Note 1 : Retrouvez les réponses aux reviews à la fin du chapitre.
Note 2 : Ce chapitre est découpé en deux parties distinctes. N'oubliez pas de jeter un œil au rappel des « fort-bref-résumé-des-épisodes-précédents », surtout pour la partie 2 du chapitre !
Merci à Mimi70, Johnecourtepatte, Danao, Agnesmarul, Win H. Lockwood III, Tmac, So, Vlad, Camille, Guest (lecteur anonyme), Quiditchette (merci !), Zelinara et ma génialissime soeur pour ses corrections et sa patience.
Disclaimer : Rien ne m'appartient (à part quelques personnages de mon invention), JK Rowling et la Warner sont les heureux propriétaires, et je ne gagne pas une noise en écrivant cette histoire !
Avertissement : T en raison des thèmes politiques, amoureux/sexuels, guerre et histoires de famille compliquées.
Fort-bref-résumé-des-épisodes-précédents :
Partie 1 : Après une attaque ratée des Mangemorts à Sainte-Mangouste, Lily et James se sont enfin embrassés (hell yeah) et s'apprêtaient à passer leurs vacances chez Remus.
Partie 2 : Rappelez-vous :
- les attaques du Chemin de Traverse (ch.1) avant la rentrée et de Pré-au-lard (ch.9) à l'automne.
- la disparition de Sam Willis suite à l'attaque de Pré-au-lard (ch.10)
- l'amitié d'Arnav Patil et Sam Willis (ch.1, ch. 10, ch.16)
- l'attaque d'Arnav à l'encontre de Marlene (ch.16)
- les Sombrarchers (ch.9, ch.16)
- les attaques sur les nés-moldus pendant les premiers chapitres (liste de noms sur le mur, maléfices liés à l'insulte « sang-de-bourbe », etc.)
- l'apparition de Barty Croupton Junior à la fin du chapitre 19
Rappel exhaustif de personnages présents dans ce chapitre et qu'on peut rechercher avec un ctrl+F :
Ted et Helena Scamander : oncle et tante de James, Helena étant la sœur d'Euphemia. Tous deux sont morts récemment, assassinés par des Mangemorts. Ted travaillait chez Lissenplis tandis que Helena travaillait à Sainte-Mangouste. Lizest leur fille (cousine de James, nièce d'Euphemia et Fleamont).
Marlene McKinnon : (si vous ne vous rappelez plus de Marlene, je vous renie) meilleure amie de Lily et petite amie de Remus, fille de Catherine et Edward Mckinnon qui travaillent tous deux au Ministère.
Alice Darlay : est la future Madame Londubat (mais elle est aussi bien plus que ça, toi-même tu sais).
Arnav Patil : ex-petit ami de Marlene McKinnon. A été imperiumisé et forcé d'attaquer Marlene.
Sam Willis : meilleur ami d'Arnav, il a été enlevé par les Mangemorts pendant l'attaque de Pré-au-lard.
Morag Mulciber, Fergus Avery, Shelagh Lestrange : Serpentard bien pénibles comme on les aime.
Chapitre 21 : Soldats
Partie 1 : Jus ad bellum
« Dans la famille des apothicaires, je demande Mangouste Bonham. »
« Pioche. »
Liz haussa un sourcil méfiant par-dessus ses cartes et dévisagea son cousin au visage impassible.
« Tu mens pas, hein ? »
« Bien sûr que non ! »
La petite main encore potelée puisa dans le tas de cartes.
« Dans la famille des enchanteresses, je demande Morgane. »
La fillette grogna son mécontentement et tendit à contrecœur la carte qu'elle venait de gagner. Son adversaire lui adressa un sourire satisfait.
« Ne te laisse pas faire. » conseilla Lily qui finissait de tresser les cheveux sombres de Liz et les agrémentait de pâquerettes piquées dans le jardin. « On nous apprend la longue-vue en dernière année à Poudlard. »
« C'est quoi la longue-vue ? » interrogea Liz en tournant légèrement la tête vers la sorcière qui la coiffait, faisant au passage tomber quelques pâquerettes de sa coiffure compliquée.
« Ça permet de voir à travers le papier. » explicita Lily.
« Et tu crois vraiment que je m'abaisserais à l'utiliser contre ma propre cousine ? » s'offusqua James.
« On n'a qu'à vérifier ! » proposa-t-elle. « Moi aussi, je connais l'astuce. »
Elle pencha lentement la tête, joignit son pouce et son index et les plaqua sur son œil, fixant intensément le jeu de carte de James. Son jugement fut sans appel.
« Tricheur. » se moqua-t-elle en replaçant une fleur blanche dans les mèches noires de la fillette.
Liz laissa tomber ses cartes dans l'herbe et lança à James un regard dégoûté.
« C'est notre cinquième partie, j'essayais juste de pimenter un peu le jeu… » répliqua le jeune homme sans aucune honte. « Aïe ! » protesta-t-il en riant, parant à peine les légers coups de poing que lui infligeait la petite fille.
« C'est toi… qui arrête pas de dire… qu'il n'y a que… les Serpentard… qui trichent ! » cria Liz, essoufflée.
« Tout à fait pathétique. » approuva Lily sans toutefois parvenir à dissimuler son propre sourire amusé.
« Mais c'est parce que tu es trop forte ! » assura James. « Il faut bien que je défende mon honneur ! »
« Tu es nul, comme cousin ! » décréta Liz après un ultime petit coup asséné dans les côtes de son adversaire.
« Bon, bah si je suis si nul que ça, je vais certainement pas t'emmener faire le tour en balai que j'avais promis… »
Liz renifla.
« Je plaisante, je plaisante ! » reprit James, alarmé par le menton tremblant de sa cousine. « Vas le chercher et on y va tout de suite ! »
La fillette s'exécuta, sa robe bleu ciel voletant derrière elle et les pâquerettes s'échappant de ses cheveux tandis qu'elle courait vers la petite cabane en bois qui abritait les balais de course des Potter. Lily en profita pour se baisser en avant et déposer un baiser léger sur les lèvres de James. Il la fixa avec un sourire rêveur, comme s'il avait du mal à croire à la familiarité croissante du geste. Il avait à peine tendu la main vers elle et replacé une mèche rousse derrière son oreille que déjà Liz ressortait, traînant difficilement derrière elle le Comète80 qui la dépassait d'une bonne cinquantaine de centimètres.
« Le devoir m'appelle. » déplora-t-il. « Mais bientôt, ce sera toi que j'emmènerai en balai. » murmura-t-il en déposant un baiser tiède dans l'angle que formaient son épaule et la naissance de son cou.
« Aucune chance. » le découragea-t-elle en réprimant tant bien que mal un frisson de délice. « Dis plutôt bonjour au calmar de ma part… »
Il abandonna la peau délicate, se releva et frotta rapidement son jean couvert de brins d'herbe. « Tu vas perdre. » promit-il d'un ton badin.
« Ce n'est pas parce que ça te rassure de le répéter que ça rend la perspective plus crédible, tu sais ? » s'amusa-t-elle.
Il lui adressa un clin d'œil avant de partir à la rencontre de Liz et de s'envoler en balai avec elle, la fillette bien sécurisée par le même sort que Lily avait lancé à Sirius le soir où ils l'avaient ramené en luge à travers Godric's Hollow. Elle les observa décoller et voler au-dessus des arbres. Le temps était étonnement doux pour ce dimanche de mars, et quelques arbres commençaient à fleurir dans la clairière qui s'étendait à l'arrière de la maison des Potter.
Enfin seule, elle glissa la main dans la poche de son jean et en sortit une enveloppe couleur crème toute froissée. Le papier sembla lui brûler les doigts.
Après avoir fixé un point vague dans l'herbe en espérant canaliser sa respiration qui venait soudainement de s'accélérer, elle ferma les yeux. Depuis la mort de Jane et Stephen, elle s'était découverte une humeur maussade qui survenait parfois au moment le moins opportun, et teintait tout son univers d'une nuance menaçante. Peter avait eu beau lui assurer deux jours auparavant que ses sautes d'humeur n'étaient en rien comparables à celles de Sirius, elle s'inquiétait de ce que les événements récents faisaient surgir en elle.
La veille, la Gazette avait rapporté qu'un groupe de sorciers pro-moldus s'en était apparemment pris à la devanture de Barjow & Beurk et aux étalages d'Ivy Hemlock, la potionniste que le Ministère essayait d'arrêter comme empoisonneuse depuis des années. Bien sûr, des passants s'en étaient mêlés, et la rixe avait causé trois nouvelles entrées de civils chez Sainte-Mangouste. L'article prenait clairement le parti des « honnêtes sorciers » qui ne cherchaient qu'à « préserver les anciennes pratiques » en se rendant dans de telles enseignes et condamnaient « la violence de magiciens ayant visiblement perdu tout sens de la mesure ».
« A les entendre, les pro-moldus ont tort dès le départ ! » s'était scandalisé James.
« C'est exactement ce que la Gazette et le Ministère cherchent à nous faire croire. » avait commenté Remus. « C'est beaucoup plus simple de blâmer quelques personnes que la communauté juge déjà trop radicales… »
Lily était partie s'aérer dans le jardin sans toucher à son petit-déjeuner. Les autorités agissaient comme des irresponsables, mais c'était autre chose qui la rendait malade. Est-ce que Darren avait fait partie du groupe qui s'était livré à ces exactions ? Bien sûr, elle se doutait que l'objectif premier avait été de détruire les marchandises destinées à pratiquer la magie noire. Mais le résultat était le même que celui sciemment recherché par les Mangemorts. Était-ce donc pour ça qu'il était parti sans égards, et que la cocotte en papier demeurait obstinément muette ?
Peu à peu, la colère remplaçait la tristesse. Comme après la mort de ses parents, comme après la lente agonie de son amitié avec Severus… A qui elle repensait de plus en plus depuis le départ de Darren. Et encore davantage depuis ce matin. Depuis que le hibou de la poste magique avait donné des coups de bec contre la fenêtre de la cuisine des Lupin et déposé sur ses genoux l'enveloppe couleur crème.
« Petunia et Vernon sont heureux de vous inviter à célébrer leur union… »
Des mois de silence, et sans avertissement, un carton impersonnel enrobé de papier de soie.
Quant à la position de demoiselle d'honneur, elle appartenait à une autre époque…
Pas qu'elle ait particulièrement tenu à porter une robe à fanfreluches. Ou à tenir compagnie à un garçon d'honneur sorti du même moule fadasse que Vernon Dursley, un robot dépourvu d'âme autant que de conversation. Mais il s'agissait de sa sœur, sa première amie, sa première confidente… Elle imaginait les discussions entre les futurs époux quant à sa venue, l'aigreur qu'avait probablement ressenti Pétunia en conviant finalement la seule famille qui lui restait. Certainement plus par conformité que par envie de se réconcilier, d'ailleurs…
Elles ne s'étaient pas vues depuis la veille de Noël, et Lily ne parvenait pas à se résoudre à l'idée d'accourir à ce mariage dans ces conditions, à faire comme si elle n'en voulait pas terriblement à Pétunia, comme si jamais celle-ci n'avait dépassé les bornes, alors que la voix haineuse résonnait encore dans sa tête : « C'est ta faute, c'est ta faute… » Les corps calcinés de Jane et Stephen dans leurs cercueils… « C'est ta faute, c'est ta faute… »
Darren, Severus, Petunia. Darren, Severus, Petunia. Darren, Severus, Petunia…
Il n'y avait pas de mots pour décrire sa déception, sa frustration…
« Où sont passés mon fils et ma nièce ? »
Lily rangea à nouveau la lettre dans la poche de son pantalon et se tourna vers Fleamont.
« En haut ! » fit-elle en désignant le ciel de l'index.
« Évidemment. » Le sorcier sortit sa baguette et fit jaillir une fusée rouge qui s'envola au-dessus de la cime des arbres et explosa dans le bleu du ciel printanier en un explicite : « À table ! » Galamment, il tendit une main à Lily qui l'accepta volontiers pour se relever. « Tout va bien ? » demanda-t-il avec douceur. « Pas trop secouée après Sainte-Mangouste ? »
Sa tête fit signe que non. « Malheureusement, on commence à avoir l'habitude. »
« Ce qui n'est pas très rassurant. » ajouta Fleamont avec mélancolie.
« Dans un sens, cette fois, ça l'était presque. Tout le monde a réagi si rapidement, si efficacement… il y a plus de gens prêts à résister qu'on ne le croit. »
Un sourire chaleureux éclaira la figure de Fleamont, augmentant considérablement sa ressemblance avec James.
« Gryffondor, là où demeurent les courageux de cœur ! (1) »
« Ce qui est à peu près la première chose que James m'ait dite le jour où on s'est rencontrés. » se souvint Lily.
« Le choixpeau ne s'est trompé pour aucun de vous deux. » commenta Fleamont.
« Au fait... Je voulais vous remercier encore une fois pour le couteau de votre oncle Harrold. Il m'a bien servi à Sainte-Mangouste. »
« J'aurais préféré que tu n'aies pas à t'en servir au cours de circonstances aussi dramatiques ! Mais je suis quand même ravi qu'il t'ait été utile. » Une fossette, identique à celle de James, se creusa sur le visage ridé de Fleamont et Lily se sentit envahie d'une vague d'affection pour le vieux sorcier. « Un incroyable sorcier qu'Harrold Potter ! Le dix-neuvième siècle a vu une résurgence d'idéologie pro-sang-pur, mais a aussi donné naissance à des sorciers plus pro-moldus que jamais. Ils commençaient à trouver des solutions, vois-tu… Les trains, les usines, le chauffage et l'eau courante… enfin, il est apparu à certains d'entre nous qu'ils n'étaient pas plus stupides que le sorcier au moyen, au contraire. Nous autres utilisons simplement la magie qui court dans nos veines, mais les moldus se creusaient les méninges pour nous rattraper. Harrold était persuadé qu'il était plus judicieux de s'adresser à eux d'égal à égal. Or, mes ancêtres – mes grands-parents eux-mêmes – perpétuaient des traditions plutôt douteuses. A l'époque, les Potter possédaient une large demeure dans le Lancashire… Mon grand-père avait fait l'acquisition d'un dragon… »
« Pardon ? » s'étonna Lily en riant. Fleamont haussa les épaules avec malice.
« Un rouge-gallois, pour être précis. C'était déjà mal vu par les autorités mais il en était très fier. Et il tenait absolument à ce que son fils aîné, Harrold, reprenne le domaine et le dragon avec. Mais Harrold avait d'autres plans en tête. Il refusait depuis des années de se plier aux rituels familiaux, et comptait accompagner son meilleur ami qui avait étudié la médecine et comptait poursuivre sa formation en Inde – et au grand dam des Potter, son meilleur ami était en effet moldu. Un soir, le ton aurait monté, et avant de s'enfuir, Harrold aurait accidentellement libéré le rouge-gallois. Ce dernier était maintenu dans le domaine à force de lourdes maltraitances. Il s'est donc vengé en faisant rôtir le manoir avant de s'envoler vers d'autres horizons… »
« Seigneur ! » commenta Lily qui recommença à rire.
« Toute mon enfance, j'ai entendu Harrold prétendre que lui et son ami auraient rejoint le Panjab à dos de dragon et que cette brave bête aurait vécu tout le reste de sa vie quelque part dans les montagnes de l'Himalaya. Mais je n'ai jamais su déterminer s'il mentait ou non… »
« Sacré caractère. Si c'est héréditaire, je comprends davantage de choses sur votre fils. » déclara gravement Lily.
« Harrold a ouvert la voie pour son frère cadet. » reprit Fleamont qui souriait de plus en plus largement. « Mon père, Henry, a profité du chaos général pour s'émanciper. C'est lui qui, en 1915, s'est publiquement opposé aux membres du Magenmagot qui refusaient d'aider les Moldus pris dans les affres de leur guerre mondiale. » (2)
« Henry et Harrold, donc – n'étaient pas des sorciers sang-pur typiques. »
« … j'espère bien que ni moi ni mon fils ne sommes des sorciers sang-pur typiques. » fit mine de s'inquiéter Fleamont.
Elle passa son bras autour du sien.
« Vous, pas du tout. James, parfois, si, complètement. » répondit-elle en gardant son ton pince-sans-rire.
« Quelque chose me dit que tu ne te gênes pas pour le remettre à sa place. Il paraît que tes chauve-furie sont remarquables. Bon, sang, ils ne redescendent toujours pas… » s'agaça-t-il alors qu'ils parvenaient au seuil de la cuisine. Fleamont brandit sa main libre et pointa à nouveau sa baguette dans les airs. « A table ! » s'inscrivit à nouveau dans les airs, les points d'exclamation faisant fuir les tourterelles.
Lily prit place à la table du séjour où Sirius et Euphemia servaient abondamment les assiettes en rôti et en gratin de pommes de terre. Quand James et Liz vinrent finalement prendre place autour de la table, leurs cheveux plus ébouriffés que jamais, la discussion tournait autour des ASPIC.
« Est-ce que vous révisez chez Remus, au moins ? » sonda Euphemia en jetant des regards soupçonneux à James et Sirius.
« Oui. » s'exaspéra James en se penchant pour attraper la carafe d'eau, sa main gauche frôlant intentionnellement la cuisse de Lily par-dessous la nappe. Celle-ci fronça les sourcils, décidée à ne pas se laisser déconcentrer sous le toit de Mr. et Mrs. Potter. « Ce n'est pas comme si on avait envie de se ridiculiser, tu sais… »
« De toute façon, je fais confiance à Lily pour vous ramener dans le droit chemin si nécessaire. » décréta Euphemia.
Celle-ci ne put s'empêcher de s'éclaircir nerveusement la gorge, plus consciente que jamais du pouce de James qui traçait des cercles concentriques sur sa cuisse recouverte de jean. Il aurait été injuste de décréter que les Maraudeurs se fichaient de leurs résultats, et un temps raisonnable de leurs vacances avait en effet été dédié aux devoirs. Néanmoins, James et Sirius ayant mis au point une méthodologie imparable pour écrire les parchemins les plus efficaces possibles, ils avaient tendance à distraire ceux qui avançaient plus lentement et les persuadaient très facilement d'abandonner leurs révisions pour une partie de quidditch improvisée dans la campagne, une baignade dans le lac ou une errance imprévue à Londres ou Édimbourg. Par ailleurs, Lily avait l'impression d'avoir passé un bon tiers de ses vacances de printemps à se livrer à des activités qui se passaient de mots avec James. Y songer au moment du déjeuner dominical, alors même que Mrs et Mr Potter la scrutaient avec bonhomie, la rendait légèrement nerveuse. Comme s'il avait lu dans ses pensées, Sirius ricana par-dessus son gratin.
« Personnellement, j'aurais plus foi en Remus qu'en Lily pour être sage… » marmonna-t-il de façon à ce que tout le monde l'entende en dépit des cliquetis de couverts et les bruits de mastication.
« Quatre retenues en sept ans pour moi, quatre cent cinquante pour toi. » se contenta-t-elle de faire rétorquer.
« Quatre cent quarante-sept. » rectifia Sirius.
« Je crois que comparée à elle, ça fait toujours de toi une mauvaise fréquentation. » plaisanta James.
Sirius lui adressa un clin d'œil suggestif. « Oh, Jaimie, c'est pas ce que tu disais avant… tu me brises le cœur ! »
« Lily, as-tu déjà décidé où tu allais postuler après ton diplôme ? » coupa Fleamont qui sentait que la discussion dégénérait.
« J'aimerais faire de la recherche en enchantement au sein du CRIM. »
« Horace Slughorn prétendait que ton avenir dans les potions était tout tracé. » nota Euphemia, légèrement surprise.
James reposa sa fourchette et fixa sa mère. « Maman, depuis quand tu vois Slughorn ? » interrogea-t-il avec une curiosité d'inquisiteur. Euphemia haussa les épaules.
« Tu sais, une soirée à la Gazette par-ci, une invitation chez les Abbott par là… »
James tourna la tête vers Fleamont qui sourit avec détachement, et une pointe d'arrogance qui devait visiblement se transmettre de père en fils. « Si tu crois que je m'inquiète d'Horace Slughorn… » fit-il sans même que son fils ait eu besoin d'exprimer ce qui lui passait par la tête.
« J'ai hésité avec les potions. » reprit Lily. « Mais c'est moins pratique lors d'un combat, alors que les enchantements… »
« C'est admirable de ta part. » la loua Euphemia avec un sourire. « En tout cas, ça me paraît plus utile que briguer une place de directeur des sports magiques. »
« Oui, bon, c'était il y a deux ans ! » protesta James. « En plus, vous m'avez toujours dit que je pourrais faire ce que je voudrais à condition d'avoir de bonnes notes. J'ai de bonnes notes. Alors… »
« Bien sûr, mon chéri, que tu es libre ! Mais quand on a autant de talent, pourquoi ne pas essayer, je ne sais pas, de faire quelque chose qui compte… comme de faire du journalisme… »
« … Comme toi ? » suggéra ironiquement James.
« … ou de devenir médicomage… »
Il roula des yeux. « Parce que j'ai tellement de patience avec les gens. »
« Maman n'était pas toujours patiente et c'était une bonne médicomage. » intervint Liz sans relever le nez de son assiette.
