C'est mercredi, c'est l'heure de la Dramione ! Avec un titre annonciateur... Bonne lecture!
Chapitre 21 : Le baiser.
Mercredi 29 décembre, 19h32.
Chambre d'Hermione Granger.
Hermione était allongée dans son lit, à moitié en position assise et allongée. Sur ses genoux trônait la Gazette du Sorcier, où un interview de son écrivain préféré était étalé sur la première page. D'abord en le dévorant du regard, Hermione s'était vite aperçu que son auteur n'était autre que Rita Skeeter, d'où les questions absurdes et les réponses incertaines : "Quand votre premier amour vous a rejeté, quel à été votre réaction?" "Si vous vouliez dévoiler un secret à la communauté des sorciers, lequel ce serait?".
Quand Hermione tomba sur une question totalement humiliante, elle ferma le journal d'un geste violent. Puis, elle se frotta ses mains froides sur ses paupières, la fatigue pénétrant peu à peu les pores de sa peau.
Elle parcourut du regard sa chambre d'enfance. Entièrement mauve, elle ne contenait que très peu de jouets, mais beaucoup de livres. En voyant ses bibliothèques remplies à ras-bord de romans moldus, Hermione esquissa un sourire et se demanda quel serait la réaction de Drago s'il pouvait voir ça. Sûrement des moqueries et des yeux effarés.
Drago lui manquait véritablement désormais, et même s'ils s'envoyaient de nombreuses lettres, elle avait l'envie grandissante de le revoir. Comment un garçon pouvait-il prendre autant de place dans sa tête? C'était humainement possible, de penser autant à quelqu'un? Elle devait être folle. Ou amoureuse.
Cette pensée lui donna un sursaut, et elle changea mentalement de sujet.
Elle devait impérativement réviser pour ses BUSES. Elle continuait son planning de révisions, bien sûr, et s'entraînant autant que possible, mais la concentration n'était plus vraiment au rendez-vous.
Motivée, elle attrapa sa valise et en sortit de nombreux manuels. La matière où elle peinait le plus, malgré ses bons résultats, était l'Arithmancie. Soit parce que Drago était son voisin, ou parce que c'était une discipline laborieuse, elle n'aurait su le dire.
"Hermione ! Viens mettre le couvert, chérie !"
La concernée jura entre ses dents, sa plume encore dans sa paume. Elle la posa, se promit de s'y remettre dès la fin du dîner et dégringola les escaliers blancs vers la cuisine de ses parents.
Elle prit les fourchettes, couteaux et verres dans les placards et les entassa dans ses mains, ruminant en pensant au simple "Accio" qui aurait pu simplifier ses gestes.
Son père vint l'aider, et ils portèrent la vaisselle jusqu'à la grande table de la Salle à Manger.
"Merci, papa."
"De rien ma chérie."
Les deux s'assirent, et attendirent impatiemment que Monica apporte le plat de la soirée. Et quand elle arriva avec du poulet rôti fumant et des pommes de terres sautées, le ventre d'Hermione s'exclama en des gargouillements ragoûtants.
"Maman, ça m'a l'air délicieux !"
"Oh, merci chérie. J'ai cuisiné ça en très peu de temps."
Hermione avait été toujours émerveillée par la cuisine de sa mère. Certes, Molly était imparable et donnait toujours des mets succulents à sa famille, mais c'était bien différent. La magie l'aidait, or, sa mère cuisinait tout le temps avec amour, précision et patience. Quand elle était petite, la brune adorait se poser sur le tabouret de la cuisine et la regarder, de ses yeux grands yeux chocolat, couper les légumes ou napper un gâteau.
Ils dégustèrent le tout, sans un mot, tant la douceur du plat réveillait en eux leurs papilles. A la fin, quand seule la carcasse du poulet baignait dans le peu de sauce qui restait au fond du plat, le père d'Hermione toussota et demanda :
"Alors, Hermignonne, comment se passe Poudlard? Tu nous a pratiquement rien raconté, ces vacances."
Hermione adorait quand son père l'appelait de la sorte, mais le reste de la phrase lui donna un élan de culpabilité tandis qu'elle repensait à son renfermement intensif dans sa chambre.
"Et bien, Harry et Ron vont bien. Ils ne sont pas du tout stressés par les BUSES, alors que je passe mon temps à réviser. Ah, et on a une prof presque sadique qui enseigne les Défenses Contre les Forces du Mal, cette année !"
