Aux grands maux…
oOoOoOo
Harry se releva d'un coup, s'arrachant à l'étreinte chaleureuse des bras de Draco serrés autour de lui pour le regarder de toute sa hauteur. Le blond avait l'air surpris et perdu, et le brun, furieux et choqué.
— Ça veut dire que... tu vas partir ? demanda ce dernier.
— Je savais que tu le prendrais mal, soupira Draco.
— Bien sûr que je le prends mal, tu t'attendais à quoi ?
— Je m'attendais à ce que tu me comprennes ! À ton avis, tu crois que ça m'amuse, de te raconter ma vie ? Je pensais au moins que tu avais saisi que je ne veux pas être impliqué. Et si ça veut dire m'enfuir et me faire planquer par le vieux fou, et bien, ainsi soit-il. Pourquoi crois-tu que je me sois dépêché autant ? Pourquoi crois-tu que j'ai essayé de me réconcilier avec toi, il y a un mois ? Pourquoi crois-tu qu'on soit ensemble, ici, aujourd'hui, sinon parce que je le voulais bien ?
Harry resta un moment interdit, écoutant Draco d'une oreille distraite pendant qu'un éclair de panique le frappait. Il avait touché du doigt un bonheur potentiel, quelque chose qu'il n'aurait jamais cru possible, ni même envisageable, et il fallait qu'un jour on le lui reprenne ? Sa colère fondit comme neige au soleil... bien sûr, c'était ce que le Serpentard n'avais jamais cessé de lui répéter, depuis leur correspondance anonyme, qu'il voulait s'enfuir, se tenir loin, de Voldemort et de son père. Et bien sûr que c'était là l'une des conclusions logiques... la fuite. Et il ne pouvait pas reprocher à Draco de ne pas l'avoir prévenu, pour le moins... Mais se trouver devant le fait accompli, sachant qu'il n'y aurait sans doute pas d'autre alternative, que Dumbledore lui même avait mis son grain de sel...
— Pourquoi ? insista Draco.
— Je... ne sais pas, concéda Harry.
Non, il ne savait pas, il ne savait plus rien. Le blond avait fait irruption dans sa vie avec une force et une vitesse à faire pâlir de jalousie rien de moins qu'un ouragan, et il n'avait encore jamais pris le loisir de regarder derrière lui et de constater à quel point leur histoire avait été étrange, rapide au point d'avoir été précipitée, n'eut été le désert de presque deux mois pendant lesquels Harry avait été sous l'influence de la potion de Rogue.
— Parce que je veux profiter au maximum du temps qu'il me reste avec toi, affirma Draco d'un ton qui contredisait ses mots.
Le brun releva sur lui un regard surpris.
— Parce que je sais que très bientôt, je devrais sans doute partir et je veux que tu sois prêt quand ce jour arrivera... Merde... qu'on soit prêt. Je ne peux pas rester, tu le sais. Si je reste, je devrais choisir entre me battre contre ou avec mon père et... tu sais très bien de quel côté je me trouverais, je peux pas choisir quelque chose comme ça. Si Dumbledore m'avait proposé quoique ce soit qui implique que je m'oppose ouvertement à mon père, j'aurais refusé. Je ne peux pas rester...
D'énervé, il était passé progressivement à une expression terrifiée et douloureuse et Harry sentit son cœur se briser.
— Je suis désolé, dit ce dernier, je n'avais pas... vu les choses sous cet angle.
— Évidemment, se renfrogna Draco. Pourquoi faut-il toujours qu'on t'explique les choses dix fois avant que tu comprennes ? Ça commence à devenir fatiguant.
— C'est pas la peine d'être insultant non plus. Je fais ce que je peux aussi, après tout, c'est la première fois que j'ai une liaison secrète avec mon pire ennemi... j'improvise.
Le ton un peu léger eut au moins pour effet de dérider Draco légèrement. Enfin, aussi déridé qu'un Malfoy pouvait l'être, c'est à dire qu'il leva un sourcil. Harry se rassit mais n'osa pas se remettre dans leur position précédente, et le blond ne fit rien non plus pour se rapprocher. Un silence embarrassant était tombé entre eux.
— Qui est cet espion ? demanda Harry, décidé à entendre la suite de l'histoire.
— Je ne sais pas. Pansy et moi on a cherché, mais...
Il se tut. Ses yeux étaient perdu dans le vide, les sourcils un peu froncés, comme s'il se repassait dans sa tête les événements de ces dernières semaines. Harry, bien vite, n'y tint plus, et revint s'installer entre ses bras, en en profitant pour l'embrasser.
— Pourquoi on est tombés amoureux l'un de l'autre ? demanda-t-il. Pourquoi à un moment pareil ?
— Je n'en sais pas plus que toi, Potter. Mais personnellement, j'en ai marre de me poser des questions. Alors tant pis, je prends les choses comme elles viennent. Et tu devrais faire pareil. Lève-toi.
— Hein ?
— Lève-toi, répéta Draco fort peu patiemment.
Harry obéit et, interloqué, se remit debout, rapidement imité par le blond qui se dirigea résolument vers un des coins de la pièce et tira de derrière une bibliothèque un miroir sur pied qui jusqu'à présent, s'était fait plutôt discret, pour le placer au milieu de la pièce, en face du brun qui se demandait toujours à quoi rimait ce manège.
— Tu m'expliques ce que tu es en train de faire, là ?
— Parfaitement. Mets-toi bien en face du miroir. Ici.
