Chapitre 21 :

Exaspéré, Harry chiffonna pour la troisième fois un de ses croquis qu'il jeta sans l'ombre d'un regret à la corbeille.

Il ne savait pas pourquoi, mais tous les dessins qu'il réalisait ce matin ne lui plaisait pas. Il trouvait ses coups de crayons maladroits, l'ensemble de l'esquisse banale et monotone, et l'expression des sentiments qu'il parvenait toujours à reproduire avec une facilité déconcertante sur ses croquis semblaient ici inexistante, voire totalement absente.

Conclusion, le garçon n'était pas fier de lui.

Il avait l'impression que son talent artistique c'était subitement envolé, qu'il n'était plus capable de se concentrer sur ses esquisses sans penser aux multitudes de questions qui l'assaillaient, sans ressentir cette colère qui l'animait et qu'il tentait, en vînt, de refouler.

Il sentait un flot d'émotions le submerger, mêlant la tristesse, la culpabilité et une profonde animosité s'ancrer profondément en lui.

L'envie de faire éclater cette fureur glissa rapidement dans son esprit.

Du coin de l'œil, il voyait une lampe qu'il s'imaginait jeter violement contre un mûr, à sa droite un miroir qu'il aurait brisé en y donnant un grand coup de poing, sur son bureau, des documents qu'il aurait pris plaisir à déchirer ou même à brûler, formant ainsi un grand feu qui détruirait tout sur son passage.

Toutes ses ombres idées, l'effrayaient autant qu'elle le stimulaient. Cependant, le jeune homme était parfaitement conscient qu'il ne ferait rien de tous cela. Il avait seulement besoin de diriger toute cette haine quelque part, de l'évacuer avant qu'elle ne le consume lui.

Se sentant comme étouffé par la chaleur de la pièce, il se dirigea vers la baie vitré qu'il fit coulisser afin de pénétrer sur le large balcon de sa chambre.

L'air glacial l'apaisa quelque peu et au fil des minutes, il sentit la tension qu'il avait accumulée jusque là, diminuer progressivement.

Son souffle créait des volutes blanches dans les airs. Les températures oscillaient entre un ou deux degrés, mais pas plus. Le ciel arborait une couleur terne, inexpressif caractérisé par un blanc uni, comme si d'une seconde à l'autre il allait se mettre à neiger.

Le vent caressa ses cheveux à nouveau décoiffés, tandis que dans l'atmosphère, il dessinait des tourbillons imaginaires.

Oubliant l'espace de quelque instant sa propre existence, Harry ferma les yeux, se laissant guider au rythme de la nature qui le berça à sa manière. C'était si calme et rassurant que le garçon aurait voulu se noyer dans cet état de pérennité.

Il aurait souhaité oublier, ne plus se soucier de rien, ne plus ressentir quoi que se soit, mais tout simplement se laissait aller...

En réalité, Harry ne voulait pas voir que la personne à qui il en voulait le plus, ce n'était autre qu'à lui-même. Que cette colère amère qu'il éprouvait, lui était principalement destinée.

Ces temps-ci, il avait l'impression de s'enfoncer dans une sorte de décadence, d'être un peu plus misérable chaque jour.

Seulement, ce qu'il avait bien pu ressentir ce matin, l'avait affligé à tel point que l'estime qu'il avait envers sa propre personne avait littéralement volé en éclat.

La faiblesse dont-il avait fait preuve hier soir, le dégoutait. Il n'avait jamais eu autant honte, et à présent il se sentait plus mal que jamais, il avait la sensation d'être sale, souillé.

Sans cesse, il se voyait réagir sous les gestes intimes du Lord, son visage transfigurait par le plaisir que cet homme infâme avait pu lui donner. Il n'arrivait pas à se détacher de cette image de lui jouissant au creux de la main de son bourreau. Cette scène le hantait, elle le rendait malade, irrémédiablement.

Le pire, songea le jeune homme, c'est que pas une seul fois il n'avait simulé. Cette chaleur, toutes ces sensations qui c'étaient subitement éveillées en lui, ce désir frénétique que Voldemort lui avait fait ressentir, était bel et bien authentique. Et pour cela Harry se haïssait.

