Bon, après quelques mois d'hibernation, me revoici, me revoilou. Mille excuses !
Merci à toutes celles et ceux qui ont laissé des reviews, Cyana, Sechee, alia00 et Geasseur... je ne peux que compter sur vous pour la suite, ainsi que sur tous les potentiels nouveaux lecteurs.
Résumé des précédents chapitres
Au cours de la première épreuve de l'examen chuunin, sur l'île des Serres de Kiri, territoire des tengus, l'équipe 7 fait la rencontre d'un inquiétant ninja du pays de l'Herbe: invocateur de serpents géants, il réussit à battre Sasuke. Alors que Naruto se jette sur l'adversaire, Solan s'évanouit mystérieusement. Avant de perdre complètement conscience, elle a le temps d'observer l'homme-serpent exécuter d'étranges manipulations sur le corps inanimé de Naruto; tout en prononçant d'étranges paroles au sujet du trio qu'ils forment.
Étant la première des trois à émerger, Solan ne peut que constater la disparition du pendentif qu'on leur avait confié en début d'épreuve, et entreprend de soigner ses deux compagnons gravement blessés.
CHAPITRE 19: FUMÉE NOIRE ET RÉCEPTACLE
Il lui sembla n'avoir jamais connu la fatigue auparavant; des heures que le chétif brasier se consumait, des heures que Solan veillait sur ses camarades et le matin n'arrivait toujours pas. Guettant le moindre changement dans les nuances du ciel sombre, elle luttait en attendant contre ses paupières brûlantes et s'efforçait de rester attentive au repos de ses coéquipiers.
Malgré le crépitement, elle distinguait la respiration lente et profonde de Naruto, signe d'un sommeil apaisé et réparateur; de plus, son corps avait retrouvé une température normale. Sasuke, en revanche, était agité de tremblements brusques et violents; ses yeux sous ses paupières s'agitaient constamment comme s'il était en plein cauchemar.
Lorsqu'à l'apogée de ses crises il remuait un peu plus et que son souffle se précipitait, Solan posait doucement ses mains sur chacune de ses tempes, prenant soin d'éviter la marque noire et sanguinolente sur sa nuque, et entamait de petits massages circulaires censés calmer l'énergie négative qui perturbait son organisme. Au bout d'une ou deux minutes, il se calmait enfin et retombait dans un sommeil précaire et perturbé.
- Le soleil ne se lève donc jamais ici ? maugréa-t-elle en levant une énième fois la tête vers les étoiles qui apparaissaient derrière les nuages.
Parler toute seule demeurait le seul moyen qu'elle avait trouvé afin de se rassurer; seule, blessée, désarmée, morte de fatigue, elle était néanmoins censée répondre présente à la moindre menace venant de la forêt, qu'il eut s'agi d'un tengu, d'un serpent géant ou d'un trio d'aspirants décidés à leur faire la peau… Et cette fois-ci, tout reposait sur ses épaules.
Quand la fatigue se faisait plus intense, la peur de s'endormir aiguisait ses sens dans l'obscurité, et le plus petit bruit, réel ou fictif, mettait brutalement ses nerfs à vif pour quelques minutes. Ses pupilles dilatées scrutaient alors le moindre mouvement dans les fourrées, le moindre éclat suspect tandis que ses doigts contre la terre humide se faisaient fébriles. Et comme une brise faible commençait à agiter les buissons, il lui sembla à plusieurs reprises repérer des ennemis à proximité.
- J'en ai assez, râla-t-elle en s'essuyant les yeux, vraiment ass…
- L'épreuve est bientôt terminée pour toi et tes petits copains de toute façon !
Comme secouée d'une décharge électrique, Solan se releva d'un bond et tourna la tête sur la gauche d'où venait la voix inconnue. Son regard embué se posa sur un trio d'individus hétéroclites, posté à une vingtaine de mètres de l'endroit où elle, Sasuke et Naruto étaient abrités.