La jeune femme garda soigneusement en silence son heure de retenue, et regarda les visages concentrés de ses parents. Ils étaient fascinés par l'école de magie, même s'ils ne le montraient pas beaucoup.
"Ah, oui, le poste maudit ! Comment s'appelle-t-elle?" demanda sa mère, sa fourchette quelque part entre son assiette et sa bouche.
"Ombrage. Elle refuse qu'on utilise nos baguettes, alors qu'elle pratique l'essence même de la défense !"
Ses parents acquiescèrent, et se turent. Hermione, frustrée de ne pas continuer un débat dans laquelle était déjà lancée, s'empara de son couteau et entreprit de le frotter contre la porcelaine de son assiette.
"Et, sinon, quoi d'autres? Comment va Ron?"
Hermione regarda, surprise, les yeux bleus inexpressifs de sa génitrice. Pourquoi cette question? Elle qui d'habitude vantait les qualités d'Harry, elle était surprise de devoir expliquer le comportement de Ron, avec qui elle n'en parlait pratiquement jamais.
"Euh… Il va bien, on va dire. Il a une copine, elle s'appelle Lavande."
Les deux parents se regardèrent, et murmurèrent d'une seule et même voix :
"Ah."
Cette fois, la Gryffondor était réellement perdue. Avant que sa mère ne se lève pour apporter le dessert, elle demanda d'une voix légèrement éraillée :
"Pourquoi ces questions?"
Devant le silence de Monica et Wandell, et l'air penaud de son père, elle comprit.
"Vous vouliez me caser avec Ron?!"
"Quoi?! Seigneur, non !" répliqua son père, incapable de cacher son sourire.
"Mais ! Je ne suis pas amoureuse de Ron, c'est mon meilleur ami !"
"Tu sais, moi, quand j'étais ami avec ta mère, je pensais sincèrement que notre amitié était…"
"Je sais, ça, papa, tu me l'as raconté une bonne centaine de fois. Mais je peux vous assurez que je n'éprouve rien pour Ron. C'est juste mon ami."
La mère d'Hermione leva les yeux au ciel, amusée, ce qui donna à Hermione une nouvelle colère qui s'écrasa contre elle comme une vague.
"Et de toute manière, je suis amoureuse de quelqu'un d'autre !"
La fourchette de son père vint s'éclater contre son assiette, tandis qu'Hermione comprit qu'elle était partie un peu trop loin. Elle allait devoir s'expliquer, or, elle ne voulait pas du tout parler de Drago à ses parents. Du moins, pas toute suite.
"Non, en fait, pas vraiment amoureuse, j'ai…"
"Mais, ma chérie, c'est super ! Il est à Poudlard ?"
Sa mère la contemplait, la joie reflétée dans ses grands yeux azurs, et son père ramassa son couvert avec un grand sourire.
"Euh, oui, il est à Poudlard."
"C'est merveilleux ! Quelle maison?"
Hermione s'en voulait. Elle ne voulait pas mentir à sa mère et son père, surtout qu'ils n'avaient plus l'occasion de se voir comme avant. La Rouge et Or avait envie de leur annoncer qu'il était à Serdaigle, que c'était un né moldu et qu'il travaillait ardemment, pas leur dire qu'elle était éprise de son ennemi juré. De plus, ils connaissaient Drago, puisqu'elle leur en avait parlé dès la première année, quand il avait commencé à l'insulter.
Comment leur expliquer qu'il avait changé au point qu'elle en tombe amoureuse?
"Euh… Serpentard."
L'étonnement fit clairement apparition sur le visage de Monica, qui, pourtant, ne répliqua pas. Pourtant, c'était avec une voix beaucoup moins assurée qu'elle demanda de nouveau :
"Et, on le connaît?"
Le ventre d'Hermione se tordit, et elle s'essuya la bouche de sa serviette pour avoir le temps de réfléchir à la forme adéquate. N'en trouvant aucune, elle répondit donc, d'un ton neutre :
"Oui. C'est Drago Malefoy."
Cette fois, un parfait silence ensuivit cette déclaration. Elle vit du coin de l'oeil que son père la regardait, éberlué. Sa mère, quant à elle, tripota la nappe blanche, la bouche tordue dans une grimace soucieuse.
