Coucou tout le monde, pitié ne me caillassez pas ! Je vous jure que c'est pas ma faute ! La semaine dernière, j'ai voulu poster ses deux chapitres comme d'hab mais le service s'est mis en maintenance. Eh oui, j'ai pas pu les poster. On arrive à la fin, c'est triste mais je suis contente de voir que les histoires vous plaisent tellement. Dans Une chanson aussi vieille que le monde, on découvre ce qui est arrivé à Bilbon et Thorin et dans Elevé par des dragons, Bilbon découvre enfin les sentiments de Thorin. Je tiens à préciser que dans ce chapitre, j'ai changé la discussion elfique. C'est censé être du sindarin mais j'ai eu beau chercher je n'ai pas trouvé où l'auteur a trouvé cette traduction. Du coup, je l'ai faite à ma façon, notamment grâce au dictionnaire sindarin du Dragon de Brume, la meilleure référence à mes yeux. Voilà bonne lecture:)
Thorin brûlait.
La malédiction courait dans ses veines, il se transformerait dans quelques minutes. Les pleurs de Frodon résonnaient dans la pièce et enflammait la fureur qui bouillonnait dans le sang de Thorin. Il ferait plus que tuer simplement Pryftan quand il serait libre. Il montrerait au nain ce qu'était le véritable sens du mot "douleur". L'anarchiste en viendrait à supplier Thorin de le tuer. Lui et tous ceux qui avaient trahi la lignée de Durin pour ce fou. Il ferait d'eux un exemple dont toute la Terre du Milieu se souviendra.
Ils l'avaient capturé d'un coup, rapidement pendant que les gardes se révoltaient. Dwalin avait combattu comme un véritable monstre, mais le poison dans la flèche avait eu raison de lui. Thorin avait tué un grand nombre de nains loyaux à Pryftan avant que le nain maléfique ne se montre.
Il avait mis un couteau sur la gorge de Frodon et Thorin s'était rendu.
-Tu pensais vraiment que je te laisserais être Roi ? s'exclama Pryftan en agitant son épée en l'air avec un rire aigu inquiétant. Moi qui ai servi dans la cour toute ma vie ? J'ai plus de droit que toi, espèce d'usurpateur !
Le nain avait du sang noble en lui, sinon il ne serait pas chevalier, mais Thorin n'arrivait pas à comprendre pourquoi il pensait avoir un droit sur le trône. Thorin était l'héritier d'Erebor, suivi de Fili, Kili puis Dain. Même Balin accéderait au trône avant Pryftan.
Un bruit vint de l'autre côté de la porte et Thorin arrêta de se débattre. Le feu flambait dans son esprit mais il le repoussa. Il ne laisserait pas encore le consumer. Il devait retenir les flammes, à cause de Frodon, Bofur et Ori. Et si cela devait lui coûter la raison, alors qu'il en soit ainsi. Il ne blesserait pas les autres tant qu'il lui resterait un souffle de vie.
Puis Bilbon entra dans la salle et Thorin fut pris de désespoir.
Bilbon marcha vers lui avec détermination, au mépris du nain caquetant de folie derrière lui. Ses yeux brillaient d'un courage tranquille et la lumière dorée de Thorin semblait l'envelopper.
-Tu vois ? rugit Pryftan d'une voix à moitié folle qui résonna dans la caverne. Je t'ai dressé, sale Bête ! Tout ce à quoi tu tiens sera détruit par tes propres mains ! Rejoins-le, semi homme ! Qu'il te regarde dans les yeux avant de te brûler.
Espèce de fou ! Thorin ne tuerait jamais Bilbon. Même en dragon, il avait conscience que le hobbit était son coeur. Mais en voyant Bilbon, le besoin de se transformer revint en force. Même maintenant, le dragon était comme une horrible démangeaison sous sa peau. Un cri constant dans sa tête qui disait en parlant de Bilbon : A MOI.
Bilbon lui sourit doucement et mit sa main dans sa poche pour y caresser quelque chose.
Il avait tant de mal à se concentrer. Le feu faisait rage en lui et promettait de faire connaître à Pryftan le summum de la douleur si Thorin se laissait simplement aller. Il lui promit que Bilbon serait en sécurité si il laissait la bête prendre le dessus.
