Voilà, enfin, un nouveau chapitre de « Comme avant »…. Mieux vaut tard que jamais me direz-vous… Mais entre les impératifs du quotidien, les blocages et le temps passé sur un certain site web consacré à Harry Potter, j'ai pris pas mal de temps à venir à bout de ce chapitre qui m'a posé bien des soucis.
Merci à tous ceux qui ont reviewé (loginés ou anonymes (même si ce n'est pas évident de répondre à ces reviews anonymes du coup), commenté, critiqué ou tout simplement lu cette fic jusqu'à présent et j'espère que la suite continuera à vous plaire. Je pense avoir répondu à tout le monde, si ce n'est pas le cas, n'hésitez pas à me le dire et je rectifierai fissa ^^
Que dire concernant ce chapitre de 24 pages ? Il m'a posé pas mal de soucis, surtout sur la façon de le mener comme je le voulais… J'avais prévu la confrontation Lily/Dylan pour ce chapitre mais, ça sera pour le prochain… Je n'en suis pas franchement satisfaite (comme souvent) mais je préférais ne pas vous faire attendre plus longtemps.
Chapitre à nouveau dédié à Lina. Pour lui avoir donné de faux espoir :D
Disclaimer : Tout, ou presque (Dylan, Kimberley, la défunte Rebecca et quelques autres), est à JKR
Chapitre 20 – Espoir et désespoir
Lily se retourna, un élancement lui traversa le flanc à ce geste mais elle ne s'en soucia guère sur l'instant, son cœur se serrant douloureusement dans sa poitrine, appréhendant ce qu'elle allait découvrir. Mais elle ne pu réprimer un cri horrifié lorsque son regard se posa sur le corps profondément meurtri de son compagnon, étendu, inerte, sur le sol à moins d'un mètre d'elle.
« James ! »
Le rejoignant, la jeune femme tendit une main tremblante, effleurant son visage rougit par le sang, l'appelant à nouveau. Ce faisant, elle tressaillit en sentant sa peau, anormalement froide, sous ses doigts. N'obtenant aucune réaction, elle glissa, fébrile, les doigts contre son cou, résistant tant bien que mal aux larmes qui lui brûlaient les yeux, et réprima un soupir de soulagement en percevant son pouls, faible et irrégulier, mais présent. Au moins était-il encore en vie, ce qui était plutôt surprenant, au vue de l'importante quantité de sang qu'il avait déjà perdu.
« Tu es restée inconsciente plus longtemps que prévu, reprit, froidement, le mage noir, l'arrachant à ses sombres réflexions. Nous avons dû brièvement neutraliser l'effet du sort, il aurait été dommage qu'il meurt, ce qui ne serait tardé d'ailleurs, sans que tu puisses y assister. Après tout, quoi de plus terrible que de rester là, impuissante, désarmée et sans le contre-sort adéquat, et de n'avoir rien d'autre à faire que voir la vie le quitter, lentement, inexorablement, à ton réveil ? »
La jeune femme tressaillit à ces mots, et se mordit les lèvres, cherchant fébrilement sa baguette du regard, en vain.
«- Vous êtes abject, lâcha-t-elle, penchée au-dessus de son compagnon désormais inconscient, dans un souffle parfaitement audible dans le silence pesant qui régnait sur les lieux. Vous n'êtes qu'un immonde…
-Comment oses-tu insulter de la sorte le Seigneur des Ténèbres, sale Sang-de-Bourbe, s'insurgea aussitôt Bellatrix en s'avançant. Tu devrais ramper à ses pieds, là où se trouve votre place, à tes semblables et toi.
-Jamais ! riposta Lily. Plutôt mourir.
-Ca, ça peut se régler très rapidement, persiffla la femme Mangemort.
-Non. »
La voix glaciale claqua comme un fouet, la sorcière se figeant aussitôt, même si elle continuait à fusiller l'autre jeune femme du regard, un feu haineux animant ses prunelles dilatées.
«- Mais, maître…
-Je n'en ai pas fini avec elle, rappela, sèchement, le mage noir. Par contre, en ce qui concerne l'autre… »
Lily se redressa vivement à ses mots, et se retourna, face à l'ennemi, les yeux brillants d'une détermination farouche, s'interposant ainsi entre le mage noir et ses partisans et son compagnon.
Voldemort ricana, amusé.
« Idiote. Ton geste stupide ne le protègera pas. Après tout, je n'ai nul besoin de le tuer moi-même, puisqu'il me suffit de laisser le maléfice auquel il a été soumis faire son œuvre. Ca ne serait l'affaire que de quelques minutes, pour que le peu de ce liquide vital qui lui reste encore ne le quitte définitivement. »
Il esquissa un nouveau sourire glacial et tendit la main, ou du moins l'étrange moignon qui devait être l'une des mains de son corps difforme en direction de l'un de ses Mangemorts. Celui-ci se raidit, attirant l'attention de la jeune femme sur lui. Plissant les yeux, elle se déplaça, attirant prudemment le corps inerte de son compagnon à elle. Il lui suffirait d'une baguette, d'une seule, pour transplaner et les sortir, lui et elle, de ce traquenard. Elle pourrait alors le conduire à Poudlard, où Madame Pomfresh serait sûrement en mesure de le soigner.
Mais aucune de leurs armes n'était visible, les Mangemorts ayant probablement profité de leur inconscience pour récupérer leurs baguettes.
flash back
Severus abaissa sa baguette et esquissa un sourire satisfait sous sa cagoule en voyant Potter tituber sous la force de son maléfice. Le cri angoissé de la jeune femme qui accompagnait son rival de toujours fut bien vite couvert par le rire extatique de Bellatrix qui arracha un étrange frisson au Mangemort qui s'était fait aussi discret que possible jusqu'à présent, attendant le moment propice d'agir.
Mais la femme Mangemort avait déjà repris l'offensive, à l'attention de celle qu'elle considérait comme une anormalité et dont le sang lui paraissait trop impur pour mériter de vivre. Mais, même dans sa détresse évidente, Evans avait conservé suffisamment de présence d'esprit pour lancer un sortilège de protection qui arrêta aisément les offensives de Bellatrix.
Celle-ci laissa échapper un cri frustré, trépignant presque sur place, et attaqua à nouveau, sans même remarquer l'inactivité de l'un des deux hommes en noir encore en état de se battre, mais se heurtant toujours à la paroi translucide qui la séparait d'Evans. Celle-ci, visiblement confiante en la résistance de son bouclier, était désormais focalisée sur l'état de son compagnon. Face aux échecs successifs de Bellatrix, Travers ne tarda pas à se joindre à elle, sans plus de succès, dans le but de briser le sortilège de protection lancée par leur ennemie.
Laissant les deux comparses s'acharner ainsi sur le bouclier d'Evans, Severus, lui, se contenta d'observer les vaines tentatives de la femme née-moldue pour neutraliser son maléfice. Il sourit, satisfait, en songeant qu'elle n'y arriverait pas avec les sortilèges curatifs usuels, il y avait veillé en le mettant au point. Lui seul connaissait le contre-sort adéquat, qu'il avait lui-même finalisé au cours de sa septième année, après plusieurs mois de réflexions. Ceci dit, il devait probablement exister une autre solution, puisque Potter avait survécu à sa précédente tentative, bien que Severus, tout comme l'ancienne Gryffondor, ignorait comment les Médicomages s'y étaient pris, à l'époque, pour contrer son maléfice.
Déjà, de là où il se trouvait, il pouvait voir s'élargir, à vue d'œil, la tache écarlate qui entourait désormais Potter, et la panique croissante d'Evans alors qu'elle se débattait pour le garder conscient tout en puisant comme elle pouvait dans ses connaissances, pourtant étendues, pour tenter de juguler l'hémorragie.
Les deux autres Mangemorts s'étaient enfin résolu à ne pas s'acharner d'avantage sur le sortilège de protection qui entourait Evans et Potter et se contentaient désormais d'observer, même si le pli outragé qui barrait le front de Bellatrix laissait entendre qu'elle n'avait pas dit son dernier mot. Travers et elle ricanèrent, se délectant visiblement de la détresse de la jeune femme, penchée au dessus de son compagnon, lui murmurant des mots qu'ils ne pouvaient saisir de là où ils étaient, et de l'affaiblissement inexorable du traître à son sang.
Un claquement sec retentit et d'autres formes sombres surgirent dans l'allée plongée dans la pénombre. Severus se raidit imperceptiblement, percevant sans mal l'aura menaçante du Seigneur des Ténèbres, avant même de le distinguer, dissimulé dans son tas informe de vêtement, dans les bras d'un Mangemort qu'il supposa être Barty Croupton Junior. Celui-ci s'avança, permettant ainsi à son maître d'avoir un meilleur aperçu de la situation. Le Lord noir parcouru la scène du regard, jaugeant la situation, sans se soucier des propos révérencieux de Bellatrix qui saluait ainsi son arrivée, ses prunelles rouge s'attardant un bref instant sur Severus avant de revenir sur leurs adversaires.
«- Bien, je vois que les choses se sont déroulées comme prévues, commenta le mage noir à voix basse, de façon à n'être entendu que par ses plus proches partisans. Et neutralisez la Sang-de-Bourbe.
