Je regagnai mes appartements perplexe et énervé.
Quelqu'un s'était permis de violer mon intimité,et j'avais horreur de ça.

Je ne me considérais pas comme au-dessus du commun des mortels, et ne revendiquais aucun avantage lié à ma fonction, mais j'appréciais d'avoir mon petit jardin secret, hors de ma charge de Grand Pope. Les thermes privés en étaient un, un des rares. Ils me permettaient de me ressourcer aussi bien au sens figuré qu'au sens propre – et au sens propre du sens propre aurait ajouté une personne d'esprit – et de me retrouver tel que j'étais, Shion. Ici, pas de faux semblants, pas de masque, juste un homme comme des millions d'autres, qui cherchait un instant de répit.

Et voilà qu'un individu mu par je ne savais quel mobile se permettait de venir franchir ce seuil symbolique.

J'ignorais de qui il s'agissait, mais il allait en entendre parler, et plutôt deux fois qu'une. Inutile d'envoyer la garde toutefois. Mon poisson était d'un acabit trop gros pour eux, preuve en était qu'il s'était volatilisé en une fraction de seconde ... non sans laisser de traces, et mon petit côté maniaque s'en offusquait encore. Je tenais à avoir avec lui une explication franche et sincère, qui préserverait autant son amour-propre que le mien. Inutile de faire savoir à tout le Sanctuaire que quelqu'un matait son Grand Pope vénéré pendant qu'il faisait trempette. De quoi aurais-je eu l'air ?

Néanmoins, je décidai de ne pas accorder à l'incident plus d'importance qu'il n'en avait. Même si cette atteinte à mon intimité me crispait, ce que je prévoyais de lui dire serait plus gênant encore pour lui !

Je m'endormis donc ce soir-là fort tard, partagé entre un certain agacement et un indéniable apaisement de savoir que mon intrus ne perdait rien pour attendre.

Une sensation familière me réveilla au milieu de la nuit ... une de ces sensations qui vous laisse le souffle court et le coeur battant, comme prêt à imploser et si vide à la fois.

Cela faisait longtemps que cela ne m'était pas arrivé, mais pas si longtemps toutefois pour ne pas savoir ce que signifiait cette tension si caractéristique dans mon bas-ventre.

A mon âge ( mon grand âge ), certes, il y avait de quoi s'en réjouir, voire s'en féliciter, mais cet état de fait ne déclencha dans mon esprit que de la résignation. C'était bien la peine d'être Grand Pope pour se retrouver, à cause d'une libido pas encore éteinte, esclave des contigences bassement humaines ! Etait-ce pur hasard, ou ce qui s'était passé dans les thermes avait-il un rapport avec cette soudaine flambée hormonale ?

En maugréant, je me retournai dans mon lit, espérant sans trop y croire que cela suffirait. Lourde erreur : compte tenu de la torpeur de l'été grec, je dormais nu et le seul frôlement des draps sur mon sexe me fit tressaillir. Une onde délicieuse parcourut mon échine, et je compris aussitôt que c'en était fait de ma nuit.

Il faisait pleine lune dehors, et je pouvais parfaitement distinguer, à la lueur argentée qui emplissait la chambre, mon érection encore modeste soulever le drap. Je me retins à grand-peine de la prendre dans ma main pour la caresser – quelle sorte de Grand Pope étais-je si je n'étais pas capable d'avoir la maîtrise de mon propre corps ? Mais l'envie était trop grande, et involontairement je contractai les cuisses dans une lutte perdue d'avance. Des larmes dont je ne savais trop si elles étaient d'amertume ou de frustration emplirent mes yeux sous mes paupières. Encore une bataille que je ne gagnerais pas. J'étais décidément mon pire ennemi ...

Elle s'appelait Anthéa, et était l'un des merveilleux oiseaux de cette charmante volière qu'était le gynécée du Palais. Ce fut elle qui vint me rejoindre cette nuit-là dans mes appartements.

Ce n'était pas la première fois que nous passions la nuit ensemble. J'aimais en elle sa spontanéité et sa joie de vivre plus encore que ses talents à faire l'amour, ou tout au moins feignais-je de le croire pour me donner bonne conscience.