« Une excellente médicomage. » approuva Fleamont en passant une main affectueuse dans la chevelure de la fillette.
« Et toi, Sirius ? » reprit Euphemia.
« Ni médicomage, ni directeur des sports magiques, ni chercheur en enchantement. » répondit-il légèrement.
« Attention, Black… si on en croit ma mère, après ça, il ne te restera que vendeur de glace chez Fortarome ou elfe de maison… »
« Ce n'est certainement pas ce que j'ai dit, James. » commenta Euphemia. « Sirius et toi êtes de très bons élèves mais malgré votre potentiel, vous êtes toujours incapables de vous projeter dans l'avenir ! Je trouve ça dommage, c'est tout. »
« S'il faut vraiment trouver un travail, je préférerais que ce soit avec les moldus, histoire de bien embêter ma mère. » déclara Sirius en faisant lentement tourner son verre de vin sur la table.
« Je comprends fort bien que faire tourner Walburga Black en bourrique soit un passe-temps des plus satisfaisants, mais je doute qu'il puisse constituer un plan d'avenir digne de ce nom, Sirius. » le conseilla la sorcière avec davantage de douceur.
« Un plan de quoi ? » Sirius fut envahi par son éclat de rire signature en voyant la tête que faisait Euphemia.
« Après tout, à l'époque, je ne savais pas exactement que j'allais faire après Poudlard. » intervint Fleamont. « La seule différence, c'est que je cherchais activement la bonne idée… je ne me suis pas laissé porter longtemps, et je savais que je trouverais une réponse dans les potions... »
A en juger par le roulement d'yeux de James, Fleamont avait souvent rabâché son glorieux récit d'entrepreneur, car il profita d'une seule syllabe traînante entre deux phrases pour reprendre la parole.
« Écoutez, on va passer nos ASPIC, les avoir, et on décidera après, d'accord ? Enfin, on n'a pas de feudeymon aux trousses. »
« Non, mais si vous ne vous décidez pas bientôt, Alastor Maugrey essaiera bientôt de vous recruter. » coupa sèchement Euphemia. « Hier encore, j'ai vu Frank Londubat et Benjy Fenwick traîner du côté de la vieille demeure des Dumbledore, de l'autre côté de la route qui mène à la maison de Batilda. Comme par hasard, ils se trouvaient tous les deux dans le coin au même moment, à la nuit tombée, alors qu'ils habitent chacun à des kilomètres d'ici… »
« Quel rapport avec Maugrey ? » demanda Sirius.
« Si tu crois que Dumbledore recrute ses Aurors sans qu'Alastor soit au courant, tu te mets la baguette dans l'œil, mon cher Sirius. » rétorqua Euphemia. « Je ne sais pas ce qu'ils trament tous les deux, mais c'est louche. D'autant plus qu'Augusta non plus n'est pas au courant. Elle sait que Frank passe des laps de temps de plus en plus longs en-dehors de la maison. Il prétendait être réquisitionné par le Ministère mais elle s'y est déplacée deux fois et il avait déjà quitté le bureau des Aurors… il y a quelque chose de bizarre dans tout ça. Rien que vous imaginer tous les deux vous inscrire à la formation… »
« Je résume. Médicomage, oui. Journaliste, oui. Mais Auror, non ? C'est un des postes les plus prestigieux qui soient ! » s'amusa James.
Les yeux bruns d'Euphemia se réduisirent à de véritables fentes. « Je n'ai pas éduqué un fils pour qu'il serve de chair à baguette. Alastor dirige peut-être le bureau, mais c'est Croupton qui tient les rênes du Ministère. C'est tentant d'imaginer que devenir Auror permet de devenir un héros, mais c'est faux – surtout pas en ce moment. Et je sais très bien que te faire miroiter un peu de camaraderie et d'aventure suffiraient à te faire signer leur fichu contrat de recrutement… »
Visiblement, Mrs. Potter avait touché une corde sensible, car le garçon se raidit considérablement sur sa chaise et répondit avec une telle âpreté que Lily écarquilla ses grands yeux de surprise.
« Très franchement, Maman, j'ai toujours trouvé que Frank Londubat était un sorcier ennuyeux. Mais ça fait deux fois qu'il nous sauve la vie parce qu'il est Auror, alors tu vois, j'aurais du mal à critiquer son travail. » trancha-t-il. « Je n'y avais pas vraiment réfléchi jusqu'à présent, mais en fait, pourquoi pas ? Pourquoi pas devenir Auror ? Il y en aura bien besoin pour contrer ces crétins de Mangemorts… »
Prise de court, la sorcière pâlit légèrement. Lily fronça les sourcils en direction de James mais celui-ci semblait trop agité pour percevoir sa réprobation.
« Les garçons, pourquoi n'iriez-vous pas sortir le service à café pendant que votre mère irait chercher le gâteau ? » proposa soudainement Fleamont.
« Excellent rôti, en tout cas. Croustillant sur le dessus, fondant à l'intérieur, et ces petits oignons caramélisés ! Une merveille. » devisa Sirius en se levant de sa chaise. « Tu viens me montrer où est rangé ce service à café, Potter ? »
James obtempéra avec réticence. Alors qu'ils s'éloignaient, Lily entendit Sirius s'exclamer avec bonne humeur : « C'est marrant, pendant quelques secondes, on se serait presque cru chez moi ! »
« Il n'était pas sérieux, Phemi… » commença Fleamont.
« Je vais chercher le gâteau aux carottes. » annonça subitement la sorcière avant de disparaître dans la cuisine.
Son époux demeura assis, ses yeux noirs et graves rivés sur Liz qui jouait avec sa serviette comme ignorante des enjeux de la conversation – ce qui était certainement le cas, songea Lily en abandonnant son siège pour empiler les assiettes vides et les ramener dans la cuisine. La petite fille semblait incroyablement résiliente. Elle jouait, boudait, ne faisait référence à ses parents qu'en de rares occasions. Mais Lily pressentait que les tensions qui animaient les adultes – et presque-adultes – autour d'elle devaient malgré tout s'imprégner dans son esprit d'enfant. Lorsqu'elle entra dans la cuisine, Euphemia s'affairait à sortir les soucoupes et fourchettes à dessert.
« Pose ça dans l'évier, je lancerai le sortilège de nettoyage plus tard… »
« Je peux le faire. » proposa doucement Lily en lançant un recurvite informulé.
La petite silhouette de Liz bondit alors dans la pièce.
« Je peux amener le gâteau ? » supplia-t-elle en lorgnant sur l'épaisse pâtisserie nappée de noix et de crème fouettée.
« Ne le fais pas tomber, chérie. » prévint Euphemia, sa main faisant signe d'approbation.
Lily aida à stabiliser le plat dans les mains de la fillette qui repartit aussitôt dans le salon en laissant échapper un gloussement d'anticipation ravie. Euphemia se tourna vers elle, essuyant une pelle à tarte à l'aide d'un chiffon.
« C'était aussi le gâteau préféré de sa mère… »
La pelle tomba par terre. Euphemia se pencha pour la ramasser, dérobant son visage à la vue de Lily. Celle-ci venait d'envoyer le service à dessert léviter jusqu'au salon lorsqu'elle s'aperçut que la sorcière se tenait toujours accroupie, une main s'agrippant à la table et une autre posée sur le sol. Ses épaules étaient secouées de tremblements et ce ne fut que lorsque Lily, eut fait le tour de la table qu'elle réalisa qu'Euphemia pleurait en silence. Sa poitrine se gonfla de tristesse et elle se pencha à son tour pour saisir son hôte et l'aider à se relever. Les parents de James avaient beau être beaucoup plus âgés que les siens, leur vivacité d'esprit et leur énergie faisaient qu'elle ne parvenait pas à les considérer comme des vieilles personnes. Mais ce jour-là, le chagrin de Fleamont et la peine d'Euphemia transparaissaient, faisaient ressortir leurs ridules, leurs cheveux blancs, leur vulnérabilité. Instinctivement, sa prise se resserra autour des épaules de la femme, et elle passa une main réconfortante sur son épaule.
« Là, là, je vous tiens… »
Euphemia se laissa aller à l'étreinte amicale, ses mains marquées par le temps s'agrippant au gilet de la jeune fille.
« Ma sœur me manque… » avoua-t-elle, ses larmes ruisselant sur ses joues, et Lily sentit son cœur se briser encore davantage. « J'ai tellement peur. J'ai tellement, tellement peur pour James… Je sais que le nom de Potter est scruté par les Mangemorts et qu'on ne peut rien y faire, nous n'allons pas renoncer à nos valeurs pour autant. Mais il courra au-devant du danger dans hésiter, je le sais. Ils m'ont pris Helena, je refuse de leur abandonner James… »
Désemparée, Lily ne sut quoi répondre. Elle-même avait perdu ses parents et s'était juré de faire n'importe quoi pour protéger les siens. Euphemia avait perdu sa sœur et refusait de perdre son fils. C'était humain et naturel. Hélas pour elles deux, il n'existait pas de solution idéale en pareilles circonstances.
« Est-ce que Dumbledore vous a approchés ? » lui demanda Euphemia en sortant un délicat mouchoir nacré de la poche de sa robe de sorcière.
« Non. » répondit Lily. C'était plus raisonnable de ne pas mentionner la discussion qu'ils avaient eu avec James dans le bureau du directeur quelques semaines auparavant. Il y avait fort à parier que des personnalités comme Frank Londubat et Benjy Fenwick, un brillant Serdaigle âgé de cinq ans de plus qu'eux et qui travaillait comme potionniste chez Médimagie, aient été démarchés pour travailler officieusement auprès d'Albus Dumbledore. Et si elle avait bien interprété ce qu'il leur avait confié, on leur demanderait la même chose une fois leurs ASPIC en poche. « … Pas encore. » admit-elle néanmoins, car les yeux décidés d'Euphemia la faisaient se sentir étrangement coupable de cacher cet élément.
« J'aimerais tellement pouvoir le protéger. » souffla la sorcière. En repensant au garçon qui était devenu un animagus non-déclaré en dépit du danger, simplement pour aider un de ses meilleurs amis, Lily songea qu'être la mère d'une tête brûlée telle que James Potter ne devait pas être de tout repos. « Mais autant convaincre un veracrasse de s'inscrire à un marathon. »
Malgré les circonstances, Lily dut se mordre la lèvre pour ne pas éclater de rire à cette expression si désuète qu'elle ne se souvenait pas l'avoir un jour entendue prononcer par nul autre sorcier. Heureusement pour elle, Euphemia croisa son regard par-dessus le mouchoir qui tamponnait ses joues et toutes deux explosèrent de rire. Quand leur hilarité nerveuse mourut dans leurs gorges, la sorcière acheva d'éponger ses larmes et se redonna une contenance.
« Pardonne-moi, Lily. Tu n'es pas venue ici pour m'entendre geindre. » s'excusa-t-elle dignement en défroissant le devant de sa robe.
Lily n'avait plus de père, plus de mère… plus de sœur… Mais depuis décembre, tout comme Sirius, elle avait l'impression d'avoir un peu d'Euphemia et Fleamont qui l'accueillaient chez eux comme si elle avait toujours fait partie du décor. Si elle avait bien interprété leurs regards lorsqu'ils étaient apparus main dans la main en fin de matinée, son histoire naissante avec James ne feraient que renforcer leurs liens.
« Ça ne me dérange pas. » répondit-elle en mettant dans sa voix toute la bienveillance nécessaire pour faire comprendre qu'elle le pensait vraiment.
« Je suppose qu'il ne me reste plus qu'à mieux gérer mon angoisse. Car ce n'est sûrement pas à toi que je vais apprendre qu'il faut faire preuve de patience avec mon fils. » ajouta Euphemia, reprenant une conversation badine.
« Pour être honnête, ma patience est assez limitée quand on en vient à James… »
La sorcière lui adressa un clin d'œil entendu et quitta la cuisine.
Plus de sœur.
C'était faux. Contrairement à Euphemia, la sienne possédait toujours un cœur battant pour pardonner et une bouche pour s'excuser.
Instinctivement, elle glissa sa main dans la poche de son jean et caressa nerveusement l'invitation recouverte de papier de soie.
Ils transplanèrent en fin d'après-midi à Brough and Shatton où Remus et Peter révisaient, allongés sur un plaid étalé dans le modeste jardin. Peter interrompit ses bégaiements sur les enjeux du Traité de Brocéliande pour saluer les nouveaux arrivants.
« Bon dimanche ? » demanda-t-il.
« Liz a encore prix dix centimètres, le rôti était délicieux et ma mère veut me mettre sous cloche. » résuma James en se laissant tomber à côté de ses amis.
Lily lui donna une pichenette dans les côtes.
« Elle s'inquiète pour toi… »
« Sur une note plus joyeuse, ma moto est presque prête. » se réjouit Sirius. « Hé ! Ça pourrait être ça, mon idée miraculeuse ! Commercialiser une moto volante ! Merlin, pourquoi j'y ai pas pensé au déjeuner, ça aurait calmé tout le monde… »
« Calmé de quoi ? » demanda Remus, confus.
« Sirius et James ne savent toujours pas quoi faire de leurs carcasses l'année prochaine et ça angoisse les Potter. » résuma Lily.
Remus hocha la tête avec compréhension.
« Je l'ai toujours dit. Inclure James et Sirius dans le système scolaire, c'est comme donner de la marmelade à des goules. »
« Attends un peu ! c'est nous, les goules ? » se scandalisa James.
« Et puis ça dépend ! Quel genre de marmelade ? » s'enquit Sirius.
« Vous pourriez raisonnablement postuler et être pris n'importe où. » commenta sobrement Remus. « Au cas où ça vous aurait échappé, c'est pas le cas de tout le monde. »
James se propulsa sur ses épaules et tourna la tête vers Lily.
« Tu trouves que je ressemble à une goule ? »
Étrangement anesthésiée, elle ne se sentit pas le cœur de le taquiner et opta pour la franchise. « Je trouve que Remus a raison et que ta mère non plus n'avait pas tout à fait tort. »
« Fayotte. » marmonna Sirius. « Pas besoin d'en rajouter, tu sais ? Elle t'adore déjà, tout ça parce que tu es la seule fille dont Cornedrue lui ait jamais parlé… »
Lily haussa un sourcil moqueur et James intima à son meilleur ami de se taire en lui lançant quelques brins d'herbe à la figure.
« Les parents de James avaient rencontré Jules au début des vacances de Noël, non ? » pointa Peter. « Sur le quai 9 3/4… mais quoi ? »
James grogna tandis que les autres riaient de la bévue du garçon – même Lily ne put s'empêcher de sourire.
« Raaah, Queudver ! Range ton honnêteté intellectuelle là où je pense et évite de mentionner mon ex devant ma nouvelle copine ! »
« Mais ce n'est pas comme si Lily avait à s'inquiéter ! » s'affola Peter. « Ta mère avait dit qu'elle était 'jolie, mais sans relief', non ? »
« Oh, je ne la portais pas spécialement dans mon cœur, mais Tiffany avait pas mal de relief. » rectifia Sirius d'une voix pleine de sous-entendus, écopant un regard d'avertissement de James et Lily à la fois. « Quoi ? Je prends exemple sur Pettigrow et ne mentionne ce fait que dans un souci d'honnêteté intellectuelle… »
« Pour revenir à notre premier sujet de conversation, vous devez quand même reconnaître que vous avez tout pour réussir. Excellente forme physique, pas d'hybridité… » reprit Remus.
« De sang-pur, par-dessus le marché. » compléta Lily.
« Et de très bons bulletins pendant sept ans. » acheva Peter avec envie.
James pointa Lily de son index.
« Vous n'avez aucune raison de nous envier. Toi, tu vas devenir une brillante chercheuse en enchantement et nous révolutionner la matière. Toi… » Il dirigea son doigt sur Remus. « … tu deviendras enseignant et tu seras reconnu dans ce que tu feras parce que c'est ton truc. Et Queudver… » L'index retomba de quelques centimètres. « Qu'est-ce que tu veux faire, déjà ? »
Mais un 'pop' caractéristique de transplanage empêcha Peter de leur donner sa réponse. Marlene McKinnon venait d'apparaître au fond du jardin, sac à dos pendant à l'épaule et décoiffée par le trajet. Elle semblait légèrement déboussolée et se tourna vers eux avec hésitation. Remus abandonna aussitôt son livre pour venir à sa rencontre. Elle s'approcha également et ils se retrouvèrent à mi-chemin.
« Salut ! » lança-t-elle avec un sourire qui contredisait l'appréhension de ses yeux.
« Tout va bien ? » entendirent-ils Remus demander avec un brin d'inquiétude.
« Oui, hm… désolée de ne pas avoir envoyé de hibou avant… »
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » insista le jeune homme, de plus en plus alerté.
« Rien de grave. » assura-t-elle. « Je… je me suis disputée avec mon père et je suis partie de chez moi… »
Les quatre autres se lancèrent des regards en catimini.
« A cause de moi ? » demanda abruptement Remus.
« Ce n'est pas vraiment à cause de toi. » contesta Marlene dont le sourire venait de disparaître entièrement. « Est-ce qu'on pourrait parler seul à seul ? »
Réticent, Remus se dirigea vers la maison, lui faisant signe de le suivre. S'il n'accorda pas un regard aux autres sur le chemin, Marlene leur adressa un sourire chaleureux et leur envoya un baiser – auquel seul Sirius répondit avec entrain – avant de rentrer dans le salon.
« Qu'est-ce que ça veut dire ? » s'interrogea Peter.
« Ça veut dire que Mr. McKinnon a découvert que le petit ami de Marlene s'appelait Lupin. » traduisit Lily.
« Elle ne va pas le quitter pour ça, si ? » murmura James.
« Ça m'étonnerait, elle s'y prépare depuis le début. Laisse-les régler ça entre eux… »
Sa voix résonna plus froide qu'elle ne l'avait escompté et il tiqua sur son ton tandis qu'elle se mordait la lèvre de culpabilité. Il n'avait rien fait qui mérite de subir son attitude mélancolique.
« Hé… ça va ? » demanda-t-il brusquement en tendant la main pour caresser doucement son poignet.
Prise au dépourvue, elle ne put s'empêcher de glisser sa main libre dans la poche qui contenait l'invitation froissée.
« Oui, bien sûr. » répondit-elle en haussant les épaules. James ne répondit pas.
« J'ai faim. Pâtes ? » proposa Sirius à Peter.
« Pâtes. » accepta ce dernier.
« Allons donc nous acquitter de la lourde tâche de faire bouillir de l'eau, et laissons Potter et Evans tous seuls, en subtils Maraudeurs que nous sommes. »
Quand ils eurent quitté le jardin, James affirma sa prise sur son poignet et l'amena doucement à s'allonger à côté de lui. Elle se laissa faire et contempla son visage un instant, à la lumière déclinante du soleil couchant, avant de tendre le cou pour l'embrasser. C'était le signal qu'il attendait. Bien vite, il reprit le dessus, laissant ses lèvres errer près de son oreille et de son épaule, sa main caressant doucement l'arrière de sa cuisse. Elle avait l'impression qu'ils avaient fait ça toute leur vie, et en même temps, le laisser la toucher ainsi continuait de paraître un peu surréaliste. Elle glissa ses mains dans le dos de James et se pressa contre lui : pour l'instant, elle avait besoin de sa chaleur, de son corps autour du sien. C'était absurde, mais elle s'était réveillée en se sentant terriblement seule malgré la présence bourdonnante des Maraudeurs autour d'elle. Darren, Severus, Petunia… Darren, Severus, Petunia...
Il dut sentir sa peine, car il abandonna leur étreinte et déposa simplement quelques baisers sur son front et sa joue. Puis il recula pour que leurs visages soient à nouveau face à face, comme s'il attendait qu'elle se mette à parler en premier.
Ses yeux lui piquaient. Elle se concentra tant bien que mal pour réprimer les larmes qui menaçaient de déborder et ignorer la boule douloureuse qui grossissait dans sa gorge.
« Je peux te demander quelque chose ? »
Il acquiesça du chef.
« Tu envisages vraiment de postuler chez les Aurors ? »
Il parut embêté et se remit sur le dos, ses yeux dirigés vers le ciel.
« Pourquoi pas ? » répondit-il abruptement. « Écoute, je sais que c'est une profession risquée et que ce n'est pas forcément ce que mes proches souhaiteraient pour moi, mais… »
« James, ce n'est pas pour ça que je pose la question. » coupa-t-elle. « Bien sûr, je comprends que ta mère s'inquiète. Moi-même, s'il t'arrivait quoi que ce soit… » Frappé par l'émotion qu'elle n'était pas parvenue à contenir dans sa voix, il la fixa à nouveau. Elle ne termina pas sa phrase et enchaîna directement sur le point qu'elle voulait réellement aborder. « Mais je conçois que tu t'engages si tu devais considérer que c'était la bonne chose à faire. C'est justement là le problème… »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? » demanda-t-il, confus.
« Tu te souviens de ce que nous a dit Dumbledore quand on est allé le voir dans son bureau ? » rappela-t-elle à voix basse. « Croupton a autorisé les Aurors à utiliser les impardonnables. Et je croyais que tu étais fermement pour la restriction des maléfices noirs. »
Il resta silencieux un instant.