Il ne comprenait vraiment pas comment il avait pu prendre du plaisir dans une telle situation ? Et comme si ce n'était pas suffisant, il se remémora ce rêve plus qu'étrange, mais surtout embarrassant qu'il avait fait quelques jours auparavant.

Est-ce que quelque chose clochait chez lui ? Avait-il un problème particulier ? Le jeune homme commençait réellement à pensait que oui.

Désormais, il craignait ses propres réactions, que se soit inconsciemment ou délibéré.

Ses repères avaient complètement disparu. C'était comme s'il avançait dans une immense forêt et qu'un brouillard épais l'empêchait de distinguer les obstacles dressés sur son chemin. Partagé entre la confusion et l'incertitude, Harry se sentait complètement égaré.

Il ne savait pas comment sortir de cet engrenage ? Comment il devait interpréter toutes ses choses qui venaient chambouler ses pensées ? Il cherchait constamment une issue, mais y en avait-il seulement une ?

Est-ce qu'il pouvait se défaire de l'emprise que Voldemort détenait sur lui ? Où bien, était-il condamné à répondre indéfiniment aux exigences de ce dernier ?

En y réfléchissant bien, depuis qu'Harry avait rencontré le Lord, sa vie avait suivi une succession de bouleversement dont le jeune homme n'avait pas toujours eu le contrôle. Si seulement il avait su, jamais il n'aurait accepté la proposition alléchante de l'homme qui consistait à le rejoindre à Plymouth pour y travailler sous ses ordres.

Ce simple refus, lui aurait épargné bien des tracas ! Pensa-t-il avec certitude.

Malheureusement, le garçon n'avait plus la possibilité de revenir sur sa fâcheuse décision. Aujourd'hui, il devait travailler pour un homme qui lui inspirait du mépris et de la révulsion. Il devait mentir à ses proches pour conserver un minimum de décence et les protéger financièrement. Mais plus que tout, il devait tromper son petit ami pour s'assurer de sa sécurité.

Tous ces événements n'étaient qu'une succession de malheurs. Et si Harry était superstitieux, il aurait même pu croire qu'on lui avait sciemment jeté un sort.

Sentant la morsure du froid se faire plus intense, le garçon regagna lentement l'intérieur de sa chambre tout en frissonnant.

A peine eut-il posé les pieds sur le parquet ciré qu'il entendit quelqu'un frappé distinctement à la porte. Instinctivement, le jeune homme pensa qu'il devait sûrement s'agir d'Alice qui venait soit pour faire la chambre ou lui apporter du linge propre.

Rapidement, Harry marcha jusqu'à la porte qu'il ouvrit sans peine.

L'expression de son visage changea radicalement lorsqu'il s'aperçu que ce n'était non pas la petite blonde au sourire d'ange qui se tenait devant lui, mais une silhouette bien masculine qu'il ne s'attendait pas à revoir dans l'immédiat.

- « Bonjour ». Fit simplement Voldemort en voyant que son jeune assistant ne réagissait pas.

Harry ne répondit pas.

Incertain de l'attitude qu'il devait à présent adopter, il préféra entrer dans un mutisme. Une sorte de lassitude c'était installé en lui, il se sentait complètement découragé.

Chaque fois qu'il croyait remonter à la surface, un événement imprévu le faisait de nouveau sombrer. Voldemort le tenait très fermement dans ses filets, et si d'une façon ou d'une autre il tentait de se soustraire, l'homme n'hésitait pas à lui rappelait qu'une épée de Damoclès était en permanence suspendu au dessus de lui.

C'était un jeu infini. Et même si le garçon avait beaucoup de mal à l'admettre, il avait tout bonnement perdu.

Toujours immobile, Harry entendit le Lord lui demander de mettre un manteau, car il comptait l'amener en ville.

Sans rechigner, le jeune homme obtempéra à la demande de son patron.