Celui qui avait parlé semblait presque bossu, et portait dans son dos une énorme fourrure blanche tandis que son visage était à moitié dissimulé derrière des bandages. L'autre garçon, un sourire ironique aux lèvres, avait le visage encadré par le casque métallique qui supportait son bandeau frontal. La fille qui les accompagnait portait les cheveux les plus longs que Solan avait jamais vu, d'un noir de jais; le vent qui se levait franchement désormais les repoussait en arrière comme un voile soyeux.
- On a plus notre pendentif, déclara nerveusement Solan, inutile de nous attaquer.
- Quel dommage… Pourquoi ne pas le faire pour le plaisir, alors ?
Réfléchissant à toute vitesse, elle tenta de gagner du temps; ils ne lâcheraient pas l'affaire aussi facilement, c'était évident.
- Je ne vois pas vos bandeaux d'ici… De quel village êtes-vous, au fait ?
- Le village du Son, répondit le grand aux cheveux en pétard.
- Le village du Son ? répéta-t-elle d'un air incrédule. Hun, si vous croyez que je vais me laisser effrayer par une bande de pèquenots dans votre genre…
- Espèce de petite garce ! s'exclama la fille avec colère, je vais t'apprendre à te moquer de nous, tu vas regretter !
- Ne te laisse pas déconcentrer, Kin, répliqua calmement le garçon à la fourrure, il faut être prudents et ne pas perdre de vue la raison pour laquelle nous sommes ici.
- Je sais, mais si au passage je peux me faire cette sale gamine, ne compte pas sur moi m'en priver, Dozu !
D'un mouvement agacé de la tête, elle chassa brusquement une mèche de cheveux imprudente venue fouetter son visage. Ce simple geste inspira Solan; peut-être avait-elle trouvé le seul moyen qui leur restait de s'en sortir elle, Naruto et Sasuke. Jetant un bref coup d'œil vers la cime des arbres, elle s'assura que le vent soufflait bien en direction des aspirants du Son.
- Je vais me faire un plaisir de te réduire en bouillie, petite insolente ! s'écria la dénommée Kin. Tu parles beaucoup pour quelqu'un en aussi mauvais état, c'est dommage pour toi…
Les jambes de Solan se dérobèrent sous elle; lourdement, elle tomba à genou entre Naruto et Sasuke.
- Ha, ha, ha ! railla Kin. J'ai presque des remords à m'en prendre à ce débris; j'ai bien dit pres…
- Achevons-là, trancha Dozu, on sera plus tranquilles pour s'occuper de l'Uchiwa.
Solan ne broncha pas à l'entente de ses dernières paroles; ses doigts se refermèrent sur ce qu'elle cherchait dans les vêtements déchiquetés de Naruto. Feignant l'effort surhumain, elle se releva péniblement et faillit trébucher dans le foyer qui continuait de se consumer dans un crépitement discret.
- Même à moitié morte, lança-t-elle finalement en direction de ses adversaires, je ne vous laisserais pas toucher à un seul de leurs cheveux.
- C'est-ce qu'on va voir, petite garce, rétorqua la fille avec véhémence.
- Et si tu fermais ta bouche et passais un peu à l'action, ça soulagerais tout le monde, tu crois pas ?
L'effet fut immédiat; en une fraction de seconde, la fille se saisit d'un kunaï et s'élança vers Solan à toute vitesse. L'heure de vérité était arrivée, et soit le stratagème allait fonctionner, soit l'équipe 7 était définitivement perdue.
Sans broncher, Solan observa son ennemie approcher mètre après mètre, le cœur battant. Dans sa colère, Kin, balança son poignard dans sa direction; elle parvint à l'éviter avec facilité. Avec une grimage de rage, la kunoichi du village du Son s'arma une nouvelle fois et continua à foncer droit vers elle, traversant le nuage de fumée qui émanait du petit feu.
- Tu vas payer petite…
En un instant, son teint pâlit dangereusement et elle trébucha contre le sol. Portant ses mains salies par la terre à sa gorge, elle roula des yeux effrayés tout en étant prise d'une violente quinte de toux.
- Kin ! s'exclama le garçon au casque. Qu'est-ce que tu fous, enf…
Cette fois-ci ce fut à son tour de tourner brusquement de l'œil. Sous le regard incrédule du troisième, lui aussi se mit à tousser violemment sans pouvoir répondre quoi que ce soit de compréhensible.