« Tu sais que je suis contre l'utilisation de ce type de magie. » commença-t-il prudemment. « C'est vrai, j'y suis toujours opposé. Mais les Aurors ne sont pas obligés de les utiliser… et en plus… au fond… dans certaines circonstances… ce n'est pas comme si les Mangemorts étaient des enfants de chœur… »
« Vraiment ? Tu renoncerais à tes principes si facilement ? » Bien sûr, elle comptait le provoquer, mais son étonnement était sincère. « Tu pourrais torturer quelqu'un qui aurait torturé tes parents, alors ? Ou tuer quelqu'un qui aurait tué Sirius ? Œil pour œil, dent pour dent… ? »
Muet, James se tourna à nouveau vers le ciel. Elle laissa ses doigts caresser gentiment l'avant-bras qu'il avait replié sous sa tête.
« Parce que si c'est le cas… on risque d'avoir un problème. »
Il fronça les sourcils. « C'est à dire ? »
« Si je voulais sortir avec quelqu'un capable d'une telle violence pour ce qu'il estime être la bonne cause, je sortirais avec un Mangemort ou un militant Sans-Pouvoir. »
Quelques secondes passèrent avant qu'il n'ouvre enfin la bouche. « Touché. » marmonna-t-il.
Elle se rapprocha et se nicha contre son épaule.
« Je peux te demander autre chose ? »
« Comme si j'allais te refuser quoi que ce soit quand tu as l'air aussi triste. » céda James, résigné.
« Petunia et Vernon se marient le mois prochain. Tu m'accompagnerais ? »
C'était décider de pardonner sa sœur – du moins, faire tout son possible pour y arriver… c'était aussi partir du principe qu'elle et James seraient toujours ensemble dans un mois. Elle appréhendait de se rendre au mariage mais la perspective de le rater l'affligeait son histoire avec James revêtait une importance sans précédent, mais elle craignait de se faire des illusions…
Il mêla ses doigts aux siens et pressa le dos de sa main contre ses lèvres.
« Où tu voudras. »
Elle sentit l'attendrissement et l'exaspération l'envahir à parts presque égales. « Quel beau-parleur… »
« Faux, je n'ai jamais été plus sérieux. » rétorqua James avec légèreté, mais quelque chose dans ses yeux intima à Lily de ne pas contester cette déclaration. « En plus, je ne vois pas qui d'autre pourrait être ton cavalier. » reprit-il en faisant exprès de passer sa main dans ses cheveux pour l'agacer. « On m'a déjà dit que j'étais pas mal du tout dans un costume moldu. »
« Je suis à peu près sûre que Peter saurait mieux se tenir que toi. » prétendit-elle. « En fait, je vais peut-être lui demander… »
Il fit mine de rouler sur le plaid pour s'éloigner. « Bon, je te laisse, je dois aller assassiner Queudver… »
Elle ne relâcha pas sa prise tandis qu'il tirait sur son bras, et il finit par revenir vers elle dans une autre roulade. Le poids qui lui pesait tant sur la poitrine s'était légèrement allégé : il avait suffi d'une plaisanterie et d'une promesse pour éloigner la tristesse et l'incertitude. Enfin, ses pensées sombres s'éclipsèrent tandis qu'il se penchait sur elle en ayant retrouvé son irrésistible sourire en coin.
« J'ai répondu à toutes vos questions. Est-ce que je peux faire autre chose pour vous, Miss Evans ? » demanda-t-il avec obséquiosité.
Malicieusement, elle désigna du bout du doigt le point situé en-dessous de son oreille où James opérait quelques minutes auparavant.
« Reprendre où tu en étais ? »
Il pressa d'abord ses lèvres contre les siennes avant de reprendre à l'endroit qu'elle avait indiqué, et ses mains et son odeur et sa chaleur étaient partout à nouveau…
« Vos désirs sont des ordres… »
Marlene venait de ré-apparaître dans le jardin et James avait donc effectué le chemin inverse pour laisser les deux filles en tête-à-tête. Quand il passa le seuil de la maison, il retrouva Remus seul aux fourneaux, Sirius et Peter ayant visiblement abandonné la réalisation de pâtes à la tomate pour se lancer dans une partie de quidditch miniature.
« Alors ? » lança James en sortant la passoire du placard, la curiosité l'emportant sur la volonté de respecter l'intimité de son ami.
Remus soupira et remua la sauce tomate d'un geste blasé.
« Son père a compris tout de suite. Il a commencé par dire qu'elle ne réalisait pas les risques auxquels elle s'exposait, mais ça s'est terminé par un discours anti-lycanthrope assez musclé. »
James grimaça.
« Il ne veut pas me rencontrer. Il ne veut pas qu'elle me fréquente. Il dit qu'il n'y a pas d'avenir pour elle et moi de toute façon. Qu'une McKinnon n'a pas à s'abaisser à sortir avec un hybride… »
« Et elle, qu'est-ce qu'elle a dit ? »
Remus fronça encore davantage les sourcils.
« Que si c'était comme ça, elle pouvait aussi abandonner les privilèges des McKinnon. »
« Tu… tu veux dire que… »
« Que si elle ne se réconcilie pas avec eux d'ici la fin des cours, elle se retrouve sans toit et sans le sous ? C'est le cas. » explicita froidement Remus.
« Wouh ! Je la veux dans mon équipe, celle-là ! » s'emballa James.
« Parfois, Potter, j'aimerais vraiment être aussi optimiste que toi. » déclara Remus en renversant les pâtes égouttées dans la sauce. « Si elle ne met pas sa fierté de côté, elle risque de tout perdre pour moi… »
« Mais elle te gagnera au passage. C'est très bien, qu'elle les ait envoyés bouler. Ils vont réfléchir pendant son absence, de te donner une chance, et succomberont à ton aura de gendre idéal. Ce n'est qu'un petit problème de fourrure, mon vieux, rien d'autre. Tant que tu n'acceptes pas de repas chez eux à la pleine lune, ça passera sans problème. »
Dubitatif, Remus grogna sa perplexité.
A l'autre bout du jardin, Lily et Marlene échangeaient des confidences, marchant à pas nonchalants sur la petite surface de pelouse.
« Comment il l'a pris ? »
« Mal, jusqu'à ce que je lui déclare ma flamme dans des termes que j'avais jusque-là préféré éviter pour lui éviter une syncope. Finalement, ça l'a calmé un peu… » expliqua Marlene.
« Là, à l'instant ? » s'étonna Lily.
« Dingue, hein ? C'est incroyable ce qu'une petite remarque méchante de tes parents par rapport à ta vie amoureuse peut t'amener à faire ! »
« Qu'est-ce que tu vas faire, si ta mère n'arrive pas à raisonner ton père ? »
« Le Ministère possèdent un internat dédié aux Aurors. Les candidats préfèrent généralement l'éviter quand ça leur est possible. Les chambres sont étroites et ne datent pas d'hier. Mais elles sont aussi gratuites pour les Aurors en formation qui en demandent, donc, c'est une solution… Au moins, au contraire d'Arnav, Remus ne risque plus de me reprocher d'avoir plus d'argent que lui. Mais changeons de sujet. Toi et Potter, hm ? » sourit Marlene.
« C'est incroyable ce que se battre contre des Mangemorts peut t'amener à faire… » répondit Lily en échos, tournant son regard vers la cuisine éclairée où James et Remus s'affairaient autour de la cuisinière.
« Alors, heureuse ? » se moqua son amie.
« Plutôt, oui. C'est encore un peu bizarre, mais je n'y réfléchis pas vraiment quand on est ensemble. »
« Sans surprise, il embrasse donc mieux que Ramsay. » évalua Marlene.
« Et le grand avantage de ce nouveau type d'échanges, c'est que quand il parle trop ou qu'il raconte n'importe quoi, je n'ai même plus besoin de crier ! Je l'embrasse, et hop, magique ! » annonça Lily, victorieuse.
« Formidable ! Et pour les mains baladeuses, tu as une autre astuce ? »
« Je suppose qu'elles ne sont plus vraiment baladeuses à partir du moment où je suis d'accord et où de toute façon, mes mains se baladent tout autant. »
« Le petit veinard. » conclut Marlene. « Je suis heureuse pour vous. J'ai toujours dit que vous pourriez être bons l'un pour l'autre. »
« Vraiment ? » ironisa Lily en repensant aux éclats de voix, aux objets lancés et aux course-poursuites qui avaient eu lieu pendant sept ans.
« Bien sûr ! Tout est une question d'équilibre. Regarde, moi et Remus… Il se déteste cent fois plus que la normale, et moi, je l'aime cent fois plus que ça ne conviendrait à mon père. Il m'aime depuis deux ans et n'arrive pas à me le dire, je l'aime depuis deux mois et je le lui dis beaucoup trop facilement. Tu vois ? C'est une question d'é-qui-libre. »
Les jours suivants, la brève parenthèse de beau temps prit fin. Le climat, plus en raccord avec la mi-mars, s'était à nouveau rafraîchi. Les bulles atmosphériques de Sirius requérant une certaine dose de concentration et de magie, il était exclu de passer plus de quelques heures d'affilée dans le jardin. Après avoir passé un certain temps à réviser à l'intérieur, on suggéra donc de faire un tour au Chaudron Baveur pour s'aérer l'esprit.
« Vous ne pensez pas que c'est risqué ? » demanda Peter alors qu'ils se préparaient dans le salon. « Après l'attaque de Sainte-Mangouste… »
« Ils ont déjà fait le Chemin de Traverse, ça n'arrivera pas deux fois ! » le reprit Sirius.
« Venant de quelqu'un qui a clandestinement appris à devenir à moitié rat, tu devrais revoir ta notion de risque, Queudver. » ironisa James.
« On ne va pas s'arrêter de vivre parce que quelques imbéciles essaient de nous en empêcher. » approuva Lily en passant son pull.
« Statistiquement, on ne risque pas grand-chose. » commenta Remus en tendant sa veste à Marlene.
« … A part de rouler sous la table parce qu'on aura essayé de rivaliser avec la descente de Black, bien sûr. » conclut Marlene. « Prêts ? »
Ils sortirent dans le jardin et Sirius transplana le premier. Remus et Lily suivirent, ainsi que Peter, après avoir pris une profonde inspiration. Lily s'apprêtait à tourner sur elle-même quand elle sentit la main de James chercher la sienne.
« Un problème ? » demanda-t-il en haussant un sourcil caustique face à sa surprise.
« Je ne sais pas. » répondit-elle honnêtement, avec l'impression que leurs paumes brûlaient l'une contre l'autre. « C'est la première fois que je transplane avec quelqu'un. »
« J'ignorais que transplaner à deux était une étape cruciale dans la vie d'un couple. » répondit-il avec compassion. « Au temps pour moi, j'aurais faire preuve de plus de tact, peut-être ? »
« Du coup, c'est moi qui transplane et t'escorte ou l'inverse ? » questionna-t-elle en ignorant la moquerie manifeste dans la voix de James. « Ou alors on doit synchroniser nos transplanages ? Est-ce qu'il y a une technique pour ça ? »
« Par Merlin ! Lily, tu crois qu'on va s'embrouiller les pinceaux et se désartibuler ? » fit-il mine de paniquer. « Et si oui, de quelle partie de moi crois-tu qu'il serait préférable de se passer ? Attention, il y a un piège. Un indice : toi, bien sûr, tu es parfaite et ce serait une tragédie que tu perdes le moindre ongle… »
Elle le jaugea un instant, pensive.
« Maintenant que tu en parles, on pourrait en profiter pour raccourcir un peu ces cheveux… Admettons que tu en perdes un tiers, tu partirais déjà sur une masse capillaire supérieure à la plupart des gens… »
« Aouch ! Et mon indice ? » gémit-il. « Tu étais censée me répondre qu'il n'y a rien dont tu puisses imaginer te passer chez moi !»
« Tu n'as pas besoin de moi pour ça, tu te le répètes assez tout seul ! » rit-elle. Elle avança, emprisonna son visage entre ses deux mains et l'embrassa. Il répondit aussitôt et elle dut conjurer toute sa volonté pour reculer tandis qu'il essayait d'approfondir le baiser.
« C'est moi qui transplane. » décida-t-elle contre ses lèvres.
« Le contraire m'eut étonné. » marmonna-t-il tout en continuant de déposer des baisers légers contre sa tempe.
Elle se concentra sur le trajet et ils parvinrent dans la ruelle adjacente au Chaudron Baveur en une petite seconde.
« Surtout, prenez votre temps et dites-nous si on vous gêne ! » déclara Sirius avec une grimace dégoûtée. « Je ne veux même pas savoir ce qui vous a pris autant de temps pour nous suivre. »
« Non, tu ne veux pas. » confirma James qui dépassa le petit groupe, entraînant Lily dans son sillage.
Le Chaudron était relativement vide pour un après-midi de semaine. Tandis que James payait leurs commandes, le groupe chercha vaguement un endroit où s'asseoir. C'est alors que Lily repéra Alice Darlay et Frank Londubat assis côte à côte sur une banquette, en train de chuchoter. Alice croisa son regard et lui fit signe de les rejoindre. Bien que le visage de sa camarade se soit éclairé d'un coup en les voyant, elle hésita un instant à déranger le couple visiblement en tête-à-tête, mais Sirius ne s'embarrassa pas de telles considérations.
« Tu ne devrais pas être en train de chasser les mages noirs, toi ? » lança-t-il en prenant une chaise en face du jeune couple.
« Même les Aurors les plus zélés ont droit à des jours de repos. » déclara Frank.
James et Peter arrivèrent à leur tour, déposant sur la table les nombreuses pintes commandées.
« Et Frank ne les a pas volés, d'ailleurs. » ajouta Alice avec fierté, défiant du regard le fâcheux de chercher des noises à son amoureux à ce sujet. Ses yeux châtains se posèrent sur la main de James qui s'était attardée sur la hanche de la préfète-en-chef tandis qu'ils prenaient également place autour de la table. Frank également écarquilla ses yeux de surprise.
« Evans, qu'as-tu fait ? » fit mine de s'alarmer Alice. « Tu tenais le bon bout pourtant ! Plus que quelques mois à tenir et tu ne revoyais plus Potter de ta vie ! »
« Je suis juste là, hein ! » rappela l'intéressé avec à la fois agacement et fierté.
« Ce doit être la pression des ASPIC. » répondit Lily avec gravité. « Chaque printemps, les gens se lancent dans des trucs absurdes ! Vous vous souvenez d'Ann Wickham, l'année dernière ? Elle était tellement stressée qu'elle a commencé un élevage de botrucs pour se détendre, on en retrouvait partout… »
« A d'autres ! » commenta Frank. « Ça fait des années qu'on le voyait venir. »
Marlene pencha légèrement la tête sur le côté.
« C'est pas toi qui avais amené Ramsay sur le tapis il y a quelques semaines ? »
James tourna ses yeux accusateurs sur Alice. « Sérieusement, Darlay ? »
Celle-ci se mit à rire et écarta les mains en signe d'innocence. « J'essayais de faire accélérer les choses ! Rassure-toi, je ne joue pas contre ton camp ! »
C'est alors Lily aperçut l'anneau serti d'une pierre précieuse blanche et brillante.
« En parlant de nouveauté… » commença-t-elle, son regard appuyé sur la bague accrochée au doigt d'Alice Darlay.
Marlene suivit le mouvement de ses yeux, poussa un cri étouffé et saisit la main de la jeune sorcière, attirant sur elles l'attention de tous. Alice rosit et échangea un regard ému avec Frank qui déposa un baiser sur sa tempe.
« Est-ce que c'est bien ce qu'on pense ? » vérifia Lily en scrutant le couple.
« Oui, c'est… » balbutia Alice. « Enfin, voilà, on va se marier. »
« Qui se marie ? » demanda Sirius, éprouvant apparemment une certaine difficulté à user de la logique la plus élémentaire.
Alice leva les yeux au ciel.
« Ça paraît pourtant évident, Black. Alice va épouser Rusard et Frank s'apprête à demander Maugrey en mariage. » se moqua Lily.
« Hein ? »
« Alice et moi allons nous marier. » annonça Frank plus posément.
« Félicitations ! » lança Remus, espérant éclipser Sirius qui dévisageait le jeune couple comme s'ils venaient de lui annoncer qu'ils avaient décidé de lancer leur propre partie de chasse au ronflak cornu.
« C'est… heu… bravo ? » bégaya Peter.
« Tous mes vœux de bonheur ! » ajouta Marlene avec enthousiasme.
« La cérémonie est prévue pour quand ? » demanda Lily, curieuse.
« Cet été, juste avant que de commencer ma formation d'Auror… »
« Woh… vous perdez pas de temps… » commenta James, apparemment indécis quant à l'attitude à adopter.
« Je vais chercher un autre cidre du chaudron, est-ce que quelqu'un veut quelque chose ? » proposa Alice.
Ils déclinèrent et elle s'éloigna, les joues chauffant encore légèrement. Elle s'était à peine éloignée que Sirius se pencha vers Frank.
« Tu es si pressé que ça de te laisser passer la corde au cou, Londubat ? »
Un petit sourire narquois et inhabituel apparut sur les lèvres de l'Auror dont le visage était naturellement doux et aimable.
« Aussi incroyable que ça puisse te paraître, Black, je suis ravi de me marier. C'est moi qui ai demandé à Alice, pas l'inverse. On s'aime et vu la situation actuelle, je préfère passer autant de temps que possible avec elle. Ce n'est pas comme si le métier d'Auror était une sinécure en ce moment. » ajouta-t-il en fixant un point vague sur la table.
« D'accord, mais vous pourriez simplement vivre ensemble. » argumenta James. « C'est quand même un peu rapide, non ? On est jeunes… »
Frank haussa les épaules.
« Je sais que c'est elle. Pourquoi attendre ? »
James ne trouva rien à répondre et glissa son poing contre son menton, brusquement songeur.
« Vous êtes ensemble depuis longtemps maintenant. » commenta affectueusement Lily.
« On a fêté nos trois ans la semaine dernière. » précisa l'Auror avec un large sourire.
« Est-ce qu'Augusta est contente ? » demanda Marlene d'une voix candide.
« Oh, ma mère trouvera toujours une raison de râler. » soupira Frank. « C'est une éternelle insatisfaite. Quand j'ai commencé à sortir avec Alice, elle n'arrêtait pas de dire que je n'étais pas assez mature pour avoir une petite amie, et maintenant qu'on est fiancés, elle prétend que c'est stupide de se lancer dans une carrière et une famille en même temps… »
Les garçons échangèrent un regard inquiet tandis que Lily et Marlene haussaient un sourcil perplexe. « Woh ! Attends ! » le coupa Peter. « Ce n'est pas parce que vous vous mariez que vous devez pondre des marmots tout de suite ! »
« Bien sûr que non, Alice va commencer sa formation d'Auror. Ce n'est pas le moment. »
« Mais vous y pensez. » traduisit lentement Lily.
« Évidemment qu'on y pense ! On va se marier ! » s'enthousiasma soudainement Frank, faisant rire son auditoire malgré lui.
« Je croyais que le fait était établi ! » se moqua Alice qui déposa maladroitement sa pinte sur la table avant de se pencher pour déposer un baiser rapide sur les lèvres de son fiancé. « Il a fallu que tu leur répètes pendant cinq minutes pour qu'ils comprennent ? A se demander comment Black a réussi à avoir une BUSE de plus que moi… »
« Ah, ça, c'est juste parce qu'il a fait du charme à l'examinatrice de potions. » intervint Lily.
Sirius émit une respiration choquée et posa dramatiquement une main sur son torse.
« Merci de me ramener à mon physique avantageux ! Comme si on ne pouvait pas être beau comme un dieu et avoir un cerveau ! C'est très réducteur de ta part, Evans. »
« Tu as renversé le pot d'asphodèle dans ton chaudron et le chat à qui tu as fait goûter ta potion de ratatinage a atteint la taille d'un lion adulte, c'était un fiasco total. J'étais là. » indiqua-t-elle.
« Je lui ai raconté comment ma mère m'enfermait avec la goule de cave quand je n'étais pas sage, et elle m'a filé un A. » admit Sirius sans aucune honte avant d'avaler une large lampée de cidre.
« Y'a pas de justice. » dit sombrement Alice. « Sur ce, je vous laisse, j'ai rendez-vous chez Mme Guipure. »
« Pourquoi ? Acheter ta robe de mariée ? » se moqua Sirius.
« En fait, Black, oui, exactement pour ça. » s'agaça Alice.
Lily et Marlene échangèrent un regard mêlant compréhension et excitation. « Est-ce qu'on peut venir ? » demanda innocemment Marlene.
« Darlay, je t'en supplie, refuse. » quémanda aussitôt Sirius. « Sinon, Potter et Lupin vont se faire avoir comme ton fiancé et se retrouver à l'autel avant d'avoir eu le temps de vivre un peu… »
« Hé ! Parle autrement à ma femme, Black ! » protesta Frank, sa voix couvrant l'indignation des trois filles face à des propos aussi rétrogrades. « Sinon, je t'envoie à Azkaban et tu pourras toujours courir pour que les Détraqueurs te filent des petits fours à travers tes barreaux de cellule ! »
« Parce que vous inviteriez cet ignoble individu à votre mariage ? » se moqua James.