-Mais son bouclier…
-N'est qu'une simple formalité. » trancha froidement le mage noir en se redressant légèrement dans les bras de Barty, en dégageant l'un de ses moignons de sous la robe qui l'entourait, révélant sa baguette magique.
Il agita négligemment l'item et la fine protection magique qui les séparait du couple de sorciers céda dans un tintement cristallin qui n'alerta pas la jeune femme, obnubilée comme elle l'était par son incapacité à guérir son compagnon.
« Reste avec moi, s'exclama-t-elle alors, sa voix trahissant sans mal son angoisse et une détresse sans nom, inconsciente de la menace qui pesait sur elle. Reste avec moi, je t'en supplie. Ne me laisse pas tomber, James, tiens bon, je t'en prie. »
Vaguement troublé par son désarroi, Severus se détourna un bref instant de la scène dramatique qu'il avait provoqué et remarqua ainsi que l'un des hommes en noir, tous encagoulés, qui avaient rejoint les lieux en même temps que leur maître s'était raidit, lui aussi. Indifférente à tout ce qui ne lui permettait pas de se faire bien voir par le Lord noir, Bellatrix, elle, stupéfixa sans plus attendre la jeune femme désormais sans défense qui s'effondra sur le corps ensanglanté de l'Auror déchu, sous les ricanements de certains Mangemorts.
Voldemort se tourna alors vers Severus, un rictus méprisant déformant sa bouche sans lèvres, sa baguette disparaissant à nouveau sous les replis du vêtement noir qui masquait la quasi-totalité de son corps difforme, à l'exception de son visage pâle.
« Potter ne doit pas mourir, en tout cas pas tout de suite, rappela-t-il, dans un souffle à peine audible. Tu dois bien avoir un autre sort de ta connaissance pour l'empêcher de se vider de son sang durant l'inconscience de sa Sang-de-Bourbe préférée. »
Severus plissa les yeux, réfléchissant au sort qu'il pouvait employer pour neutraliser brièvement son maléfice sans pour autant guérir son ennemi de toujours, puis acquiesça.
«- Très bien, alors fais-le…
-Maître…, cela serait plus aisé si la Sang-de-Bourbe n'était pas tombé sur lui… Sa…proximité risque de nuire à l'efficacité du sort. » tenta le sorcier au nez crochu.
Le Seigneur des Ténèbres soupira, visiblement agacé, puis fit signe à l'homme en noir que Severus avait vu réagir un peu plus tôt.
« Toi, déplace-la. » intima le mage noir.
Son interlocuteur s'agita.
«- Mais…
-Fais-le ! Et récupère leurs baguettes. »
La voix froide claqua, comme un fouet, dans l'allée sombre. L'homme en noir tressaillit et baissa la tête. Severus le vit serrer les poings puis s'avancer lentement sous le regard dédaigneux des autres Mangemorts. Le Maître des potions de Poudlard le fixait avec intensité, cherchant à deviner son identité.
Arrivé près du couple inconscient, l'homme hésita un bref instant puis se pencha et, glissant précautionneusement les mains sous les aisselles de la jeune femme aux cheveux auburn, la souleva précautionneusement et l'étendit à même le sol à moins d'un mètre de son compagnon, se hâtant de la relâcher pour ramasser les deux baguettes, rougies par le sang dans lequel elles baignaient, avant de rejoindre vivement les rangs des Mangemorts. Voldemort ne fit aucun commentaire, se contentant de fixer Severus, lui ordonnant silencieusement, d'un regard impérieux, de faire ce qu'il attendait de lui.
Le concerné ne se fit pas prier, son regard s'attardant un bref instant sur la flaque écarlate qui s'étendait sur le sol, autour de Potter et sa compagne dont la robe sombre et la peau pâle étaient désormais maculées de sang. Severus inspira et lança silencieusement le sortilège qui, supposait-il, ralentirait l'effet de son maléfice, conformément aux ordres de son Maître. Puisque, des années auparavant, le bain forcé de Potter avait ralentit l'effet de son sortilège, un sortilège réfrigérant quelque peu amélioré devrait suffire à le garder en vie jusqu'à ce que son maître décide d'en finir une bonne fois pour toute.
« Bien, commenta le Seigneur des Ténèbres, sur un ton qui exprimait clairement sa satisfaction. Et maintenant, réglons certaines choses avant de réveiller notre…invitée. Rodolphus, réveille-moi ces deux idiots. » ajouta-t-il en désignant les deux Mangemorts que le couple avait pu neutraliser au cours de l'échauffourée.
fin du flash back.
Harry s'agita sur le canapé, s'attirant le regard anxieux de sa demi-sœur, assise à côté de lui. Une demi-heure s'était écoulée depuis le départ de Sirius et rien, jusqu'à présent, n'avait pu réellement apaiser le garçon. Durant cette attente, qui lui semblait interminable et de moins en moins supportable, il avait sentit la chaleur émise par sa médaille diminuer considérablement contre sa peau et il lui avait fallut faire un effort considérable pour ne pas y porter la main, au risque de s'attirer des questions gênantes sur la raison de son geste. Il devait continuer à taire l'existence de cette médaille.
Il avait déjà vécu la rupture totale du lien l'unissant à son père, lorsque sa médaille lui avait été arrachée quelques semaines plus tôt, ou la brûlure, presque intolérable, du métal chauffé à blanc indiquant une menace quelconque, mais jamais il n'avait éprouvé cette sensation là, plus mesurée et progressive. De toute évidence, quelque chose s'était passé, mais quoi ? Etait-ce bon ou pas ?
« Ca va, Harry ? » s'inquiéta-t-elle, en glissant l'une de ses mains dans celle du garçon, l'arrachant ainsi à ses sombres réflexions.
Celui-ci esquissa un sourire incertain, en notant l'expression de la fillette, et serra brièvement sa main. Du coin de l'œil, il vit Remus, qui se tenait jusque là près de la fenêtre, se retourner, visiblement intéressé par la réponse que le garçon ferait.
«- Je n'ai plus mal à la tête en tout cas, assura l'enfant.
-Mais tu restes inquiet quand même. » insista la petite.
Harry leva les yeux au ciel, face à la persévérance de Kimberley qui semblait avoir, bel et bien, hérité de leur mère ce trait de sa personnalité. Lorsqu'elle décidait quelque chose, elle allait jusqu'au bout. Le garçon rencontra le regard, où se mêlait amusement et appréhension, de Remus et haussa les épaules.
«- Il y a de quoi l'être, sachant que maman et mon père sont sûrement en danger.
-Mais le professeur Dumbledore va arranger ça, intervint Ron en se penchant sur son fauteuil pour poser sa tasse d'Ambre sur la table basse. Mes parents disent toujours qu'il est le seul que Vous-Savez-Qui aie jamais craint.
-Rien ne prouve que Voldemort soit… dans le coup. » intervint posément Remus, faisant tressaillir les deux enfants Weasley.
Kimberley, guère habituée à entendre parler du mage noir, inclina la tête sur le côté, surprise par leur réaction, alors qu'Harry fronçait les sourcils.
« Il faudrait plus que de simples Mangemorts pour poser problème à mon père. » assura-t-il, confiant en les compétences paternelles.
Ces propos arrachèrent un sourire à l'adulte chargé de veillé sur eux, visiblement amusé par la foi absolue de l'enfant envers la capacité de son père à se tirer des situations les plus incroyables.
«- Je reconnais que ton père serait prêt à tout pour toi, Harry, mais même James a ses limites...
-Papa reviendra ! Et maman aussi ! » s'exclama l'enfant, se levant brusquement du canapé.
Faisant fi des protestations de sa demi-sœur et l'appel de Remus, le garçon fila vers la porte, contrarié et ne supportant plus cette attente prolongée. Il ignorait ce qu'il allait faire mais tout lui semblait préférable en cet instant que de rester assis bien gentiment. Profitant de leur tourner le dos, il leva la main, ses doigts se saisissant machinalement de la breloque magique à travers le tee-shirt qu'il portait et ferma les yeux.
« Papa, reviens. » pensa-t-il, priant silencieusement pour le devenir de ses parents, mais plus particulièrement son père qui n'était entré dans sa vie que quelques mois plus tôt et avec qui il partageait un lien unique.
Dardant ses prunelles émeraude, chargées de tout le mépris qu'elle pouvait mettre dans un regard, sur le Mangemort désigné par le Seigneur des Ténèbres, Lily réfléchissait, cherchant vainement une solution, tout en resserrant sa prise sur son compagnon inconscient. L'homme en noir, dont la cagoule masquait ses traits, semblait hésiter, soutenant tant bien que mal le regard intense de la jeune femme avant de détourner, enfin, la tête.
« Fais ce que tu as à faire. » siffla Voldemort.
Un mouvement furtif parmi les rangs des Mangemorts capta l'attention de la jeune femme. Légèrement en retrait de Bellatrix, un homme, lui aussi masqué, fixait la scène, visiblement mal à l'aise. Il se raidit, sentant sûrement peser sur lui le regard de la sorcière aux cheveux auburn, et abaissa sa main gauche, tentant vainement de la dissimuler à son regard. Lily écarquilla les yeux. Au moins, elle savait désormais où se trouvaient leurs baguettes, à James et elle. Il ne lui restait plus qu'à trouver le moyen de les récupérer.