Quelques minutes plus tard, ils quittèrent tous deux le corridor du deuxième étage, pour se retrouver au rez-de-chaussée. Harry s'apprêta à prendre le chemin menant jusqu'au hall d'entrée pour regagner la sortie, mais Voldemort le retînt par le bras.

- « On ne prendra pas la limousine, aujourd'hui ».

Harry fronça les sourcils.

- « Comment va-t-on se rendre en ville alors ? » Questionna-t-il en sachant qu'à pieds ils mettraient plus d'une heure et demi.

- « Tu verras ». Souffla le Lord en l'emmenant à l'arrière du manoir.

Sans un mot, ils traversèrent un nouveau couloir, puis empruntèrent un escalier débouchant sur un large sous-sol.

C'était la première fois qu'Harry voyait cet endroit. Mais le plus stupéfiant, c'était ce qui s'y trouvait à l'intérieur…

Sur une longueur de plusieurs mètres, des voitures d'une allure toutes plus élégantes les une que les autres s'étendaient de chaque côtés du sous-sol, telles des œuvres qu'on aurait mis en exposition au sein d'une prestigieuse galerie.

La lumière artificielle révélait le sublime éclat des peintures qui embellissaient chacun des véhicules présents.

Harry fut parcouru d'un léger frisson. Ici, les températures étaient nettement plus basses que les autres pièces du manoir. Néanmoins, cette fraicheur ne semblait en aucun cas avoir terni la beauté de tous ces petits bijoux qui laissèrent le jeune homme admiratif.

Pendant que son jeune assistant découvrait le lieu, Voldemort fit quelques pas en direction d'une vitrine qui comportait une multitude de clés suspendu à une série de crochets. Il s'empara de l'un des troussons avant d'entraîner le garçon jusqu'à un véhicule italien.

Muni d'une certaine impatience, l'homme s'installa au volant, tandis qu'Harry pris place sur le siège avant passager.

D'emblée, le jeune homme ne manqua pas de remarquer à quel point l'intérieur était luxueux, et les sièges confortables. L'habitacle était fait entièrement de cuir et de carbone pour le plus grand plaisir des yeux. Et lorsque Voldemort tourna la clé pour mettre le contact, un assortiment d'appareils et de gadgets à la pointe de l'innovation s'illuminèrent dans un parfaite coordination.

Par sécurité, Harry boucla sa ceinture sous l'œil amusé du Lord qui ne tarda pas à faire de même.

Finalement, celui-ci fit démarrer avec précaution la voiture qu'il fit avancer jusqu'au portes du sous sol.

A l'aide d'une manette, il les ouvrit instantanément, faisant ainsi émerger le véhicule des bas fonds du manoir. D'une allure toujours aussi modéré, le véhicule italien regagna le chemin menant jusqu'au grilles en fer forgé qui s'ouvrirent sous son passage.

Décidément, pensa Harry, avec Lord Voldemort il ne passerait jamais inaperçu !

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- « Tu es sûr que tes parents ne vont pas débarquer d'une minute à l'autre ? » Interrogea Blaize, quelque peu anxieux.

- « Ils n'entrent jamais dans ma chambre sans autorisation. Mais si sa peux te rassurer… »

D'un geste simple, Drago verrouilla l'unique porte d'entrée, avant de reporter son attention sur l'invité du jour.

- « Niveau quantité, je te donne comme d'habitude ? » Demanda le blondinet d'un air décontracté.

Zabini hocha positivement la tête, tandis que Drago se dirigea vers un secrétaire contenant principalement des livres, des CD de musique et quelques papiers administratifs qu'il prenait soin de ranger dans des pochettes appropriées.

Dissimulé derrière une rangée d'ouvrage, se trouvait une petite ouverture que seul le jeune homme et quelque uns de ses « clients » connaissaient.

Sans s'attarder, Il s'empara d'un petit sachet contenant une poudre immaculé qu'il présenta au garçon.

- « Cela te fera trois cents livres ». Annonça-t-il, d'emblée.

