ravie de voir que ça vous a plu mon petit délire sur Kellie! je commence à l'aimer ce perso, bon ok démasquée, je ne commence pas mais, je l'aime, c'est dit. donc réponse aux reviews, enfin ce sera surtout à FrenchFan puisque Julie231, que te répondre à part merci beaucoup, encore une fois?
donc FrenchFan, pour la citation, je l'aime beaucoup aussi lol je me suis dit que c'était le genre de sublimes chutes que Kellie pourrait sortir, je suis contente de voir qu'on pense la même chose. bon c'est sur que mon Paul (comme tu dis lol) est peut être plus humain que dans la série, ou du moins, plus travaillé, mais bon, on divague on divague, on fantasme sur son look (on bave même) mais faut pas oublier qu'il a quand même tué un paquet de monde, va bien falloir qu'il se démerde avec sa conscience ds un prochain chapitre. Ton délire sur le corps de Sucre est tout à fait compréhensible et pardonné, t'inquiète, et vas y, fantasme sans honte, on est toutes avec toi!
la soeur, la soeur, ma foi, je l'aime bien aussi, c'est pour ça que, rassure toi, je ne compte pas lui faire apprendre que son frère a joué les ordures finies, bien qu'elle s'en doute, mais pas de cette façon. pour sara, je me suis dit qu'un p"tit coup de boost au moral lui ferait pas de mal puisqu'elle l'a dans les chaussettes.
pour la scène finale, voyons, comment t'as pu croire que ça aurait pu se faire? bon, ok, c'est de ma faute, mais bon... quand même, c'est pas des dévergondés (juste deux jeunes gens sublimes qui n'ont surement pas gouté aux plaisirs charnels depuis un looooooong moment) mais je ne vois pas ce qui a pu te faire penser une telle chose... n'empêche que j'y ai pensé jusqu'au bout, mais... je me suis dit que mon sens moral allait en prendre un coup.
en tout cas, merci pour tes éloges, ravie aussi, de savoir que tu t'es éclatée à le lire. ah, et pour shepard, si tu penses à Grey's anatomy,e j'ai fait le rapprochement trop tard, donc c'était pas voulu, j'avais juste besoin d'un nom un peu passe partout ( et, pour ceux que ça intéresse, je déteste cette série, je vais me faire des ennemis en disant ça mais j'ai horreur de l'actrice principale donc ça me gâche mon plaisir quand je regarde... allez-y balancez, les cageots)
donc, ce chapitre, il est long, j'ai souffert à l'écrire lol donc je comprendrais trés bien que certains rechignent à lire jusqu'au bout, j'espère quand même que vous ne serez pas déçus, il y a un peu de tout dans ce méli mélo, j'ai gardé Sucre pour la fin. je m'excuse d'avance si je t'ai massacré ta future scène préférée FrenchFan, je te promets, c'était pas intentionnel...
Il se faisait tard, et l'heure tardive avait eu raison des rayons les plus téméraires. Sara était assise sous le porche, seule, face à elle-même. Les mots de Kristine lui revenaient sans cesse en tête, c'était plus fort qu'elle. « Des millions de femmes vous soutiennent parce qu'elles vous comprennent, et qu'elles admirent votre courage ». La comprenaient… Cela faisait tellement longtemps que pour elle, ce mot ne voulait plus dire grand chose. C'était plutôt difficile d'admirer le courage d'une ancienne junkie qui durant la moitié de sa vie, s'était contentée de la subir plutôt que de la vivre réellement. A cet instant, Sara prit conscience de ce que « vivre » signifiait. Elle était assise au Kansas, dans la maison d'une parfaite inconnue, en compagnie des ennemis publics n°1, alors qu'elle-même fuyait les autorités, avec l'avant bras en lambeaux et le moral tout autant. Et pourtant Sara ne s'était jamais sentie aussi vivante. Elle se sentait mal, certes, le poids de la culpabilité étant plus fort que tout, mais c'était ce mal être qui la faisait se sentir humaine. Tout autant que la plénitude qu'elle ressentait avec Michael. Elle n'était plus un simple fragment d'âme, elle était cette âme toute entière qui lui avait tellement manquée. Avec ses peines, ses joies, mais au moins, elle ressentait à nouveau quelque chose. Durant toutes ces années, elle s'était arrangée pour ne plus ressentir la douleur d'une vie trop imparfaite, mais au fil du temps, elle avait fini par ne plus rien ressentir du tout. Elle avait tué sa peine, et enterré la notion de bonheur avec. Mais Michael était là maintenant, et Sara réalisa que lui en avoir voulu pour ce qu'il avait fait, et la manière dont il s'y était pris, avait été la plus grosse erreur de sa vie. Parce qu'il l'avait fait souffrir. Mais parce que maintenant, oui, maintenant elle ressentait enfin quelque chose. La douleur n'était plus ankylosée. Le bonheur non plus. Car pour faire souffrir quelqu'un, il faut d'abord l'atteindre. Et Michael l'avait atteint. Il avait atteint son cœur avant d'atteindre sa fierté, et Sara n'aurait jamais dû lui en vouloir pour ça.
