21.

Revenant de très loin, Albator ouvrit son œil valide.

- Warius…

- Tu as été très mal, mon vieil ami… Tu reviens de très très loin. Mais j'ai à te solliciter d'entrée : Algie s'enfonce ! Il a besoin de toi, de ta voix, de ta présence !

- Algie ! ?

Warius aida son ami à prendre place dans un fauteuil roulant, pour l'amener à la salle de réanimation où se trouvait le jeune homme.

- Par les dieux, mon petit garçon ! Que lui est-il arrivé ?

- Son cœur a lâché… Il a beaucoup trop donné… Il te sait sauf, et il s'en va.

- Ca, jamais ! rugit le grand Pirate balafré en se saisissant de la main du jeune homme pour se pencher sur lui. Tes amis de ces mondes étranges vont te transmettre mon message : je suis là et je te veux auprès de moi, mon grand garçon ! Je ne crois pas que tu m'entendes, mais tout ce que tu as fait… Tu m'as sauvé, et je ne te laisserai pas partir, ni aujourd'hui ni jamais ! Accroche-toi à ma voix, à moi, sinon cela n'aurait rien signifié que tu réussisses et que je sois là !

Albator serra au plus fort les doigts de son fils.

- Tu n'as pas fait tout ça, ces exploits, pour lâcher. Je te l'interdits ! Contrairement à ce que j'ai dit, j'espère que tu m'entends, que tu t'accroches… Dans le cas contraire, à quoi bon m'avoir retrouvé et ramené ? Je t'aime trop, mon grand, et nous avons tous besoin de toi, nous sommes une famille !


Machinar s'approcha de son capitaine et de son ami.

- Ton intention est louable, Warius, mais tous les deux sont à ménager… Et Albator est le premier à devoir se ménager. Alguérande, je le retiens, au mieux. Ils ont tous les deux besoin de revenir, à leur rythme. Ne force, ni l'un ni l'autre, même dans les plus louables des intentions.

- Ca a fait du bien à Algie ? interrogea Albator.

- Son activité cérébrale est plus importante, il t'a entendu et a réagi. Ses battements cardiaques sont constants. Mais il est toujours dans le coma. Je vais l'en ramener, mais lentement. Warius, reconduit-le à sa chambre, il est encore bien trop faible !

Non sans soulagement, Clio vit son ami de toujours revenir, rallonger dans son lit par Warius.

- Désolé de t'avoir infligé ça…

- Si cela a pu aider mon garçon…

La porte de la chambre se rouvrit sur Marina.

- Alhannis vient d'arriver.

- Je veux le voir !

- Ce n'est pas une bonne idée…

- Après ce que je viens de faire, je pense pouvoir le supporter, assura Albator d'une voix faible. Et ce fils a lui aussi besoin de moi !

- Je te l'amène.

Mais quand Warius revint, son ami dormait profondément, veillé par son amie Jurassienne, et soulagé, Alhannis la rejoignit au chevet de son père.

- Ils sont saufs, ils reviendront tous les deux, le moment venu… Ils sont là, c'est tout ce qui importe ! Merci pour lui, Clio.

- C'était mon devoir, mon amitié, mon destin. Je vis et je m'éteindrai à ses côtés. Et tant que je suis en vie, sourit-elle.

- Merci, répéta Alhannis. Je peux veiller un moment avec toi.

- C'est un honneur.

- Oh, mon papa, quel soulagement de te savoir de retour auprès de nous ! souffla Alhannis en s'asseyant après avoir embrassé son père sur le front.


Alguérande se serra plus encore contre le massif corps chaud de Truffy qui rugit paisiblement en l'effleurant du museau.

- Je suis si bien ! Et je n'ai aucun doute, cette fois, c'est bel et bien ton Oasis, Lumélyance !

- Oui, aucune duperie de la part de Balkendorf. Il n'est plus, oublié, et c'est pire que de l'avoir détruit !

- Je ne me sens pas trop en état, en réalité.

- Tu as été très éprouvé, bien plus que tu ne le pensais. Il va te falloir du temps et beaucoup d'amour pour revenir. Et tu as si peu de temps justement, pour ce qui t'attend et ce que tu as à faire !

- Quoi, d'autres affrontements, déjà ?

- Oui, au plus proche, je suis désolée.

- Qui ? Oh, je crois que je ne l'ignore pas : Phernelmonde ! Mais, que lui ai-je fait ?

- Tu existes, alors que tu ne le devrais pas.

- Encore ce passé et futur modifiés… Ça ne me lâchera donc jamais ! ?

- C'est le poids éternel de ton retour, je le crains, Alguérande.

- Mais c'est trop, pour mon cœur, si j'en crois ce que je ressens…

- Ton cœur, la plus grande force et la plus grande faiblesse de ta lignée, c'est un fait éternel, en effet. Il n'empêche que tu dois tout endurer et tout surmonter. Je ne peux rien te promettre de mieux, sauf ta famille, elle te soutiendra toujours et te ramènera toujours.

Lumélyance sourit.

- Et là, je parle de ta famille au terme le plus proche !

- Madaryne ?

- Et vos enfants !

- Nos enfants ! se réjouit Alguérande.

- Une fois et c'est dans le mille. Vous êtes assez directs, dans ta lignée !

Alguérande se rasséréna plus encore.

- Elle est…

- Elle va te donner le plus beau des cadeaux, à nouveau.

Alguérande caressa l'échine de Truffy qui ronronna de plaisir, babines frémissantes.

- Mon père ?

- Il t'attend depuis un bon moment, tu ne peux le faire patienter plus. Il est bien plus fragile que tout ne le donne à penser.

- C'est mon papa adoré, fit Alguérande avec un sourire désarmant. Il est celui que je n'espérais pas dans les tortures de mon jeune âge. Il m'a tout donné, plus encore que je ne pouvais l'espérer je pense, et je n'essaie que de le lui rendre, comme je peux.

- Votre amour viendra à bout de toutes les épreuves, comme il l'a prouvé récemment, assura Lumélyance. Je suis ton amie, la Conscience des Univers, et je ne te laisserai jamais ! Maintenant, repars vers ton monde, mon Oasis ne t'accueillera jamais que de façon temporaire.

- Merci.

Alhannis et Clio sursautèrent.

- Warius ! ?

Albator se redressa légèrement dans son lit, pâle, affolé.

- Warius ?

- Alguérande est revenu à lui. Il réclame son papa !