Bonjour tout le monde. Comment ça va aujourd'hui ?

Perso, je suis plutôt contente, je me suis remise à écrire sérieusement pour cette fic, alors que ça faisait bien 5 mois que je n'y avais pas touché... donc j'écris actuellement le chapitre 30 ! Et ça promet, mes amis ;). Du coup, pour fêter ça (et aussi pour remercier la plus géniale des copines de m'avoir lue entièrement la semaine dernière), je vous poste ce chapitre la veille de la date prévue !

Précédemment dans la Volonté de l'Ange (oui, je vais commencer tous mes chapitres comme ça à partir de maintenant), on avait Alice qui balisait pas mal (pour ne pas dire qu'elle a complètement plongé dans la dépression) après sa possession et son exorcisme, et Yliana et Morgane qui rendaient visite aux Winchesters, parce que Castiel a bien envie de retrouver son Dean préféré, quand même. C'est là qu'on se retrouve.

Je tiens avant toute chose à remercier très chaudement Courtney Ackles pour sa review, il me tarde que tu voies ce que j'ai fait de mes personnages... héhé. Je suis très contente de voir qu'ils te plaisent en tout cas ! (enfin, c'est l'impression que j'ai, hein, dis-moi si j'me trompe). Je veux aussi faire des gros poutous sur le museau de Benitsuki Tora, ma jolie et merveilleuse copine qui illumine chaque jour un peu plus mon existence ET QUI RATTRAPE SON RETARD SUR CETTE FIC, OUIIIIIII ! (j'pète pas un plomb) (presque pas) (mééééé tu m'as manqué aussi) (puis tu m'as tellement vite cramé c'était beau) (promis, j'vais rattraper les chapitres qui me manquent sur Feu et Foudre) (promiiiiis j'arriiiiiiiiiiiiiiiiveuh)

Pour ce chapitre, je tiens à vous avertir, à écrire en gros, en large, et en travers : si vous êtes un tant soit peu mal à l'aise avec le thème de l'automutilation (scarifications et autre joyeusetés du genre) je vous en conjure, faites attention à vous en lisant ce chapitre. Jusqu'au premier trait de séparation, je mets en scène une description très détaillée d'une séance de scarification (tant pis pour le spoil, c'est important pour moi que chaque lecteur.e sache dans quoi iel s'engage en lisant la première partie de ce chapitre). Vous pouvez tout à fait ne pas lire cette première partie si vous préférez (et si vous hésitez, s'il vous plaît, ne lisez pas !), mais dans ce cas-là, dites-le moi dans les commentaires, pour que je sache si je dois faire un petit résumé d'un élément important pour le scénario dans l'introduction du prochain chapitre.

Pourquoi ai-je inclu ce genre d'éléments dans cette fic, si c'est si problématique, me direz-vous ? Eh bien, c'est parce que c'est un thème qui me tient particulièrement à coeur et dont j'avais envie de parler. Je pense qu'il est important que les gens sachent ce qu'il se passe dans la tête des personnes qui s'automutilent, et surtout, je pense qu'il est important de se sentir compris, entouré et représenté. Ecrire cette scène était une expérience à mi-chemin entre l'exutoire et le fait d'immortaliser une partie de ma vie que je ne souhaite plus oublier désormais. L'écrire était important pour moi, et c'est encore à cela que sert la fanfic, mais je vous en conjure, si vous sentez que cela peut vous déplaire, voire vous déranger ne serait-ce qu'un peu, faites attention à vous, et considérez sérieusement l'idée de sauter ce passage.

Sachez juste que la raison pour laquelle le personnage en question se mutile n'engage que ce personnage et personne d'autre, et que ce n'est pas représentatif de tous les gens se scarifiant.

Sur ce... je vous laisse lire tranquille, maintenant.

Warnings: description graphique d'AUTOMUTILATION (scarifications)


Chapitre 20 : Contrôle

Alice se retourna sur son lit et raccrocha. Aussitôt, le sourire sur son visage et le rire dans sa gorge disparurent. Elle retrouva la seule expression avec laquelle elle se sentait familière maintenant. L'inexpressivité. L'absence totale de tics faciaux. La jeune fille ne sentait rien, absolument rien à l'intérieur d'elle, et elle ne rencontrait la sérénité que lorsque son corps adoptait le même état que son esprit. Détendant tous ses muscles, elle se laissa accueillir par le matelas et noyer par la couverture au-dessus d'elle.

