PARTIE 4 : NOUS REVIENDRONS PLUS FORTS QUE JAMAIS
Chapitre 21
Publié le : 18 février 2014
Remerciements : tout particulièrement à Katuro pour ce chapitre. On en est arrivé à une correction en quatre couleurs, c'est vous dire combien il nous a donné du fil à retordre…
Et merci à vous tous, qui fidèlement chaque semaine, faites vivre cette histoire !
Notes : Vous trouverez Mrs Robinson de Simon et Garfunkel sur mon profil…
« Something in the way [he] knows
And all I have to do is think of [him]
Something in the things [he] shows me
I don't want to leave [him] now
You know I believe, and how ! »
[Something – The Beatles]
.
.
La frénésie des coulisses. Elle est toujours un peu la même, que ce soit derrière une scène ou un plateau TV. Ces gens au visage concentré et anxieux qui ont une tâche précise à accomplir et n'osent même pas songer aux conséquences en cas d'échec.
Un assistant de production était à ses côtés, stressé et professionnel.
C'était un samedi soir, deux semaines avant noël. Il était 7 heures du soir et il faisait un froid de canard dehors. Plus tôt, alors que Jack était en pleine séance de maquillage, le producteur était venu le saluer et lui avait confié qu'il espérait faire une audience de 7 millions. Au moins.
- Cinq minutes, lâcha l'assistant. Elle va vous annoncer juste après la séquence.
Jack lui répondit par un petit sourire absent. Pour ce type, ce n'était qu'une séquence vidéo comme une autre, utilisée par l'émission pour introduire la venue de Jack. Pour ce dernier, c'était avant tout un très bon souvenir. Il s'agissait d'un extrait d'une précédente émission TV à laquelle Ianto et lui avaient participé pour la promo du dernier album de Torchwood.
C'est parce que cette émission n'était pas tournée en direct et qu'ils pouvaient faire autant de prises qu'ils voulaient que Jack avait proposé à Ianto d'en profiter pour faire une petite surprise à Tosh. L'émission devait être diffusée le jour de l'anniversaire de celle-ci et il se trouvait que sa chanson préférée, Mrs Robinson de Simon and Garfunkel, s'interprétait en duo : deux voix et deux guitares. Jack n'arrivait pas à la cheville de Ianto en tant que guitariste mais avec de l'entraînement, il était capable de jouer le morceau en entier. Sur le plateau, avec la complicité de Ianto, il avait demandé à ce qu'on leur apporte deux guitares sèches. Assis sur le divan où ils étaient interviewés, ils s'étaient offerts un petit duo en le dédiant à Tosh.
And here's to you, Mrs. Robinson
Jesus loves you more than you will know
Wo Wo Wo
God bless you please, Mrs. Robinson
Heaven holds a place for those who pray
Hey hey hey – hey hey hey
...
Les producteurs de l'émission avaient été ravis. Le Maître avait applaudi et affirmé à qui voulait l'entendre que l'idée venait de lui. Tosh avait pleuré en les voyant. Tout le monde s'accordait à dire que ce duo avait été un des meilleurs moments télévisuels de l'année. En le revoyant, Jack sut pourquoi. La complicité entre Ianto et lui était évidente. Elle crevait l'écran. Chacun avait eu le sourire aux lèvres tout au long de la chanson et on entendait ces sourires dans leurs voix. Ils se regardaient sans cesse. Brièvement, Jack s'autorisa à émettre le vœu de revoir très vite les yeux de Ianto lui renvoyer de tels éclairs de complicité.
La séquence s'acheva sur un dernier regard et un dernier sourire entre les deux amants.
- Ça va être à vous, souffla l'assistant à Jack.
Dès que Marcia Tellman, présentatrice vedette de BBC One et ancienne amante du chanteur, aurait fini d'annoncer son arrivée, il devait faire son entrée. C'est pour cela qu'il se tenait à l'affût dans les coulisses, chaperonné par un assistant quasiment au garde à vous.
Il était l'invité vedette. Son interview devait durer environ 25 minutes et se terminerait avec l'émission.
La voix de Marcia, pleine d'un enthousiasme que Jack savait non feint, retentit dans le studio :
-Je sais combien vous l'attendez tous, dit-elle. Depuis des années, il défraye la chronique autant qu'il nous éblouit sur scène. Mais je crois que jamais depuis que Torchwood et lui sont devenus célèbres, nous n'avons autant eu envie d'entendre ses confidences. Mesdames et Messieurs, je vous demande un tonnerre d'applaudissements bien mérités pour JACK HARKNESS !
Jack se composa un sourire de circonstance, ironisa un salut militaire à l'intention de l'assistant – baby-sitter et s'élança sur le plateau d'une démarche de conquérant.
Marcia s'était levée pour l'accueillir, ils s'enlacèrent et se claquèrent deux bises outrancières. Il fut envahi par une odeur de parfum capiteux. Elle portait déjà le même quand ils couchaient ensemble. Jack songea à l'odeur douce des cheveux de Ianto dans lesquels il avait si souvent plongé le nez. Ça lui faisait souvent cela quand il rencontrait d'anciens amants. Non pas qu'il les comparait à Ianto. En tout cas, pas volontairement. C'était juste que tout semblait le ramener à lui, tout chez Ianto paraissait plus doux et plus agréable que chez les autres.
