Bonjour à tous !
Voici le chapitre de cette semaine !
Je sais que je n'ai pas répondu à toute les reviews, promis, je vais le faire dès que j'aurai le temps, je suis un peu surbookée en ce moment. J'ai remanié toute une partie de ce chapitre aujourd'hui. Je me suis relue, mais je n'avais pas le même recul que d'habitude, j'espère que cela ne se verra pas trop !
Bonne lecture !
Réponse à la review anonyme :
Lunalove : eh oui, tu avais bien deviné ! Voilà la suite, effectivement, c'est... épique, on peut dire ça comme ça, je pense ! Merci pour ta review :)
Chapitre 20 : La théorie du chaos, James Gleick
Harry reprit difficilement ses esprits. Il avait eu une absence de quelques secondes... ses oreilles bourdonnaient douloureusement, et il sentait son sang battre dans ses tempes. Progressivement, il se remémora les événements. La sortie à Pré-au-Lard, la dernière balade dans les rues, le message de Hilde, puis l'explosion... Que s'était-il encore passé ? N'y aurait-il aucun répit ?
Il ouvrit les yeux, mais vit flou. Ses lunettes avaient dû voler quand il était tombé, et son mal de crâne n'arrangeait rien. Il frottait ses tempes douloureuses quand Ron se releva en hurlant. Lui aussi était revenu à lui, visiblement.
- Hilde ! hurla ce dernier en se relevant brusquement.
Harry savait qu'il devait arrêter Ron avant que celui-ci ne fasse quelque chose d'imprudent et d'inutile. Mais, il n'y voyait toujours rien... Il tâtonna frénétiquement dans la neige, assez longtemps pour que ses doigt devinssent gourds, avant de songer qu'il avait encore sa baguette dans sa poche.
- Accio lunettes.
Il les posa sur son nez avec satisfaction. Elles étaient cassées, une fois de plus, mais elles feraient l'affaire. Il se leva et tituba aussi vite qu'il le put à la poursuite de Ron.
Il le retrouva à côté des Trois Balais, ou du moins de ce qui en restait... C'est-à-dire ni plus ni moins qu'une ruine qui fumait encore çà et là. Des sorciers, sortis dans la rue au son de l'explosion éteignaient de leurs baguettes les flammèches qui léchaient encore les murs. Les vitres des maisons alentour avaient été totalement soufflées. Autour de ce qui restait du pub, la neige avait fondu et avait transformé le sol en véritable bourbier.
Harry chercha Ron du regard, et il le trouva prostré au pied d'un pilier étonnamment intact. Des larmes coulaient le long de ses joues.
- Hilde, murmurait-il suffisamment fort pour qu'Harry l'entendît.
Il tenait dans ses bras le corps de sa petite amie. Le Survivant vit de loin que sa poitrine se soulevait à rythme irrégulier. Elle était donc encore en vie, mais semblait sévèrement brûlée.
Harry n'osait pas s'approcher de son ami. Il était figé d'horreur devant la scène, incapable de faire le moindre mouvement. Il avait envie d'aider ces personnes qui pleuraient, il avait envie de régler leur compte à ces monstres qui, cette fois, avaient vraiment eu pour seul et unique objectif de tuer le plus grand nombre de sorciers.
Mais il était là, immobile et impuissant, ne sachant que faire... Il avait conscience d'être pathétique, planté ainsi au milieu du chaos. Et pourtant... Il n'arrivait pas à se sortir de cette léthargie. Il était simplement las. Il n'en pouvait plus de se battre tous les deux jours contre un ennemi largement plus puissant et mieux armé. Il songea, une folle seconde, qu'il aurait préféré mourir avec ces gens plutôt que de rester un simple témoin de cette scène d'horreur.
Au bout de quelques longues minutes, il se secoua enfin, et envoya un patronus à Kingsley. Les Aurors avaient déjà dû être prévenus, mais il valait mieux que l'Ordre fût également sur le coup.
La suite fut très floue... Les autorités du ministère arrivèrent, rapidement suivies de Kingsley et des médicomages, mais Harry était toujours dans un état second.
