TITRE: Ces quatre fois où Théodore retrouva Hermione.
THEME: n°30, baiser
FANDOM: Harry Potter
PAIRING: Hermione Granger & Théodore Nott.
RATING: M (au cas où)
DISCLAIMER: Rien ne m'appartient, je ne fais que martyriser les personnages créés par Rowling pour les besoins de cette série de OS.
NOTE: Je suis vraiment navrée pour tout ce retard. Maintenant que les vacances sont passées, je pense pouvoir reprendre l'écriture plus régulièrement. j'ose espérer que j'ai encore des lecteurs, même si je mérite d'être flagellée jusqu'au sang pour avoir été aussi longtemps absente. Comme d'habitude, vos RAR sont sur mon livejournal (styxxounettepointlivejournalpointcom, dans le menu de gauche vous avez un lien "réponse aux reviews") Sinon, pour ceux que ça intéresse, je vous invite à découvrir Somewhere, ma nouvelle fiction, si ce n'est pas déjà fait. J'aurais vraiment besoin de votre avis, parce que j'ai du mal à en récolter sur cette fiction, du coup, j'ai du mal à savoir si elle plaît ou pas (les débuts, c'est jamais évident.) Voilà, c'est tout pour le blabla, je vous laisse découvrir ce OS tout en vous promettant que le prochain ne va pas tarder à arriver, il est en cours de préparation. Bisous, et à bientôt!
Le soir avait jeté un voile sombre sur l'école de sorcellerie Poudlard. Cela faisait un an que la bataille de Poudlard avait fait rage entre ces murs, et pourtant, personne n'avait oublié. Au sein du monde magique, on continuait à compter les morts et la liste des portés disparus ne faisait que s'allonger à mesure que les mois passaient. Tous avaient quelqu'un à pleurer: un membre de la famille, un camarade avec lequel ils avaient bavardé joyeusement entre deux cours, ou un ami proche. Pourtant, ils étaient là, à tenter de tenir debout autant que faire se peut. Chacun tentait de se reconstruire avec les moyens du bord.
Poudlard avait été reconstruit avec les efforts conjugués du Ministère et des citoyens du monde magique, désireux de voir leur école sortir de terre à nouveau. Tout le monde se souvenait de la cérémonie ayant inauguré le nouveau Poudlard, qui n'avait cependant pas guéri de toutes ses cicatrices. Certaines stigmates étaient encore visibles au-delà d'une arche, et personne n'avait voulu qu'on les efface, simplement pour se rappeler. Certains endroits de Poudlard étaient devenus des lieux de mémoire, et il n'était pas rare d'y voir brûler quelques cierges, prières silencieuses à tous ces disparus.
Ce soir là, Hermione Granger déambulait dans les couloirs de Poudlard, ses livres serrés contre son corps qui avait pris quelques maigreurs depuis le commencement de la guerre. Elle avait l'air d'avoir dix ans de plus tant ses traits étaient tirés, ses prunelles ambrées étaient ternes et sans vie. Elle faisait partie de ceux dont l'enfance leur a été brutalement dérobée par des êtres sanguinaires et sans pitié. Lorsqu'elle repensait à Bellatrix Lestrange, Hermione sentait une bouffée de haine la submerger. Et à chaque fois, c'était la même rengaine, les mots qui étaient gravés dans sa chair la brûlaient furieusement, comme s'ils venaient d'y être apposés au fer rouge. Comme beaucoup d'autres, Hermione avait été mutilée pendant cette guerre, et elle en gardera les traces à vie.
Sang de bourbe. Ces mots étaient bien là, mis en exergue de façon presque obscène. Sa peau reflétait même son sang impur, c'était marqué là, juste sur son avant bras . Elle se souvenait de la douleur qui l'avait irradiée lorsque cette folle furieuse lui avait gravé ces mots ignobles dans la peau, lacérant son épiderme à tout jamais. Hermione ne s'était jamais autant sentie hideuse, souillée. En la marquant ainsi, c'était comme si on l'avait privée de son humanité, elle n'était ni plus ni moins que du bétail auquel on avait collé un code barres pour pouvoir l'identifier plus facilement. Hermione ne portait plus que des manches longues, pour cacher cette ignominie aux yeux de tous. Déjà qu'elle n'était pas belle, elle était devenue repoussante. Aucun homme ne s'intéressera jamais plus à elle dans ces conditions.