- Sara ?
Un simple chuchotement qui l'avait fait sursauter. Elle n'était plus désormais seule avec elle-même et ses réflexions durent s'arrêter là. Michael Scofield, un paradoxe vivant. Il arrivait toujours quand il ne fallait pas, mais c'était toujours le meilleur moment. Le jeune homme prit place à côté de Sara, en tâchant bien de lui lancer un regard en coin.
- Je vois que tu es décente cette fois…
- Ne fais pas ton malin avec moi Scofield.
Le beau brun sourit à cette remarque.
- C'est bizarre. Dans ta bouche, mon nom n'a pas du tout la même consonance que dans celle de Bellick.
- Quelque part ça me rassure...
Michael se tut, préférant observer du coin de l'œil cette femme sublime à ses côtés, illuminée par le clair de lune. Son sourire s'effaça.
- Quand on sera au panama, je t'emmènerai dîner dans un super restau' sur le bord de mer…
- J'y compte bien. On se promènera sur la plage…
- On boira des bières à 25 cents…
Sara tiqua à cette phrase et ne se priva pas pour le bousculer gentiment d'un coup d'épaule.
- Oui, ça c'est romantique… Je te parle de balades et tu me parles de bière ?
Michael esquissa un faible sourire mais reprit vite son sérieux.
- Et le plus important… on mettra Lincoln chez une nourrice.
Le rire franc que laissa échapper Sara la métamorphosa complètement. Elle était simplement heureuse, savourant l'instant présent et Michael ne perdit pas une miette du spectacle, contaminé peu à peu par son hilarité. Son sourire s'effaça pourtant une nouvelle fois. Il prit délicatement la main de la jeune femme entre les siennes, caressant tendrement sa bague avec son pouce.
- Sara… à propos de ce que tu m'as dit dans le train…
La jolie brune releva la tête précipitamment vers Michael. Elle se souvenait parfaitement de ce qu'elle lui avait avoué dans ce train, elle se souvenait encore mieux de ce qui s'y était passé et de ce qui aurait pu s'y passer. Elle ne souriait plus, elle ne respirait plus. Elle appréhendait juste les prochains aveux du jeune homme.
- Moi aussi.
Malgré le regard impénétrable et envoûtant que Michael lui lança, Sara ferma les yeux, seule façon pour elle de dissimuler au mieux la peur stupide qui l'avait engourdie. Avec un effort surhumain, elle parvint alors à les rouvrir et à soutenir le contact visuel avec Michael, mais contenir le sourire niais qu'elle sentait naître au creux de ses lèvres était au dessus de ses forces. Son visage s'illumina de nouveau, mais cela n'avait plus aucun rapport avec le clair de lune, désormais le cadet de ses soucis. Se sentant parfaitement ridicule, Sara baissa la tête. Pourtant Michael ne la laissa pas faire. La voir sourire était trop rare pour gâcher un moment aussi intime. La jeune femme sentit alors les doigts du beau brun se refermer doucement sur son menton,la forçant à relever la tête et à affronter ce doux regard qui la couvait. Ils étaient proches, trop proches. La collision était inévitable, et ça tombait bien parce qu'ils ne voulaient pas l'éviter. Sara s'avança doucement vers les lèvres de Michael. Aucun train ne pourrait venir les interrompre.
- Michael ?
Aucun train, certes, mais avec Lincoln Burrows, il ne fallait jamais parler trop vite. Sara ferma les yeux, encore. Mais ce n'était pas l'appréhension qu'elle cherchait à contenir, c'était un sentiment bien plus perfide, et bien plus soudain. La haine. La haine de l'interruption et de l'interrupteur. Lorsqu'elle les rouvrit, elle réalisa qu'elle contrôlait la simulation bien plus que Michael. Les mâchoires contractées, les poings serrés, il ne cherchait même pas à cacher la frustration qui le faisait trembler de tous ses membres.
- Il faut que tu voies ça.
Le ton de Lincoln était sans appel. Bien qu'ayant conscience d'être arrivé à un instant critique, il ne tentait même pas de paraître désolé. Et c'était sans doute cette attitude qui générait l'énervement des deux autres. Vaincu, Michael ne démordit pas pour autant. Il n'aurait pas ses lèvres, sa main lui suffirait. Pour le moment. Il amena donc la main de la jeune femme jusqu'à ses lèvres, et y déposa un doux baiser, la couvant du regard.
- Au sujet de la nourrice, j'étais très sérieux.
Un dernier sourire de la princesse avant d'affronter la bête, le chevalier s'éloigna le coeur léger.
Kristine tenait encore le combiné près d'elle lorsqu'elle perçut le faible grincement du parquet, significatif de la présence d'un intrus sur le palier. Séchant les larmes d'une mère en manque de sa fille, elle se retourna vers celui qui se tenait dans l'encadrement de la porte de sa chambre. Paul brandit une photo sur laquelle posait une petite blonde de sept ans. Kristine tenta de maîtriser les sanglots dans sa voix. Comme s'il n'avait rien remarqué…
- Elle s'appelle Brittany.