Je souris en la voyant entrer par une porte discrète dissimulée par une tenture, enveloppée de voiles diaphanes qui lui donnaient une allure étherée qui me firent me demander si je ne rêvais pas. Ainsi, elle était diablement belle, et le savait, mais n'en abusait pas. Sa mise était toujours simple, la lourde nappe de ses cheveux d'un jais luisant répandue sur ses épaules, encadrant son visage délicat d'une pureté de porcelaine dans lequel scintillaient doucement deux ardents prunelles sombres. Un soupçon de rouge pour mettre en valeur sa bouche aux lèvres rieuses, et pour seul bijou une paire de boucles de rubis que je lui avais offertes en signe d'attachement.

- Majesté ...

Elle esquissa une gracieuse révérence derrière laquelle je devinai son ironie. J'avais beau lui répéter que ce genre de cérémonial était déplacé dans le cadre de cette chambre, elle n'y renonçait jamais.

Je me levai du lit sur lequel je m'étais assis pour l'attendre et fit quelques pas dans sa direction, essayant de paraître naturel et détendu malgré cette tension qui, sous mon peignoir, ne voulait pas me laisser en paix.

- J'espérais que ce serait toi, dis-je.

J'étais sincère. Jamais je ne citais de nom lorsque je demandais une compagnie féminine pour la nuit. Le Palais du Grand Pope n'était pas un bordel : les jeunes femmes qui y séjournaient y étaient toutes de leur plein gré, libres aussi bien de rester que de partir. Les convoquer dans ma chambre comme de vulgaires prostituées me soulevait le coeur. Celles qui me rejoignaient pour la nuit étaient volontaires et la décision leur appartenait. Je ne faisais pas l'amour sur commande, pourquoi l'aurais-je exigé d'elles ?

- Votre Majesté est trop bonne.

- Tu me vouvoies maintenant ? Nous ne sommes pas dans la salle du Trône, que je sache ?

- En effet ... le lieu serait inapproprié pour ce genre d'occasions !

- Comment cela ?

- Trop de courants d'air, rigola-t-elle. Ou bien me tromperais-je et m'auriez-vous fait venir ici pour tout autre chose ?

- Hélas ..., répondis-je d'un ton exagérément dramatique.

- Oh, fit-elle avec une moue coquine. Serait-ce si critique que cela ?

Elle ne perdit pas de temps pour entrer dans le vif du sujet. S'approchant de moi, elle glissa un bras autour de mon cou, m'invitant à me pencher vers elle, tandis que je sentai son autre main aller vagabonder entre les pans de mon peignoir, prenant tout son temps. Elle sourit lorsqu'elle eut atteint son but. Je serrai les dents en sentant ses jolis doigts palper avec délicatesse ma virilité.

- Vous m'attendiez de pied ferme, à ce que je vois ... et pas que de pied !

Son souffle parfumé était tiède sur sa joue, et ses lèvres frôlèrent les miennes, juste assez pour rester purement sensuelles et non pas sentimentales. Anthéa était trop pragmatique pour se leurrer : nous ne nous voyions que pour passer d'agréables moments ensemble. Je n'étais pas amoureux d'elle ( un Grand Pope n'en avait ni le temps ni le droit ) et j'espérais qu'elle non plus. Notre relation était purement sexuelle et le resterait. Et Athéna m'en était témoin, elle était très douée dans ce domaine...

Elle ne perdit pas de temps pour se laisser glisser à genoux, ne me quittant pas du regard. Elle aimait à lire sur mes traits le plaisir qu'elle me donnait, et quand elle me prit entre ses lèvres, je ne fis rien pour le lui dissimuler. Je l'encourageai, au contraire, en posant ma main sur ses cheveux, mais sans la forcer de quelque manière que ce soit. Je la laissais toujours suivre son rythme, par respect d'abord, et surtout parce que j'aimais cette façon qu'elle avait de me mener lentement mais sûrement vers les sommets du plaisir. Aucune autre parmi toutes celles qui avaient partagé mon lit ne possédait un tel talent.