« Tout me ramène à toi qui m'en semble écarter » songea Jack. Et s'il était mort, seigneur, s'il était mort... Chaque instant comme celui-ci aurait été une torture.
Jack se détacha de Marcia pour saluer les spectateurs qui lui réservèrent une véritable ovation. Il leur adressa son premier véritable sourire depuis qu'il avait quitté l'Écosse le matin même.
Puis il prit place en face de la jolie brune sur un canapé en velours rouge.
Marcia prit immédiatement ses mains dans les siennes.
- Jack... soupira-t-elle d'un ton dramatique. Laisse-moi d'abord te dire quel plaisir c'est de te revoir. Pour nous tous.
- Tout le plaisir est pour moi, Marcia, sourit Jack.
Elle prit un air faussement modeste.
- Ces dernières semaines ont été une suite si incroyable d'événements que c'est difficile de savoir par où commencer, attaqua la présentatrice. Certes, des événements dramatiques ont eu lieu mais ce qui marquera surtout les esprits, je crois, c'est la véritable tempête médiatique qui a suivi.
Jack hocha la tête avec sérieux.
- Je doute qu'un seul de nos téléspectateurs ignore encore les détails de cette affaire, mais pour plus de clarté, on va reprendre les choses dans l'ordre, si tu veux bien.
Des images commencèrent à défiler sur l'écran géant derrière eux, montrant surtout des couvertures de tabloïds aux titres provocateurs. On y percevait tout d'abord l'excitation manifeste des journalistes face à la nouvelle de l'hospitalisation de Ianto et surtout à la découverte qu'il y avait été admis suite à une blessure par balle. Puis, le vent avait changé de direction le jour où les photos sans équivoque de Jack et Ianto partageant un moment de tendresse avaient été publiées. Si l'éditeur initial pouvait se voir reprocher beaucoup de choses, il était plutôt gay-friendly et avait présenté ces images comme celles d'une sympathique romance. D'autres avaient été beaucoup moins tendres. Puis, un paparazzi avait réussi à convaincre Rhiannon Davies, la sœur de Ianto, de lui accorder une interview. Cela avait jeté le feu aux poudres. Maladroite et sûrement impressionnée par son interviewer, la galloise avait manifestement laissé la situation lui échapper. Sur une double page, dans un magazine à scandale à la mode, s'était étalé un tissu d'inepties présentées comme sortant de sa bouche. Dans le désordre, elle mettait sur Jack la responsabilité de ce qui était arrivé à son frère, parlait de manipulations, de pots-de-vin et d'agression sexuelle…
Une vraie tempête médiatique avait alors fait rage, éclipsant presque la tentative de meurtre. Ianto, plus furieux que Jack ne l'avait jamais vu, avait passé le savon du siècle à sa sœur, hurlant et jurant en gallois dans le téléphone, lui certifiant sur tous les tons que toutes relations étaient finies entre eux et la maudissant sur 5 générations. La jeune femme avait réclamé une contre-interview qui avait légèrement calmé les esprits.
Très légèrement.
Puis on s'était inquiété de la « disparition » de Ianto et du reste du groupe depuis que le guitariste était sorti de l'hôpital. Beaucoup de fans avaient manifesté leur sympathie et leur inquiétude pour Ianto. C'est ce qui les avait poussés à sortir du silence. Ces fans qui leur envoyaient des messages plein d'anxiété, demandant simplement un signe pour savoir si Ianto et les autres allaient bien.
C'est pour eux que Jack avait accepté l'invitation de Marcia, comme il le lui expliqua très calmement tout en lançant de temps en temps des regards lourds de mépris aux couvertures de presse tapageuses.
- Se faire tirer dessus est un drame, dit-il. Voir quelqu'un se faire abattre de sang froid alors qu'on le croyait en sécurité en est un aussi, largement moindre, mais réel, tu peux me croire. Ianto, Tosh, Gwen, Owen, moi-même et notre entourage avions besoin de calme et de repos. Nous n'avons rien fui du tout. Nous sommes partis au vert pour nous reposer. Et je ne pense pas qu'on puisse nous reprocher de ne pas avoir répondu à toutes ces horreurs qui ont été dites dans cette presse qui ne mérite même pas d'en porter le nom. Nous n'avons pas à nous justifier. Nous n'avons aucun compte à rendre à qui que ce soit. Je suis sûr que ceux qui apprécient notre musique auront l'intelligence de comprendre que ce que Ianto et moi faisons et vivons dans le privé ne change strictement aux musiciens que nous sommes. Et à ceux qui ne l'aime pas, j'ai juste envie de dire qu'en tout état de cause, je ne vois vraiment pas en quoi cela vous concerne.
Marcia lui demanda s'ils avaient fait le choix d'afficher leur relation, sous-entendant à demi-mot qu'ils étaient conscients d'être photographiés ce jour-là, à l'hôpital.