Harry fit ce que Draco lui demandait, sans savoir à quoi s'attendre. Le miroir n'était pas enchanté, visiblement, et son reflet se comportait comme tous les reflets du monde, c'est à dire qu'il imitait le moindre de ces gestes et lui renvoyait l'image d'un adolescent de quinze ans à l'air fatigué, aux yeux verts, à la peau mate et aux cheveux en bataille, d'un noir de jais.
— Je vais t'apprendre à te contrôler, lui expliqua le blond. Tu étais pathétique, tout à l'heure au festin, et si on doit être ensemble, il faut que tu saches te montrer un peu plus discret. La moindre expression peut te trahir.
— Quoi ? s'exclama Harry. Mais... pourquoi maintenant ? Et je n'ai pas besoin d'apprendre à me contrôler !
— Crois-moi, tu en as besoin, au contraire. Écoute... tu sais ce qu'on risque ? On ne peut pas se permettre d'être découverts, pas maintenant, ni jamais, fit Draco d'un ton extrêmement sérieux. Et, corrige-moi si je me trompe, mais tu n'es absolument pas capable de cacher la moindre de tes émotions. Tu es comme un livre ouvert. Petit essai, ne dis rien.
Il s'approcha de l'oreille d'Harry et lui susurra à l'oreille un « Je t'aime » langoureux. Aussitôt, le visage du brun s'éclaira, ses yeux se mirent à briller et un grand sourire naquit sur son visage. Tout de suite après, il se renfrogna, comprenant qu'il s'était fait avoir.
— C'est pas du jeu ! protesta-t-il.
— On ne sait jamais quand, ni où, on peut se retrouver en situation de danger. Crois-moi, j'ai vécu quatre ans et demi à Serpentard, et quinze ans chez les Malfoy. Tu dois savoir te contrôler en permanence et faire en sorte que personne ne puisse lire sur ton visage. J'ai envie de t'embrasser.
Ce coup-ci, Harry comprit, mais un peu tard. Il s'était vu dans le miroir esquisser une nouvelle expression radieuse, qu'il essaya de rattraper au dernier moment, lui donnant un air plutôt constipé, au final. Il ne savait pas encore s'il avait vraiment envie de se plier au jeu de Draco. Et pire encore, il avait l'impression d'entendre Maugrey... le faux Maugrey, tout du moins, et sa ritournelle « vigilance constante ! ». C'était assez fatiguant. Mais au fond de lui, il savait que le blond avait raison, et qu'il ne pouvait pas se permettre de se pâmer comme une demoiselle dès que quelqu'un mentionnait le nom de son Serpentard... ce qui arrivait assez régulièrement, à Gryffondor, même si c'était pour le faire suivre d'une insulte quelconque.
— Écoute, Draco, je...
— Tut, tut, pas de discussion. Je reprendrais mon histoire à un autre moment. D'ailleurs, on va faire ça. On va se voir tous les jours, je te raconterai mon histoire, et ensuite, tu t'entraîneras.
— Mais tu peux pas décider ça comme ça !
— Bien sûr que si. Reste en face du miroir. Ce qui peut te trahir le plus facilement, ce sont les sourcils, les lèvres, et le degré d'ouverture des paupières, c'est ça que tu dois surveiller.
— Mais...
— Pas de mais. Tu n'imagines pas le nombre d'heures que j'ai passé au Manoir devant ce même miroir, à m'entraîner pour que rien ne transparaisse de mes émotions. C'est très efficace. Respire.
Draco était complètement changé. Il avait retrouvé l'entièreté de son air supérieur, de son arrogance, et il faisait les cent pas derrière Harry, parlait d'un ton sec et professoral. Ce dernier obéit finalement, et se concentra sur son visage. Il était plutôt amusé. Prendre des cours de self-control avec Draco Malfoy, cela avait quelque chose d'assez comique, en fin de compte. Et d'utile. C'est parce qu'il ne savait pas se contrôler qu'il avait perdu la face plus d'une fois devant Hermione, qu'il avait révélé ce qu'il ne voulait pas dire à Ron. Et bien souvent, il s'était maudit d'être aussi émotif. Oui, décidément, un peu de tempérance pouvait lui faire du bien. Et si la méthode de Draco était plutôt... discutable, peut-être qu'elle en valait bien une autre.
Il poussa un grand soupir et se composa une attitude digne et indifférente. Le miroir l'y aidait, assurément. Le blond l'observait par dessus son épaule, vérifiant ses progrès, et ressemblant douloureusement à Rogue et à son air critique quand il fourrait son gros nez dans le chaudron d'Harry.
— Je suis prêt.
— Ça peut aller. Essaie de garder cette expression.
— Qu'est-ce que tu vas faire ?
— Tu verras...
oOoOoOo
— Evrard Dixon, c'est toi ?
L'interpelé ne devait pas avoir plus de douze ans, et Draco dut prendre sur lui pour cacher sa surprise. Les cheveux d'un brun sale, le visage rond et sans intérêt, la bouche vulgaire et les traits grossiers ne faisaient que mieux contraster avec l'intelligence et la dureté des yeux d'un bleu électrique entourés de paupières plissées pour ne réduire qu'à deux fentes un regard trop froid pour son âge.
— Qu'est-ce que tu me veux ?
