lui as ouvertement désobéi ! La loi voudrait que tu sois châtiée pour cela !

- Je ne savais pas !

- Comment pouvais-tu le savoir, Rosalie ! Tu n'es pas responsable du manquement aux règles de ton Créateur. Voilà où vous a mené sa façon de vivre, vous n'êtes que le reflet d'un humain et même pas des vampires ! Sais-tu, Carlisle, que selon le Lege Immortalis, tu devrais être puni pour n'avoir rien appris à tes créations ? Et le pire, c'est que tu as manqué aux règles par 4 fois ! Tu as de la chance que les Volturi t'estiment et te considèrent comme amusant car sous un autre règne, il y a bien longtemps que ta pitoyable existence aurait pris fin ! Vous êtes des vampires, nom d'un chien ! Vous devez vivre comme tel et non comme un humain !

Bella se mit à marcher de long en large entre nos deux groupes, Quileute d'un côté, ma famille de l'autre. Elle s'arrachait littéralement les cheveux lorsqu'elle ne levait pas les bras au ciel dans de grands gestes exaspérés, marmonnant incessamment des propos inintelligibles. Les pensées de ma famille étaient sans dessus-dessous et celles des Quileute complétement horrifiées. Carlisle s'approcha alors de Bella, le visage déformé par la peine.

- Alors selon toi, il faudrait que je renonce à mes convictions ? Que je me nourrisse d'humains tout ça au nom d'une loi ?

Bella s'arrêta immédiatement de faire les cents pas et se tourna vivement face à mon père, les yeux ronds.

- Mais où as-tu entendu que je te demandais de te nourrir d'humains ? Au contraire, Carlisle Cullen, tu n'imagines pas à quel point je suis fière de voir qu'un vampire est capable de se dépasser et de s'abstenir de sa source d'alimentation naturelle, mais tu ne dois pas faire cela au mépris du Lege Immortalis et tout cela au nom de la conscience humaine ! Tu n'es plus humain, Carlisle ! Alors commence à vivre comme un immortel. Accepte une bonne fois pour toutes ce que tu es !

Un éclat argenté miroitait au fond de ses prunelles alors que la fureur déformait ses traits si parfaitement dessinés. Bella se tourna alors vers les Loups, les pointant d'un doigt accusateur.

- Et vous… Vous avez perverti votre mission ! Vous n'êtes plus des Protecteurs, mais des Exécuteurs !

- Qu'est-ce que t'entends par-là, défenseuse de sangsue ! Cracha le loup brun-roux après avoir repris forme humaine.

- Tu vas me parler sur un autre ton, jeune chiot. Je ne tolèrerai pas ton irrespect plus longtemps…

Bella le toisa d'un regard noir qui en aurait effrayé plus d'un, cependant, le jeune Indien ne supportait pas la condescendance de la jeune femme, ni son côté « donneuse de leçons ». Encore bien trop jeune pour tempérer son caractère impétueux, il se mit à trembler violemment, et avant que quiconque n'ait le temps de l'arrêter, il se jeta sur Bella dans un épouvantable bruit de déchirure alors que le loup prenait le pas sur l'homme…

Sans même prendre le temps de réfléchir, je me jetais entre eux afin de protéger ma Bella, effrayé à l'idée que le loup la blesse de quelque façon. Je fus cependant doucement repoussé et contemplais avec stupeur la main droite de Bella étroitement resserrée autour de la trachée du loup. Il était à sa merci et les hoquets de stupeur que j'entendis de toute part me firent comprendre que personne ne l'avait vue agir tant elle avait été rapide.

Bella approcha son visage de la gueule repoussante du Modificateur, dont les yeux écarquillés par la frayeur et la douleur étaient vrillés aux siens, la suppliant silencieusement de l'épargner. Un grondement rauque, tel le grognement d'avertissement d'un fauve, roula dans la gorge de la jeune femme et ses lèvres se retroussèrent légèrement sur ses dents d'une blancheur immaculée.

