Chapitre 21 : Adieux/ Farewell
J'étais plantée devant mon ordinateur, à recommencer pour la dixième fois la même phrase -la seconde- du mail que j'avais décidé d'envoyer à René, lorsque Jacob entra. J'étais heureuse qu'il m'interrompe, je n'arrivais à rien. J'étais contente qu'il soit là aussi, simplement là, même s'il allait me falloir supporter les remarques qu'il pourrait faire ou son comportement un peu trop étouffant. Je le voyais sans doute pour la dernière fois et j'avais du mal à imaginer que nous ne serions plus jamais ensemble.
Il ne dit rien, ne me demanda pas ce que je faisais, ne fit aucun commentaire à propos de la matinée. Il s'approcha de moi et posa ses mains sur mes épaules, puis elles glissèrent en avant et ses bras vinrent se croiser autour des miens, m'entourant tendrement. Son geste contrastait tellement avec la brutalité de l'animal dont il avait pris la forme quelques heures plus tôt !
« Comment vas-tu ?, demanda-t-il en se penchant vers mon oreille.
_ Je vais… Et toi ? Tu ne t'es pas blessé en… détruisant le mobilier chez les Cullen ?, fis-je remarquer un peu amèrement. Tu m'as fait peur, Jacob.
_ Je suis désolée, Bella, j'étais hors de moi…
_ C'est au docteur Cullen qu'il faut dire ça, Jake. Tu n'avais pas besoin de faire une telle démonstration de force.
_ Je le lui ai déjà dit. J'ai… cassé une baie vitrée… mais il ne m'en veut pas, apparemment, et… non, je ne me suis pas blessé. Je ne maîtrisais pas vraiment tout, tu sais.
_ Comment t'es-tu transformé en ours ? Je croyais que tu n'arrivais pas à grand chose.
_ Je n'en sais rien. C'est venu d'un coup. Je crois que j'ai compris le truc. En fait, c'est une question de parenté.
_ Quoi ? »
Jacob alla s'asseoir sur le rebord du lit.
« Je saisis beaucoup de choses maintenant, expliqua-t-il. Nous pouvons nous changer quand nous sommes en phase avec l'esprit de l'animal. Il correspond à certains états, à certaines émotions. Le loup est notre animal d'origine, parce que c'est celui de notre clan. Traditionnellement, il est le totem de la tribu des Quileutes, l'animal-allié de nos légendes. C'est donc celui que les autres appellent en nous quand nous nous transformons pour la première fois. Nous le sentons, et nous réagissons instinctivement. Le loup est pratique quand il s'agit d'agir en groupe, il est naturel, car la meute, c'est notre clan, notre tribu. Nous n'avons jamais eu besoin d'être autre chose. Nous ne savions même pas que c'était possible. Etre loup nous permet de communiquer entre nous par la pensée également, ce qui n'est pas le cas quand on se change en un autre animal qui ne vit pas en meute. Je crois qui j'y suis arrivé ces derniers temps parce que je suis devenu plus… solitaire ou… individualiste, et que j'ai envisagé la possibilité d'être différent de ce que mon clan pouvait souhaiter. »
J'écoutais Jacob avec attention. Malgré ma peine, apprendre qu'il continuait à découvrir et à maîtriser le don qu'il possédait, qu'il avait trouvé là une nouvelle motivation, me réconfortait.
« Tu dis que l'animal correspond à un état d'esprit ?
_ Oui, tout à fait. Je t'avais dit que le renard me donnait la sensation d'être vif et malin. Il me donne envie de m'amuser…
_ Et l'ours alors ?
_ Je…, il hésita, je me suis senti… très seul… et vraiment très en colère. J'avais l'impression qu'on voulait me voler... me prendre… »
Il s'interrompit. Je compris que ces sensations devaient encore le perturber. J'imaginai que sa nature devait lui faire ressentir les choses d'une manière très différente de la mienne, sans doute beaucoup plus aiguë.
« J'en ai parlé à Seth il y a un moment.
_ Ah ? Et il arrive à transmuter en un autre animal ?
