Le p'tit mot d'Owlie (créatrice de la communauté):
Dieux du Stade, plus qu'un calendrier, c'est maintenant une LJ-communauté! Entièrement consacrée au Quidditch et à ses joueurs présents et passés, ses défis et ses thèmes satisferont les plus mordus d'entre vous! Amoureux du plus Noble des Sports, n'hésitez pas à nous rejoindre!
D'Olivier Dubois à Molly Weasley, de Dumbledore à Gordric Gryffondor, de Cho Chang aux Jumeaux Weasley, ils ont tous vécus des moments forts de leurs vies sur la pelouse du stade, dans les tribunes ou sur un balai. Diversité assurée!
Le p'tit mot d'Owlie (auteur à ses heures perdues):
Alors, alors... L'histoire de cette OS est assez compliquée. Durant le mois d'avril, sur Dieux du Stade, les réponses devaient aller par 2. Les membres étaient autorisées à prendre la suite d'une histoire et de la continuer.
C'est ce que j'ai fait avec l'histoire d'Ezilda (forcément, il y avait Charlie, je suis faible, je n'ai pas résisté).
Donc, si vous voulez tout comprendre (et je vous le recommande chaudement), allez lire "Celle qui l'adorait" sur la communauté LJ (le lien est dans le récapitulatif de mes fics sur mon LJ). Plein de petits détails ont été repris, la structure également, donc vraiment, la lecture est nécessaire (et n'oubliez pas de lui dire ce que vous en avez pensé!)
Pour ceux qui ont une petite flemme en ce moment, je résume l'histoire précédente en bas de page...
Ah oui, et je dois confesser que ceci est un pur prétexte pour écrire des scènes de vestiaires (en ai même pas honte en plus!)
Disclaimer:
Les personnages sont à JKR, saufApril Beckett et Kirk (que j'ai affublé du doux nom d'Alistair) qui sont à Ezilda. Cet OS a été écrit en réponse au défi "2" du mois d'avril sur Dieux du Stade. Le titre n'a rien à voir avec le roman d'Ann McCaffrey mais est une référence à la célèbre tapisserie La Dame à la licorne.
La Dame au dragon
- Charlie Weasley, je m'appelle Charlie Weasley…
Ces quelques mots prononcés, il fut frappé par la grâce et eut l'illumination. Le Professeur MacGonagall ! Voilà à qui son interlocutrice lui faisait penser. Cette dame qui avait l'âge d'être sa mère ressemblait à s'y méprendre à son ancien professeur de Métamorphose. Plus que l'âge, la silhouette et les petites lunettes posées sur le bout du nez, c'était principalement le froncement de sourcils réprobateur qui faisait remonter en lui ses vieux souvenirs de l'enseignante.
Quatre année après sa sortie de Poudlard, par un étrange hasard, il se trouvait face à un ersatz de fantôme du passé. Instinctivement, il appliqua la technique qu'il avait tant de fois employée par le passé lorsqu'il tentait alors de résister à l'œil inquisiteur de sa directrice de maison. Moldue ou pas, il n'y avait pas de raison pour que cela ne puisse pas fonctionner. Le jeune homme s'efforça donc de ne pas ciller ou laisser son sourire s'altérer. Offrir un visage égal et charmant en toutes circonstances, voilà qui était censée amadouer son hôtesse.
Il ne sut pas directement si sa tactique avait fonctionné. Les yeux de la femme en tailleur se plissèrent, renforçant ainsi le creusement de ses pattes d'oie. Elle resta de longs instants à le dévisager.
- Bien sûr, déclara-t-elle finalement. Charlie Weasley…
Le dresseur de dragons sentit son sourire légèrement se figer. Si le ton de sa voix parût soudainement plus amical, elle ne fit pas un geste pour l'inviter à entrer. Rester debout à l'entrée de la pièce ne le gênait pas plus que ça en réalité. Du moment que cela n'excédait pas la demi-heure, il n'y avait pas de raisons que la morsure à son mollet ne commence à l'élancer.
D'un geste inconscient, la MacGonagall version moldue resserra les dossiers de présentation qu'elle tenait en main contre sa poitrine. Charlie savait ce que cela signifiait. De contrariété, il plissa légèrement le nez. Pourquoi ressentait-elle le besoin de se rassurer ? Pouvait-il donc l'intimider ?