- « Quoi ? Tu plaisantes ? »

- « Absolument pas ! »

- « On à toujours fixé le prix à deux cents ! »

- « Peut-être, mais il est de plus en plus difficile de s'en procurer ». Prononça le blond avec une certaine légèreté. « De plus, je prends des risques considérables, il faut donc que je trouve une certaine compensation. Et puis, ce que j'ai au creux de ma main est du haut de gamme, tu ne trouveras rien de meilleurs sur le marché ! »

Blaize fronça les sourcils, affichant une moue pour le moins contrarié.

- « Je te signal qu'avant je mettais cents livres de moins pour exactement la même chose ! Qu'est-ce qui te fais croire qu'aujourd'hui je vais payer un prix pareil ? » Questionna-t-il.

A ces mots, Drago afficha un sourire méprisable.

Il s'installa dans l'un des canapés en cuir de sa chambre, et d'un ton qui lui était propre, il décréta :

- « C'est pourtant simple, tu es devenu accros, Zabini. Et comme tous les drogués, si tu n'as pas ta dose, tu seras en état de manque. Etant donné que c'est une passe qui n'est généralement pas très agréable, ni supportable c'est évident que tu reviendras me voir. Et cela même si je double le prix initial ! » Ajouta-t-il sur une intonation moqueuse.

- « Tu me traite de toxicomane, mais toi aussi tu en es un, Malfoy ! »

- « Le fait que je vende de l'héroïne ou de la cocaïne ne fait pas de moi un drogué pour autant. Mais j'ai compris que c'était un bon business, et que certain serait prêt à me payer très cher pour cette précieuse marchandise. Après tout, je ne vois vraiment pas pourquoi j'irais faire le larbin pour les autres en faisant des boulots minables comme mon père le voudrait pour soi-disant savoir ce que c'est que la vie, alors que je sais pertinemment que dans quelques temps j'aurais une place au sein de la société de Lord Voldemort ».

- « Tu crois que c'est parce que tu es le fils à papa, que le Lord va t'engager peut-être ? » S'amusa Blaize.

Il eut un bref silence.

Tout en jouant avec le petit sachet de poudre qu'il détenait entre ses doigts, Drago sembla, l'espace de quelques instants à mille lieux d'ici, comme s'il était entré dans une transe profonde.

Lentement, il releva ses yeux teintés d'un magnifique bleu d'été ou l'on pouvait percevoir des nuances argentés qui rendait son regard à la fois plus intriguant et selon ses humeurs, plus glacial aussi.

- « Je ne vie pas sous l'influence de mon père. D'ailleurs, il sait à peine que j'existe, alors pourquoi se donnerait-il la peine de me faire grâce d'une place à ses côtés ? » Souffla-t-il d'un air dédaigneux. « Je sais me débrouiller seul, je n'ai pas besoin de lui. Et plus tard, il se rendra compte de quoi je suis capable… »

Une lueur particulièrement malsaine avait traversé le regard du jeune homme qui redevînt presque aussitôt normal.

- « Bon, on ne va pas y passer la journée, tu me l'achètes ou pas ? » Fit-il en secouant le sachet de cocaïne.

Sous l'œil amusé du blondinet, Blaize n'avait qu'une envie, tourner le dos à Malfoy, claquer la porte et ne plus jamais revenir.

Malheureusement, comme l'avait souligné son vis-à-vis, il était devenu dépendant, et tôt ou tard un effet de manque se ferait forcément sentir. Si c'était le cas, sa famille s'en rendrait sûrement compte, et les conséquences qui en découleraient seraient désastreuses.

Il soupira de désespoir en réalisant qu'une fois de plus, il c'était foutu dans un beau merdier !

A l'époque, il avait seulement commencé pour s'amuser, prenant en de rare occasion une dose minime, histoire de s'évader un peu. Mais surtout c'était le meilleur moyen d'oublier les disputes qui régnaient chaque jour entre ses parents et la pression scolaire qu'il subissait.

La drogue était une solution facile, elle ajoutée un peu de gaité dans sa vie, et bien qu'il sache que cette sensation d'épanouissement serait éphémère, il ne pouvait s'empêcher d'en reprendre encore, puis encore…jusqu'à ce que cela devienne une véritable accoutumance.