_ Oui, il n'est pas content du tout… il n'arrive qu'à se changer… en chien, pour l'instant. »
Jacob sourit.
« Je ne pense pas que tous les animaux soient compatibles… ce n'est que quand on arrive à se projeter dans l'état d'esprit précis de l'animal, son essence profonde, qu'on peut en adopter la forme. Le loup est vraiment proche de nous autres, par sa nature et son comportement. Je ne pense pas pouvoir un jour épouser l'esprit d'un serpent, par exemple, ou d'un… pingouin. »
Je souris à mon tour. S'il y avait dans le monde de nombreuses choses abominables, il y en avait également de merveilleuses. C'était réellement dommage… dommage pour moi, et pour nous.
Les explications de Jacob m'avaient distraite un moment, mais je sentais que je m'enfonçais à nouveau dans des sables mouvants dont je ne parviendrais plus à me sortir. Je regardai Jake. Il allait vraiment m'en vouloir. Une seconde, j'espérai qu'il me haïrait pour ce que j'aurais fait, ce sentiment l'aiderait à avancer, à poursuivre son existence. Mon regard croisa le sien. Alors je m'aperçus qu'il me regardait également, d'un air préoccupé.
« Je suis allé voir Sam, commença-t-il. Je lui ai parlé de ton dernier rêve, de ce que dit Alice, de l'attitude des Cullen. Il… est un peu agacé par toutes ces histoires de vampires. Il ne voit pas trop pourquoi certains voudraient te tuer si un autre ne le fait pas avant et le punir pour cela. Pour lui, c'est parfaitement absurde. Il pense que nous devons simplement protéger la vie des humains mais il se fiche complètement des règlements de compte entre vampires. Par contre, il ne peut pas accepter que faire de toi l'un d'eux soit considéré comme une solution. Les Cullen redeviendront nos ennemis, si cela se produit. Je peux comprendre son attitude, elle est conforme à nos règles. Il a aussi… d'autres préoccupations en ce moment. »
Je revis Emily et son ventre rond. Je revis leur foyer et le bonheur simple qui s'en dégageait. Je comprenais que Sam veuille éviter tout danger et tout combat, à présent.
« Ne t'inquiète pas, Jake, ça n'arrivera pas. »
Je pouvais rassurer Jacob, ce serait toujours une préoccupation de moins, pour lui, aujourd'hui.
« Tu veux dire… que tu comptes rester humaine, Bella ? »
Je ne lui mentais pas si je répondais par l'affirmative.
« Oui, Jake. Je resterai une humaine. »
Il s'était levé et avait attrapé mon bras. M'obligeant à quitter ma chaise, il m'attira ensuite doucement vers lui et m'assit sur ses genoux. Je vis alors ses yeux se plisser et il tendit le nez. Se penchant vers moi, il huma la peau de mon cou et sourit.
« Il me semble… que tu sens un peu aujourd'hui. C'est léger mais… c'est sucré.
_ Ah ?, fis-je, mais ma tristesse m'empêcha d'ajouter autre chose.
_ Nous te protègerons, Bella, affirma Jacob comme pour me redonner courage, tu ne risques rien avec nous. Tu es plus en sécurité ici que nulle part ailleurs. »
En cela, il avait sans doute raison. Mais, si une lutte s'engageait avec les Volturi, les conséquences seraient évidemment désastreuses. Je devais leur épargner un tel massacre. Tout était de ma faute. Je n'aurais pas dû exister.
« Tu sais, Bella. Je suis vraiment prêt à tout… »
Jacob n'avait pas besoin de le dire, je savais qu'il irait jusqu'au bout s'il le fallait. Je devais faire en sorte que cela n'arrive pas.
Je posai ma main sur sa joue. Elle était très chaude, comme toujours. Je ne devais pas me mettre à pleurer, je devais rester forte et apprécier les derniers instants que nous passions ensemble… avant que Jake me déteste à jamais. Alors je l'embrassai, le plus tendrement que je pus, et je me serrai contre lui. Je ne devais pas m'apitoyer, même si mon cœur cognait douloureusement dans ma poitrine. Je devais rester la plus naturelle possible. Jacob dut, néanmoins, sentir que j'étais émue car il ne dit plus rien. Il me rendit mon baiser avec tout le bonheur de celui qui vient d'obtenir une victoire, puis il me garda simplement entre ses bras, longtemps. Son amour me donnait du courage, et il ne le savait pas.