- Mais qu'est-ce qui se passe ? tonna Dozu, son regard passant successivement de ses compagnons à Solan et de Solan à ses deux compagnons. Qu'est-ce que tu as fait, sale petite peste ?
- Simple rééquilibrage du rapport de force, rétorqua-t-elle froidement, un contre un, c'est plus correct, tu penses pas ? Et toi, tu as de la chance d'avoir le visage à moitié embaumé…
À son expression, Solan comprit qu'il avait saisi. Alors que les deux autres, gémissant, se tortillaient au sol en se tenant les côtes, il la jaugea d'un regard froid et calculateur à travers la nuée grisâtre.
- Ce sont des plumes de tengu, n'est-ce pas ?
- Oui, la fumée qu'elles émettent en se consumant est très toxique. Pas de chance pour vous, le vent souffle dans votre direction. Maintenant, si tu veux récupérer tes coéquipiers, vas-y; ils doivent être rapidement soignés, et moi je m'engage à ne pas attaquer pendant que vous évacuez.
- Généreuse proposition, répondit-il en s'avançant lentement vers elle, sans un regard pour ses deux compagnons, mais même maintenant, je ne pense pas que le rapport de force soit en ta faveur, petite… En plus de ça, je me fiche pas mal que ces deux guignols-là crèvent comme des rats…
Solan fronça les sourcils et raffermit sa prise autour de la poignée de son dernier kunaï.
- T'es qu'un barbare… lâcha-t-elle avec dégoût, espèce de taré.
- Nous avons un objectif prioritaire, nuance.
- Éliminer le plus de concurrents, même quand ce n'est pas nécessaire ?
- Non, c'est Sasuke, l'objectif, mais toi, tu es effectivement un obstacle à éliminer.
Indifférent à la fumée qui l'entourait, il éleva ses deux bras enveloppés de grosses protections métalliques. Solan se demanda vaguement à quoi pouvaient servir les orifices dont elles étaient pourvues, et se mit en position défensive. Elle ignorait complètement en quoi allait consister l'assaut de son adversaire et ne pouvait que se tenir sur ses gardes.
- Tu vas mourir, lâcha-t-il d'un air mauvais.
Elle déglutit et le fixa dans les yeux, prête à réagir au moindre mouvement. L'improvisation allait être totale, les chances de réussite quasi nulles…
- On arrête !
Dozu sursauta; Solan fit volte-face. Se détachant d'entre les arbres, silhouette sombre et furtive, un homme s'avança lentement vers eux. Avec le gennin du Son dans son dos et l'inconnu en face d'elle, Solan recula le plus vite possible afin d'avoir les deux hommes dans son champs de vision. Quelques secondes plus tard, toutefois, le visage de ce dernier émergea d'entre les feuilles des branches basses, et elle ne put retenir une exclamation de surprise.
- On arrête, tout de suite.
- Aô-san ?
- En tant qu'examinateur en chef de l'examen je vous annonce que la première épreuve est officiellement interrompue.
Les informations survenaient si vite les unes après les autres que son cerveau affaibli par la faim et la fatigue était incapable de les traiter toutes en même temps. Abasourdie, elle se contenta de fixer Aô d'un œil ahuri. Dozu, en revanche, ne broncha pas et observa le juunin avec méfiance.
- Comment ça, interrompue ? interrogea-t-il. Et le sommet de l'île à atteindre, et les pendent…
- Annulé, trancha Aô en s'arrêtant à hauteur de Naruto et de Sasuke, toujours allongés par terre, trop de blessés; plus des deux tiers des concurrents ont dû être évacués. Cet examen n'a pas pour vocation d'être une boucherie.
- Aô-san ! s'exclama Solan dont les pensées recommençaient peu à peu à circuler. Il y a eu un problème, avec mes coéquipiers ! Il s'est passé quelque chose de très grave, il faut que je voie Kakashi !
- Du calme, Hanayuki, du calme. La situation est maîtrisée maintenant, alors tout le monde reste calme, compris ?
- Mais vous ne…
- Silence.