Alors, mettant sa fierté de côté, le jeune homme s'avança tout en tirant de sa poche une liasse de billet qu'il tria rapidement pour en retirer la somme requise. Il tendit cette dernière au blondinet qui lui délivra en échange l'objet de sa présence.

- « C'est toujours un plaisir de faire des affaires avec toi ! » Déclara Malfoy.

Zabini ne fit aucun commentaire et se hâta le plus vite possible de sortir de cette pièce.

Nullement offensé de cette attitude, Drago rangea la somme qu'il venait d'acquérir dans l'une de ses poches intérieure de sa veste. Il s'apprêta à passer un coût de téléphone quand quelqu'un frappa à sa porte.

D'un pas nonchalant, il marcha jusqu'à cette dernière et lorsqu'il ouvrit pour découvrir l'identité de la personne en question, un fin sourire se dessina sur ses lèvres.

- « Je me demandais quand tu reviendrais me voir… »

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La voiture avait été laissé sur un parking privé, situé au centre de la ville.

Ils n'avaient mis qu'une vingtaine de minutes pour faire le trajet, cependant le temps avait semblé beaucoup plus long étant donné que durant le voyage les deux protagonistes ne s'étaient pas échangés un seul mot.

Contre toute attente, Harry avait été étonné de constater que la conduite de son patron s'identifiait par une souplesse et une prudence inattendue. Compte tenu du véhicule puissant que le Lord possédait, la garçon s'attendait davantage à le voir fuser sur les grandes routes, ou négligeait sciemment les règles de conduite.

Au font, c'était peut-être sa présence à ses côtés qui l'en avait dissuadé, puisque dans la vie Voldemort n'était pas quelqu'un de spécialement raisonnable, et privilégié la sécurité ne lui ressemblait pas tellement.

Assis à une table, la serviette pliée correctement sur les genoux, les deux hommes entamés leurs desserts fait d'une pâte feuilletée, de fruits rouges, et d'une crème légèrement sucré qui venait parfaire le goût.

Voldemort était un habitué de cet endroit. Chaque fois qu'il faisait une escale en ville, il venait s'y restaurer, seul ou la plupart du temps avec ses associés.

Ce qu'il appréciait le plus, c'était la diversité des plats proposés. Ces derniers étaient élaborés, préparé et servi avec un soin méticuleux qui faisait de ce restaurant toute sa réputation. Par ailleurs, ce n'était non pas des recettes typiquement anglaise qui étaient composées, mais une cuisine française qui en plus d'éveiller délicieusement les papilles par des saveurs insoupçonnées, attirait une foule innombrable de clients et de touristes.

Harry attaquait à présent une autre couche de crème dissimulé sous la pâte doré qui croustillait agréablement à chaque bouchée.

Finalement cette sortir en ville n'était pas aussi désastreuse qu'il aurait pu le préconisait. Voldemort l'avait emmené au « national marine aquarium », qui abritait diverse créature de l'eau, telles des méduses, des requins que le garçon trouvait impressionnant tant par leur taille que par leurs puissantes mâchoires, des crocodiles, des hippocampes qui gigotaient de façon amusante derrière la vitre transparente. Mais aussi de petits poissons aux couleurs multiples et attrayantes, des phoques, des iguanes, et enfin des serpents, dont un qui le fit particulièrement pensé à Nagini.

Après quoi, ils étaient allés visiter la galerie d'art la plus proche. Celle-ci mettait en exposition les œuvres d'un certain Ludwig Cambel, qui réalisait de somptueux tableaux de la vie moderne qui laissèrent Harry pensif.

Enfin, vers midi et demi, ils avaient rejoints ce restaurant qui était situé à l'angle d'une rue principalement connu pour le nombre affolant de magasins qu'elle offrait.

Durant la matinée, rare étaient les fois ou le Lord et son jeune assistant avaient échangés une véritable conversation. En réalité, l'homme faisait de temps à autre des commentaires, et le garçon se contentait de mots ou de phrases brèves pour donner l'illusion d'un dialogue. Même si Harry savait que son patron fournissait un effort pour que cette sortie soit le plus agréable possible, il ne pouvait s'empêcher d'être distant.