- C'est ton portrait craché.
La jeune femme sourit à cette remarque. Il était en effet mieux placé que quiconque pour le savoir.
- Quel âge a-t-elle ?
- Elle a eu sept ans en janvier.
- Sept ans…
Kristine savait pertinemment ce à quoi son frère était en train de penser.
- On ne remarque pas ce genre de détail quand on se contente de rester assis dans sa voiture pendant toute la cérémonie.
Paul encaissa en silence parce que c'était mérité. Toujours silencieux, il s'avança à travers la pièce, et rejoignit Kristine sur le lit. Plantant son regard dans celui bien plus bleu et bien moins coupable que celui de sa sœur, Paul ne put retenir une question qui lui brûlait la langue.
- C'est pour ça que tu l'as épousé ? Parce que tu étais enceinte ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Allez Kris, tu es une fervente épiscopalienne. Tu vas à la messe tous les jours, comme tu l'as toujours fait depuis qu'on a perdu Maman, on ne fait surtout pas des enfants sans être marié, même moi je m'en souviens.
- J'ai été heureuse durant mon mariage.
- Peut être, mais le jour de la cérémonie, ton bonheur était loin de rayonner autant que le prix de ta robe, et ça, c'est le genre de détail qu'on peut facilement remarquer, même quand on se contente de rester assis dans sa voiture.
Kristine se tut. Paul avait touché un point sensible. Encore.
- Et si je voulais vraiment enfoncer le clou, je te dirais que toutes ces photos de vous deux, que tu affiches partout dans la maison, tu les gardes parce que détestes la solitude. Tu l'as toujours détestée. C'est pour ça que tu appelles ta fille et que tu raccroches en pleurs, c'est pour ça que tu m'as détesté quand je suis entré à West Point, et c'est aussi pour ça que tu m'en veux aujourd'hui. Parce que je suis parti, et que je t'ai laissé toute seule avec Lui. Et tu sais quoi ? Quand on était gosse, on se disait toujours que plus tard, on serait enfin tranquille, qu'Il n'aurait plus aucune influence sur nos vies. Et tu me hais aussi à cause de ça. Parce que moi j'ai réussi à m'en sortir. Alors que tu vis toujours avec Son fantôme. Il n'est plus là mais Il continue de te tourmenter. Tu détestes être seule comme cette petite fille que j'ai toujours connue. Parce qu'être seule ça veut dire être avec Lui. Et même maintenant, ça te terrifie encore.
- J'espère que tu avais une bonne raison…
- Si notre réhabilitation te semble moins importante que de batifoler avec ton infirmière, je ne te retiens pas.
Michael prit place face à l'ordinateur, en ne manquant pas d'incendier son frère du regard au passage. C'était de la pure provocation et Michael qui ne l'avait jamais accepté de personne, n'allait pas commencer avec lui.
- C'est quoi ton problème exactement ?
Lincoln expira longuement, puis releva la tête vers les deux yeux bleus qui le fixaient sans ménagement.
- Mon problème c'est que ta petite idylle passe avant le reste.
- Et c'est parce que j'ai blessé ton amour propre que tu te crois obligé d'être odieux ?
- Je me fous de mon amour propre Michael. Je l'ai perdu le jour où ils m'ont sanglé sur la chaise. Par contre je ne me fous pas de ce qui risque de nous arriver si on commet la moindre erreur. C'est dangereux pour nous, et pour elle. Tu nages dans le bonheur, c'est parfait, mais n'oublie pas le plus important.
Cette leçon de morale qui n'avait pas lieu d'être l'insupportait au plus haut point. Il allait exploser d'un moment à l'autre et Michael dut admettre qu'il avait perdu en cours de route le calme légendaire que tout le monde lui avait toujours envié. Il était devenu impulsif, et face à un caractère bien plus explosif encore que le sien, l'affrontement n'était pas toujours bénéfique.
- Le plus important ? J'ai ruiné sa vie pour toi, tu veux d'autres preuves de ma bonne foi ou ça te suffit ?
Lincoln était étonnamment calme, une attitude qui tranchait avec l'exaspération de son frère. Aussi ces simples mots fouettèrent l'air devenu électrique, tranchants mais limpides.
- Notre évasion n'a pas ruiné que la sienne, tâche de t'en rappeler.
Une simple phrase qui pourtant avait eu l'effet d'une saignée pour Michael, qui pour la première fois, se retrouvait sur le banc des accusés. Il comprenait cette phrase dans toute sa signification, ressentait toute l'amertume que son frère y avait crachée, mais son indignation n'en fut que plus grande encore.
- Tu m'en veux…
Le visage de Lincoln se décomposa, et le flegme étonnant dont il avait fait preuve jusque là s'effaça pour laisser le naturel de cette âme trop brute revenir au galop.
- Tu délires, tu m'as sauvé la vie Michael !
- Je ne te parle pas de ça. Tu me vois, avec Sara, je… comment tu dis ça ? Ah oui, je « nage dans le bonheur », et ça te renvoie à tes vieux souvenirs… avec Véro.