- Nous aurions préféré attendre encore un peu, quelques mois, quelques années, prendre notre temps, mais que voulez-vous : nous sommes Torchwood ! répondit Jack. Et l'invasion de notre vie privée fait partie du job, aussi désagréable et frustrant que ça puisse être. C'est d'ailleurs tellement le cas en ce moment que j'ai l'impression de bosser 24h/24, alors que je suis censé me reposer, c'est juste atroce. Et le pire, c'est que je ne sais pas ce qu'on attend de moi au juste : quand je cumulais les aventures, on s'en amusait et on se fichait bien de savoir si je voulais que mes affaires de fesses se sachent ou pas, du moment que ça faisait vendre du papier. D'une couverture à l'autre, je passais du salaud au bourreau des cœurs, j'en avais le tournis. Et maintenant que j'ai une relation sérieuse avec un homme que j'aime profondément et avec qui j'envisage de passer le reste de ma vie, on me retombe dessus et les jugements redoublent ! Vous voulez quoi ? Une « relation sérieuse » par semaine ? En plus, j'ai toujours affiché ma bisexualité, et les journaux se sont éclatés à le rappeler à toutes les occasions, alors qu'on vienne me reprocher maintenant d'aimer un homme... Sérieusement, vous voulez quoi ? Je l'aime, et je ne demande l'avis de personne. Et surtout pas celui de la presse.
Marcia avait l'air quelque peu mal à l'aise. En effet, elle-même était journaliste et elle-même avait été une des relations de Jack qui avait fait un peu couler d'encre. En cet instant, elle était comme l'illustration même de l'expression « avoir le cul entre deux chaises ».
Après un léger instant de flottement, elle sembla décider que la meilleure option était encore d'amener la discussion sur un terrain un peu moins dangereux.
- Est-ce que tu pourrais nous raconter exactement ce qui s'est passé, ce fameux jour après votre concert à la Wembley Area ? reprit-elle. On a entendu tellement de versions qu'on pourrait presque écrire un livre avec. Tu te doutes bien que tout le monde n'a qu'une envie : entendre ce récit de ta bouche.
Jack hocha la tête à son tour.
- Le concert était terminé depuis une dizaine de minutes, commença-t-il. Nous étions dans un salon, dans les loges. Ianto et moi discutions au fond de la salle et Owen était allongé sur un canapé près de l'entrée. Tosh venait de nous rejoindre et Ianto s'était approché de la table pour lui servir quelque chose à boire. J'ai senti une présence à l'entrée de la pièce. Et il y avait ce type.
- Comment était-il ? demanda Marcia, avide de détail.
- La quarantaine, tout ce qu'il y a de plus banal. Il avait l'air d'avoir couru. J'étais étonné de le voir là. Je lui ai demandé « Qui êtes vous ? » ou quelque chose du genre. C'est là qu'il a plongé sa main dans sa poche, a sorti son arme et tiré sur Ianto. Il était à une dizaine de mètres de lui. Je crois que Ianto ne s'est pas vraiment rendu compte qu'il était visé. Mais moi, j'ai vu la direction du regard de ce … de ce type.
Il avait eu envie de dire « fils de pute » mais le producteur de l'émission l'aurait probablement écorché vif pour ça.
- Je n'ai pas réfléchi, poursuivit-il. J'ai simplement bondi pour écarter Ianto de sa ligne de mire. Malheureusement, je n'ai pas été assez rapide et la balle a traversé le côté de son crâne. Ici.
Il fit un geste sur sa propre tête pour illustrer son propos.
- Nous nous sommes retrouvés tous les deux par terre. Pendant que des membres du staff s'occupaient du tireur, Owen et moi nous sommes rendus compte que Ianto était inconscient et qu'il saignait. C'est Tosh qui a appelé l'ambulance. Je ne sais plus exactement combien de temps elle a mis à arriver. Ils ont pris Owen avec eux puisque c'est lui qui essayait d'endiguer l'hémorragie et qu'il était le plus calme d'entre nous.
- Qu'est-ce que tu ressentais ? demanda Marcia.
Jack la regarda dans les yeux.
- C'était comme si quelqu'un avait arraché une partie de ma poitrine avec ses ongles. J'avais mal, physiquement. J'étais terrorisé. Les premiers instants, il était si raide que j'ai cru qu'il était mort. Franchement, j'aurais pu en devenir fou. C'était si brutal, si ignoblement brutal. Puis Owen m'a dit qu'il vivait encore. Alors là, il n'y avait plus qu'une chose qui comptait : il fallait qu'il vive. Je l'ai supplié de s'accrocher. Quand les ambulanciers l'ont emmené, j'ai continué mentalement. J'étais vraiment avec lui. Chacune de mes pensées lui était destinée. Pour te dire la vérité, j'ai même passé un marché avec Dieu, alors que je ne suis même pas vraiment sûr de croire en Lui. Ianto dit toujours « laisse Dieu en dehors de ça ». Il le dit en toute occasion, rit Jack. Je commence vraiment à croire qu'il a raison.
- Quel était ce marché ? demanda Marcia.
- Ça, c'est quelque chose entre le Grand Horloger et moi, répondit Jack avec un sourire, en désignant le plafond du doigt. Mais Ianto a survécu et j'ai tenu ma promesse.
Marcia n'insista pas.
- Et combien de temps... Combien de temps avez-vous attendu avant d'avoir l'assurance qu'il allait vivre ?
- Je n'avais aucune idée du temps. On nous avait mis dans une de ces pièces à l'hôpital où on fait patienter les familles. D'après Gwen, ça a duré plus de quatre heures.
- Et ensuite ?
- Il était dans le coma. Owen et moi l'avons veillé jour et nuit. On lui parlait, on lui passait les Beatles, Tosh lui jouait de la guitare, Gwen lui chantait ses chansons préférées – je ne serais pas étonné qu'il soit resté quelques jours de plus dans le coma à cause de ça, plaisanta Jack.