Elle ne prit pas en entier mon membre dans le refuge doux et chaud de sa bouche. Non, elle commença d'abord par de petits coups de langue, semblables à ceux d'un chat lappant du lait, sur le gland et la hampe, tout en massant avec douceur mes testicules. Je n'avais pas eu de rapports sexuels avec elle ou une autre depuis plusieurs semaines, et il ne me fallut que quelques instants pour que mon érection devienne aussi dure que du bois. Elle le remarqua et en sourit sans dire un mot, puis ses lèvres engloutirent mon organe et commencèrent à le masser sur un rythme régulier. Dans sa cavité buccale, si moite, si accueillante, je pouvais sentir son palais et sa gorge titiller mon gland, provoquant d'exquis frissons que je réprimai à grand-peine. J'étais trop long ( toute modestie gardée ) pour qu'elle me prenne complètement, mais ça n'en était pas moins très bon. Trop après ces semaines de disette.

- Pas si vite, lui conseillai-je, soucieux de ne pas perdre mes moyens en jouissant si tôt.

Anthéa comprit ce que je voulais, et se redressa, royale dans son port de tête et dans son maintien. Dans nos joutes amoureuses, c'était toujours elle qui menait la danse, et ma virilité de mâle n'y voyait aucun inconvénient. Après deux cents ans de règne, c'était si bon de s'abandonner quelquefois. Elle me poussa vers le lit, et je m'y étendis, mon dos reposant contre les oreillers. Je m'attendais à ce qu'elle s'allonge à mon côté, mais elle n'en fit rien. Debout devant moi, me défiant du regard, elle ôta une des fibules maintenant son péplos de mousseline qui glissa, découvrant un sein. Le téton rose ressemblait à une fleur de pêcher sur le nacre de la peau. J'avais envie de le mordiller, tout doucement, sans faire mal, de le lécher, le sentir durcir sous ma langue en me repaissant de ses gémissements. La deuxième fibule, sur l'autre épaule, ne tarda pas à suivre le même sort, dévoilant tout son buste jusqu'à sa taille si fine. Plus bas, au hasard des transparences du tissu, je ne pouvais que deviner, dans l'échancrure des cuisses, le triangle plus sombre de son pubis.

- Viens, lui soufflai-je d'une voix que l'excitation rendait rauque.

Elle prit tout son temps. C'était un doux supplice que de me faire languir ainsi, alors que mon sexe, dressé sur mon bas-ventre, aussi raide qu'une colonne de marbre, en suintait d'anticipation. Mais elle savait ce qu'elle faisait. Et elle savait ce que je voulais faire.

Je prenais toujours un soin méticuleux à ce que mes partenaires ressentent autant de plaisir que moi. C'était une condition sine qua none pour parvenir à l'orgasme. Et rien de tel pour cela que les préliminaires.

Elle s'allongea à côté de moi sur le lit, jambes un peu ouvertes, les plis fluides de la mousseline de son péplos dissimulant à mon regard sa féminité. Qu'à cela ne tienne, je me redressai sur un coude, et ma main partit à la conquête de cette forteresse qui ne demandait qu'à être investie. J'aurais pu écarter purement et simplement l'étoffe qui frustrait mes sens, mais décidai de n'en rien faire, et de laisser la place à mon imagination. Au fur et à mesure que ma main se frayait un chemin vers son but, je redécouvrai ( comme à chaque fois ) la douceur de sa peau de satin, la perfection d'une courbe, et je m'amusai de chaque frisson que mes doigts faisaient naître en elle.

Elle était déjà humide lorsque j'atteignis sa petite fente. Qu'à cela ne tienne : j'allais jouer avec elle, la faire languir autant qu'elle l'avait fait avec moi. Promenant mes doigts le long des lèvres intimes d'une incomparable douceur, je la torturai ainsi pendant de longues minutes, qui dûrent lui paraître aussi longues et plaisantes qu'à moi à en juger par ses gémissements. Mes doigts frôlaient sa chair si sensible, allant et venant, en explorant les replis délicats avec application tout en prenant un malin plaisir à éviter ce petit bouton de chair que je savais trouver là, dressé et quémandant mon attention. Elle en voulait plus : je la sentis onduler sous mes caresses, jouant des hanches, venant au-devant de moi.

- Je vous en supplie ..., murmura-t-elle.

- Ferme les yeux.

Dénudant ses cuisses, je m'y glissai, et elle sursauta quand ma langue entra en contact avec son petit bouton de chair. Saisie, elle s'arquebouta dans les oreillers, son souffle s'accélérant, et sa réaction m'encouragea à continuer. Ses liqueurs intimes avaient un goût suave et excitant, je m'enivrai de cette odeur de femme et de sexe. Avec application, j'explorai sa féminité dans ses moindres replis. Lorsque je la jugeai prête, je promenai un doigt à l'entrée de sa petit grotte secrète, et y introduisit une phalange d'abord, puis le doigt tout entier. C'était si chaud et si doux à l'intérieur. Mon doigt allait et venait sans difficulté.