"Drago, le garçon qui t'embêtait?" demanda finalement le père, la voix moins enjouée qu'au début.
"Oui, c'est lui. Mais il a énormément changé, il n'est plus le petit garçon méprisable des premières années. Il me protège, et il me fait rire, et il est gentil, il change pour moi…"
Wandell et Monica s'échangèrent un regard plein de peur, et en se voyant, ils éclatèrent d'un grand rire. Puis, la mère d'Hermione s'exclama, la voix emplie de nostalgie :
"Mon bébé devient grand !"
S'ensuivit une soirée hilarante, où Hermione put contempler à sa guise les sourires chaleureux de ses parents.
Même jour, 22h16.
Chambre de Drago Malefoy, Manoir.
"Granger,
Un jour, tu m'as demandé pourquoi je t'appelais toujours comme ça, alors que tu m'appelles par mon prénom. Tu te souviens de ce que j'ai répondu? "Si un jour je ne t'appelle plus Granger, ça sera pour t'appeler Malefoy." Je me souviens de tes yeux, à ce moment-là. Ils étaient étincelants de joie, de surprise. Peut-être même d'espoir.
Je me sens trop con, de t'avoir dit ça. Sur le coup, j'ai pensé que ça te ferait plaisir, que ça éveillerait en toi les frissons que je ressens quand tu me dis un truc comme ça. Sauf que là, je regrette énormément.
Mon père vient de venir dans ma chambre. Heureusement que j'avais caché nos lettres, sinon, je ne serai pas en train de t'écrire en ce moment, mais plutôt en train d'être enterré.
Il a dit que jamais de sa vie il ne pourrait me voir avec une… Sang-De-Bourbe. J'ai contesté, hurlé, tapé du poing, mais il était étrangement calme. En fait, on aurait même pu croire qu'il venait m'annoncer le menu de ce soir. Il me disait que si je faisais ça, je ne le reverrai plus jamais, ni ma mère. Que je pourrais définitivement renoncer à un quelconque héritage, mon nom, ma réputation. Qu'il me couperait de la réalité grâce à ses contacts et qu'il me pourrirait la vie jusqu'à ma mort.
Je pensais pas qu'un jour, je pourrais regretter quelque chose. Mais là, Granger, je regrette de t'avoir donné ce putain d'espoir que j'ai vu dans tes yeux.
Je suis désolé. Vraiment.
Drago."
Jeudi 30 décembre, 10h42.
Voiture des Granger.
Quand Hermione posa sa tête contre la vitre de la voiture, elle ne put voir que les milliards de flocons se déposer magistralement sur le béton, puis fondre en quelques secondes. Elle aimait la neige, ça lui rappelait Harry, Ron et le jardin enneigé de Poudlard. Certes, c'était une fille très frileuse, mais marcher dans le sol blanc et entendre les légers craquements sous ses pieds bottés lui donnait un certain réconfort.
"A quelle heure est ton train?" demanda la mère d'Hermione, assise à la place du passager.
Chaque vacances, elle lui demandait, alors qu'elle savait très bien l'heure exacte du départ. Hermione avait acquis ce trait de caractère chez sa mère : L'envie de tout contrôler et la ponctualité.
"11h, maman."
"Très bien, il reste 20 min, ça devrait le faire. Tu dois rejoindre les Weasley, et Harry?"
"Oui, à 10h50."
"C'est beaucoup trop tard !"
Monica se rongea les ongles, son regard bleuté fixé sur les quelques voitures dispersées sur la route, devant la gare. Le père de famille esquissa un sourire face à l'anxiété de sa femme, et d'un mouvement expert, se gara sur le dépose minute de la gare.
"Arrivés !"
Dès cette phrase prononcée, les deux filles de la voiture ouvrirent leurs portières et se dirigèrent vers le coffre, pour en extraire l'énorme valise d'Hermione, et Pattenrond.
Son père, descendu à son tour, afficha un air soucieux.
"Ce chat reste un mystère pour moi. Un jour il vient se lover contre toi, et l'autre il te crache dessus. On dirait qu'il est bipolaire."
Cette remarque fit rire Hermione, lui rappelant un certain rouquin qui lui répétait sans cesse.
La brune prit le panier, où le chat dormait, et sa valise d'un bras. Puis, elle entra dans le hall principal, suivie de près par ses deux parents.