Le public, jusque-là tellement suspendu à ses lèvres qu'on aurait pu entendre une mouche voler, fut partagé entre rires et exclamations scandalisées.
- Il est revenu à lui au bout de quatre jours, poursuivit Jack. Au départ, il était incapable de parler ou de comprendre ce qu'on lui disait. Pour moi, c'était déjà flippant, j'ose à peine imaginer ce qu'il a ressenti. Et en plus de ça, il est aveugle. Essayez de vous mettre cinq minutes à sa place, dit Jack en fixant la caméra qui le filmait. Vous vous réveillez, couché dans un lit, complètement aveugle, on parle autour de vous mais ça ressemble à une vague langue totalement inconnue et la dernière chose dont vous vous souvenez, c'est un flingue braqué sur vous... Est-ce que ça n'a pas tout du cauchemar ? Heureusement, il reconnaissait les voix à défaut de comprendre ce qu'elles disaient. Il a reconnu la mienne et celle d'Owen et ça l'a rassuré.
- Ça a duré longtemps cette pathologie qui l'empêchait de communiquer ?
- On appelle ça l'aphasie, lui expliqua Jack. Non, pas très longtemps, heureusement. Il s'est réveillé tôt dans la matinée et le soir même, il comprenait des phrases simples. Le lendemain, il pouvait tenir une conversation même s'il avait du mal à trouver ses mots.
- Et ses yeux ?
- Les médecins appellent ça une cécité corticale. Apparemment ses yeux, comme son nerf optique n'ont subi aucun dommage, mais son cerveau a reçu un choc si violent qu'il a des ratés et les informations captées par les yeux ne parviennent pas à être traitées. Il n'y a rien d'autre à faire qu'attendre. Ça peut revenir d'un instant à l'autre.
- Comment est-ce qu'il prend les choses ? demanda Marcia.
- Le mieux, ce serait de le laisser vous l'expliquer lui-même, suggéra Jack avec un grand sourire.
Le public poussa des exclamations excitées.
- C'est vrai qu'en excellent invité que tu es, tu n'es pas venu les mains vides, expliqua Marcia. Et nous avons en régie une vidéo que Ianto a tenu à enregistrer et où il s'adresse à ses fans et à tous ceux qui ont manifesté de l'inquiétude ou de la sympathie pour lui.
Apparemment spontanément (mais Jack soupçonnait le chauffeur de salle de ne pas y être étranger), le public se mit à applaudir.
Marcia leur adressa un sourire.
- Je vous propose de l'écouter dès maintenant.
Et la vidéo fut lancée sur les écrans géants, toujours sous les applaudissements.
Le visage souriant de Ianto apparut à l'écran, impeccablement cadré par Tosh. Il fixait un point pas très éloigné de la caméra.
Jack n'avait pas vu la vidéo et ressentit une joie presque déplacée en le voyant. Il l'avait laissé en Écosse il y avait cinq heures à peine.
- Salut à tous, commença Ianto. Salut Marcia et salut à toi, Jack !
Le sourire de Ianto se fit un instant mutin.
Je t'adore, songea Jack.
- C'est difficile de savoir par où commencer, poursuivit le Gallois, je pense que le mieux est de vous parler de la raison pour laquelle je suis devant cette caméra en train de m'adresser virtuellement à vous. J'ai reçu vos nombreux, très nombreux messages. Notre maison de disque nous en envoie à peu près deux cartons tous les matins, avec la régularité d'une horloge. Et tous les matins, avec Tosh qui se cache en ce moment même derrière la caméra (il lui fit un petit coucou de la main), on en choisit une dizaine au hasard et on fait un atelier lecture. C'est-à-dire qu'elle me les lit et que je l'écoute bien sagement. Vous êtes tous incroyables. Je ne sais comment vous expliquer à quel point tous ces messages, chacune de vos phrases toujours adorable, drôle et intelligente, me touchent au plus profond de moi. Je ne sais vraiment pas comment, mais on dirait que je vous ai touché aussi d'une certaine manière et ça m'émeut plus que je ne saurais vous dire. Si chaque matin, je peux commencer la journée avec un entrain perpétuellement renouvelé, croyez-moi, c'est grâce à vous. Mais je sais aussi que beaucoup d'entre vous s'inquiètent. Il y a eu ce passage à l'hôpital et puis ces photos où on me voit avec un foulard comme celui que je porte en ce moment même...
Il passa sa main sur le tissu qui ornait son crâne.
- Alors pour le foulard, reprit-il, c'est de la pure coquetterie.
Il repassa sa main, entraînant cette fois-ci le foulard dans le mouvement, dévoilant un crâne sur lequel ses cheveux étaient en train de repousser. On était encore loin des petites bouclettes qu'adorait Jack, mais elles étaient bien parties pour revenir…
- On m'a rasé la tête à l'hôpital, juste par commodité. Et le crâne chauve, ça me met très mal à l'aise. Ça me donne une impression de vulnérabilité. C'est pour ça que je me déguise en pirate. Je ne suis pas malade, je ne subis pas de chimio-thérapie et je m'excuse auprès de ceux qui suivent un tel traitement et qui connaissent l'angoisse de perdre leurs cheveux...
Il s'interrompit un instant.