Elle venait tout juste d'avoir une conversation avec Eléonore, sa meilleure amie. Oui, c'était bien elle, sa meilleure amie. Pourtant, cela n'avait pas empêché ses mains de lui faire du mal, ni aux autres d'ailleurs. Elé lui avait assuré qu'Alex ne lui en voulait pas, que personne ne lui en voulait, que ce n'était pas sa faute. Mais ils ne comprenaient pas. Ce n'était pas le problème.

Durant les quelques jours qui avaient suivi, les jours qu'elle avait passé enfermée dans sa chambre, sortant à peine pour se nourrir, Alice en était venue à voir la vérité. Non, ce n'était pas sa faute. De cela, elle en était à peu près certaine. Ce n'était pas elle qui contrôlait ses mains, ni sa bouche. En revanche, elle avait tout vu. Et c'était de cela, dont elle était coupable. Elle avait tout vu. Alice avait tout vu et n'avait rien contrôlé.

Elle se sentait affreusement vide, vide de tout sentiment, de toute émotion. Son corps n'était plus tout à fait le sien, son esprit n'était pas tout à fait libre. Elle ne pouvait pas ressentir quoi que ce soit, puisqu'elle n'était pas tout à fait elle.

Bien sûr, elle pouvait faire semblant. C'est ce qu'elle avait fait avec Eléonore, juste à l'instant – c'était ce qu'elle faisait avec sa famille, avec tous les gens qui croisaient son regard. Si elle pouvait au moins contrôler quelque chose, c'était cela. L'inquiétude des autres envers elle. Elle ne pouvait pas annuler leur angoisse, pas plus qu'elle ne pouvait en supprimer la cause, mais elle pouvait réguler le mal qu'elle leur faisait.

C'était déjà cela.

Elle soupira longuement. Ses mains n'étaient même pas vraiment rattachées à son corps – comment pouvait-elle s'en servir pour faire quoi que ce soit ? Comment pouvait-elle bouger ce tas de chair qu'elle habitait, sans que ce tas de chair soit le sien ?

Elle ne le pouvait pas. Voilà quelle était la réponse. Elle ne le pouvait pas.

Trois coups sur la porte.

- Alice ?

Elle ne répondit pas. A quoi bon ? Qu'on la laisse encore un peu comme elle était maintenant. Elle n'avait pas le courage de remettre son masque tout de suite. Ni le courage ni l'envie, de toute façon.

- Alice, la salle de bain est libre, si tu veux.

Elle entendit l'intonation déçue dans la voix de sa petite sœur, mais ne trouva pas davantage le besoin de répondre. Les petits pas de Rita résonnèrent dans l'escalier. Alice écouta attentivement et se surprit à imaginer sa petite sœur, habillée d'une belle robe jaune se mariant avec ses cheveux, et de souliers noirs cirés claquant contre le bois vernis de l'escalier massif. La petite avait sans doute coiffés ses cheveux en queue de cheval – elle se plaignait qu'ils la gênaient dans le cou, en ce moment. Petite Rita, vivant sa vie, allant à l'école, ramenant des résultats excellents et rendant toute sa famille fière de leur petite dernière.

Alice ne parvenait plus à éprouver quoi que ce soit à son égard.

Elle soupira longuement, cherchant quelque part dans son corps défectueux l'énergie suffisante pour pouvoir se lever et se traîner jusqu'à la baignoire. Un bain ne se refusait pas. Dans l'eau, elle devenait moins consciente de son corps, moins alerte de toutes ces petites sensations entêtantes qui l'handicapaient.

Quand elle se leva et gagna la salle de bains, elle ne tomba sur personne. Pas de Rita, pas de Papa, pas de Maman. Personne. Ils étaient sûrement tous en bas, à parler de tout et de rien, comme dans une famille normale. Ils n'avaient pas vraiment besoin d'elle. Alice sentit une petite flamme se rallumer à l'intérieur d'elle. Ils n'avaient pas besoin d'elle. Si elle continuait à rester dans sa chambre, à se faire oublier, peut-être qu'on l'oublierait vraiment. Alors, elle n'aurait plus aucune responsabilité vis-à-vis d'eux. C'était plus facile, ainsi.