Il avait parlé d'un voix indéniablement infantile, mais aux accents cruels et arrogants, renvoyant le blond au propre souvenir qu'il avait de lui-même quelques années auparavant. Les Dixon, fière famille de sang-pur, presque aussi ancienne que les Malfoy, ayant quitté leur demeure ancestrale des alentours de Dublin pour s'installer dans le Wiltshire il y avait quelques générations de cela, avaient élevé leur dernier-né dans la plus pure tradition sorcière, on pouvait le deviner rien qu'à son maintien, à la manière qu'il avait, en étant assis, de parvenir malgré tout à regarder de haut un garçon plus vieux et debout à côté de lui.
Draco, aidé de Pansy, avait passé au crible une liste de personnes susceptible de rapporter à son père ses moindres faits et gestes, et Dixon y arrivait en bonne position. Sa famille n'était pas, pour autant qu'il en savait, partisane du Seigneur des Ténèbres, mais ça ne l'innocentait pas pour autant. En revanche, il ne s'était pas attendu à un élève de première ou deuxième année... ce qui, encore une fois, ne l'innocentait pas pour autant, et la détermination de Draco un instant vacillante s'était renforcée.
— Viens, ordonna-t-il.
— Je n'irai nulle part ! protesta Dixon, pointant sa plume d'un air menaçant.
Draco fit un court signe de tête à Pansy qui attendait légèrement en retrait derrière lui. Ils avaient convenu tout deux d'un protocole en cas de résistance. Pendant qu'elle jetait un rapide sortilège de silence, il lança un maléfice d'entrave et s'écria un peu trop fort :
— Oh, ça ne va pas ?
Dans la salle commune, quelques regards se tournèrent vers eux. Discrètement, le blond tacla la chaise sur laquelle était assis le garçon et Pansy accourut pour l'aider à le relever.
— Il faut l'amener à l'infirmerie !
Les yeux de Dixon leur jetait des éclairs et Draco jubila intérieurement, alors qu'il l'installait sur son épaule, dissimulant une douloureuse clé de bras pour s'éviter toute velléité de protestation ou de fuite. En une minute, ils avaient quitté la pièce, leurs arrières assurés par Crabbe et Goyle, pour une fois utiles, qui s'assurèrent que personne ne les suivît. Une fois seuls, ils pénétrèrent dans la première salle de classe vide qu'ils croisèrent, qu'il verrouillèrent ensuite soigneusement. Evrard Dixon fut jeté sans ménagement sur une chaise, et le sortilège qui lui scellait les lèvres fut levé. Aussitôt, il se mit à crier :
— Espèce de tarés ! Vous allez me lâcher immédiatement ou bien mon père vous...
— Ton père ne fera rien, le coupa Draco d'une voix traînante, parce qu'on ne lui dira rien, n'est-ce pas ?
— Absolument, acquiesça Pansy.
— Si vous croyez vous en tirer comme ça...
Le blond tira une chaise en face de Dixon et s'y assit à l'envers, le dossier entre les jambes, conjurant une sphère lumineuse qui flotta doucement entre eux, éclairant leur visage d'un reflet de mauvais présage. Aucun d'eux n'en était conscient, bien sûr, mais la scène ressemblait fort à celle d'un interrogatoire tiré d'un mauvais film policier des années quatre-vingt. Ne manquait que la cigarette et le nuage de fumée pour aller avec.
— J'aimerais que tu répondes à quelques questions, si tu veux bien.
— Va te faire voir.
— Pansy ?
La jeune fille tira sa baguette de sa manche et la pointa sur le visage furieux du garçon. Un sortilège murmuré d'Aguamenti et un épais filet d'eau en sortit, arrosant la victime, toujours entravée, sans discontinuer. Elle semblait s'amuser beaucoup. Bien sûr, torturer de cette manière n'était pas aussi efficace qu'un Crucio, mais avait le double avantage de laisser moins de traces, et d'être très drôle. Elle ne s'interrompit que quand Dixon parut sérieusement se noyer.
— Vous êtes complètement fous ! s'écria-t-il après avoir toussé et craché pendant une bonne minute.
Draco devait se retenir très fort pour ne pas éclater de rire. S'il se révélait en fin de compte que Dixon n'était pas l'Espion, ce qu'il n'était d'ailleurs probablement pas, au moins, il aurait passé du bon temps. Et puis, il pouvait très bien l'être. Les jeunes esprits étaient facilement influençables, et Malfoy père un manipulateur notoire. Et si le garçon avait été à la fois assez discret et assez malin pour surprendre une conversation entre lui et Harry, de quoi d'autre encore pouvait-il être capable ? Il ne ressemblait à rien, il était parfaitement moyen et parfaitement insignifiant, deux qualités rêvées quand on veut ne pas se faire remarquer.
— Tu sais que la curiosité est un vilain défaut ? commença Draco.
Il devait avoir touché une corde sensible car c'était à présent la peur qui se lisait sur le visage du garçon. Finalement, il n'était pas aussi solide que ça. Ça lui prendrait peut-être moins de temps que prévu pour découvrir la vérité, quelle qu'elle soit.
— Parce que je te trouve curieux, reprit le blond. Un peu trop curieux, si tu vois ce que je veux dire.
Les yeux de Dixon s'écarquillèrent un peu plus, mais il resta muet.
— Et comme tu peux t'en rendre compte, je n'aime pas quand on vient fourrer son nez dans mes affaires. Surtout si c'est pour le répéter après.
— Je ne comprends pas, protesta faiblement le garçon.
— Et moi, je pense au contraire que tu vois très bien de quoi je parle. Peut-être que tu as besoin qu'on te rafraichisse la mémoire encore une fois ?