- Alors, pourquoi ce crâne rasé, me direz-vous ? Et pourquoi ce drôle de regard fixe ? Eh bien, comme vous le savez sûrement déjà tous, on m'a tiré une balle dans la tête. Qui a entraîné une cécité, pas des plus agréables, mais j'apprends à vivre avec. Je m'en sors plutôt bien. Vous devez savoir que je suis merveilleusement bien entouré. J'ai même commencé à apprendre le braille. Si certains d'entre vous le maîtrisent et auraient envie de m'écrire un petit mot, ça serait avec un immense plaisir que je m'emploierai à déchiffrer votre prose ! Que vous dire de plus ? Je vais bien. Vraiment. Il ne faut surtout pas vous en faire pour moi. J'ai eu et j'ai toujours une chance folle. Et je la savoure chaque jour. Je suis en vie, j'ai un compagnon merveilleux, des amis formidables, une chance fabuleuse de pouvoir vivre de ma passion. Croyez-moi, je suis loin, très loin d'être à plaindre. Beaucoup d'entre vous me parlent dans vos courriers de tout ce qui a été dit dans les médias à propos de moi et de Jack. J'ai juste envie de vous dire : ne faites pas attention à ça. Je sais que beaucoup y voient des relents d'homophobie et que ça vous hérisse le poil. Vous avez sûrement raison et je vous remercie de vous indigner. C'est grâce à des personnes comme vous que l'homosexualité sera un jour considérée par tous comme ce qu'elle est, c'est-à-dire quelque chose de parfaitement banal qui ne mérite pas qu'on se retourne dessus. Je pense pouvoir parler au nom de Torchwood pour vous dire que nous sommes fiers d'avoir des fans comme vous. Vraiment fiers. Pour l'instant, j'ai encore besoin d'un peu de repos et de calme. Mais dès que j'en serai capable, aveugle ou pas, je vous promets qu'on se retrouvera pour cette tournée qui ne restera pas inachevée. Je vous remercie du fond du cœur, chacun d'entre vous ! A très bientôt !
Il adressa un sourire rayonnant à la caméra et la vidéo prit fin.
Les applaudissements reprirent de plus belle
- Incroyable, fut le commentaire de Marcia.
- Il l'est, crois-moi, renchérit Jack.
Marcia sourit.
- Comme l'a demandé Ianto, dit-elle, la vidéo va être mise en ligne sur le site internet de BBC One. Elle sera mise aussi en ligne sur le site officiel de Torchwood, si je ne m'abuse, Jack ?
- Tout à fait. Elle sera postée dès la fin de l'émission.
- Vous recevez vraiment deux cartons de lettres chaque jour ?
- Absolument, confirma Jack. Quelquefois plus. Tous les matins, j'ai l'impression de me retrouver dans cette scène dans le début d'Harry Potter à l'école des sorciers où les hiboux noient la maison des Dursley sous des centaines de lettres !
Marcia éclata de rire.
- Il affiche une telle sérénité, dit-elle. Je l'envie. Comment fait-il ?
- Il est serein depuis son réveil, expliqua Jack. Il prend tous ces événements avec tellement de philosophie que je me demande s'il ne fume pas la moquette en cachette !
Il rit.
- J'ai une réelle admiration pour lui, reprit Jack en retrouvant son sérieux. Pour son calme, son courage, ses efforts pour préserver ceux qui tiennent à lui et pour prendre du recul. De nous tous, je crois que c'est lui qui ressent le moins de colère envers le tireur.
- Justement, ce tireur, parlons-en, dit Marcia en sautant sur l'occasion. Qui est-ce, Jack ? Et surtout, pourquoi mais pourquoi avoir fait une chose pareille ?!
- Je connais son nom mais je ne peux pas vous le dévoiler par respect de la présomption d'innocence. Pour moi, ce ne sont que des foutaises, avoua Jack. Il n'y a pas de présomption d'innocence qui tienne quand je l'ai vu de mes yeux faire feu... Mais Ianto m'a fait promettre de ne pas lâcher le nom de ce type à la télé. Il m'a dit, je cite : « pas de nom, pas de prénom, pas d'initiales, pas d'anagrammes, pas de jeux de mot ». Il me connaît bien, tu vois... Du coup, je suis coincé. De toute façon, vous l'apprendrez bien assez tôt. Il va y avoir un procès, évidemment. Pour ce qui est de ses motivations, nous touchons là au nœud du problème, tu t'en doutes. Cet homme se prétend fan de Torchwood. Les véritables fans apprécieront. En réalité, il est surtout fan d'une personne et c'est là que le bât blesse. Il s'agit de Suzie Costello.
Une sorte de frisson parut parcourir le public.
- Suzie et lui se sont rencontrés de nombreuses fois. Elle se servait de lui comme d'une sorte de journal intime humain et lui enregistrait tout, apparemment à son insu. Vous devez savoir que bien qu'elle soit partie de son plein gré, Suzie a eu beaucoup de mal à accepter qu'une page se tourne et je pense qu'elle traverse actuellement une dépression. Elle a fait de Ianto le responsable de tous ses problèmes et s'est épanché plus que de raison sur cette question. Expliqua Jack en appuyant avec ironie sur le terme « épanché ». Alors que dans cette affaire, Ianto est bien le seul qui ne soit pas à blâmer, poursuivit-il. Il n'est pour rien dans la décision qu'elle a prise en toute connaissance de cause de quitter le groupe. Il n'a jamais rencontré Suzie. Il est arrivé après. Nous avions besoin de quelqu'un, nous l'avons recruté. Pourtant, elle a dirigé contre lui une colère irrationnelle qui a comme imprégné ce type.