Elle n'eut pas de mal à trouver la famille Weasley, les seules personnes habillées de débardeurs en pleine journée d'hiver.
"Bonjour !"
"Ah, Hermione, te voilà !"
Molly la prit dans ses bras, puis Ron vint la saluer d'un sourire timide. Enfin, Harry se rapprocha d'elle et passa ses bras autour de ses hanches pour poser sa tête contre son épaule. Il avait l'air triste, presque maussade. Pourtant, quand la brune logea sa tête contre le cou du Survivant, elle fut ravie de lui faire naître un sourire.
"Bon, et bien, tout le monde est là ! On peut y aller !"
Arthur, Molly, Fred, George, Ginny, Harry et Ron se dirigèrent vers la voie 9/4, tandis qu'Hermione dit au revoir à ses parents. Elle leur promit de leur écrire, même si elle ne savait pas vraiment quand elle aurait l'occasion de le faire, et se rapprocha de la famille des rouquins. Évidemment, dès qu'elle fut à moins d'1 mètre d'eux, Fred ralentit et attrapa sa valise pour la faire rouler.
"Merci !"
"A votre service !"
Le jumeau ponctua sa phrase d'un clin d'oeil, et ils continuèrent leurs chemins en parlant de leurs fins de semaine respectives.
Même jour, 10h46.
Chambre de Drago Malefoy, Manoir.
Drago referma sa valise d'un coup sec, et s'épongea son front en sueur de sa manche. Sa baguette encore à la main, il traversa sa chambre rapidement pour attraper le sac rouge qui attendait sur sa chaise depuis quelques jours. En le prenant, il remarqua qu'il était bien plus lourd qu'il ne l'avait pensé, et jura entre ses dents.
"Ah, Granger, heureusement que c'est pour toi…" marmonna-t-il dans sa barbe.
Il plaça son sac sur le chariot de ses bagages, caché pour ne pas que son père ne le voit. Au moment où il allait ouvrir la porte pour faire descendre ses nombreuses valises et son hibou, Narcissa tourna la poignée et apparut dans la pièce.
"Mère?"
"Drago, je voulais à te parler, avant ton départ."
Il avait attendu cette phrase toute la semaine, mais ne pensait pas y avoir affaire 20 min avant le départ du train.
"Oui?"
Ils s'assirent dans le lit du blond, et la mère prit une grande inspiration.
"Drago, je comprends ton père."
Le garçon fixa, de ses yeux désormais aciers, le visage de sa mère.
"Je vous demande pardon?" siffla-t-il entre ses dents.
"Tu m'as bien entendue. Je comprends la colère de ton père. Enfin, Drago ! Tu es épris d'une jeune femme, de sang moldu, et amie avec l'ennemi de Tu-Sais-Qui. C'est tout à fait compréhensible qu'il se sente dépassé. Il pensait que tu étais amoureux de la petite Parkinson…"
Drago grimaça, et contrairement à ce qu'il pensait, sa mère éclata d'un rire raffiné.
"Oui, moi non plus je n'aime pas trop cette fille. Elle a un visage grossier, tu ne trouves pas?"
Le garçon ne répondit pas, et attendit que sa mère reprenne la parole.
"Tout ça pour te dire, Drago… Je suis d'accord avec ton père sur 1 point : Le fait que tu désobéisses aux valeurs fondamentales de ta famille."
Elle planta son regard glacé dans le sien, tout en continuant d'une voix plus basse :
"Mais sache que je te soutiendrais toujours."
Drago contempla, totalement choqué, sa mère. Celle qui était si forte, si protectrice et attachée à sa famille. Venait-elle réellement de dire ça?
"Comment…?"
"Je t'aiderais, Drago. Je comprends ton père, mais je ne partage pas son opinion. Pour moi, si cette jeune femme te plaît, je l'accepterais. Évidemment, j'aurais préféré une belle Serpentard, de sang pur et d'une belle lignée. Mais si tu es véritablement amoureux d'Hermione Granger, alors je te comprendrais."
"Mais… Mère…"
"Es-tu véritablement amoureux de cette jeune femme?"
"Oh que oui. Je l'aime, Mère, j'ai jamais connu un tel sentiment, je…"
Drago se tut, et Narcissa esquissa un sourire.
"Si mon petit Drago en perd ses mots, c'est que cette Granger doit te faire tourner la tête."
