CHAPITRE 10 : UNE DETESTABLE RENCONTRE
Les jours passaient et Dumbledore n'avait toujours pas trouvé de Professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Mais Fudge n'avait, de son côté, parlé de rien à Alix qui commençait à s'en inquiéter. Par ailleurs, elle voyait très peu Lucius, de moins en moins disponible. Ce fut Percy Weasley, devenu le secrétaire particulier de Fudge au début de l'été, qui vendit la mèche, un jour :
« Quand Dolores Ombrage sera à Poudlard… bien des choses changeront. »
Alix, qui était en train de chercher un dossier qu'il lui avait demandé, se retourna lentement :
« Ombrage à Poudlard ? Qu'irait-elle faire à Poudlard ? »
Percy sentit qu'il tenait et un scoop et un moyen d'épater sa jeune collègue. Il baissa la voix d'un air important :
«Et bien cela reste entre toi et moi bien sûr… Mais Dumbledore ne trouvant pas de Professeur de Défense…Dolores Ombrage s'est proposée… à la fois pour réformer cet enseignement … et pour avoir un pied dans la place bien entendu.
- Bien entendu », murmura la jeune fille entre ses dents.
Ses yeux plissés n'étaient plus que deux lames de couteaux entre deux rangées de cils noirs. Elle répéta encore « Elle va réformer cet enseignement… »
Inutile de lui faire un dessin ! Ombrage récupérait son projet de réforme ! Ah ! Lucius avait bien raison ! Il ne fallait jamais la lâcher celle-là. Ces derniers temps, elle avait été tellement prise par son travail… et puis surtout… ah ! il fallait bien le reconnaître… elle avait consacré la plupart de ses pensées à Lucius… à ce qu'il faisait quand ils n'étaient pas ensemble… elle avait baissé sa garde… et le poste de Poudlard lui passait sous le nez.
Mais tout de même… Elle avait toutes les qualifications. Elle en avait même plus que Dolores qui ne s'était jamais trouvée devant une classe ! Elle se tourna résolument vers Percy :
« J'ai besoin de voir le Ministre. Peux-tu m'arranger ça vite ?
- C'est qu'aujourd'hui, il est en rendez-vous presque tout le temps…
- Je n'en aurai pas pour longtemps… S'il te plait. »
Elle venait de faire un énorme effort de gentillesse. Elle trouva même le moyen de lui adresser quelque chose qui ressemblait à un sourire. Percy rougit et promit de faire l'impossible.
Mais l'impossible, pour Percy, c'était vraiment l'impossible… et donc il ne pouvait pas le faire ! Il envoya une note à Alix dans l'après-midi l'informant que le Ministre ne pouvait la recevoir.
« Vraiment ? » dit-elle après l'avoir lue, les sourcils froncés.
Un moment après, elle était dans le bureau de Weasley.
« C'est impossible, je t'assure ! En ce moment, il est avec une délégation du Ministère de la Magie Français. Et juste après, il part pour Bath pour l'inauguration d'un centre d'accueil pour sorciers retraités…
- Je veux le voir Percy. Je vais donc attendre qu'il sorte de son bureau… Il y a longtemps qu'il est avec les Français ?
- Oui, il ne devrait plus en avoir pour très longtemps… » répondit Percy à contrecœur.
Alix s'assit sagement sur une chaise et attendit sans un mot. Elle réfléchissait. Elle préparait ses arguments. Et s'il lui disait non… elle commençait à envisager les différentes armes qu'elle possédait pour le faire changer d'avis dans les jours qui venaient… Toutefois, utiliser la Magie Noire sur le Ministre en personne… c'était toujours un peu risqué… surtout qu'il était un peu paranoïaque depuis le début des évènements… Oh ! Lucius lui donnerait sûrement quelques bons conseils…
La porte s'ouvrit. Et Fudge en sortit avec plusieurs personnes. Ils se saluèrent, se congratulèrent encore et encore… et les visiteurs partirent enfin. Alix bondit.
« Monsieur le Ministre. Puis-je vous voir une minute s'il vous plait ?