- Et c'est pour ça qu'il … dit Marcia, tellement sidérée qu'elle ne put finir sa phrase.
Jack hocha la tête.
- Il voulait lui faire plaisir. Elle a été mise en garde-à-vue mais aucune charge n'a été retenue contre elle. Elle sera sûrement appelée à témoigner lors du procès mais le tireur sera seul dans le box des accusés.
Jack marqua une pause.
-Bien sûr, chacun est libre de se faire son opinion sur les tenants et les aboutissants de cette affaire…
- C'est terrible, absolument terrible, souffla Marcia, qui ne parvenait pas totalement à cacher l'air avide que les révélations de Jack lui avait donné. Ianto est passé à deux doigts de devenir un second John Lennon, remarqua-t-elle.
- Sauf qu'on ne pouvait pas reprocher à Ianto ce que Chapman reprochait, à tord ou à raison – je ne veux surtout pas entrer dans ce débat – à John Lennon. Ianto est une bénédiction pour Torchwood. Nous n'avons jamais été aussi unis que depuis son arrivée. Il nous transmet un peu de sa sérénité et de son pragmatisme et surtout, il met son incroyable talent à notre service. Ianto Jones est l'homme qu'il nous fallait. Et je l'ai senti dès que je l'ai rencontré. C'est indépendant des sentiments que j'ai pour lui. Vouloir le tuer, c'est vouloir la mort de Torchwood, ni plus ni moins. Je pèse mes mots.
Marcia resta silencieuse un instant.
- Dieu merci, il est vivant, dit-elle finalement.
- Laisse Dieu en dehors de ça, rit Jack.
- Ah oui, c'est vrai, j'oubliais, sourit la présentatrice en entrant dans son jeux. Hé bien, tu viens de largement nous donner de quoi cogiter, Jack… Et en attendant de remplir la promesse de Ianto de remonter sur scène, je peux te demander, pour les deux minutes qui nous restent, quels sont vos projets pour les fêtes qui arrivent ?
- Nous allons les passer là où nous nous trouvons actuellement, en petit comité, autour d'un bon feu avec guitares et chocolat chaud. Quelque chose de simple et de chaleureux, au milieu des personnes que j'aime, c'est le mieux qu'on puisse me souhaiter, répondit Jack.
- Je suis un peu jalouse, sourit Marcia. Je n'ai plus qu'à te souhaiter un excellent Noël, Jack et à te remercier encore pour l'honneur que tu nous as fait en étant avec nous ici ce soir et en nous accordant l'exclusivité des révélations que tu viens de faire…
Jack lui répondit d'un sourire.
- Et on se quitte sur des images inédites, celles d'un des premiers concerts de Torchwood avec Ianto, enregistrées à Seattle en juillet dernier. Je vous souhaite un très joyeux Noël à toutes et tous, merci pour votre fidélité à cette émission et à BBC One et à très bientôt !
Les caméras coupèrent mais l'extrait du concert fut tout de même diffusé sur les écrans géants pour le public présent sur le plateau. Jack le regarda avec attention puis s'attarda pour saluer le public pendant que Marcia rejoignait les coulisses et que des assistants envahissaient le plateau.
Puis il rejoignit sa loge, pressé de se faire retirer le maquillage de télévision pour pouvoir quitter les studios et rejoindre l'avion qui l'attendait pour le ramener en Écosse.
Contrecarrant ses plans, Marcia débarqua dans la loge et congédia d'un ton sans réplique la maquilleuse qui avait commencé à s'occuper de Jack.
- Tu tiens vraiment à ce que je passe la soirée déguisé en face de citrouille ? soupira Jack en prenant le coton abandonné par la jeune femme pour poursuivre le travail lui-même.
- Ça fait plaisir de te revoir, Jack, dit la présentatrice en s'asseyant sur le plan de travail, ce qui la plaçait en hauteur, face à Jack.
Ce dernier haussa un sourcil.
- Je le sais, tu l'as déjà dis.
Elle lui offrit un sourire coquin.
- Oui, mais là je te parle sans témoin. Je me disais que ça te dirait de finir la soirée chez moi, en souvenir du bon vieux temps, offrit-elle.
Jack lui jeta un regard en biais.
- Arrête-moi si je me trompe, tu es vraiment en train de me proposer ce que j'ai l'impression que tu me proposes ?
Elle lui fit un clin d'œil.
- Sérieux ? reprit Jack. Après les confidences que je viens de te faire, i peine quelques minutes avec tout le Royaume-Unis pour témoin ?
- Quelle importance ? dit-elle.
- Oh, parce que tu crois que je suis dans ce genre d'état d'esprit, franchement ?! Je viens de te parler de meurtre et de trahison. Ce n'était pas du cinéma ! Tu ne peux pas balayer ça d'un revers de la main et t'amener tout sourire en me proposant un petit cinq à sept !
- Ne joue pas à la pucelle outragée, ça te va tellement mal… Je peux te faire oublier tes contrariétés si tu veux. Je sais quel genre d'homme tu es, Jack.
- Vraiment ? Développe, je suis curieux.