— Mais... quoi ?
Pansy, sur un nouveau signe de tête, le soumis au même traitement qu'auparavant, visant avec soin ses narines ou sa bouche, quand il ne pouvait plus retenir sa respiration plus longtemps, et faisait mine de prendre une grande goulée d'air. Plus que la peur, c'était la terreur qui se lisait à présent sur ses traits, alors qu'il tentait de résister en vain au sortilège d'entrave. Plusieurs fois, il but la tasse, et quand Pansy en eut terminé, les coins de ses yeux étaient un peu plus humides que le reste de son visage.
— Je n'ai pas de temps à perdre, reprit Draco d'un ton dur et tranchant. Alors, qu'est-ce que tu sais de moi exactement, et à qui es-tu allé le répéter ?
— Mais... mais... je ne sais rien !
— Menteur !
Pansy s'approcha encore pour recommencer mais Dixon coupa court à son geste en criant :
— Stop ! Stop !
— Ah, alors, tu sais quelque chose ?
— … oui… avoua-t-il d'une toute petite voix, le regard bas à défaut de toute sa tête.
Le cœur de Draco fit un bond dans sa poitrine. Il avait commencé à croire qu'il perdait son temps et qu'il devait passer à la suite, mais si Dixon avait quelque chose à dire...
— J'écoute.
— Potter...
— Quoi, Potter ? sursauta Draco.
Potter, Potter, Potter, et encore Potter... Pourquoi fallait-il que celui-là débarque partout où on ne l'attendait pas ? Cette discussion concernait Draco, son père, et le Seigneur des Ténèbres, et Potter n'avait rien à y faire, et son nom dans la bouche de Dixon encore moins.
— Il... enfin, euh... vous, enfin...
— Quoi, nous ? Exprime-toi clairement, bon sang !
Draco perdait à la fois sa patience et son sang-froid. Que son père apprenne qu'il hésitait à suivre le Seigneur des Ténèbres était une chose, mais le fait qu'il sache son fils prêt à s'engager dans un relation aussi dangereuse qu'inconsciente avec Potter en était une autre. Et laquelle allait le rendre le plus furieux, il n'en avait pas la moindre idée. Les deux problèmes les plus graves auxquels il était confronté se mélangeait et il n'aurait pas pu apprendre pire nouvelle.
— Vous... vous discutiez...
— De quoi !? rugit Draco.
— De... de... dans le couloir... de... Potter sait quelque chose à propos de toi et... Une heure du matin, tour d'Astronomie ? Je n'ai rien... je ne voulais pas écouter, je te jure ! J'étais là et... je ne sais rien de plus, j'ai juste... j'ai rien dit à personne !
— En fait, intervint Pansy, livide, j'ai entendu dire le contraire.
— D'accord... j'ai juste dit que vous vous étiez croisés par hasard dans le couloir et que tu avais l'air furieux après ça, mais rien de plus, je... après...
Ses mots moururent sur ses lèvres, plongeant la pièce dans l'incongruité d'un silence abrupt, ponctué seulement par le claquement des gouttes d'eau sur le sol trempé. Puis un fou rire nerveux et strident s'éleva, rajoutant à l'absurde de la situation. Sur sa chaise, aussi immobile qu'un mannequin, le visage trempé et les yeux rougis, Dixon hurlait littéralement de rire, effrayant Pansy et rendant Draco encore plus perplexe et crispé.
— Ah ! Mais... j'ai compris ! parvint difficilement le garçon à articuler, est-ce que t...
— Oubliettes !
Draco, comme un fauve, s'était levé de sa chaise, brandissant sa baguette et avait prononcé l'incantation par réflexe. Depuis quelque minutes, sur le fil du rasoir, il avait préparé son corps et son esprit à réagir à l'instant même où la conversation se terminerait ou tournait en sa défaveur. Il ne pouvait pas se permettre le luxe de relâcher son attention une seule seconde. Il ne saurait pas ce que le garçon avait essayé de dire, et sans doute que c'était mieux comme ça. Il aurait bien sûr aimé en apprendre un peu plus, mais au moins son court entretien avec Dixon lui aura permis de réaliser trois choses : de un, celui-ci n'était pas l'espion, de deux, il était trop curieux pour leur bien bien à tout deux, de trois, qu'il était un sale petit con.
Visiblement, son sort avait marché. Le garçon regardait les deux adolescents tour à tour, d'un air béat et absent, sans se soucier le moins du monde de fait qu'il était encore sous l'effet du maléfice d'entrave que Draco s'empressa de lever. Ses bras retombèrent alors le long de son flanc dans un bruit mat et étouffé de vêtements froissés. Au moins, tout se passait comme prévu : simuler un malaise chez Dixon, l'emmener à l'infirmerie et le cuisiner sur le chemin, s'assurant de son silence avec un accord ou avec un sortilège. C'était ce deuxième cas qui avait prévalu, de toute évidence. Il s'agissait seulement d'espérer que personne ne se prenne à comparer les horloges de l'Infirmerie et de la salle commune de Serpentard.
— Draco, tu... commença Pansy.
— C'est pas lui, coupa Draco d'un ton sec.
— Mais...
— C'est pas lui ! Je ne sais pas ce qu'il a vu ou entendu, mais ce n'est pas lui qu'on cherche ! C'est compris ?
Au lieu de reculer, comme il l'espérait, la jeune fille prit un air sévère et vint se planter fermement entre lui et Dixon, les mains sur les hanches.