Elle se leva, laissant un Drago partagé entre la joie, la peur et l'incompréhension totale.
"Bon, et bien, je crois qu'il est temps pour toi de transplaner."
Elle lui tendit sa main, mais le Vert et Argent ne la saisit pas et avança directement vers le hall du Manoir. Sa mère, habituée à ce que son fils ne démontre pas son amour, arqua simplement ses beaux sourcils et le suivit gracieusement.
Quand il vit le petit corps craintif de Maria, son elfe de maison, il fut soulagé. Enfin il pourrait revoir Hermione, et retrouver leurs moments qu'il aimait tant. Il avait hâte de quitter l'ambiance tendue de chez lui et les regards meurtriers de son géniteur.
"Bonjour, maître. Etes-vous prêt à transplaner?"
Drago se retourna, cherchant du regard Lucius. Sa mère, en voyant ses yeux devenir légèrement tristes, se rapprocha de son fils et lui empoigna la main tendrement. Elle lui fit un petit hochement de tête, et Drago réussit à ravaler ses larmes qui menaçaient de couler.
Malgré tout ce qu'il lui avait fait subir, Lucius était toujours son père, et même s'il ne le montrait jamais, Drago aimait cette figure paternelle qui l'avait inspiré autrefois.
"Bonne année, fils."
Avant d'avoir pu répondre, Drago fut emporté dans un tourbillon de couleurs où la tache brune des cheveux de sa mère se dissipa rapidement.
Même jour, 10h58.
Poudlard Express.
Hermione regardait les visages radieux des parents, à travers la vitre du Poudlard Express. Seule dans le compartiment, elle attendait que ses amis aient terminé de dire au revoir à leurs parents avant d'embarquer, un petit sourire aux lèvres.
Pourtant, son coeur battait à la chamade.
Pourquoi Drago ne s'était-il toujours pas montré? Peut-être que son père lui avait empêché de venir à Poudlard pour le jour de l'an? Se faisait-il encore une fois torturé, à l'heure où elle pensait ça? Était-il gravement blessé?
Les Weasley rentrèrent un par un dans les wagons, et les mains d'Hermione devinrent moites. Depuis que le train avait stationné, elle avait attendu le Serpentard. Elle savait pertinemment qu'il n'était toujours pas rentré, aussi, Hermione commençait sérieusement à s'inquiéter.
Pourquoi était-elle aussi stressée pour lui?
Elle tourna ses yeux chocolats vers la grande horloge murale du quai. Plus qu'une minute.
Quand George entra en dernier sur le trépied, Hermione perdit espoir. Elle se rappela de la promesse de Drago, la veille, de venir pour le nouvel an à Poudlard. Ces quelques mots, gribouillés à la hâte sur un parchemin usé, lui avaient paru si sincères…
En cet instant, et malgré son manque évident de preuves, elle détestait Lucius Malefoy. Elle était intimement persuadée que c'était lui qui avait retardé son fils, pour ne pas qu'ils aient l'occasion de se revoir.
Son sang bouillonnait toujours dans ses veines quand Harry ouvrit la porte du compartiment, plongé dans une conversation avec Ginny, suivi de près par Fred et Neville.
La brune, par le reflet de la vitre, put voir que le jumeau se rapprochait d'elle et essayait de deviner la raison de son expression faciale.
"Tout va bien, 'Mione?"
Hermione voulut hurler que non, que le garçon qu'elle aim… appréciait fortement avait rompu leur promesse, que son père était le pire monstre de l'humanité et qu'il lui manquait abominablement.
Mais en voyant les cheveux platines de Drago sortir d'un transplanage et se précipiter sur le train, Hermione soupira.
"Oui, tout va bien."
Même jour, 20h54.
Chambre de Drago Malefoy, cachots des Serpentards.
Drago parcourut, de son regard azur, sa chambre qui s'étalait sous ses yeux. Elle était plus petite que celle du Manoir, mais tellement plus chaleureuse. Peut-être parce qu'une certaine Gryffondor habitait à quelques mètres de là, ou parce qu'il pouvait entendre précisément son souffle lorsqu'elle s'endormait.
Il savait qu'elle était à côté, pourtant, il n'osait pas entrer dans sa chambre. Avant, il l'aurait fait sans hésiter, n'y même frapper, mais maintenant que son père savait pour ses sentiments, il avait la subite impression de rendre son amour "officiel." A part pour Blaise, il ne l'avait jamais avoué à haute voix.