« On parle de ma mère, Potter, toute la communauté magique sera invitée… »
« Rien que pour embêter Black, j'accepte que vous m'accompagniez. A tout à l'heure ! »
Lily et Marlene s'empressèrent de finir leurs verres et de récupérer leurs sacs pour suivre Alice. Quand elles eurent toutes les trois disparu, la tablée resta d'abord très silencieuse.
« Bon, et sinon, les Aurors, tout ça… ça va ? » demanda soudainement Peter pour rompre le malaise.
« Après, Queudver. » coupa Sirius. « Londubat, tu es sûr de ce que tu fais ? »
« Écoute. » commença Frank avec impatience. « Les attaques comme à Sainte-Mangouste, c'est tous les jours pour moi. En fait, non, j'aimerais que ce soit tous les jours parce que ça voudrait dire qu'on essuie peu de pertes et que ces types sont désorganisés… mais ce n'est pas le cas. Tous les jours, on me rapporte des disparitions, toutes les semaines, on retrouve des corps complètement rompus par la magie noire. Et les Mangemorts ? Ils sont partout. Parfois, il y a des ratés, comme samedi dernier… mais dans l'ensemble, ils sont bons. Ils savent attaquer et ils se protègent entre eux, sur le champ de bataille comme au-dehors. Si je dois risquer ma vie – et si Alice choisit de s'engager comme Auror aussi – je préfère autant le faire en étant en accord avec moi-même. J'aime Alice, et je vais l'épouser. Pas parce que je rêve de fanfreluches et de pièce montée, mais parce que comme ça, je serai son époux, et elle sera ma femme, et s'il nous arrive quoi que ce soit, on sera autorisé à rester dormir dans la chambre d'hôpital de l'autre. Si le pire doit arriver et que je dois mourir en mission, elle saura au moins que je l'ai vraiment aimée, parce qu'un jour, je l'ai même épousée. Fin de discussion. »
Remus et Peter se contentèrent de hocher la tête en silence. Sirius continua de faire tapoter ses ongles sur la table mais ne répliqua rien. James pencha la tête et dévisagea Frank Londubat : ils avaient eu quelques mots assez durs deux ans auparavant, à l'époque où les Maraudeurs passaient encore une bonne partie de leur temps à lancer des sorts interdits dans les couloirs et faisaient perdre de nombreux points à la maison de Gryffondor. Frank le trouvait immature, James le trouvait rasoir, et il ne comptait plus le nombre de retenues que lui avait infligé le préfet. Mais pour l'avoir revu plusieurs fois depuis le début de sa formation, il devait avouer que Londubat avait changé. Il était beaucoup plus direct, beaucoup plus spontané et sarcastique que le garçon doux et effacé dont il avait le souvenir – la tirade qu'il venait de sortir concernant Alice lui avait fait forte impression et James considéra que le garçon avait beaucoup plus de classe qu'il ne le croyait.
« Les choses vont aussi mal qu'elles en ont l'air, alors ? » demanda gravement Remus.
Frank confirma d'un signe de tête.
« Mais… qu'est-ce qu'on peut faire ? » questionna Peter d'une voix tremblante.
« Je ne sais pas ce que vous voulez faire l'année prochaine, mais on va avoir besoin de baguettes, de beaucoup plus de baguettes… »
« Remus, Peter et moi, on a arrêté les potions. » indiqua Sirius. « Et de toute façon, je crois pas que l'un de nous ait déjà vraiment songé à une carrière d'Auror. »
« Je ne suis pas certain que Frank parlait de s'engager au Ministère. » intervint James. « Est-ce que je me trompe ? »
Le sorcier lui sourit tristement. « C'est toi qui l'as dit, pas moi. »
« Est-ce que ça a un rapport avec tes fréquentes visites à Godric's Hollow ? » insista James.
« Soyez prêt, c'est tout ce que je peux vous dire pour le moment. »
« Prêt à quoi exactement ? » demanda Peter avec appréhension.
« Résister. » répondit Frank d'un air solennel.
Un silence mortifère s'installa autour de la table, puis James frappa dans ses mains. « Bon ! Je vais nous chercher à boire avant qu'on se jette tous dans les bras des détraqueurs. »
« Je t'accompagne. » dit Frank en se levant de sa chaise.
Un peu gêné de se voir suivre par l'oiseau de mauvaise augure, James essaya de ne pas trahir son malaise et partit rejoindre le comptoir. Comme il l'avait craint, Frank ne tint hélas qu'une poignée de secondes avant de reprendre la parole.
« Dis-moi, Potter… ça ne t'intéresserait pas de rejoindre les rangs des Aurors ? »
James hésita un instant et opta finalement pour le rire.
« La dernière fois qu'on s'est parlé à Poudlard, tu m'as traité de voyou gâté et immature… Quatre pintes de cidre, Tom ! »
Le barman acquiesça et partit à la tireuse. Frank sourit à nouveau faiblement, comme si les années passées à Poudlard appartenaient déjà une autre vie pour lui.
« Tu agissais comme un crétin, à l'époque. Mais tu as l'air de plus en plus dégourdi et maintenant que tu sors avec Evans, je te donne trois mois pour devenir un sorcier tout à fait fréquentable. »
« Ne me dénonce surtout pas auprès de Sirius, il risque de paniquer et de malencontreusement pousser Lily du haut d'une falaise… » plaisanta James en espérant noyer le strangulot.
« Sérieusement, James. Je ne voudrais pas te faire rougir devant tes copains, mais tu m'as l'air de posséder toutes les qualités pour devenir un bon Auror. Il n'y a pas tant de gens que ça qui peuvent s'en targuer… ce n'est pas parce qu'on a besoin de plus de baguettes qu'on va se remettre à recruter n'importe qui. »
L'utilisation de son prénom fit tiquer James. « C'est Maugrey qui t'envoie, ou Dumbledore ? » demanda-t-il abruptement.
Frank haussa un sourcil. « Maugrey recrute, c'est le chef du Bureau. »
« Et Dumbledore n'a aucun rapport dans tout ça, alors…»
« Pourquoi l'amener dans la conversation ? Il est directeur de Poudlard et n'a pas son mot à dire quant à la constitution du Bureau des Aurors. » prétendit Frank.
« Quoi que vous soyez en train de faire, vous devriez être plus prudents. » conseilla soudainement James. « Ma mère vous a repérés, toi et Fenwick. Et apparemment, ta mère se doute de quelque chose aussi… »
« Tu vois, une raison de plus de t'inscrire à la formation ! Des années de maraude intensive sont à rajouter à ton curriculum. »
James se passa une main nerveuse dans les cheveux.
« Ça dépend, Frank… Est-ce vous utilisez vraiment des impardonnables sur les mages noirs que vous traquez ? »
La mâchoire du jeune homme se raidit et ses yeux se voilèrent imperceptiblement.
« Quatre cidres. » annonça Tom en déposant les verres devant eux. James le remercia, déposa ses mornilles sur le comptoir. Il s'apprêtait à acrobatiquement saisir les quatre verres à la fois quand Frank posa sa main sur son poignet, arrêtant son geste.
« Ce n'est pas systématique, Potter. C'est uniquement pour nous protéger que Croupton a changé le règlement. »
Le jeune sorcier se dégagea assez vivement. « Je ne vois pas comment tu peux justifier… »
« Je ne justifie rien. Ce sont des mauvais maléfices et on préfère s'en passer. Mais qu'est-ce que tu ferais si l'un de ces types mettait la vie de Black en danger et que le seul moyen était de le tuer ? Ou s'ils menaçaient Lupin, ou Pettigrow ? Ou s'ils s'en prenaient à Evans ? »
« Je les arrêterais… sans magie noire. » rétorqua-t-il avec hauteur. « Londubat, je t'apprécie de plus en plus, mais tu joues contre ton camp en insistant comme ça. »
Le sorcier soupira et le débarrassa de deux verres.
« Ça valait le coup d'essayer… promets-moi que tu vas au moins y réfléchir ? »
« A défaut de te promettre de m'inscrire. »
Frank hocha la tête de manière à signifier que c'était mieux que rien.
« Hé, Londubat ! » lança James alors qu'ils rejoignaient la table des Maraudeurs. Il lança un regard à Sirius pour s'assurer qu'il ne pouvait l'entendre. « Bien joué, pour Alice. »
Imitant sa fiancée sans le vouloir, Frank rougit légèrement et lui adressa un sourire timoré. Le temps d'un infime instant, James crut voir ré-apparaître le garçon doux et innocent qu'il avait côtoyé pendant six ans.
(1) En version originale « Gryffindor, where dwell the brave at heart ! », ce que dit James dans le premier trajet du Poudlard Express, mais je ne suis pas fan de la traduction française cette fois donc je l'ai traduit de cette manière !
(2) Henry Potter est canon, c'est le grand-père de James et apparemment, ce serait un type bien ! Rendez-vous sur Pottermore pour plus d'infos sur lui.
Partie 2 : Causa mali
1972
Le mage avait maquillé sa mère, mais l'excès de sortilèges cosmétiques ne lui donnait pas l'air anormalement figé qu'il avait craint. En fait, Sophia paraissait aussi jeune que sur cette photo exposée au-dessus de la cheminée, celle qui datait de la matinée précédant son mariage. De toutes celles qui se trouvaient accrochées aux murs, c'était de loin sa photo favorite. Drapée de sa longue traîne blanche, dans l'attente de la cérémonie, elle regardait par la fenêtre de sa chambre… Elle possédait le même air rêveur, étendue sur son linceul. Pour la première fois de sa vie, il la voyait débarrassée du pli de douleur perpétuellement gravé sur son front.
Retenant ses larmes, Sam se pencha sur le corps inanimé et déposa un baiser d'adieu sur le front fardé de blanc.
Une heure plus tard, il se frayait un chemin parmi les innombrables sorciers et sorcières qui se pressaient autour de son père afin de présenter leurs condoléances. Sa mère avait cessé depuis des années de sortir de chez eux, et il était prêt à parier que les trois quarts des convives n'avaient pas adressé la parole à la défunte depuis longtemps. Mais bien sûr, tous se pressaient, en ce jour de funérailles, autour du prestigieux directeur de la Gazette afin lui assurer leur compassion et leur soutien soi-disant indéfectible.
Enfin, il repéra le vieux sorcier vêtu de noir qui se tenait à l'écart de la foule, comme à son habitude. Ses doigts fripés trituraient le collier doré qui constituait le seul éclat de sa tenue, et que Sam lui avait toujours connu. Un étrange triangle emprisonnant un bâton, lui-même barré d'un cercle : une rune ancienne appartenant sûrement à une croyance désuète…
« Grand-père ! » appela-t-il.
« Samwell. » le salua solennellement Otto Willis. « Tu tiens le coup, mon garçon ? »
Sam hocha pensivement la tête, sa gorge enflée l'empêchant de répondre à cette question absurde. Bien sûr, il tenait debout, mais sa poitrine le brûlait atrocement, et ses entrailles semblaient peser aussi lourd que des œufs de dragons sous la peau de son ventre tendu.
« Elle souffrait terriblement. » murmura doucement son grand-père. « Nous pouvons nous réjouir que son calvaire ait pris fin. La dragonite n'est pas une sinécure… »
Oh, oui, il savait… il avait été témoin de tout : des crampes et des gémissements de douleur, des écailles et de la paralysie. Encore maintenant, sa tante agonisait à l'étage. Elle n'avait même pas été en état de se déplacer pour saluer le corps de sa défunte sœur.
« Je me demandais simplement… Est-ce que… » Il hésita. A presque treize ans, il savait que certaines questions pouvaient lui valoir des réprimandes. Mais il se doutait que si une personne de son entourage était susceptible de lui apporter une réponse, ce serait Otto. « Grand-père, est-ce qu'il existe des moyens de faire revenir les morts ? »
Le mage ne bougea pas d'un millimètre mais jeta néanmoins un coup d'œil nerveux autour d'eux, s'assurant que le reste des invités demeuraient rassemblée près de son père et du buffet.
« Beaucoup d'entre nous te mettraient en garde, Samwell… il n'est pas approprié de demander ce genre de choses à de telles occasions… »
« Mais est-ce possible ? Je crois qu'un inferius, par exemple… »
« Les créatures dont tu parles sont dépourvues de tout, sauf de violence. » l'interrompit doucement Otto. « Ce sont des coquilles vides. On utilise la chair, mais l'âme se trouve ailleurs. »
Mais Sam ne se résigna pas pour autant. « Est-ce qu'il s'agit de la seule pratique de nécroma… »
« Samwell. » le prévint à nouveau Otto d'un chuchotement menaçant. « Ta curiosité est naturelle, mais il existe certains mots qu'on ne prononce simplement pas en assemblée, à moins de vouloir risquer une enquête du Ministère. »
« Est-ce qu'il y a d'autres moyens, alors ? » reprit Sam, n'écoutant que sa frustration.
« Certaines âmes reviennent sous forme de spectres, comme tu le sais. Mais le choix leur appartient. Et les fantômes possèdent des capacités limitées par rapport à nous autres vivants. »
Sam hocha la tête de droite à gauche pour écarter cette possibilité. Si tel avait été le choix de sa mère, le fantôme de Sophia serait déjà apparu. Par ailleurs, la perspective ne lui plaisait guère : les seuls fantômes qu'il connaissait vivaient à Poudlard. En plus de leur fâcheuse tendance à radoter, ils possédaient un côté détaché qui pouvait se révéler irritant, parfois même cruel, à l'opposé de tout ce qui faisait la chaleur des véritables vivants. Otto bascula la tête sur le côté et dévisagea son petit-fils un instant avant de poursuivre :
« Certaines légendes parlent aussi d'une pierre qui ramènerait les morts dans notre monde, mais sans les faire renaître véritablement. Comme les fantômes ou les portraits que nous faisons des défunts, la pierre ferait ressurgir des empreintes… »
Sam fronça les sourcils.
« Comme dans les histoires de Beedle ? »
Un sourire étira les lèvres minces et austères d'Otto qui s'agrippa encore davantage au collier enserrant son cou.
« Comme dans le conte des Trois Frères, en effet. » acquiesça-t-il.
« Mais il ne s'agit que d'une légende… »
« Certainement, oui… certainement ne s'agit-il que d'une légende. »
« Alors, c'est tout ? Des morts-vivants et des échos ? » lança sèchement Sam. « On n'a rien trouvé de mieux ? »
« Nous, non. » répondit Otto d'un ton égal, apparemment insensible au tourment palpable dans la voix de son petit-fils. « Mais les Sombrarchers avaient domestiqué le Feu Noir pour ramener les leurs à la vie. C'est ainsi qu'ils ont survécu pendant des millénaires. »
« Le Feu Noir ? »
« Toute la magie des Sombrarchers venait du feu et de leurs cendres sacrées. Ils possédaient des rituels bien précis qu'ils ont perfectionnés avec le temps. S'ils étaient si redoutables, c'est parce qu'ils parvenaient à faire renaître leurs morts en les plongeant dans le Feu Noir. »
« Mais ça aussi, c'est de la magie noire. C'est interdit. » commenta Sam avec déception.
« Tout dépend de ce que tu appelles magie noire. » rectifia Otto. « Le Feu Noir ne se pratiquait que sur des personnes consentantes. Quiconque y plongeait devenait indestructible… »
« Ils ont disparu il y a longtemps, de toute façon. » marmonna le garçon avec amertume. « C'est tout ce que vous avez en poche, Grand-Père ? »
Il était de notoriété commune qu'Otto Willis s'était pendant longtemps livré à des pratiques peu recommandables. Malgré la froideur de leur relation, Sam en subissait encore les conséquences à Poudlard. Et en dépit de sa réputation, il se trouvait de toute manière incapable de proposer une seule solution satisfaisante…
« Samwell, écoute-moi. » reprit le sorcier. « Sophia était épuisée. Elle a passé trop d'années à se battre contre la maladie. Ta tante Natasha est dans le même état – fatiguée par les maux et par les remèdes. Tous les combats ne méritent pas forcément d'être menés. La quête de l'invulnérabilité est louable, mais pas pour des âmes qui ont traversé tant d'épreuves. »
Il posa sa main sur l'épaule de Sam et la pressa brièvement.
« Respecte la mémoire de ta mère. Et tâche de ne pas compliquer l'existence de ton père, ni celle de ta tante. Tu verras… ça passera. »
Le mage s'éloigna et Sam refoula tant bien que mal les larmes qui brûlaient ses paupières.
1973
Rien ne dépassait. Pas un livre ne traînait, pas un grain de poussière ne résistait au Nettoie-tout magique et toutes les capes étaient soigneusement étendues dans l'armoire de l'entrée. Quelques secondes auparavant, Sam avait fait tomber une miette de pain sur le rebord de son assiette et s'était empressé de la remettre dans son assiette, craignant malgré lui le regard acéré du sorcier assis en face de lui.
« Votre séjour est superbe, Mrs. Croupton. » s'exclama Hugh Willis.
La sorcière posa sa main pâle sur celle de son époux qui ne broncha pas. Sam baissa les yeux : avec sa moustache bien définie, son dos impeccablement droit et ses yeux vifs, Mr. Croupton avait quelque chose de légèrement effrayant.
« J'essaie de tenir la demeure aussi nette que possible. C'est important que mon époux souffle pendant ses rares moment de répit… et mes elfes m'aident beaucoup. » Elle adressa un vague mouvement de la main en direction de la docile créature qui passait entre chaque convive pour distribuer des rince-doigts.
« Je crains que les miens soient moins obéissants. Depuis la mort de Sophia, je passe beaucoup de temps au journal et s'ils ne manquent pas de discipline, ils auraient bien besoin d'une tête pensante… Mais je n'ai pas le temps de recruter un elfe supplémentaire. » commenta son père.
Mrs. Croupton opta pour un sourire indulgent.
« Si cela peut alléger un peu vos semaines, sachez que nous sommes tout à fait prêts à accueillir Sam pendant les vacances. Notre Barty a besoin de compagnie. Vu sa situation, il passe beaucoup trop de temps seul dans sa chambre… »
Sam fronça les sourcils et dévisagea le garçon de quatre ans son cadet, au teint pâle et aux yeux songeurs. A presque quatorze ans, Sam était désormais adolescent et plus que désireux de rester seul à la maison – son père passait plus de temps à la Gazette que chez eux et il s'était depuis longtemps habitué à passer les vacances scolaires livré à lui-même, libre d'organiser ses journées comme cela lui chantait… Il évitait de manger à heure fixe, passait la plupart de son temps à lire à voix haute à sa tante qui survivait tant bien que mal, allongée de façon permanente dans son lit à baldaquin. Elle n'était plus en mesure de répondre à qui que ce soit mais il retrouvait dans son visage les traits de sa mère. Alors que Bartemius Junior, du haut de ses onze ans, était encore un enfant. Sam trouvait révoltant qu'on propose de les accoler de la sorte – sans même seulement lui demander son avis, par-dessus le marché…
« Ce serait formidable. » accepta Mr. Willis avec empressement, et Sam le détesta encore davantage. L'homme ne l'avait jamais aimé. Il avait adoré son épouse, selon les dires de ceux qui les avait connus à l'époque. Mais il s'était réfugié dans son travail dès que sa chère femme était tombée malade, et était rapidement devenu un étranger pour son fils. Fils auquel il avait à peine jeté un œil depuis la mort de Sophia, d'ailleurs. Il n'aventurait jamais un pied dans la chambre de sa belle-sœur mourante, passait tout son temps à la Gazette – et pourtant il était en droit de se débarrasser de lui à la première occasion venue.
« Bartemius sait ce que c'est, que de naître dans une famille qui possède de nombreuses responsabilités au sein de la communauté magique. Avec ce nouveau poste, je passe autant de temps au Ministère que ton père à la Gazette. » déclara Mr. Croupton. « Je suis sûr que vous vous entendrez bien, Samwell. »
Barty fixa servilement son assiette. Quand ils furent excusés de table, le petit garçon prit la direction du jardin et Sam fut contraint de le suivre. S'il avait eu connaissance du piège tendu quelques heures plus tard, il aurait peut-être osé écrire à Arnav pour lui demander si sa famille pouvait l'accueillir. Ce n'est pas comme s'ils avaient jamais atteint ce degré d'intimité, et il avait conscience que son camarade devait être occupé à une activité quelconque pour compléter son curriculum scolaire. Mais quitte à être exilé de chez lui, il aurait au moins préféré être en compagnie d'un garçon de son âge qu'il connaissait et appréciait un minimum…
« Tu vas rentrer en quatrième année, c'est ça ? » demanda soudainement Barty alors qu'ils se dirigeaient vers la barrière. Celle-ci délimitait le terrain parfaitement tondu et débarrassé du moindre gnome de jardin du bois qui s'étendait derrière.
« C'est ça. Je suis à Serdaigle. » répondit-il pour ne pas paraître entièrement antipathique. Mais Barty paraissait moins intéressé par la vie scolaire que par les programmes pédagogiques.
« Tu as déjà appris les sortilèges d'attraction ? »
« Non, ce sera cette année. »
Barty se fendit d'un petit sourire.