— Tu ne crois pas qu'il faudrait qu'on ait une discussion tous les deux ? demanda-t-elle.
— Et à quel propos ? répondit-il entre ses dent, lui lançant un regard assassin sous des sourcils hargneusement froncés.
— À propos de Potter. Depuis quelques temps, tu évites le sujet, alors que tu passais ton temps à l'insulter en permanence, ça en devenait fatiguant et, Merlin, tu l'évites même lui alors que tu étais le premier à lui chercher des noises pour le faire sortir de ses gonds. Tu sais, je commences à m'en rendre compte, quand tu as quelque chose à cacher...
— Je n'ai rien à cacher ! explosa-t-il avec fureur. Il n'y a rien, avec Potter, tu m'entends, rien ! Peu importe ce que ce merdeux peut vomir comme inepties, il n'y a rien à dire et il n'y aura jamais rien à dire, c'est compris ? Maintenant, si j'entends encore une fois son nom, je jure, je tue quelqu'un !
Il prit une grande respiration et s'apprêtait à poursuivre quand une petite voix timide se fit entendre derrière Pansy...
— Pourquoi vous vous criez dessus ? demanda Dixon d'un ton frêle et juvénile.
— Et merde, je l'avais oublié lui.
Draco, qui avait craint que sa parole ne dépasse ses pensées, sauta sur l'occasion pour changer de sujet et se précipita vers le garçon pour le forcer à se lever.
— Il va bientôt reprendre ses esprits, il faut vite l'emmener !
— Mais...
— Aide-moi, par Merlin !
Après un instant d'hésitation surprise, elle accepta en rechignant.
— Ne crois pas t'en tirer à si bon compte, Draco Lucius Malfoy.
— Et toi, ne crois pas m'arracher un seul mot de plus à ce sujet, ou c'est ta langue, que j'arracherais, et j'en nourrirais les véracrasses.
— Toujours aussi poétique... soupira-t-elle.
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Draco,
J'espère que tu vas bien. Au manoir, les températures de fin de saison commence à chuter et ta mère a fait ordonner de couvrir les serres. Un événement important pour nous se profile à l'horizon, et crois-moi, tu seras heureux d'avoir échangé tes vacances d'hiver contre ce qui va arriver bientôt. Nous accueillerons également une nouvelle invitée quand tu rentreras ces prochaines vacances. Nous espérons que tu sauras te montrer courtois à son égard, elle a beaucoup à t'apprendre, tu verras.
Passons aux choses sérieuses. D'inquiétants, les rapports que je reçois à ton sujet sont devenus alarmants. Choisis très sérieusement tes amis, Draco. Et par-dessus tout, choisis très soigneusement ton camp. Je te l'ai dit et je te le répète : tu sais où doit aller ta loyauté et une erreur pourrait te coûter bien plus que des mauvaises notes. Bientôt, les choses seront comme elles doivent être, nous gagnerons en grandeur et en rang, notre nom sera lavé de sa mauvaise réputation, je te demande juste de réfléchir et de suivre mes instructions à la lettre. Crois-moi, tu ne veux pas prendre la mauvaise décision. En cas de besoin, j'ai chargé Severus de te remettre dans le droit chemin, s'il le faut. Et j'ai l'impression qu'il le faille bel et bien. Nous préfèrerions ton entière et inconditionnelle coopération. Estime-toi très heureux d'être là où tu es, et plus encore de ne pas pouvoir revenir à la maison cet hiver.
N'oublie pas non plus que rien de ce que tu ne fais ou dit ne peut m'être dissimulé. Je suis avisé de la moindre de tes actions, et ce n'est pas tes pathétiques tentatives de découvrir qui est mon informateur qui vont te permettre de m'en empêcher. Je sais que tu as toujours essayé de te montrer plus malin que moi, et d'intriguer contre moi par jeu, sache cependant que j'ai tellement de coups d'avances que la partie est déjà décidée. Rappelle-toi que tu n'as jamais gagné aux échecs quand nous y jouons.
Retrouve tes esprits, corrige tes erreurs. Si je ne suis pas convaincu de ta parfaite honnêteté au retour des classes en Janvier, je te ferai personnellement regretter d'avoir joué avec le feu. À trop vouloir s'approcher du feu, on se brûle les ailes, petit dragon.
Ta mère te salue,
Lucius Abraxas Malfoy
Harry, abasourdi, relut la lettre plusieurs fois avant de la comprendre tout à fait. L'écriture prétentieuse et ampoulée de Lucius Malfoy était cryptique, certainement pour des raisons de sécurité mais les mots ne laissaient aucun doute quant à leur signification. Il savait tout, et il n'allait pas laisser son fils s'en tirer comme ça.
— Ce sont des menaces de mort ? demanda-t-il d'un ton étranglé.
— De mort, je ne sais pas, dédramatisa Draco. Mais des menaces, certainement. Mon père est absolument furieux et rage encore plus de ne pas pouvoir me sortir de Poudlard, parce que le Seigneur des Ténèbres me veut ici, pour je ne sais quelle raison.
— On ne devrait pas se voir, alors ! Ton père sait pour nous ! Il a dit quelque chose à propos de tes amis...
— Calme-toi. Il ne sait pas pour nous. Personne ne sait. À part Granger... et Dumbledore... et, oh ! Merlin... De mon côté, personne ne sait. À mon avis, il s'imagine que je suis allé voir Dumbledore en premier, et que comme tu fourres ton nez partout et que le vieux fou te fait aveuglément confiance pour on ne sait quelle raison étrange, tu l'auras appris d'une manière ou d'une autre, et que tu auras donc cherché à me voir pour me demander d'adhérer à ton club de bavboules.
