Disclaimers : Tous les personnages ainsi que l'intrigue de cette histoire appartiennent à Stephenie Meyer, la seule, l'unique. Les phrases que je pourrais éventuellement –mais je ne crois pas dans ce chapitre- reprendre sont un mélange de la version anglaise traduite par mes soins et de celle de Luc Rigoureau.
Merci : -A tous ceux qui lisent
- A ceux qui laissent des reviews
-A ceux qui prennent quelques minutes de leur temps pour se balader sur fanfiction.
-A mon correcteur
-A Nole ;). Hvala.
Note de L'Auteur : Dernier chapitre, le 21, avant la rencontre à Seattle, je n'en reviens pas d'être arrivée si loi, j'ai cru que ça ferait comme tous mes essais d'écriture précédents, que je me lasserais et qu'au bout de trois semaines je bazarderais tout dans un grand sac plastique et direction la cheminée… Non, c'est vrai que j'en suis à 80 000 mots, c'est plus que ce que j'aurais cru écrire. Je passe vraiment, vraiment, beaucoup de temps sur mon ordi en ce moment. J'ai remarqué que j'avais écrit, pour l'instant, plus de pages que Stephenie Meyer pour raconter la même chose je crois que j'en suis au triple à peu près ;). Je suis vraiment une grosse baratineuse. Désolé d'avoir été aussi longue à republier. Je m'excuse. Platement.
Bonne Lecture, à tous.
Elveleie.
Je rentrai dans ma chambre, seul, et m'y enfermai quelques temps. J'allais partir, partir chasser pendant un week-end, je ne pouvais pas faire autrement. La faim ne me rongeait pas, non, pas comme avant. Je n'avais plus ce trou au creux de mon corps, plus de faim, de faim intense qui me détruisait de l'intérieur. Non. Maintenant, j'étais toujours anxieux, j'avais peur de manquer de sang, de tellement manquer de sang que je ne pourrais pas, je ne pourrais plus me retenir. J'avais peur d'avoir faim, et non plus faim.
Je m'allongeai sur mon canapé, plus mort que vif. Les yeux fixés sur le plafond, je m'exilai dans mes pensées. De loin, j'entendis la porte de l'entrée claquer, tandis que Jasper, je pouvais le sentir d'ici, allait accueillir Alice sur le seuil. Mon répit fut de courte durée. Je n'eus pas le temps de capter un seul mot de leur conversation –peut-être même s'étaient-ils passés de paroles- et déjà des coups frappés à ma porte me tiraient de ma torpeur. Je ne pris pas la peine de répondre. Cela n'aurait eu aucune incidence sur la décision de ma sœur. La poignée tourna, trop vite, et déjà elle entrai dans ma chambre.
-Edward Anthony Masen Cullen, tu as eu de la chance que je ne vois pas avant le cours de sciences Nat ce qui allait se passer.
-Tu aurais influé sur le cours des choses ?
-Bien sur que non !
-Alors ?
-Alors j'aurais pu te conseiller, t'aider, te… te soutenir !
Je me tournai sur le coté et observai ma sœur, un œil fermé.
-Merci, mais je me suis parfaitement débrouillé seul.
-Plus ou moins.
-Oh, Alice, c'est bon !
-Comme tu veux. Tu pars ce week-end ?
-Je pense. Il faut que je chasse.
-Avec Emmett.
Une affirmation, et non pas une question.
-S'il est d'accord.
-C'était une affirmation, et non pas une question.
Je ris. Elle fronça les sourcils.
-Je préfère lui demander.
-Nous restons ici, nous.
-Très bien.
Je me levai, et quittai la pièce.
-Edward ?
Je m'arrêtai, la laissant libre de parler, si elle le désirait.
-Je ne dirai rien à Esmé et Carlisle.
-Je sais.
-Et Rose non plus.
-Je… Je ne le savais pas.
-Tu pourrais me remercier.
-Très bien, alors. Merci Alice.