Lincoln se pétrifia sur place à l'entente de son prénom. Ses pensées le renvoyait sans cesse à cette femme mais penser son prénom de toute ses forces et l'entendre était deux choses bien distinctes. Et Lincoln se para du mieux qu'il put, avec l'esquive.
- J'ai pas vraiment envie d'en parler là, tu vois.
Totalement absurde et totalement inutile face à un homme qui avait passé deux cent heures à se faire tatouer le plan d'une prison sur le torse pour vous en faire évader.
- Tu m'en veux parce que malgré le bordel monumental que j'ai provoqué, pour toi, j'ai quand même réussi à rejoindre Sara. Alors que toi, toi qui n'a rien demandé, ni à entrer à Fox River ni à en sortir, tu dois te contenter pour unique compagnie des cauchemars que tu fais toutes les nuits à cause d'un coup de fil. Tu te sens coupable, pour beaucoup de choses, trop sûrement. Et comme tu ne peux pas assumer la responsabilité de tous les drames que cette affaire a causé, tu préfères me les déléguer. C'est tellement plus courageux…
- Je ne t'en veux pas, tu entends !
- Non, il est évident que si tu m'en voulais, tu aurais hurlé bien plus fort encore. Je peux comprendre ta tristesse mais pas ta hargne, Linc'. Je peux endurer tes larmes, mais pas tes reproches. Parce que c'est injuste, et tu le sais très bien. C'est injuste de m'en vouloir pour ça. Tu as peut être perdu l'amour de ta vie, mais moi j'ai perdu une amie… tâche de t'en rappeler.
Michael ne jeta pas un regard à son frère lorsqu'il quitta la pièce, aveuglé par sa colère. Lincoln resta donc, seul et pensif, face à l'écran noir de l'ordinateur. Avec tout ça, il n'avait même pas montré à Michael ce fameux site.
- Dis moi, Il n'a jamais…
- Je ne l'aurais pas permis.
- Maman, non plus, ne l'aurait jamais permis.
Kristine souffla bruyamment. L'émotion contenue durant cette conversation commençait à se faire trop lourde pour rester enfouie. Paul ne l'aidait pas vraiment. Non, il semblait prendre un malin plaisir à lui maintenir la tête sous l'eau.
- Paul, si tu m'accuses d'être…
- Une mauvaise mère ? Tu plaisantes, tu vas à la messe tous les jours, tu travailles pour Greenpeace, tu manges bio, tu n'as jamais tué une mouche de ta vie et tu voudrais que je t'accuse d'être une mauvaise mère ? Non, Kris, c'est juste qu'il est évident que je ne connaîtrai jamais ma nièce alors… disons que ça me rassurerait si tu me disais que sept ans d'absence ne font pas de moi un mauvais oncle.
Kristine le fixa de ses yeux bleus scintillant de ce trop plein d'émotion. D'un air grave, elle lui souffla d'une façon à peine audible :
- Il ne l'a jamais touchée.
Paul ne bougea pas un cil mais le soulagement qui l'envahit à cette nouvelle était aisément lisible dans le regard qu'il posa sur sa sœur.
- Bien. Je… On partira cette nuit. A ton réveil, ce sera comme si on n'était jamais venu, je te le promets.
Lorsque Paul quitta la pièce, laissant Kristine à ses pensées, la jeune femme ressentit un malaise qu'elle ne savait expliquer. Le poids de la solitude sans doute.
- Pourquoi vous faites ça ?
Lincoln leva les yeux vers cette femme qu'il commençait à bien connaître, maintenant. Bien que désirant par-dessus tout culpabiliser en silence et surtout tout seul, il n'eut pas le courage de la renvoyer. Mais il n'avait pas non plus le courage d'affronter un regard réprobateur de plus. Pas après Michael.
- Pourquoi je fais quoi ?
- Vous en prendre à lui, à moi, à tout le monde ?
- Parce que je ne sais faire que ça, ça vous va comme réponse ?
Lincoln était agressif, mais pas envers la bonne personne. C'était d'ailleurs pour cette raison que Sara persista. Parce qu'ils le savaient tous les deux.
- Vous en prendre à vous-même, ça je veux bien le croire. Lincoln, en presque trois ans j'ai fini par apprendre à vous connaître, que ça vous plaise ou non.
- Et vous avez votre théorie sur la question ?
- Oui, en partie… Vous faites souffrir ceux que vous aimez pour vous punir, parce que ça vous blesse d'agir comme vous le faites, et que c'est justement le but recherché.
Lincoln esquissa un sourire ironique, quelque peu impressionné.
- Je ne vous connaissais pas psychologue.
- Non, moi non plus.
Le médecin et son patient échangèrent un regard complice. Mais le sourire qu'ils partagèrent ensuite n'avait plus rien d'une relation professionnelle.
- Vous avez tout entendu, hein ?
- J'ai bien peur que tout le quartier ait entendu…
- Je n'aurais jamais dû m'emporter contre lui.