Le regard d'Hermione fut captivé par la lueur d'une flamme qui vacillait dans l'obscurité, baignant les environs d'une douce lueur ambrée. Pas plus tard que cet après-midi, une gerbe de fleurs y avait été déposée, remplaçant l'ancienne qui avait commencé à se faner. Hermione contempla le dispositif quelques instants, hésitant sur l'attitude qu'il fallait adopter en de telles circonstances. Elle finit par s'agenouiller au sol, et par poser ses livres à côté d'elle. Elle caressa du bout des doigts l'un des cierges qui crépitaient dans l'ombre, diffusant comme un message d'espoir aux survivants. Hermione se laissa fasciner par cette lueur, jusqu'à ce qu'elle ne sursaute: elle venait d'être brûlée par une goutte de cire liquide qui avait dévalé la tige sacrée. Par réflexe, elle porta son pouce à sa bouche, et le suçota doucement. Elle décida qu'il serait plus sage, à l'avenir, de ne plus y toucher. Elle se mordilla la lèvre inférieure, et se mit à parler.
-Salut, Lavande.
Ce soir là, Hermione savait précisément qui elle allait prier. Son choix était d'autant plus justifié qu'elle s'était parfois montrée odieuse envers Lavande, sans réelle raison. Elle l'avait peut-être enviée parce que Lavande était plus jolie, plus ouverte, plus vivante. Elle était légère et innocente, elle avait toujours des sourires à distribuer et une joie de vivre tout bonnement épatante. La guerre avait éteint cette flamme, et c'était entièrement de la faute de Greyback si l'obscurité avait envahi le cœur de son cher Ron.
-Comment tu fais? Finit par demander Hermione, d'une voix brisée. Comment tu fais pour sourire, pour rayonner autant? Tout est mort ici, depuis que tu n'es plus là. Qui…qui vient nous rapporter les derniers potins, ou…ou lancer ces débats passionnés sur les garçons de Gryffondor? Tu n'aurais jamais dû mourir, Lavande, tu étais trop jeune pour ça, trop innocente, tu n'avais pas le droit!
En prononçant ces derniers mots, Hermione avait fondu en larmes. Elle avait sangloté de longues minutes, pleurant la mort de son amie, celle de tous les autres qui avaient péri dans cette putain de guerre absurde. Hermione se sentait tellement mal d'avoir survécu, alors qu'elle était incapable de profiter de la vie. Elle hoquetait en silence, terrassée par la douleur. Elle sentait son cœur éclater de part en part, et le sang inonder sa cage thoracique. Aux yeux de tout le monde, elle avait tâché de rester forte, autant qu'elle l'avait pu, encaissant bravement les derniers évènements. Mais en se rappelant de tous ceux qui étaient morts au combat, dont certaines étaient complètement injustes, elle avait craqué, libérant tout ce qu'elle avait encaissé jusqu'alors, elle ne pouvait plus être forte, elle était humaine elle aussi, elle n'avait que dix-huit ans à peine, et elle avait subi bien plus d'horreurs que n'importe qui. Il y avait de quoi être traumatisé, franchement. Et traumatisée, Hermione l'était, mis à part qu'elle avait mis des semaines à le comprendre.
Et tout à se laisser aller à sa douleur, Hermione n'avait pas vu une tierce personne arriver, un blessé de la guerre lui aussi. Elle n'avait pas encore réalisé que Théodore Nott était debout, à côté d'elle, et qu'il contemplait également les fleurs et les cierges, la mine sombre. Lui aussi avait vécu cette guerre, de l'intérieur, il avait perdu son père, il était désormais orphelin. Théodore n'oubliera jamais que la dernière pensée qu'eut son géniteur à son égard fut qu'il n'était qu'un traître, celui qui avait retourné sa veste au dernier moment pour combattre aux côtés de ceux qui défendaient la liberté. Pour être libre, Théodore avait trahi les siens. Il avait fait ses choix, il était seul désormais, car bien évidemment, il portait encore le nom de ceux qui avaient voué une fidélité sans faille à feu Voldemort depuis au moins deux générations.
Sans mot dire, il s'était agenouillé à ses côtés, et il fixait de son regard vide le portrait de Lavande, cette fille qu'il ne connaissait que de nom. Théodore ne joignit pas les mains en signe de prière, il avait encore un bras en écharpe, à moitié rendu inutilisable à cause d'un sort de magie noire qu'il avait reçu pendant la grande bataille et qui gangrenait sa chair. Sur la joue, une vieille balafre, récoltée des combats féroces qui s'étaient engagés entre les deux camps. Harry Potter n'était plus le seul à écoper du surnom de balafré. Balafrés, ils l'étaient tous un peu, à leur façon. Si le corps n'avait rien, leurs âmes, elles, en souffriraient un long moment encore, et ne cicatriseraient jamais complètement. Tous ou presque avaient perdu quelqu'un, un camarade, un ami, voire même, de la famille. L'on savait déjà que les enfants nés de ces jeunes adultes porteraient le prénom de ceux qui étaient tombés au nom de leurs idéaux. Fred, Severus, Albus, Remus, Tonks et tant d'autres qui manquaient à l'appel. Trop de familles déchirées par cette guerre absurde qui, au final, ne rimait strictement à rien, pendant des années, tous s'étaient battus pour du vent, car désormais, sang-pur ou non, ils étaient dans le même panier: celui de la reconstruction.