- C'est que …
- Je vous en prie. »
Il parut hésiter. Mais être la maîtresse notoire de Lucius Malfoy ouvrait quelques portes au Ministère, dont celles du bureau du Ministre. Fudge s'effaça pour la laisser entrer.
« Monsieur le Ministre, commença-t-elle, quand elle fut assise. J'ai entendu parler d'un poste de professeur à Poudlard. Et comme vous savez, la qualité de l'enseignement qui y est prodigué m'a toujours tenu à cœur. Le projet de réforme que je vous ai remis va dans ce sens. Et je sais que Dumbledore n'a toujours pas trouvé de remplaçant au Professeur Maugrey »
Fudge ne répondit pas tout de suite. Il avait l'air un peu surpris.
« Votre candidature est tout à fait recevable, Miss O'Brien, mais il se trouve que j'ai déjà choisi une personne pour représenter le Ministère à Poudlard… Car c'est bien de cela qu'il s'agit n'est-ce pas. Dolores Ombrage est la personne de la situation.
- Madame Ombrage a d'énormes qualités bien sûr pour assumer ce poste… mais elle n'a jamais donné de cours. La réforme que je vous ai proposée est entièrement basée sur mon expérience. Enseigner n'est pas un loisirs… c'est un métier. »
Elle avait dit cela avec un léger sourire sur les lèvres… Mais Fudge ne releva pas l'impertinence. Il avait l'air mal à l'aise.
« Je comprends bien. Mais la mission de Dolores dépasse largement le cadre du simple enseignement. Il s'agit de rétablir l'ordre de l'Etat dans l'école.
- Je pense que j'en serai tout à fait capable aussi.
- Bien sûr, bien sûr… Ceci dit, je dois reconnaître qu'il y a beaucoup de bonnes choses dans votre projet de réforme mais… voyez-vous, avec Madame Ombrage, nous prenons une tout autre direction… Vous prôniez plus de travaux pratiques… mais il nous semble qu'une bonne maîtrise de la théorie est suffisante jusqu'en 6ème année. »
Alix souleva les sourcils.
« La théorie ? Ce n'est pas avec la théorie qu'on apprend à se défendre ? »
Fudge eut un petit rire forcé.
« Mais se défendre contre quoi ? – et comme elle ne répondait pas, visiblement interloquée – Franchement Miss O'Brien… Vous êtes l'un de nos meilleurs éléments… et lorsque la question s'est posée, j'ai immédiatement pensé à vous. Et nous en avons longuement discuté… Mais Dolores est le meilleur choix qu'on puisse faire. Plus tard peut-être… Maintenant, excusez-moi… mais on m'attend… »
Alix se leva.
« Je vous remercie de m'avoir consacré un peu de temps, Monsieur le Ministre. »
Elle se dirigea vers la porte, posa la main sur la poignée et se retourna lentement, saisie d'un doute :
« Encore une question, Monsieur… Quand vous dites que vous en avez longuement discuté… avec qui ?
- Mais avec Lucius et Dolores bien entendu ! »
... ... ... ... ...
« De quel droit te permets-tu de décider ce que je dois ou ne dois pas faire ! »
Jamais Alix ne s'était mise dans une telle fureur. Elle fulminait depuis qu'elle avait quitté le bureau de Fudge. En se matérialisant dans la Chambre Rouge, Lucius n'avait même pas eu le temps de faire un pas. Il s'était trouvé face à un chat sauvage, hérissé, qui soufflait de colère.
« De quoi parles-tu ?
- Ne joue pas à ça avec moi Lucius… Je parle du poste à Poudlard… La seule fois, à ma connaissance, où tu m'aurais fait un coup dans le dos… mais apparemment, il y en a eu d'autres ?
- Eh bien quoi, le poste à Poudlard ? Tu ne voulais quand même pas aller t'enterrer là-bas ! »
Sa suffisance lui coupa le souffle !
« Allez m'enterrer là-bas ? Réformer l'enseignement… et l'établissement probablement… tu appelles ça un placard ? Tu sais très bien que c'est pour ça et uniquement pour ça que je voulais rester dans le service « Education »… et j'avais enfin une possibilité de réaliser le projet qui me tenait le plus à cœur et … Mais de toute façon, la question n'est pas là ! Tu ne disposes pas de ma vie, Lucius ! Quand bien même je voudrais aller à Poudlard pour cirer chaque jour les bottes d'Albus Dumbledore que ça ne te regarderait pas !