La voix métallique magiquement amplifiée qui avait déjà retenti le soir du concert lui fit l'effet d'une douche froide.
- Ne vous méprenez pas, il ne s'agit là que de représailles. Il faut blâmer l'Ordre du Phénix pour leur résistance insolente, et personne d'autre. Nous vous avions prévenus... Si vous tentez une nouvelle fois de nous arrêter, nous considérerons cela comme une déclaration de guerre... Vos affronts seront lavés dans le sang.
Une nouvelle bouffée de culpabilité prit Harry à la gorge. Non seulement il avait introduit Higgins le traître dans leurs rangs, mais c'était en voulant tester sa loyauté qu'il avait provoqué le massacre qui venait de se produire.
Son souffle était court, ses oreilles bourdonnaient toujours, sa vue se brouillait... Ses jambes étaient en coton, il allait s'effondrer d'une seconde à l'autre.
- Harry ! entendit-il vaguement au loin.
Il sentit des bras le soutenir.
- Harry, reste avec moi !
La voix était grave et le ton était bourru. Les yeux de Harry papillonnaient mais il ne parvenait pas à les garder ouverts.
- Hermione vient m'aider !
- Enervate ! Enervate !
Harry finit par reprendre conscience, tout doucement. Une nouvelle fois, c'était Hagrid qui le portait.
- Harry, que s'est-il passé ? demanda Hermione, angoissée.
- L'explosion, les Trois Balais, Ron, Hilde...
Harry articulait des mots mais il ne parvenait pas à faire de phrases.
- Ron est sain et sauf et Hilde a été transférée au service médical, répondit Hermione. Mais toi, qu'est-ce que tu as ? Tu étais aux Trois Balais ?
Harry haussa les épaules et ne répondit rien.
Il lui fallut de longues minutes, une bourrade de Hagrid et une intervention de Ginny avant de reprendre ses esprits. Lorsqu'il réfléchit à nouveau à une vitesse normale, la culpabilité manqua une nouvelle fois de lui couper les jambes : non seulement il se tenait toujours pour responsable des trois dernières attaques, mais désormais, il s'en voulait aussi d'être resté planté là alors que les autres avaient besoin de lui. Il n'arrivait même pas à comprendre comment il avait pu s'évanouir sous le coup de la culpabilité.
Evidemment, il ne pensa pas un instant que le choc de l'attaque sur ses nerfs déjà à vif avait pu le frapper violemment... Il s'en voulait simplement, cruellement. Alors même qu'il aidait à fouiller les décombres et à évacuer les derniers blessés, il n'arrivait pas à se défaire de ses idées noires.
Mais ce n'était rien par rapport à Ron. Ce dernier, assis dans la neige poisseuse, les vêtements couverts de suie, ne répondait pas aux appels de sa mère et de sa sœur. Le regard dans le vague, il semblait à des années-lumière de là. Les médicomages avaient transféré Hilde à Sainte-Mangouste. Les brûlures n'étaient pas magiques, mais elles étaient sévères, et le pronostic vital était toujours engagé. Lui aussi s'était senti coupable, d'avoir invité sa petite amie à cet endroit-là, et de n'avoir même pas été avec elle lorsque le pire était advenu. Mais désormais, il ne sentait plus rien. Il n'entendait pas les paroles de Molly, de Ginny, et d'Hermione qui était venue leur prêter main forte. Il ne sentait pas le froid mordant de l'air, ni l'humidité de ses vêtements au contact de la neige fondue. Il attendait.
Les autres membres de l'Ordre s'activaient aux côtés des responsables du ministère qui, pour une fois, ne leur jetaient pas de regards accusateurs. Ils avaient tous été visés, et ils étaient tous touchés par la violence de cette attaque impitoyable.
Au-delà de son désespoir, de sa tristesse et de sa rage, Hermione y voyait un signe encourageant. Après tout, en reconnaissant l'Ordre comme son ennemi principal, l'organisation terroriste venait peut-être de faire sa première erreur tactique. A eux, désormais, de l'exploiter.