Quand Charlie rentra, Jake était parti depuis un bon moment. Je lui avais expliqué que j'avais besoin de rester seule, que je comptais cuisiner un peu et c'était ce que j'avais fait. Il ne m'avait pas semblé totalement rassuré, cependant, et je m'attendais à le voir revenir dès le lendemain, ou même à ce qu'il monte la garde, près de la maison, durant la nuit.
Ma soirée serait pour Charlie, ma nuit pour Edward… et ce serait tout.
Charlie fut ravi du repas, et nous discutâmes un peu plus longuement que d'habitude. Il m'expliqua que Billy lui avait présenté Johnny, et que ce dernier cherchait du travail.
« Je pense pouvoir le dépanner, pour un temps, du moins, vu qu'il nous manque quelqu'un pour tout ce qui est administratif depuis qu'une des secrétaires a démissionné. Elle a suivi son mari, en Californie… une vraie opportunité pour eux. Il viendra, demain, pour voir à quoi ressemble le boulot.
_ Pour un temps… ?
_ Oui, je doute que ça l'intéresse, à long terme… il est complètement… surqualifié pour le poste.
_ Ah bon ?
_ Oui, il travaillait à Wall Street, à New York, … un truc dans la gestion informatique... tu te rends compte ?
_ Waouh… »
Un moment, je me demandai comment quelqu'un qui avait vécu à New York -et avait sans doute très bien gagné sa vie- avait pu choisir de venir se perdre à Forks, en abandonnant réellement tout derrière lui, mais Charlie y répondit à ma place.
« Les histoires d'amour… ça peut bouleverser complètement une vie, hein ?... surtout quand ça se termine mal. »
Je soupirai. C'était l'évidence, je ne le savais que trop bien.
Durant toute la soirée, je regardai souvent Charlie, mon père silencieux et discret. Il était un peu sauvage et solitaire, comme moi. Je savais bien qu'il ne s'était jamais remis de sa séparation d'avec René. J'étais persuadée qu'au fond de lui, il l'aimait toujours. Comment avait-il trouvé la force de continuer, seul, après qu'elle soit partie en m'emportant, des années auparavant ? Il y avait tant de choses que nous ne nous étions jamais dites ! Il était trop tard à présent.
Quand il monta se coucher, il déposa un baiser sur mon front.
« Tu n'as pas sommeil ?, demanda-t-il.
_ Oh , je ne vais pas tarder… Je veux faire la vaisselle avant d'aller au lit. J'ai le temps… enfin, je suis en vacances, moi, tu sais. »
Il me sourit. Je remarquais toujours ces petites rides charmantes aux coins de ses yeux, quand il souriait. Charlie aurait pu refaire sa vie, depuis le temps, s'il l'avait voulu. Cette pensée m'emplit à la fois de tristesse et d'admiration. Il était sans doute d'une nature à ne pouvoir aimer qu'une fois. C'était mon cas, me semblait-il également, même s'il m'était assez difficile de pouvoir l'affirmer compte tenu de la situation très particulière qui était la mienne. Mais… il n'y aurait eu personne d'autre, jamais, je le savais. Il n'aurait dû y avoir qu'Edward. Ou bien… il n'y aurait eu que Jacob. Il n'y avait pas d'autre place dans mon cœur et il n'y en aurait jamais eu.
Après avoir fait la vaisselle et rangé quelques petites choses dans le salon, je montai prendre une douche. Je restai longtemps sous l'eau chaude. Je me sentais vide et lasse. Je pouvais percevoir, également, la nouvelle tension qui habitait mon corps, déjà discernable dans mon ventre, ma poitrine. La chaleur de l'eau mordait ma peau, devenue soudain plus sensible, avec davantage d'intensité qu'auparavant. Ces nouvelles sensations, je n'aurais pas l'occasion de les découvrir pleinement, de les apprécier et de m'en émerveiller, comme j'aurais dû le faire… si je l'avais pu.