- Je ne t'ai pas consacré tout ce temps pour que tu ailles t'enfermer à l'autre bout de l'Ecosse alors que tout va se jouer ici et maintenant ! Dolores s'en va… tu vas avoir le champ libre pour des choses beaucoup plus intéressantes. Alix …
- Ah voilà ! C'est parce que tu m'as consacré du temps ? Bien sûr, c'est ce qui te donne tous les droits ! Mais qu'est-ce que tu crois Lucius ? Les choses étaient bien claires dès le début… Je ne roule pas pour toi ! Je roule pour moi ! Tu m'as consacré du temps, c'est ton problème ! Tu n'y étais pas obligé et je n'ai rien signé !
- Mais tu étais quand même bien contente de me trouver.
- Je n'ai rien demandé. J'ai pris ce que tu me donnais et c'est tout. Je ne suis pas ta chose. Ma vie m'appartient. Je ne te la donne pas.
- Mais pourtant rien n'est gratuit, Alix. Tu le sais et tu l'as toujours su, non ? »
Il sembla à Alix qu'une menace pointait sous l'interrogation. Elle s'avança de Lucius sans le quitter des yeux et se posta si près de lui qu'elle le frôlait de tout son corps.
« Je refuse de t'obéir Lucius… Si tu as fait tout ça pour ça… C'est dommage pour toi … Je refuse d'être ta chose.
- Ce que j'ai fait, je peux le défaire, Alix…. Tu n'es encore personne au Ministère.
- Eh bien défais-le ! le défia-t-elle - Ses yeux n'étaient plus qu'une fente grise, fine comme une lame – Entre mes ambitions et ma liberté, quel choix crois-tu que je ferais ? »
Il se jaugèrent un instant en silence, le visage dur, tendus tous les deux comme des arcs.
« S'il y avait un prix à payer, il me semble que je te rémunère pour tes excellents services toutes les nuits ou presque… depuis bientôt deux mois. Si cela n'est pas suffisant, dis-le moi tout de suite… que je prenne mes dispositions.» ajouta-t-elle d'un ton sarcastique.
Elle l'avait touché. Il y eut une espèce d'éclair rapide dans les yeux de Malfoy et un léger sourire détendit le coin de ses lèvres.
« Tu n'imagines pas le mal que je pourrais te faire, murmura-t-il.
- Je crois que j'en ai quand même une petite idée, répondit-elle.
- Eh bien dis-toi que cette petite idée est encore bien en deçà de la réalité. »
Mais Alix n'avait pas peur. Malgré ce qu'elle avait vu. Elle savait qu'il n'avait pas l'intention de lui faire de mal… du moins pour le moment. Et en effet, elle sentit sa main qui plongeait dans ses cheveux et attirait son visage jusqu'au sien. Les yeux de Lucius brillaient de désir :
« Alors, tu payes ta dette, tous les soirs ? »
Elle sentit elle-même la vague familière naître au creux de son ventre et commencer à se soulever doucement. Mais elle repoussa son amant :
« Je ne plaisante pas, dit-elle fermement. Si tout ce que tu as fait pour moi a un prix, dis-le moi maintenant. »
Lucius parut hésiter un moment et poussa un soupir :
« Non. Tu ne me dois rien. Je t'en fais cadeau. »
Elle avait planté son regard dans le sien et ne le lâchait pas. Elle dit froidement :
« Je t'interdis de décider pour moi. Tu as tout juste le droit de me donner ton avis. Et c'est tout ! »
Il secoua la tête.
« Poudlard, ce n'était pas une bonne idée.
- Ce n'était pas ton problème !
- Tout ce qui te concerne est mon problème Alix. Nous formons une équipe toi et moi. Ce qui se profile au Ministère actuellement, c'est ce que tu as toujours voulu. Et c'est ce que j'ai toujours voulu pour toi !
- Qu'est-ce que tu attends de moi ?