- Crier non, mais lui dire, vous avez bien fait. Car vous et votre frère vous êtes pareils, on ne peut deviner vos pensées que si vous les exprimez à voix haute. Vous êtes très compliqués dans la famille.
Lincoln se tut, profitant de ce silence complice, un silence sans aucune gêne, un silence comme ceux qu'ils partageaient avec son frère. Sauf que la femme à ses côtés n'était pas son frère. Lincoln tourna alors la tête vers Sara, l'examinant de la tête aux pieds. Il l'avait toujours trouvé attirante, et cela ne venait pas du fait qu'elle était la seule femme à lui adresser la parole depuis trois ans. Elle était belle, tout simplement. Et maintenant elle était brune, ce qui n'était pas pour lui déplaire. Il avait toujours préféré les brunes. Lisa Rix était un simple accident qui, avec sa chance, s'était transformé en un lien pseudo marital « jusqu'à ce que la mort vous sépare ». Et la mort avait tenu sa promesse.
- Je suis vraiment désolée pour Véronica.
Sara lui lança un regard compatissant, et jugeant qu'un contact serait plus efficace que de simples mots de réconfort, la jeune femme posa sa main sur celle de Lincoln, dans un dernier geste apaisant. Comme le jour de son exécution…
Sara détestait cette sensation d'impuissance. Elle l'avait déjà ressentie bien des fois, mais jamais à un tel degré d'intensité. L'homme qui était à ses côtés allait bientôt mourir, et elle ne pouvait rien faire pour pallier cette situation infernale. Alors elle fit la seule chose qu'elle pouvait se permettre pour lui faire comprendre qu'elle était là, pour lui, jusqu'au bout, un infime réconfort qui était toujours bon à prendre peu importe la situation. Lincoln arrêta de se triturer les mains à la seconde où il sentit la douce chaleur des mains de Sara l'envahir. C'était infime, mais c'était ça quand même.
- Est-ce que vous avez des questions sur… comment ça va se passer ce soir ?
- Quand je peux manger, où je suis censé marcher, quelle sensation je vais avoir quand ils vont serrer les lanières… ça va m'aider à attendre ce soir ?
Lincoln se tourna vers le médecin, en attente d'une réponse qu'il ne soupçonnait pas déjà.
- Certains ont l'impression que c'est mieux d'être préparé.
Voilà une réponse qu'il soupçonnait.
- Comment va Michael ?
- il est impatient de vous voir. Malheureusement on nous a dit que c'est impossible avant la visite finale.
Le ton de Sara avait beau paraître calme, Lincoln observa avec un petit sourire que la jeune femme n'en était pas moins tourmentée. Le corps nous trahissait toujours.
- Ca vous est déjà arrivé avant ?
- Non... Juste pour que vous le sachiez, il faut qu'un médecin soit présent, donc, pour ce que ça vaut, je serai là ce soir.
Lincoln aussi repensait au passé, mais pas exactement à ce passé là. Leurs deux mains soudées lui avaient rappelé la sensation de bien être qu'il avait ressentie juste avant d'être ficelé comme un animal à cette chaise, quelques secondes de bien être qu'il ne devait qu'à une personne…
- Je t'ai aimé à la seconde où je t'ai vu.
Veronica se tenait face à lui, vulnérable, et si belle. Elle ne le serait plus jamais, pas de cette façon, et lui non plus. Surtout pas lui. Parce qu'il allait mourir. Il tenait la femme de sa vie dans ses bras et dans quelques minutes à peine, il allait fermer les yeux pour toujours. C'était tellement irréaliste que c'en était douloureux. Il ne voulait pas mourir, pas avant d'avoir fait une dernière chose.
Je suis venu en homme, donne moi la force de partir en homme.
Dans une dernière tentative désespérée, la dernière de sa vie, Lincoln prit le visage mouillé de larmes de Veronica entre ses mains et scella ses lèvres à celles de la jolie et inconsolable avocate. Un simple baiser en apparence, et pourtant tellement plus pour Lincoln. Car il allait quitter ce monde et ce baiser constituait le dernier souvenir qu'il allait emporter avec lui, où qu'il aille, le dernier qu'il voulait emporter. Savourant ces derniers instants volés, Lincoln rouvrit les yeux, rattrapé par la réalité, aussi cruelle soit-elle. Il lâcha alors le visage interdit de Sara, constatant avec horreur toute l'étendue de son hallucination, épouvanté par ce qui venait de se produire.
- Je… Je ne voulais pas, je suis désolé, je… je croyais…
Un dernier réconfort. Sara, tentant de surmonter la surprise de cette intimité qu'elle n'attribuait qu'à une pauvre âme blessée, se rapprocha de Lincoln, toujours perdu dans des excuses qu'il n'arrivait même pas à exprimer, et le prit dans ses bras. C'était tout ce qu'elle était en mesure de lui offrir, et c'était tout ce qu'il pouvait accepter. Un incident qui n'appartenait qu'à eux. Quelques secondes encore s'écoulèrent avant qu'ils ne se détachent l'un de l'autre, la gêne ayant disparu, ne laissant désormais de place que pour une profonde complicité. C'était mieux ainsi.