- Cela sera mon seul et unique avertissement, Jacob Black. Attaque-moi encore une fois, une seule, et tu le regretteras amèrement. Je ne tolèrerai pas ton irrespect plus longtemps.

Elle envoya alors le loup bouler contre un arbre et il se redressa difficilement, tanguant sur ses quatre pattes, tout en secouant la tête afin de remettre ses idées en place. Sam Uley, l'Alpha, s'avança alors vers elle en levant les mains, la tête baissée en signe de soumission, l'air docile.

- Hum… Hum… excuse-moi mais… pourquoi dis-tu que nous ne sommes plus des Protecteurs ?

Bella se tourna alors vers lui, le visage impassible.

- Parce que c'est vrai. Vous avez perverti votre nature, vous vous êtes détournés de votre mission ! Votre but ultime est désormais inexistant ! Vous n'avez plus rien à voir avec les Modificateurs originels ! Je ne sais pas ce que vos ancêtres vous ont transmis comme absurdités, mais vous n'avez plus rien à voir avec la dernière Meute, celle glorieusement et humblement menée par Ephraïm Black !

- Tu… Tu as connu mon grand-père ? S'émerveilla le jeune loup brun roux qui avait repris sa forme humaine.

- J'ai eu l'occasion de le rencontrer à quelques reprises. Pauvre Ephraïm… Il doit se retourner dans sa tombe en voyant ce que vous êtes devenus !

Bella avait craché ses paroles de façon dure, incisive, et les loups se raidirent, offusqués par le ton employé.

- Comment oses-tu parler de la sorte ? S'énerva un Quileute alors qu'à ses côtés, un loup gris grognait méchamment.

- Quoi, la vérité te gène, jeune chiot ? Cela te dérange-t-il tant que ça que je vous dise que vous êtes devenus décadents ? Vous êtes tombés dans la déchéance, l'esprit perverti par des mensonges et des croyances, vous vous êtes éloignés de votre but existentiel !

Je n'avais jamais vu Bella aussi véhémente, la colère irradiait de son petit corps par tous les pores de sa peau et elle parvenait difficilement à se contrôler. Sam Uley s'approcha d'elle doucement et reprit la parole.

- Pourquoi nous dis-tu ça ? Qu'entends-tu par « nature pervertie » ? Quel est notre but selon toi, si ce n'est protéger les humains des suceurs de sang, hein ?

- C'est justement là le fond du problème, c'est bien là votre mission ! Mais vous l'avez modifiée afin qu'elle suive votre vision des choses, au gré de vos envies, faisant de vous des exécuteurs, des assassins ! A l'origine, les Modificateurs existent pour protéger les Hommes, lorsque ceux-ci sont menacés ou attaqués par un vampire. Cependant, vous avez perverti ce but en détruisant tout immortel qui pénètre sur votre territoire !

- Et alors ? En quoi est-ce une « décadence de notre nature », hein ? Demanda Jacob Black d'un ton dédaigneux.

- N'as-tu donc pas écouté mes paroles, jeune ignorant ? Vous détruisez tous les vampires que vous croisez et ce n'est pas votre dessein. Prenez, par exemple, ce couple de nomades que vous avez anéanti il y a quinze jours… Ils n'avaient rien fait de mal, ils ne faisaient que traverser le territoire ! Vous les avez exécutés sans même leur laisser l'opportunité de parler !

- Il le fallait ! Leur présence était une menace potentielle pour les humains des environs ! S'exclama l'Alpha d'un ton indigné.

- Tu as justement mis le doigt dessus, Sam Uley. Potentielle menace. Potentiel. Éventuel. Possible. Et non une réelle menace ! Vous avez assassiné de sang-froid ces deux jeunes vampires qui ne faisaient rien de mal, si ce n'est traverser un territoire déjà peuplé par un clan. Ils n'avaient aucunement l'intention de se nourrir dans la région justement à cause du Droit du Sang. Ces deux jeunes vampires venaient juste de se trouver. Deux âmes-sœurs qui n'auront eu que quelques semaines de bonheur… Quel gâchis… Et tout ça par votre faute !