Je quittai la pièce pour de bon, et m'élançai en direction de celle de Rosalie et Emmett. Les signes d'une dispute se firent retentirent alors que je m'approchais de la porte. Je n'eus pas le temps de me reculer, ni même de chercher à savoir la raison de leur conflit, que déjà la porte s'ouvrait sur mon frère. Les cheveux ébouriffés, les yeux lançant des éclairs, il ne se tourna même pas vers moi. Ses pas résonnèrent quelques instants dans l'escalier. N'entendant pas la porte de l'entrée claquer, j'en conclus qu'il restait dans le salon.
La main de Rose apparut sur la poignée de la porte à coté de moi, et je me reculai d'un bond. Elle ne sortit cependant pas, se contentant de refermer sur elle le battant, faisant le plus de bruit possible dans la maison. Je haussai les sourcils, avant d'avancer d'un pas. Le cri que lança Rose à travers la porte close me fit frissonner, bien qu'il ne me soit pas destiné.
Plus calmement qu'Emmett, je descendis les marches en marbre, tandis que le son de la télévision me parvenait. D'après les bruits que je pouvais entendre, Emmett avait pris ma place aux cotés de Jasper. Sans se confier, lui.
Je m'assis en face d'eux, et ils me lancèrent un bref regard.
-Emmett, je…
-Je viens chasser avec toi. Sans problème.
-Tu…
-Je suis sur, oui. Et si nous partions maintenant ?
Je le regardais avec suspicion, tandis qu'il se levait et allait emballer quelques affaires. Je me tournai vers Jasper avec un regard interrogateur, mais il se contenta de hausser les épaules, vaincu. Il n'en savait pas plus que moi. Pour l'instant. Bientôt, j'en saurais plus.
Je montai à mon tour à toute vitesse dans ma chambre, et attrapai quelques vêtements que je fourrai dans un sac. Je m'assis quelques secondes, pour évaluer ma tension, notre tension à tous.
Quand je redescendis, quelques minutes plus tard, Emmett se tenait dans l'entrée, un sac à l'aspect lourd sur le dos. Je me tournai vers le salon, où Alice avait rejoint Jasper.
-Il fera beau, lundi et mardi.
Beau ? Beau ? Un beau jour… Un jour sombre. Pour nous, pour eux. Pas le même sens, pas la même perception. Pas la même importance. Un jour clair. Un jour ensoleillé. Même ce soleil devient lassant, fatiguant à la longue. Originalité. Dans le temps, plus aucune ; Grâce. Beauté d'un jour bleu. Elle n'était rien comparée au spectacle que nous offrions… Rien. Rien du tout. Pas même un éclat.
-Nous reviendrons avant.
Oui. Avant lundi. Bien sur. Je ne pouvais pas, je ne pouvais plus rester loin de Forks plus de deux jours. Je ne pouvais plus fuir, m'éloigner. Trop. Sans voir, sans penser. Sans savoir.
-Passez… Un bon week end.
Réflexion innocente, oui, ô combien innocente dans la bouche d'une femme, d'une jeune femme telle que pouvait paraître ma sœur. Mais ses lèvres se pressant, se rencontrant pour former ces cinq mots… Tellement ironiques. Si… Perception de la violence, oui, contenue dans un seul de ces mots… Un bon week end… Un bon week end.
-Edward ?
Je me retournai vers Emmett, qui me tenait la porte. Je saluai les autres d'un geste de la main, avant de sortir. Le soleil commençait à descendre à l'horizon, amenant sur nos visages, sur mon visage une lueur orange. Mes pas crissèrent sur les graviers, tandis que je m'engouffrais dans le garage, et montait aux cotés d'Emmett dans son SUV. Je ne m'attachais pas, me contentant de poser l'un de mes avants bras sur le rebord de la fenêtre, jetant mon sac sur l'un des sièges arrière. Emmett posa ses grandes paumes sur le volant, et nous démarrâmes.