Au même instant, elle sentit son compagnon tressaillir entre ses bras. Baissant les yeux, elle eut la surprise de croiser son regard noisette, ses pupilles dilatées par une souffrance sans nom. Son torse se souleva brièvement, du sang s'écoulant à nouveau des plaies qui s'étendaient sur son corps, ruisselant sur ses vêtements lacérés désormais trop imbibés du liquide écarlate pour absorber quoi que ce soit d'autre, et il articula silencieusement un mot qu'elle identifia sans mal. Elle se mordit les lèvres en songeant que, même en de telles circonstances, il parvenait encore à penser à leur fils, en lieu sûr au manoir.
« Fais-le ! » insista le Seigneur des Ténèbres, la ramenant à la réalité du moment.
Son serviteur tressaillit et s'avança d'un pas, pointant sa baguette vers le couple. Lily serra plus que jamais son compagnon contre elle, impuissante, priant pour un miracle.
Une forme sombre jaillit de nulle part et percuta le sorcier avec violence, le projetant au sol, sa baguette lui échappant, tombant dans un tintement sourd sur le sol de l'allée. La jeune femme réprima un cri de joie, reconnaissant la forme canine de Sirius, et ne s'interrogea même pas sur la raison de sa présence. Profitant de cette diversion inespérée et du désordre qui s'ensuivit dans la ruelle, Lily relâcha brièvement sa prise sur son compagnon et, à genoux sur le sol, tendant le bras autant qu'elle le pouvait sans s'éloigner de lui, s'empara de la baguette ainsi abandonnée, stupéfixant sans plus attendre l'un des Mangemorts, qui s'apprêtait à jeter un sort sur le chien noir. Sirius aboya, la remerciant pour son intervention, avant de se retourner vivement pour se jeter sur le Mangemort qui portait le mage noir.
Peut-être n'avait-il pas réalisé la présence du Seigneur des Ténèbres, ou peut-être espérait-il profiter du moment de surprise engendré par son intervention pour s'attaquer à lui, en tout cas, il semblait décider à tenter sa chance. La voix glaciale s'éleva, cinglante comme un fouet et le chien jappa douloureusement, touché à la tête en pleine course.
« NON ! » hurla la jeune femme en le voyant s'effondrer lourdement sur le sol, amas de fourrure noire sur le sol obscure.
Le rire du mage noir, froid et perçant, se fit entendre, rapidement suivit par celui, extatique de Bellatrix, alors que le Mangemort que Sirius avait renversé se relevait lentement, fusillant du regard l'animal responsable de sa chute. Une haine sans précédent s'empara de Lily, balayant toute pensée logique. Tout ce qu'elle voulait, en cet instant, c'était de rendre la pareille quiconque s'aviserait de prendre plaisir à faire souffrir les autres.
« Endoloris ! » souffla-t-elle, pointant son arme vers la femme Mangemort, bien décidée à lui faire payer toutes ses exactions passées.
Mais la cousine de Sirius contra sans mal le sort et se tourna vers la jeune femme, un sourire sarcastique aux lèvres.
« Un sortilège impardonnable, vraiment ? » ricana-t-elle, sous le regard inquisiteur du mage noir.
Un silence pesant s'abattit sur la ruelle, à peine troublé par la respiration, laborieuse, de James et celle, précipitée, de Lily qui soutint sans broncher le regard belliqueux de son ennemie.
« Il te faudra faire mieux que ça, sale Sang-de-Bourbe, siffla la brune d'une voix doucereuse. Il faut vraiment vouloir faire souffrir l'autre, le désirer au plus profond de soit… »
Du coin de l'œil, Lily nota un nouveau mouvement, à peine perceptible, au sein des rangs des hommes en noir. Celui que Sirius avait contribué à désarmer fixait, les épaules raides, sa baguette que la sorcière retenait d'une main ferme.
Alors qu'elle s'apprêtait à se relever, une main se referma sur son poignet. Elle tressaillit, et croisa le regard d'avertissement de James, une seconde avant qu'il ne ferme à nouveau les yeux, sa tête glissant sur le côté, ses doigts relâchant leur prise. La jeune femme sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Il ne tiendrait plus très longtemps, même si Voldemort avait fait en sorte de ralentir l'effet du maléfice. Le sort était toujours effectif, l'affaiblissant de plus en plus, l'entraînement inexorablement vers une mort certaine si elle ne le sortait pas sans plus attendre de ce traquenard.
Un sort fendit l'air, s'écrasant sur le sol, près de la main de la jeune femme, la ramenant à la réalité du moment. Elle pourrait sûrement transplaner avec lui, l'emmener à Sainte Mangouste sans plus tarder, maintenant qu'elle avait récupéré une baguette… mais cela reviendrait à abandonner Sirius aux mains de l'ennemi, ce qui était inconcevable, alors qu'il venait de prendre des risques pour les aider. Et elle n'envisageait même pas de transplaner avec les deux en même temps, d'autant plus qu'ils étaient inconscients l'un comme l'autre, ce qui rendait d'autant plus délicat cette possibilité.
Quant à faire un Portoloin improvisé… Elle n'avait rien sur elle susceptible d'être utilisé… sans compter qu'il lui faudrait quelques précieuses secondes pour effectuer le sort, durant les quelles elle serait plus vulnérable que jamais face à une attaque ennemie. Son regard se posa un bref instant sur son compagnon et s'attarda sur…ses lunettes. Cela ferait l'affaire. Il ne lui restait plus qu'à régler la question du temps…
« Stupéfix ! » lâcha-t-elle, en se redressant légèrement.
Bellatrix recula, contrant aisément le sort. Mais Lily n'en demandait pas plus, matérialisant à nouveau son bouclier entre leurs adversaires et Sirius. Recourant à un sort d'attraction, elle rapprocha l'animal d'elle, alors que, déjà, les offensives ennemies ébranlaient son sortilège de protection. Patmol remua faiblement, lorsqu'il toucha à nouveau le sol, près du corps de son meilleur ami. De toute évidence, il n'était qu'assommé. Sans plus attendre, elle retira précautionneusement les lunettes de son compagnon.
« Port... » souffla-t-elle, tapotant prudemment l'item de l'extrémité de la baguette.
Son bouclier céda soudainement, dans un tintement cristallin, et l'item magique lui échappa d'un sort, l'empêchant ainsi de mener à bien son projet, lui arrachant un cri frustré, à l'instant même où des claquements secs résonnèrent dans l'allée obscure, rapidement suivit par une myriade de sorts qui fendirent l'air au-dessus d'eux. Lily soupira, soulagée, en apercevant le professeur Dumbledore à la tête des arrivants. Le vieux sorcier analysa très vite la situation, et notamment l'état critique de James.
« Professeur… »
Le puissant sorcier tendit, à son tour, sa baguette sur les lunettes que tenait la jeune femme, y appliquant le sort qu'elle avait, elle-même, tenté d'utiliser.
« Filez, on s'occupe d'eux. Il vous conduira en lieu sûr, là où les enfants pourront vous rejoindre sans risque. » lui intima le directeur de Poudlard, en reportant déjà son attention sur le combat dans lequel s'étaient engagés les sorciers qui l'accompagnaient.
Lily hésita un bref instant puis posa les lunettes dans la main la plus proche de son compagnon, y posa l'une des pattes avant du chien et toucha à son tour l'objet, à l'instant où il se déclenchait. Dans la fraction de seconde qui suivit, elle rencontra le regard d'un Mangemort, resté à l'écart des affrontements et qui la fixait avec intensité, celui qui avait récupéré leurs baguettes, à James et elle, et ressentit un pincement au cœur en devinant son identité. Malgré le fait que ses traits lui étaient toujours masqués, elle aurait reconnu ce regard n'importe où…
« Dylan. » souffla-t-elle, avant d'être emportée hors du lieu de l'affrontement par le Portoloin.
« Maître Harry, maître Harry ! »
Assis au pied de son lit, les bras passés autour de ses genoux repliés sous son menton, le garçon, l'air morose, leva à peine les yeux vers l'Elfe de maison qui venait d'apparaître dans sa chambre. Eldora s'inclina respectueusement, ses oreilles s'abaissant à ce geste.
« Un message de monsieur Sirius vient d'arriver… »
Harry écarquilla les yeux à ces mots et se redressa d'un bond, se ruant vers la porte, prenant à peine le temps de remercier la créature magique au passage. L'Elfe secoua la tête et referma la porte d'un claquement de doigts, lorsque son jeune maître eu disparu de sa vue en s'engouffrant dans le couloir, avant de transplaner sans plus de cérémonie.
Le garçon parcouru le couloir, dévala l'escalier et pénétra dans le salon, juste à temps pour voir une forme argentée disparaître dans une volute de fumée. Harry pesta silencieusement en comprenant qu'il venait de manquer le Patronus de Sirius et, selon toute vraisemblance, le message en lui-même.
« Qu'est-ce qu'il a dit ? » s'enquit-il, avant de se figer, mû par un mauvais pressentiment en remarquant l'expression sombre de Remus et celles, anxieuses, de Ron, Ginny et Kimberley.