Il se morigéna mentalement. Ce savon bon marché n'avait pas eu l'effet escompté. Avec la chance qu'il avait, les phéromones de dragons ne s'étaient pas totalement dispersées. Quand les moldus les inhalaient, leurs peurs ancestrales se manifestaient, une crainte et une méfiance irréfléchie que leur instinct de survie leur intimait d'adopter.
Charlie n'avait pas réfléchi. Quand il avait lu sur le journal qu'elle allait exposer, il s'était précipité pour rentrer au pays. L'occasion de s'acquitter de sa promesse était enfin arrivée.
- Est-ce que Miss Beckett est ici ? demanda-t-il après s'être raclé la gorge.
- Puis-je savoir ce que vous lui voulez ? répliqua sèchement son hôtesse.
- J'ai quelque chose à lui donner.
Il tendit dans sa direction le carton à dessin qu'il avait à la main. A la façon dont ses yeux s'écarquillèrent, il sut qu'elle avait dû en entendre parler. A l'instant où elle le vit, crainte et méfiance furent oubliées. L'effet des phéromones semblait s'être envolé.
- Elle sera libre d'ici peu, expliqua-t-elle avec ce qui ressemblait fortement à l'ombre d'un sourire. En attendant, vous n'avez qu'à faire le tour et observer…
Le jeune Weasley poussa un soupir. Dans une galerie d'art, c'était encore ce qu'il y avait de mieux à faire.
oOo
- Hé, Charlie !
Surpris par le hurlement de son ami, l'Attrapeur glissa sur le carrelage trempé de la sortie de douche. Il évita la chute de justesse et une fois son équilibre retrouvé, renoua la serviette qu'il avait autour de la taille que ce semblant de chute avait faite tomber.
- Pour quelqu'un qui a dû arrêter l'entraînement parce qu'il était fatigué, je trouve que tu as encore du souffle, mon cher Alistair…
Son Batteur, déjà en caleçon et chaussettes, se fendit d'un sourire.
- Devine qui t'attend dehors ? fit-il d'un air entendu.
Charlie se posa sur l'un des bancs et fit mine de réfléchir.
- J'avais pourtant dit à ta copine d'attendre que tu sois parti pour me rejoindre.
Son ami lui jeta sa serviette sale au visage. Charlie l'évita de justesse et se mit à rire.
- Weasley : 1. Kirk : 0 ! fit Donovan, l'un des Poursuiveurs depuis l'une des cabines de douches.
- Rigole, rigole, fit Alistair vexé. En attendant, ma douce n'aime que moi et ce n'est pas elle qui fait le pied de grue pour toi…
- Vraiment ? Dans ce cas, qui est-ce ?
Charlie se pencha en avant pour faire tomber l'eau que ses cheveux à l'aide de ses mains. S'il ne vit pas le sourire plus que ravi de son ami, il le devina à l'instant où il prit son inspiration pour parler. Avec les années, c'était le genre de choses qu'il avait vite apprises sur son ami Alli.
- Devine… claironna celui-ci.
Evidemment, il ne pouvait s'agir que d'elle. Sachant pertinemment que son ami Batteur ne le laisserait pas s'en sortir de la sorte, Charlie tenta malgré tout de l'ignorer. Sans surprise, il vit apparaître les chaussettes et les mollets poilus de son camarade dans son champ de vision. Désormais obligé de lui faire face, il se redressa lentement et découvrit son air trop heureux pour être innocent.
Il parlait bien d'elle.
- Ta copine est au courant qu'elle sort avec un crétin fini ?
Alistair n'eut pas le temps de répliquer. L'irruption des filles de l'équipe dans le vestiaire ne lui en laissa pas l'occasion.
- Allons Charlie, c'est pour ça qu'elle l'a choisie, ricana Fragance depuis le seuil de la porte. Au fait, qui en veut à ton corps aujourd'hui ? Les cloisons sont fines mais on n'a pas tout saisi...
La gêne et la fureur firent virer les joues du Capitaine au carmin.
- Sortez d'ici, hurla-t-il en bondissant sur ses pieds. Y a des gens nus dans ce vestiaire !