Non pas en douceur comme nous le faisions à bord de ma voiture. Non pas dans des pétarades comme dans celle de Bella. Non pas lentement, en laissant le temps au moteur de rugir comme lorsque nous prenions celle de Rose. Non. Tout en force, tout en maîtrise, en dure habitude.
Je ne me tournai pas vers mon frère avant que nous ayons quitté les faubourgs de Forks. Pas physiquement, pas mentalement. Je ne sondai pas son esprit, conscient de la gêne que cela pourrait occasionner entre nous… Surtout en ce moment où nous étions seuls. Seuls, tous les deux, comme deux frères… Les deux frères que nous étions.
Emmett conduisait vite, comme chacun de nous, et nous ne tardâmes pas à nous trouver loin de la ville. Mon regard coula vers lui, tandis qu'il serrait les lèvres, et les dents. Je ne m'attardai pas sur lui, reprenant ma position face à la route.
Mon esprit divaguait, s'évadait, loin de toutes les confusions de notre monde. Je ne prononçai pas un mot, m'attendant à ce que mon frère le fasse. Plongé comme moi dans les plus profondes de ses pensées, il n'articula cependant pas un son, et je me rendis à l'évidence. Il allait falloir que je parle, que je brise ce silence qui s'était installé entre nous depuis quelques temps. Pas seulement en ce moment. Ce silence qui, depuis l'arrivée de Bella, nous maintenait l'un à quelque distance de l'autre. Une chasse. Une chasse serait peut-être la solution, oui. Mais elle ne ré-installerait pas un dialogue entre nous, non. Il fallait faire plus, il fallait que je trouve mieux. Mieux. Toujours mieux.
Emmett conduisait vite, mais nous cherchions à nous éloigner de la ville. Emmett conduisait vite, mais nous mîmes un certain temps à atteindre notre destination. Je n'avais pas eu à prononcer un mot, il savait mieux que quiconque où nous devions aller. Lui, lui seul dirigeait fréquemment nos grandes parties de chasse.
Lorsque nous arrivâmes du coté des Goat Rocks, le soleil avait fini de décliner, et l'horizon était noir. Noir de nuit, noir d'immensité. Emmett coupa le moteur et descendit de l'habitacle.
Elle était loin, maintenant, trop loin. Je n'étais plus celui qu'elle avait connu. Si elle m'avait vu en cet instant… oui. Encore. Elle m'aurait reconnu. J'étais loin, loin de corps mais pas d'esprit. Loin d'elle, mais encore humain. Humain. Trop humain, encore.
Je fixai la nuit, la nuit si douce qui s'offrait à moi, à nous. Elle était à Forks. Les lumières de la ville. Je les voyais encore, loin de moi, loin de me yeux. Près de mon esprit. De ces lumières que je ne voyais briller que dans mes songes, je pouvais en déceler une, une plus brillante que les autres. La sienne. La lumière qu'elle dégageait, qu'elle envoyait, qu'elle m'envoyait. Comment prendre les choses, à plus de cent ans d'âge ? Comment prendre les découvertes, la découverte de la lumière, de la lueur de soleil qu'il y avait en chacun de nous ?
En songeant, encore. En la voyant, elle.
Il était tard. Pas encore trop tard, pas tard pour un lycéen de Forks. Un lycéen tout court, un lycéen, tout simplement.
Etait-elle en train de travailler, en ce jeudi soir ? Etait-elle en train de parler, de parler librement, à son père, à celui qui, pendant des années, n'avait pas eu le moindre contact avec elle ? Etait-elle en train de lui raconter sa journée… Notre journée ? Lui dévoilait-elle tout, tout ce à quoi il n'aurait pas du, il ne devrait pas avoir accès ? Je me surprenais. Je savais que rien de tout cela ne m'appartenait, rien de tout cela ne me donnait droit, un simple droit sur elle. Je voulais qu'elle garde pour elle, pour nous ce moments, ces moments que nous avions partagés. Je ne voulais pas qu'elle les confie… A qui que ce soit. Le chef Swan, ou un autre. A dire vrai, il m'importait peu de l'identité de celui à qui elle pourrait raconter ses doutes, ses peines ou ses joies. Je ne voulais pas la partager, elle. Je voulais pouvoir dire « c'est elle ». C'est nous. C'est ce que nous avons partagé. Je ne révélai rien. Elle ne devait pas dire quoi que ce soit à propos d'elle. A propos de nous.