Elle laissa échapper un petit cri de contentement quand mon érection remplaça mon doigt. Je la pris tout doucement - mon sexe était substantiellement plus gros que mon majeur – et je m'enfonçai jusqu'au fond. Elle leva vers moi des yeux emplis de tendresse qui me bouleversèrent.

Nous ne faisions plus qu'un au sens propre comme au sens figuré. Plus que la communion des sens, c'était ce que je recherchais dans ces joutes amoureuses : la communion des âmes.

Tout le reste n'était rien en comparaison, pourtant ce ne fut que merveilles.


Retomber dans la réalité quotidienne était toujours un choc, surtout après de tels instants. Mais je ne pouvais échapper à mon destin. Athéna et les circonstances avaient fait de moi le Grand Pope, et aucun pouvoir sur terre hormis une décision de ma déesse une fois qu'elle se serait réincarnée ne m'arracherait à mes fonctions, quel qu'en soit le prix. Je l'acceptais – non sans envier Dohko quelquefois, si libre dans sa lointaine Chine.

Ettre Grand Pope était une masse de travail énorme. Bien souvent, l'aube me trouvait déjà à mon bureau, à étudier missives diplomatiques et rapports de mission. Il y avait les réceptions, les audiences, les visites d'inspection, et mille et un autres détails du quotidien qui vous mangent des heures de façon si sournoise. Je ne connaissais rien de plus décourageant que de faire le bilan d'une journée passée à courir en tous sens et de constater qu'on n'a rien fait – ou si peu ! Ces soirs-là, je me couchais moral en berne avec l'intention ferme et définitive de ne pas sortir de mon lit le lendemain matin – ce que je ne faisais jamais, bien sûr. La nuit portant conseil, je me levais en général avec la ferme intention de surmonter l'obstacle en deux coups de cuiller à pot.

Comme ce matin-là. Ce petit problème d'intrusion dans mes thermes privés, j'allais le régler. Et le soir-même. Il m'avait échappé une fois, il se faisait des illusions s'il croyait avoir gagné. A malin, malin et demi.

Je vaquai toute la journée à mes occupations habituelles – peut-être faisait-il partie de mon entourage proche, et se serait-il méfié de tout changement. Les heures s'écoulèrent rapidement, et je vis le soir arriver avec une certaine satisfaction.

Les thermes étaient déserts. En apparence seulement. Car il était là, je le sentais, derrière une colonne. Et cette fois, il ne pourrait pas m'échapper.

Je pris tout mon temps. Me laissant glisser dans l'eau, je fis quelques brasses jusqu'à l'autre bout du bassinet m'accoudai à la bordure de marbre, sourire aux lèvres.

- Crystal Wall !

Mon attaque résonna sous les voûtes en mille éclats sonores. Nul doute qu'elle fît l'effet de la foudre sur mon voyeur. Pourtant, rien ne bougea derrière la colonne. Aucune importance. J'avais verrouillé toute la pièce avec mon Crystal Wall, et il n'avait aucun moyen de le briser pour fuir.

Je sortis calmement de l'eau et me dirigeai vers lui sans hâte. Je n'avais pas pour but de l'humilier, seulement de le mettre en garde : je voulais que mon intimité soit préservée et n'admettrais aucune nouvelle intrusion.

J'allais tomber de haut. De très haut.

Il n'eut pas un mouvement de surprise, encore moins d'embarras. Et je compris, médusé, qu'il s'était attendu à être pris. Pire : il l'avait espéré.

Sa main caressant une impressionnante érection, Kanon me dévisageait d'un air furieux.

A suivre ( à moins que personne ne veuille la suite ? )

Mes félicitations à ceux qui avaient trouvé le coupable ! Je dois avouer que j'ai failli, sadique comme je suis, vous faire mariner un chapitre de plus, en décrivant un Gémeau, mais sans dire duquel il s'agissait. Mais pour une fois j'ai eu pitié ... je suis trop bonne, je sais !

Allez, envoyez les reviews ! Merci d'avance !