Il entendit ses filles se mettre à glousser et rattrapa de justesse la serviette qui avait commencé à lui glisser des hanches. Soudainement las, il se relaissa tomber sur son banc. Alistair était décidé, les filles en train de ricaner et Donovan, toujours sous sa douche, ne viendrait pas l'aider. Autant faire le dos rond jusqu'à ce qu'ils se soient lassés.
- Son Ombre, expliqua Alistair ravi, sautillant sur un pied pour enfiler son pantalon.
Charlie ne put s'empêcher de protester. Ce surnom avait le don de l'agacer. Paradoxalement, il ne connaissait pas son prénom. Ou du moins, ne s'en souvenait jamais. Seul ce sobriquet idiot lui permettait de la situer.
- Arrête, grogna-t-il mettant sa passivité de côté.
- Quoi ? se défendit son Batteur. Elle est là partout où tu vas. Elle te suit comme ton ombre. C'est ton Ombre !
- Mais je ne la connais même pas !
- Tu ne les connais jamais Charlie, signala Fragance calmement. Cela ne les empêche pas de te connaître toi. Elle plus que les autres. Elle connaît tes horaires, toutes tes petites manies… Et je suis prête à parier qu'elle sait également tout ce que tu as pu ingurgiter durant ces dernières 48h… Si ça, ce n'est pas connaître quelqu'un !
Charlie éclata de rire quand elle accompagna ses derniers mots d'un sourire coquin.
- Je sais tout ça de vous aussi ! rétorqua-t-il.
Légèrement vexée, sa Poursuiveuse pinça ses lèvres.
- Oui mais toi, même nu devant nous, tu n'en veux pas à nos corps, déclara-t-elle avant de se retirer de l'encadrement et de lentement refermer la porte.
Les oreilles de Charlie se mirent à nouveau à le brûler. Parce qu'il était toujours nu sous cette serviette, c'était en partie vrai… Mais principalement à cause de ce que sa joueuse avait insinué. "Clairement dit" en fait serait plus approprié.
- Mais elle… bafouilla-t-il en se tournant vers Alistair. Elle ne… Enfin qu'est ce qui… Tu crois qu'elle… A mon corps ?
Le Batteur envoya à son capitaine un regard consterné du plus bel effet.
- Weasley, elle meurt d'envie de te croquer…
Abattu, Charlie s'attrapa la tête à deux mains. Savoir qu'on le suivait était une chose. Savoir pourquoi on le faisait en était une autre. Il n'était pas naïf au point de l'ignorer. Tout au moins, il essayait de ne pas y penser.
Voyant son Capitaine dans la tourmente, Kirk jugea bon d'ajouter.
- Dans le sens artistique du terme, je m'entends.
Charlie ignora le « Weasley : 2. Kirk : 19 » du Donovan amphibie et adressa à son ami un regard le plus pétrifiant possible.
- S'il te plaît, Charlie, reprit Alistair soudainement plus sérieux. Fais quelque chose pour la faire partir. Quand je la vois à chaque entraînement assise au plus haut de la tribune, j'ai l'impression de voir une bernacle accrochée à son rocher !
- Très poétique, soupira Charlie.
- Ça me gêne qu'on me regarde comme ça ! répliqua Kirke.
- Ça te gêne que les gens te regardent jouer ? Alistair, mon ami, je crois qu'on va avoir un petit problème !
Blasé, Kirk secoua la tête et finit par se laisser tomber sur son siège.
- Charlie… Je t'aime mon pote, tu le sais. Tu es un mec gentil, les filles te trouvent beau comme un dieu. Ok ! Pas de problème. Elles peuvent te suivre tant qu'elles le veulent. Mais pas ici. Le Quidditch est le seul jeu maître dans ces lieux. Il n'y a pas de place pour ceux de la séduction et la flatterie.
Charlie laissa échapper un sourire triste. Il avait raison. Mille fois raison. Même si ce n'était pas juste pour elle. Il n'y avait qu'ici qu'il la voyait.
- Tu choisis le moment où je suis à poil pour te déclarer ? fit-il faussement choqué. Finalement, je crois que je fais bien de m'occuper de ta copine à ta place…
Pour la première fois dans son vie, son ami ne céda pas à la provocation et fermement campé dans ses positions ne comptait pas laisser son Capitaine se défiler.