Si un nous pouvait un jour être espéré, envisagé. Un nous. je pourrais combattre ma solitude, mon isolement, pour former un nous. Je le pouvais. Mais je ne devais pas le penser. Je devais le faire.
J'étais trop loin.
Pourquoi étais-je parti ?
Je n'avais pas à le faire. Je n'avais pas à la laisser, seule.
Pas seule, non.
La savoir accompagnée était dur, était pire, peut-être.
Je n'avais pas à aller chasser alors qu'elle restait à Forks.
Pas un abandon, non.
Pas une trahison.
Juste une faiblesse, une de plus. Une faiblesse qu'il fallait, que je devais combattre.
Je devais rentrer.
-Je rentre.
Emmett me regarda avec circonspection.
-Tu rentres ?
-Je ne peux pas rester ici.
Pourquoi cela te serait-il impossible ?
-Je n'aurai pas du m'éloigner.
Tu en avais besoin.
-Je dois rentrer. Vraiment.
Tu le veux, Edward.
-Grand bien m'en fasse.
Je ne rentre pas, moi.
-Je dois dire que… Cela m'importe peu.
Edward.
-Je ne peux pas la laisser seule. Je ne le dois pas.
Edward, tu ne seras pas toujours là pour la protéger.
-Bien sur que si.
Elle ne court aucun danger à Forks, Edward.
-Elle a déjà manqué mourir… Deux fois.
L'une de deux par ta faute.
-Certes.
Laisse la vivre de son cité, un peu. Elle t'en sera forcément… reconnaissante.
-As tu déjà laissé Rose seule ? T'es tu déjà éloigné d'elle, sciemment ? Volontairement ?
Que suis-je en train de faire, selon toi, là ?
-Tu me rends service ?
Non, Edward. Non. Laisse là.
-Je rentre demain. Demain matin.
Tu as besoin de chasser, tu as besoin de sentir le sang en toi, Edward.
-On parie ?
-Tenu. On ne rentre pas avant dimanche.
-Très bien.
Je descendis de l'habitacle à mon tour, et rejoignit mon frère sur le devant de la voiture. Quand je m'assis sur le capot, le SUV gronda, et s'affaissa un peu sous moi.
Je me relevai. Emmett me fixa avec des yeux noirs, avant de se détourner.
La forêt qui se tenait devant nous était impressionnante. Nous y étions déjà allé des dizaines de fois, mais je la trouvais toujours plus grande, plus fournie. Peut-être n'était-ce pas qu'une impression. Je me levai.
Des odeurs. Des odeurs si diverses, se mêlant, plus douces les unes les autres… Plus attirantes, aussi. Celles de dizaines, de centaines d'espèces animales différentes. Celles de dizaines de petits mammifères, tous attirés par notre présence, notre propre odeur. Tous différents, tous aussi curieux de voir d'où provenaient ces bruits, ces pas. ces bruissements. Silencieux, plus que nous. plus jeunes, parfois. Souvent. Plus vulnérables. Une immensité d'odeurs, de sang se mêlant autour de nous.
Profondeur d'un lieu. Pas facile à exprimer. C'est le moins qu'on eut pu dire. Profondeur de ce lieu, surtout. Lieu de respect, de calme. Nous étions les seuls à troubler cette quiétude, plusieurs fois par an. Si indissociables de cette nature… Nous en faisions partie, au même titre que tous. Nous la détruisions, mais nous la respections car elle nous fournissait tout, tout ce qui serait capable de nous aider. Si proches, et si loin pourtant. Au bout de nos doigts entrouverts… A quelques centaines de mètres.