Je lavai mes cheveux, puis les enveloppai dans une serviette.
Mon mail pour René était resté en suspens. Je savais que je ne parviendrais pas à le finir, alors j'annulai le message. Je ne trouverais rien à dire. Il y avait trop à dire et je n'avais plus de mots.
Comme je retirais la serviette enroulée autour de mes cheveux, je me rendis compte qu'Edward était là, près de la fenêtre ouverte. Il me regardait. C'était toujours tellement étrange, cette façon qu'il avait d'apparaître… comme s'il n'avait jamais cessé d'être là, avec moi. Si lointain de mes pensées profondes pourtant, du cours de ma réflexion, dont il était exclu par une bizarrerie incompréhensible, un hasard, qui avait voulu que je sois la seule à lui rester hermétique. Sa sensibilité extraordinaire lui permettait de comprendre beaucoup de choses pourtant, de ressentir les émotions qui me traversaient, mais il ne savait pas… tout, à chaque instant, il ne saurait jamais. Peut-être les choses avaient-elles été voulues ainsi, peut-être était-ce le destin, justement.
Il s'avança vers moi et me prit dans ses bras. Son parfum envahit mes narines et toute ma peau frissonna. J'aurais voulu qu'il me dise : « Viens, partons dans la nuit, je t'enlève… nous disparaîtrons et personne ne nous retrouvera jamais. Je vais te conduire dans un monde dont moi seul ai la clé… et tu pourras tout oublier. »
Mais c'était un rêve. Notre présent ne nous permettait pas de rêver comme cela. J'étais dans les bras d'un rêve et tout rêve m'était interdit, cependant.
« Tu as passé une bonne soirée ?, susurra le songe à mon oreille.
_ Oui, j'étais avec Charlie, c'était bien.
_ Tu as réfléchi… à ce que je t'ai dit ce matin ? »
Je savais que la question viendrait, que notre discussion de la matinée avait été interrompue et qu'Edward attendait une réaction, mais je ne pensais pas qu'elle viendrait si vite.
Pour toute réponse, je saisis ses mains et l'entraînai vers le lit, sur lequel je m'assis. Edward s'assit à côté de moi, le regard insistant, les lèvres légèrement entrouvertes : il allait reprendre sa phrase d'une seconde à l'autre. Je me penchai vers lui comme on tombe dans le sommeil, doucement, lentement, avec un léger vertige mais avec soulagement. Le sang qui circulait dans mes veines, jusque dans le moindre de mes petits vaisseaux, vibra, frémit, comme s'il voulait... comme s'il se tendait vers Edward. Je n'avais jamais ressenti le phénomène avec autant d'acuité. Ma main se posa sur son cou, je m'avançai plus près, me collai contre lui, et nous nous embrassâmes. C'était comme si de minuscules bulles d'oxygène pétillaient dans ma tête. Je me sentais… réellement différente. Déjà.
Edward emprisonna ma taille dans ses mains froides et m'allongea. Je savais que notre baiser ne durerait pas. J'essayai de le retenir pourtant, quand il se détacha de moi et posa sa tête contre ma poitrine.
« Ne me tente pas, souffla-t-il. »
Mon cœur s'était emballé et il devait à présent battre à son oreille comme un tambour affolé. Je posai mes mains sur ses cheveux, caressai sa joue.
« Je ne te tente pas. Je suis très raisonnable au contraire.
_ Je ne veux pas revenir sur ma décision, assura-t-il, je sais qu'elle est la bonne. Elle est la seule qui puisse me permettre de demeurer… de ne pas devenir définitivement un monstre. C'est le dernier espoir qu'il me reste, la dernière chose au monde qui me permette de ne pas perdre toute considération pour moi-même et mes semblables, qui donne un sens à mon existence ! Et puis… j'ai promis à Jacob que je ne ferai rien pour le moment. »
Les paroles d'Edward m'avaient fait souffrir le martyre, au regard de la résolution que j'avais prise, et les derniers mots qu'il venait de prononcer m'anéantirent tout à fait.