- Mais rien d'extraordinaire ! Seulement que tu aies la place qui te revient et que tu fasses ton travail… en conscience ! Politiquement, nous sommes souvent d'accord, toi et moi ? Rends-toi indispensable auprès de Fudge. Dolores ne sera plus là. Mieux vaut éviter d'avoir recours aux méthodes… moins orthodoxes pour le moment… Mais toi… ton aura, Alix, ton charme, ta force de conviction… Tu feras de Fudge ce que tu veux ! Tu obtiendras ce que tu veux !
- D'accord, tu as besoin de moi pour marquer Fudge à la culotte ! Très bien ! Mais la moindre des choses aurait été de m'en parler avant ! C'était à moi de choisir si je voulais aller à Poudlard ou rester ici pour t'aider !
Lucius parut hésiter une demi-seconde et un léger sourire étira ses lèvres :
« Parce que tu crois que j'aurais accepté de me passer de toi pendant toute une année scolaire ? »
Il l'attira contre lui et cette fois, désarçonnée par ce brusque glissement de terrain, elle se laissa faire. Il poussa un nouveau soupir, la bouche dans ses cheveux :
« Je ne le referai plus… Je n'aurais pas dû faire comme ça… J'aurais dû te convaincre autrement… »
Ses lèvres couraient sur sa tempe, sur sa joue, trouvaient sa bouche…
« Réconcilions-nous, murmura-t-il encore, j'adore les réconciliations… »
Et soudain… tout avait si peu d'importance…
« Lucius ?
- Hummm ?
- Tu pourrais vraiment me faire mal ? »
Il ouvrait sa robe, cherchait sa peau, la faisait frissonner.
« Très mal, mon petit chat…
- Alors, pourquoi – sa robe tombait à ses pieds – pourquoi est ce que je n'arrive pas à avoir peur de toi ? souffla-t-elle en s'accrochant à ses épaules tandis qu'il la poussait doucement en arrière.
- Mais parce que tu es totalement inconsciente, répondit-il en basculant avec elle sur le lit. Je suis un sale type, Alix O'Brien … tu le sais non ? Et je suis sûr qu'on te l'a déjà dit… »
Elle se tendit sous une caresse un peu plus précise mais elle n'avait pas dit tout ce qu'elle avait à dire…
« Lucius ?
- Oui… quoi encore ? »
Elle hésita. Du coup, il releva la tête et plongea ses yeux dans les siens.
« Tu sais que je sais… n'est ce pas ? » finit-elle par demander à voix basse.
Il eut un drôle de sourire mais son regard resta grave.
« Oui, je sais que tu sais. »
Il y eut un silence. Ils ne bougeaient plus, conscients que tout à coup leurs relations prenaient un tour nouveau. Enfin elle dit :
« Oh… bon alors… - elle l'attira à elle, l'enserra entre ses jambes et conclut – je n'ai pas d'autres questions. »
... ... ... ... ...
En se rendant à une réunion, le lendemain matin, Alix croisa Lucius dans un couloir du Ministère. Il la salua de cet air courtois mais hautain qu'il avait toujours quand il était en société. Lucius, comme Titus O'Brien autrefois, avait deux visages pensa-t-elle. Et elle n'était pas sure que quelqu'un puisse le connaître totalement. Le souvenir de la nuit passée la transperça et lui coupa le souffle une seconde. Elle pensa que s'il lui infligeait un jour une douleur à la hauteur du plaisir qu'il lui avait donné… elle en perdrait probablement la raison… comme ces pauvres gens dont sa grand-mère lui avait parlé une fois qui avaient été torturés par des mangemorts et qui étaient enfermés pour toujours à Sainte Mangouste. Et savoir qu'il en était capable, c'était à la fois terrifiant et excitant. Elle n'était pas retournée dans le souterrain… mais les images de ce qu'elle y avait vu, le souvenir de cette excitation morbide qu'elle avait ressentie devant l'homme soumis au sortilège Doloris la hantait. Et elle sentait, là, quelque part au fond d'elle-même, latente, l'envie de franchir à nouveau le mur, d'en voir plus, d'en savoir plus. Sa raison lui disait qu'il fallait fuir… mais elle n'en avait pas le désir. Et ce n'était pas l'ambition qui la faisait rester. Ce n'était pas la reconnaissance non plus. Et ce n'était peut-être même pas les sentiments non plus… Bien sûr, elle était amoureuse de Lucius mais c'était plutôt la sensation que tout cela était dans l'ordre des choses. Tout s'était enchaîné si facilement depuis le mois de Janvier. Il la protégeait, il la stimulait, il lui faisait explorer des chemins vers lesquels elle n'aurait jamais été toute seule… Et là encore, maintenant, elle lui avouait qu'elle connaissait ses activités illégales... et cela ne semblait pas poser de problème. Tout glissait… tout s'enchaînait… en douceur, dans une espèce de logique… Avec lui, tout était finalement si facile… tellement plus facile qu'elle l'avait cru au début de leur liaison !