Apercevant son demi-frère, Kimberley quitta le canapé et se précipita auprès de lui, glissant sa main dans la sienne. Harry se mordit les lèvres.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » insista-t-il, d'une voix plus incertaine.
Remus soupira et se passa la main sur le visage, l'air las.
«- Je dois vous emmener, tous les quatre, à Poudlard. Tes parents y ont été envoyés sur ordre du professeur Dumbledore. Nous serons exceptionnellement connectés au château, via le réseau de Cheminette d'ici cinq minutes. Et votre père est déjà là-bas pour vous récupérer, conclut-il à l'attention des deux enfants Weasley, même s'ils avaient déjà, eux, entendu le message.
-Est-ce qu'ils vont bien ? » s'inquiéta Harry.
Le lycanthrope haussa les épaules.
« Je n'en sais pas plus, soupira-t-il. Sirius n'en a pas dit d'avantage. Bon, ceci dit, allez récupérer vos affaires, nous partons dans cinq minutes. »
Harry trébucha en sortant de l'âtre, mais une main posée sur son épaule le retint fermement, l'aidant à se stabiliser. Le garçon adressa un regard reconnaissant à Remus qui lui sourit en retour avant de déposer Kimberley, qu'il avait pris dans ses bras le temps du déplacement d'une cheminée à l'autre, et sortir les lunettes du jeune Potter d'une poche de sa robe pour les lui rendre.
«- Merci, lâcha-t-il en remettant ses lunettes sur son nez.
-Il n'y a pas de quoi, répliqua l'adulte. Bonsoir, professeur McGonagall, Arthur. »
Harry réalisa alors qu'ils n'étaient pas seuls dans la pièce. Ron et Ginny, habitués à ce moyen de déplacement et partis, de ce fait, en premiers, se tenaient déjà de part et d'autre de leur père, près de la porte et, surtout d'une sorcière à l'air sévère, portant une chemise de nuit écossaise et ses cheveux attachés en un chignon rigide qui les observait par-dessus ses lunettes rectangulaires. Rencontrant son regard, le garçon songea tout de suite qu'elle ne devait pas être commode.
«- Bonsoir, répondit-elle posément, avant d'agiter négligemment sa baguette, débarrassant les arrivants de la suie qui les recouvrait, son regard grave s'attarda un bref instant sur le plus âgé des deux enfants et Harry fut convaincu de voir le coin de ses lèvres frémir. Le voilà donc, ce jeune Potter, ajouta-t-elle en s'avançant vers eux.
-En effet. Harry, Kim, je vous présente le professeur McGonagall, directrice-adjointe de l'école, responsable de la maison de Gryffondor et enseignante en Métamorphose. »
Les deux enfants acquiescèrent, impressionnés. L'enseignante ne s'attarda guère sur le sujet, passant rapidement à celui qui les intéressait.
« Le professeur Dumbledore m'a chargé de vous renvoyez au Terrier, annonça-t-elle en se plaçant près de la cheminée et en se tournant vers les trois Weasley. Et de vous conduire, vous, à l'infirmerie. » ajouta-t-elle en adressant un regard entendu à Remus.
Remus acquiesça et se tourna vers Mr Weasley, alors qu'il se rapprochait du foyer en compagnie de ses deux enfants.
«- Désolé pour ce changement de programme, Arthur, mais…
-Vous ne pouviez pas prévoir, répliqua l'employé du Ministère en souriant faiblement, et en lui tapant amicalement l'épaule. Ca sera pour une prochaine fois. Bon courage à vous.
-Bon ben, à une prochaine fois, Harry, lança Ron. On se voit bientôt ?
-J'espère bien. » répliqua le brun en s'efforçant à sourire, même s'il était plus préoccupé par le sort de ses parents qu'autre chose.
Les trois rouquins prirent rapidement congé, disparaissant dans les flammes vertes caractéristiques des déplacements par poudre de Cheminette. Cela fait, le professeur McGonagall se pencha sur le foyer, pour éteindre le feu avant de sceller définitivement le passage, murmurant des propos qu'Harry ne pu saisir. Cela fait, elle se tourna vers les trois sorciers encore présents dans son bureau.
« Bien, si vous voulez bien me suivre, je vais vous conduire à l'infirmerie. A cette heure, tous les élèves sont dans leurs dortoirs, y compris les Préfets, nous ne devrions pas rencontrer qui que ce soit mais, dans tous les cas, je vous demanderai la plus grande discrétion. »
Les deux enfants acquiescèrent silencieusement et suivirent docilement les adultes à travers une succession de couloirs et plusieurs escaliers. Les occupants des tableaux murmuraient sur leur passage, passant d'une toile à l'autre, réveillant parfois l'un ou l'autre des portraits, visiblement intrigués par cette visite tardive, mais furent vite réduits au silence par un regard autoritaire de la directrice-adjointe qui ouvrait la marche.
En d'autres circonstances, Harry aurait probablement été fasciné par leurs agissements mais pas ce soir. La main de sa demi-sœur dans la sienne, il suivait sans un mot la sorcière, Remus fermant la marche. Après avoir descendu un imposant escalier de marbre, ils traversèrent un vaste hall et pénétrèrent dans un autre couloir qui les mena, enfin, à l'infirmerie. Le garçon se crispa en apercevant Sirius, adossé, la mine sombre, contre le mur près de sa mère, assise à même le sol du couloir, une cape noire de voyage posée sur ses épaules, la tête entre les mains, ses cheveux auburn retombant désormais librement sur ses épaules. Une angoisse sourde lui noua l'estomac et il porta machinalement la main à sa médaille.
« Maman ! » s'exclama-t-il en se précipitant aussitôt vers elle, le cœur battant la chamade, sa demi-sœur à sa suite, sans plus s'occuper des adultes qui les accompagnaient.
La jeune femme sursauta et releva la tête, son expression changeant aussitôt en apercevant ses enfants. Ce faisant, elle rencontra brièvement le regard de la directrice-adjointe qui lui adressa un bref sourire d'encouragement avant de repartir sans plus attendre, préférant visiblement les laisser entre eux.
« Harry, Kim. » les accueillit-elle en se passant rapidement la main sur la figure avant de se lever.
Mais, malgré ses efforts pour se recomposer une attitude sereine et la cape qui dissimulait partiellement ses épaules, Harry nota sans mal les traînées rougeâtres qui marquaient sa robe, ses bras, ses mains et son visage, ni ses yeux rougis ou ses traits tirés. Mais il se passa de tout commentaire sur l'instant, même quand leur mère les serra, tous les deux, contre elle et qu'il perçu une odeur âcre, vaguement familière. La crainte s'empara à nouveau de lui en réalisant que sa mère était couverte de sang séché.
« Maman…Qu'est-ce qui s'est passé ? s'enquit-il, d'une voix rendue tremblante par l'appréhension, en s'écartant finalement, levant les yeux vers sa mère en une supplique silencieuse. Et papa ? Où… ? »
La jeune femme détourna les yeux et se mordit les lèvres, renforçant les craintes de son fils.
« Il…il y a eu une attaque et… »
Elle s'interrompit, la gorge trop nouée pour parler, déglutit avec difficulté et ferma les yeux, espérant ainsi masquer son trouble aux deux enfants.
« James a… été gravement blessé, poursuivit Sirius d'une voix sourde, les yeux dans le vague. Il… »
Harry tressaillit, se tournant vers lui, les yeux dilatés par la crainte, et se mordit les lèvres pour les empêcher de trembler.
« Sirius… » le pressa Remus.
Le concerné secoua négativement la tête et ferma les yeux.
« Il… il a perdu énormément de sang, avoua-t-il finalement. Madame Pomfresh fait ce qu'elle peut. Elle a sollicité l'aide des plus grands spécialistes de Ste Mangouste en la matière mais… elle n'était pas… très optimiste quand elle nous a priés de quitter l'infirmerie. » conclut-il d'une voix tendue en désignant la porte la plus proche d'un signe de tête.
Harry serra les poings et se sentit pâlir, les larmes lui montant aux yeux. Il cilla précipitamment dans l'espoir de les refouler et fronça le nez en réalisant qu'il s'était mordu si fort les lèvres que le goût du sang titillait sa langue. Ses épaules se contractèrent, bien malgré lui, et il ne fit aucune résistance lorsque sa mère l'attira à elle, le serrant étroitement contre elle, alors qu'il s'abandonnait totalement, laissant libre cours à ses émotions trop longtemps contenues.
Remus et Sirius assistèrent, impuissants, à la scène, alors que Lily, étreignant ses deux enfants, cédait, à son tour, à la tension cumulée au cours de la soirée, dissimulant son visage dans les cheveux en bataille de son aîné.
« J'aurai dû arriver plus tôt. » murmura Sirius d'une voix amère.
Le lycanthrope se tourna vers son ami, remarquant alors la plaie sanglante qui lui barrait la tempe, remontant juste au-dessus de l'arcade sourcilière gauche, avant de prendre conscience des taches sombres qui couvraient sa robe par endroit.
« Tu es blessé… »
Sirius eut un reniflement dédaigneux.