Michael était à son tour assis sous le porche, seul, et démangé par une intense envie de boire. Seul remède à la déprime. Temporaire mais efficace. Mais plus que tout, Michael avait besoin de son frère. Il avait besoin de le sentir avec lui, de son côté, et ce quoi qu'il arrive, sans quoi Michael n'était pas sur de pouvoir aller jusqu'au bout. Le doute était le pire des compagnons, et plus encore lorsqu'on édifiait le plus grand scandale que le monde ait jamais connu. Oui, Michael avait besoin de son frère. Mais l'amertume qu'il nourrissait pour lui, inconsciente mais présente, commençait à dégrader une relation qui n'avait jamais brillé par sa solidité.
- Quoi qu'il arrive, on sera toujours ensemble.
Le lac Michigan brillait de mille feux par cette belle journée. Un contraste plus qu'évident avec les deux petits hommes en costume sombre qui pleuraient un être cher disparu. Lincoln posa sa main sur la frêle épaule de son petit frère, un réconfort bien maigre face à la perte de leur mère, pourtant Michael se sentit soudain imprégné de la force de ce frère qui venait de lui jurer qu'il prendrait toujours soin de lui. Le petit garçon aurait tout donné pour rester ainsi, témoin d'une marque de tendresse d'un frère trop pudique quand il s'agissait de sentiments. Pourtant ce petit garçon savait que tout comme ceux qu'il avait aimés dans sa vie, cette proximité avec Lincoln ne serait bientôt plus qu'un souvenir, parce que ça s'était toujours passé comme ça, comment cela pourrait -il être autrement maintenant que leur mère n'était plus là ? Ne pas connaître ce père lâche et alcoolique qu'on lui avait dépeint lui pesait bien plus qu'il ne voulait l'admettre, accepter l'idée que sa mère les avait laissés était bien plus pénible encore, mais envisager celle que Lincoln puisse faire pareil, lui était plus douloureux que tout le reste.
- D'accord mais… et s'il t'arrive quelque chose ?
- Il faut que… tu gardes un peu confiance.
Michael se retourna vers Lincoln, dont ces quelques mots semblaient bien plus révélateurs d'un besoin de s'excuser que d'une réelle envie de nouer le dialogue. Alors Michael le laissa s'excuser.
- Je le pensais à l'époque et je le pense plus encore aujourd'hui.
- Linc', je…
- Je suis désolé Michael. Je crois que toute cette histoire m'a fait perdre les pédales, je… j'ai peur, voilà. J'ai déjà perdu Veronica, Papa aussi, je ne pourrai pas supporter qu'il arrive quelque chose à toi ou à LJ. Vous êtes les personnes les plus importantes pour moi et… je m'en veux suffisamment d'avoir gâché vos vies, je ne pourrai pas aussi vous les prendre.
Michael laissa à son frère tout son temps, ils en avaient besoin tous les deux. Lincoln exposait trop rarement ses peurs aux autres pour faire le sourd à ses suppliques. Alors quand il eut fini, et seulement à cet instant, Michael leva les yeux vers le ciel, et dans un maigre sourire, chantonna doucement :
- Well there was a time when you let me know, what's really going on below… but now you never show that to me do you, but remember when I moved in you and the holy dove was moving too, and…
- Every breath we drew was hallelujah.
Michael lança un regard attendri à son frère, et celui-ci le lui rendit.
- Elle l'écoutait en boucle.
- Oui, et heureusement qu'elle n'est plus là pour t'entendre la massacrer.
Lincoln ne prit même pas la peine de paraître vexé, d'une part parce qu'il n'avait pas le cœur à ça, d'autre part parce qu'il avait conscience de chanter relativement faux. Ce qui ne l'empêcha pas de taper gentiment le crâne de Michael, comme un rappel à l'ordre.
Le jeune homme posa alors sa main sur l'épaule de Lincoln, comme il l'avait déjà fait à Fox River et murmura ces quelques mots qu'un « homme » remarquable lui avait déjà dit bien des années plus tôt, lors d'une sublime journée ensoleillée.
- Garde un peu confiance.
23h12, et tout le monde semblait d'accord sur un point, il était temps de dormir un peu. Kristine prit donc des draps propres pour chacun et leur souhaita bonne nuit avec politesse mais empressement. Chose qui n'échappa guère à Kellerman. Alors que sa sœur refermait la porte de sa chambre derrière elle, Paul remarqua un détail assez gênant, quatre personnes, deux chambres. Il jeta un regard à Sara, qui lui en rendit un bien plus expressif et bien plus menaçant. Avec un sourire, Paul la regarda s'écarter volontairement de lui, entraînant Michael avec elle. Il ne restait donc plus qu'une chambre et deux personnes. Un problème réglé, mais pas pour tout le monde. Lincoln et Paul durent pourtant s'y résigner, chacun à leur manière. Finalement, tous deux haussèrent les épaules avec leur nonchalance habituelle et pénétrèrent dans la dernière pièce disponible.