- Elle vient simplement prendre l'air pour travailler, tenta Weasley.
- Dans un stade de Quidditch ? s'écria Alistair. Qui vient travailler dans un stade de Quidditch ?
Charlie se creusa un instant les méninges avant de voir une chaussette dépassée d'un casier.
- Olivier ! s'écria-t-il en levant un index triomphateur. Olivier le fait !
- Olivier ? répéta le Batteur sur le point d'éclater de rire. Ok, alors qui le fait, à part Olivier et ton Ombre ?
- Ne l'appelle pas comme ça !
- Dans ce cas, dis-moi comment elle s'appelle ?
Kirk dut faire un pas de côté pour éviter sa serviette sale que Charlie lui renvoyait.
- Penses-y Charlie ! Vraiment, hein ? Je te jure, toutes ces vapeurs d'amour, ça m'empêche de jouer ! Et ce n'est pas ce que tu veux, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que tu ferais sans moi ?
- Il n'a pas tort.
La voix de Donovan, enfin sorti de la douche, le fit sursauter. Il laissa échapper un soupir. Si même l'homme grenouille s'y mettait !
- Et vous, les filles ?
Malgré la porte close, Charlie ésavait qu'elles étaient restées écouter.
- Fonce Cap'tain ! s'écria le chœur de vierges.
Il esquissa un sourire.
- Ce que l'équipe veut, le Capitaine l'exécute ! philosopha-t-il.
- Si tu ne le fais pas, ajouta Alistair, on lui envoie Olivier ! Et je peux te jurer qu'il lui fera quitter bien vite son rocher !
- Attendez, elle n'a pas mérité ça ! protesta Charlie effrayé. Cela me paraît être un peu radical comme procédé.
La porte du vestiaire s'ouvrit à nouveau. La tête de Fragance ne tarda pas à y apparaître.
- Dans ce cas, tu n'as qu'à t'en occuper ! claironna-t-elle. Si ce n'est pas ton genre, tu la dégages. Elle pleurera, elle t'oubliera ! Et nous, on en sera débarrassée.
- Si c'est ton genre… reprit Kirke avec un sourire coquin. Tu…
- Je lui ferai ce que ta copine n'arrête pas de me demander, le coupa Charlie, un sourire aux lèvres et les bras levés, prêt à se protéger.
Sa minute raisonnable étant passé, Alistair fit plus que céder à cette provocation. Sa vengeance fut terrible mais Charlie eut au moins le plaisir d'avoir eu son petit esprit préservé de toutes les grivoiseries que son ami pouvait débiter.
oOo
Bill avait du succès avec les femmes.
Charlie lui en avait seulement auprès. Pour lui, ça ne fonctionnait jamais.
La preuve, la première fois où il était allé lui parler, cela s'était mal passé.
Il avait réussi à la faire fuir.
Et quelque part, c'était ce que l'équipe voulait.
oOo
- Charlie !
Evidemment.
Ils n'allaient pas laisser passer ça. Surtout pas lui.
Avec le mince espoir de ne plus l'entendre, il tourna le robinet pour augmenter la puissance du jet de douche. Ce n'était pourtant pas sa faute, il avait essayé.
- Je suis sous la douche, là !
Cela n'eut pas raison d'Alistair dont les mains ne tardèrent pas à apparaître au-dessus de la porte de la cabine.
- C'est… pas ça… qui va m'arrêter, souffla celui-ci en plein effort.
Charlie poussa un hurlement quand, ayant réussi à se hisser à la force des bras, son ami fit apparaître sa tête par-dessus la porte.
- DEGAGE !
- Charlie, je t'assure, répondit Kirk après avoir évité la savonnette que son Capitaine venait de lui lancer, c'est aussi désagréable pour moi que ça peut l'être pour toi !
- Alors attends que j'aie fini ! protesta Charlie en cachant tant bien que mal sa nudité.
- Non, ça ne peut pas attendre, fit Alistair. Et au moins comme ça, je suis sûr que tu m'écoutes.
La porte lui étant désormais bloquée et n'ayant plus rien à lui lancer, Charlie dut se résigner. Il allait devoir l'écouter. Il se passe une main sur le visage pour retirer l'eau qui, coulant depuis la paume de douche, l'empêchait d'y voir clair.
- Je t'écoute, tu es satisfait ?