Oui, elle avait le contrôle sur cela.

Elle referma la porte de la salle de bain derrière elle et s'assura que personne ne viendrait la déranger en tournant la clé dans la serrure. Elle appartenait à un autre monde – faire face ou parler à des personnes qui n'en faisaient pas partie réclamait un effort immense qu'elle n'était pas prête à fournir après avoir dû jouer la comédie avec Eléonore au téléphone. Elle ouvrit l'arrivée d'eau, mesura la température avec le dos de sa main. Curieuse, elle tourna le robinet vers le chaud. Un frisson la parcourut lorsque sa main rougit légèrement sous la chaleur. Convaincue par la sensation, elle continua de tourner le mitigeur vers le chaud, doucement mais sûrement, obligeant sa main à rester sous le jet d'eau, à subir la brûlure, à sentir le tremblement qui remontait dans tout son bras à mesure que tout le dos de sa main, puis ses doigts, puis son poignet devenaient rouges, plus rouges, plus rouges, et qu'elle brûlait, brûlait, brûlait…

Elle retira lentement sa main, comme s'éveillant d'un rêve, régla de nouveau la température de l'eau, et regarda silencieusement la baignoire se remplir, en se débarrassant de ses vêtements. Son regard s'égara doucement, et elle se retrouva à fixer le placard du seul meuble de la pièce. Tout était blanc, absolument blanc, plus blanc que neige, sauf la poignée de la porte du placard, argentée. Il semblait à Alice qu'elle brillait. Qu'elle l'éblouissait, même. Elle marcha, entièrement nue, jusqu'au meuble et l'ouvrit. Sa main se dirigea d'elle-même vers les lames remplaçables du rasoir de son père, et elle en tira une. Elle caressait distraitement de l'index le tranchant de la petite pièce argentée et revint vers la baignoire pour arrêter l'eau.

Elle se glissa dans le liquide chaud et s'allongea, s'étendant de tout son long. La lame de rasoir était toujours dans sa main, et son regard était toujours fixé dessus, et son index se baladait toujours sur le tranchant, étonnamment doux. Alice la dévorait du regard.

Oui. C'est ça.

Le contrôle.

Lentement, très lentement, elle remonta le pied le long de la paroi de la baignoire. Son genou perça la surface de l'eau. Elle continua jusqu'à ce que la moitié de sa cuisse soit visible. Là, sans y réfléchir deux fois, elle posa le tranchant de la lame sur sa peau, appuya, et tira.

Doucement, tout doucement, elle dessina un long trait, allant de la naissance de son genou à mi-cuisse. La douleur pétilla sur sa peau, s'imprima dans ses chairs, remonta tout le long de sa jambe dans une échelle de frisson délicieux. Alice inspira profondément. Etait-ce cela, le contrôle ?

Elle releva la lame et la tint en l'air, songeuse, plongeant son regard dans le sang qui perlait sur sa peau. Rouge. Si rouge. Elle se mordit la lèvre. Elle avait mal, oui, mais elle s'en fichait. Elle seule s'infligeait la douleur. Elle seule commandait à son corps quand avoir mal, comment avoir mal, où avoir mal. Elle seule observait le sang goutter puis couler le long de sa cuisse, crever la surface de l'eau et se répandre en une douce nuée rose. La douleur n'appartenait qu'à elle, et elle en avait un contrôle total.

Alice continua à percer sa peau, faisant preuve de toute la précision du monde, prenant le temps de couper droit, couper bien, couper lentement et laisser la douleur remonter le long de sa jambe par vagues bienfaisantes. Après une vingtaine de minutes, elle posa la lame de rasoir sur le rebord de la baignoire, laissant au passage quelques gouttes de sang, et considéra sa cuisse. Elle sourit. C'était beau. C'était beau, et c'était elle, uniquement elle, qui l'avait fait.