-On y va ?
La voix grave, puissante d'Emmett me sortit de ma torpeur. Je secouai la tête, avant de le fixer avec interrogation… Et surprise. Mes sourcils me froncèrent.
-Edward ? Nous sommes ici pour chasser, n'est-ce pas ?
Chasser. Chasser oui.
-Oui. Oui. Bien sur.
-On y va ?
Les yeux qu'il posait sur moi étaient interrogateurs, un peu déçus sans doute de mon manque de réaction, de conviction. Si clairs, parfois. Si sombres, aujourd'hui. Comme les miens. Chasser. Chasser, oui, pour leur redonner leur teinte dorée. Chasser pour perdre de mon humanité.
Chasser pour la retrouver, aussi.
-Oui. Quand tu veux.
-On se retrouve ici, dans une dizaine d'heures ?
Ici. Ici, oui.
-D'accord.
Emmett acquiesça, toujours pas rassuré quand à mon état. Je le laissai prendre un peu d'avance, avant de m'enfoncer à mon tour dans les bois.
Pas après pas.
Pas un crissement sur mes traces. Je pouvais voir, j'aurais pu voir, Emmett filer à travers les arbres, plus souple que jamais, les yeux fixés sur sa proie. Sur ses proies. Mais je ne voulais pas intervenir, pas auprès de lui, pas quand il était si inquiet.
Je marchai, au hasard. Posant mes pieds, l'un après l'autre. Sans savoir où j'allais, sans savoir où je trouverai de quoi me rassasier. Ni avec quoi je le ferai.
Mes pieds me portaient, plus vivants que moi. Le bois devenait sombre, trop sombre pour des yeux humains. Parfait pour moi. Je sentais, je reniflais, fier de ma nature. Je m'élançai.
Je courais, plus vif qu'Emmett. Je courai, sans but aucun. Je courai, me contentant de flotter autour des arbres, de les effleurer quand je passais trop près. Volant plus que marchant, je me rapprochai de ce que j'avais quitté. Mes instincts.
Je m'attaquai à un jeune cerf, pour commencer. Il ne m'avait pas vu approcher. Il n'avait pas senti mon souffle glacial dans sa nuque, annonçant son trépas. Il n'avait pas senti mes mains, mes mains si souples, se rapprocher de lui, l'étreignant dans un dernier baiser. Il n'avait pas senti mon corps se plaquer au sien, plus lourd que la pierre, plus froid que la mort. Il n'avait senti que mes dents, mes dents s'enfoncer dans son cou, alors que déjà le souffle lui manquait et ses sens le quittaient. Il n'avait rien vu, rien su avant. Il était mort, heureux mais mort. Triste vérité.
Je m'abreuvais de son sang, et ce pendant un certain temps. Il était chaud, chaud dans ma gorge. Quand il coulait dans mes veines, dans mes veines qui jusqu'alors en étaient dépourvues… Si chaud, si doux. Il coulait en moi, comme s'il m'avait appartenu, comme s'il n'avait fait qu'un avec le mien. Je l'avais arraché à son propriétaire. Il était mien. Il était mien, et ce pour toujours. Il était mien.
Il était doux, fruité. Si animal… si sauvage. Le creux dans mon ventre ne disparut pas, bien qu'il s'estompa quelque peu. Il ne disparaîtrait jamais totalement, maintenant. Il resterait, vide dans l'immensité de mon corps. Vide, vide intense, qui ne pourrait être comblé. Seulement remplacé. Il prenait moins de place, au fil des ans, des mois et des jours, remplacé par les sentiments, par les pensées. Faim comblée par l'amour. Quel cliché, oui, quel cliché. Et pourtant, pourtant si près et si vrai.
Je me relevai. Regardai ma montre. Le ciel. Ma montre. Il était plus tard… Plus tôt que je ne le pensai. Je n'aurai guère le temps que de chasser encore une proie avant de retrouver Emmett. Le soleil commençait à se lever. Trop vite, trop rapidement pour mes yeux.