Son attirance était restée entre les murs de sa tête, uniquement pour lui.
Quand il hésita une énième fois devant la porte du dortoir d'Hermione, il vit que sa poignée verdâtre tournait. Dès lors, il sauta dans son lit avec la grâce d'un veracrasse, et fit semblant de contempler ses couvertures, l'air rêveur.
"Oh, Granger, bonsoir."
Hermione arqua un sourcil, et Drago voulut se gifler mentalement. Il lui avait envoyé des tas et tas de lettres pendant une semaine, et il avait l'air aussi détaché?
"Coucou, Drago."
Elle s'assit calmement sur son lit, et attrapa un coussin vert pour le mettre sous son menton. Merlin, qu'elle était belle.
"Comment s'est passé ton voyage?"
"Bien, j'ai passé mon temps avec Fred et Ginny. Et toi?"
"Avec Pansy."
C'était pas vrai, bien sûr, mais il aimait tant l'éclair furtif de jalousie qui traversait ses pupilles à chaque fois qu'elle entendait ce nom.
"Ah, très bien."
Hermione semblait perdue dans ses pensées, et tandis que Drago cherchait un sujet de conversation dans sa tête, elle lança d'une voix distraite :
"Comment a réagit ta mère?"
Le garçon fut tout d'abord éberlué par cette question, et la pure coïncidence qui en émanait, mais reprit bien vite son masque avant de répondre :
"Elle me soutient. Elle dit que si… Je t'apprécie, elle en sera heureuse."
Hermione esquissa un sourire, et se leva. Bien trop vite au goût de Drago, qui ne put que la regarder s'éloigner de lui, et l'entendre lui dire :
"Bonne nuit, Drago."
S'il aimait entendre son prénom de cette bouche, le sentiment de frustration ne s'évapora pas à son entente. Il regarda, interdit, la femme qu'il aimait fermer délicatement sa porte pour rejoindre son lit.
Vendredi 31 décembre, 20h23.
Grande Salle de Poudlard.
Hermione se décala légèrement sur la droite de son banc pour y laisser une place pour Fred, qui s'y assit lourdement. Il avait encore sa tenue de Quidditch, et Hermione fronça le nez en y voyant la boue de neige étalée un peu partout dessus. Apparemment, le rouquin surprit son regard car il dit en riant :
"Pas la meilleure tenue pour draguer, hein?"
Hermione rougit, et prit sa baguette entre ses doigts avant de la pointer vers Fred. Si ce geste pouvait faire peur aux gens, le jumeau resta impassible et contempla le visage de la Gryffondor, son sourire toujours accroché aux lèvres.
"Foetore complevit"
Aussitôt, l'odeur de terre mouillée se volatilisa dans l'air, pour ne laisser que la senteur parfumée des mets du repas.
"Ah, voilà qui est mieux !" s'écria George, en direction d'Hermione.
"Heureusement qu'on a la meilleure sorcière de sa génération à notre table !"
Les rougeurs d'Hermione redoublèrent d'intensité, et elle croisa le regard émeraude amusé de son meilleur ami. Si ça pouvait faire rire Harry en ces temps difficiles, alors tant mieux.
Ron débuta une conversation avec les jumeaux, mais seul George lui répondit, Fred étant concentré sur la jeune femme qui se servait en salade.
"Quoi?"
"Rien. Tu es belle, c'est tout."
Les mains d'Hermione tremblaient. Personne ne lui avait dit ça, comme ça, en plein milieu d'un repas et entourée de gens.
"Euh, merci."
"Tu dois être surprise de ma franchise, mais quand je pense quelque chose, j'ai tendance à le dire à voix haute. Désolé."
Il lui fit un nouveau clin d'oeil, et Hermione sourit de plus belle.
"Mais, suis-je bête, tu es déjà amoureuse !"
Hermione fit les gros yeux et regarda du coin de l'oeil si les autres ne les avaient pas entendus. Fort heureusement, un des traits principaux des jumeaux Weasley était la discrétion, aussi, aucun de ses amis n'écoutaient leurs conversations.
"Je ne suis pas amoureuse."
"Disons que tu n'es pas indifférente."
Hermione haussa les épaules et se reconcentra sur son assiette.