-Je comprends maintenant, dit Bilbon dans la langue de la Comté.
Le son de sa voix brisa quelque chose en Thorin et il se débattit comme un beau diable. Il sentit les chaînes tenir bon mais il continua à tirer dessus pour retrouver sa liberté.
-Je comprends, répéta Bilbon en se rapprochant tout en retirant sa main de sa poche et quelque chose brilla à la lumière des lampes sur son doigt mais les yeux de Thorin étaient trop sombres pour voir ce que c'était, Bilbon était si proche maintenant, presque à portée de main puis il s'agenouilla et parla d'une voix tranquille. Sache que je t'aime et que je te donne volontiers tout ce que j'ai. S'il te plaît, prends soin de Frodon pour moi.
Pryftan se rapprocha derrière Bilbon et les yeux de Thorin se tournèrent vers le nain. Il semblait surpris et quelque chose semblable à la peur traversa son visage.
Thorin perdit alors le combat dans lequel il luttait pour empêcher de se transformer. Bien. Le nain chétif pouvait le craindre. Il allait connaître les flammes.
Thorin regarda de nouveau Bilbon et lutta pour comprendre. Tout brûlait et il voulait être libre. Pour donner libre court à sa rage et brûler tout ceux qui oseraient lui nuire ou lui prendre son Bilbon.
-Je suis très honoré d'avoir été choisi pour être aimé par toi. Tu as pris mon coeur de hobbit solitaire et tu m'as appris ce que signifiait trouver son Kurdel (Coeur des coeurs).
Bilbon prit les mains liées de Thorin dans les siennes. Il lutta pour répondre à son étreinte, pour frotter ses doigts autour de ceux plus minces de Bilbon. Une douleur crépitante parcourut sa colonne vertébrale et il rejeta sèchement la tête en arrière. Pendant un horrible instant, il crut qu'il avait échoué et que Bilbon allait brûler vif mais le moment passa et Thorin souffla. Il baissa la tête et regarda le hobbit avec cette étrange vision qu'il avait à chaque fois qu'il était sur le point de se transformer. Les cheveux de Bilbon rayonnaient, chaque brin doré était presque trop lumineux. C'était un signe du dragon. Il voyait l'or beaucoup plus clairement que même l'oeil perçant d'un nain.
-Le coeur doit être rendu à la Montagne. C'est la seule façon de se débarrasser de la malédiction, murmura Bilbon à son oreille, comme si il partageait un secret.
Les mots de la Comté glissaient sur sa langue, les belles syllabes toujours aussi chantantes, semblable à une mélodie. Elles convenaient parfaitement aux créatures de vie et de joie. L'esprit de Thorin commençait à lâcher prise.
-Et tu m'as donné ton coeur, continua le hobbit en glissant quelque chose - il vit tant bien que mal qu'il s'agissait d'une bague - au doigt de Thorin et il sut que c'était important mais il n'arrivait pas à penser ni à le toucher car tout autour de lui n'était que peur, feu, rage et douleur et il avait besoin de détruire, posséder et protéger. Menu u men akhùthuzh men. (Je te prends en moi pour toujours.)
Le coeur de Thorin s'arrêta de battre lorsqu'il comprit les syllabes khuzdules. C'était celles qu'il avait rêvé d'entendre dans la bouche de Bilbon. Thorin aperçut un éclat de lumière et baissa la tête pour voir qu'il s'agissait d'une pierre que Bilbon avait tiré de sa poche.
Le Coeur prend la bande d'or d'adoration, Et trépasse en tenant la main enflammée. Transpercé par pierre qui, jamais ne meurt, Revenue chez elle, s'achèvera la malédiction.
Une intense et terrible compréhension inonda Thorin et il vit une tranquille résignation dans les yeux de Bilbon. Il perdit le contrôle de son corps et hurla son horreur pour que le monde entier l'entende. Cette Montagne lui avait tout volé, elle ne lui volerait pas son coeur. Elle ne lui volerait pas son Bilbon.