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- Je n'avais rien. Je n'avais rien et pourtant, je me suis évanoui. Je suis lâche et faible, comment veux-tu que je sois d'une quelconque utilisé à l'Ordre si je suis incapable de réagir ? Comment pourrais-je faire un bon Auror ?
Ginny était décontenancée face à la crise existentielle que vivait Harry. Il était resté à Poudlard après avoir fini de déplacer tous les blessés graves vers Sainte-Mangouste et après avoir réparé ce qui pouvait l'être à Pré-au-Lard, mais pas une seconde il n'avait cessé de ruminer. Des heures plus tard, il avait enfin trouvé une oreille attentive auprès de sa petite amie.
Une petite amie qui, d'ailleurs, ne savait pas vraiment quoi répondre. Elle avait déjà remarqué que le Survivant avait une fâcheuse tendance à se sentir responsable de tous les malheurs du monde, mais là, on atteignait un pic de culpabilité assez inquiétant.
Ginny savait qu'elle aurait dû le rassurer, lui dire des choses douces et apaisantes... Sauf qu'elle n'était pas comme ça. Quand elle voyait une personne s'apitoyer sur elle-même, elle n'avait qu'une envie : lui donner un bon coup de pied aux fesses.
- Oui, c'est sûr, tu t'es lancé tête baissée dans un combat contre le plus grand mage noir de tous les temps, tu es certainement le garçon le plus lâche que je connaisse. Et puis, tu n'as vraiment servi à rien ces dernières années, tu ne t'es absolument pas battu à la place des adultes chaque année. Franchement, je ne sais pas ce que je fais avec un loser comme toi.
Elle avait parlé bien plus sèchement qu'elle ne l'aurait dû, évidemment. Mais tant pis, cela ne pourrait pas faire de mal à Harry.
Ce dernier se recroquevilla lorsqu'elle eût fini sa diatribe. Il lui jeta un regard penaud, ne sachant quoi répondre. Il était temps de lui asséner le coup de grâce.
- Reprends-toi, Harry. Ce n'est pas de ta faute si Higgins est le traître, tu n'as pas à t'en vouloir parce que tu ne savais pas et que tu ne pouvais pas savoir. Ces représailles ne sont pas de ta faute non plus. Être constamment persuadé qu'on est la cause de tous les malheurs du monde, c'est faire preuve d'un égocentrisme qui me donne envie de vomir. Les vrais responsables sont les terroristes, pas toi. Arrête de te morfondre.
Harry ne répondit rien, mais Ginny vit que ses mots faisaient leur petit bonhomme de chemin. Pour ne pas atténuer l'effet de son petit discours, elle ne sourit qu'intérieurement. Il n'était pas irrécupérable, après tout...
Les jours passèrent. L'attaque des Trois Balais, aussi meurtrière et atroce qu'elle eût été, permit une étrange réconciliation de la société sorcière. Evidemment, les nés-moldus étaient toujours portés pour responsables : des traces d'explosifs militaires moldus avaient été retrouvées à Pré-au-Lard, et, pour le nouveau ministre de la magie, il n'y avait pas de doute possible : c'était une organisation de terroristes nés-moldus qui semait la pagaille chez les sorciers de Grande-Bretagne. Clearwater ne tendait toujours pas l'oreille aux arguments de l'Ordre du Phénix. Dans son genre, il était aussi sourd que Fudge...
Cependant, les terroristes avaient fait de l'Ordre leur ennemi officiel... Il était donc assez difficile pour les différentes autres autorités de ridiculiser ou dénoncer leur action. Les prisonniers faits par l'Ordre avaient été interrogés par les Aurors comme suspects, et transférés à Azkaban. Cependant, le fait que certains d'entre eux fussent de sang-mêlé ou de sang-pur n'avait pas été jugé probant. Les techniques légales d'interrogatoire avaient, de plus, donné des résultats bien plus décevants que la légilimencie que Percy maîtrisait désormais très bien. Aucun des nouveaux suspects n'avait avoué le but anti-moldu de leur organisation, et Clearwater avait mis un point d'honneur à occulter toutes les informations susceptibles d'invalider la théorie qui avait fait de lui le nouveau ministre de la magie. Le discours officiel était aussi simple qu'aberrant : les terroristes nés-moldus avaient rallié de nombreux opportunistes à leur cause, et tentait de prendre le pouvoir sur la société au détriment des sorciers dits de souche.