Hermione ne comprit pas ce qui était en train de lui arriver lorsque deux bras vinrent l'enserrer avec force. En moins de temps qu'il fallait pour le dire, elle venait de se retrouver plaquée contre ce torse inconnu. Elle renifla piteusement cette fragrance qui lui était inconnue. Ce n'était ni Harry, ni Ron, c'était quelqu'un d'autre, mais cela ne l'empêcha pas de s'accrocher désespérément à la chemise de celui qui allait désormais être son sauveur, celui qui lui a tendu la main alors que tout était si noir autour d'elle, pimpant de désespoir. Elle respirait cette odeur, aux accents suaves, elle se sentait rassurée par cette présence, et, corrélativement, ses sanglots commencèrent à se tarir. Ses multiples soubresauts commencèrent même à se calmer à mesure que ses mains d'homme caressaient doucement son dos, la frictionnant gentiment.
-Je suis là. Murmura-t-il simplement. Ca va aller.
Et dès lors, Hermione sut que ça allait vraiment aller, que ce n'étaient pas des paroles en l'air, destinées à simplement la contenter. Non, ces mots là étaient sincères, véritables, et elle le savait d'autant plus que l'inconnu n'avait pas hésité une seule seconde avant de la prendre dans ses bras, pour lui offrir tout le soutien et le réconfort qu'elle avait désirés ardemment. En plus, l'inconnu n'était plus si inconnu que ça, elle savait désormais qui venait de la rattraper solidement alors qu'elle se laissait doucement sombrer. Elle en était fort étonnée, puisqu'auparavant, ils ne se fréquentaient pas plus que cela, mais ce soir, sa présence était providentielle, et elle n'avait rien besoin de plus pour le moment. Lui seul suffisait.
La veille, ils s'étaient quittés sans dire un mot. Elle était retournée au dortoir des Gryffondor, le cœur apaisé. Théodore n'avait pas eu besoin de dire quoi que ce soit d'autre, alors, il était simplement parti de son côté, sans mot dire. En réalité, il l'avait juste relâchée, puis il lui avait souhaité bonne nuit. Elle s'était contentée de lui retourner ses deux mots, avant de s'éloigner à son tour. Bonne nuit. Voilà à quoi tenait leur conversation de la veille, en tout et pour tout, ils avaient échangé deux mots, au sens littéral du terme. À présent que cela était fait, Hermione n'avait aucune espèce d'idée de quand elle verrait Théodore la prochaine fois, en fait, elle ne s'attendait même pas à ce qu'il y ait une prochaine fois: ça s'était déroulé dans l'instant, sans que ni l'un ni l'autre ne puissent faire quoi que ce soit.
Ce matin là, Hermione était allée à la volière, pour porter une lettre à Ginny qui n'avait pas souhaité revenir à Poudlard pour finir sa scolarité. La rousse avait décidé de poursuivre sa carrière dans le Quidditch, et pour tout avouer, elle excellait dans ce domaine. Niveau sentimental, la cadette des Weasley était également très comblée: depuis la fin de la guerre, son couple avec Harry était au beau fixe. Ils étaient tous heureux, à leur manière. Il n'y avait qu'Hermione pour se sentir morose, comme rongée de l'intérieur par cette guerre intestine qui n'avait que trop duré. Dans ses rêves, quand bien même elle serait morte, Bellatrix Lestrange revenait la hanter et la torturer, encore et encore, et il n'était pas rare qu'Hermione soit réveillée par ses propres cris de douleur. Elle qui n'avait jamais hurlé dans son sommeil, jamais gémi, c'était devenu monnaie courante, et elle avait dû demander à Mrs Pomfresh une potion qui lui permettrait de dormir d'une traite, et surtout, d'un sommeil sans rêves.
En revanche, ce qu'elle n'avait pas prévu ce matin là, c'était que quelqu'un d'autre avait également eu l'intention de porter une lettre à la volière. Son cœur avait manqué un battement lorsqu'elle avait réalisé qu'il était là. Il lui avait paru plus grand et plus imposant que jamais, la fatigue semblait marquer durablement ses traits durs et burinés, et Hermione s'était sentie dépitée dès lors qu'elle avait constaté que plus rien d'enfantin ne subsistait chez lui. Théodore Nott avait beau n'avoir que dix-huit ans, peut-être dix-neuf, ses traits étaient déjà adultes, pire encore, il paraissait avoir pris un coup de vieux, il semblait porter le poids du monde sur ses épaules, tel un Atlas déboussolé. Et elle, qu'en était-il de son côté? Hermione n'était guère plus reluisante, son visage avait considérablement maigri et ses prunelles ambrées avaient perdu l'éclat d'innocence qui avait su séduire Ron, avant qu'il ne se lasse et aille voir ailleurs, chez une joueuse de Quidditch bien plus vieille que lui car évidemment, Ron aimait les femmes plus âgées. Et les femmes plus âgées le lui rendaient bien, elles appréciaient sa jeunesse, sa vigueur, sa candeur aussi, probablement que ses aspects à côté de la plaque pouvaient séduire également, sa maladresse chronique était attachante, et son regard myosotis en troublaient plus d'un.