Un soleil froid, triste et glacial. Trop frais pour perdurer. Une lueur, à peine une lueur abandonnée dans le ciel, dans mon ciel. Je repris ma course. Encore, toujours.
Je courus, plus vite encore, me laissant porter par le vent qui, comme le soleil, entamait sa journée. Ils ne s'étaient pas couchés, comme nous, se contentant de passer autour de la Terre, de passer de personnes à d'autres, toujours aussi forts, aussi fluides. Aussi vrais, eux.
Je m'arrêtais auprès d'une jeune ourse, une jeune ourse qui, sans doute, sortait pour la première fois de l'hiver. Les premiers rayons de soleil perçant, elle avait cru son hibernation finie. Pour le plus grand de ses malheurs. Je me ruai sur elle, plus vif que jamais. Elle m'avait vu, elle, avant que je saute sur son dos, et son pouls s'était accéléré. La douleur qu'elle ressentit au moment où je l'attaquai ne me parvint qu'en arrière plant, tant j'étais préoccupé par mon repas… Mon repas.
Je savais qu'Emmett ne m'en voudrait pas, d'avoir une fois encore pris l'une des proies qu'il privilégiait. Elles pullulaient dans la région… Et, à cette époque, il avait du avoir son compte d'ours, et d'ourses en tout genre.
Nous nous étions éclipsés le meilleur jour possible pour la chasse. Ce jour… Un nouveau coup d'œil à ma montre. Il était temps de rentrer… De retrouver mon frère.
Je courais, je courai pour le rejoindre. Je n'arrivais pas à temps pour le surprendre. Il était déjà là, accoudé à sa voiture, me fixant de ses yeux redevenus dorés. Je lui souris, et il me fixa, les coins de la bouche relevés en une posture qui lui était propre.
Je savais que tu ne résisterai pas longtemps, Edward… Avoue que tu à réussi à la chasser de ton esprit.
-Pas totalement. Tu devrais le savoir mieux que personne.
Son sourire s'évanouit quelques peu. Je le regardai, un peu confus.
-Hum… Quelque chose à faire, aujourd'hui ?
-Comme tous les jours, non ?
-Très drôle, très drôle, Emmett.
Je me jetais sur lui, trop vif pour qu'il prévoie ce que j'allais faire. Déséquilibré, il s'effondra sur le sol, m'entraînant à sa suite. Nous roulâmes dans l'herbe quelques instants, avant qu'il se relève et se jette sur moi, de toutes ses forces.
J'aurais pu l'éviter, bien sur. Facilement. Mais je résistai, mettant de coté mon talent, me battant à la loyale. Je roulais sur le sol, seul, tandis qu'il fonçait droit dans un arbre. Je souris. Et repartis à l'attaque. Il m'évita, adroitement. Emporté par mon élan, je continuai sur quelques mètres… Jusqu'à ce qu'il n'y aie plus de sol pour me retenir.
Je chutai, chutai encore et encore, en criant. Riant plus que hurlant. La tête d'Emmett surgit de derrière les rochers, quelques dizaines de mètres au dessus de moi, tandis que j'atterrissais sur une herbe pas vraiment confortable. Je me massai l'épaule droite sur laquelle j'étais retombé, avant de me relever. Les yeux de mon frère brillaient, lueur me guidant jusqu'au sommet de la falaise que j'escaladai… Avant de la dévaler, poussé par son élan. Nous atterrîmes une nouvelle fois sur le sol, assez abruptement. Nous nous redressâmes en même temps, avant de nous retourner l'un vers l'autre. Nous étions à quelques centaines de mètres de la mer. Le regard que mon frère me lança ne me laissant aucune marge de manœuvre, je courus jusqu'à la rive. Le premier, je retirai ma chemise, et la posai délicatement sur les galets. Je notai au passage une petite tache de sang au niveau de la poitrine. Je souris.