Seulement, ce discours n'était désormais plus le seul à se faire entendre dans la sphère publique. L'Ordre ayant été réhabilité, le Chicaneur qui se faisait son porte-parole avait une nouvelle fois vu ses ventes tripler. Progressivement, l'Ordre ralliait à ses théories un nombre toujours plus important de sorciers. Et même ceux qui restaient hostiles aux nés-moldues leur offraient le bénéfice du doute, et avouaient de bonne grâce que Kingsley et ses amis avaient été, pour lors, plus efficaces dans la lutte que le nouveau Ministère. Les sorciers avaient l'impression de ne plus avoir aucun répit. De devoir se méfier, partout et toujours. Dans un tel climat d'angoisse collective, toutes les solutions étaient les bienvenues.
La société sorcière était donc unie derrière l'Ordre du Phénix, et les différents membres officiels de l'organisation étaient ébahis face à la quantité de messages de soutien qu'ils recevaient tous les jours.
- Regarde, j'en ai encore reçu huit aujourd'hui, fit Hermione à Ginny un matin, après l'arrivée du courrier.
- Oh, tu prends de l'avance, je n'en compte que quatre pour moi, répondit la rouquine, un peu déçue.
Les deux amies faisaient une étrange compétition : celle qui recevrait le plus de lettres de soutien se ferait offrir une biéraubeurre par la perdante. Les lettres de menaces (car elles en recevaient par moments), faisaient perdre des points.
Pour le moment, Hermione était en tête, et de loin. Son action pendant la guerre avait été bien plus médiatisée que celle de Ginny. Elle avait, pour ainsi dire, gagné d'avance.
Malgré tout, l'ambiance au sein de l'Ordre n'était pas à la fête... Dedalus Diggle faisait partie des victimes de l'attaque. Il avait fallu plusieurs jours pour identifier tous les corps carbonisés qu'on avait retrouvés dans ce qui restait de l'auberge. La nouvelle de la mort du petit sorcier les avait frappés comme un coup de tonnerre, trois jours après l'attaque, alors que personne ne s'y attendait plus. L'Ordre n'avait pas été en deuil depuis la guerre... La lutte contre les Avant-Coureurs en devenait douloureusement concrète. Dedalus n'était pas le membre le plus actif, ni le plus présent, mais chacun était comme foudroyé par son absence et par la cruauté de sa mort. Du temps de Voldemort, les membres de l'Ordre mourraient la baguette à la main, en mission. Ils avaient conscience de prendre des risques. Dedalus était mort en buvant une biéraubeurre aux Trois Balais, sans se méfier de quoi que ce fût.
Harry ne s'en sentait que plus coupable.
Il était sorti de sa torpeur douloureuse grâce à Ginny, mais sa petite amie ne parvenait pas pour autant à le convaincre totalement qu'il n'y était pour rien. Vivre en collocation avec Ron n'arrangeait rien. Son meilleur ami n'avait pas prononcé un mot depuis qu'Hilde était dans le coma. Il ne travaillait plus, et, quand il ne rendait pas visite à sa petite amie inconsciente à Sainte-Mangouste, restait prostré dans son lit. Molly et Harry lui apportaient à manger, mais il n'y touchait pas. Au bout d'une semaine, ils commencèrent tous à s'inquiéter pour de bon. Mais rien de ce qu'Harry et les Weasley purent lui dire n'eut d'effet.
Un matin, il se leva à l'heure habituelle, et quitta l'appartement. Harry, qui supposa que son ami se rendait, comme tous les jours, à l'hôpital des sorciers, ne fut pas plus inquiet qu'il ne l'était déjà. Mais lorsqu'il rentra de l'Ecole d'Aurors, le soir, il trouva la collocation vide. Il transplana immédiatement au Terrier, mais Molly et Arthur n'en savaient pas plus...
La gorge nouée, ils prirent tous les trois le chemin de Sainte Mangouste, en espérant trouver Ron parmi les visiteurs, et non parmi les malades.