23h56, et personne ne dormait encore. Paul ne cessait de se retourner au grand agacement de son « colocataire ». La chaleur ? Il en doutait fortement, bien que cette gymnastique lui ait donné quelques sueurs. Non, la théorie la plus plausible était celle du malaise. Le malaise de disparaître, encore une fois, probablement aussi celui de ne pas avoir fait ce qu'il fallait, ou tout ce qu'il fallait. Quoi qu'il en soit, Paul ne pouvait pas partir comme ça et ne comptait pas le faire. Il ôta le drap d'un coup sec, ce qui lui valut l'agacement le plus total de Lincoln et quitta la pièce sans un mot. La maison baignait dans l'obscurité la plus totale. Un simple rai de lumière semblait lutter vaillamment contre les ténèbres environnantes, et il venait de la chambre de Kristine. Paul frappa faiblement, trop peut être car il n'eut aucune réponse en retour. Alors il ouvrit doucement la porte, constatant avec tendresse que sa sœur s'était endormie avec la lumière allumée. Il fit le tour du lit afin de couper cette source aveuglante et lorsque la nuit l'enveloppa, il se sentit comme rassuré. Tirant une chaise à lui avec précaution, afin de ne pas la réveiller, Paul prit place, face à cette femme qu'il savait toujours perturbée, même durant son sommeil, surtout, durant son sommeil. Et alors qu'il la contemplait, telle la petite fille qu'il n'avait jamais quittée, il se surprit à rêver que malgré bien des erreurs commises, il était peut être un ancien agent, mais que frère, il le resterait toujours.
Lincoln se releva lorsqu'il perçut le faible grincement de la porte de sa chambre.
- Michael ?
Son frère, pris sur le fait accompli, referma la porte derrière lui et s'installa sur la place laissée désormais vacante par Kellerman.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Ca ne se voit pas ? Je dors avec mon frère.
Lincoln n'était pas sûr d'avoir bien compris, mais qu'importe. Il haussa à nouveau les épaules et se rallongea, savourant cette présence inattendue. Michael quant à lui, repositionna son oreiller à sa guise, attendant la fameuse question que son frère finirait forcément par lui poser, pour se laisser enfin aller au sommeil grandissant qui le gagnait.
- Et Sara ?
Michael, bien que conscient que Lincoln, pourtant à quelques centimètres de lui, ne devait pas distinguer grand-chose dans l'obscurité, lui sourit malicieusement.
- C'était son idée.
Lincoln haussa les sourcils et clôt cette brève conversation dans un petit rire moqueur.
- Ah oui, je me disais aussi…
Il courait comme il n'avait jamais couru jusqu'ici, pas même juste après l'évasion. Pourtant rester en vie est une excellente motivation. Oui, mais pas pour Sucre. Ce n'était pas LA motivation qui le faisait courir depuis… il avait oublié depuis quand, mais suffisamment pour savoir que son cœur allait sûrement le lâcher incessamment sous peu. L'aéroport n'était plus très loin. Enfin, il le voyait ce qui n'était pas si mal. Il courait tellement vite qu'il ne vit le petit garçon que trop tard. Il était minuscule et il n'avait pas le temps. Sans se poser plus de question, Fernando sauta par-dessus, heureux de constater qu'il n'avait pas eu la malchance de l'avoir piétiné.
Mahone commençait à manquer de souffle. Proche du but, il lui était inconcevable de pouvoir imaginer une seule seconde qu'il pourrait lui filer entre les doigts. La distance qui les séparait était trop mince. A mesure que ce fameux bruit de ferraille s'intensifiait, Alexander voyait ses chances de réussite s'amenuiser. Et ça, il ne pouvait pas se le permettre. Les circonstances étaient telles qu'il s'était promis de ne pas le faire mais il avait appris depuis bien longtemps que les promesses étaient faites pour être défaites, principalement les promesses faites à soi même. Alors, sans cesser de courir, il dégaina son arme.
- Stop !
Inutile, il en avait conscience, mais avant tout protocolaire. N'ayant d'autre choix, il tira, et manqua sa cible qui venait de pénétrer à l'intérieur.
Sucre sentait cette sueur froide couler le long de sa colonne vertébrale, la sueur de la peur. L'aéroport était bondé, et le temps lui manquait cruellement. Elle était là, il le savait, il le sentait et il ne quitterait pas cet endroit sans elle. Peu importe ce que cela pouvait impliquer.
Mahone courait toujours à en perdre haleine.
- FBI !
Hurlant de toutes se forces, il avait bien d'autres choses à faire que de se préoccuper de tous les visages qui le fixaient. Toute la ville semblait s'être donnée rendez-vous ici. Se frayant difficilement un chemin parmi la foule, il continuait de s'époumoner, en direction des vigiles.
Jetant un coup d'œil de l'autre côté, il le voyait, fier d'avoir réussi, fier de s'en être sorti, et fier d'être à l'abri.
- Ouvrez moi ces putains de porte !