Alistair se fendit d'un sourire trop poli pour être sincère et se racla la gorge avant de se lancer.
- Raconte-moi un peu comment tu as réussi à te faire un bleu aussi mal placé ? fit-il le plus sérieusement du monde. La fesse droite… C'est quand même assez suspect !
- KIRK !
Entendre Donovan ricaner depuis la douche d'à côté fut pour Charlie le summum de l'humiliation.
- Ok, concéda Alistair sentant que le seuil de tolérance de son ami Capitaine venait d'être dépassé. On en reparlera plus tard !
- Nous n'en reparlerons pas ! s'écria Charlie hors de lui.
- Ok… De toutes façons, ce n'était pas de ça dont je voulais te parler.
- Oh, vraiment ? fit-il d'un air mauvais.
Alistair lui témoigna d'un reniflement dédaigneux toute la mesquinerie que lui inspirait sa répartie.
- Elle est toujours là ! déclara-t-il la mine sombre.
Evidemment. Charlie l'avait vue. Tout le monde l'avait vu. Mais seul Alistair avait insisté pour le lui faire remarquer.
- Pourtant je suis allé lui parler, avoua Charlie. Elle s'est même enfuie quand je l'ai fait.
- L'ennui, c'est qu'elle est revenue, signala son ami suspendu à la porte de la douche.
- Là, ce n'est pas ma faute, elle ne m'a pas laissé le temps d'aborder le sujet.
- Maline en plus, murmura le Batteur pour lui-même. Mon vieux, je crois que tu vas devoir recommencer. Et puis, tu sais, si tu n'y arrives pas, je pourrai toujours régler ça en deux secondes.
Le jeune homme retrouva le sol avant que Charlie ne puisse ajouter quelque chose.
- Un accident est si vite arrivé, fit Kirk d'un ton léger.
Il illustra son explication d'une petite pichenette sur la porte de douche.
Charlie se trouva obligé d'accepter. Pour elle, d'une part. Et puis jamais MacGonagall ne croirait jamais à une envolée involontaire de batte ou d'une déviation malheureuse de la trajectoire d'un Cognard.
oOo
Quand Charlie était sorti du vestiaire, le reste de l'équipe l'avait depuis longtemps précédé. Affirmant vouloir être seul au moment où cela se ferait, il avait dû attendre que Donovan finisse enfin de se changer et quitte le terrain. Quelque part, il avait espéré qu'elle en aurait eu assez, qu'elle serait partie.
Charlie la trouva là où il l'avait toujours vu quand les entraînements étaient finis. Elle avait pris place sur la dernière travée. Un léger malaise l'envahit quand il réalisa qu'elle l'avait probablement attendu. Et que lui l'avait volontairement faite attendre.
Se maudissant pour sa lâcheté, il prit une profonde inspiration et se résolut à y aller. Cette fois-ci, les choses seraient réglées. Alors qu'il se rendait d'un pas conquérant à ses côtés, il vit que contrairement à d'habitude, elle n'était pas en train de réviser.
Il se figea un instant et esquissa un sourire. Voilà qui ferait plaisir à Olivier. Lui seul pouvait donc s'en vanter.
La jeune fille aux longs cheveux blonds dessinait. Charlie constata qu'il ne l'avait jamais vraiment regardé. Pour sa défense, le terrain de Quidditch n'était pas le meilleur endroit pour tenter d'attirer son attention. Manque de chance, c'était également celui qu'il préférait.
Il fut fasciné par son application. Sa curiosité piquée, il s'approcha à pas de loup de la tribune où elle se trouvait. Un pli de concentration barrait son front, l'un de ses crayons était coincé derrière son oreille. Elle observa un moment son dessin et se mit à sourire. A sa grande surprise, Charlie réalisa qu'il l'avait imitée par pur mimétisme.
- Tu dessines ? demanda-t-il en s'efforçant de baisser le son de sa voix pour ne pas l'effrayer.
Malgré toutes ses précautions, elle poussa un cri de terreur et totalement affolée, referma le carton à dessin qu'elle avait sur les genoux.
- Non… Je… Je…
Charlie esquissa un sourire et se pencha pour retirer le crayon qu'elle avait derrière l'oreille.