- « Est-ce que vous désirez autre chose messieurs ? Un café peut-être ? » Proposa une jeune serveuse avec un sourire dans la voix.

- « Pour moi se sera un double espresso ». Répondit le Lord. « Tu veux quelque chose, Harry ? » Demanda-t-il en essayant de capter le regard perdu du jeune homme.

- « Euh… », Réfléchit-il d'un air hésitant. « Je vais prendre…un cappuccino, s'il vous plait ».

La serveuse lui sourit gentiment.

- « Je vous apporte tous ça dans quelques minutes ». Informa-t-elle avant de disparaître.

Pendant ce temps, un nouveau silence s'installa entre les deux individus.

Voldemort observait son jeune assistant fuir ses regards du mieux qu'il pouvait. Cela lui donnait envie de sourire tant cette attitude lui paraissait enfantine, et en même temps il se sentait profondément agacé devant le manque de considération que le garçon avait à son égard.

Se rendait-il seulement compte de tous ce qu'il faisait pour lui?

Ce gamin avait des privilèges, des égards qu'il n'accordait à aucun autre de ses employés, pas même à Lucius ou Severus qui pourtant, travaillaient pour lui depuis de nombreuses années.

Par ailleurs, il était conscient qu'en présence du jeune homme son attitude et sa façon d'agir se modifiaient quelque peu. Auparavant, il n'avait jamais fait preuve d'autant de patience et de douceur avec quelqu'un qu'il ne le faisait avec Harry. Bien entendu, cela était peut-être lié au fait que l'homme avait pour habitude d'obtenir tous ce qu'il désirait sans exercer le moindre effort. Seulement, avec son jeune assistant il avait rapidement réalisé que ce ne serait pas chose aisée !

Harry n'était pas une personne qu'il pouvait manipuler et contrôler à sa guise. De plus, son caractère peu docile l'avait, à de nombreuse reprise, amené à faire quelques concessions qui ne le ravissait pas toujours. Et Voldemort détestait pour une raison ou pour une autre bouleverser ses plans ou ne serais-ce que revenir sur une décision fixe, comme il avait dû le faire avec le jeune Colin Crivey.

Toutefois, s'il y avait bien une chose en particulier qui mettait le Lord hors de lui, c'était l'indifférence à son égard.

Etre invisible était pire que tout.

- « Tu comptes m'ignorer encore longtemps ? » Questionna-t-il en regardant franchement le jeune homme.

Celui-ci ne répondit pas ce qui irrita davantage Voldemort.

- « Suis-je à ce point insignifiant pour que tu ne daigne pas me parler, dis-moi ? »

- « Il ne s'agit pas de cela et vous le savez très bien ». Tempéra Harry d'un ton qu'il voulait froid.

- « Non, je ne sais pas, justement. Alors explique-moi parce que je ne comprends pas ? »

Le garçon exprima un faible sourire sans joie.

- « Vous expliquez ? Je ne suis pas sûr que vous puissiez comprendre ce genre de choses ». Décréta-t-il d'une voix lassée.

A cet instant, la serveuse revînt, toujours affublée de ce sourire jovial qui lui saillait à merveille. Elle déposa devant les deux hommes leurs commandes avant de s'éclipser à nouveau.

D'un air pensif, Harry contempla les volutes blanches se dégageant avec légèreté de son cappuccino qu'il devinait bouillant. Par-dessus le liquide couleur caramel, baignait une épaisse couche de mousse pailleté de fins copeaux de chocolats et d'un biscuit à la fois croquant et savoureux.

De ses doigts, le garçon s'empara du petit gâteau qu'il trempa généreusement dans la mousse avant de porter le tout à ses lèvres. Le biscuit fondait littéralement sous son palais, tandis que la mousse apportait un goût légèrement amer, mais pas désagréable.

Plusieurs fois, il renouvela son geste, et lorsqu'il n'eut plus de biscuit, il récolta la mousse par le biais de son index, inconscient que ce geste si anodin contenait un brin de provocation

Au bout de quelques secondes, Harry remarqua que le Lord n'avait pas encore touché à sa tasse.