Il la foudroya un instant de son œil découvert, puis reporta à nouveau son attention sur Dozu qui restait de marbre. Son attitude était étrange; il jetait encore de brefs regards vers Sasuke, se demandant peut-être s'il avait une chance de terminer ce qu'il avait commencé malgré les ordres d'Aô.
- Tu as compris, toi ? lui lança ce dernier. Récupères tes coéquipiers et rassemblez-vous un peu plus loin, entendu ? Les équipes médicales sont déjà sur place, tout le monde sera pris en charge.
De ses deux mains il composa une série de signes puis porta ses doigts près de sa bouche; d'un souffle, il fit apparaître une sphère aqueuse qu'il dirigea directement vers le feu. Étouffé, il disparu dans un nuage de vapeur qui monta en une colonne vers la cime des arbres, légèrement déviée par le vent qui continuait de souffler faiblement dans le jour qui se levait peu à peu désormais.
Dozu ne l'avait pas lâché du regard, mais lorsqu'Aô tourna vers lui un visage implacable, il ne put que baisser définitivement les yeux au sol.
- On finira ça tôt ou tard, cracha-t-il en direction de Solan avant de se détourner.
Elle n'y fit guère attention et se précipita vers Aô.
- Aô-san, je vous assure, il faut que je voie Kakashi, je dois voir Kakashi !
- Il sera là d'un instant à l'autre, alors ça suffit, tu veux ? Je suis déjà assez fatigué comme ça sans que tu ais besoin d'en rajouter.
Sa voix n'acceptait aucune réplique. Frustrée, elle battit néanmoins en retraite et se pencha à nouveau vers Naruto et Sasuke tandis que Dozu s'occupait de ses compagnons en piètre état.
- Ils ne se réveillent toujours pas… geignit-elle. Si ça se trouve ils sont dans le coma et ne vont jamais se reprendre conscience !
- Ne racontes pas de sottises, voyons, répliqua sèchement Aô. C'est à toi ça ?
- Hé ! Rendez-moi ma besace !
- Quelle bande de têtes en l'air; vous laissez traîner vos affaires partout, bonjour la furtivité… Ah, voilà la cavalerie.
Solan releva vivement la tête. À quelques mètres de là, Kakashi, entouré de deux médic-nin, atterrit sur le sol encore humide de la clairière.
- Sensei !
- Tiens, Solan, ça gaze ?
Elle ne releva pas son ton aussi dégagé que s'ils se rencontraient dans un café et se précipita vers lui.
- Je dois vous raconter ! Il s'est passé quelque chose de vraiment bizarre tout à l'heure ! Avec un type du pays de l'Herbe ! Je ne sais pas qui c'était, mais il a fait quelque chose à Naruto et Sas…
- Du calme, du calme ! tempéra-t-il alors qu'elle tirait sur son bras. Nous allons rejoindre le sommet de l'île, tu vas me raconter sur le chemin… Aô-san, vous êtes déjà ici ? Vous avez fait vite…
Tout en marchant en direction de Sasuke et de Naruto, Solan sur ses talons, il jeta un regard avisé au juunin de Kiri qui le lui rendit d'un air sombre.
- C'est mon travail, Kakashi.
- Alors je dois vous remercier pour votre aide. Je vais emmener mes trois élèves au sommet, on se reverra certainement là-haut.
Le visage d'Aô demeura impassible. Solan pensa que Kakashi ne voyait certainement pas d'un bon œil qu'un ninja étranger écoutait ce qu'elle avait à dire, comme ce qu'il avait à lui répondre d'ailleurs…
- Je dois m'occuper des autres aspirants, lâcha-t-il finalement d'un ton égal, dépêchez-vous de rejoindre le sommet vous quatre, la suite ne devrait pas tarder.
Il se retourna et rejoignit les gennins du Son; Solan souffla en le regardant s'éloigner tandis que Kakashi, un peu plus détendu, s'agenouilla auprès de Naruto et de Sasuke.
- Quand nous serons sur le chemin, déclara-t-il, tu vas me raconter en détail ce qui s'est passé, compris ?
- C'est-ce que j'essaye de faire depuis tout à l'heure, figurez-vous ! s'insurgea-t-elle en serrant les poings. Mais bien sûr, personne ne m'écoute !