Les yeux de Bilbon se fermèrent et sa main bougea trop vite et pourtant très lentement. Il avança la pointe contre sa poitrine et, dans un souffle, l'enfonça dans son coeur. Il resta ainsi, immobile, pendant une éternité, ses yeux bleu-vert se rouvrant pour rencontrer ceux de Thorin. Rien ne bougea dans l'espace d'un battement de coeur.
Et puis, Bilbon tomba contre lui, imbibant la tunique de Thorin de son sang.
La chaleur consuma l'esprit de Thorin. Les chaînes qui le liaient rougirent sous le feu et Thorin se releva violemment. Il rugit un son qui déchira toutes les fibres de son être et arracha ses mains aux chaînes fondues. Il amena ses bras autour du hobbit recouvert de sang lorsqu'une violente explosion retentit près de la porte. Elle le plaqua contre le sol, entraînant Bilbon avec lui. Il se redressa et tira Bilbon contre lui autant que faire se peut.
Il savait que cette explosion aurait dû l'inquiéter. Il devrait s'en occuper et voir si il y avait quelqu'un ? Si les autres étaient en sécurité... C'était important, très important mais il ne pouvait pas bouger. Le sang de Bilbon avait tâché son torse et ses bras mais Thorin ne bougerait plus jamais.
Les yeux qui avaient d'abord attiré son attention à un dîner et qui avaient continué à l'intriguer puis à l'ensorceler corps et âme, étaient sombres et le regardaient sans le voir. Bilbon l'avait toujours vu tel qu'il était, avant de même savoir qui était Thorin. Même quand il était en dragon, Bilbon le voyait. Bilbon voyait Thorin. Toujours. Le regard vide cligna puis se referma.
D'autres avaient rejoint ses cris mais Thorin n'y prêtait aucune attention. La seule chose qui lui importait, était de détruire celui qui lui avait volé son seul trésor. Le trésor de tous les trésors. Son Ghivashel.
Thorin tint Bilbon contre sa poitrine d'une main et prit une inspiration tremblante. Il se félicita de laisser la malédiction prendre entièrement son coprs. Pryftan brûlerait. Il ferait en sorte qu'il vive la pire des agonies. Qu'il ressente la douleur qui inondait la poitrine de Thorin. Il abaissa les barrières de son esprit et rejeta la tête en arrière.
Rien.
Pas de feu. Pas de transformation. Pas de douleur qu'il ressentait lorsque ses os s'étendaient et que sa peau muait. Pas de feu dévorant, pas de rage, pas de jalousie... Rien.
Thorin ferma les yeux et se concentra sur le feu dans son sang, le supplia de le reprendre, en vain. Le dragon ne viendrait pas.
Il n'était plus là. Il n'y avait que la rage et la haine mais pas de dragon.
-THORIN !
Son nom avait été crié juste à côté de son oreille et il rouvrit les yeux tout en enroulant d'un geste possessif ses bras autour de son trésor le plus précieux. Ils ne lui prendraient pas le corps de Bilbon. Il détruirait tous ceux qui essayeraient. Ses yeux pâles fixèrent un regard gris ombré de sourcils broussailleux et grisonnants.
-Au diable tout cela ! Donnez-moi le semi homme ! Je peux encore le sauver !
-Gandalf ?
Le nom était étrange dans la gorge de Thorin et sa voix n'était rien de plus qu'un grondement de douleur. Le Magicien n'attendit pas sa réponse. Il prit le hobbit des bras de Thorin et le coucha par terre. Thorin poussa un son pitoyable, le coeur brisé, ce qui, dans un autre moment, l'aurait étonné. Il tenta de nouveau de s'agripper à Bilbon mais quatre mains l'arrêtèrent. Il se débattit - ne reconnaissant pas ses propres neveux - jusqu'à ce qu'il n'ait plus aucune force et s'effondre, attendant le verdict du magicien.
Gandalf avait posé sa main sur le visage de Bilbon et l'autre sur la poitrine du hobbit, là où se trouvait la plaie. Il marmonna rapidement des mots incompréhensibles et semblait devenir de plus en plus grand. Lorsque deux autres corps frôlèrent Thorin et s'agenouillèrent près de Gandalf, le nain eut un regain de force.