Quelques mètres plus loin, un garçon aux cheveux blonds platines fixait le dos du rouquin, ses yeux lançant des éclairs de jalousie.
Même jour, 21h05.
Grande Salle de Poudlard.
"Nous voulons rappeler à tous les élèves de Poudlard que les fêtes de fin d'années se termineront à 01h précise. Si un élève est surpris dans les couloirs après cette heure, il sera puni, et se verra…"
Drago n'eut pas le courage d'écouter la fin de la phrase de McGo. En fait, il avait juste envie de se barrer de cette Grande Salle, et arrêter de fixer les cheveux orangés de Fred Weasley.
De tous les frères roux, les jumeaux étaient ceux qu'il appréciait le plus. Du moins, avant qu'il la voit en train de rougir sous son regard marron et la voir sourire de toutes ses dents pendant tout le repas.
Il savait qu'il la connaissait depuis plus longtemps que lui, qu'il la côtoyait depuis de nombreuses années et qu'elle passait ses vacances chez lui. Mais, Merlin, il n'aurait jamais pensé qu'il était si proche d'elle pour qu'elle lui donne des petits coups sur l'épaule ou n'écoute pas attentivement le discours de la vieille.
Il avait mit des mois à pouvoir construire une relation comme telle avec Hermione, et il se rendait compte qu'il partageait son sourire avec quelqu'un d'autre. L'espace d'un instant, il se demanda si Hermione l'aimait vraiment, s'il avait bien fait de contrer son père et ainsi renoncer à son héritage et sa réputation. Et sa famille, soit dit en passant.
Mais oui, bien sûr qu'il avait bien fait, il l'aimait et il ne pouvait pas renoncer à elle. Sauf que si ce n'est pas réciproque…
Drago se frotta le visage de sa main et se rendit compte que le dîner était terminé. Pourtant, la faim lui tenaillait toujours le ventre.
Il se leva, un peu trop brutalement en vue des regards étonnés de ses camarades, et courut presque vers sa chambre verte.
Même jour, 21h12.
Couloirs de Poudlard.
"Drago, attends !"
Pourquoi courait-il de la sorte? Est ce qu'il avait envie de la fuir? Qu'est ce qu'elle avait fait?
"Quoi, Granger?"
Elle le rejoignit en quelques enjambées, et prit son visage de sa main droite pour le tourner vers elle. Sauf que quand elle croisa son regard, elle ne put y décerner que le vide.
"Pourquoi tu me fuis?"
"Parce que je dois rentrer dans mon dortoir, là. Faut réviser les BUSES avant le Nouvel An, sinon, je vais être perdu."
Hermione hocha la tête, pensive.
"Oui, tu as raison, je vais faire de même."
Elle avança vers les cachots, suivie par Drago qui traînait derrière elle. Il soupira intérieurement : Si elle avait découvert qu'il était jaloux, s'en était fini pour lui.
Il se surprit à contempler la cascade de cheveux bouclés qui tombait sur les omoplates d'Hermione, et rêver de les caresser jusqu'à ce qu'il s'endorme.
"Drago? Tu viens?"
Le concerné trottina jusqu'à elle, et tandis qu'ils descendaient les escaliers vers leurs dortoirs, il lui prit la main. Elle semblait si chaude dans la sienne… Il vérifia sa réaction, mais la Gryffondor était tout aussi neutre que quelques secondes auparavant.
Pourtant, elle ne la retira pas.
Même jour, 23h54.
Salle Commune des Serpentards.
Après maintes supplications de la part de Drago, Hermione avait bien voulu fêter la nouvelle année en compagnie des serpents. Au départ, elle avait culpabilisé, mais après avoir demandé par hibou si ça ne dérangeait pas Ginny, cette dernière lui avait répondu qu'elle passerait sûrement la soirée avec Harry et Ron, et qu'elle n'avait pas à s'inquiéter.
C'était donc avec la conscience plus légère qu'Hermione était descendue dans la Salle Verte.
Elle avait longuement hésité quant à sa tenue, ayant envie de garder le pull chaud et confortable à l'effigie des Gryffondors. Mais pour porter un lion au milieu des Verts et Argents, il fallait être suicidaire, aussi, Hermione s'était vêtu d'un T-shirt basique vert, d'une veste blanche et d'un pantalon noir, dans l'espoir de se fondre dans la masse.