«- Ce n'est rien d'autre qu'une bête écorchure. J'avais recouru à ma forme canine pour retrouver leur trace et… j'aurai sûrement été plus efficace en tant qu'humain mais la situation était désespérée. J'ai… sentit l'odeur du sang et je n'ai pas réfléchi, juste agit mais… Voldemort…était là : il m'a écarté d'un sort. Le reste est assez confus. Quand je suis revenu à moi, j'avais retrouvé mon apparence humaine, à l'infirmerie de Poudlard…
-Mais ce sang…, insista Remus en désignant sa robe.
-N'est pas le mien, le coupa sombrement l'Animagus canin. Celui de James selon toute vraisemblance, tout comme Lily d'ailleurs. »
Après un bref coup d'oeil en direction de la jeune femme, les deux hommes échangèrent un regard entendu.
« Ce sort… On pense bien à la même chose ? » reprit le lycanthrope.
Sirius acquiesça distraitement, son expression se durcissant aussitôt.
«- Comme à Douvres…, il y a douze ans. Et s'il se révèle que c'est bel et bien Rogue qui…
-Lily le pensait, en tout cas, à l'époque… mais si c'est vraiment lui qui a conçu ce maléfice, il devrait forcément avoir prévu son contre sort. Quoi qu'on puisse dire à son sujet, il faut bien lui reconnaître au moins ça : il est suffisamment intelligent et sensé pour ne pas concevoir de sort sans sa contrepartie, tout comme on ne créé pas de poison sans prévoir son antidote.
-Raison de plus pour mettre la main sur lui, histoire de lui casser une bonne fois pour toute son nez crochu et lui arracher ce satané contre sort.
-Sirius…, soupira son ami. N'oublie pas que, la dernière fois, les Médicomages ont réussi à le remettre sur pieds, je ne vois pas pourquoi ils n'y arriveraient pas une fois de plus. »
Le brun se passa les mains sur le visage, remontant vers ses cheveux sombres, l'air las, grimaçant légèrement lorsque sa main gauche passa sur sa blessure, alors que les souvenirs des derniers évènements, s'imposaient avec force à son esprit.
flash back
Ayant transplané à Notting Hill, sur Ledbury Road, là où son meilleur ami lui avait laissé entendre qu'il se rendrait avec Lily, Sirius avait très vite privilégié sa forme Animagus, plus pratique pour les pister sans perdre un temps qui pouvait s'avérer précieux si, comme Harry le craignait, le couple se révélait être en danger. Le quartier était relativement désert, ce qui faciliterait aisément ses recherches. Patmol, le nez au sol, flâna quelques minutes sur le trottoir avant de repérer, enfin, l'odeur familière de son meilleur ami, accompagnée d'une autre, qu'il attribua sans mal à la jeune femme qui l'accompagnait.
Soulagé, il la suivit en trottinant, ne s'arrêtant que lorsque la piste s'interrompit brusquement, brouillée par plusieurs autres, avant de reprendre, moins précise mais reconnaissable, un peu plus loin, vers une allée sombre qui s'ouvrait un peu plus loin. Il inclina la tête, s'interrogeant sur raison de ce changement de direction, d'autant plus que les autres personnes s'étaient, elles aussi, engagées dans la ruelle, masquant partiellement celles de ses amis. Probablement des Mangemorts, supposa-t-il en pénétrant, à son tour, dans l'allée. Mais, très vite, il s'arrêta à nouveau, percevant des éclats de voix un peu plus loin, combinés à une multitudes d'odeurs, indiquant la présence de plusieurs personnes, en plus de James et Lily. Il plissa les yeux et se remis en route, plus lentement, tous ses sens en alertes, les oreilles dressées, la queue basse.
Très vite, alors que les voix se faisaient plus nettes, lui indiquant qu'il touchait au but, une odeur plus puissante capta son attention. Un effluve troublant, qui éveillait quelque chose dans les souvenirs les plus primaires du chien dont il avait pris l'apparence l'incita à une nouvelle halte. Du sang… C'était du sang, il en reconnaissant aisément l'odeur âcre et angoissante, qu'il avait déjà eu l'occasion de percevoir lors de certaines sorties de pleine lune où Lunard s'était montré plus agressif que de coutume, occasion quelques blessures sanglantes à l'un ou l'autre de ses compagnons de jeu. Mais, même dans ces moments-là, cela n'avait pas été aussi intense, aussi saisissant qu'en cet instant.
Les effluves de chairs sanguinolentes s'imposaient à tout le reste, éveillant ses instincts primordiaux de chasseur. Sa part humaine frissonna à cette pensée, ses poils se hérissant sur son échine à cette pensée. Troublé et craignant désormais le pire, il reprit sa progression, rampant presque pour se faire le plus discret possible. Mais rien ne pouvait, malgré tout, le préparer au spectacle sinistre qui s'offrit enfin à lui. Ses yeux se dilatèrent sous le coup de l'horreur, le parfum glauque du sang se faisant plus poignant, alors qu'il se figeait à nouveau, sous le choc, en découvrant enfin son origine. Il s'était imaginé bien des choses, mais certainement pas de voir ses amis baigner, littéralement, dans une mare écarlate, Lily tenant bravement tête aux Mangemorts massés devant elle, serrant contre elle le corps inconscient de son meilleur ami.
« Non ! » songea-t-il silencieusement, craignant le pire.
La voix glaciale du Seigneur des Ténèbres se fit entendre, sans pour autant percer la brume qui semblait soudain avoir enveloppé le cerveau de l'Animagus, uniquement obnubilé par une unique pensée : James ne pouvait pas être mort, c'était impossible. Un mouvement soudain le tira de ses réflexions macabres, l'un des Mangemort s'avança d'un pas, pointant sa baguette sur ses amis, alors que Lily se penchait un peu plus sur le corps sans connaissance qu'elle cherchait vainement à protéger. Mû par une rage subite, Sirius bondit, sans même prendre le temps de réfléchir, se jetant sur l'homme en noir qui s'apprêtait à s'en prendre à eux.
fin du flash back
Sirius secoua la tête, revenant à la réalité, dans ce couloir désert.
«Tu n'étais pas là, Lunard, tu n'as pas idée de ce qu'ils ont enduré, il y avait tant de sang… L'odeur était… saisissante, à te retourner l'estomac, ça m'a sauté à la gorge lorsque je suis arrivé sur les lieux. C'était… inimaginable. Même dans mes pires cauchemars je n'aurais jamais envisagé une telle chose et pourtant… »
Il frissonna, revoyant parfaitement Lily, à genoux dans une mare écarlate, les mains rougies du sang qu'elle avait, visiblement, tenté de contenir comme elle pouvait, serrant contre elle le corps ensanglanté de son ami. Cette vision le hanterait sûrement jusqu'à la fin de ses jours, surtout si James ne s'en sortait pas. Il serra si fort les poings que ses jointures blanchirent.
« Il faut qu'il s'en tire, il doit s'en tirer ! » souffla-t-il, d'une voix suppliante, en rencontrant le regard de son ami.
Remus pâlit en le voyant ainsi abattu. Après tout, Sirius n'était, pourtant, pas du genre à se laisser aller de la sorte. Il ne l'avait, d'ailleurs, vu ainsi qu'à une seule occasion, bien des années auparavant, lorsqu'il avait dû se repentir auprès des autres Maraudeurs à la suite de la mauvaise blague qu'il avait voulu faire à Rogue, au cours de leur sixième année, en lui expliquant comment neutraliser le Saule Cogneur. Son intervention aurait pu se révéler fatale pour le Serpentard si James ne s'était pas, lui aussi, exposé au danger en le rattrapant, au moment où il se retrouvait face au loup-garou que Remus était devenu. Cet incident avait valut à Sirius l'ire de son meilleur ami, fou de rage à l'idée qu'il ait ainsi pu envisager de trahir le secret de leur ami en jouant ainsi avec la vie d'un autre élève. Sirius avait encaissé sans broncher et avait même supporté, durant trois jours, la sanction que lui avaient réservé les autres Maraudeurs en l'ignorant délibérément avant de craquer, les suppliant de lui pardonner et en leur promettant de ne plus rien faire d'aussi stupide.
Le lycanthrope passa un bras autour des épaules de son ami. L'avenir de leur ami… mais aussi de chacun d'eux, dépendait de ce qu'il se passait dans la pièce voisine, de toute la volonté de vivre de James et de l'efficacité des soins que l'infirmière de l'école et les Médicomages lui prodiguaient en cet instant.
Un silence tendu régnait dans le couloir, personne ne semblant vouloir prendre l'initiative de relancer la conversation. Aucun d'eux ne savait exactement combien de temps ils avaient, ainsi, passés, espérant des nouvelles quelconques. Deux elfes de maison de Poudlard étaient passés, à un moment, leur apporter des sandwichs et un pichet de jus de citrouille, mais aucun d'eux n'avait eu le cœur à se sustenter, même si Lily avait insisté pour que les enfants, mangent quelque chose. Mais si sa cadette, chaudement emmitouflée dans la cape de voyage que Madame Pomfresh lui avait donné en début de soirée, avait finit par s'intéresser aux casse-croûtes proposés, le plus âgé n'avait même pas pris la peine d'y toucher.