« Moi, j'ai déjà commencé. »
« Vu ton âge, je croyais que tu ne rentrerais à Poudlard que l'année prochaine… » s'étonna Sam.
« J'étudie la magie depuis deux ans, maintenant. J'ai des précepteurs qui viennent enseigner directement ici. On m'a acheté une baguette mais je n'ai le droit de l'utiliser que pendant mes leçons… »
« Pourquoi tu ne vas pas à Poudlard ? »
Barty haussa les épaules.
« Papa dit que ce serait du gâchis de m'y envoyer. C'est parce que j'apprends plus vite que les autres et que j'ai besoin de discipline pour avancer davantage. En plus, il trouve que Dumbledore laisse trop de libertés aux professeurs dans leurs méthodes. Il paraît qu'avant, il y avait plus d'heures d'étude obligatoires. Maintenant, les élèves sont livrés à eux-mêmes pour organiser leur travail, et comme tu l'auras deviné, ça déplaît fortement à mon père. »
Sa petite silhouette se courba et passa aisément entre les planches de la barrière du jardin, posant le pied au-delà des limites autorisées par ses parents. Sam haussa un sourcil.
« On a le droit de sortir du jardin ? »
« Si on revient d'ici trois quarts d'heure, ils ne se rendront compte de rien. Il y a une rivière plus bas, j'y vais souvent. Mais si tu préfères rester ici, tu peux juste m'attendre. »
Déconcerté par l'assurance du garçon, et soucieux de montrer sa supériorité d'âge et de caractère, Sam l'imita. Son propre dos gratta le bois de la barrière au moment où il s'en extirpait.
« Tu t'y rends souvent, alors ? » répéta-t-il pour se donner une contenance alors qu'ils empruntaient un chemin descendant et s'enfonçaient dans les bois sauvages.
« Hm hm… » approuva Barty. « J'ai commencé il y a deux ans, au moment où mon premier précepteur est arrivé. Je n'arrivais plus à contrôler ma magie alors on m'a mis au travail. On allait souvent travailler dehors avec mon maître. Maintenant, j'y vais tout seul… la préceptrice que mes parents ont trouvée pense qu'on peut apprendre tout ce qu'il faut dans une pièce fermée. » grimaça-t-il.
« Alors tu n'étudies pas les créatures magiques. » dit Sam, soulagé de trouver un terrain où il avait l'avantage. « A Poudlard, plusieurs cours se déroulent à l'extérieur. Soins aux créatures magiques, astronomie… »
« Des matières mineures. » répliqua calmement Barty et Sam sentit ses joues chauffer. « Nom d'un dragon, les moldus ont déjà rappliqué… »
En effet, deux garçons de l'âge de Sam avaient retroussé leurs pantalons et plongé leurs chevilles dans l'eau claire du ruisseau. Penchés sur un étrange enchevêtrement de bois et de fils, ils poussaient des exclamations surexcitées au sujet de poissons à attraper. Aucun d'eux ne prêta attention aux nouveaux arrivants qui s'assirent dans le parterre d'herbe fraîche. Sam n'avait jamais côtoyé de moldus d'aussi près, mais ceux-là semblaient plutôt occupés par leur activité.
« Elle est comment, ta prof ? » demanda Sam au bout de quelques minutes de silence inconfortable.
« Elle suit les manuels. » grinça Barty, sa frange de cheveux blonds dissimulant presque ses paupières demi-closes.
Il passa le doigt par-dessus quelques pâquerettes dont les pétales s'étendirent et se fermèrent au même rythme que son index s'agitait au-dessus d'eux.
« Arrête. » intima Sam, alerté. « Un jour, un type de ma classe a reçu un avertissement du Ministère parce qu'il faisait voler des objets dans sa chambre… »
Barty sourit dans relever les yeux. «Détends-toi. Je n'ai plus la Trace. »
Sam ouvrit les yeux de surprise. « Parce que ton père travaille au Ministère ? »
« Oh non, il pense que je l'ai encore. Tu l'imagines, demander un traitement de faveur pour son fils ? La règle, c'est la règle… Mais ça ne veut pas dire que je la porte encore. » Il parut se satisfaire un moment de l'air interdit de Sam avant de reprendre. « Mon maître m'a appris à la désactiver. »
« Tu parles de ton premier précepteur ? Mais… tes parents n'ont rien eu à y redire ? »
« Bien sûr que si… on a essayé d'être discret, mais ils ont commencé à soupçonner qu'il m'apprenait certaines choses qui n'étaient pas vraiment… autorisées. Et lui-même avait des choses à accomplir ailleurs, alors il est parti. Mais il était vraiment, vraiment incroyable. Il m'amenait des livres qui n'étaient pas au programme, il m'a appris plein de choses… comme à désactiver la Trace, par exemple. »
Impressionné, Sam ne put s'empêcher de demander : « Et comment on fait ? »
Barty le jaugea de la taille à la tête.
« Qu'est-ce que tu m'apprendrais en échange ? »
Sam réfléchit un instant. « Tu connais lashlabask ? » Son interlocuteur le fixa avec intérêt. « On l'apprend pour se défaire de créatures sauvages, ça peut être utile. » expliqua-t-il en omettant de mentionner les strangulots, qu'il soupçonnait de ne pas être dignes d'intérêt pour Bartemius.
« Hé, le croûton ! » lança soudainement un des moldus en s'approchant d'eux. « On t'a enfin autorisé à sortir ? »
« Sortir d'où ? » répliqua bêtement son acolyte qui le suivait de peu, un sourire tordu imprimé sur son visage malingre.
« De l'asile. » répliqua le premier d'une voix mauvaise. « Il paraît qu'il est fou et que c'est pour ça qu'on ne voit jamais sa sale face. »
« Va-t-en. » répondit simplement Barty tandis que Sam se remettait à rougir avec insistance.
« Et ton amoureux, il est fou aussi ? » se moqua à nouveau le moldu en pointant Sam du doigt. Son ami s'esclaffa.
« Il a le même air débile que le croûton. Ils doivent partager leur cellule dans leur nid-de-coucous… »
« Sales moldus. » grommela Sam en se relevant. « Viens, on n'a qu'à rentrer. »
Mais Barty se contenta de fixer les deux garçons qui se gondolaient. Soudainement, et sans aucun signe annonciateur de chute, une branche se détacha de l'arbre au-dessus d'eux. Sa trajectoire visa la nuque de celui qui les avait accostés, comme si elle avait été calculée dans les règles de l'art. Le garçon tomba en avant et se fracassa le menton sur une pierre qui émergeait du ruisseau, manquant d'entraîner son camarade dans sa chute.
« Par Merlin ! On file ! » cria Sam, apeuré. Il saisit le bras de Barty et le traîna derrière lui, laissant le second moldu hurler sa panique derrière eux.
« Attends ! » s'exclama Barty avec un calme olympien, étant donné la situation. Il se dégagea et s'aventura dans le ruisseau, jusqu'à pouvoir toucher le front du moldu encore conscient. Il sanglotait de détresse en voyant le sang de son ami se mêler à l'eau de la rivière. « Oubliettes. » murmura le jeune sorcier. Le garçon cessa aussitôt de pleurer et posa un regard vide sur le camarade qu'il tenait dans ses bras. Barty fit demi-tour et rattrapa Sam. Ce dernier l'entendit prononcer des sorts de séchage tandis qu'ils se hâtaient en direction de la maison des Croupton. A ce stade, il n'était même pas étonné de constater que Bartemius Junior maîtrisait déjà quelques informulés de base.
« On va avoir des ennuis, de gros ennuis… » répétait Sam, la sueur coulant sur son front, dans son dos, de ses paumes…
« Je n'avais pas la Trace ! » assura Barty, le souffle légèrement court. « Si tu ne dis rien, personne ne saura rien ! »
Sam déglutit. Personne n'en saurait rien, personne n'en saurait rien, car lui ne dirait rien, et Barty ne dirait rien, et personne n'en saurait rien…
« Ce n'était que des moldus. » chuchota Barty alors qu'ils se trouvaient dans les deux dans la salle de bain pour brosser leurs dents. « Ils m'ont souvent embêté. Ils se croient meilleurs que moi alors qu'ils ne savent même pas faire de magie… Les moldus sont comme ça. Ils ne voient rien et comprennent tout de travers… »
« Tu es certain que tu ne portes plus la Trace ? » s'assura Sam en rinçant sa brosse à dents. Dans l'austère séjour des Croupton où son père l'avait laissé, il avait passé une des pires soirées de sa vie, à guetter l'arrivée d'un hibou du Ministère qui les dénoncerait… Mais aucun courrier n'avait interrompu le dîner silencieux, presque cérémonieux de la famille Croupton.
« Certain. Sinon, la lettre serait déjà arrivée. »
Sam acquiesça nerveusement, laissant le soulagement s'imprégner dans ses veines, et ralentir enfin son rythme cardiaque.
« A demain, alors. » lança-t-il en quittant la salle de bain.
« Sam ! »
Il se tourna vers le miroir dans lequel il rencontra le regard fixe du jeune garçon qui semblait tellement mieux maîtriser que lui… tout. Sa magie, la façon dont il contournait les règles de son père et faisait face aux imprévus avec sang-froid…
« Merci de n'avoir rien dit à mes parents. » dit Barty, et il semblait sincère. « Demain, je t'apprendrai à désactiver la Trace. »
1973
« Hé, fantôme ! »
Le souafle tapa dans son omoplate et il trébucha en avant. Des explosions de rire retentirent derrière lui.
« Ah bah non, ça passe pas à travers, finalement… »
« Debout ! » conseilla Arnav en tendant une main pour l'aider à se redresser.
Sam acquiesça un grognement et se retourna pour fusiller Morag Mulciber du regard, mais le Serpentard était trop occupé à rire avec ses amis. Il savait très bien ce que ce crétin racontait sur son compte : il déplorait que la lignée se soit éteinte avec Otto, quand Hugh Willis, son fils, avait abandonné les vieilles pratiques. Quant au reste de son petit groupe, il s'en prenait généralement aux plus isolés, aux plus silencieux, aux plus émotifs… aux plus faibles, songea-t-il amèrement.
Mais est-ce que l'un d'eux savait désactiver la Trace ?
Est-ce que l'un d'eux avait commencé à apprendre à lancer des informulés ?
« Ignore-les. » conseilla Arnav. « Ils n'en valent pas la peine. »
Bien sûr, qu'ils n'en valaient pas la peine.
« Tu es sûr que tu ne veux pas passer à la maison pendant les vacances ? »
« Mon père me laisse chez les Croupton. » répondit-il par automatisme.
Arnav approuva du chef. « Bartemius Croupton est très bien placé au Ministère. Certains disent qu'il pourrait se présenter après la fin du mandat de Parkinson… » fit-il remarquer avec une pointe d'envie.
Le père de Barty ne valait pas mieux que le sien, mais Sam connaissait les ambitions de son camarade. Il ne répondit rien.
1974
« Les Centaures ? » se moqua Barty en tendant le bras pour attraper un livre de la pile qu'il avait amenée avec lui dans le jardin. « Et quoi, ils t'ont mangé dans la main ? »
« Ce sont de véritables créatures indépendantes, tu sais. » rectifia Sam en fronçant les sourcils. « On leur a parlé pour mieux comprendre leur façon de penser. »
« Ce sont des poneys par rapport aux Sombrarchers. » sourit largement Barty.
Ce fut au tour de Sam de sourire avec condescendance. « Les Sombrarchers n'existent plus, mon petit Barty. Les centaures sont peut-être de simples montures à tes yeux, mais les Sombrarchers relèvent de la simple fable. »
« Non, ils existent. » assura Barty comme s'il s'agissait d'un fait aussi tangible que l'existence du soleil ou de la pluie.
« Plus maintenant. » le contredit Sam. Il avait tout lu sur le sujet depuis son étrange conversation avec Otto deux ans auparavant, et les livres étaient catégoriques : on n'avait plus repéré un Sombrarcher depuis des siècles.
« Oh, si. Ils se cachent, mais je peux t'assurer qu'ils sont toujours là. Mon père en parlait l'autre jour à une langue-de-plomb. Il croit toujours que je dors alors qu'en fait, je garde mes oreilles grandes ouvertes. En plus, mon maître me l'a confirmé, il les a approchés il y a quelques années. »
Sam ne sut pas quoi répliquer. Le garçon paraissait si sûr de lui…
« J'avais un livre sur eux quand j'étais petit. » confessa-t-il. « C'était un de mes préférés. Est-ce qu'ils ont vraiment la peau de cendre qu'on leur décrit ? »
« Et des flèches de feu, et des rituels de sang et de cendre. Ce sont des experts en magie noire. Tout ce que tu as lu sur eux est vrai. Ils savent devenir invincibles en se plongeant dans les flammes noires, voir l'avenir et défaire le passé, faire revenir les morts… »
Fasciné, Sam se releva de sa position allongée.
« Faire revenir les morts ? »
Barty acquiesça. « Et rendre leurs guerriers invincibles. »
« Le Feu Noir existe encore, alors ? »
« Il ne s'est certainement pas éteint avec eux, c'est leur source de magie principale. »
Sam songea à la frêle silhouette de sa tante, dont le visage creusé ressemblait de plus en plus à celui que sa mère avait eu sur son lit de mort…
« Si on pouvait ramener les morts à la vie… » croassa-t-il. « … j'aimerais parler à ma mère. Et si le Feu Noir existe encore, on pourrait sauver tant de malades, de blessés… Tu ne crois pas ? »
Barty acquiesça à nouveau avec compassion.
« Comment il s'appelait, ce maître dont tu parles tout le temps ? » reprit Sam.
« Oh, c'était un nom d'emprunt. » répondit vaguement Barty. « Il était merveilleux… »
Sa voix suintait de regret douloureux.
« Il me manque. Tu as déjà eu un ami qui te manquait au point que ça fasse mal ? »
Sam réfléchit. A Poudlard, il ne comptait pas beaucoup d'amis. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'était pas du genre populaire. Arnav Patil était son assurance de ne pas prendre ses repas seul à la table des Serdaigle, d'avoir quelqu'un à qui parler des devoirs et emprunter une nouvelle plume quand la sienne cassait. Si Arnav tombait malade ou se remettait d'une blessure de quidditch à l'infirmerie, sa présence lui manquait, car le poursuiveur était plutôt amical et faisait définitivement le lien entre eux et le reste de la population estudiantine. Mais ils n'avaient pas d'atomes crochus. En général, Arnav semblait plus pré-occupé par son curriculum que lui. S'il était bon élève, il tenait aussi à sa position au sein de l'équipe de quidditch, et à ses stages pendant les vacances scolaires, et à ne pas négliger la population féminine de Poudlard… Il se pré-occupait de ce qu'on disait de lui et cherchait à améliorer chaque aspect de sa vie, tandis que Sam passait tout son temps libre plongé dans les livres, à la recherche de savoirs perdus et de rituels oubliés. Sam lui confiait des ressources supplémentaires pour ses devoirs et Arnav s'assurait que Sam soit toujours inclus aux fêtes et réjouissances organisées par leurs camarades. C'était un échange de bons procédés, une camaraderie qui prendrait sûrement fin après leurs ASPIC.
« Non, pas vraiment. » répondit-il, brusquement envahi par une étrange sensation de solitude. « Il y a plein d'élèves à Poudlard, mais pas grand monde à qui parler, finalement. »
Barty hocha la tête en signe de compréhension.
« Mes parents m'ont envoyé en colonie l'année dernière, mais il n'y avait personne d'intéressant. Est-ce que c'est vrai que la magie noire est interdite à l'école ? »
« Bien sûr. » fit Sam. « Elle est interdite partout. Tu devrais le savoir, vu la position de ton père au Ministère. »
« Mais peut-être que certains la pratiquent quand même… »
Sam hésita. « Pas dans ma maison, en tout cas. Peut-être chez les Serpentard… mais personne ne s'en vante. Dumbledore punit sévèrement ceux qui sont pris sur le fait. »
Barty abandonna d'un coup son bouquin sur le côté. « J'ai quelque chose à te montrer. » Il sortit un petit couteau de poche de son pantalon et détacha la lame de son encoche. « On répète sans cesse que la magie noire est mauvaise. Mais en vérité, elle permet aussi de se protéger, comme tu le suggérais tout à l'heure à propos du Feu noir. Tu accepterais de me donner une goutte de sang ? »
« Quoi ? »
« Juste une goutte. » répéta Barty, impatient. « Une pointe de couteau sur ton index, c'est tout. Tu vas voir, ça te sera utile. » Il remonta l'ourlet de son pantalon jusqu'à mi-cuisse, non sans avoir jeté un coup d'œil à la porte qui donnait sur le salon et vérifié que sa mère était toujours en courses. Sans hésitation, il enfonça profondément la lame dans sa chair et Sam retint à grand peine un cri de peur. Le garçon plongea son doigt dans le sang qui s'écoulait de sa blessure à vif et traça des runes que Sam n'avait jamais vues : la curiosité l'emporta sur l'appréhension et il se pencha sur les phrases runiques écarlates tracées sur la peau blanche de Barty. « Ton doigt. » souffla celui-ci, légèrement haletant malgré la détermination qui s'affichait sur son visage.
Sam s'exécuta. La lame fit perler une goutte de sang qui tomba sur la plaie. Aussitôt, le sang sembla coaguler et la peau se recouvrit d'une fine pellicule sombre. L'épiderme noircit, et le sang rentra dans la cuisse, marron bien que toujours liquide. En quelques secondes, les tissus s'étaient ressoudés. Sam remarqua la fine cicatrice de peau légèrement ternie, mais l'efficacité de la procédure était indéniable.
« Où as-tu appris ça ? » s'empressa-t-il de demander.
« Tu peux garder un secret ? » chuchota Barty en se pencha près de son oreille. Il tendit le cou. « Mon maître n'est jamais vraiment parti. » confia le garçon dans un murmure de contentement qui fit frissonner Sam. « Son visage apparaît dans les cendres de ma cheminée et je lui parle. »
L'attitude calme et lointaine de Barty, tandis que Mr. Croupton le reprenait à table sur les exercices qu'il n'avait pas terminés ou que Mrs. Croupton s'inquiétait de sa pâleur, prit soudain tout son sens.
« Est-ce que tu m'apprendrais ces runes ? » supplia Sam. C'était tout un pan de la magie qu'on lui refusait à Poudlard – une décision arbitraire, profondément injuste de la part de la direction, alors même qu'il existait des rituels qui rendaient la chair invincible et qu'on leur cachait…
Barty sourit, offrant son visage aux rayons du soleil.
« D'accord. En échange, tu me raconterais ce qui se passe à Poudlard ? »
« Comme quoi ? » s'étonna Sam. « Les cours, le quidditch ? »
Barty se mit à rire.
« Non, plutôt ce qui concerne les élèves. Si certains ont des talents particuliers. Si d'autres semblent prêts à se battre pour l'honneur de leur famille. Quand des bagarres éclatent au sujet de la pureté de sang… »
Sam réfléchit avant de répondre. « Ce serait pour toi, ou pour ton maître ? »
« Question pertinente, Willis. Ce serait pour nous deux. Les temps changent, tu sais. Avant, une famille comme la tienne – ou la mienne – aurait continué de participer aux anciennes pratiques, comme les perpétuent les familles Black et Lestrange. Mais depuis le début du siècle, des types comme Dumbledore s'y opposent. En retirant les livres de la bibliothèque et en condamnant ces rituels ancestraux, ils font disparaître tout un savoir… Notre culture se meurt… Trop de sortilèges prodigieux ont été interdits pour des raisons stupides. A la moindre incertitude, à la moindre ambiguïté, on catégorise un sort comme appartenant à la magie noire et on l'éradique de nos mémoires… Pense aux Sombrarchers. Ils se cachent car ils savent que le Ministère les considère comme des créatures maléfiques. Comment pourraient-ils vivre dans ces conditions ? Pourtant, ils seraient plus efficaces que tous les Médicomages et les guérisseurs réunis. Mais la colère gronde, de plus en plus… et le début de la révolte commence à Poudlard. Presque tout le monde y passe pour y devenir le sorcier qu'il sera plus tard. Et tout le monde y est façonné méthode Dumbledore… Ce n'est pas normal. Mais tes yeux et tes oreilles nous seraient utiles. »
Il sourit et retomba dans l'herbe, dans une attitude enfantine qui tranchait avec son propos élaboré.
« Pas de pression, tu as le droit de refuser ! Il faudrait que tu restes discret, que tu t'abstiennes de prendre parti. On ne voudrait pas qu'il t'arrive des ennuis… tu peux y réfléchir avant d'accepter. »
Discret, à l'écart, presqu'invisible : c'était déjà ce qu'il était.
« D'accord. » accepta Sam.
« Préfète Evans ! Elle serait pas trop serrée, ta blouse ? »
La préfète de Gryffondor vérifia nerveusement la boutonnière de son chemisier et se retourna vers Sirius Black, les joues roses. Depuis la rentrée, c'était devenu le grand jeu du groupe le plus populaire de l'école : faire des remarques qui pointaient les défauts physiques de chacun, en particulier les changements anatomiques survenus chez leurs comparses féminines pendant l'été. Pettigrow laissa échapper un bref gloussement tandis que Potter souriait de toutes ses dents, ses yeux étrangement fixés sur la jeune fille tandis qu'il faisait sauter un vif d'or dans sa paume. Sam se félicita d'être suffisamment une cible trop discrète pour les attaques verbales de la petite bande.