- Mais c'est pourtant notre mission ! Protéger les humains de la menace éventuelle d'un vampire ! S'exclama Sam, sidéré par les propos de Bella.

- Non. Votre mission est de protéger les humains d'une menace avérée, certaine ou d'une tuerie. Rien d'autre.

- Et alors ? Une sangsue ou deux en moins, quelle différence ? Ce sont des monstres de toute façon, ils ne sont même pas humains ! S'écria Jacob Black avec virulence.

Bella l'observa un instant, les yeux ronds, avant de se reprendre et de le toiser de toute sa taille, le visage dur. C'était étrange de voir ce Modificateur, frôlant les deux mètres et taillé comme une armoire à glace, reculer devant ce petit bout de femme qui lui arrivait à peine au torse ! Mais la colère de Bella était parfaitement visible, presque palpable.

- T'entends-tu donc parler, Jacob Black ? Par Gaïa et Ishtar, tes fiers et nobles ancêtres doivent s'arracher les cheveux dans l'au-delà à devoir subir tes âneries ! Arrête de te voiler la face, jeune chien mal élevé, tu n'es pas humain non plus et si je suis ton raisonnement, tu es de ce fait un monstre également.

- Peut-être, mais c'est de leur faute aux sangsues ! Je suis bien plus humain qu'ils ne le seront jamais ! J'ai un cœur qui bat, moi !

Bella l'observa quelques secondes, un sourcil haussé, puis un sourire narquois redessina ses lèvres. Elle ricana alors et son rire faisait froid dans le dos, un rire sombre, sans joie.

- Ah ! Et en quoi ce misérable organe te rend moins monstrueux que tu ne l'es, hum ? Hitler avait un cœur qui battait dans sa poitrine, mais cela ne le rendait pas humain pour autant, il était un monstre de la pire espèce ! Et entre nous, soit dit en passant, arrête donc de te fier aux croyances de ton peuple, les vampires ne sont en rien responsables de votre nature de Modificateur, ce ne sont que des contes de bonne femme !

Le Quileute recula brusquement d'un pas, donnant l'impression de s'être pris une claque. Ce qui venait d'arriver, verbalement.

Les loups observaient Bella, complètement effarés par ses paroles et, en passant par les pensées de ma famille, je m'aperçus qu'eux aussi étaient sidérés, à la fois par ses connaissances sur les différentes espèces du monde surnaturel, mais aussi par sa véhémence à nous défendre. Même Rosalie en venait à adoucir légèrement son tempérament envers ma divine naïade, ne serait-ce que pour son arrivée in extremis alors que les loups voulaient nous attaquer.

Les Quileute tremblaient de tous leurs membres, tentant de se contenir comme ils le pouvaient. Certains grondaient doucement, mécontents des paroles de Bella, d'autres ne savaient plus quoi penser. Cependant, un regard de Bella suffit à les calmer. Une fois de plus, j'entendis « arc-en-ciel » dans leurs pensées alors qu'il n'y en avait aucun. Ils avaient dû abuser d'un peu trop de leurs décoctions ou de plantes hallucinogènes pour voir des choses là où il n'y en avait pas !

Bien qu'il soit furieux après elle, les yeux de Jacob Black balayaient le corps de Bella et un feulement rauque s'échappa de ma gorge en apercevant la convoitise dans son regard. Ses pensées, à la fois violentes à mon égard et viles, obscènes envers Bella, ne me disaient rien qui vaille. Percevant mon agitation, Bella posa une main sur mon bras et la chaleur dégagée par sa paume suffit à m'apaiser. L'Indien, témoin de la douceur et de la tendresse de son geste, fronça des sourcils et s'imagina comment me détruire sans que Bella ne le sache.