- Tu es un homme magnifique, qui ne saurait refuser les propositions indécentes d'une femme magnifique, elle aussi. Tu aimes profiter des rares choses agréables que la vie a à offrir sans t'embarrasser de scrupules ou d'arrière pensée.
- Et Ianto, qu'est-ce que tu en fais ?
Marcia commença à montrer des signes d'impatience.
- Qu'est-ce qu'il y a Jack, tu as décidé de t'acheter une conscience ? C'est parce que le gamin est infirme, tu te sens coupable de t'amuser pendant qu'il erre dans le noir ? ironisa-t-elle d'un ton qui avait perdu toute trace de chaleur.
- C'est pas une histoire de conscience, répliqua Jack en la toisant malgré sa position plus base. C'est que tout parait tellement fade à côté de lui.
Marcia eut un grand rire.
- Oh, je t'en prie ! Je reconnais qu'il est mignon comme tout. D'ailleurs j'en ferais bien mon quatre heures moi aussi. Mais de là à lui jurer fidélité... Franchement, pas toi, Jack !
L'intéressé ne répondit pas, préférant s'inspecter dans le miroir. Jugeant le résultat satisfaisant, il jeta le coton dont il s'était servi dans une poubelle et se leva pour enfiler son manteau bleu.
Marcia se leva à son tour.
- Je me disais aussi ! dit-elle. Au fait, j'ai déménagé, j'habite...
- Tant mieux pour toi, l'interrompit Jack. Tu m'excuseras mais j'ai un avion qui m'attend.
- Un avion pour aller où ? demanda-t-elle stupidement.
- Chez moi. A l'abri de tout ça, dit-il en embrassant la pièce d'un ample geste de la main. Je n'ai pas à te faire de leçons de morale mais je … Tout ce cirque médiatique, toute cette hypocrisie me dégoûte. A plus, Marcia.
-Tu es gonflé de parler d'hypocrisie, lâcha-t-elle d'un ton neutre.
Il se retourna pour la dévisager.
-Pour ce que je peux en juger, tu es un bon musicien, Jack. Vous êtes tous de bons musiciens. Mais reconnais au moins que Torchwood n'aurait pas reçu un dixième du succès que vous connaissez si la presse ne s'était pas autant passionnée pour toi. Regarde-moi dans les yeux, et ose mentir en me disant que tu n'en as jamais joué.
Jack poussa un profond soupir.
-J'en joue sans vergogne. Tu es contente ?
Elle haussa les épaules.
-Vas-y, souffla-t-elle. Va le rejoindre. Est-ce qu'on reste amis ?
-Bien sûr.
Ils se séparèrent sur un sourire un peu crispé.
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Il était deux heures du matin quand la voiture que conduisait Jack passa enfin le portail qui protégeait son manoir chéri.
Le chanteur rejoignit la porte d'entrée au pas de course, salua le vigile de nuit qui depuis un fauteuil dans la loge de l'entrée, surveillait les alentours par le biais de caméras de surveillance. Estelle passait son temps à chouchouter les vigiles et Jack avait beaucoup ri au début en les voyant hésiter à accepter les tasses de thé, petits gâteaux et autres cakes qu'elle leur apportait à longueur de journée.
La maisonnée semblait endormie mais Jack vérifia tout de même le grand salon du rez-de-chaussée dans lequel ils avaient l'habitude de passer leurs soirées. Il y trouva un Owen assoupi devant une tasse de thé refroidie. Jack prit place à ses côtés, ce qui réveilla le batteur.
- Salut, dit l'Écossais d'une voix pâteuse.
- Hey, répondit Jack. Qu'est-ce que tu fais encore là ?
- T'attendais. Pas sommeil.
Jack haussa un sourcil.
- T'as une petite mine. Quelque chose te contrarie ?
Owen ne répondit pas.
- J'en conclus que oui, déduisit Jack.
- Ianto va bien, le rassura immédiatement Owen.
Jack l'en remercia d'un sourire.
Ils se regardèrent en silence un long moment.
- Demain, peut-être, dit finalement Owen.
- D'accord, dit simplement Jack. Essaie de dormir dans un lit en attendant.
Ils firent un crochet par la cuisine pour y déposer la tasse non bue d'Owen puis se séparèrent dans les escaliers, Jack s'arrêta au premier pendant qu'Owen montait jusqu'au deuxième étage.
Jack pénétra le plus silencieusement possible dans sa chambre plongée dans la pénombre, abandonna ses vêtements à même le sol et se coucha avec bonheur dans le lit tiédi.
Il prit Ianto délicatement dans ses bras et sentit ce dernier se retourner presque aussitôt pour lui faire face.
- Tu es là, lui sourit Ianto.
Jack fourra son visage dans le coup du Gallois.
- Je t'ai manqué ?
- Évidemment, répondit Ianto. Je voulais t'attendre mais Owen m'a envoyé au lit comme un ado récalcitrant. Il était d'une humeur de chien enragé ce soir.
- Je sais, je l'ai trouvé en rentrant. Ne t'en fais pas, je m'occuperai de ça demain. Pour l'instant, je suis trop content de te retrouver. Tu sens tellement bon, mon amour...
Ianto rit.
- Je t'ai écouté, dit-il. C'était magnifique ce que tu as dit à propos de moi, de nous.
Jack l'embrassa.
- C'était absolument sincère. Et toi aussi, tu étais magnifique. J'étais très ému en voyant cette vidéo.
- Pourquoi ?