Hermione avait laissé échapper un soupir à fendre l'âme, puis elle avait attaché sa missive à la patte d'un hibou. Elle s'était approchée de l'ouverture pour le laisser partir, et elle s'était accoudée à la fenêtre sans plus en partir. Elle avait gardé le regard obstinément fixé sur le décor, elle s'était accordée quelques instants de mélancolie, un peu de répit où elle s'autorisait enfin à ne penser à rien du tout. La cadence de son cœur s'était imperceptiblement accélérée lorsque Théodore s'était approché, pour lui aussi poster son courrier. Il s'était accoudé à côté d'elle, sans dire un mot, laissant une Hermione profondément troublée.
-Salut. Avait-il osé dire, au bout de cinq minutes de silence gêné.
-Salut. Avait-elle répondu, sur le même ton, le regard toujours dardé sur un point fixe au dehors.
-Tu vas mieux? S'était-il enquis en posant ses yeux sombres sur sa silhouette frêle.
Elle avait frissonné de la tête aux pieds en entendant le son de sa voix. Il avait une voix grave, suave, un brin rocailleuse. Et son regard la brûlait, elle se sentait bien nue sous ses prunelles inquisitrices, qui semblaient la sonder au plus profond de son âme. Par ailleurs, elle avait noté qu'il lui avait demandé si elle allait mieux plutôt que de savoir si elle allait bien, parce que de toute évidence, il savait qu'elle n'irait pas bien, pas dans l'immédiat, en tout cas. Hermione s'était alors rendue compte qu'elle ne l'avait jamais vraiment regardé. Théodore n'était pas nécessairement beau, il avait même un visage quelconque, mais ce qui était sans doute le plus marquant, chez lui, c'était son charisme épatant, la force tranquille qui semblait se dégager de lui, ainsi que l'intensité de son regard, qui continuait à la brûler sans vergogne. Tout ceci combiné conféraient à un physique a priori banal, sans grand intérêt un charme unique, indescriptible. Oui, voilà, c'était tout à fait ça. Il n'était pas beau, dans le sens canon que toutes les filles s'arrachaient, non, il avait plutôt du charme, l'art et la manière de captiver son auditoire, et ce charme, on ne pouvait le débusquer à moins de l'observer attentivement, car ce n'était pas un détail qui sautait aux yeux, loin s'en fallait.
-Tu as déjà tout arrangé. Avait-elle soupiré, du bout des lèvres, sans vraiment se rendre compte que ses mots avaient pris le pas sur sa pensée.
-Tu m'en vois heureux, alors. Avait-il répondu, en lui offrant un simulacre de sourire, sourire qu'elle lui avait rendu timidement.
Pour la première fois depuis longtemps, elle n'avait pas ressenti le besoin de se forcer, ce mouvement de ses lèvres, même s'il avait perdu de son naturel, lui était venu comme un automatisme, ce qu'elle avait offert à Théodore, c'était un sourire sincère, bien qu'il y avait encore de la place pour les progrès. Mais c'était tout de même mieux que rien, on pouvait constater une très nette amélioration. Théodore était là maintenant, près d'elle, et elle n'avait rien besoin de plus.
-Merci. S'était-elle alors contentée de murmurer d'une voix sibylline. Merci d'avoir été là.
-Pas de soucis. S'était-il empressé de répondre, les joues légèrement roses.
-Et je suis désolée d'avoir ruiné ta chemise, je t'en offrirai une nouvelle au besoin. Avait-elle ajouté, un sourire contrit accroché aux lèvres.
-Sérieusement Hermione, tu t'entends parler? Avait-il soupiré, en levant les yeux au ciel. Tu crois sincèrement que je vais m'inquiéter de ma chemise alors que hier soir, tu semblais vraiment mal en point?