Étrangement, et à part Pansy, Crabbe et Goyle, Hermione avait été relativement bien accueillie dans la maison des serpents. Peut-être parce qu'elle logeait ici depuis déjà quelques mois, ou parce que Drago leur avait ordonné, elle n'aurait su le dire.
Quoiqu'il en soit, assise dans un fauteuil près de la cheminée près de la piste des danseurs, Hermione se sentait bien. A sa droite se tenait Blaise et quelques amis de Drago avec qui elle parlait depuis déjà une bonne trentaine de minutes.
Nott lui proposa un Whisky Pur-Feu, et lui tendit la bouteille dans un geste automatique. Mais en voyant l'hésitation se peindre sur le visage de la brune, il se racla la gorge en disant :
"Oh, pardon, j'avais oublié que tu buvais pas."
Pansy, en train de danser, s'esclaffa bruyamment en entendant ces mots, et Hermione sentit les rougeurs monter. La jeune femme regarda son ennemie se moquer d'elle auprès de ses amis, qui éclatèrent tous d'un grand rire. Apparemment, il était coutume de boire dans cette Maison.
"Passe moi ça."
Nott et Blaise s'échangèrent un rapide coup d'oeil, puis le métisse répliqua d'une voix ferme :
"T'es la favorite de Drago, on veut pas s'attirer ses foudres."
Cette phrase eût le don de mettre Hermione en rogne, et elle répondit un peu trop sèchement :
"Et alors? Je suis pas à sa merci, j'ai le droit de m'amuser, non?"
Les deux garçons semblèrent convaincus, et lui retendirent le Whisky. Dès que les droits de la brune en ai effleurer le verre froid, Pansy s'assit dans la fauteuil en face d'elle et s'égosilla de son ton criard :
"Toi, tu vas boire du Pur-Feu? La petite coincée de Potter va t-elle se bourrer la gueule?"
Quelques Verts et Argents ricanèrent, et Hermione fixa les prunelles sombres de Pansy Parkinson. Dans un geste provocateur, cette dernière arqua un sourcil et esquissa un léger sourire.
Alors, et sans réfléchir, Hermione déboucha la bouteille et en ingurgita rapidement la moitié. En sentant le liquide lui brûler férocement la gorge, elle voulut tout recracher, mais rien qu'en voyant une Pansy étonnée devant elle, la Rouge et Or se força à en avaler la fin.
Quand elle décolla le goulot de sa bouche, elle vit que la moitié de la Salle l'observait du même regard choqué. Pendant une seconde, le visage de sa mère apparut devant ses yeux, mais il fut bientôt remplacé par celui de Drago.
Tandis qu'elle reposait sa bouteille désormais vide, un grand garçon blond lui en tendit une autre, avant de lui murmurer à l'oreille :
"Bienvenue chez les Serpentards, Granger."
La concernée sourit de toutes ses dents, mais ne but pas son autre bouteille. L'alcool continuait de lui irriter la bouche, et elle sentait déjà sa tête lui tourner.
"Hé, Granger, c'est bientôt la Nouvelle Année !"
Elle se tourna vers Blaise, qui affichait un grand sourire, faisant contraster ses dents éclatantes et sa peau foncée.
"Ah bon?"
"10 ! 9 ! 8 !" hurlèrent en choeur les Serpents.
"Ouais ! Lève toi !"
Hermione obéit, mais ses jambes flanchèrent et elle dut se tenir à l'accoudoir de son fauteuil.
"Où est Drago?"
"Euh… Là-bas, regarde !"
Effectivement, elle put voir Drago se rapprocher d'elle, l'air soucieux. Hermione, enjouée par l'alcool, lui fit un grand signe de la main qui fit rire Zabini.
"3 ! 2 ! 1 !"
A l'instant où Drago était à quelques mètres d'elle et que la salle explosa en un énorme "Bonne année !", Pansy se leva de son fauteuil et empoigna le col de la chemise de Drago.
Puis, elle rapprocha ses lèvres de celles du blond, et l'embrassa furieusement.
La vue d'Hermione se brouilla, et elle sentit ses genoux se cogner contre la pierre, le regard fixé sur les deux adolescents en face d'elle.
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Déçus ? Mouhahaha, vous croyez sincèrement ? Bientôt bientôt...
A mercredi prochain !