— C'est tordu, comme scénario, hésita Harry.
Jamais encore de ce que lui avait dit Draco avait provoqué une émotion aussi vive. Nerveux, il se mit à faire les cent pas. Le monde des Serpentards était décidément bien différent du sien. Tout n'était qu'intrigues, jeux de pouvoir, d'influence, même dans une situation telle que la leur. Une partie d'échecs, force lui était de reconnaître la métaphore de Lucius Malfoy pertinente. Une partie d'échecs monstrueusement inégale. Et si arriver à ses fins impliquait de torturer un enfant, alors so be it...
Il avait songé s'en indigner au début, mais, quelque part, comprenait Draco même s'il n'approuvait pas ses méthodes. La menace était à présent réelle, concrète, précisée noir sur blanc, et lui même savait qu'il était capable de réagir avec quelque excessivité sous une telle épée de Damoclès.
— En même temps...
La voix songeuse de Draco le sortit de sa réflexion.
— En même temps quoi ? demanda-t-il bêtement.
Draco s'était redressé sur le sofa et parcourait des yeux la dernière missive de son père les sourcils légèrement froncés et les lèvres s'agitant à mesure qu'il en marmonnait les mots silencieusement.
— Je me suis demandé... Je connais mon père, et je connais sa manière d'écrire. Après sa première lettre, je m'attendais à ce que celle-ci soit plus... spécifique. Au lieu de ça, elle est encore plus vague, et surtout...
Il secoua la tête.
— Non, je me fais des illusions.
— Tu n'as toujours pas trouvé l'espion ? demanda Harry que l'inquiétude tuait.
— Non. Mais apparemment, il se tient à carreau depuis, je n'ai pas eu de nouvelles. Pansy et moi on est à sec d'idées, crois-le ou pas, Dixon était notre meilleure piste. Petit rat tellement insignifiant qu'il en est invisible, à ressembler à tout le monde et à personne à la fois, un parfait espion finalement. Et à cet âge, on peut leur raconter n'importe quelle bêtise, ils feraient n'importe quoi pour se sentir important.
— Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? Pas de nouvelles lettres ?
— Pas de nouvelles lettres, et Rogue n'a même pas bronché, à croire qu'il m'ont oublié. Bien sûr, c'est uniquement pour m'inciter à faire des erreurs pensant que je suis en sécurité. Je connais toutes leurs petites tactiques.
— Je te le redis : tu as vraiment l'esprit tordu.
— Je te le redis : je suis un Malfoy, par Merlin.
— Je crois que, petit à petit, je commence à m'en apercevoir, étrangement.
— Idiot.
Le demi-sourire fut prit comme une invitation par Harry qui revint se lover dans les bras de Draco.
— Et après ?
— Bah. La suite tu la connais. On se revoit, une fois, deux fois, je refuse de te revoir après parce que je comprends que ça pouvait être dangereux, avant de me rendre compte que j'avais déjà pris ma décision et que je ne voulais pas retourner en arrière. De toute façon, je suis à Poudlard et que mon père le veuille ou non, je suis à l'abri de lui, ici. J'aurais aimé te le dire, mais tu avais déjà pris cette satanée potion, ensuite je passe le début de ces vacances à déterminer si l'espion est encore là ou pas. Je suis pratiquement certain que non, j'ai vérifié tous les Serpentards qui sont restés.
— Et ?
— Et ? Et rien.
— Rien ?
— Rien.
— C'est un peu anticlimatique, non ?
— Désolé de ne pas satisfaire ta curiosité. Oui, je suis au point mort. Il y a bien Pansy qui a essayé encore de me tirer les vers du nez à ton propos, mais je n'ai pas cédé et je crois bien qu'elle a fini par abandonner.
— Elle a l'air presque aimable quand tu en parles.
— C'est une vraie peste, pataude et maladivement curieuse. Mais elle est... aimable. Je suppose. Je ne me suis jamais posé la question. Mais je ne la veux pas vraiment comme amie. Elle m'est utile, c'est vraie...
— Je ne sais pas comment tu compte te faire des amis si tu parles d'eux comme ça, s'indigna Harry.
— Mais je n'ai pas l'intention de me faire des amis, répliqua Draco. Et surtout pas en ce moment ou je ne peux pas vraiment faire confiance à qui que ce soit.
— Alors pourquoi tu fais confiance à Dumbledore... et à moi ?
— Je ne fais pas confiance à Dumbledore. Il m'est utile, c'est tout. Il a une solution a mon problème et je serais fou de lui tourner le dos... Quant à toi, j'ai beau avoir essayé de toutes mes forces, je n'arrive pas à ne pas te faire confiance. Il y a quelque chose avec toi... tu fais cet effet-là à tout le monde ?
— Ça t'arrive de lire les journaux ? demanda Harry d'un ton sarcastique, mais touché au fond de lui.
— Hm. Bon point. Quoiqu'il en soit, ces vacances de Noël tombent à merveille. On a quasiment le château pour nous. Mais ça ne va pas durer encore très longtemps, il ne faut surtout pas croire qu'on aura toujours autant de liberté.
— Je sais. Il va falloir qu'on... s'organise ? Ça me paraît bizarre de dire ça comme ça.
— À ce sujet, j'ai réfléchi un peu. À un moyen pour communiquer.