Il fit un bond en avant, prenant par surprise les nains qui le retenaient, et se précipita vers les elfes. Ils ne le lui prendraient pas. Thorin mourrait avant de les laisser lui prendre Bilbon.
Un bruit sourd résonna derrière ses oreilles et il sentit une atroce douleur assaillir son crâne avant de perdre conscience.
Thorin vit, hébété, que le corps avait été emporté. Ses yeux brillaient et sa gorge le brûlait. Il avait l'impression que son corps entier n'était qu'une plaie béante infectée par la douleur qui martyrisait son coeur. Il sentait encore les ruisseaux de sang qui avaient coulé le long de ses doigts, là où ses chaînes l'avaient coupé. Quelqu'un avait tenté de panser les plaies mais il l'avait repoussé. Ça importait peu à l'heure actuelle. Il pouvait encore sentir la chaleur du sang de Bilbon sur son torse et l'horreur qu'il avait ressenti en voyant son Sanzeuh inconscient dans ses bras.
Ses premiers souvenirs de la veille étaient au mieux totalement embrumés. On l'avait emmené dans la salle de guérison, à côté de Dwalin.
Il avait paniqué pendant un moment car il n'arrivait pas du tout à respirer. Il s'était levé du lit, tirant sur sa tunique dans une vaine tentative de trouver un peu d'air puis il avait le corps recouvert d'un drap. Il ne pouvait pas le supporter. Il ne pouvait pas supporter de voir son bien-aimé mort.
Avant que Thorin comprenne ce que ses jambes faisaient, il était hors de la salle et trébuchait dans les couloirs. Un grondement semblable à la rivière au printemps résonna dans ses oreilles et, quand un garde l'appela, il l'entendit à peine et ne jeta pas un seul regard au nain. Il chercha sans le voir le mur jusqu'à ce qu'il puisse s'y plaquer. Il se laissa glisser au sol avant de s'effondrer, recroquevillé sur lui-même. Sa main vint à sa gorge pour se presser contre la marque estompée que Bilbon lui avait fait lors de la fête du mariage. Il sentit une légère douleur lorsqu'il appuya dessus mais il s'en délecta. C'était tout ce qu'il lui restait de son Ghivashel.
Il ne pouvait pas pleurer.
Il se sentit à nouveau envahi par une étrange noirceur mais elle ne ressemblait pas à celle qu'il avait lorsque la malédiction se faisait sentir. A ce moment, il aurait volontiers accueilli l'enfer rugissant de la malédiction. Son existence n'avait plus ni pensée ni espoir. Il était juste englobé et consumé par le vide du désespoir.
Il était incapable de dire combien de temps il resta là, immobile. Quand il rouvrit finalement les yeux, il vit que Dis l'avait rejoint. Elle avait la cotte de mithril de Bilbon dans sa main et Thorin tendit le bras vers elle, sans un mot. Elle la lui tendit et Thorin la prit respectueusement. Il pressa son visage contre le métal froid et huma l'odeur de son hobbit. Son parfum de fleurs et de cannelle avec une légère nuance de terre.
Il rappuya faiblement son dos contre le mur et les larmes se firent enfin sentir. Elles étaient si nombreuses qu'elles auraient pu faire la taille de la mer du Rhûn. Il pleura, se moquant de qui pouvait le voir. Il se souvint de chaque instant de sa vie avec Bilbon et garda fermement tous ces moments précieux verrouillés au fond de son coeur, là où ils ne seraient jamais oubliés.
Il pleura pour l'avenir qu'il avait entrevu le matin même, l'avenir avec son Bilbon. Il pleura pour Frodon, Merry, Pippin, et tous les hobbits qui n'auraient pas l'occasion de voir leur cousin leur montrer comment se faufiler la nuit pour avoir une collation supplémentaire et planter une fleur de sorte qu'elle puisse pousser dans les sols montagneux.