Pour toute réponse, Hermione lui avait adressé un sourire un peu plus consistant que la première fois. Théodore Nott était vraiment un drôle de personnage, il était différent en tous points des autres Serpentard. Les Serpentard n'étaient pas tous comme Malefoy, c'est-à-dire bêtes et méchants, certains étaient parfaitement normaux, se fondant dans la masse tant ils paraissaient…banals, d'une banalité à pleurer. Hermione avait vu Théodore traîner avec Malefoy des fois, mais jamais il n'avait proféré une seule insulte à l'égard du très célèbre Trio d'Or, au contraire, il s'était contenté de les ignorer royalement, adressant parfois quelques mots à Hermione seulement parce qu'ils suivaient le même cours d'Arithmancie. Théodore Nott n'était pas un bavard, il était même plutôt timide, et un brin taciturne, moins il se mélangeait aux autres et mieux il se portait, il n'avait pas besoin d'être entouré par des personnes toutes autant hypocrites les unes que les autres pour être heureux.
Alors, pour une fois, Hermione n'avait rien trouvé à répondre. Elle était restée d'autant plus muette qu'il s'était penché pour poser un baiser sur son front, la faisant rougir à son tour. Elle avait fermé les yeux au contact de ses lèvres sur sa peau, et elle avait été déçue qu'il ne lui offre rien d'autre. Qu'espérait-elle, au juste, ils n'étaient rien l'un pour l'autre, ils se connaissaient à peine, et qu'il se montre proche d'elle de cette façon, c'était déjà trop pour lui, vraisemblablement pas dans ses habitudes. Tout ce qu'elle avait pu faire, ce matin, là, c'était de le regarder partir, se fondre à nouveau dans le décor comme il l'avait toujours fait. Il n'était rien d'autre, rien d'autre qu'une ombre.
La troisième fois qu'Hermione s'était retrouvée en présence de Théodore, elle s'était dit que ce n'était plus qu'une simple coïncidence, que quelque chose était en train de se tramer dans son dos. C'était sans doute le destin, qui avait son mot à dire dans toute cette histoire, ce fichu destin qui s'acharnait à les pousser sur le chemin de l'autre. Pourtant, Hermione n'avait pas grand-chose à lui dire, enfin, rien de plus que ce qu'il s'étaient déjà dits. Finalement, peut-être qu'ils n'avaient pas nécessairement besoin de se parler pour pouvoir être ensemble, peut-être que la seule présence de l'autre pouvait suffire. Et cette présence, pour sûr qu'elle suffisait, cela ne faisait même aucun doute. Hermione l'avait expérimenté pas plus tard que lors de leur troisième rencontre, qui fut spéciale à bien des égards, probablement parce que ce fut cette fois-là qu'ils eurent une véritable conversation, et non pas deux mots échangés, trois petits tours et puis s'en allaient.
Cette fois là donc, Hermione avait retrouvé Théodore au bord du grand lac noir. Le Serpentard avait les pieds dans l'eau glacée, et il s'amusait à faire des ricochets avec les pierres qu'il ramassait sur la berge. Fascinée, Hermione avait regardé son bras se tendre en arrière, puis son dos s'arquer alors qu'il préparait son tir, avec une minutie chirurgicale. Puis, d'un geste souple du poignet, il avait envoyé la pierre, qui avait rebondi quatre fois sur la surface de l'eau avant de sombrer avec un plouf caractéristique. Théodore, lui, ne s'était pas aperçu de sa présence. Il continuait son activité comme si de rien n'était, inlassablement qui plus est. Il s'acharnait encore et encore, soucieux de parfaire son résultat. Parfois, il y avait trois rebonds, parfois même pas du tout, mais il ne dépassait guère les cinq, et ses gestes devenaient de plus en plus anarchiques à mesure qu'il s'énervait, agacé d'avoir si peu de résultats. Et s'il y avait bien une chose qu'Hermione ne savait pas faire, c'était bien ça, faire des ricochets. A dire vrai, elle ne s'y était jamais intéressée auparavant, et puis bon, ce n'était pas quelque chose qui s'apprenait dans les livres.
Alors, elle l'avait regardé faire, attentivement, s'attendant à savoir le faire par mimétisme. Parfois, on pouvait apprendre sur le tas en regardant les autres faire. Après l'avoir étudié quelques temps, la Gryffondor s'était décidée à se baisser pour ramasser un galet. La pulpe de ses doigts rencontra le lisse de la pierre, s'étonnant de n'y trouver aucune aspérité. La nature, encore une fois, avait bien fait les choses. Se pouvait-elle qu'elle seule puisse atteindre un tel niveau de perfection, alors que les humains s'échinaient en vain à s'en approcher le plus possible? Hermione, faute d'avoir la réponse à cette question pourtant existentielle, s'arqua à son tour et se prépara à tirer. Elle afficha une expression profondément dépitée lorsque sa pierre coula directement, sans même rebondir à la surface du lac. Le point positif, en revanche, c'était sans doute que Théodore, à présent, avait noté sa présence. Comme à l'accoutumée, il la dévisageait de ses grands yeux sombres, et une fois encore, Hermione se sentit déshabillée du regard.