Tous sursautèrent lorsque la porte s'ouvrit soudain sur l'infirmière de l'école, s'essuyant les mains sur une serviette blanche, l'air las. Elle s'apprêtait à dire quelque chose mais se tut, lorsque son regard se posa sur les enfants, lui arrachant un bref froncement de sourcils, avant de se tourner vers Lily.
« J'aurais besoin de vous, lança-t-elle, d'une voix neutre. Seule. »
Harry vit sa mère pâlir. Il déglutit péniblement et voulu dire quelque chose mais rien ne vint sous le coup de son appréhension croissante.
« On surveillera les enfants. » intervint, posément Remus, retenant son ami par l'épaule.
Lily acquiesça et se tourna vers ses deux enfants, leur adressant un sourire, forcé, qui se voulait rassurant mais qui n'eut, pour seul effet, que de nouer d'avantage l'estomac de son fils, en s'avançant vers la porte.
« Et papa ? Comment… ? »
La porte claqua derrière les deux femmes, mettant fin à la tentative de l'enfant. Celui-ci resta immobile, pétrifié, fixant la porte, jusqu'à ce qu'une main se pose sur ses épaules.
« Rester planté là ne fera pas avancer les choses. » murmura Remus
Non sans un dernier regard à la porte de l'infirmerie, Harry se laissa entraîner par l'homme.
Assis à même le sol, dos au mur qui faisait face à la porte, les genoux remontés sous son menton, Harry triturait machinalement sa médaille, dissimulant ses gestes sous la cape qu'il partageait désormais avec Kimberley. La fillette, elle, s'était finalement endormie, la tête sur son épaule, éreintée. Prenant soin de ne pas bouger, pour ne pas la réveiller, le garçon jeta un bref regard autour de lui, étudiant discrètement les amis de son père. Sirius faisait nerveusement les cent pas, marchant de long en large dans le couloir, le bruit de ses pas résonnant sur les dalles froides du passage éclairé par quelques torches fixées aux parois, diffusant une lueur vacillante, laissant, ça et là, des ombres étranges. Remus, quant à lui, restait adossé contre le mur, près de la porte, et, la mine sombre, suivait son ami des yeux. L'enfant soupira, refermant d'avantage sa prise sur la breloque familiale, vaguement rassuré par le contact tiède du métal entre ses doigts.
« Tu devrais essayer de dormir, aussi, Harry. »
Le garçon tressaillit et leva les yeux vers Remus qui l'observait avec gravité.
« Je n'ai pas sommeil. » marmonna-t-il en baissant les yeux, semblant trouver un intérêt soudain à une irrégularité du sol, à ses pieds.
A sa plus grande surprise, il entendit l'adulte pouffer.
« On se demande vraiment de qui tu tiens cette opiniâtreté, reprit-il, visiblement amusé. Tu es épuisé, que ce soit physiquement ou moralement et pourtant, tu ne trouveras pas le sommeil tant que tu n'auras pas eu de nouvelles. »
La porte de l'infirmerie s'ouvrit brusquement, coupant court à la discussion. Sirius se figea, Kimberley se réveilla en sursaut et Harry se tendit alors que Remus se tournait vers les deux sorciers que l'enfant supposa être les Médicomages envoyés par Sainte Mangouste qui sortirent de la pièce voisine, accompagnés par Madame Pomfresh.
«- En cas de problème, n'hésitez pas à nous rappeler, lança l'un des deux hommes en s'adressant à la sorcière, en se passant la main sur le visage, visiblement épuisé. Et, dans tous les cas, tenez-nous informés de l'évolution de son état.
-Je n'y manquerais pas, assura l'infirmière. Je ne vous remercierais jamais assez pour votre aide. »
Les sorciers haussèrent les épaules.
« C'était la moindre des choses, même si nous aurions souhaité obtenir un résultat plus probant. Il est toujours difficile de trouver la solution la plus appropriée à des maléfices conçus de toutes pièces et aussi néfastes, malheureusement, que celui-ci, semble-t-il. »
Madame Pomfresh acquiesça, la mine sombre, et jeta un bref regard aux sorciers qui patientaient, tant bien que mal, dans le couloir.
«- Je vous raccompagne ? proposa-t-elle aux deux Médicomages.
-Ne vous embêtez pas, nous connaissons le chemin, répliqua l'un d'eux en esquissant un faible sourire. Vous feriez sans doute mieux d'abréger leur attente, ajouta-t-il en désignant les deux adultes et les deux enfants qui les fixaient avec intensité. Bonsoir à vous.
-Vous de même. Je préviens de ce pas le Garde-chasse de l'école, il vous raccompagnera jusqu'au portail. »
Sur ces mots, les deux employés de Ste Mangouste prirent congé, saluant brièvement le petit groupe de sorciers avant de s'éloigner dans le couloir, discutant entre eux à voix basse.
« Comment va-t-il ? » s'exclama aussitôt Sirius qui, visiblement, s'était retenu à grande peine de ne pas rentrer en force dans l'infirmerie pour s'enquérir lui-même de l'état de son ami.
Madame Pomfresh, gardant toujours la porte, soupira et les fixa tour à tour, s'attardant plus particulièrement sur les deux enfants, alors que Harry aidait sa demi-sœur à se relever, lui laissant la cape, avant de reporter à son tour son attention sur l'infirmière, la fixant d'un regard inquisiteur.
« Mr Potter est toujours inconscient, mais il devrait s'en remettre. »
Harry se détendit à ses mots et soupira, réalisant qu'il avait retenu son souffle dans l'attente de sa réponse.
« Peut-on le voir ? » s'enquit Remus, exprimant ainsi la pensée générale.
L'infirmière leva les yeux au ciel.
« Bien sûr… mais…, ajouta-t-elle en s'interposant d'avantage entre la porte et ses interlocuteurs. Que les choses soient claires. Votre présence en ces lieux doit demeurer discrète, conformément aux demandes de Mr le Directeur, et, ne doit, en aucun cas, perturber la scolarité des élèves. D'autre part, Mr Potter aura besoin de repos et d'un calme absolu. Il… a perdu énormément de sang, précisa-t-elle, marquant une brève hésitation en jetant un nouveau regard en direction des enfants. Il est donc très affaiblit, et le fait que ses blessures puissent se rouvrir au moindre mouvement brusque, je vous prierai de ne lui donner de raison de s'agiter lorsqu'il reviendra à lui. Enfin, je vous laisse rentrer sur la demande de leur mère, précisa-t-elle en désignant les deux plus jeunes, et parce que vous serez mieux installés dans l'infirmerie que dans ce couloir plein de courants d'air. Et tenez-vous bien, Mr Black. » conclut-elle en s'écartant pour libérer enfin l'accès à la salle voisine tout en lui adressant un regard significatif.
Mais Sirius ne sembla pas le remarquer et franchit sans plus attendre l'encadrement de la porte, aussitôt imité par Harry, entraînant sa demi-sœur à sa suite, puis, plus posément, par Remus qui en profita pour remercier la sorcière.
Pénétrant dans la pièce immaculée, Harry devina sans mal l'endroit où était alité son père, autrement dit, le coin le plus éloigné de la pièce, séparé du reste de l'infirmerie par des paravents. Il plissa le nez, réprimant à grande peine une grimace, en percevant une odeur doucereuse, provenant de la pièce voisine, dont la porte était ouverte.
Madame Pomfresh traversa précipitamment la pièce, se ruant dans l'autre pièce en marmonnant, manquant de percuter Lily qui, les cheveux rassemblés en une queue de cheval faite à la hâte, sortait, au même instant, de l'espace masqué à la vue des visiteurs, pour regagner, elle aussi, la salle voisine.
« Ca accroche, grommela l'infirmière. Je m'en occupe, chargez-vous plutôt de ceux-là, miss Evans. J'en profiterait pour prévenir Hagrid. » conclut-elle, marmonnant visiblement les derniers mots plus qu'autre chose, avant de disparaître dans son bureau, le battant se refermant sèchement derrière elle.
Lily, l'air épuisé, se tourna vers les nouveaux venus. Les deux adultes, échangeant un bref regard avec la jeune femme, filèrent sans plus attendre de l'autre côté des paravents, alors qu'elle retenait son fils par l'épaule lorsqu'il voulu les imiter. Harry lui adressa un regard interloqué.
«- Mais…
-Tu pourras le voir dans un instant, mon chéri, mais pas tout de suite. On va d'abord s'occuper de Kim, elle est épuisée, précisa-t-elle pour couper court aux protestations du garçon. Et laissons un peu d'avance à Remus et Sirius, qu'ils puissent passer un peu de temps à son chevet. Toi, tu pourras y rester aussi longtemps que je l'estimerais possible, tu comprends ? » ajouta-t-elle en se passant la main sur le visage.
Harry, s'apprêtant à répliquer, se ravisa et se contenta d'acquiescer silencieusement, conscient des efforts que faisait sa mère pour garder contenance, alors qu'elle semblait exténuée. Alors qu'elle entraînait sa cadette jusqu'à un lit proche, le garçon la suivit du regard, triturant nerveusement sa médaille.