Et enfin, il pleura pour lui-même. Pour l'amour qu'il ne pourra plus jamais tenir dans ses bras, qu'il ne pourra plus jamais voir et qu'il ne pourra plus jamais connaître. Il suffoqua sous la force de ses sanglots, la douleur déchirait sa gorge et il ne vit pas Dis passer un bras autour de lui.
Des pas se firent entendre dans le couloir. L'air était alourdi par le deuil.
-Kurdabad... Tu vas t'en sortir. Tu es fort.
La lourde main de Thrain se posa sur l'épaule de son fils mais celui-ci la remarqua à peine. Kurdabad. Coeur de la Montagne. C'était le nom que son père lui avait affectueusement donné quand il était enfant.
Etrange, lorsqu'on savait que le Coeur de la Montagne avait été la cause de la malédiction de toute sa lignée.
Le hobbit qui se blottit dans ses bras, renifla et nicha sa tête contre le torse de Thorin. Le nain caressa doucement ses boucles brunes. Frodon était si chaud et si doux. Pas comme son cousin l'avait été. Il avait été si froid.
-Je sais, murmura Dis en embrassant ses cheveux. C'était terrible.
Elle le prit dans ses bras et posa un autre baiser sur sa tête. Thorin aurait ri si une once de joie vivait encore dans son coeur.
C'était terrible. C'était. Comme si le reste de sa vie n'avait pas perdu toute couleur ou toute émotion positive. Il vivrait dans un monde gris et terne jusqu'à la fin de ses jours. Il ne pouvait qu'espérer que Bilbon le rejoigne dans les Salles Eternelles. Il était désormais condamné à vivre dans un vide sans lumière jusqu'à ce qu'il puisse voir son bien-aimée sur les rives verdoyantes des Terres Immortelles. Bilbon serait vêtu de fleurs et d'éclats de lumière. Son hobbit n'apparaîtrait plus jamais, débordant de vie et de lumière.
Dis prit sa main et caressa ses doigts de son pouce. Il y avait une marque sombre là où Bilbon avait glissé l'anneau à son doigt avant de murmurer ses voeux. Thorin se souvenait vaguement du métal en fusion contre sa peau. Maintenant, il n'y avait plus qu'une légère marque.
-Je crains que nous ne devions fabriquer de nouvelles alliances.
Thorin regarda sa soeur en clignant des yeux. Elle n'avait jamais été cruelle mais elle continuait à remuer le couteau dans la plaie.
-Pourquoi ? demanda-t-il d'une voix à peine reconnaissable, pleine de douleur et de désespoir.
-Parce que maintenant, tu n'en as plus, et celle de Bilbon a presque été détruite dans le feu.
Ça n'avait pas de sens.
Dis l'observa puis aspira l'air entre ses dents. Elle porta la main à sa bouche et ses yeux bleus se remplirent de larmes. Thorin ne l'avait pas vu pleurer depuis la mort de son mari, il y a de cela, près de soixante ans. Il était donc normal que la perte de Bilbon la touche, aussi forte soit elle. Il les méritait.
-Oh Mahal ! Tu ne sais donc pas ?
-Quoi ?
Dis se cramponna à Thorin en tremblant.
-Bilbon est vivant.
-Puis-je me joindre à vous ?
La porte venait de s'ouvrir sur Bofur, accompagné de Merry et Pippin. Frodon se déplaça dans les bras de Thorin avant de pousser un soupir apaisé.
-Est-ce que Bilbon va bien ? demanda Merry.
Pippin suçait son pouce et fixa Thrain avec de grands yeux. Le nain le regarda d'un air déconcerté.
-Il est toujours avec les guérisseurs, répondit Thorin. Ils sont en train de réparer son épaule. Nous irons le voir dès qu'ils auront fini.
Merry hocha la tête comme si il était d'accord avec ça et tira Bofur vers une chaise. Pippin ne bougea pas et continua à regarder curieusement Thrain. Il sourit légèrement avant de retirer son pouce de sa bouche pour tendre les bras vers lui, demande implicite pour qu'il le prenne dans ses bras.
Au grand amusement de Thorin, Thrain obéit. L'enfant cria de joie lorsqu'il fut soulevé de terre et empoigna une des tresses du nain. Il pointa le doigt vers la fenêtre et se mit à babiller sur les oiseaux. Thrain se dirigea vers la fenêtre pour lui permettre de regarder ce qui se passait au-dehors.