Fernando bloqua sa respiration. Elle était là, dos à lui, trépignant d'impatience, comme il l'avait espéré. Il tendit alors une main vers elle, murmurant avec émotion un prénom dont il avait tant rêvé depuis des jours.
- Maricruz…
Non, de toute évidence, la jeune femme qui se retourna n'était pas Maricruz. Mauvaise pioche. Mais elle était là, il était sûr qu'elle était là. Ses mains devenaient affreusement moites, plus de doute que de peur cette fois. Le regard examinant toutes les filles de la salle, Sucre commençait à perdre patience. Et le pire, il était maintenant à deux doigts de pleurer. L'angoisse qui le rongeait était pire que tout. Il avait traversé le pays pour cette femme, il s'était évadé pour elle, il avait franchi la frontière pour pouvoir la voir, la toucher, la sentir encore une fois, et il allait bientôt se mettre à pleurer comme une fillette angoissée parce qu'il mourait d'envie de le lui dire, une dernière fois, et qu'il sentait cette opportunité lui filer entre les doigts.
Mahone tapait comme un forcené sur la ferraille. Il voyait petit à petit l'engin prendre de l'allure et il fallait qu'il arrête ça, tout de suite. Alors il leva son arme et tira à nouveau, mais en l'air. De grands cris s'élevèrent parmi les curieux et la plupart se jetèrent sur le sol, sans condition, alors que d'autres plus téméraires ou plus stupides s'évertuaient à rester debout. Cette petite mascarade eut au moins l'effet escompté. Le train freina. Lorsqu'il fut enfin immobile, Mahone cria une dernière fois : « FBI » et les portes s'ouvrirent d'elles même. Il était là. Et elle aussi. L'arme pointée vers lui, Mahone lui demanda le plus calmement possible de poser sa fille par terre et de lever les mains. Il ne voulait pas le faire, pas dans ces circonstances, mais il n'avait pas le choix.
- Posez Deedee par terre.
Mais C-Note restait cramponné à sa fille, en pleurs, face à ce qui l'attendait lui, et surtout face à ce qui l'attendait elle. Il ne pouvait pas la laisser, il ne pouvait pas… Il lui avait promis… Il se l'était promis…
- Lâchez là Benjamin. Ne m'obligez pas à le faire.
Le ton de l'agent était ferme mais compatissant, à sa manière. Il ne voulait pas intervenir car il savait qu'il n'aurait pas à le faire, alors il prit son mal en patience. Au bout d'un moment, le fugitif, toujours en pleurs, s'abaissa pour poser la petite poupée frissonnante par terre.
- Papa, ne me laisse pas.
Dans une dernière étreinte paternelle, C-Note lui murmura à l'oreille :
- Papa t'aime très fort ma chérie.
Un dernier baiser. Des dernières larmes. Des derniers cris.
- Non, papa, reste avec moi… Papa !
Un dernier regard, celui d'un père désolé de ne pas avoir été assez fort, pour une petite fille qui l'avait sans doute trop été pour son âge.
- Maricruz…
Pourtant cela n'avait plus rien à voir avec la scène initiale. La vision qui lui faisait face sans s'en rendre compte ne laissait place à aucun doute. A présent Sucre ne distinguait plus rien excepté eux. La masse ne bougeait plus. Les voix ne s'élevaient plus. Son cœur ne battait plus non plus. Elle était là, et Sucre l'avait toujours su. Alors il courut vers elle, bousculant maintes personnes sur son passage, mais qu'importe ? Elle était là.
- Maricruz !
Elle perçut enfin le faible écho qu'elle attendait depuis de trop longues minutes et se retourna. Lorsque leurs regards se croisèrent, les derniers évènements leur revinrent en mémoire, comme un flash de tout ce qui les avait conduits jusque ici. Leur rencontre, leurs premières caresses, la réponse à sa demande en mariage, l'annonce de sa grossesse… Tout était mêlé, plus rien n'avait de sens mais tous ces souvenirs étaient plus beaux encore maintenant qu'ils se tenaient l'un en face de l'autre. Alors Sucre, incapable de se tenir plus longtemps, laissa exploser toutes les émotions qui l'habitaient, du rire aux larmes, il sauta sur la jeune femme et la serra dans ses bras comme il n'avait jamais serré personne. Pleurant tous les deux, riant tous les deux, mais jamais en phase, Fernando la fit tournoyer puis la reposa sur le sol, la couvant de baisers.
- Bébé, si tu savais comme…
Mais Maricruz le coupa d'un nouveau baiser ce dont il s'accommoda avec plaisir. Après un moment, aucun des deux n'aurait su dire combien de temps exactement, Fernando reprit son souffle, et entreprit de lui déposer de tendres baisers sur tout le visage. Tremblant comme une feuille, il prit son visage entre ses mains et chacun colla son front à l'autre, dans un soupir de soulagement.
- Je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime je t'aime je t'aime.
Maricruz fut soudainement victime d'un rire nerveux, seul moyen d'évacuer toute la pression de ces derniers instants d'attente. Les plus angoissants de toute sa vie, les plus terribles. Pourtant c'était fini. Ils étaient enfin réunis, tous les trois.