Elle plongea brusquement sa jambe dans l'eau et observa toutes les petites gouttes de sang s'enfuir de sa peau et rejoindre l'eau, la rendant de plus en plus trouble, d'une douce teinte rosée. Alice passa la main sur sa cuisse, pour arracher elle-même toutes les petites croûtes qui commençaient déjà à se former. Elle écarquilla les yeux. Hallucinait-elle ? Ce qu'elle voyait était-elle la vérité ? Rêvait-elle, ou bien était-elle réellement témoin de la fumée noire qui s'échappait de toutes ses plaies fraîches ? Une fumée noire qui quittait son corps et rejoignait l'eau avant de tant se diluer qu'il n'y avait plus aucune preuve de sa présence ? Une fumée noire qui courait hors d'elle-même au même rythme que le calme l'envahissait, que la paix la gagnait ? Qu'elle se sentait… elle-même ?

Elle sourit. Des restes, se dit-elle, l'évidence frappant ses sens. Des restes de ce qui me possédait. Des restes de ce qui m'a ôté le contrôle. Alice frotta encore sa cuisse, plus énergiquement cette fois, mais les coupures commençaient déjà à se refermer. Un peu de sang coula encore, mais plus de fumée noire. Elle songea qu'elle pouvait recommencer pour évacuer encore plus de fumée, mais elle n'avait plus envie de se couper à présent.

Maintenant, c'est moi qui ai le contrôle, songea Alice en attrapant le savon.


- Merci, vraiment. De venir, je veux dire.

Morgane ne répondit pas. Elle n'avait pas accompagné Yliana jusqu'au bunker pour ce Sam Winchester qu'elle ne connaissait pas, ni pour son frère Dean. Elle ne le faisait pas non plus pour Castiel, l'ange qui possédait sa petite amie. Non. Elles étaient venues dans le seul et unique but d'apporter un peu de paix intérieure à la jeune fille.

- Vous avez du papier et un stylo ? Demanda-t-elle plutôt en levant les yeux de la bière qu'il lui avait servi.

Elle en profita pour regarder davantage autour d'elle, évitant soigneusement le regard de Sam, qui cherchait pourtant le sien. Elle se trouvait dans ce qui semblait être une cuisine, et ils étaient tout deux assis à la table qui trônait au milieu de la pièce. Morgane ne se sentait pas à l'aise, attablée ainsi. Plus elle observait les murs, la table trop propre, les portes des réfrigérateurs qui ressemblaient à ceux que l'on trouvait dans les morgues, moins elle avait l'impression d'être dans une… maison. Ce lieu ne lui donnait pas le sentiment d'être habité. Tout était trop vide, trop propre, trop net pour avoir une âme. Pourtant, ces deux hommes affirmaient habiter ici, et Morgane les croyaient. Il se dégageait d'eux une habitude reconnaissable. Ils connaissaient l'endroit. Mais… c'était difficilement leur maison.

- O-oui, bien sûr. Vous voulez dessiner ?

Il la vouvoyait. Sans savoir pourquoi, elle se sentit plus en confiance.

- Oui. S'il vous plaît.

Sam hocha la tête avec un fin sourire et se leva pour aller lui chercher ce qu'elle avait demandé. Morgane le remercia du regard sans y penser.

Elle n'aimait pas le fait qu'Yliana se sente obligée de revenir ici, obligée vis-à-vis de Castiel, mais elle restait elle-même. Elle aimait les autres. Elle aimait instinctivement tous les gens qui croisaient sa route. Malgré sa vie chamboulée, elle se souvenait que Dean et Sam les avait tous sauvé en venant les secourir. Et puis, eux n'avaient pas demandé à Yliana de venir. Même Castiel n'avait pas repris le contrôle de son amie pour se conduire tout seul jusqu'au bunker. Si elle devait blâmer quelqu'un ou quelque chose en ce moment même, c'était l'altruisme d'Yliana, sûrement pas les deux frères Winchester, ni l'ange.

L'ange.

C'était étrange de se dire qu'Yliana était habitée par quelqu'un d'autre. Encore plus étrange de se dire que ce quelqu'un d'autre était un peu plus que quelqu'un. C'était un ange. Une créature gracieuse, belle, et amoureuse des humains avant tout, si elle devait en croire ce qu'Yli lui avait rapporté. Elle aurait préféré qu'il se réfugie en quelqu'un d'autre. Elle-même, peut-être. On lui avait bien expliqué que Castiel était « bloqué » à l'intérieur d'Yliana, mais elle se serait volontiers offerte, dès maintenant, si cela voulait dire soulager le poids que son amie portait sur ses fines épaules.