Elle était plongée si profondément dans ses pensées qu'elle sursauta en entendant une voix derrière elle qui disait simplement :
« Bonjour Alix. »
Elle se figea. Cette intonation si douce… elle l'aurait reconnue entre mille ! Elle se retourna lentement et fit face à Remus Lupin qui lui souriait.
D'un regard, elle vit les rides autours des yeux, les cheveux blancs un peu plus nombreux qu'un an auparavant, sa robe de sorcier toute rapiécée… et l'air un peu bête avec lequel il la dévisageait.
« Professeur Lupin ? »
Elle avait parlé d'une voix froide. Le sourire de Remus trembla un peu aux commissures mais il demanda :
« Comment allez-vous Alix ?
- Très bien, comme vous voyez. Et vous ? »
Elle restait polie. Mais elle n'avait qu'une envie : lui tourner le dos et s'en aller.
« Je vais bien aussi. »
Il y eut un silence. Il le combla en précisant :
« Je suis venu pour me faire enregistrer… Vous savez bien… tous les ans… »
Il lui montra le bureau d'enregistrement des loups-garous un peu plus loin. Une vague de dégoût souleva le cœur d'Alix. Elle laissa tomber du bout des lèvres :
« Oui, je vois. »
Elle ne se sentait pas bien. Il émanait de lui odeur qu'elle ne supportait pas… C'était désagréable. Décidément, elle n'avait plus rien à voir avec lui ! Il allait ajouter quelque chose mais elle le devança :
« Excusez moi mais on m'attend !
- Oui, je comprends…
- Au revoir Professeur. »
Sans un regard de plus, elle s'éloigna à grands pas. Ouf elle respirait mieux ! Comment avait-elle pu aimer cet homme ? Le souvenir de leur baiser traversa sa mémoire et elle réprima un haut le cœur. Il était vieux et faible… Il n'avait aucune allure… Vraiment, comment avait-elle pu ? Et cet air béat qu'il avait toujours quand il la regardait… !
Elle essaya de ne plus penser à cette détestable rencontre. Et elle y réussit tant bien que mal toute la journée grâce aux nombreux dossiers qu'elle avait à traiter juste avant la rentrée scolaire. Mais de retour chez elle, les souvenirs refluèrent, intenses, nombreux, comme s'ils s'étaient massés au fil des heures derrière la grille de sa volonté et que celle-ci venait de céder sous leur poids. Leur première rencontre. Les promenades en forêt. La bibliothèque. Le bureau où ils travaillaient. Et la colère, le mépris. Un faible. Remus Lupin avait toujours été un faible ! Rien à voir avec Severus ! On lui clouait le bec avec une facilité. Dès la première rencontre, elle avait su qu'il ne ferait pas le poids face à elle. C'était à peine s'il osait lui parler ! Il était ridicule…
Quelque part, au fond d'elle-même, étouffée, une voix demanda : « Oui mais après ? »
« Ooooooh, gémit-elle. Après je ne sais pas. »
Elle avait mal à la tête soudain. Et… Elle ne voulait pas… Pourquoi soudain, la cabane dans la forêt venait-elle s'imposer à son esprit ? Non, je ne veux pas, je ne veux pas me souvenir…
Il n'avait rien qui puisse lui plaire. Elle était si fragile alors… il avait abusé d'elle, il avait profité de son désarroi !
Quand ils s'étaient embrassés, elle avait eu l'impression que la terre s'ouvrait sous ses pieds.