« Papa va s'en tirer, hein ? » s'enquit-il finalement.
Lily marqua une brève hésitation, alors qu'elle bordait soigneusement sa fille.
« Bien sûr. Les Médicomages ont fait des merveilles, ils sont parvenus à stabiliser ses blessures, au moins pour éviter que son état ne se détériore d'avantage. Il lui faudra sûrement du temps à s'en remettre et il en gardera sûrement quelques marques mais, ça ira, ajouta-t-elle en se penchant sur la petite pour l'embrasser sur le front. Dors, ma puce, tu en as besoin. »
La fillette marmonna des propos qu'Harry ne pu saisir, arrachant un maigre sourire à leur mère qui passa affectueusement la main dans les cheveux auburn de l'enfant. Elle ne tarda pas à s'écarter, néanmoins, Kimberley ayant rapidement plongé dans les bras de Morphée.
« Je suppose que tu n'as pas l'intention de dormir de sitôt…ou tout du moins tant que tu ne te seras pas assuré toi-même de l'état de ton père ? » commenta la jeune femme.
Harry se contenta de lui adresser un sourire contrit. Sa mère le connaissait décidément trop bien. Lily soupira.
« Bon, dans ce cas, allons-y, déclara-t-elle. Mais… Tu dois bien comprendre que ton père a été victime d'un maléfice assez…violent. Cela ne serait pas aussi préoccupant, s'il n'avait pas déjà été soumis à ce même sort par le passé. Même s'il ne gardait aucune séquelle apparente de cette première agression, elle n'est pas restée sans conséquence, ce qui, aux dires des Médicomages, a sûrement contribué à amplifier les effets de cette deuxième attaque, ajouta-t-elle après une brève hésitation. Mais il s'en remettra. »
Harry acquiesça, guère convaincu. Au contraire, les propos de sa mère ne faisaient que renforcer son appréhension. Visiblement consciente de son trouble, sa mère esquissa un sourire las, et l'entraîna vers les paravents, non sans un dernier regard à sa fille assoupie.
Trois heures s'étaient écoulées depuis qu'il avait été autorisé à voir son père. Dans ce laps de temps, le professeur Dumbledore était passé à l'infirmerie. Le vieux sorcier, l'air soucieux, s'était brièvement enquérit de l'état de James avant de prier Remus et Sirius de le suivre, Lily préférant rester auprès de l'homme alité et de son fils.
Jusqu'à présent, cela ne lui semblait guère différent de son précédent passage à l'infirmerie de Poudlard, à la différence près que son père était inconscient cette fois-ci et que des pansements rougis recouvraient une bonne partie de son visage plus pâle que de coutume.
L'enfant, assis sur une chaise près du lit, se tourna vivement vers Madame Pomfresh lorsqu'elle les rejoignit, les bras chargés de flacons qui tintaient à chacun de ses pas. L'infirmière jeta un regard peu amène à l'enfant tout en déposant son fardeau sur la table placée à la tête du lit.
« Avez-vous terminé la potion ? Ou souhaitez-vous que je vous remplace ? » s'enquit Lily, assise sur le bord du lit, en retirant sa main du front de son compagnon.
La plus âgée des deux femmes secoua négativement la tête.
« Je pense que cela devrait suffire pour quelques jours, soupira-t-elle, en désignant les fioles qu'elle venait d'emmener. Votre aide m'a été précieuse. Vous devriez envisager de reprendre vos études de Médicomagie, il n'est pas trop tard, vous savez. »
Lily soupira, alors que son fils levait les yeux vers elle, la fixant avec curiosité.
« Je n'y ai jamais vraiment pensé, reconnut-elle. Mais… Cela ne fait pas vraiment partie de mes priorités pour le moment. Ca continue à saigner. » ajouta-t-elle, ramenant la conversation à un sujet plus important.
L'infirmière acquiesça, l'air grave.
« C'était à prévoir. Je ne vous apprends rien en vous disant que les blessures provoquées par un maléfice de ce genre sont difficiles à guérir, qui plus est lorsque le sort en lui-même n'est pas clairement défini et qu'il s'agit, en prime, d'une récidive. Nous sommes déjà parvenus à protéger les organes vitaux, et à réduire l'hémorragie, même si le dictame n'a pas eu l'effet attendu. Mais, mis à part stabiliser son niveau sanguin, on ne peut rien faire d'autre, pour l'instant, que de favoriser la cicatrisation des plaies et attendre que son état se stabilise, commenta Madame Pomfresh en jetant un nouveau regard dubitatif à l'enfant présent. Quoi qu'il en soit, nous ferions mieux de nous en occuper mais… »
Elle se tourna à nouveau vers le garçon, les sourcils froncés. Notant son regard lourd en sous-entendu, Lily soupira.
« Harry, pourrais-tu aller jeter un œil à Kimberley, s'il te plaît ? »
L'enfant voulu protester, conscient de la tentative, guère discrète, de sa mère pour l'écarter, mais le regard qu'elle lui adressa l'en dissuada.
«- Et… tu pourras revenir après, concéda-t-elle, ce qui lui valut aussitôt un coup d'œil sceptique de l'infirmière.
-Etes-vous sûre que… »
Lily leva les yeux au ciel.
« James n'est pas son père pour rien, Madame Pomfresh. Quoi qu'on dise, il reviendra, plus ou moins en douce. »
La maîtresse des lieux haussa un sourcil et secoua la tête, désabusée, alors qu'un large sourire étirait les lèvres de l'enfant qui fila aussitôt hors de vue.
« Il fera sa rentrée à Poudlard cette année, c'est bien cela ? » s'enquit l'infirmière, tout en retirant prudemment le drap blanc qui recouvrait le corps de son patient.
Lily esquissa un faible sourire et acquiesça silencieusement, son regard se posant sur la chaînette dorée qui ne quittait jamais le cou de l'homme, dont la médaille écarlate, portant les armes de sa famille, tranchait sur sa peau plus pâle que de coutume.
« Que Merlin nous garde, soupira la plus âgée des deux femmes, même si ce garçon m'a l'air plus sage que son père au même âge. Hum…, commenta-t-elle, désapprobatrice, en apercevant les traînées écarlates qui maculaient les nombreux bandages qui couvraient presque intégralement le torse de l'homme. Finalement, il nous faudra probablement renouveler dès ce soir mes réserves de potion régénératrice, ajouta-t-elle, en tendant le bras vers la table de chevet, pour s'emparer de l'un des flacons. Pourriez-vous lui enlever les bandes pendant ce temps ? Nous en profiterons pour essayer l'application de Lonéat sur les plaies les plus importantes. » précisa-t-elle en désignant une autre fiole, contenant un liquide cristallin.
La jeune femme acquiesça, repoussant machinalement une mèche de cheveux, visiblement échappée de sa queue de cheval, derrière l'une de ses oreilles, et entreprit de défaire les pansements les plus tâchés.
Pendant ce temps, Harry s'était rapidement acquitté de sa mission, d'autant plus aisément que, comme il s'y attendait, sa demi-sœur dormait toujours. Il s'attarda quelques minutes, jetant un bref regard au reste de l'infirmerie, plongé dans la pénombre, avant de rejoindre sa mère et l'infirmière de l'école. Mais, à peine avait-il passé les paravents qu'il se figea, une main sur la fine séparation la plus proche, les yeux écarquillés, prenant alors véritablement conscience de la gravité des blessures de son père, alors que sa mère ôtait les derniers bandages, révélant les longues estafilades écarlates qui barraient le torse et les bras de l'homme.
L'enfant déglutit, effaré, portant machinalement sa main libre à sa médaille, la serrant brièvement à travers son tee-shirt, comprenant mieux, à présent, l'inquiétude des adultes et la raison pour laquelle l'infirmière désapprouvait sa présence pendant les soins.
« Un sort peut-il vraiment provoquer de telles marques ? » songea le garçon, effaré.
Harry inspira, puis, lâchant le paravent, il s'avança, lentement, les yeux rivés sur les estafilades sanglantes qui labouraient ainsi le corps de son père, alors que sa mère et l'infirmière s'affairaient, aucune d'elles n'ayant, semble-t-il, remarqué sa présence. Ce faisant, il vit Madame Pomfresh faire boire le contenu orangé d'une autre fiole à son patient, alors que, toujours assise sur le bord du lit, sa mère versait quelques gouttes d'un liquide transparent sur l'une des balafres les plus larges qui sembla frémir, comme animée d'une vie propre au contact du produit, alors qu'une volute rosée s'en élevait, se dissipant presque aussitôt dans l'air.
Pendant ce temps, l'infirmière avait murmuré un sort dont Harry ne pu saisir la teneur, tout en pointant sa baguette en direction de l'épaule du blessé. Presque aussitôt, même si l'enfant n'avait rien remarqué de particulier, il la vit froncer les sourcils, visiblement peu satisfaite du résultat, et elle prit une autre fiole sur la table de chevet, la faisant boire à son père avant de renouveler une nouvelle fois son sort. Elle réitéra encore une fois les mêmes gestes avant d'être enfin satisfaite par le résultat ainsi obtenu.
« Vous… voulez un coup de main ? » demanda le garçon au bout d'un moment d'observation, en s'approchant de sa mère.