Pendant qu'il hissait les deux garçons sur chacune de ses épaules, elle récupéra sa besace.
- Il va falloir faire vite, ajouta-t-il. Non seulement cette île est loin d'être sûre, mais en plus l'examen continu.
- On s'en fiche de l'examen ! De toute façon on a plus aucun des pendentifs…
- Les circonstances ont un peu changé, au vu du nombre d'abandons… Peut-être allez-vous devoir vous battre encore un peu avant de pouvoir vous reposer.
- C'est-ce que tu as ressenti de leur chakra ?
À travers la brume matinale qui recouvrait tout sur l'île, Kakashi et Solan bondissaient de branches en branches depuis un bon moment déjà lorsqu'elle eut fini de lui raconter en détail leur rencontre avec l'homme-serpent. Malgré le poids des deux gennins inanimés sur son dos, Kakashi devait attendre Solan dont les jambes étaient affaiblies par la fatigue.
- Oui, répondit-elle, le chakra de Naruto s'agitait comme s'il courait à la surface de sa peau en voulant s'échapper, je ne l'avais jamais ressenti comme ça auparavant… D'ailleurs, juste avant que ce type ne pose sa main sur son ventre, on aurait dit que le chakra s'évaporait de son corps, comme de la fumée. C'était tellement intense; quand je l'ai touché, j'en ai vomi juste après !
- Et pour Sasuke, ce n'était pas pareil, c'est ça ?
- Non, lui si je devais décrire la sensation que ça m'a fait… On aurait dit… comme le ressac d'une grosse vague qui déferlait au plus profond de lui. Ça ne partait pas dans tous les sens, c'était un courant lent et lourd.
- Et bien on dirait que ton acupuncture les a bien calmés, je te félicite.
- Mais, il y a autre chose…
Pendant qu'un silence s'installait entre eux et que seuls se faisaient entendre le bruit de leurs pieds contre les branches, Solan repensa aux mystérieuses paroles de l'homme serpent.
- Il semblait… très bien connaître l'histoire de notre village pour un simple élève de Kusa. Il a reconnu Sasuke, et lui a parlé de sa famille, et de… et du massacre, vous savez…
- Le nom des Uchiwa et leur réputation ont dépassé les murs de Konoha, tu sais…
- Non, ce n'est pas ça… il a dit des choses… très personnelles à Sasuke, par rapport à sa… à sa vengeance, du chemin qu'il devait suivre pour gagner en puissance, enfin… C'était étrange. Qui est ce mec, Kakashi-sensei ? Vous le savez ?
- J'ai quelques doutes mais je ne peux rien affirmer pour le moment.
La voix de son sensei était douce et sereine, mais elle savait d'avance qu'il était inutile d'insister.
- Bon, et bien… Si vous ne pouvez rien me dire sur lui, peut-être pourriez-vous me dire pourquoi il a qualifié Naruto de réceptacle ?
Le dénivelé commençait à augmenter sous leurs bonds. De plus, il sembla à Solan qu'ils émergeaient peu à peu du brouillard.
- Qu'as-tu entendu d'autre ? demanda calmement Kakashi.
- Il a parlé du sceau du Yondaime Hokage, ainsi que du démon Renard à neuf queues.
- Il est enfermé en moi…
Kakashi et Solan poussèrent tous deux une exclamation de surprise. Sur l'épaule droite du juunin le corps de Naruto s'anima.
- Naruto ! s'exclama Solan. Tu es enfin réveillé ?
D'un bond ils rejoignirent tous les deux la terre ferme, et Kakashi déposa Naruto sur le sol.
- Oui, je m'en veux d'avoir dormi tout ce temps, répondit-il en époussetant ses vêtements, mais au moins je me suis réveillé avant Sasuke. Quel feignant, celui-là…
Bien que son teint restait pâle et ses traits tirés, il adressa à Solan un sourire rayonnant auquel elle n'eut pas la force de répondre. Se contentant de le dévisager d'un regard sans expression, elle ne vit même pas son visage l'instant d'avant joyeux se décomposer petit à petit.