-Excuse moi, je ne t'avais pas entendue arriver. Avait-il annoncé, non sans se défaire de son sempiternel sourire en coin.
-C'est que je me suis faite très discrète. Avait-elle répondu du tac-au-tac, lui arrachant un sourire encore plus large.
-Je ne savais pas que tu venais ici pour faire des ricochets. L'avait-il taquinée alors qu'Hermione avait senti ses joues s'enflammer sous l'effet de cette assertion.
-A dire vrai, je ne sais pas en faire. Avait-elle avoué à contrecoeur, détestant avouer de la sorte ses faiblesses, si tant était que ne pas savoir faire des ricochets en était une.
-Toi, ne pas savoir quelque chose? L'avait-il provoquée tout en s'approchant d'elle, la faisant trembler de la tête aux pieds. Blague à part, je peux t'apprendre si tu le souhaites.
-Pourquoi pas. Avait-elle répondu, sur la défensive. Ca peut toujours s'avérer instructif.
-Viens-là. avait-il commandé de sa voix qui avait le don de lui coller des frissons partout.
Alors, tout simplement, elle s'était mise là, comme il l'avait demandé. De deux pas, il s'était encore rapproché, et à présent, il était derrière elle, si proche, que ça en était troublant. D'une main, il tenait un galet, alors que de l'autre, il effleurait doucement sa taille du bout des doigts. Hermione avait tremblé plus fort lorsqu'il avait directement posé sa main virile sur sa hanche, et déjà, son souffle se voulait plus heurté, à mesure que son trouble s'accroissait de façon exponentielle. Lentement, il avait glissé le galet dans sa main droite, et Hermione avait ressenti la décharge électrique qui l'avait traversée au contact de leurs peaux…Elle pouvait sentir son souffle chaud sur sa nuque, alors qu'il était indécemment proche. Il modelait son corps à sa guise, de façon à ce qu'elle réussisse à coup sûr son tir, et elle frissonnait abondamment sous ses caresses presque innocentes. Ressentait-il aussi cette tension qu'il y avait entre eux, ce désir puissant et impérieux, mais aussi, l'électricité?
-Maintenant, essaies de lancer. Lui ordonna-t-il, tout près de son oreille, sa main toujours posée sur sa hanche. Vas y doucement. Je peux bien t'apprendre la gestuelle, mais encore faut-il que tu doses ton tir.
Alors que ce n'était pas franchement drôle, Théodore avait éclaté de rire dès lors qu'Hermione avait échoué son tir pour la seconde fois. C'était la première fois qu'Hermione l'avait entendu rire, aussi, elle avait été plus troublée que jamais, grisée par les différentes facettes de cet homme qu'elle était en train de découvrir. Son cœur battait encore la chamade, il s'emballait dangereusement dans sa poitrine alors qu'il continuait de l'effleurer, comme si de rien n'était. Oh, évidemment, elle ne pouvait croire que son attitude était innocente, il l'avait ressenti lui aussi, elle en était certaine. Il était en train d'en jouer, il ne pouvait en être autrement. Finalement, l'hilarité du jeune homme s'était calmée, et il avait glissé à son oreille, non sans l'embrasser sur la joue.
-Ce n'est pas grave. Avait-il assuré, alors qu'Hermione était mortifiée. On ne peut pas toujours réussir du premier coup.
Finalement, il s'était éloigné, dissipant du même coup toute la tension qui s'était accumulée entre eux. Une fois encore, il l'avait laissée pantelante et frustrée. Il s'était éloigné simplement pour pouvoir en faire lui aussi, et, d'un regard circonspect, elle l'avait regardé faire. Elle s'était efforcée de l'imiter, en vain, c'était à croire qu'elle ne devait pas être douée pour faire des ricochets. Ils avaient joué ainsi une bonne partie de l'après-midi, s'amusant véritablement pour la première fois depuis longtemps. Elle s'était surprise à rire parfois, et elle s'était également surprise à tomber amoureuse du rire de Théodore, au demeurant si rare. En l'espace d'un après-midi, ils avaient retrouvé un tant soit peu d'innocence propre à l'enfance, à travers leurs rires et leurs jeux, et surtout, surtout, il y avait ce lien tangible et encore un peu fragile qui s'était tissé entre eux, un lien qui reposait sur l'étonnante complicité qu'il y avait entre eux, malgré toutes leurs différences.