Elle ne supportait pas l'odeur du sang… L'odeur du sang… Ni sa vue…
-Edward ?
Je me retournai vers mon frère, pour me heurter à son sourire. Alors, plus vif que lui, je me jetai à l'eau. Il ne tarda guère à me suivre. Me mettant au défi de nager plus vite que lui, il s'éloigna vers la ligne d'horizon. Je souris, avant de me lancer à sa poursuite.
Nous ne revînmes vers la rive qu'au bout d'une demi douzaine d'heures, alors que le soleil commençait à décliner, une nouvelle fois. Je m'assis sur la grève, attendant Emmett. Il ne tarda pas à apparaître, nageant plus vite que jamais, dans l'ultime espoir de me voir derrière lui. Son regard, lorsqu'il accrocha le mien, se fit déçu, mais il se reprit très vite. Sortant de l'eau, il s'ébroua quelques instants. Je m'écartai de lui. Lorsqu'il renfila sa chemise, je me rapprochais. Il releva la tête.
-Le premier à ramener un grizzly.
-Pardon ?
-Le premier de nous deux qui ramène un grizzly a gagné.
-Vivant ?
-Bien sur. Où est le challenge, sinon ?
-Je… Tenu.
Il s'éloigna, plus rapide que jamais. Je le suivi, et ne tardai pas à la doubler. Les quelques insultes qu'il me lança me firent rire, tandis que j'entrai dans les bois.
Aussitôt, le silence m'entoura, et je m'arrêtai. Le silence. J'étais seul, et comme souvent quand j'étais seul… Elle était avec moi. J'étais avec elle.
Je m'arrêtai. Un regard, autour de moi. Tout était sombre. Tout. Trop.
Trop sombre, oui, toujours.
Je m'effondrai sur le sol.
Les bras en croix, je regardais le ciel, ce ciel que j'apercevais à peine à travers les branches qui s'entrelaçaient en grimpant vers les cieux.
Je ne le quittai pas du regard. Pas une fois. ce ciel, c'était la première fois que je le voyais.
-Edward ?
Je ne répondis pas, mais me relevai.
-Edward ?
Mes pas me guidèrent hors de la forêt.
-Edward ?
J'attendis quelques instants auprès du SUV d'Emmett.
-Edward !
Il apparut entre les arbres, courant aussi vite qu'il le pouvait.
-Eloigne-toi !
Je le regardai avec étonnement. Quand je vis ce qui le suivait, je m'éloignai, poussant la voiture d'une main, avant de bondir sur le coté.
-Attrape le ! Maintenant !
J'écarquillai les yeux.
-Edward !
Emmett courait vers la falaise, vers le bord de la falaise, en me jetant de brefs regards. Ses cris devenaient hystériques.
-Maintenant !
Je souris.
Et me jetai en avant.
Mon bond me propulsa sur ce qui suivait Emmett, quelques mètres à peine en retrait.
Un ours.
Enorme.
Plus qu'un ours.
Un…
-Attaque le, Edward !
Je me jetai sur le dos de la bête, qui glissa sous mon poids. Elle s'étala sur le sol, et moi avec lui. Emmett rit et se jeta par dessus nous.
-J'ai gagné !
-C'est moi qui l'ai assommé !
-Je l'ai ramené !
-Tu ne faisais pas le fier…
-Je l'ai quand même attrapé !
-A peine.
-Si !
-Bon, occupes-t'en.
-Non, à toi l'honneur.
-Je t'en prie.
-Ensemble ?
Je ris, et, ensemble, nous nous penchâmes sur la bête.
Nous passâmes le week-end dans cette ambiance, entre chasse, course, nage et plaisanteries. Je perdis, bien entendu, mon pari, car nous restâmes jusqu'au dimanche soir. Quand nous fûmes prêts à quitter les bois, mon cœur se serra. Un peu. Mais je respirai profondément en souriant.
-Emmett ?
-Hum ?
-Je vais revoir Bella…
En espérant que ça vous ait plu... ;)