Quand Sam revint avec ce qu'elle avait demandé et qu'il se fut rassis face à elle, elle le remercia en hochant la tête et prit le stylo en main. Aussi longtemps que reculait sa mémoire, elle ne se souvenait pas avoir jamais tenté de dessiner quoi que ce soit. Mais sa mémoire ne remontait qu'à deux ans en arrière. Peut-être savait-elle dessiner, avant l'accident ?

Elle essaya d'oublier Sam lorsque la voix d'Yliana se rappela à ses souvenirs, sa petite voix timide racontant maladroitement ce qu'elle avait vu, la nuit où elle avait découvert Morgane sur la route devant chez elle.

« Il y a eu un grand bruit. Comme si deux trucs s'étaient percutés. J'ai cru que c'était un accident de voiture, donc j'ai foncé dehors, mais… sur la route devant la maison, y'avait Alex, la voiture d'Alex garée un peu plus loin, et toi. Allongée par terre. Toute nue, et dans les vapes. Alex m'a assuré que c'était pas lui qui t'avait renversé, et comme la route est fréquentée, on s'est pas posé plus de question. On a appelé les urgences, tu t'es réveillée entre temps, puis on t'a amené à l'hôpital. Tu ne te souviens vraiment de rien ? »

Tu ne te souviens vraiment de rien ?

- Morgane ? Est-ce que vous allez bien ?

Ce n'est pas mon nom.

L'interpellée sursauta et releva brusquement la tête.

- Hein ?

- Ça va ? Reprit Sam sur un ton inquiet. Vous avez l'air… bouleversée.

Elle secoua la tête.

- Non, non, tout va bien. Ne vous inquiétez pas, répondit-elle en souriant faiblement.

Elle déglutit. Elle n'était pas sûre de comprendre ce qu'il venait de se produire, mais elle décida de l'ignorer royalement. C'était ce qu'elle avait toujours fait. De nombreuses fois ces deux dernières années, ses pensées avaient déraillé et étaient parties dans un univers où sa conscience ne pouvait pas suivre. Elle avait fait des rêves où les mêmes thèmes, les mêmes idées revenaient souvent. Elle ne se souvenait jamais de quoi exactement, mais elle savait que ça avait un rapport avec son ancienne vie.

Mais qu'importait. Personne n'était venu la chercher à l'hôpital, lorsqu'on avait diffusé une description d'elle à toutes les familles qui avaient perdu une fille dans la zone. Personne n'était venu s'enquérir de son état. Pour Morgane, cela suffisait. Elle commençait une vie en oubliant la précédente. Son intérêt pour son passé était éteint, et n'avait même jamais été allumé.

- Qu'est-ce que vous avez dessiné ?

- Vous pouvez me tutoyer, répliqua Morgane du tac au tac, sans y penser, en rejetant ses cheveux en arrière d'une main distraite. Et, hum…

Elle baissa les yeux en fronçant les sourcils, se rendant compte que sa main avait couru sur le papier sans qu'elle n'y prête aucune attention. Mais elle sourit. Elle n'avait rien dessiné de terrible, rien qui ressemble à ces dessins étranges que faisaient parfois les victimes de stress post-traumatique. Ca n'avait rien d'artistique en soi, mais le rendu n'était pas foncièrement laid. Elle supposa qu'après tout, elle n'était pas une artiste dans sa vie passée, mais elle avait un coup de main qui se valait.

- Est-ce que ce sont des ailes ? Demanda Sam.

Son ton inquiet fit relever la tête de Morgane.

- Oui. Ce sont les ailes d'Yli – je veux dire, de Castiel.

- Je peux ?

Morgane hocha la tête et retourna son dessin pour le présenter à Sam. Celui-ci ne dit rien. Après quelques secondes de silence complet, il demanda :

- Tu as vu les ailes de Castiel ?

- Ben, oui, répondit Morgane en secouant légèrement la tête, comme si c'était une évidence. On les a tous vu, il les a déployées le jour où vous êtes arrivés à l'entrepôt. Je ne les ai plus revues depuis, mais elles étaient tellement belles…

- Attends une minute. Cas a déployé ses ailes ?

Morgane hocha la tête.

- A l'entrepôt, oui, répéta-t-elle comme si Sam était sourd. Vous aviez peut-être le dos tourné ?