Thorin ne manqua pas le sourire sur le visage de son père.
Il resserra son étreinte sur Frodon et se contenta de caresser ses boucles indomptables, attendant de pouvoir voir son bien-aimé. Les pleurs continuaient à résonner dans les salles, tout le monde avait pris le deuil pour saluer la mémoire des gardes perdus lors de la trahison de Pryftan mais à l'intérieur de la petite salle de guérison, Thorin avait une lueur d'espoir.
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-Allez chercher Bombur ! ordonna Bilbon alors qu'un guérisseur sortait et Thorin sentit son coeur battre violemment dans sa poitrine, oubliant même de respirer lorsqu'il comprit que l'opération de Bilbon était terminée et que le hobbit était visiblement conscient, bien que Thorin n'ait aucune idée de la raison pour laquelle il demandait Bombur. Je meurs de faim !
Ceci explique cela.
Oin l'avait autorisé à aller dans la salle. Il avait le droit d'aller voir son hobbit. Il était tout à fait incapable de commander à ses pieds de bouger.
Il était terrifié.
Il n'avait pas pu voir Bilbon depuis qu'il était réveillé, deux jours auparavant. Il s'était fait soigner par les elfes - que Thorin tenait à remercier plus tard, peu importe combien il les détestait - puis avait dû subir une opération. Il savait que Bilbon était vivant et qu'il venait d'entendre sa voix mais il était terrorisé à l'idée d'aller dans cette salle. Il ne pouvait supporter de voir quelque chose qui ne serait pas réel. De voir que Bilbon n'était pas vraiment là. Ou qu'il avait été blessé.
Thorin ne serait pas capable de le supporter.
-Thorin ? Tu es là ? Ils m'ont dit que tu étais là...
La voix de Bilbon était calme et perdue et les jambes de Thorin finirent enfin par bouger. Il poussa la porte et entra. Un lit trônait au bout de la salle, face à la fenêtre. Les rideaux étaient ouverts, laissant filtrer la lumière du soleil et un parfum de fleurs embaumait l'air. Elles étaient regroupées dans des vases qui se trouvaient partout dans la pièce. Thorin en avait envoyé un bon nombre mais d'autres nains en avaient aussi apporté.
Sur le lit, une petite silhouette était assise contre les oreillers, les jambes drapées d'une couverture. Il portait une simple tunique blanche qui laissait voir le bout d'un bandage autour de son cou. Sa peau était légèrement rougie et ses boucles dorées retombaient négligemment autour de son visage, sa tresse pendant près de son oreille. Un sourire vint illuminer son visage au moment où Thorin entra dans la pièce. Et Thorin faillit tomber à genoux quand ses yeux bleu-vert croisèrent les siens.
-Tu es vivant.
Le sourire de Bilbon s'élargit et il hocha la tête. Il ouvrit ses bras et Thorin se rua vers lui. Il s'agenouilla à côté du lit. L'envie de le toucher était presque trop forte mais il ne voulait pas faire de mal à Bilbon.
-Est-ce que... je peux ? demanda-t-il en levant une main tremblante, les doigts tendus vers Bilbon.
-Je ne vais pas me casser, assura Bilbon en prenant la main de Thorin dans la sienne.
Elle était chaude, douce, et tellement vivante. A ce contact, la réserve de Thorin disparut et il grimpa sur le lit pour pouvoir envelopper le hobbit dans ses bras. Il le serra contre lui, sentant nettement l'endroit où se trouvait sa blessure, et cacha sa tête dans les boucles souples. Elles étaient toujours aussi fines et soyeuses, elles avaient encore l'odeur de la cannelle et la lumière se reflétait toujours dessus.
-Men Ghivashel.
Bilbon poussa un soupir de contentement et se blottit contre lui.
-Azyungâl.
Thorin ferma les yeux et se pencha en arrière, laissant Bilbon s'installer sur sa poitrine. Ils parleraient plus tard. Pour l'instant, l'avoir dans ses bras était amplement suffisant.