Intrigué, il releva légèrement les yeux pour rencontrer ceux de son patron qui le fixait d'un air à la fois amusé et captivé.

- « Pourquoi vous m'observer ainsi ? » Demanda-t-il, curieux.

Le sourire de Voldemort s'intensifia.

- « Tu aimes admirer les œuvres d'arts, moi j'aime tout simplement te regarder. Ce que j'ai sous les yeux n'a pas de prix ». Précisa-t-il.

Tout en considérant les paroles de l'homme, Harry reposa sa tasse sur sa soucoupe.

D'un ton étrangement posé et réfléchi, il décréta:

- « Je crois qu'il faut quand même noter la nuance. Moi je me contente de contempler une œuvre aussi magnifique et attrayante soit-elle je ne m'en accapare pas. Vous, regarder ne vous suffit pas. Aussi, vous vous octroyez le droit de prendre ce qui ne vous appartient pas. Voilà comment moi je vois les choses ».

Il eut un malaise. Elégamment, le jeune homme reprit en main son cappuccino et dégusta une première gorgé de son breuvage sucré, tandis qu'il sentait sur lui le regard brûlant de son patron.

- « Dans ce cas, dis-moi ce que je dois faire pour que cela n'apparaisse plus comme une exigence, mais comme un agrément venant de ta part ? » Questionna le Lord.

Harry secoua la tête négativement.

- « Ce n'est pas aussi facile ». Souffla-t-il, doucement.

Le regard du garçon se voila. Il repensa aux multiples questions qui l'avaient tourmentées à son réveil et qui perdurait à semer le trouble dans son esprit.

Plus profondément, des émotions aussi troublantes que blessante le malmenaient, le torturait, insidieusement. Le pire, c'est qu'il ne pouvait partager cette souffrance avec personne, il ne pouvait pas se confier ou ne serait-ce que libérer ce poids qu'il avait l'impression de porter sur la conscience.

Habituellement, parler l'aider à faire le point, à mettre de l'ordre dans ses idées confuses.

En ce sens, Remus avait toujours fait un excellent confident. Les mots, les expressions, les conseils dont-il lui faisait part étaient toujours justes, comme si son oncle comprenait parfaitement ses états d'âmes. Avec lui, son cœur s'ouvrait naturellement, le sentir à ses côtés avait quelque chose de rassurant, de sécurisant.

Ici, la présence de son oncle lui paraissait fort lointaine. Il n'avait personne à qui criait sa détresse, personne à qui se confesser sans éprouver cette humiliation qui n'en finissait pas de le ronger de l'intérieur.

Ce n'était pas qu'un faux semblant, mais une constatation.

Il se sentait et il était bel et bien seul.

- « Harry, regarde-moi ». Ordonna Voldemort.

Instinctivement, le jeune homme releva les yeux.

Son regard d'un vert si expressif communiquait à lui seul toute cette mélancolie qui l'animait. Une lueur de désespoir venait ternir cette pointe de joie qui couramment, illuminé son visage d'une blancheur irréelle.

D'un geste prévenant, Voldemort approcha sa main de celle son jeune assistant posé à plat sur la table. Délicatement, il enserra ces doigts pour apporter au jeune homme la chaleur et le réconfort dont-il avait besoin.

- « Tu n'as toujours pas envie de me parler ? » Demanda-t-il, avec douceur.

Harry haussa les épaules.

- « Pour ma part, je n'ai rien à dire ».

L'homme esquissa un bref sourire, comprenant parfaitement la réticence du jeune homme à son encontre.

- « Tu m'en veux n'est-ce pas ? C'est à cause de cette nuit ? »

- « A votre avis ? » Fit Harry sur un ton rude, tout en retirant sa main pour se caler au font de son siège.

Intérieurement, Voldemort soupira. Entretenir une véritable conversation avec le garçon n'allait pas être de tout repos !