Bien sûr que non, ce sont des salades qu'on se raconte quand on a 18 ans… et …
Elle avait tellement souffert… il l'avait repoussée.
Non, c'était elle qui n'avait pas voulu aller jusqu'au bout sinon, elle ne lui aurait pas parlé de Severus.
Mais elle l'aimait…
Non je ne l'aimais pas… Il n'avait rien pour me plaire…
Elle avait découvert quelqu'un de si intéressant, de si fragile… lui seul savait la comprendre.
Ne dis pas de bêtises ! Qu'est-ce que Remus Lupin a compris à Alix O'Brien ? Il n'a rien compris du tout ! Il est parti Alix ! Il est parti !
Toute la douleur revenait. Cette souffrance de toute son âme, de tout son esprit, de tout son cœur. C'était un couteau qui avait tout déchiré à l'intérieur.
« C'était il y a longtemps » murmura-t-elle, sans conviction.
Pourquoi, pourquoi se sentait-elle si abandonnée soudain ? Pourquoi se sentait-elle si perdue ? Pour une amourette d'écolière… bien incompréhensible aujourd'hui. C'était juste que… Ses pensées s'embrouillaient. C'était juste que … tout était mort de ce qui avait si intensément existé. Et … et…
Il fallait voir Lucius ! Tout de suite !
Elle passa l'anneau à son doigt. Là, dans la Chambre Rouge, bien enfermée, il ne pouvait plus rien lui arriver. Il fallait que Lucius vienne. Qu'il lui dise… qu'il la rassure. Mais il n'était pas là. La pièce était déserte. Elle repoussa l'édredon et se blottit dessous, toute habillée, le nez dans l'oreiller de son amant.
Il y eut un bruit à coté d'elle et la voix tant attendue qui s'exclama :
« Mais tu es là ? »
Elle lui tournait le dos. Elle sentit qu'il s'asseyait près d'elle. Il posa une main sur son épaule :
« Qu'est-ce que tu as ? Ca ne va pas ? Tu trembles ? »
Elle ne s'était pas aperçue qu'elle tremblait. En fait, son corps tout entier était plus froid que la mort. Mais elle n'avait pas envie d'expliquer. D'ailleurs, elle en aurait été incapable. Rien qu'entendre sa voix… alors qu'il n'aurait pas dû être là… c'était réconfortant et miraculeux.
Il insista doucement :
« Voyons, dis-moi ce qui se passe … »
Sa main chaude cherchait son visage sous les cheveux défaits. Elle se retourna brusquement et se serra contre lui. Là… là… maintenant, ça allait mieux….
« C'est encore cette histoire de Poudlard ? questionna encore Lucius. Mais tu seras beaucoup mieux ici. C'est ça, c'est à cause de Poudlard ? »
Elle secoua la tête.
« Eh bien alors ? Tu as un problème ? Quelqu'un qui t'embête ? »
Elle fit signe que non à nouveau. Elle se calmait. L'angoisse affreuse s'éloignait. Sa gorge se dénouait.
« Alors qu'y a-t-il ? Quel problème ne pourrais-je pas t'aider à régler ? »
Quel problème ? Un fantôme qui revient et qui fait mal. Un fantôme défiguré. Une histoire qu'on s'est raconté mille fois pour se donner du courage et qui n'est finalement qu'une vaste tromperie de la vie.
Et pourtant, est-ce qu'on n'a pas parfois le droit de croire un peu… ?
« Lucius, je crois que… je crois que je t'aime. »
Ce n'était pas tout à fait ce qu'elle voulait dire. Ce qui était sûr c'est que c'était bien ici et dans ces bras-là qu'elle venait chercher le réconfort. Il la serra contre lui.
« Folle petite ! Est-ce que ça vaut le coup de se mettre dans des états pareils ? »
Elle ferma les yeux et se laissa bercer un moment avant de demander, toujours blottie et les paupières closes :
« Oui mais… je voudrais tant que tu m'aimes, toi aussi… »
Il y eut un silence. Elle crut qu'il ne répondrait pas mais il murmura d'une voix un peu étrange :
« Est-ce que je serais ici, si je ne t'aimais pas ? »
Elle ouvrit les yeux et croisa le regard gris. Elle aurait juré qu'il était sincère.
