- Désolé, lui répondit un chœur un peu désaccordé.
Elle continua sans répondre, décidé à être efficace.
- Ou sinon on va y être jusqu'à la nuit des temps ! Donc on a conclu que les elfes ont une magie à eux, qu'elle est plutôt puissante et très différente de la magie humaine, mais que ça n'était pas tout à fait assez pour leur… cycle. D'abord, s'ils veulent avoir des enfants, il faut qu'ils se trouvent une source de magie extérieure, plus forte que la leur, pour nourrir la croissance de l'enfant. Ensuite, et on va y revenir, ils ont besoin d'un apport supplémentaire pour leur croissance personnelle.
- Ce qui veut dire… ? risqua Hermione.
- Ce qui veut dire, reprit Ginny en la foudroyant du regard, que pendant des centaines d'années, les elfes ont cherché des lieux propices où s'installer pour fonder une famille : ponts, ruines, clairières consacrées, forêt maudite, etc… et d'une façon assez ironique, alors que les sorciers cherchaient de plus en plus de lieux abandonnés par des créatures magiques pour y installer leurs villages…
- Parce qu'eux aussi ont besoin de magie pour leurs enfants ! s'exclama la Serdaigle honoraire qui venait de comprendre.
- …pendant ce temps, continua la rousse, les elfes se rapprochaient de plus en plus des humains, parce que leur magie influence l'environnement.
Silence.
- Je n'ai pas tout compris, là, admit Harry.
C'est Neville qui lui répondit, l'air sérieux.
- Les créatures magiques sont fruit de l'environnement. Leur magie est celle des arbres et de la terre, elle se fond avec le reste. La magie des humains est toujours active, elle change les choses, en permanence. Une tribu de centaures rendre une forêt étrange en cinquante ans, mais il faudra bien un siècle pour qu'on puisse l'appeler magique. Les sorciers peuvent créer un lieu entièrement magique en cinq ans.
Ils retinrent leur souffle devant l'immensité de l'idée.
- Bon, reprit Neville, il y a des mauvais côtés. Par exemple, la nouvelle création peut avoir également entièrement disparu en cinq ans.
- Les humains, dit Luna en haussant gentiment les épaules. Ils comprirent ce qu'elle voulait dire.
- Donc, reprit Ginny, on ne sait pas trop qui en a eu l'idée le premier ni qui l'a proposé à qui, mais nos légendes disent qu'il y a eu un contrat, le premier entre un elfe et un humain. Le sorcier devenait source de magie pour l'elfe et sa future famille contre un certain temps de service…
- D'esclavage, râla Hermione dans son coin.
Cette fois, de façon surprenante, c'est Luna qui releva le gant.
- D'abord, si c'est librement accepté, ça n'est pas de l'esclavage. Ensuite, les elfes vivent plus longuement que nous, une vie humaine est l'enfance, pour eux. Enfin, nous sommes tellement différents que je pense que les tâches exigées n'ont pas grand sens pour eux.
- Donc, tu veux dire, réfléchit Hermione prudemment, que pour les elfes, leur part du marché n'était pas grand-chose ?
- Je pense, répondit la blonde avec un sérieux qu'elle ne laissait voir que rarement, que le marché lui-même était bénéfique à tout le monde. Mais laisse des humains avec un contrat et ils le réécriront sans cesse jusqu'à ce qu'il soie entièrement en leur faveur.
Tous les présents hochèrent la tête en faisant une grimace. Ça n'était pas l'aspect de leur espèce dont ils étaient les plus fiers !
- Bref, résuma Harry, les elfes ont choisi chacun un sorcier comme « lieu » de magie et peuvent avoir des enfants quand ils peuvent… sauf que tu m'as dit qu'ils ont besoin d'une permission pour se marier. Non, non, on en parlera plus tard. Mais en gros, qu'est-ce qui nous intéresse dans tout ça ? C'était censé être une réunion de boulot !
- Har… Hadrian Jamieson ! s'exclama Hermione avec reproche.
Il lui sourit, touché.
- Ça m'intéresse aussi, Hermione, et on parlera de Tabouret plus tard…
Ricanement général.
- … mais là on essaie de rester centrés, d'accord.
Elle grogna un acquiescement.
Ginny, de son côté, leva un sourcil peu impressionné dans sa direction.
- C'est toi qui a sauté sur l'idée qu'on pourrait les utiliser contre les Mangemorts, fit-elle remarquer. Alors que moi, je suis chargée de l'évacuation des élèves en cas d'attaque je vous rappelle.
Silence. Ils la fixaient tous, saisis les possibilités soudain accessibles.
Elle en profita pour continuer.
- Ils font partie des protections. Ils sont au service des élèves. Ils peuvent contrer la magie humaine. Tout ce qu'il leur faut, ce sont des ordres.
Ils reprirent enfin leur souffle et exprimèrent leur enthousiasme, chacun à sa façon.
- Brillant, Ginny, fit simplement Harry en essuyant ses lunettes.
- Là, tu m'as ébloui, reconnut Ron en la fixant avec un regard émerveillé.
- Une idée vraiment originale, si sensée, et c'est justement ce qu'on cherchait ! Bravo Ginny ! s'exclama Hermione, enchantée par cette solution si simple à toutes sortes de problèmes compliqués.