« Pas plus serrée que ton pantalon, Black. » répliqua Evans. « Vas prendre une douche froide, ça te fera du bien. »
Les garçons se mirent à rire, ignorant la gêne de la sorcière. Celle-ci s'éloigna, la tête haute mais les bras croisés sur son chemiser en effet un peu trop étroit pour sa nouvelle silhouette.
« Hé, Patil ! » appela Potter. Arnav réagit à son nom et se dirigea vers le petit groupe adossé au mur, Sam sur les talons. « Qui remplace Edgecombe samedi prochain ? »
« Ce sera McLaird. » répondit Arnav.
« En attrapeur ? » se moqua Potter qui rattrapa à nouveau le vif d'or juste à temps. « Ce type ne saurait pas trouver sa baguette dans un tas d'allumettes ! »
« A croire que notre capitaine pense autrement. » sourit poliment Arnav.
« Bah, au fond, ça m'arrange… vous nous facilitez la victoire ! »
Arnav commençait à faire demi-tour quand Sam ne put s'empêcher d'ajouter :
« Vous devriez faire attention. Trois sang-pur qui s'attaquent à une née-moldue, ce n'est pas du goût des professeurs. Mulciber a perdu 90 points ce matin après ce qu'il a dit à McDonald. »
Les trois Gryffondor tournèrent leurs têtes vers lui, surpris non seulement qu'il leur adresse la parole, mais aussi par la teneur de ses propos.
« On s'attaque à des nés-moldus, nous ? » s'amusa Black qui ne paraissait pas faire le lien.
« Evans. » pointa Sam.
« Ah, mais ça n'a rien à voir ! » reprit Black. « Je disais juste ça pour son bien ! Il faut qu'elle se rachète une chemise avant que celle-ci explose, c'est tout. Je me fiche que ses parents soient sorciers, moldus ou à moitié gobelins, c'est juste une question de décence élémentaire. Je sais que c'est du goût de Potter, mais quand même… »
Ce dernier lui donna un coup de coude mais reporta aussitôt son attention sur le Serdaigle qu'il dévisagea comme s'il essayait de l'évaluer.
« Merci de ne pas nous ranger dans la même catégorie que les petits chauvins de chez Serpentard… » déclara-t-il froidement. Sa voix traîna et il fronça les sourcils, visiblement incapable de se rappeler de son nom.
« Willis. » le renseigna Sam. Peut-être que Potter se joignait à Black pour se moquer d'Evans, mais il avait remarqué – comme toute l'école, d'ailleurs – à quel point le poursuiveur vedette de Gryffondor se traînait aux pieds de la nouvelle préfète. A titre personnel, il trouvait gênant qu'un sang-pur issu d'une famille extrêmement installée, qui aurait pu sortir avec n'importe quelle sorcière de son rang, se fasse balader par une née-moldue sortie d'on ne savait où.
« Ah ! Le fils du proprio de la Gazette ! » se rappela Potter en se frappant le front.
Sam haussa les épaules.
« Des rapports père-fils compliqués. » commenta Black, sardonique. « Bienvenue au club, mon vieux. »
« Je voulais juste dire que de loin, ça pouvait ressembler à du harcèlement anti-né-moldu. C'est tout. »
Black et Potter émirent un son indiquant qu'ils ne mangeaient pas de ce pain-là. Tout le monde savait que l'aîné des Black menait la vie dure aux traditions familiales et que les Potter s'étaient à plusieurs reprises engagés pour les régulations pro-moldues, mais leur arrogance de bien-nés l'avait fait douter. Au moins, il était fixé. Il rejoignit Arnav qui semblait légèrement confus par son intervention.
« Je ne te savais pas aussi enclin à défendre les pro-moldus. » analysa-t-il simplement avant de revenir sur l'avenir de l'équipe de Serdaigle au championnat. Sam ne le contredit pas, c'était plus arrangeant ainsi. Il écouta Arnav disserter sur le championnat sans enregistrer un mot, trop occupé à rattraper le train de ses pensées qui filait à une vitesse de plus en plus alarmante.
1975
Il n'y avait rien dans cette fichue bibliothèque. Dumbledore et sa clique avaient bel et bien retiré tous les ouvrages qui traitaient des anciens rites, de résurrection des os, du retour des morts, du pouvoir du sang…
« Tu sais ce qu'il y a de pire qu'un sang-de-bourbe, Fergus ? Un traître-à-son-sang. »
Il jeta un œil en bas de l'échelle où il était perché pour apercevoir Morag Mulciber qui le guettait avec une expression mauvaise. Rassemblant son sang-froid, il redescendit précautionneusement les échelons.
« Je ne vois pas en quoi je suis concerné. » répondit-il en essayant de maîtriser l'afflux de sang qui se précipitait à ses joues.
« Ton père a laissé la place, dans son torchon, à une tribune contre la magie noire et contre les traditions partagées par les Vingt-Huit Sacrées. » siffla Mulciber. « Bientôt, il prendra la défense des sang-de-bourbe. »
« C'était un droit de réponse. » rétorqua Sam. « C'est la mère Potter qui a voulu répondre à l'article de Fawley, c'est tout. Ça ne reflète ni les idées de mon père, ni les miennes. »
« Vraiment ? Il paraît que tu as repris Potter et Black y'a quelques semaines. Que tu leur as dit de laisser Evans tranquille… »
Sam fronça les sourcils. « Ce n'est pas ce qui s'est passé. Ils peuvent bien faire ce qu'ils veulent avec elle… Excuse-moi. » grogna-t-il en se glissant entre Mulciber et Avery, mais ce dernier l'empêcha de progresser plus loin.
« Attention à toi, Willis. On va te surveiller de près. »
Les Serpentard de son année manquaient sérieusement de plomb dans la cervelle, songea-t-il en remontant les escaliers menant vers la tour de Serdaigle. Même pas fichus de comprendre qu'ils étaient tous dans le même bateau…
Il attendit que la lumière soit éteinte pour lancer un sort d'opacité sur son lit à baldaquin et allumer sa baguette à l'aide d'un lumos.
« Cher Barty,
Merci pour le livre que tu m'as fait parvenir sur la propriété des os. Le sortilège de camouflage a fonctionné à merveille, il est arrivé sans problème par hibou au petit-déjeuner.
Est-ce que tu as lu le manifeste d'Euphemia Potter ? Je ne comprends pas que mon père ait accepté de le publier… Le passage où elle prétend que la nomination d'un Ministre issu d'une famille moldue serait souhaitable à l'avenir a agité bien des esprits, même à Poudlard. Son fils continue de faire comme si de rien n'était, il ne parle que de filles et de quidditch. Quel gâchis de bon sang pur…
Arnav est aussi obsédé par le quidditch, je ne comprends pas bien l'intérêt d'y consacrer autant d'énergie, même si c'est la première fois depuis longtemps que Serdaigle a actuellement une chance de remporter la coupe.
Tout ça me paraît bien vain quand je pense à tout ce que tu continues d'apprendre. Est-ce que ton maître poursuit ton instruction ?
Morag Mulciber et Fergus Avery sont venus me voir ce soir quant à l'article de Potter. L'ironie du sort fait qu'ils semblent persuadés que je fais également partie des pro-moldus, n'est-ce pas absurde ?! Tous les livres que nous connaissons, Sangs Anciens, Recherche sur la pureté magique, Magiciens de père en fils… tous s'accordent à dire que le sang qui se transmet de sorcier en sorcier est plus puissant que celui de n'importe quel né-moldu. C'est de la logique élémentaire. J'espère que tu ne t'ennuies pas trop. Mais te connaissant, tu parviens à t'occuper…
A bientôt,
Sam »
« Darlay est mignonne. » commenta John Edgecombe. « Je dirais pas non à un après-midi à Pré-au-lard avec elle. »
« Elle est surtout maquée avec Londubat, non ? » fit remarquer Arnav.
« Qu'est-ce qu'il va faire, m'empêcher de regarder ? » répliqua sèchement Edgecombe. « Y'a pas de loi contre ça, non ? »
« Il pourrait te filer une retenue. » commenta Sam entre deux lampées de jus de citrouille.
Edgecombe grogna. « Si on oublie celle qui est défigurée, les autres Gryffondor sont vraiment pas mal non plus. » marmonna-t-il en croisant les bras. Ce type devait illustrer le mot 'frustration' dans le dictionnaire, songea Sam avec une vague pitié pour l'attrapeur.
« C'est vrai que McKinnon est jolie. » admit Arnav d'un air rêveur.
Sam haussa un sourcil. Ce n'était pas la première fois qu'il entendait son camarade émettre un avis élogieux concernant la Gryffondor et il commençait à craindre que la toquade soit plus sérieuse qu'il ne l'avait d'abord imaginée. Même si la prise aurait pu être pire : elle était issue d'une impeccable lignée et ses parents opéraient tous deux à des postes hauts-placés du Ministère.
« Et sa copine aussi. » argumenta Edgecombe. « Je serais pas contre l'idée d'emmener Evans dans une arrière-boutique de Pré-au-lard, si vous voyez ce que je veux dire… »
« Elle est surtout née-moldue. » pointa Sam en lui lançant un regard torve.
« J'ai pas parlé de l'épouser, juste de m'amuser. » rétorqua Edgecombe.
« Justement, Sam est assez à cheval sur le sujet. » l'informa Arnav avec un sourire indulgent pour son ami. « Il prend les intérêts des nés-moldus très à cœur. »
Ce dernier accepta la remarque sans broncher tandis qu'Edgecombe se moquait de sa soi-disant tendresse de cœur. Un jour, ils comprendraient que tout ceci n'avait été qu'un jeu, et qu'il s'était moqué d'eux comme eux s'étaient moqués de lui.
1976
« Ce n'est pas compliqué, je t'assure… »
Une perle de sueur roula sur le front constellé de taches de rousseur.
« Sam… si tu ne le fais pas, je ne peux pas t'amener. Tu avais promis ! »
La fillette le fixait avec de grands yeux terrifiés.
« Je sais que tu en es capable ! Allez ! » le pressa Barty.
« Impero. » murmura-t-il.
La peur disparut totalement de ses prunelles, remplacée par un vide rassurant. Les frémissements disparurent de sa peau, et ses épaules se relâchèrent d'un coup. La petite silhouette se détourna d'eux et plongea dans le ruisseau sans une once d'hésitation. Barty poussa une exclamation de joie et partit récupérer la gamine qu'il extirpa de l'eau dont la surface se reflétait la lune ascendante.
« Oubliettes ! Allez, rentre chez toi, maintenant. »
Grelottante, trop confuse pour marcher droit, la petite moldue s'éloigna en titubant.
« Je l'ai fait. » déclara Sam, interdit.
« Tu l'as fait ! » répéta Barty, surexcité. « Et tu peux m'accompagner, maintenant ! »
Sam poussa un soupir de contentement en replaçant sa capuche sur ses cheveux couleur paille.
Le portoloin les attendait sous la forme d'une vieille lampe à huile déposée dans un arbre creux et les emmena au bord de la mer. Les cristaux de sel lui piquèrent les yeux et les narines.
« Maître ! » s'exclama Barty en accourant vers une grotte éclairée par une étrange lueur verte.
Sam ralentit le pas à l'approche du sorcier. Il s'était souvent demandé à quoi pouvait ressembler celui qui connaissait tant de secrets et suscitait tant d'affection chez Bartemius Junior. Sa première pensée cohérente fut qu'il n'avait jamais rencontré quelqu'un de pareil.
Le mage était grand, d'une pâleur qui n'avait rien à voir avec le teint de porcelaine de la fillette de tantôt. Sa peau nacrée semblait absorber l'argenté de la lune. Il ne portait plus de cheveux sur le crâne mais jamais il ne lui serait venu à l'idée de se moquer de cette calvitie. Demeuraient néanmoins deux sourcils argentés qui ré-haussaient ses yeux noirs à l'éclat rougeoyant et hypnotique. Ses lèvres fines s'étirèrent en un fin sourire tandis qu'il accueillait Barty à ses côtés.
« C'est Samwell Willis, fils d'Hugh Willis et petit-fils d'Otto. C'est grâce à lui que j'ai pu vous donner les informations sur Poudlard, seigneur. »
Le sorcier tendit une main amicale vers l'adolescent.
« Nous te devons beaucoup, Samwell. »
Ses longs doigts fins se posèrent sur son épaule, son pouce effleura sa nuque…
Et ce fut comme si le flot troublé de ses pensées s'apaisait soudainement.
C'était comme la main de sa mère qui caressait ses cheveux tandis qu'il faisait la sieste, c'était le vent emportant la fumée après l'orage, c'était la première aube qui annonçait la guérison, c'était la goutte de sang tombant de son pouce et faisant cicatriser instantanément la plaie de Barty.
Puis le tourment revint affleurer à la surface, ramenant avec lui la peau rugueuse du corps agonisant de sa mère, la terre fraîchement retournée sur le cercueil de sa tante, l'ombre de l'inconnu qui lui servait de père. Sa solitude, au lever du soleil et à la tombée du jour, dans son lit de Poudlard.
« Sois tranquille… tu as été si brave déjà… »
Le pouce s'attarda sur sa nuque et Sam abdiqua, des larmes d'émotion débordant sur les cils de ses yeux clos. Il manquait de mots pour exprimer sa gratitude d'avoir enfin été totalement compris…
« Tu viens d'une belle lignée. Tu as fait preuve d'un grand sang-froid et tu possèdes l'intelligence d'un véritable Serdaigle. Personne n'a reconnu ton potentiel avant, mais moi, je le vois… Et si tu continues de m'aider, je te le rendrai au centuple… »
Quand Sam ré-ouvrit enfin les yeux, il réalisa que pas une fois Lord Voldemort n'avait ouvert la bouche.
« On dit qu'il aurait défié la mort elle-même… c'est plus qu'un sang-pur, Lestrange, c'est un grand mage en devenir et… »
Mulciber s'interrompit soudainement.
« Qu'est-ce qu'il y a, Willis, tu veux mon portrait ? »
Il haussa les yeux au ciel et s'éloigna de la table des Serpentard devant laquelle il avait ralenti le pas.
Une bande d'imbéciles. Pas étonnant qu'il ait été la seule personne à même de renseigner celui dont ils susurraient le titre avec déférence et excitation.
« C'est très gentil d'avoir pris le temps de me montrer les emplois du temps. Ce serait tellement bien d'être nommée préfète l'année prochaine… »
« Ils vont te nommer. » assura-t-il en cachant sous la table ses doigts agités de tremblements. « Qui d'autre, sinon ? »
Nali replaça sa tresse de cheveux noirs et soyeux derrière son épaule et lui adressa un sourire timide. Il déglutit avec difficulté. C'était la première fois de sa vie qu'il ressentait une chose pareille. Il avait commencé à lui porter attention depuis la rentrée. En l'espace de quelques semaines, l'été avait complètement changé l'anatomie de la petite Serdaigle timorée. Il l'avait observée pendant toute l'année sans oser faire le premier pas. Elle était peut-être issue d'une famille de moldus, mais elle lui plaisait tant, avec ses grands yeux innocents, ses longs cils… Quelques heures plus tôt, elle lui avait demandé de lui expliquer en quoi consistait les tâches de préfet et son imagination s'était considérablement emballée depuis. Ils étaient les dernières personnes encore éveillées dans la salle commune de Serdaigle et à chaque fois qu'elle baissait les yeux pour contempler la liasse de parchemins étendue entre eux, il ne pouvait s'empêcher de fixer ses lèvres charnues.
« Tu crois vraiment que j'ai mes chances ? » demanda-t-elle avec nervosité.
« Bien sûr. » approuva-t-il mécaniquement. En fait, il n'en savait rien, mais c'était sûrement ce qu'elle désirait entendre, alors…
« Merci, Sam. Venant de toi, ça veut dire beaucoup. »
Venant de toi, ça veut dire beaucoup… le cœur battant à tout rompre, il s'étendit le long du canapé et captura ses lèvres avec les siennes. Il n'avait prévu ni le gémissement de protestation qui s'ensuivit, ni les deux mains paniquées qui le repoussèrent avec force.
« Non ! Oh, Sam, je suis désolée, je… je ne voulais pas… » se confondit-elle en excuses.
« Quoi ? » haleta-t-il, perdu. « Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Ce n'est pas… je ne ressens pas ça pour toi. Je croyais qu'on était juste amis. » expliqua-t-elle, mortifiée.
Quelques secondes lui furent nécessaires afin de lutter contre l'impression que le sol s'ouvrait sous ses pieds, pour l'engouffrer dans un abîme d'humiliation.
« Je ne te plais pas ? » murmura-t-il tout bas.
« Je… je suis désolée. » bégaya-t-elle.
On ne mourrait peut-être pas de ridicule, mais on pouvait en porter les stigmates pendant longtemps. Il se souvenait – tout le monde se souvenait – de Severus Rogue, l'année précédente, de ses jambes maigrelettes, de son caleçon tâché et de sa vieille amie d'enfance qui l'avait laissé en pâture à ces crétins de Gryffondor… Une vague de colère et de frustration l'envahit et il saisit brutalement Nali par le bras.
« Je ne suis pas assez bien pour toi ? » grogna-t-il entre ses dents. Ses doigts s'enfoncèrent dans la peau et il commença à la secouer. « Tu te crois mieux que moi ? Mais tu n'es qu'une petite sang-de-bourbe ! » éclata-t-il, trouvant une satisfaction perverse à voir les yeux de Nali s'agrandir de stupéfaction et de terreur mêlées, à sentir sa peau se hérisser, son corps se raidir en crainte des représailles…
Puis il lâcha sa prise et réalisa ce qu'il venait de faire. Tandis que Nali se hâtait de quitter le canapé en pleurant, il dégaina sa baguette.
« Oubliettes ! »
Elle ralentit étrangement, sa hâte aussitôt oubliée, et tourna vers lui son visage encore baigné de larmes.
« Bonne nuit, Sam. » souhaita-t-elle d'une voix cordiale avant de se diriger calmement vers le dortoir des filles.
Une fois que la porte se fut refermée derrière elle, il se laissa tomber dans le canapé et se prit la tête entre les mains. L'ivresse du pouvoir qui l'avait saisi quand il avait usé de l'imperium sur la fillette moldue paraissait appartenir à un autre temps…
Il reprit le cours de sa respiration haletante et se força à fermer son esprit, à canaliser ses émotions comme on lui avait pris pendant l'été…
Effacer les traces, reprendre le cours des choses.
C'était beaucoup plus facile ainsi.
1977
« Il faudra qu'on trouve une autre solution après juillet. Barty passe ses ASPICS anticipés en début septembre, il aura besoin du mois d'août pour réviser. » déclara distraitement Hugh Willis en passant sa robe de taffetas bleuté.
« J'ai presque dix-huit ans, je peux me débrouiller seul. » rétorqua Sam avec agacement.
« Ou tu pourrais venir au journal. » proposa son père en se dirigeant vers leur cheminée.
« Un torchon qui préfère vendre plutôt que de défendre des idées. » grommela-t-il dans sa tasse.
La main de son père se crispa sur le pot rempli de poudre de cheminette. Hugh Willis se tourna vers son fils encore attablé.
« Pardon ? » demanda-t-il, décontenancé.
« Rien. » répondit Sam en faisant de son mieux pour afficher un air innocent sur son visage.
L'homme tapota la paume de sa main avec la petite jarre en verre où scintillait la poussière verte.
« Samwell, je sais que les choses n'ont pas été… faciles… depuis la mort de ta mère et de ta tante, mais ce n'est pas une raison pour… » La voix de Hugh Willis se brisa.
Il aurait voulu hurler que c'était trop tard, cent fois, mille fois trop tard, qu'il allait faire de sa vie une aventure autrement plus intéressante qu'être le directeur d'un pauvre magazine qui lambinait à prendre parti et dont les deux camps se moquaient de plus en plus ouvertement, qu'ils étaient devenus des étrangers l'un pour l'autre et qu'il n'en éprouvait pas une once de remord…
« Je ne le pensais pas. » se força-t-il à prétendre, les poings serrés sur ses genoux. « Excuse-moi. »
Hugh se fendit d'un rictus douloureux avant de détourner les yeux et de disparaître dans un tourbillon de fumée verte.
« 'Passer ses ASPIC, ce doit être ta priorité, Bartemius'… tu parles ! » Barty lança un oiseau de parchemin à travers la pièce, ce dernier atterrit droit dans la corbeille. « Comme s'il n'existait rien de plus important à faire dans ce monde… »
Sam se détacha de son livre et laissa son regard errer à travers la fenêtre couverte de gouttes de pluie.