- Ne me regarde pas comme ça, murmura-t-il en baissant la tête, ne me regarde pas comme ça à cause de ce qu'a dit ce type…
- Je ne comprends pas, se contenta-t-elle de répondre en s'asseyant par terre, je ne comprends pas… ce que ça veut dire.
- J'ai le démon Renard à l'intérieur de moi… Je n'y peux rien, il a toujours été là, depuis le jour où il a essayé d'attaquer le village, depuis le jour de ma naissance, en fait.
La forêt était plus bruyante la journée que pendant la nuit; si différente qu'il sembla à Solan ne pas avoir passé les dernières vingt-quatre heures sur la même île.
- Mais… lâcha-t-elle d'une voix blanche. Ça n'a pas de sens… Comment ça se fait ? Pourquoi… pourquoi toi ?
- Le Quatrième Hokage a scellé Kyuubi dans le corps de Naruto, intervint Kakashi avec douceur, c'était la seule manière de sauver Konoha et tous ses habitants.
- Vous le saviez, Kakashi-sensei ?… Kyuubi… répéta-t-elle en levant un regard épouvanté vers Naruto. Le plus puissant de tous les Bijuu… C'est un cauchemar… Comment… Comment est-ce qu'on va faire ?
Face au visage de sa coéquipière qui pâlissait dangereusement, Naruto demeurait désemparé. Se balançant d'un pied sur l'autre, il se força à sourire et passa outre le nœud qui serrait son estomac.
- Bah… t'en fais pas, c'est pas si grave… Je me suis déjà habitué à lui, alors tu vois…
Ses paroles ne semblèrent avoir aucun effet réconfortant sur elle. Les mains devant la bouche, elle continuait à le fixer d'un regard horrifié, comme tétanisée… Comme s'il lui faisait peur.
L'angoisse laissant peu à peu place à la colère, il baissa la tête vers le sol et déglutit.
- Et alors… qu'est-ce que tu vas faire ? demanda-t-il d'un ton glacial. Me laisser tomber comme tous les autres et me fuir comme la peste, c'est ça ?
Il n'avait pas la force de lever les yeux sur elle; de toute manière il entendait le bruit court de sa respiration au milieu des autres bruits de la forêt.
- J'ai dit « comment est-ce qu'on va faire »…
Naruto releva lentement la tête, et croisa l'habituel regard neutre de sa camarade.
- … pas comment est-ce que tu vas faire, Naruto.
Hébété, il se contenta de la fixer quelques instants sans presque oser croire ce qu'il entendait.
- Tu… ça veut dire… bégaya-t-il en déglutissant, le nœud dans son ventre s'évanouissant petit à petit, tu ne vas pas me rejeter, alors ? Tu n'as pas peur de moi ?
- De toi, non, mais… Du démon qui est à l'intérieur de ton corps… un peu plus, je le reconnais. Mais ce n'est pas de ta faute, comme tu l'as dit… Alors pour une fois que tu n'es pas responsable de la galère dans laquelle tu nous fourres, ce serait injuste de t'en vouloir…
Sa voix avait retrouvé toute son indolence, et Naruto en fut tellement soulagé qu'il éclata de rire.
- Tss… c'est pas croyable, maugréa-t-elle, tu ne peux vraiment pas t'empêcher de compliquer les choses.
- Reprenons la route, les jeunes, intervint Kakashi qui avait respectueusement attendu la fin de leur mise au point, on a un sommet à escalader, je vous rappelle…
Comme soulagé d'un poids énorme, Naruto s'avança vivement vers Solan et lui tendit la main pour l'aider à la relever.
- Toi qui n'aime pas t'ennuyer, déclara-t-il joyeusement, avoue que tu es plutôt bien tombée, non ?
Le malaise de Solan persistait, mais de peur de blesser son camarade, elle se força à sourire brièvement et mit sa main dans la sienne. À ce simple contact une vague d'émotion indéfinie déferla en elle, et elle eut un bref haut-le-cœur.
- Solan, ça ne va pas ? s'inquiéta Naruto.
- Juste la fatigue, éluda-t-elle en fuyant son regard. Allons-y.
Prochain chapitre déjà en cours de rédaction, ce sera le dernier dans la forêt des Serres de Kiri.