- Et tu as besoin de tenir ton oreille avec ça parce que…
La jeune fille l'observa un instant interdite avant de parvenir à rougir encore plus.
- Sans ça, elle s'envolerait, marmonna-t-elle en baissant la tête.
- Ah, fit Charlie comme s'il venait de comprendre. Excellente raison, c'est vrai.
Elle lui adressa un regard furtif avant d'à nouveau se détourner. Charlie le prit comme un signe encourageant. Après tout, elle n'avait pas encore détalé.
- Tu me montres ? demanda-t-il en prenant place à côté d'elle.
Sur l'instant, il ne sut par quoi elle avait été le plus choquée. Qu'il s'assoie à cet endroit là ou qu'il demande à voir ce par quoi elle était tant absorbée. Ne pouvant trancher, il jugea que cela devait être un mix des deux.
- Je ne préfère pas, avoua-t-elle embarrassée.
- C'est sur moi ?
- Pardon ? suffoqua-t-elle.
Charlie comprit qu'il venait encore de perdre une occasion de s'abstenir de plaisanter. Voilà qu'il allait désormais passer pour un garçon aux chevilles enflés. Même si cela pouvait éventuellement la dégoûter, il préféra tenter de s'expliquer et rétablir la vérité.
- Je ne sais pas… fit-il hésitant. Tu es là à chaque fois. Ce soir, je te vois dessiner. Les autres m'ont dit que tu devais avoir envie de me croquer…
Deuxième erreur et deuxième regard affolé.
- Dans le sens artistique du terme ! ajouta-t-il précipitamment.
Il vit avec horreur ses yeux se mettre à briller. Elle n'allait tout de même pas pleurer ? Il n'aurait donc jamais une conversation normale avec une personne du sexe féminin ne faisant pas partie de son équipe de Quidditch ?
A sa grande surprise et son grand soulagement (son cas n'était pas désespéré), elle laissa échapper un petit rire. Elle-même en parut étonnée.
- Non, expliqua-t-elle à voix basse. Je ne dessine pas les humains.
Charlie acquiesça d'un lent hochement de tête.
- Remarque comme ça, tu ne reçois pas de plainte une fois le dessin terminé ! plaisanta-t-il.
A nouveau, elle l'observa, les yeux légèrement écarquillés.
- Excuse-moi, soupira-t-il. J'ai tendance à oublier que je ne suis pas drôle…
- J'en ai l'impression, répondit-elle avec un sourire.
Charlie la dévisagea un instant, surpris tout comme elle par l'audace de sa réaction.
- J'espère que tu réalises que tu es désormais obligée de me montrer ce dessin pour te faire pardonner, déclara-t-il faussement vexé.
Mal à l'aise, elle hésita encore de longs instants. Charlie attendit patiemment. Il savait qu'elle finirait par craquer. A défaut d'être drôle, il pouvait deviner certaines choses.
Elle finit par se résigner et, le souffle tremblant, ouvrit lentement son carton à dessin.
Charlie observa dans une fascination presque religieuse le mélange de vert, de jaune et de noir qui s'étalait sur la feuille de papier. Il se doutait que la moindre des politesses était de dire quelque chose, ne serait-ce qu'un petit « Oh ». Même cela était hors de sa portée. Il lui fallut de longs instants pour se souvenir de la façon dont on parlait.
- C'est un Vert Gallois, n'est ce pas ? demanda-t-il la voix un peu rauque.
- Oui, souffla-t-elle, soulagée de le voir sortir de son mutisme.
- Tu as pu en voir un ?
Sa voix trahissait son excitation. Il ne voulait plus l'effrayer. Mais ce dessin regorgeait de tant de détails, il devait savoir.
- Cet été… avoua-t-elle.
Elle parut surprise de voir le joueur de Quidditch suspendu à ses lèvres. Comprenant ce qu'il attendait, elle se lança dans le récit de cette rencontre. Les yeux rivés au dessin, Charlie écoutait son inconnue lui relatait l'histoire qu'il avait toujours rêvé de vivre. Comment la bête avait été aperçue au long, la façon dont elle rugissait, le bruit que ses ailes faisaient lorsqu'elle se déplaçait, l'odeur qu'elle pouvait dégager. Toutes ces choses abstraites dont aucun mot ne pouvait rendre compte mais qui pourtant le firent frissonner de longs instants.