« Tu as promis cela à Jacob ?
_ Oui, ce matin. Quand il a compris que nous voulions la même chose, sa colère l'a quitté. »
Ils avaient toujours voulu la même chose. Ils étaient même capable de s'entendre pour cela. Jusqu'à quel point, d'ailleurs ? Il me semblait que nous avions franchi toutes les limites. Où cela nous mènerait-il encore si ce n'était à la mort ? A quoi bon tout cela ? Comment la vie pouvait-elle être aussi absurde !
En plus de mon désespoir, un sentiment de colère, sinistre et acide, s'insinua en moi.
« Alors… que dis-tu, Bella, demanda Edward pour la troisième fois. Acceptes-tu de m'épouser ?
_ Oh, oui, bien sûr, Edward, répondis-je d'une voix basse, soudain submergée par l'amertume. Je vais t'épouser. Puis… j'épouserai Jacob, comme je le lui ai promis. Nous irons ensuite vivre tous les trois dans une jolie maison, dans les bois. Nous élèverons notre enfant… Il aura une mère humaine, maladroite et déchirée, ainsi que deux pères fabuleux… et capables de s'entretuer à tout moment : l'un, torturé par l'envie constante de boire mon sang, l'autre de m'avoir pour lui seul. Un véritable conte de fées, effectivement ! Comment résister ? »
Je n'avais pas sitôt fini ma phrase, que je regrettai de m'être laissé emporter par le cynisme. J'étais à bout. Edward ne répondit rien, mais il me considéra avec désarroi.
« Oh, pardon Edward ! Je suis… horriblement… épuisée. Tu devrais plutôt me laisser seule… j'ai besoin… d'être seule. Je ne suis pas supportable, je ne me supporte pas moi-même. Il faut que je dorme, que je me repose… »
Mais il continua à me fixer en silence de ses yeux d'or sombre.
Je dus finalement me résoudre à affronter, encore, l'insoutenable vérité que j'avais cherché à occulter durant toute la journée : Edward s'apprêtait à mourir. Il avait accepté l'idée de la mort, pour moi, comme il avait accepté celle que j'aimais Jacob ou que je portais un enfant. Jamais personne ne m'aimerait comme il m'aimait. Je devais être à la hauteur. Au fond de mon cœur et de mon âme, je savais que le geste qu'il me demandait avait du sens.
Alors, toute raison m'abandonna, et toute velléité de lutte. Dans mon esprit, ce fut le désert et le silence. En moi, tout se retira, comme l'aurait fait une extraordinaire vague qui serait repartie en arrière pour ne jamais revenir.
« Edward, je t'épouserai, assurai-je avec gravité, quand tu le voudras. Le plus tôt possible même, ce serait mieux, je crois. »
Le vampire ne répondit rien, mais son regard changea. La couleur de ses yeux s'éclaira imperceptiblement. Il m'embrassa.
J'eus l'impression que mon âme se brisait en mille morceaux : amour, douleur, espoir, désir, souffrance, bonheur, peur… tout me quitta, à cet instant. Tout ce que la vague avait emporté, ou retenu en se retirant, tout fut aspiré quelque part, hors de moi, dans le néant. Il n'y avait plus rien. Les évènements de ma vie étaient finalement parvenus à tout tuer en moi.
« Je te laisse, si tu le veux vraiment, murmura Edward en faisant glisser un de ses doigts de ma pommette à mon menton. Je reviendrai demain. Je vais m'occuper de tout. »
Quelque chose, dans son attitude, me fit comprendre qu'il n'était pas totalement dupe, peut-être, de mon revirement soudain. Mais il était satisfait et disposé à faire ce que je lui avais demandé. S'il avait résolu de rester, invisible, à veiller sur moi pendant la nuit, je ne m'en serais pas aperçue de toute manière.
Je me serrais encore contre lui, comme la feuille morte reste parfois étrangement accrochée à l'arbre, durant tout l'hiver. Puis, je le laissai s'en aller.
C'était fini.