- Je n'en sais rien. C'est toi, ton sourire, ta douceur, ta gentillesse. Je me disais que même si je ne te connaissais pas, je saurais rien qu'en t'écoutant que tu es un mec formidable.
- Merci, sourit Ianto.
- Tu ne m'en veux pas pour ce que j'ai dit sur Suzie ?
Ianto soupira.
-Franchement, Jack... soupira Ianto. Je ne suis pas en colère mais je ne suis absolument pas d'accord avec toi et …
Il marque une pause comme pour choisir ses mots et Jack lui caressa les cheveux.
- Tu ne t'es pas laissé emporter, pas vrai ? reprit Ianto. Tout ce que tu as dit était sciemment préparé à l'avance.
C'était une affirmation, pas une question.
- C'est pour ça que j'avais peur que tu m'en veuilles. J'avais promis à cette salope de faire de sa vie un enfer…
- Tu l'as jetée en pâture aux loups, Jack, souffla Ianto avec un air désolé.
- Que tu puisses t'inquiéter pour elle continue à me sidérer.
- C'est comme si tu avais ordonné aux paparazzi de la traquer ! Et les fans… Tu te rends compte du pouvoir que tu as, hein ?
- Hum, hum.
- Je trouve ça terrifiant. Machiavélique et terrifiant.
- Donc, tu es fâché.
- Non. En tout cas, ce n'est pas le bon terme. Je ne suis pas d'accord avec la fin, ni avec les moyens. Je n'aime pas le fait que tu aies, pour ainsi dire, parlé en notre nom. Puisque personne ne saura que Tosh et moi, nous avons une opinion totalement différente sur Suzie. Mais on ne va pas repartir sur ce débat sans fin, hein ?
- J'aurais fait bien pire s'il n'y avait pas eu Tosh et toi. Surtout toi, souffla Jack comme un aveu. Bien, bien pire.
Ianto soupira.
- Et maintenant ?
- Je vais juste observer avec quelle efficacité la machine de l'implacable opinion publique peut broyer une vie. Et m'en délecter. Désolé, ajouta Jack en voyant l'expression de Ianto.
-Je n'arriverai pas à te convaincre à propos de ce que je pense d'elle et tu n'arriveras pas à me convaincre non plus, soupira Ianto. Au fond, je te comprends. Si je pensais comme toi, j'aurais sûrement fait la même chose. Je n'ai pas envie d'être en colère contre toi parce que je ne veux pas que cette histoire vienne se mettre entre nous. Mais maintenant que tu as eu ta petite vengeance, lâche l'affaire, d'accord ? Il va y avoir le procès et ce sera suffisamment douloureux comme ça… Owen et toi, passez à autre chose. Sinon, ça va être une source de conflits infinis… Tu le sais aussi bien que moi.
-Je ne la laisserai pas nous diviser, lâcha Jack.
-On peut voir les choses comme ça.
Ils restèrent un moment silencieux.
- Ça s'est bien passé à Londres ? demanda finalement Ianto dans un effort louable pour changer de conversation et alléger l'atmosphère.
- Je n'avais qu'une envie, c'est de rentrer, avoua Jack. Et Marcia m'a rendu furieux après l'émission.
- Qu'est-ce qu'elle a fait ?
- Elle m'a fait du rentre-dedans. Du genre peu subtil.
- Ah bon ?
L'anecdote avait curieusement l'air de l'amuser. Mais pour une fois, Jack n'avait pas envie d'en rire.
- Je me suis soudain senti con d'avoir appartenu à cette catégorie de personnes qui croient dur comme fer que les sentiments sont des conneries juste bonnes à exciter les adolescentes, lâcha-t-il. Elle m'a écouté avec un petit air attendri dire au pays tout entier que je suis fou de toi et voilà qu'elle vient me trouver un quart d'heure plus tard pour me proposer un petit plan cul « sympa ».
Ses bras se resserrèrent autour de Ianto.
- Tu crois que les gens pensent que je ne suis pas sincère ? demanda-t-il.
Ianto, étonné de l'entendre exprimer de l'insécurité sur ce sujet, l'embrassa sur le front.
- Peut-être, répondit-il. Et alors, qu'est ce qu'on en a à foutre ?
Jack eut un petit rire.
- Merci.
- Pourquoi ?
- Tu remets tellement bien les choses en perspective, c'est génial de t'avoir auprès de moi.
- Tu l'as souvent fait pour moi.
- On se complète.
- Oh, ça oui ! Toi les muscles, moi les méninges, hein ?
Cédant enfin à l'amusement, Jack lui envoya une bourrade.
- Qu'est-ce que tu sous-entends là, Ianto Jones ?
Seul un rire amusé lui répondit.
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LA SEMAINE PROCHAINE … C'est là que ça va devenir vraiment coquin ! Puis Owen dévoilera les causes de sa mauvaise humeur et trouvera un soutient inattendu…
Hi everybody ! J'espère que vous avez aimé ce chapitre. On s'approche doucement mais sûrement de la fin, je commence à devenir mélancolique. Mais je suis plongée dans mon histoire de crossover en ce moment, donc ça va.
Sinon, qui a regardé Broadchurch hier ? Il parait que ça a fait une très bonne audience. Tout de même, en VF on loupe le plus intéressant : l'accent écossais de David Tennant …
Bonne semaine à vous tous, see you soon !