Lorsqu'il sortit de sa rêverie, il vit qu'elle l'observait. D'un regard sûrement trop tendre. Il en culpabilisa.
- Tu le veux ? demanda-t-elle doucement.
Son cœur eut un raté.
- Tu plaisantes ? s'écria-t-il.
Son air blessé lui fit comprendre qu'elle avait mal interprété ses derniers mots.
- Il est… magnifique, déclara Charlie avec un sourire. C'est pour ça que je ne peux pas l'accepter.
- Charlie… insista-t-elle d'une voix suppliante.
Qu'elle l'appelle par son prénom alors qu'il ignorait le sien le gêna profondément. Il se releva aussitôt.
- Non, vraiment ! Je ne peux pas.
Ne pouvant affronter son regard presque désespéré, il tourna à nouveau les yeux vers le dessin. Par quel miracle pouvait-elle obtenir ce résultat ? Charlie sentit sa gorge se serrer.
- Dans ce cas, proposa-t-elle en redressant fièrement la tête, je te le prête.
Etonné par son changement d'attitude et la résolution marquant le ton de sa voix, le joueur de Quidditch tourna les yeux vers elle.
- Tu me le prêtes ? répéta-t-il les sourcils froncés.
Elle eut un haussement d'épaules.
- Tu ne veux pas que je te le donne alors je te le prête. Cela me paraît normal, non ?
Charlie esquissa un sourire. Elle, en revanche, se mit à rougir mais se reprit pour lui mettre le dessin dans les mains.
« A. Beckett », son nom était inscrit dans un coin. April… Désormais, il s'en souviendrait.
- Combien de temps pour ce prêt ? demanda-t-il amusé.
- 4 ans ?
- Je ne serai plus à Poudlard d'ici là… signala-t-il.
- Moi non plus…
- Comment pourrai-je te le rendre dans ce cas-là ? Crois-moi, je ne mérite pas de le garder ! ajouta-t-il tristement.
Elle ouvrit la bouche pour parler mais se ravisa.
- Très bien, soupira Charlie amusé. Dans ce cas, ce sera à moi de te retrouver.
Les joues d'April rosirent à nouveau mais cette fois, elle ne sembla pas s'en inquiéter.
- Aurait-il par hasard un petit nom ? se moqua l'Attrapeur.
Elle prit le temps de la réflexion avant d'avouer.
- Charlie…
Le cœur de Weasley eut à nouveau un raté.
- Vraiment ? s'étonna-t-il.
A son grand embarras, elle se mit à pouffer. Finalement, il méritait peut-être cette réputation de gars aux chevilles gonflées.
- De toutes évidences, je ne devrais pas être le seul à m'abstenir de plaisanter, se mit-il à grogner.
oOo
Alistair était heureux, l'équipe soulagée. Jamais plus les entraînements n'avaient été troublés. April avait renoncé. Charlie garda pour lui la manière dont les choses s'étaient déroulées. D'une part parce que cela les agacait. D'autre part parce que ses coéquipiers lui prêtaient des dons que n'importe quel homme rêverait de posséder. Il fallait bien une compensation à ce qu'ils lui avaient fait endurer.
Quatre années après, le prêt arrivait à son échéance.
- Elle arrive, dit la directrice de l'exposition qui l'avait accueilli en approchant du fauteuil dans lequel il s'était assis.
Il se redressa lentement et essaya ses mains légèrement moites sur son pantalon. Partagé entre la tristesse de se séparer de son dragon et l'anxiété de revoir celle qui l'avait crée avec tant de passion, Charlie se demanda s'il avait bien fait.
Une tête blonde apparut par l'entrebâillement de la porte. Tête dont les joues s'empourprèrent dès qu'elle le vit.
Il esquissa un sourire.
Restait désormais à penser à ne pas tenter de plaisanter.
Note concernant April Beckett:
April Beckett est une jeune Gryffondor absolument dingue de Charlie. Plutôt discrète, elle s'illustre dans sa passion secrète le dessin. Présente à chaque fois que Charlie est sur le terrain de Quidditch, elle s'occupe en l'observant et en dessinant un dragon.
Mais encore une fois, vous devriez aller lire cette fic!
Prochaine passe: "La Loi de l'Emmerdement Maximum"