Celle-ci, vidant sa fiole sur une autre plaie, leva les yeux vers lui, et esquissa un sourire fatigué.
« Pourrais-tu m'apporter une autre fiole de Lonéat, s'il te plaît ? en désignant la table de chevet. Elle est transparente. » précisa-t-elle.
L'enfant acquiesça et obtempéra aussitôt, repérant sans mal les flacons correspondants à la demande maternelle, et lui en ramena rapidement un, soulagé d'avoir quelque chose à faire, même s'il s'agissait d'une tâche aussi anodine et insignifiante. Au moins, il était sur place et avait autre chose à faire qu'imaginer des scénarii plus dramatiques les uns que les autres, quant à ce qui avait pu se passer ce soir-là, et ce qu'il aurait pu dire, ou faire, pour convaincre ses parents de ne pas partir.
« Merci mon chéri. » lâcha distraitement sa mère, lorsqu'il lui ramena la potion.
Harry grimaça ce qu'il espérait être un semblant de sourire, même si lui-même n'en était guère convaincu, et en profita pour observer de plus près les gestes de sa mère, alors que, reprenant ses soins, elle appliquait le contenu de cette nouvelle fiole sur d'autres plaies. Celles qu'elle avait déjà traitées paraissaient moins précises, ne laissant qu'une marque rosée qui contrastait avec l'aspect sanguinolent des autres coupures, longues et irrégulières.
« Ca marche ? » s'enquit-il.
Lily lui jeta un regard en coin, tout en poursuivant son travail.
« Ca a l'air, mais c'est ce qu'on pensait aussi en utilisant le Dictame, tout à l'heure. Nous serons fixés d'ici quelques heures, je suppose. »
L'enfant acquiesça distraitement. Pendant un moment, il se contenta d'observer le travail de sa mère, retournant chercher un nouveau flacon lorsqu'elle le lui demanda.
« Et… qu'est-ce que c'est que cette potion exactement ? » reprit-il en lui tendant la fiole.
La jeune femme jeta un bref regard à l'infirmière qui rassemblait les récipients vides et les bandages souillés par le sang d'un mouvement de baguette, pour renvoyer le tout d'un sort jusqu'à la pièce voisine.
«- C'est une potion peu connue, expliqua la plus âgée des deux sorcières, alors que des bandes neuves flottaient paresseusement dans l'air, sortant d'un placard qui occupait le coin de la pièce, pour venir se poser sur la table de chevet. Elle sert à guérir les blessures. Elle est très puissante, mais très rarement utilisée.
-Pourquoi ? s'étonna l'enfant. Si elle est si puissante, pourquoi ne pas l'utiliser d'avantage ? »
Les deux adultes échangèrent un nouveau regard. Lily rit doucement, secouant la tête d'un air amusé, tout en se penchant sur les plaies qui s'étendaient sur les bras de son compagnon.
« Pour la simple et bonne raison, jeune homme, que l'un des ingrédients essentiels à sa réalisation n'est pas facile à trouver. Les larmes de phénix ne se trouvent pas aisément, d'autant plus qu'elles doivent être fraîchement recueillies pour être pleinement efficace. »
Harry fronça les sourcils mais hocha néanmoins la tête, satisfait par cette explication.
« Vous pouvez nous laisser, madame Pomfresh, si vous voulez aller vous reposer un peu, suggéra Lily au bout d'un moment en la voyant se passer la main sur le visage, l'air las. Je finirais seule. »
L'infirmière soupira.
« En êtes-vous sûre ? »
La jeune femme acquiesça, soutenant sans fléchir le regard inquisiteur de la maîtresse des lieux.
«- Très bien, céda finalement la plus âgée. Mais n'hésitez pas à m'appeler en cas de besoin.
-Je n'y manquerais pas, assura Lily, en reprenant sa tâche.
-Et pensez à contrôler régulièrement ses fonctions vitales, quitte à lui redonner des potions régénératrices s'il le faut. Et essayez de vous reposer un peu, votre fils et vous. »
Lily approuva d'un signe de tête, lui indiquant ainsi qu'elle avait bien entendu ses instructions. L'infirmière s'attarda un bref instant puis quitta la salle, la porte se refermant derrière elle.
La jeune femme poursuivit un moment sa tâche, sollicitant l'aide de son fils pour tourner son patient, appliquant sans attendre la potion sur les longues estafilades qui marquaient aussi son dos, en plus des cicatrices les plus anciennes. Harry écarquilla les yeux.
«- Papa va en avoir des cicatrices, à la fin, murmura-t-il.
-Pas si je peux le lui éviter, répliqua sa mère. Celles-ci, il ne les doit qu'à son obstination à ne pas boire des potions. Elles sont désormais trop anciennes pour pouvoir être correctement traitées, bien qu'elles soient déjà moins visibles qu'il y a quelques mois. Mais, ses blessures les plus récentes, elles, ont totalement disparues, et je pense qu'il ne gardera pas trop… de marques de cette agression-ci, si les plaies se referment correctement.
-Mais c'est quoi ce sort, exactement ?
-Un maléfice cruel, inventé il y a quelques années, pour satisfaire des désirs de vengeance, je suppose. Enfin, ce n'est pas un sort très recommandable et j'espère bien ne jamais te voir l'utiliser. » ajouta-t-elle en lui adressant un regard sévère.
Harry grimaça.
«- Ca ne me viendrait jamais à l'esprit, assura-t-il, trop choqué par les effets de ce sortilège pour imaginer l'utiliser.
-J'espère bien, répliqua Lily. Il me faudrait une autre fiole, mon chéri. »
L'enfant obtempéra aussitôt, lui ramenant rapidement deux autres flacons, arrachant un sourire amusé à sa mère, avant de se laisser choir sur la chaise, près du lit.
« Oui, tu as sûrement raison d'anticiper. Mais une devrais suffire pour terminer ces blessures-là. Et je dois encore les bander avant de m'occuper des autres. »
Harry haussa les sourcils.
« Les autres ? »
Pour toute réponse, l'adulte lui désigna les marques sur le visage de son père.
« Et il me restera encore celles des jambes à faire, ajouta-t-elle. Et il me faudra encore m'assurer qu'il ne perde plus autant de sang. Es-tu sûr de ne pas vouloir aller dormir ? »
Le garçon secoua négativement la tête.
«- Je n'ai pas sommeil, assura-t-il.
-Pourtant, tu en aurais bien besoin, riposta sa mère en poursuivant inlassablement ses soins. Je t'assure que le pire est passé, il ne se réveillera sûrement pas dans l'immédiat mais il s'en remettra.
-Je ne suis pas fatigué, insista l'enfant. Je préfère t'aider… »
Sa mère lui sourit, puis s'assombrit à nouveau, le fixant un bref instant.
« Sirius m'a laissé entendre que tu avais encore eu mal à la tête ce soir. »
Harry grimaça mais confirma d'un signe de tête, malgré tout.
« Oui… mais l'un des Elfes m'a donné une potion et ça allait mieux après… »
Lily esquissa une moue songeuse, tout en continuant à traiter les estafilades sanglantes, les unes après les autres, sous le regard attentif de son fils. Ce faisant, il aperçu une déchirure, auréolée d'une tache sombre, dans la robe de sa mère. Il se redressa vivement sur sa chaise, les yeux écarquillés.
« Maman, t'es blessée ! » s'exclama-t-il.
La jeune femme interrompit brièvement ses soins et se retourna vers son fils, un sourire rassurant aux lèvres.
«- Ce n'est rien, ne t'en fait pas, assura-t-elle en effleurant sa hanche blessée de sa main libre. Juste une petite égratignure.
-Mais… »
Sa mère sourit plus largement et lui ébouriffa affectueusement les cheveux.
« C'est gentil de t'inquiéter pour moi mais ce n'est vraiment pas grave, ça peut attendre… »
L'enfant leva les yeux au ciel, repensant à l'insistance de sa mère pour le soigner, lui, lorsque son père s'était fait tirer dessus par un Mangemort qui avait pris part à son enlèvement.
« Je m'occupe d'abord de ton père, reprit-elle. Je soignerai cette petite écorchure plus tard. »
Harry fit la moue, peu convaincu, mais n'insista pas, d'autant plus que sa mère avait déjà reporté toute son attention sur son père, reprenant ses soins. L'enfant soupira, et s'affala contre le dossier de sa chaise. Contemplant le travail de sa mère, il finit par s'endormir, l'épuisement l'emportant sur sa détermination.
Et voilà, fini pour ce chapitre... et je sais, j'avais annoncé le face à face Lily/Dylan mais un nouveau remaniement de plan, pour des raisons d'inspirations subites m'ont obligé à reporter la rencontre (à l'origine, elle devait se faire au cours de la confrontation mais, après réflexion, je pense qu'un autre contexte sera préférable)...
Au prochain chapitre, notamment, la fameuse confrontation Lily/Dylan et les conséquences qui en découleront, et plus de nouvelles des Potter, père et fils.
Je pense que, désormais, je vais alterner Deux époques, un destin, et Comme avant, pour mes publications. Je me suis efforcée de ne pas faire de fin trop sadique ce coup-ci )
