CHAPITRE XXI
Elle avait retrouvé son poste et son bureau depuis une semaine déjà. Que le temps passe vite quand on croule sous la paperasse ! Surtout qu'elle était plutôt mal fichue ces derniers temps. Épuisée, barbouillée, elle avait dû attraper un de ces maux qui frappe au changement de saison.
L'alarme de son téléphone sonna. 18 h, déjà ! Elle ferma le dossier qu'elle avait sous les yeux, y colla un mémo et quitta le travail. Certes elle était revenue, mais elle avait imposé ses conditions. 9 h -18 h avec coupure le midi. Elle mettrait Rachel à la crèche de l'hôpital pour la voir le plus souvent possible. Plus d'astreintes. Ni la nuit, ni le weekend. Et elle se cantonnerait sur la partie financière, comme dans les derniers temps où elle était présente. Manin la seconderait jusqu'au retour de Hocard, s'il revenait... Les résultats, après son départ, avaient été catastrophiques. On lui avait fait clairement comprendre que si elle le souhaitait, le poste était pour elle. Définitivement. Et elle était vraiment ravie de revenir travailler. Même si elle avait un petit peu peur de ne pas arriver à tenir ces conditions bien longtemps. Mais House veillait au grain, et ça la rassurait.
Elle s'arrêta à la supérette du coin et acheta quelques briques de soupe. Elle n'était pas sûre de pouvoir avaler quoi que ce soit d'autre. Elle sourit en s'imaginant la tête de son amant quand elle poserait la soupière sur la table. Elle se dirigea vers les congélateurs. Lui prendre une pizza, ce serait plus sûr...
Le lendemain, ça n'allait toujours pas mieux. Après un moment de répit dans la soirée, et une nuit plutôt calme, les nausées avaient refait surface vers 5 h du matin. L'obligeant à s'extirper de son lit douillet pour aller rejoindre la faïence glacée. Elle entendit la porte grincer derrière elle. Ainsi que le bruit de pas caractéristique de son compagnon.
Appuyé contre la porte, il la regardait, un grand sourire illuminant son visage. Elle vit rouge. Elle était malade comme tout, était secouée par les spasmes des nausées. Et lui... « Ça te fait rire ? » S'énerva-t-elle, regrettant aussitôt d'avoir osé ouvrir la bouche.
Quand elle put enfin relever la tête, il se tenait toujours au même endroit. Son regard toujours aussi brillant. Ils se dévisagèrent quelques instants. « Mazel Tov! » Finit-il par dire en s'approchant d'elle.
Sous le choc, elle le laissa l'étreindre. « Que...Que...Quoi ? » Bégaya-t-elle en se dégageant de son emprise.
« Félicitations ! »
Elle pouvait sentir l'émotion dans sa voix. Dans ses gestes, alors qu'il caressait doucement son ventre. La mettant au supplice. Dans un souffle, elle lui dit : « Je ne suis pas enceinte. » Avant de venir se blottir contre lui.
Il la cajola quelques instants avant de poser un doigt sur son menton, la forçant à croiser son regard. « Tu es sûre ? » Il paraissait surpris, incrédule.
Les sanglots lui étranglant la gorge, elle se contenta de lui désigner le lavabo. Où était posé un paquet de serviettes hygiéniques. Elle ne résista pas quand il l'attira de nouveau contre lui. Elle ne résista pas à cette douceur et se laissa aller à pleurer.
La fatigue, la maladie, les bouleversements récents dans sa vie la rendaient vulnérable. Et le voir aussi heureux avait été le coup de grâce. Même si elle savait qu'elle n'était pas enceinte, être mise face à cette réalité était difficile. Elle avait arrêté la pilule depuis presque trois mois. De toute façon, elle l'oubliait continuellement, alors autant la stopper pour de bon. Ce n'était que le début et elle ne devait pas se mettre de pression. Mais n'empêche que...
Quand House rentra, ce soir-là, il trouva la maison plongée dans la pénombre. Elle ne devait pas se sentir mieux... Et avec sa maladresse matinale, il n'avait pas dû arranger les choses. Pourtant, il aurait juré que... stop ! Se dit-il. Ce n'était pas en ressassant cela qu'il allait l'aider. Ni l'aider à se mettre dans des dispositions promptes à concevoir un bébé.
Il se rendit dans la chambre et la trouva emmitouflée dans le lit. Une bassine à côté d'elle, un bol de soupe à peine touché sur la table de nuit. Elle avait essayé. C'était déjà ça... Il attrapa le thermomètre tympanique. Apyrétique, soulagement. Il allait quitter la pièce quand elle l'appela. Il vint se rassoir à ses côtés et caressa son visage tendu. Elle souffrait, il le voyait, il le savait. « Ça va ? » Il manqua se gifler en s'entendant prononcer ces mots.