« Par exemple, les cracmols qui s'obstinent à vouloir faire partie de notre monde ! Je n'arrive pas à croire que le concierge de Poudlard en soit un. Il n'a rien à faire là-bas… Personne ne fait rien à ce propos, pas même les Black ou les Malfoy… tous ces grands noms qui ne font que parler, parler, sans jamais agir… Il pense que la priorité, c'est assainir notre communauté. Quand je pense à tous ces nés-moldus qui vivent à Poudlard ! Je ne pensais pas qu'il y en avait autant. Ils ne connaissent ni nos traditions, ni notre monde, mais on leur en laisse l'illusion et c'est pour ça que notre culture se délite… Nous sommes pathétiques et ils en profitent. Ils doivent être sacrément arrogants, non ? »
Sam se rappela de la façon dont Lily Evans se pavanait dans les couloirs, avec ses grands airs, osant repousser l'amitié de Severus Rogue et les avances de James Potter. De Noah Ramsay dont on venait d'apprendre la nomination dans l'équipe de Poufsouffle, alors même qu'Abott était plus expérimenté – mais l'équipe de Poufsouffle était connue pour faire la part belle aux nés-moldus, et il était certain que les origines de Ramsay n'étaient pas étrangères à cette répugnante petite logique… Il se rappela de Nali Paniandi qui se dégageait de son étreinte parce qu'il n'était pas assez bien pour elle.
« Ils se croient tout permis. » approuva-t-il.
« Ils ralentissent les classes ? »
Ça avait bien dû arriver… « Oui, parfois... »
« C'est pour ça qu'on ne peut pas laisser des sang-pur comme Charlus Prewett écrire n'importe quoi. Son roman était odieux. Il a bien cherché ce qui lui est arrivé. » déclara Barty avec impatience.
Depuis son arrivée début juillet, il trouvait chez Barty une nouvelle énergie. Le garçon avait gagné deux têtes pendant l'année et son visage avait perdu ses dernières rondeurs enfantines. S'il continuait d'obéir à son père sans broncher, ses regards se faisaient plus incisifs quand il dévisageait ses parents par-dessus la table, comme s'il était prêt à révéler d'une seconde à l'autre un secret gardé depuis trop longtemps…
« C'était sur son ordre ? » demanda subitement Sam, connectant les points entre eux. « La mort de Charlus Prewett ? »
Barty plia un autre oiseau de parchemin.
« Je t'avais dit que les choses allaient changer. Et ça a commencé. »
« Est-ce que je peux aider ? »
« Tu nous aides depuis des années… »
Sam fronça les sourcils. « Je peux faire plus… En fait, je veux faire plus. »
« Tu n'es pas prêt. » décréta Barty en s'appliquant à plier un nouveau bout de papier.
« Selon qui ? Toi ou lui ? » railla Sam. « Je te rappelle que tu n'as que quatorze ans, alors que je suis majeur. »
« Et tu passes tes ASPIC en juin. J'aurai les miens avant. » répondit Barty sur le même ton.
« Je suis votre seul contact à Poudlard ! »
« Parce que tu crois qu'aucun des enfants Lestrange ou Black n'a été approché ? Enfin, Sam… »
« Mais ils sont scrutés à la loupe, là-bas ! » s'exclama Sam en se levant d'un coup. « Ils traitent ouvertement les nés-moldus de sang-de-bourbe, en dépit de toutes les retenues qu'ils reçoivent ! Et après ce que Mulciber a fait à McDonald l'année dernière, leur sympathie pour les Mangemorts n'est un secret pour personne. Moi, en revanche, personne ne sait. Parce que j'ai gardé le secret toutes ces années, comme il me l'a demandé. » conclut-il en relevant farouchement la tête.
Barty le jaugea des pieds à la tête et Sam rougit en réalisant que tout ce temps, il n'avait qu'été testé, observé, examiné…
« Je vais le voir ce soir… viens avec moi. »
Sam acquiesça d'un bref signe de tête et se rassit sur le lit.
Avec délice, il abandonna toute résistance et laissa le mage plonger dans le labyrinthe de son esprit.
« Quelle détermination incroyable, Samwell… » Les mains blanches serrèrent les siennes. « Je comprends la profondeur de ta dévotion. Comment pourrais-je te demander encore davantage de sacrifices… ? »
« Je suis à votre service, maître. » s'entendit-il prononcer.
Les yeux rougeoyants le fixèrent un instant.
« J'aurais un service à te confier, mais peut-être s'agit-il d'une tâche trop lourde. Tu devras constamment jouer un rôle, feindre l'amitié avec ceux que tu méprises, prétendre être ce que tu n'es pas… »
Un sourire désabusé s'inscrit sur les lèvres de Sam. « Je m'y suis préparé pendant toutes ces années… je peux le faire. »
« Puis, tu devras quitter l'école. Et quand ce sera fait, tu ne pourras plus reculer. Tu ne passeras pas tes examens, tu abandonneras à jamais ta vie d'étudiant, tu disparaîtras aux yeux de tes proches. »
« J'aime apprendre, ce n'est pas comme si les examens avaient la même importance qu'avant. »
« Un véritable Serdaigle. » le félicita son maître. « Savais-tu que seule Rowena Serdaigle avait essayé de rattraper mon ancêtre, Salazar Serpentard, quand il a pris la noble décision de quitter le projet dégénéré de Gryffondor ? Non… ? La plupart des écrits de l'époque ont disparu, mais ceux qui nous sont parvenus indique qu'elle a tout tenté pour le faire revenir, en vain, certes, mais tout de même… » Le mage marqua une pause avant de reprendre. « Si tu réussis, nous pourrons enfin laisser une trace de ton engagement sur ta peau. Qu'en penses-tu ? »
Sam acquiesça silencieusement, savourant l'étrange chaleur qui se répandait dans sa poitrine.
« Je crois que la première partie de ta mission va te plaire, Samwell. N'était-ce pas un de tes rêves d'enfant que de rencontrer les Sombrarchers ? »
Il acquiesça avec émerveillement.
« Si tu réussis, peut-être pourrons-nous ramener ta mère. »
Bien sûr, il avait été plus compliqué que prévu de suivre les pistes dans la forêt d'Inglewood.
Bien sûr, ils l'avaient repéré et attiré vers eux alors qu'il croyait avancer dans leur direction de son plein gré.
Bien sûr, il avait été sûr de progresser avec sagesse, pour finalement se faire jeter au sol avec rudesse. Il se retrouva entouré par dix impressionnantes créatures mi-hommes mi-chevaux, la peau burinée, le pelage semblable à du cuir, les yeux flamboyants.
« Ne me faites pas de mal ! On m'envoie pour délivrer un message ! » implora-t-il, aussi fasciné que terrifié. « Vous êtes Magel, n'est-ce pas ? C'est à vous que je dois parler ! »
Le Sombrarcher le plus grand et le plus fort fit claquer ses sabots dans sa direction.
« Soit ton maître est idiot, soit il est naïf… quoiqu'il en soit, il aurait dû te prévenir. » Des dents cuivrées apparurent sous ses lèvres noires. « Nous tuons les messagers. Tant pis pour toi, avorton. » Le centaure tourna sa face noircie vers son armée. « Finissez-en. » Ses soldats brandirent leurs arcs.
« Je t'implore, ô guerrier de l'ombre, de m'épargner ! » cria Sam. « Au nom de Pabilsag, initie-moi à tes sombres secrets ! Plonge-moi dans les flammes noires et je serai fidèle à… »
« Misérable ver ! » s'écria Magel. Il gifla Sam qui perdit l'équilibre sous le coup et tomba sur le sol. Il reprit sa plainte dès qu'il fut parvenu à soulever son visage plaqué sur le sol, faisant abstraction de la douleur prégnante qui s'insinuait dans sa mâchoire.
« … ta cause de cendre et de poussière. Apprends-moi les runes obscures et je serai à jamais ton loyal serviteur. Areho pabilsag mancte arum… »
« Comment oses-tu ? Comment connais-tu les paroles sacrées ? » cracha Magel qui rua en avant, ses sabots frôlant dangereusement le crâne de Sam. Ce dernier s'efforça de garder son calme, conscient qu'être parvenu à achever sa plainte lui donnait un avantage non-négligeable.
« Vous devez me garder, désormais. » annonça-t-il, triomphant. « Lord Voldemort m'envoie pour discuter… »
Des hennissements furieux retentirent autour de lui. Le poing de Magel se referma sur ses cheveux de paille et tira son crâne en arrière. Sam s'efforça tant bien que mal de retenir son cri de douleur.
« Ou je pourrais te tuer immédiatement. Tu as peut-être prononcé nos prières mais tu n'es qu'un humain et Pabilsag ne protège pas les créatures dans ton genre. Nous serons plus enclins à entendre ce que ton maître a à dire lorsqu'il découvrira ton corps réduit en cendres, qu'en dis-tu ? »
« Alors, vous n'êtes pas intéressés ? » crâna Sam avec infiniment plus de panache qu'il n'en ressentait réellement. « Même si on vous proposait une nouvelle ère où vous n'auriez plus à vous cacher ici, et si Lord Voldemort vous offrait d'habiter à nouveau la Forêt Interdite ? »
« Quelle est cette ruse ? » grogna Magel.
« Ce n'est pas une ruse. C'est une proposition très sérieuse. Gardez-moi ici, discutons de vos conditions, et je les lui rapporterai quand nous aurons trouvé un accord. »
« C'est ridicule. » cracha un Sombrarcher, dont les narines laissaient échapper de la poussière noire à chaque expiration. « Un humain parmi nous ? Aucun bois ne mérite cet affront… » Plusieurs têtes se tournèrent vers lui avec réprobation.
« Tais-toi. » intima son voisin. « On ne blasphème pas lorsque la Forêt Sombre est en jeu. »
Mais Sam gardait ses yeux rivés sur leur chef.
« Qui est Lord Voldemort ? Que nous veut-il précisément ? » finit par demander Magel.
« … incroyable que Potter ait été nommé préfet-en-chef. A quoi pense Dumbledore, franchement ? »
Le sang coulait, la flamme s'élevait vers les cieux, et le Sombrarcher plongeait dans le feu noir tandis que Sam ne pouvait que se répéter inlassablement qu'il était le premier, sinon le seul, à avoir jamais assisté à ce rituel…
« … leur équipe de quidditch. Ça va se jouer entre Tiffany et Watson, à mon avis… »
Encore un peu de patience. Quand les Sombrarchers seraient ré-instaurés dans la Forêt Interdite, ils récupéreraient une torche de Feu Noir… et alors, ils pourraient creuser la tombe de sa mère, Lord Voldemort lui avait promis…
« … en janvier, j'aimerais bien préparer mes ASPIC tranquillement… »
Barty riait alors que Lord Voldemort pointait sa baguette dans le vide et faisait surgir un bout de parchemin imitant en tout point une attestation de stage du CRIM. « Ajoute un sortilège de confusion et ton père sera persuadé que tu as passé ton été à assister un enchanteur, Samwell. »
« … entre toi et McKinnon, hein, Patil ? T'as pas choisi la plus laide, hein ! »
« Personne d'autre que toi n'aurait pu réussir à rester aussi longtemps auprès d'eux. Maintenant, écoute-moi… quand tu retourneras à Poudlard, tu trouveras une salle gardée par une gorgone. Il suffit de te munir d'un miroir pour y entrer… »
« … pensais à essayer de rentrer chez les Frelons. Mais il paraît que les Barbares ont un terrain incroyable alors j'hésite… »
« Il est temps de commencer à purger Poudlard, mais je ne veux pas que les futures forces vives de notre mouvement se fassent prendre avant même d'avoir terminé leurs études… il ne faut pas que Dumbledore les arrête, tu comprends ? »
« … Défenses contre les Forces du Mal ? On n'a pas eu un seul prof qui tenait plus d'un an. »
« Tu as été si intelligent, si prudent. Ce ne sera pas long. L'attaque aura lieu avant Noël… »
« … l'ai vu pleurer entre deux compartiments, il a perdu sa tante pendant l'attaque du Chemin de Traverse. J'ai lu dans la Gazette que le Ministère allait essayer de négocier. Ton père est d'accord avec ça, Willis ? Willis ? … Willis ! »
Il secoua la tête pour sortir de sa transe.
« Bah alors, tu rêves ? »
Arnav et John Edgecombe éclatèrent de rire en s'affaissant encore davantage dans les banquettes moelleuses du Poudlard Express.
« Debout, Willis ! » se gondola Edgecombe en lui lançant des papiers de chocogrenouilles froissés qui rebondirent sur sa poitrine. Arnav sourit mais n'intervint pas, cette fois.
Il avait à peine rangé le miroir dans sa poche et passé la gravure de la gorgone qu'un bras se glissait sous son cou pour le plaquer contre le mur.
« Qu'est-ce que tu fais là, espèce de petit traître-à-ton-sang ? Tu nous espionnes ? »
Sam haussa les yeux au ciel malgré sa difficulté croissante à s'approvisionner en oxygène.
« Lâche-moi ! C'est moi qui vous ai donné rendez-vous ! » croassa-t-il.
Mulciber relâcha sensiblement sa prise.
« Et pourquoi je devrais croire un sale petit Serdaigle dans ton genre ? »
« Comme s'il suffisait d'être à Serpentard pour agir. » se moqua Sam. « Votre propre préfète est l'engeance d'un cracmol et d'une bourbeuse… »
« Lâche-le, Mulciber. » chuchota Rogue, légèrement en retrait, les bras croisés sur sa robe noire.
« Parce que tu penses vraiment que c'est lui, notre contact ? » ironisa le Serpentard qui s'exécuta néanmoins.
Sans ajouter un mot, Sam retroussa sa manche et laissa apparaître la marque noire sur son avant-bras. Avec satisfaction, il observa Rogue et Mulciber écarquiller les yeux, incrédules.
« Tu sais ce que je crois, Mulciber ? Que tu es à ça de te dégonfler. Si je m'en vais maintenant, Il ne perdra plus son temps avec vous. Alors c'est comme tu veux… un seul mot de ta part, et je vous laisse tranquille. »
« Non ! » déclara fermement Rogue en faisant les gros yeux à Mulciber. « On te croit. C'est juste… inattendu. »
« Très bien. Il va avoir besoin de vous dans les prochains mois. Il est temps d'exposer les nés-moldus pour ce qu'ils sont et de leur faire comprendre qu'ils ne sont pas les bienvenus ici. »
« Enfin ! » clama Mulciber qui le dévisagea avec un intérêt nouveau, son air antipathique peu à peu remplacé par une expression avide.
« C'était toi, le coup d'éclat de ce matin ? » demanda Rogue avec méfiance. « Marquer sang-de-bourbe sur leur peau, c'était toi ? »
« Si tu cherches des preuves, jette un coup d'œil au chaudron. Il est encore plein d'amanites et de sang de fée. »
« Et ben, Willis. Je savais pas que tu avais ça en toi ! » se réjouit Mulciber. « J'aurais même dit l'inverse. Nous aussi, on a quelques idées pour pourrir la vie de ces sang-de-bourbe… »
« J'ai une remarque. » commenta Rogue après un bon quart d'heure dédié à passer en revue leurs différents plans. « Comment est-ce que tu comptes faire pour cacher les traces de magie noire ? »
« Regarde où on est, Snivellus. » Rogue lança un regard furibond à Mulciber. Ce dernier utilisait sciemment le surnom qu'il abhorrait mais s'était tout de même répandu dans toute l'école depuis leur première année. L'intéressé ne flancha pas : ces deux-là traînaient ensemble depuis quelques années, mais Mulciber ne ratait jamais aucune occasion de marquer sa supériorité, tant en statut du sang que par rapport à leurs positions respectives au sein de l'école. « Une pièce cachée, uniquement dédiée à pratiquer la magie noire. Qu'est-ce qu'il te faut de plus, Rogue ? »
« Vous savez pratiquer l'occlumancie ? » demanda simplement Rogue. « Parce que la magie noire laisse des traces indélébiles, y compris dans l'esprit. Ça demande des années de pratique pour parvenir à les cacher convenablement à un legilimens accompli comme Dumbledore. Peut-être que Willis restera à l'abri plus longtemps, mais ils viendront chercher du côté de notre salle commune dès la première incartade. Toi et moi, on sera en ligne de mire. Surtout qu'Avery et Lestrange vont rapidement nous suspecter, et ils réclameront d'être de la partie… »
« Ça, en revanche, c'est sûr. Bellatrix Black m'a chargé de garder un œil sur tous ceux qui pourront se battre dans les trois prochaines années, Serpentard est plein de bons éléments. Ce sera moi, le responsable des recrues de Poudlard. » annonça Mulciber avec importance.
Sam eut un sourire moqueur. Morag Mulciber n'était qu'un pauvre rabatteur chargé de faire patienter comme il pouvait des élèves de sa maison, ceux-là même qu'il connaissait de toute façon depuis l'enfance… il n'avait aucune idée des risques que prenaient des personnes telles que Barty… ou telles que lui.
« Tu as raison, Rogue. Parfois, ce sont même les ingrédients qui laissent des traces. Ce qu'il faudrait, c'est que quelqu'un effectue le sale boulot à notre place. »
« Pas un Serpentard. » argua Rogue immédiatement. « C'est dans les cachots qu'ils chercheront en premier. »
Sam réfléchit un instant. « Je vais trouver quelqu'un. »
« Catherine McKinnon va soutenir tous les projets de lois pro-moldues, c'est certain. Si on en croit l'attitude de sa fille, en tout cas, ça promet du grabuge. » fit remarquer Sam qui lisait le journal.
« Marlene a réagi par amitié pour Lily, tu le sais très bien. Ce n'était pas réfléchi, c'était… un truc de Gryffondor, je suppose. » grommela Arnav en cirant le manche de son balai. Ses épaules se relâchèrent d'un coup et il abandonna ses efforts, laissant le balai rouler sur son couvre-lit. « Je n'aurais pas dû crier comme ça. Je pourrais peut-être aller m'excuser. Ce n'est pas comme si on avait à parler politique quand on se retrouve tous les deux, de toute façon… »
Sam abaissa la Gazette pour considérer son camarade.
« Tu n'es pas sérieux. »
« Et pourquoi pas ? » Arnav haussa les épaules. « J'étais étonné que tu ne rejoignes pas le groupe de Potter, d'ailleurs. Je croyais que tu étais pro-moldu. »
Le cœur de Sam manqua un battement. « Ce n'est pas tout à fait… c'est compliqué. »
Maussade, Arnav recommença à polir le manche de son balai.
« Marlene est… spontanée. Mais ça a aussi ses avantages. »
« Tu peux faire mieux. »
« Mieux que les McKinnon ? » demanda Arnav, sarcastique. « Bon sang, quand je pense que je lui avais demandé de se renseigner pour mon stage de printemps… ça m'étonnerait qu'elle le fasse, maintenant. »
« Tout ne se résume pas aux stages et aux résultats scolaires ! » claqua sèchement Sam.
« C'est facile pour toi de dire ça, tu es un Willis. Ton père peut t'introduire n'importe où. Au cas où ça t'aurait échappé, on ne trouve pas beaucoup de Patil, ni au Ministère, ni ailleurs. »
« C'est pour ça que tu passes plus de temps avec Edgecombe ? »
« Si tu veux tout savoir, oui. » rétorqua Arnav avec amertume. « J'ai bien compris que construire une carrière n'avait pas d'intérêt pour toi, et que tu ne me proposerais jamais de m'aider à ce sujet. »
Sam resta bouche bée un instant, contemplant leurs sept années d'amitié sous un œil nouveau. C'était comme si on venait de lui retirer des lunettes mal adaptées à sa vue. Tout ce temps, il avait cru qu'Arnav appréciait son intelligence, son savoir – visiblement, ce n'était pas après quoi il en avait…
Trop sidéré pour répondre, il se précipita hors de la chambre en claquant la porte, et dévala l'escalier menant à la salle commune de Serdaigle. Ses pas ralentirent toutefois tandis qu'il parvenait en bas des marches. Haletant de colère, il fit demi-tour, grimpa les marches deux par deux et revint en trombe dans leur chambre.
« Impero. » lança-t-il avant qu'Arnav ait pu ouvrir la bouche. Les yeux du garçon se vidèrent de toute étincelle.
Personne ne soupçonnait Arnav Patil. Le garçon lui-même n'avait aucune idée de sa propre implication. Et à chaque fois, l'imperium sortait de la baguette de Sam avec plus de fluidité, de facilité qu'avant. Il s'emparait du corps d'Arnav, guidait ses pas jusqu'à la salle de la gorgone, chuchotait les gestes à effectuer, les potions sombres à lancer, les noms à inscrire sur le mur. Un sortilège d'amnésie achevait le tour.
C'était simple et efficace, et son maître se réjouissait de leur progression.
« Il faut les exposer pour ce qu'ils sont. Faites que chaque sang-pur sache exactement qui il convient de fréquenter et quel camarade n'est en fait qu'une fraude, qu'une moitié de véritable sorcier… » Lord Voldemort croisa ses longues mains dans son dos et contourna le feu qui brûlait dans la caverne. « Pourra-t-on compter sur les McMillan ? »
Sam hocha la tête de droite à gauche. « Les enfants McMillan se sont ralliés au groupe pro-moldu. »
« Hélas, tous ne sont pas pourvus de la même jugeote que Bartemius et toi. » déplora Lord Voldemort.