- Je vous déconseille vivement d'attaquer à nouveau un vampire qui n'aura pas été expressément dangereux pour un humain. Et je le répète, afin d'être sûre que vous ayez bien compris, les Cullen, tous les Cullen, sont sous ma protection. Si l'un de vous s'en prend à eux, c'est à moi qu'il aura affaire…

La voix basse et lourde de menaces, Bella vrilla Jacob Black du regard. Les Quileute tremblaient violemment, non pas pour se retenir de nous attaquer, mais de peur. Je n'arrivais pas à voir ce qui pouvait les effrayer chez Bella, mais une chose était sûre, cette splendide créature était bien à l'origine de leur effroi.

Sam Uley eut un petit hochement de tête sec, puis son regard passa rapidement sur tous les membres de ma famille avant de s'attarder légèrement sur Bella. Enfin, il reprit sa forme lupine et hulula brièvement, incitant les autres Quileute à se métamorphoser à leur tour. Il dut japper à deux reprises en voyant que Jacob Black ne l'avait pas écouté, les yeux noircis par la convoitise toujours rivés sur Bella. Une incroyable bouffée de violence monta en moi. J'avais envie de lui arracher les yeux… la langue… lui broyer méticuleusement chaque os… lui défoncer le crâne… Je ne comprenais pas ce qu'il m'arrivait et je dus me retenir pour ne pas l'attaquer…

La jalousie, Edward. Cela s'appelle la jalousie, frangin !

Les pensées de Jasper m'étonnèrent au plus haut point mais je n'avais plus d'autre choix que de me rendre à l'évidence…

Depuis que Bella avait fait une entrée fracassante dans ma morne existence, j'avais enfin pu expérimenter des émotions qui m'étaient jusqu'alors inconnues, autrement que dans les livres. La fascination qu'elle avait éveillée en moi avait rapidement fait place à une extrême attirance, avant de me rendre fou d'amour. Et maintenant, la jalousie ? J'avais, au fil des ans, lu de nombreuses choses à son sujet, perçu l'envie des uns et des autres via leurs pensées, mais jamais je n'aurai pu imaginer à quel point ce sentiment était extrême, puissant, dévastateur. La jalousie me bouffait de l'intérieur, cette déferlante de haine et de colère me brûlait les tripes, je n'avais jamais connu un tel sentiment… Hormis bien sûr cette passion dévorante qui avait parfois tendance à me retourner le cerveau...

Une fois que Jacob Black eut repris sa forme lupine, son regard s'attarda méchamment sur moi, comme un avertissement. Ses pensées étaient claires, j'étais devenu l'homme à abattre… À n'importe quel prix. Sam Uley hurla et le loup brun roux décrocha son regard du mien avant de suivre son Alpha à contrecœur.

Carlisle leva la main en signe d'adieu et nos regards ne quittèrent pas les Quileute, nous assurant ainsi qu'ils étaient bel et bien partis. Mon père se tourna alors vers Bella, un sourire franc sur le visage.

- Je te remercie d'être venue, nous aurions été contraints de nous battre avec eux si tu n'avais pas été là et cela aurait pu très mal tourner… des deux côtés…

Mon père souffla alors lourdement, peiné à l'idée de blesser une autre créature ou de perdre l'un des siens. Bella l'observa alors, impassible. Pour une fois, il n'y avait pas de dédain ou de mécontentement dans son regard lorsqu'elle s'adressa à Carlisle.

- C'est normal. Ils sont encore très jeunes, incroyablement mal élevés et surtout bourrés de préjugés véhiculés par leur ignorance. Restez sur vos gardes, par contre, on ne sait jamais… Surtout toi, Edward.

Bella se tourna alors vers moi, le regard lourd de sens. Ainsi donc, il serait possible que le petit Jacob Black mette ses pensées à exécution ? En voyant l'appréhension dans le regard de Bella, je compris que je ne m'étais pas trompé au sujet du jeune Indien…

Une légère brise s'était levée depuis peu et agitait les feuillages touffus. D'épais nuages obscurcissaient le ciel nocturne, nous empêchant de voir les étoiles. C'était une chose assez fréquente ici, à Forks. Nous entendîmes alors un étrange cri au loin, une espèce de crissement légèrement métallique, et Bella se tendit, les yeux écarquillés par l'horreur rivés sur les montagnes.