- Peut-être, acquiesça-t-il sans vraiment croire à ses propres mots. Mais… elles étaient exactement comme ça ? Tu n'as pas imaginé les détails ?

- Quels détails ?

- Les plumes, les ombres… les serres, aussi. Tu es sûre que tu n'as pas plutôt vu une ombre dans son dos, et que tu n'as pas inventé le reste ?

La jeune femme secoua la tête.

- Non, elles étaient comme ça. Pourquoi ? Elles vous semblent bizarres ?

Sam se tut. Morgane dut lui poser de nouveau la question pour qu'il réponde gauchement :

- Oh, non, pour rien. Non, elles sont vraiment très belles.

Il sourit. Morgane sourit. Sam lui tendit le dessin. Elle le reprit.

En replongeant son regard dessus, elle fut prise d'un court vertige, qui la quitta heureusement assez vite. Elle agita la tête de gauche à droite, de manière la plus imperceptible possible, et se concentra davantage sur son dessin. Qu'est-ce qu'il y avait de si spécial, avec ces ailes ?


La nuit était tombée depuis longtemps déjà lorsque Sam referma la porte du bunker derrière Morgane et Yliana. De nombreuses fois, il avait affirmé à la brune qu'elle pouvait partir sans aucun problème, qu'elle n'était pas obligée de rester pour Yliana, que la jeune fille était en sécurité avec eux. Autant de fois, Morgane avait énergiquement refusé. Ce n'était pas un manque de confiance, Sam en était certain – seulement, elle avait besoin de se sentir proche de la plus jeune. C'était comme si… elle se faisait un devoir de la protéger, coûte que coûte.

Pourtant, Sam aurait préféré qu'elle s'en aille et qu'elle laissât Castiel avec eux. A cause de sa présence, il n'avait pas pu discuter avec l'ange comme il l'aurait voulu. Il était certain que Cas savait quelque chose à propos de Morgane qu'eux ne savaient pas, dont elle-même ne savait rien.

Car s'il y avait bien une chose dont il était certain, c'est qu'il n'avait pas vu les ailes de Castiel durant le sauvetage à l'entrepôt. Il avait beau se rejouer la scène un milliard de fois en son esprit, il n'avait rien vu. Il avait bien compris que Castiel exorcisait le démon, oui, mais tout avait été invisible à ses yeux. Invisible aux yeux d'un humain. Morgane n'aurait pas du être capable de voir ce que lui n'avait pas vu. Sauf si cette Morgane n'était pas humaine.

Il secoua la tête. Il devenait paranoïaque. Il se faisait sûrement des idées. De toutes les coïncidences, celle-là serait la plus folle. Si Morgane n'était pas humaine, comment n'avaient-ils pas pu s'en rendre compte, ni lui, ni Dean ?

Le mystère restait tout de même entier, mais pour le moment, il n'y pouvait rien – le vaisseau de Castiel venait de franchir la porte. Il devrait garder ses questions pour une autre fois.

Il toussota et fit demi-tour, se dirigeant vers la chambre de Dean. Mais arrivé devant la porte ouverte, il se rendit compte que son frère n'y était pas. Il marcha le long du couloir en l'appelant.

- Dean ? Dean, où est-ce que tu – Dean !

Sam sursauta en trouvant son frère dans la pièce où ils emprisonnaient habituellement les démons.

- Qu'est-ce que tu fais ?

Le chasseur était assis en tailleur à même le sol de la vaste pièce. Il ne répondit pas et ce fut à peine s'il accorda un regard à son frère dans son dos. A la place, il fit rapidement glisser la lame d'un couteau sur la peau de l'intérieur de sa main. Des gouttes de sang tombèrent dans un bol posé sur le sol, devant lui. Étaient aussi disposées, tout autour du bol, quatre bougies allumées. Sur le béton armé du sol, Sam reconnaissait précisément le signe tracé à la craie.

- Dean… On a déjà essayé des centaines de fois. Crowley ne viendra pas.

- J'en peux plus, Sam, siffla Dean en guise de seule réponse.

Les muscles de ses épaules, contractés, semblèrent trembler légèrement.

- Je sais, Dean, fit Sam sur un ton compatissant en se rapprochant du centre de la pièce et en posant une main douce sur l'épaule de son frère. Mais on n'y peut rien.