— Ah ?
— Je pensais à des parchemins, comme ceux qu'on s'envoyaient.
— Mais ce n'est pas déjà ce qu'on fait ?
— Non, pas exactement. Des parchemins uniques, une paire pour être exact. Si tu écris sur l'un, ça se dessine sur l'autre. J'ai étudié un peu la théorie, ça me semble faisable. Le plus difficile, ça va être de les enchanter pour que personne d'autre que nous ne puisse les lire.
— C'est une idée brillante ! Et... Hermione pourrait aider.
Draco ne répondit pas tout de suite, aussi Harry se retourna pour croiser un regard mi-dégoûté, mi-abasourdi.
— Pourquoi pas ? dit-il finalement. Tu vois où j'en suis à cause de toi ? Me dire que je pourrais accepter l'aide d'une sang-de... née-moldue pour que je puisse parler à mon petit-ami sans qu'on nous dérange. Le monde est devenu complètement fou.
— J'ai la même impression depuis quelque temps, concéda Harry, soulagé.
oOoOoOo
— Mouais... c'est un peu mieux. Bien sûr, tu es toujours aussi discret qu'un éléphant, mais un peu plus petit ce coup-ci.
— Je fais ce que je peux ! Tu crois que c'est facile ? « Surveille ton sourcil, surveille ton sourcil »... non mais, t'en as des belles, toi ! Je passe mon temps à surveiller mes sourcils, dernièrement...
— C'est bien, énerve-toi.
Harry s'interrompit net dans son élan pour regarder d'un air perplexe Draco qui le tançait très sérieusement.
C'était le dernier jour des vacances et ils en avaient passé le plus gros des derniers jours, entre deux séances de papouilles, devant ce miroir où Harry s'entraînait aux subtilités du masque Malfoyen. Avec des résultats mitigés, il fallait le dire. Et après avoir tant rabâché les signes extérieurs de l'indifférence et du mépris glacial, voilà que Draco lui demander avec autant d'humour qu'une porte de prison de... s'énerver ? Ce dernier roula des yeux d'exaspération devant le manque flagrant de réactivité de son élève improvisé.
— Énerve-toi, j'ai dit, réitéra-t-il.
— Mais je ne suis pas en colère !
— Je ne te demande pas de l'être.
— Ah, comprit-il... Et... je dis quoi ?
— Ce qu'il te passe par la tête, je m'en fiche. Regarde, la colère est parfaite, et ce serait bien que tu saches la simuler. Tu peux tout cacher, en te mettant en colère. Si tu es troublé, ou si tu as peur, ou autre. Tu te mets en colère et personne ne remarque rien. Tu m'as prouvé que tu étais plutôt convaincant, quand tu es énervé.
— Oui, quand je suis énervé. Écoute, je suis pas sûr que ça serve à grand-chose, tout ça... c'était sympa d'essayer, mais ça marche pas. Je ne peux juste pas faire semblant...
— Tu as essayé tout ce début d'année, pourtant.
— Arrête, avec ça. J'aurais bien aimé que ça se passe autrement, mais avec l'influence de Volde... Tu-Sais-Qui, tout ça... hésita Harry.
— Ouais, bien sûr. Il n'empêche, que tu le veuilles ou non, que je vais t'apprendre à cacher un peu mieux tes émotions. Tu sais très bien pourquoi je fais ça.
— Et en quoi m'énerver va m'être utile ?
— Peut-être que sous une tension musculaire importante, tu vas sentir un peu mieux les muscles de ton visage, et tu pourras en prendre plus facilement conscience. De sorte que tu pourras mieux les contrôler.
— Tu délires, là.
— Pas le moins du monde.
Harry poussa un profond soupir et se retourna vers le miroir où la silhouette fine d'un jeune sorcier débraillé à l'air abattu l'attendait. Il savait que Draco avait raison, pourtant sa fierté l'empêchait de ne percevoir cette situation autrement que ridicule, et y mettait malgré lui beaucoup de mauvaise volonté. Si seulement, il y avait un sort prêt à l'emploi pour vous donner l'expression désirée. Mais non, il n'existait rien du genre, et pas de solution magique, ce coup-ci.
— Tu sais quoi, j'en ai marre, dit-il. J'arrête. Je ne veux perdre encore plus de temps là-dessus, ça ne sert à rien.
— Tu n'essayes même pas !
— Je ne fais que ça, essayer ! Ça ne m'aide pas franchement, de me dire de surveiller mes sourcils ou de mettre mes lèvres comme-ci comme-ça. Et ça ne m'aide pas non plus de me rabâcher des mauvais souvenirs. On dirait que tu le fait exprès ! Et si j'ai pas envie d'apprendre à me comporter comme un Malfoy ? Tu t'en fous, c'est ça ? Tu m'as jamais demandé ce dont j'avais envie d'ailleurs. Je suis quoi pour toi ? Un trophée, c'est ça ? Un moyen de t'amuser ?
— Harry, je...
— Ah et puis, me regarde pas comme ça ! Je commence à les connaître, toutes tes expressions, depuis le temps que tu me serines avec ça. J'essaye de faire des efforts, merde, mais toi de ton côté, tu t'en fous royalement. Parce qu'il faut que tout le monde soit au service de Sa Seigneurie Malfoy, mais on n'est pas chez les Malfoy, là, t'es peut-être habitué à ce que tout le monde soit à tes ordres, mais il va falloir que tu te mettes dans le crâne que je suis pas un de tes laquais, pigé ?