- C'est quoi ce truc ? Demanda Emmett en se grattant la tête.

Bella se tourna alors vers nous, le regard emplit de gravité et le corps raide, les muscles tendus.

- Rentrez chez vous et ne sortez pas de la nuit…

- On est chez nous ! On peut encore faire ce que bon nous semble ! Et on n'a pas à t'obéir ! S'écria Rosalie d'une voix venimeuse, exaspérée qu'on lui dise comment agir.

- Pour une fois Rosalie, tu vas faire ce que l'on te dit de faire. Si tu tiens à ta tête, tu vas obéir.

Les yeux réduits à de fines fentes, les sourcils froncés et le visage déformé par la rage, Bella faisait peur à voir. Ma sœur ne demanda pas son reste et fila à l'intérieur, rapidement suivie par les nôtres. Seul Carlisle resta à l'extérieur, mais je ne lui prêtais pas attention. Je me tournais vers Bella et pris son visage en coupe, inquiet de ce que je voyais dans son regard. Une détermination sans faille.

- Tu t'en vas une fois de plus, hein ?

- Je n'ai pas le choix Edward, je suis désolée…

- Pourquoi ? Tu me fais peur, Bella…

- Il vaut mieux que tu n'en saches rien mais ne t'inquiète pas pour moi, je ne risque rien.

Je soufflais lourdement et posais mon front contre le sien. Je ne pus m'empêcher de sourire en voyant ses lèvres se courber de façon enjôleuse.

- Je te verrai demain, Edward, je te le promets. Après tout, nous avons un devoir de biologie à rendre, non ?

Je ricanais, me demandant ce que le lycée avait à voir dans cette histoire, puis sans même prendre le temps d'y réfléchir, je me jetais sur sa bouche. Un puissant courant électrique parcourut mon corps, c'était si bon ! Cette chaleur et cette douceur… si exquises ! Ses lèvres épousaient les miennes à la perfection et je m'abandonnais à notre étreinte en toute liberté, complètement déconnecté du monde alentour. Une fois de plus, le plaisir qui montait en moi était d'une puissance phénoménale, c'était orgasmique… Son corps souple et bouillonnant d'envie étroitement pressé contre le mien m'empêchait de répondre de moi, sa bouche envoûtante que je fouillais avec ardeur étouffait mes gémissements lascifs alors que ses mains tiraient mes cheveux, me faisant grogner de plaisir. Bien trop tôt à mon goût, elle mit fin à notre baiser et s'arracha à mes lèvres les yeux fermés, le souffle court. J'étais tout aussi haletant. Bella rouvrit les yeux, ils luisaient bizarrement, puis elle lécha délicatement sa lèvre inférieure et j'en grognais de frustration, j'aurai tant voulu la lécher à sa place ! Elle ne faisait décidément rien pour me ménager et n'arrangeait aucunement mon émoi !

Finalement, elle soupira puis posa brièvement ses lèvres sur les miennes une fois de plus avant de filer, si rapide qu'elle donnait l'impression de s'évaporer dans les airs.

Les épaules voûtées, je soupirais avant de me retourner et découvris Carlisle, les yeux ronds comme deux ronds de flan et la bouche-bée, qui me fixait avec un ébahissement total. Je l'avais complètement oublié celui-là !

Je le regardais quelques instants, ses pensées étaient vides et sa bouche s'ouvrant et se refermant mécaniquement lui donnait des allures de poisson rouge. Alors je haussais les épaules et rentrais, évitant ma famille et leurs questions, puis fonçais dans mon antre, les pensées tournées vers Bella et le goût de ses lèvres toujours présent sur les miennes, à la fois paradisiaque et infernal, épouvantable rappel de son absence.