La quatrième fois qu'Hermione avait retrouvé Théodore, c'était lui qui était venu à elle. La dernière fois qu'ils s'étaient quittés, elle lui avait soufflé à l'oreille le mot de passe de la salle commune des Gryffondor. Et même si en théorie le règlement l'interdisait, pour une fois, Hermione pouvait bien y faire une entorse, d'autant plus que Théodore était selon elle une personne digne de confiance. Alors non, elle n'avait eu aucun scrupule à lui communiquer le mot de passe, au cas où, lui avait-elle glissé à l'oreille, il aurait envie de la voir. Quand elle était repartie de son côté, Hermione n'avait jamais cru que Théodore aurait eu le cran de venir, ou même, qu'il tenait suffisamment à elle pour se rendre en territoire ennemi. Il était une heure du matin, il n'était pas certain d'y trouver Hermione, mais qu'importait, dans le fond, il savait qu'elle était insomniaque, qu'il y avait de fortes chances pour qu'elle soit encore en train de travailler sur ses devoirs à l'heure qu'il est, alors, il avait tenté sa chance. La Grosse Dame avait bougonné de voir un élève de Serpentard s'approcher de sa si précieuse salle commune, mais elle l'avait laissé entrer, dévoilant son trésor au visiteur plus qu'étonné par ce qu'il voyait.
La salle commune des Gryffondor était tellement plus chaleureuse que la sienne, il y régnait une franche camaraderie quand bien même elle serait vide, comme c'était présentement le cas. Mais ce n'était pas le décor qui l'avait intéressé ce soir là. Non, ce qui l'avait intéressé, c'était cette jeune femme assise dans un des fauteuils moelleux et qui semblaient terriblement avenants. Elle était penchée sur ses devoirs, exactement comme il l'avait deviné. Tout doucement, il s'était approché d'elle, pour ne pas lui faire peur. Et, tout en s'arrêtant juste derrière le canapé, il s'était exprimé à voix basse, pour ne pas alerter les autres qui devaient dormir à poings fermés.
-il est une heure du matin, Hermione, tu ne devrais pas être ici.
-Je devrais être où, alors? S'était-elle enquise, non sans tourner la tête vers lui.
-Dans ton lit, par exemple. Avait-il répondu, comme si cela relevait de l'évidence même -et seul Merlin savait que c'était effectivement le cas. Il est un peu plus d'une heure du matin.
-Je n'ai pas sommeil. Avait-elle rétorqué tandis qu'il avait fait le tour du fauteuil pour venir s'asseoir à côté d'elle, sur l'accoudoir, la contraignant à se pousser un peu pour lui faire de la place. Et toi, je pourrais te retourner la question.
-J'avais envie de te voir. Avait-il dévoilé, l'air légèrement penaud, alors que le cœur d'Hermione s'était remis à battre à un rythme endiablé dans sa poitrine. Je savais que je n'arriverais pas à me défaire de cette idée avant de venir, alors, me voilà. La seule façon de résister à la tentation est d'y céder, n'est-ce pas ce qu'avait dit un jour ce bon vieil Oscar?
-Tu connais Oscar Wilde, toi? Avait-elle questionné, véritablement surprise qu'il connaisse cet auteur moldu.
-il faut bien se cultiver. Avait-il éludé en haussant les épaules. Quand on n'a rien d'autre à faire, je pense que c'est mieux de se cultiver plutôt que de se laisser aller à l'oisiveté, tu ne penses pas?
-Je suis d'accord. Avait-elle approuvé en hochant la tête affirmativement pour appuyer ses propos.
-Plus sérieusement, pour répondre à ta question, avait-il repris, avec assurance, c'est que non seulement j'avais envie de te voir, mais en plus, je n'arrivais pas à dormir, en plus de me sentir horriblement seul.
-Tu sais, il y a mieux que moi comme compagnie. Avait-elle souligner, non sans arquer un sourcil perplexe.
-Peut-être, avait-il concédé, arrachant à la Gryffondor une moue boudeuse, mais c'était toi que je voulais voir. C'est à croire que tu aimes te l'entendre dire, combien de fois faudra-t-il que je te le répète?
-Autant de fois qu'il sera nécessaire. Avait-elle gloussé, alors que sur ses lèvres s'était peint un gigantesque sourire malicieux.
-Evidemment. Avait-il soupiré tout en levant les yeux au ciel. Tu ne perds pas le nord, toi.
-Jamais.
Puis, le silence était revenu, confortable, cette fois-ci. Théodore s'était confortablement calé dans le fauteuil, et il était en train de regarder le plafond, comme si ce dernier avait quelque chose de particulièrement passionnant. Tout, mais ne surtout pas penser à la trop soudaine proximité d'Hermione, qui l'obnubilait plus qu'il n'était nécessaire. En fait, ce qui l'avait empêché de dormir, c'était d'avoir compris que de fil en aiguille, il était tombé amoureux d'elle, comme ça, sans qu'il ne sache véritablement comment l'expliquer. Ils s'étaient véritablement parlés que quatre fois, mais ces quatre fois avaient suffi à dégeler son cœur glacé, qui n'avait jamais battu pour qui que ce soit. Hermione n'était peut-être pas douée pour les ricochets, mais elle pouvait désormais se targuer de cet exploit. Le lien qui s'était forgé entre eux était indéniable, tangible, et Théodore savait qu'Hermione ressentait la même chose elle aussi.