Dean inspira profondément.

- Je veux retrouver Cas. Je veux qu'il revienne dans son corps. J'en peux plus, merde. Ça fait une semaine qu'on cherche dans tous les foutus bouquins du bunker, et rien. Ce fils de pute est en train de gagner et je déteste ça. Et puis merde, ça fait deux semaines, et il bouge pas ? Y'a rien qui bouge. Castiel sent rien. Il –

- C'est ce qu'il t'a dit ? Interrogea Sam.

- Ouais. Aucun démon à sa rescousse, personne a essayé de buter ni la gamine ni les gosses. Pas d'autres cas de possession démoniaque dans la ville non plus. Enfin merde, Sam, pourquoi est-ce que rien ne bouge ?

Sam serra les lèvres, s'interdisant de répondre. Quoi qu'il eût pu dire, rien n'aurait pu satisfaire Dean, pas dans cet état. Ce qu'il lui fallait, c'était du repos.

- On finira par comprendre, affirma-t-il après quelques secondes de silence tendu.

- Ouais, ricana amèrement Dean. Et quand ?

- Au moins, tu peux voir Castiel et parler avec lui. C'est mieux que rien.

Le poing de Dean se serra douloureusement sur sa cuisse. Sam fronça les sourcils.

- Franchement ? Je sais pas ce qui est le mieux, Sammy.

Soudain, il se releva et se débarrassa de la poigne de Sam sur son épaule d'un revers de la main.

- Où j'ai foutu les allumettes ? Fit-il sans se soucier le moins du monde de la discussion qui venait d'avoir lieu.

- Dean, allez, viens boire une bière, on va –

- T'as vu les allumettes, Sam ? Coupa-t-il.

Le plus jeune préféra se taire en attendant que Dean finisse le rituel de convocation. Peut-être alors entendrait-il raison. Peut-être alors pourrait-il accepter que parfois, les choses prenaient du temps, et que parfois, c'était douloureux, mais qu'il fallait s'accrocher.

Enfin, son grand frère dénicha les allumettes, qui étaient restées dans la poche arrière de son jean, revint devant le signe tracé au sol, et jeta le feu dans le bol.

- Et ad congregandum… eos coram me.

Sam reconnut l'incantation que Bobby utilisait et lui avait appris pour convoquer la plupart des démons particuliers. Cela faisait longtemps que lui et son frère n'utilisait plus aucun mot pour convoquer les démons – ces derniers savaient qui ils étaient, les fameux frères Winchesters, ils n'avaient plus besoin de s'annoncer – ni même de sang. Sam dut contrôler sa désolation pour son frère et ne rien laisser paraître. Ils avaient déjà tout essayé, Crowley ne voulait pas se montrer. Le sang et l'incantation n'aideraient pas davantage. Ils ne pouvaient pas forcer un démon à se montrer, et ce n'était sûrement pas le nombre de fois qu'ils essayaient qui changerait quoi que ce soit.

- Allez, Dean, tu vois bien qu'il ne vient pas, laisse –

- Bonsoir, les garçons.


.

.

Hello, boys. ;)

Et oui, vous l'aurez compris, c'est le retour de notre Crowley préféré ! Une idée de ce qu'il peut bien avoir en tête, pour venir tout d'un coup ?

Et Morgane, alors, des idées ? Qui est-elle - ou qui était-elle ? Vous avez enfin eu la confirmation qu'elle n'était pas humaine, mais il vous reste encore à trouver son identité... héhé. Je suis machiavélique. (Ou pas, en vrai)

Ce chapitre est un peu court et il ne s'y passe pas grand-chose, à la relecture, mais le prochain chapitre sera rempli de nouveaux éléments que vous allez, je pense, adorer ! Et pour cause, il s'appellera Révélations.

Merci d'être passé, merci d'avoir lu, et n'oubliez pas de commenter ! Dites-moi ce que vous avez pensé de ce chapitre. Et surtout, si vous l'avez lue, dites-moi ce que vous avez pensé de la première partie ! N'oubliez pas de me dire si vous ne l'avez pas lue, aussi, comme ça je saurai si je fais un résumé de ce que vous avez raté ou non.

Allez, sur ce, je vous laisse tranquille. Peace. A dans deux semaines !