Pendant toute sa tirade, le visage de Draco s'était fait plus fermé et son regard de plus en plus noir jusqu'à ce qu'il finissent par lancer des éclair à Harry parlait de plus en plus fort jusqu'à crier, carrément, la main se crispant inconsciemment sur la poche de sa baguette. Le silence retomba ensuite, lourd et plombant.
— Alors ? demanda-t-il.
— Alors quoi ? répliqua Draco, sur la défensive.
— C'était convaincant ?
— Ah, euh...
En une fraction de seconde, Draco se recomposa une attitude, et Harry n'était pas certain que quiconque d'autre que lui aurait pu détecter la fugace expression de surprise qui passa sur le visage pâle comme une ombre.
— Pas mal, concéda-t-il. Ça faisait un peu "gamine capricieuse" par moments, mais dans l'ensemble je dirais que c'est acceptable.
— Gamine capricieuse ?
— Tu m'as jamais demandé ce dont j'avais envie, l'imita cruellement Draco en guise de réponse.
— Ah, oui... je ne suis pas trop fier de ce passage-là. Mais c'est pas facile d'improviser comme ça.
— Je t'ai aidé, à ce moment là. C'est assez efficace de rebondir sur l'attitude des autres quand tu ne sais plus quoi dire.
— Tu parles. Tu y as cru, dis plutôt, s'amusa Harry.
— Pas une seule seconde, tu te fais des idées.
— Ne mens pas.
— Je ne mens pas.
— Menteur.
— Ah non, je ne peux pas mentir en disant « je ne mens pas ».
— Tais-toi, un peu.
Harry s'était assez rapproché, un pas après l'autre, pour qu'il puisse prendre Draco dans ses bras. Celui-ci se laissa faire de bon gré, et ils partagèrent une étreinte intense, presque désespérée. Aujourd'hui était le dernier jour des vacances et ils ne pouvaient plus ignorer la journée qui se terminait. Si les jours précédents, il leur avait était facile de se quitter, c'était avec la promesse de se revoir dès le lendemain. À présent, il y aurait tous les autres élèves, les cours, les professeurs, et avec la menace qui planait sur la tête de Draco, il leur faudrait faire preuve d'une prudence et d'une discrétion qui ne leur était finalement pas coutumière. Pas dans leur cas particulier.
— Comment on va faire ? chuchota Harry.
— Je ne sais pas, répliqua Draco du même ton étranglé. Il nous faudrait ces parchemins. En attendant, on peut se laisser des lettres. Et il faudra faire attention à Peeves.
— Peeves ?
— Je le vois un peu trop traîner dans le coin, ces temps-ci. Ce serait malheureux qu'il se rende compte que deux élèves se rendent régulièrement au même endroit en même temps. Peut-être qu'il faudrait songer à se retrouver ailleurs de temps en temps. Les jardins, par exemple.
— Dehors ? Mais tout le monde peut y aller !
— En plein hiver ? M'étonnerait. La roseraie est cachée des fenêtres et sous la neige, ça ressemble surtout à une forêt de ronce.
— Charmant.
— J'espère un jour que toute cette merde sera derrière nous... Et qu'elle nous aura un peu épargné...
— Tout ira bien, le rassura Harry. Tant que Dumbledore est là, que tu l'aimes ou pas, il n'y aura pas à s'inquiéter.
— Justement, c'est pour ça que je m'inquiète.
Le silence retomba tandis qu'ils resserrèrent un peu plus leur étreinte, comme s'ils devaient se quitter demain pour ne plus se revoir. Harry sentait Draco tendu et légèrement tremblant. D'une main distraite, il caressa les cheveux soyeux avant de s'imprégner de cette odeur dont il était sûr qu'elle lui manquerait beaucoup trop rapidement. Pourquoi un homme ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi Draco ? Ces questions sans réponse étaient bien derrière lui. La seule chose dont il était certain était qu'il tenait dans ses bras la personne qu'il aimait et que cela lui suffisait amplement.
— Je ne veux pas te perdre, sanglota Draco. Pas après t'avoir trouvé.
Harry ne sut pas quoi répondre.
oOoOoOo
Et voilà le chapitre 20, on l'aura attendu, cui-là ! Je vous présente toutes mes plus plates excuses, j'ai été absent tout le mois d'août, et ça s'est décidé un peu au dernier moment, j'espèrais pouvoir publier quelque chose avant, mais non.
Et bien sûr, en un mois, j'ai eu le temps de perdre le fil et d'oublier où je voulais en venir, j'ai donc pris du temps pour refaçonner ce chapitre (plusieurs fois), et, pour être honnête, pris la décision (que certains apprécieront sûrement) de condenser toute la fin de ce cycle dans cet unique chapitre que vous venez de lire. Il y en aurait eu encore deux de plus. Beaucoup d'ellipses, ça ne m'est pas vraiment habituel, mais au moins, on peut passer au cycle suivant et attaquer (enfin) les choses sérieuses. Le chapitre 21 (ffnet vous dira 22 mais faut pas le croire) signera donc le début du troisième cyle de la première partie. Au menu : un peu plus d'action, un peu plus d'intrigues, des surprises, et, bref... m'enfin vous verrez.
J'espère que la lecture vous aura plu, n'hésitez pas à laisser une review et je vous dit à bientôt !
Oswald
PS : La suite sera moins longue à arriver, promis.
PPS : pour me faire pardonner, j'ai publié une nouvelle illustration. Allez-voir sur mon profil !