Depuis quand l'avait-il réalisé? Simplement depuis leur petite escapade au lac, là où il avait été particulièrement proche d'elle, à la fois physiquement et mentalement. Il s'était senti parfaitement en osmose avec elle, et s'il ne devait pas vivre d'histoire avec elle, alors, ça ne serait avec aucune autre, car aucune autre n'était capable de lui donner ce sentiment de plénitude qu'il ressentait alors qu'il était avec elle. Hermione était rentrée dans sa vie, et elle y avait tout foutu en l'air, ses croyances, ses principes, jusqu'à même ses certitudes. Tout ce qu'il avait été, ou tout du moins, ce qu'il avait cru être avait volé en éclats, à présent, il ne savait plus grand-chose, en fait, il ne savait plus rien. Et, il en était certain, Hermione était la seule avec qui il pouvait espérer tout reconstruire, d'ailleurs, n'avaient-ils pas commencé à se reconstruire, tous les deux, simplement en se contentant de la présence rassurante de l'autre? Alors, tout doucement, Théodore s'était emparé de la main d'Hermione, qui par ailleurs, avait cessé de travailler, pour se blottir dans le fauteuil elle aussi.
-Hermione? Avait-il demandé d'une voix rauque, pour attirer son attention.
-Oui? Avait-elle répondu tout en tournant son visage fatigué vers lui, alors qu'il se mordillait la lèvre inférieure avec hésitation.
-Cela ne te paraît-il pas trop prématuré si je t'embrasse maintenant?
Hermione l'avait regardé, complètement abasourdie. Visiblement, elle ne s'était sûrement pas attendue à ce qu'il lui demande la permission, là où d'autres ne seraient absolument pas gênés. Et rien que l'idée, en elle-même, lui donnait des frissons, une nuée de papillons venait de s'envoler dans son ventre, alors qu'elle tentait de s'imaginer les lèvres de Théodore posées contre les siennes, sa langue se glisser doucement dans sa bouche….Hermione s'était à son tour mordillé la lèvre inférieure, ne sachant pas quoi lui répondre. D'un côté, elle en avait terriblement envie, mais d'un autre, ses expériences en la matière n'avaient pas été très ragoutantes. Elle avait échangé quelques chastes baisers avec Viktor Krum, peu avant qu'il ne reparte en Bulgarie, puis, son premier vrai baiser, avec les langues qui se caressent, elle l'avait échangé avec Ron, et ça n'avait pas été bien folichon. Mais d'un autre côté, elle était en train de se dire qu'elle n'avait qu'une vie, et que si elle s'arrêtait à quelques expériences ratées, il y avait des chances pour qu'elle passe à côté d'autres expériences, autrement plus intéressantes.
Alors, doucement, elle s'était redressée, de façon à s'agenouiller dans le fauteuil. Elle s'était mordillée la lèvre inférieure, puis, doucement, elle s'était approchée de lui. Elle avait posé ses mains sur ses épaules, puis, elle avait délicatement posé ses lèvres sur les siennes, pour lui donner un baiser extrêmement chaste. Elle avait senti son cœur exploser dès lors que leurs lèvres s'étaient effleurées, alors que le désir, puissant et impérieux, remontait en elle par vagues successives. Théodore, lui, n'en avait pas attendu davantage de sa part, ayant saisi le signal, il avait noué ses bras autour de sa taille pour l'attirer contre lui, la forçant à glisser une jambe en travers des siennes de façon à ce qu'elle se retrouve à califourchon sur lui. Hermione avait passé ses bras autour de son cou, et elle l'avait serré tout contre lui. Il avait pressé ses lèvres sur les siennes avec ferveur, et elle s'était sentie chavirer dès lors qu'il avait voulu approfondir le baiser. Hermione avait entrouvert la bouche, légèrement tremblante, et elle s'était figée lorsque la langue du Serpentard s'était glissée entre ses lèvres, pour venir valser avec sa jumelle. Au départ, ce contact chaud et humide ne lui avait toujours pas paru plaisant, c'était même plutôt bizarre, mais elle avait fini par s'y faire, à mesure que leurs langues s'affrontaient doucement, jusqu'à ce qu'il finisse par la soumettre à lui, à sa douce torture. Réflexion faite, ce n'était pas si désagréable, et Hermione s'était même autorisée à penser qu'il fallait passer par quelques expériences pas terribles pour accéder à quelque chose de bien mieux.