« Le clan McMillan est étendu, maître. » fit remarquer Barty. « Peut-être qu'enlever un de leurs enfants permettrait de leur faire comprendre où aiguiller leur loyauté… »
« Non, les McMillan sont hélas trop têtus pour céder à ce genre de stratagème. » Le mage marqua une pause avant de se tourner à nouveau vers Sam. « Mais Hugh Willis s'effondrera quand son fils disparaîtra, notre oreille nous l'a assuré. La Gazette est déjà infiltrée, il ne manque plus qu'un petit tour de force et elle sera à nous… »
« La direction s'apprête à couper le réseau de cheminées, maître. Il me sera impossible de venir directement ici… »
Lord Voldemort effectua un vague mouvement de la main pour écarter ce souci.
« Ce n'est pas grave, il ne reste plus que deux semaines avant Pré-au-lard, Samwell. Prêt à disparaître ? »
Le jeune homme s'inclina avec déférence.
Pré-au-lard était à feu et à sang et Sam s'apprêtait à transplaner quand un poing brûlant se referma autour de son cou.
« Pas si vite, avorton ! » gronda Magel. « Ton maître est en train de se battre et déjà, tu cherches à t'enfuir ? Nous n'avons pas même conquis le château ! »
« C'est lui qui m'a donné l'ordre de partir ! »
Les yeux du Sombrarcher se rétrécirent en deux fentes flamboyantes tandis qu'il soulevait le garçon de terre pour que leurs visages se retrouvent à même hauteur.
« Il nous a promis la forêt et nous avons à peine encerclé le village… il avait promis… »
« Les Aurors… arrivés… plus tôt que prévus… Dumbledore… ils se battent tous… »
Magel insista sur sa prise et Sam ne put terminer sa phrase.
« Toujours des prétextes, toujours des excuses… Nous nous sommes révélés pour vous, nous nous sommes battus pour vous, et vous n'êtes pas même de taille à honorer vos promesses… »
Enfin, il le relâcha et Sam s'écrasa une fois de plus dans la poussière.
« Si tu n'avais pas prêté le serment de Pabilsag, je t'éventrerais. » grinça le Sombrarcher. « Puisque c'est comme ça, nous allons reprendre la Forêt par nous-même. Nous n'avons pas besoin de Lord Voldemort. »
Il saisit la corne suspendue à son épaule et appela ses troupes. Les Sombrarchers partirent au galop et contournèrent la Cabane Hurlante, leurs sabots piétinant la barrière délimitant le jardin. Ils disparurent dans le bois qui les mènerait aux profondeurs de la forêt. Sam porta ses mains à son cou endolori et transplana grâce à un dernier sursaut de conscience.
Bellatrix faisait crisser ses ongles écarlates sur la méridienne recouverte de velours noir. Personne n'avait le courage de lui demander franchement de cesser cet horrible bruit désagréable et répétitif, pas même Lucius Malefoy qui la contemplait avec un sourire ironique, adossé au mur du salon.
« Et bien ! On s'est réveillé avec la baguette tordue ? » se moqua-t-il.
La sorcière haussa un menton boudeur.
« Contrairement à toi, Lord Malfoy, j'ai trop de talent pour me résigner à garder des enfants. Deux fois pendant les vacances de Noël, c'est trop. » grogna-t-elle en se resservant un verre de vin d'airelles.
« Est-ce que tu qualifierais ta mission d'ingrate, Bella ? Souhaiterais-tu faire part de cette réflexion au Seigneur des Ténèbres ? »
« Il me fait suffisamment confiance pour me confier ses recrues. C'est déjà plus que ce dont tu peux te vanter. » répliqua-t-elle avec hauteur. « Même si lesdites recrues manquent de caractère et mangent comme quatre. » ajouta la sorcière en lançant un regard en coin à Sam, plongé dans l'examen d'un imposant crâne de d'oiseau-tonnerre posé sur le guéridon. Celui-ci ne releva pas : depuis son arrivée chez Cygnus et Druella Black, Bellatrix n'avait fait que se plaindre de sa présence. Il n'en avait cure : elle n'était qu'une peste et seul l'opinion de leur maître lui importait.
On frappa à la porte et un elfe servile annonça l'arrivée de leurs invités. Bientôt, Morag Mulciber et Shelagh Lestrange entrèrent, encore emmitouflés dans leurs capes hivernales.
« Comment va Poudlard ? » demanda Bellatrix sans préambule.
« Quand seront-nous autorisés à punir à nouveau les sang-de-bourbe ? » s'emporta aussitôt Mulciber en tirant furieusement sur le cordon de sa cape. « Ils se croient bien à l'abri au château, comme si rien n'avait changé pour eux, comme si tout ce que nous accomplissons n'avait aucune importance… »
« A la rentrée. » proposa aussitôt Malefoy, coupant le Serpentard de court. « Et arrange-toi pour te faire prendre, cette fois-ci. »
« Qu… quoi ? » bredouilla Mulciber.
« Le Seigneur des Ténèbres a besoin de toi. » annonça Bellatrix. « Oublie tes ASPIC et viens nous rejoindre. Nous manquons d'hommes sur le terrain depuis que ce vieux débris de Dumbledore essaie de nous saboter sans passer par le Ministère. A moins que tu aies changé d'avis ? » ajouta-t-elle, doucereuse.
Mulciber hésita un instant. « Non… Bien sûr que non. »
« Parfait. Accomplis ton meilleur tour de magie noire, trésor, et fais-toi prendre. Laisse traîner tes ingrédients, arrange-toi pour être pris sur le fait, peu importe. On te délivrera avant Azkaban. » déclara Bellatrix avant de finir son verre d'une traite.
« Comment se porte le garçon qui travaille pour vous ? » interrogea Malefoy. « Arnav Patil, c'est bien ça ? »
Shelagh avança d'un pas.
« L'imperium fonctionne toujours sur lui, mais il a de plus en plus l'air… comment dire… »
Sam releva la tête et sonda le visage de la jeune sorcière. Elle semblait moins inquiète que curieuse, à la façon d'un enfant se demandant au bout de combien de temps pourrait tenir le poisson sorti de son bocal.
« Oui, le sort peut avoir ce type d'effet quand on l'utilise à répétition. » coupa Bellatrix. « Assure-toi juste que les sortilèges d'amnésie font toujours effet. Il fera un coupable parfait. »
« Pourquoi ne pas laisser Mulciber porter le chapeau du reste, alors ? » demanda Sam en ignorant le regard furieux du Serpentard.
« Parce qu'on veut que le petit Patil continue à accomplir son rôle. Shelagh le maintiendra au chaud. » assura la sorcière. « Vous pouvez disposer. »
« Pas encore. Il faut que vous alliez voir les Sombrarchers. » lança Sam avec aplomb.
Tous se tournèrent vers lui. Bellatrix avait l'air d'avoir avalé du pus de bubobulb.
« Dit qui ? » s'offusqua-t-elle.
« Notre maître, bien sûr. » répondit-il, satisfait de voir la mégère se raidir à l'idée que leur maître ne lui confiait pas l'intégralité de ses plans. « Ils se sont réfugiés dans la partie est de la forêt et ont déjà livré une première bataille avec les Centaures. Ils ont récupéré la cascade, mais n'ont pas réussi à progresser davantage. Nous aurons besoin d'eux pour la suite. Il faudra négocier. »
« Avec les Sombrarchers ? » répéta Shelagh, beaucoup moins assurée que d'habitude.
« Si c'est un ordre de notre maître… » commenta Lucius, songeur.
« C'est indispensable à la suite. » assura Sam.
C'était indispensable de récupérer le Feu Noir. Sa mère attendait toujours, quatre pieds sous terre, et il lui tardait de la voir revenir à lui…
« Le Seigneur des Ténèbres souhaite que nous traitions avec eux. » dit Mulciber, un sourire de triomphe inscrit sur son visage. Sam savait très bien qu'il se réjouissait de l'avance prise sur Severus Rogue. C'était une mission bien plus importante que d'organiser quelques vendettas au sein de Poudlard. Le Serpentard craignait encore de se faire mal voir par ses professeurs et les autorités ministérielles, mais l'idée de monter dans la hiérarchie des Mangemorts l'attirait toujours. « On s'en charge. »
« Ton père est une épave. » lui annonça Shelagh après que Sam l'eut amenée saluer Druella Black, réfugiée dans son boudoir comme à son habitude. « Tu savais que c'était le mien qui avait pratiqué la legilimencie sur lui ? Comme il travaille aussi à la Gazette, c'était tout indiqué. C'est comme ça qu'on a su qu'il était temps de feindre ton enlèvement. Je ne pensais pas que ton père serait si effondré étant donné que vous ne vous entendiez pas… ou pas au point que votre relation nuise à ton engagement, en tout cas. » Elle haussa les épaules. « Comme quoi, on ne sait jamais vraiment ce que les gens cachent à l'intérieur d'eux. N'est-ce pas ? »
Il était plus de vingt-trois heures quand la tête de Severus Rogue apparut dans l'âtre de la cheminée des Black.
« Hâte-toi, petit Rogue. » le pressa Bellatrix en resserrant le kimono de soie grise qui lui servait de robe de chambre. « Je n'ai pas de temps à perdre. »
Sam et Barty échangèrent un regard vaguement amusé. A maintes reprises, leur hôte avait clairement établi qu'elle ne supportait pas de superviser les plus jeunes recrues. Pourtant leur Seigneur maintenait son rôle malgré les divers stratagèmes de la sorcière destinés à la débarrasser de sa tâche.
« Moi non plus. » rétorqua Rogue. « Slughorn n'a activé sa cheminée privée que parce j'ai prétendu une urgence familiale. La communication sera coupée d'ici cinq à dix minutes. »
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda Barty.
« J'ai une information à vous transmettre. Je n'ai pas tous les détails, mais je crois que c'est important. » commença prudemment le jeune homme.
« Allez ! » l'encouragea Bellatrix, à bout de nerfs.
Au grand désespoir de la sorcière, Rogue sembla tourner plusieurs fois sa langue dans sa bouche avant de reprendre.
« Je crois… je crois que certains sorciers font des expériences avec un cracmol du nom de Cynog Warwick qui a fondé l'Union des Sans-Pouvoirs. » annonça-t-il. « Est-ce que le terme de cruxibe vous est familier ? »
Pendant un instant, rien ne lui répondit que les cendres crépitant dans l'âtre des Black. Sam se demanda s'il s'agissait d'une plaisanterie et ne sut quoi répondre. Bellatrix pouffa d'un rire méprisant.
« Une légende révoltante. » décida-t-elle en étirant ses longs bras graciles. « C'est pour ça que tu nous déranges ? C'est un conte, petit Rogue. »
« Le livre qui en parlerait est inutilisable, non ? » demanda Barty en croisant les bras, mais son visage affichait une curiosité sincère, bien éloignée de la condescendance de Bellatrix. « Même si tu dis vrai, qui aurait pu y avoir accès ? »
« Je l'ignore. » avoua Rogue. « Mais je sais que Cynog Warwick, le cracmol né d'Octave Warwick et Cybel Malefoy, est toujours recherché par le Ministère. Que des élèves de Poudlard l'ont aidé à extirper Fortis de la bibliothèque de l'école et qu'ils lui ont apparemment appris à se canaliser pendant les vacances de Noël. Je sais que ça paraît fou, mais il peut faire de la magie maintenant. »
« Impossible ! » trancha Bellatrix, révulsée. « Tu mens. »
« Je ne prendrais pas le risque d'informer le Seigneur des Ténèbres si je n'étais pas certain qu'il se passe quelque chose d'anormal. »
« Qui a aidé Warwick à réaliser cette abomination ? » demanda Sam.
Une fois de plus, Rogue prit son temps pour répondre.
« James Potter. Sirius Black. » Nouvelle pause. « Et Lily Evans. »
Bellatrix grogna. « Deux traîtres-à-leur-sang et une sang-de-bourbe. »
« Si j'ai bien connecté les images perçues par légilimencie, ils le cachaient chez les Evans. » Rogue tourna la tête dans les cendres. « Slughorn arrive, je dois partir… »
Le profil crochu de Rogue disparut pour reprendre la forme de simples braises brûlant dans l'âtre.
« Absurde… un simple conte… mais s'il dit vrai… » balbutia Bellatrix, encore sous le choc.
« Rogue a toutes ses raisons d'accuser Black et Potter, ils se détestent mutuellement. Mais il était ami avec Evans, dans le temps. » les informa Sam. « Il la connaît suffisamment bien pour deviner qu'elle trame quelque chose. »
Contre toute attente, Bellatrix réagit à ce détail comme s'il s'agissait d'un élément particulièrement juteux.
« Vraiment ? » fit-elle, l'œil soudainement brillant.
Barty commença à faire les cent pas sur l'épaisse moquette du salon.
« Il faut absolument vérifier ses dires. Si c'est vrai… » commença-t-il, un mélange de peur et de menace pointant dans sa voix.
« Nous les éliminerons tous. Les deux traîtres, le cracmol et la sang-de-bourbe. » conclut Bellatrix.
« J'irai au Ministère demain. » annonça Barty. « Ils doivent avoir un dossier sur Warwick, je retrouverai sa trace. »
Quand il quitta le salon, Bellatrix attrapa Sam par la manche de sa robe de chambre.
« Rogue était ami avec une sang-de-bourbe ? » vérifia-t-elle.
Il haussa les épaules. « C'était au tout début de Poudlard. Ça fait des années qu'ils ne se parlent plus. Il est revenu à la raison avant de devenir totalement pathétique… »
Mais la sorcière demeura songeuse.
« Je veux que tu me racontes tout ce que tu sais sur Severus Rogue. » ordonna-t-elle.
« Je n'obéis qu'à notre Maître. » rétorqua-t-il en se dégageant vivement.
Il ne porta aucune attention aux exclamations rageuses et indignées qui le poursuivirent jusqu'à la porte de la chambre d'amis.
Même pendant l'attaque de Pré-au-lard, il ne se rappelait pas avoir vu autant de sang s'écouler d'une seule personne. Shelagh Lestrange s'était littéralement vidée de son sang. Une large coupure s'étendait à travers la peau déchiquetée de sa poitrine, jusqu'à son avant-bras, et passant par l'omoplate… On ne leur avait pas montré à quoi pouvait ressembler quelqu'un qui se désartibulait pendant leurs leçons de transplanage, mais l'image resterait pour sûr gravée dans sa mémoire.
« Il y avait un loup-garou et… des animaux… je crois… je crois que Sirius Black se transformait en chien… » balbutiait Mulciber, livide.
Rodolphus serra la main de sa jeune cousine inconsciente et la porta à ses lèvres.
« C'est fini pour elle. » déclara-t-il gravement avant de laisser la main raidie retomber sur la couche trempée de sang.
Bellatrix pinça ses lèvres mais ne dit rien.
« Et Magel ? Qu'est-ce qu'il a dit ? » s'enquit Sam.
« Il ne veut plus traiter avec nous. Il a essayé de nous tuer. » cracha Mulciber en s'épongeant le front.
Sam dégaina sa baguette et la pointa sur le cou du Serpentard qui le jaugea avec surprise, mais sans aucune peur.
« Tu vas y retourner. Tu vas… » commença-t-il.
« Allons, ce n'est pas le moment de faire jou-jou avec sa baguette. » le tança Bellatrix, le forçant à abaisser sa baguette d'un geste de la main. « Les Sombrarchers n'ont jamais été une priorité. Ils ne sont qu'une version moins niaise des centaures, mais ça reste des hybrides. S'ils ne veulent pas travailler avec nous, tant pis pour eux. »
« Non ! » s'écria Sam, ulcéré. « Non ! Ils avaient promis… le Feu Noir… je peux y retourner, je parlerai à Magel… »
« Si tu tiens à te faire tuer ! » répliqua Mulciber.
Sam leva à nouveau sa baguette mais Bellatrix fut plus rapide que lui.
« Expelliarmus ! »
Une fois la baguette de Sam glissée dans sa poche, elle s'approcha de lui, les mains sur les hanches.
« C'est exactement pour ça que je refuse de me charger des nouvelles recrues ! Tout ce que vous cherchez à faire, c'est vous amuser avec un peu de magie interdite. Ce n'est pas le Feu Noir qui nous aidera à reprendre le Ministère. Gran-dis. » souffla-t-elle.
« Tu es notre otage, Samwell. » grogna Rodolphus en amenant un linge sur la dépouille de Shelagh. « On aurait dû te retirer ta baguette dès le début. »
« Je ne suis pas… je me suis dévoué pour… » protesta-t-il.
« On t'a enlevé, tu te rappelles ? » lança Bellatrix. « C'est ce que tout le monde croit, de toute façon. »
« Tu n'iras nulle part. » renchérit Rodolphus. « Tu vas rester ici, bien au chaud. On aura besoin de toi pour faire plier ton père définitivement.»
« Nous sommes là pour la cause. » lui rappela Bellatrix. « Nous sommes tous au service de notre maître, rappelle-toi. »
Pour la cause, essaya de se rappeler Sam, mais quelle cause était-ce, déjà ?
Il ne pouvait que se rappeler que de la tombe de sa mère qui n'attendait que sa visite, du Feu Noir qu'il aurait dû récupérer…
Pour la cause, pour la bonne cause, se répétait-il alors que Rodolphus, Bellatrix et Mulciber quittaient la chambre. Shelagh était morte pour la bonne cause…
C'était pour la bonne cause.
Et bien voilà un chapitre dont j'aurais accouché dans la douleur…
Je suis vraiment désolée du temps que ça a pris. Il a pourtant été ouvert quasiment tous les jours depuis la publication du dernier mais j'ai progressé de deux lignes en deux lignes. La première partie, c'est allé vite, mais la deuxième… brrrr. C'est bête car j'avais en tête l'histoire de Sam depuis le début. Mais j'ai été tellement stressée ces derniers temps que je n'avais AUCUNE envie de traiter les méchants. Laissez-moi écrire du fluff et des scènes mignonnes avec des personnages que j'aime, je n'ai pas la force de ressentir tout ce qu'un méchant doit ressentir pour être aussi vilain !
Du coup s'est rajoutée une grosse crise de confiance en mode « ça n'intéresse PERSONNE et c'est NUL », ce qui est absolument contre-productif et ralentit considérablement le processus d'écriture. Bref, au moins, c'est fait [se roule par terre façon Draco dans A Very Potter Musical]
Concernant la deuxième partie, j'avais très envie d'illustrer quelque chose que Sirius dit dans l'Ordre du Phénix, sur le fait que Voldemort n'attaque jamais de front. Il manigance, manipule, prépare des coups tordus pour empêcher ses adversaires de répliquer. J'aimais bien cette idée qu'il était notamment allé manipuler de jeunes recrues, fragiles et incertaines (surtout les garçons à cet âge, hein, ON LES CONNAÎT) pour leur retourner le cerveau et les liguer contre leurs parents ou leur école. J'espère avoir à peu près été fidèle à mon intention de départ.
J'espère que ça vous aura quand même plu…
Quant au chapitre 22 : il est déjà en partie écrit. Je fais mon maximum pour le boucler !
Enfin, les réponses aux reviews :
So : je suis bien heureuse de voir que les chapitres longs ne rebutent pas tout le monde (et comme dans la vie, je me désaltère à 70 % de tisanes, j'approuve totalement ton programme !) J'imagine si bien James et Sirius se battre dos à dos, leur permettant ainsi de couvrir la pièce à 360°. Je suis très touchée que tu relises certains passages, vraiment, tout ce que j'espère en écrivant cette histoire c'est que ça en embarque certain(e)s et que ça vous fasse du bien autant qu'à moi quand je l'écris ! Merci beaucoup pour la création d'entreprise, on devrait ouvrir cet automne donc n'hésite pas à te manifester par internet si tu viens y boire un verre;) Merci d'avoir encore pris le temps de commenter !
Vlad : « le couple goal », haha ! Oui, c'était un peu l'apothéose, cette bataille ratée pour les Mangemorts et le first kiss parce que l'amour triooomphe ! Moi aussi j'aurais honte de recevoir une beuglante mais James est rarement gêné, c'est l'avantage d'avoir un ego surdimensionné. Merciiii pour tes vœux pour mon projet, ça me fait très plaisir:) Merci de lire, de reviewer, merci pour les compliments ! Et garde ta bonne humeur de fin d'année !
Camille : Merci d'avoir pris le temps d'écrire une review, ça me fait très plaisir:) j'ai le cœur qui bat comme une midinette à chaque fois que l'un de vous me dit qu'il a ri à un passage, ou été ému ou a relu certains passages qui lui ont plu donc merci de me le dire;) et si tu es fan de JiLy et que cette histoire t'a plu, je suis encore plus fière ! J'espère que la suite te plaira tout autant !
Guest : je suis honorée que certains d'entre vous dévorent l'histoire en l'espace de 3/4 jours… mais par pitié, DORMEZ ET HYDRATEZ-VOUS, je ne voudrais pas être responsable d'accidents suite à ce binge-reading ! Merci d'avoir reviewé, j'espère aussi que la suite te plaira !
Un grand MERCI à vous tous, chers lecteurs, qui reviewez ou restez muets !
N'hésitez pas à me faire part de vos impressions, remarques et questions, ça me boostera pour la suite !