Elle lui sourit faiblement, prenant sa main entre les siennes. « Je crois que j'ai des calculs... » Grimaça-t-elle.
« Encore ? »
« Ben, depuis qu'on vit ensemble, j'ai un peu changé mes habitudes alimentaires. Je crois que mon corps est décidé à me le faire payer. » Elle laissa échapper un petit rire. Puis se crispa, portant ses mains à son flanc droit aussitôt.
Il la regarda, navré. « Aller, je t'emmène à l'hôpital ! » Dit-il en poussant l'édredon.
« Non ! » Protesta-t-elle en se recouvrant. « Demain. Je suis épuisée, il faut que je dorme. »
« Tu crois vraiment que tu vas pouvoir dormir avec cette douleur ? »
Avant qu'il n'ait pu continuer, elle le coupa : « C'est pour ça que j'ai ramené du Spasfon et du Profénid en injectables. IM ou IV, c'est vous qui voyez. » Plaisanta-t-elle.
« Tu es sûre que c'est une crise de colites néphrétiques ? »
« Frénétiques, à ce point... » Marmonna-t-elle. « Ça me tiraille depuis des jours, je le sentais venir. Et puis, tu sais, j'en ai déjà eu. Je sais à quoi ça ressemble. »
« Tu me laisses t'examiner, quand même ? »
Elle s'allongea tant bien que mal sur le dos et repoussa la couette. Il palpa d'abord son abdomen et fut surpris de lui faire aussi mal. Il s'attarda sur son flanc droit. Il ne se souvenait pas qu'elle avait autant de défenses, la dernière fois. Et ce léger empâtement... Il mit cela sur le compte de ses menstruations et examina son dos. La douleur était vive, sans doute possible quant à sa localisation.
Il l'aida à s'allonger à plat ventre, remonta sa chemise de nuit. Et enfonça l'aiguille dans la chair tendre de son fessier. Quelques minutes plus tard, elle se détendait enfin. Un remerciement murmuré, elle s'endormait.
Pas besoin de supplier le Dr House pour qu'il fasse ses consultations en cette matinée pluvieuse. Non, il était présent dans la clinique depuis 8h du matin. Heure à laquelle il avait franchi les portes avec sa compagne. Oui, madame, plus têtue qu'une mule, avait refusé de rester sagement à la maison. Ou de se faire ausculter. Mme avait rendez-vous en milieu de matinée avec deux gros donateurs.
Il posa le dossier dans le rack et jeta un coup d'œil à travers la double porte. Elle tenait à peine debout, mais il fallait qu'elle travaille... Il avait tout de même réussi à lui faire promettre qu'une fois l'entretien terminé, c'était direction les urgences. Elle ne pouvait pas rester comme cela. C'était dangereux, en plus d'être stupide. D'ailleurs, quelque chose l'intriguait, le dérangeait dans tout ça. Tous ces symptômes...
Les nausées. Une gastro ? Le stress de reprendre son travail ? Et surtout celui de passer en audience pour la garde de Rachel...? Il savait Lisa angoissée, lui même l'était. Mais quelque chose ne collait pas. Quand on est angoissé à ce point, on ne dort plus. On ne mange plus. Pourtant, Lisa dormait comme un loir. Ses fins de nuits étaient écourtées par les nausées, mais toujours est-il qu'elle dormait. Et qu'elle n'avait aucun problème pour trouver le sommeil. Elle mangeait avec appétit également. Elle disait ne pas supporter certaines odeurs, certains aliments. Mais elle mangeait.
Non, quelque chose ne tournait pas rond. Il la regarda se lever de son bureau et se rendre à la salle de bains. La démarche mal assurée, sa douleur évidente et son tailleur trop petit. Son tailleur trop petit ? Il aurait juré que ces derniers jours elle avait pris une taille de bonnet. Il aurait juré qu'elle était enceinte, tout simplement.
Cela aurait expliqué ses nausées, sa fatigue, son appétit. Tout comme le fait qu'il n'avait pas remarqué son habituel syndrome prémenstruel. Pas de changement brusque d'humeur, pas cette odeur si spéciale qu'elle avait à cette période de son cycle. Pas de sueurs nocturnes ni de baisse de la libido. Bien au contraire...
BOUM
Il sursauta et vit aussitôt la forme allongée entre le bureau et la salle de bains. « Lisa ! » Cria-t-il en se précipitant vers elle.