Neville hocha la tête sans rien dire et Luna lui adressa ce sourire secret qu'elle connaissait bien mais n'avait plus vu depuis sa première année.
- Er, fit-elle, embarrassée et écarlate, bien que profondément touchée par leur approbation sans limite. On passe à la suite ?
Ils rirent, et passèrent à la suite.
- J'avais l'impression, dit Harry, que les elfes ne devaient répondre qu'aux ordres des professeurs, pas des élèves.
Ginny hocha la tête.
- C'est pour éviter les abus : des gosses idiots leur commandant des sucreries à la tonne ou simplement abusant de leur bonne nature. Mais leur priorité, ce sont les élèves. Je pense qu'en fait, si on arrivait à mettre la main sur un vrai manuel de Poudlard – au lieu de l' « Histoire », qui est quand même assez vague, fit-elle avec un regard d'excuse à Hermione – on trouverait qu'ils ont un rôle déjà prévu dans l'évacuation et peut-être même la défense en cas d'attaque. Mais il leur faut des ordres.
- Et ces ordres, intervint Hermione, qui avait compris à la fois ce qu'Harry voulait dire et ce que Ginny n'avait toujours pas dit, on peut les donner ?
- En théorie, non, fit platement Ginny. Seul le Directeur peut donner des directives aussi importantes, et ensuite la Sous-directrice.
- Mais ? fit Harry qui ne la quittait pas du regard.
- Mais, fit-elle avec un sourire assez féroce, le Directeur a quitté le château en annonçant qu'il abandonnait son poste, McGonnagal n'est sans doute pas au courant ou du moins n'y pense pas, et Ombrage s'est nommé Grande Inquisitrice, ce qui doit brouiller les cartes. Je pense qu'on peut recruter les elfes, à condition que nos ordres aillent dans le sens de leur directive première : aider les élèves. Et si Tabouret est un exemple, on sait qu'ils peuvent être plus rusés qu'ils ne s'en donnent l'air.
- Je n'ai jamais compris, intervint Neville, pourquoi le fait qu'ils parlent mal notre langue ferait d'eux des idiots. Je ne parle pas un mot d'elfique et je suis sûr que si j'essayais, je prononcerais tout de travers. Sans même parler de gorges bâties différemment, certaines créatures magiques pensent différemment ou s'expriment en images et émotions ! Parler notre langue est un effort qu'ils font, pour notre confort !
- Sans oublier, fit Harry à mi-voix, qu'il est possible que certains sorcier se sentent menacés par des esclaves trop malins et leur ressemblant trop et exigent qu'ils ne parlent que comme des demeurés. Qu'ils « restent à leur place », pour ainsi dire.
Neville et Luna en restèrent choqués et horrifiés, Ginny et Ron furieux. Hermione, qui avait lu La case de l'Oncle Tom, hocha tristement la tête.
- Mais l'important, reprit le brun, essayant de faire oublier ses paroles, c'est qu'on a peut-être trouvé une aide incalculable avec les elfes. Bravo, Ginny ! Je me sens plus rassuré, fit-il sincèrement.
- Il reste à faire des plans, à les communiquer et à les faire accepter, rappela-t-elle. Et je ne sais pas si je suis le meilleur choix pour ça.
Au lieu de protester, il acquiesça sans demander de détails et regarda Luna.
- Lu, tu pourras être notre émissaire ? Tu as souvent plus de patience que nous tous réunis…
Elle sourit et rosit un peu, incapable de cacher son plaisir de se voir confier une mission importante.
- Bien sûr, Harry, répondit-elle simplement.
L'air décidé, il hocha la tête et se tourna vers la rousse.
- On continue comme prévu, lui dit-il. Maintenant que tu as établi un contact, tu fais des plans : à qui se fier, où aller, dans quel ordre, et à quel signal. Fais aussi détaillé que possible et avec deux ou trois plans de secours au cas où quelque chose foirerait. Oh, et essaie de prévoir ce qui peut foirer. Ça parait bête, mais ça aide si on a des solutions déjà prêtes.
- Par exemple ? ne put-elle s'empêcher de demander, curieuse.
Le regard vert la transperça.
- Par exemple, fit-il sarcastiquement, quelqu'un ne te crois pas et refuse de partir. Quelqu'un revient en arrière pour récupérer son frère/album photo/ours en peluche. Quelqu'un veut aider et fonce vers la bataille. Ça te va comme options, ou tu en veux d'autres ?
Ginny, qui avait déjà un peu la nausée à la pensée des catastrophes qui pourraient arriver, déclina poliment.
- Non, merci, ça va.
A son grand soulagement, le regard intense se détourné et elle poussa un soupir inaudible… et rit presque en voyant Ron faire mine de s'essuyer le front en silence.
- Bon, fit le brun, on a un début de plan. Luna et Ginny se chargent du reste. Quelqu'un vote contre ?
Personne ne le va la main.
- Changements ? Opinions ? Ajouts ?
Toujours rien.
- Donc on verra quand elles nous montreront les plans. Adjugé. Maintenant, quelqu'un d'autre à avancé dans son projet ?
A Suivre.