- « Rappel toi, Harry, que tu t'étais engagé à t'offrir à moi. Ce qui c'est passé résulte ni plus, ni moins de l'accord que nous avions passé ensemble. Et puis… », Continua-t-il en se penchant légèrement, « Peux-tu nier y avoir pris du plaisir ? »

- « Ce n'est pas la question ! » Déclara immédiatement le jeune homme sur une pointe d'irritation.

- « Je crois au contraire que c'est là toute la question ». Répondit le Lord, amusé de la réaction pour le moins hostile qu'il avait de suite fait naître chez son jeune employé. « Tu peux te mentir à toi-même, Harry, seulement hier soir ton corps à parlé pour toi ».

- « Ce qui c'est passé n'était…n'était qu'une pur réaction physique ». Se défendit le garçon, devenu rouge de gêne. « En aucun cas, je ne vous désirez »

- « Vraiment ? » Interrogea Voldemort en esquissant un sourire devant tant de pudeur. « Dans ce cas, pourquoi éprouves-tu le besoin de te justifier ? »

Si un regard pouvait tuer, celui d'Harry aurait déjà fait des ravages monstrueux sur la personne de Lord Voldemort !

- « Vous ne pouvez pas savoir à quel point je vous déteste ». Prononça-t-il dans un murmure.

- «Tu dis ça parce que tu es en colère et je comprends tout à fait que tu le sois. Je ne peux décemment pas espérer que tu me fasses confiance, ni que nous partagions une certaine complicité alors qu'il est évident que je ne la mérite pas à tes yeux. Cependant, j'aimerais qu'en dépit du sort funeste auquel tu crois être réservé, tu relativise la situation. Ne vois pas seulement les mauvais côtés, mais prends plutôt ce que je peux t'offrir sans te soucier du reste. Laisse-moi prendre soin de toi ». Susurra-t-il d'une voix suave.

Loin de se laissait attendrir par ces douces paroles, le jeune homme contracta les poings.

- « Mais enfin, pourquoi faites-vous cela ? » Questionna-t-il déconcerté. « Vous avez eu ce que vous vouliez, alors pourquoi insister encore ? Pourquoi vous ne me laissez pas tranquille ? »

A cet instant, une once d'animosité traversa les sombres prunelles de l'homme.

- « C'est ça que tu aurais voulu ? Que je couche avec toi, puis que je te jette comme une vulgaire catin ? » Lança-t-il, d'un ton glacial. « Tu crois que tu compte si peu pour moi, Harry ? »

Le garçon ne répondit pas, incapable de prononcer ou de trouver les mots qu'il aurait souhaité communiquer.

- « Je suis conscient de cette loyauté que tu tiens à tout prix à conserver envers ton petit ami ». Poursuivit le Lord. « Mais crois-tu que cela puisse t'empêcher de ressentir une attirance, un désir refoulé envers quelqu'un d'autre ? » Demanda-t-il. « Regarde-moi droit les yeux, Harry, et dis-moi que jamais tu n'a imaginé entre nous une relation plus que professionnelle ou amical. Dis-moi que tu n'éprouve strictement rien pour moi ».

- « Je… »

Spontanément, le jeune homme ne put s'empêcher de repenser à ce rêve qui le laissait relativement perplexe, et dont les images fixement ancrées dans son esprit continuer à le tourmenter. Etait-ce une pure coïncidence si l'homme provenant de son inconscient était Voldemort, ou y avait-il une justification rationnelle à tout ça ?

Est-ce que le Lord avait raison en disant qu'il avait apprécié ce contact si intime entre leurs deux corps ? Ou tout ceci n'était que le résultat de pulsions qui l'avait conduit à répondre si favorablement aux caresses de son patron ?

Plus il cherchait, et plus il se perdait.

Pourtant, il y avait quand même une chose dont Harry était sûr. Bien qu'il est dû mal à identifier la nature de ses sentiments pour le Lord, il était néanmoins certain que ce dernier ne laissait pas indifférent.

Et c'était peut-être ça qui au font qui le troublait si profondément.

Difficilement, le garçon plongea un regard désemparé au creux des énigmatiques prunelles du Lord.

- « Je veux que vous me rameniez au manoir » Fit-il avant de s'enfermer à nouveau dans un mutisme.