Salut tout le monde ! Voici un nouveau chapitre. Je viens de m'apercevoir que l'histoire fait maintenant plus de 100000 mots ! Epatant ! Je ne pensais pas que j'écrirais autant ! En tout cas, c'est en partie grâce à vos encouragements ! Merci beaucoup (et continuez comme ça !).
Bonne lecture !
Chapitre 21
Les trois semaines qui suivirent furent difficiles. Les révisions pour les examens de fin d'année avaient commencé, et j'avais beaucoup de projets de groupe à terminer. Je passai la plupart de mes après-midis en compagnie d'Angela, de Ben, de Mike et de Jessica, avec qui j'avais la plupart de mes projets. Nous avions généralement du mal à nous mettre à travailler, et nous passions plus de temps à ragoter et à boire de la bière qu'à réellement avancer nos projets. L'approche du bal de fin d'année nous offrait un sujet tout trouvé pour médire sur nos camarades. Les paris allaient bon train pour savoir qui inviterait cette pimbèche de Lauren et avec qui viendrait le capitaine de l'équipe de foot. Mike n'avait pas encore invité Jessica qui me demandait de parler en sa faveur à Edward. Je faillis m'étrangler lorsqu'elle m'en parla et je lui répondis en toute honnêteté que je ne lui parlais plus beaucoup et que je n'étais probablement pas la première personne qu'il écouterait. Je lui promis tout de même de lui glisser un mot si j'en avais l'occasion pour qu'elle arrête de me harceler à ce sujet.
Lorsque Mike demanda des conseils à Ben et Eric pour sa demande à Jessica, je me joignis à la conversation. Je m'étais beaucoup rapprochée des garçons, avec qui je discutais régulièrement. J'avais le statut de bonne copine à qui on pouvait demander des tuyaux et avec qui on pouvait parler de "trucs de mecs". J'appréciais énormément cette nouvelle intimité et je me réjouissais de pouvoir partager autant avec eux. Cela était d'autant plus agréable que j'avais également la confiance de la gente féminine du groupe, puisque j'étais toujours aussi proche d'Angela et que Jessica ne me considérait plus comme une rivale, ce qui avait largement détendu nos relations. Elle était toujours un peu mal à l'aise lorsque je faisais des blagues un peu tendancieuses, mais de manière générale, nous nous parlions normalement. Lorsqu'elle avait bu, elle me posait même des questions indiscrètes, essayant probablement de s'imaginer ce que l'on pouvait ressentir en faisant l'amour à une autre femme... Je répondais généralement de manière évasive, et son état d'ébriété ne lui permettait pas de voir clair dans mon petit jeu, mais j'étais intérieurement touchée qu'elle montre un intérêt - même mal placé - pour ma relation avec Alice.
Tout le groupe avait pleinement intégré le fait que je ne voulais pas venir au bal de fin d'année, et je sentais parfois dans leur manière de me demander de confirmer ma position qu'ils étaient un peu déçus que je ne sois pas des leurs à cet évènement. Cela ne manquait pas de me toucher et ma résistance commençait à s'effriter. Je sentais ma volonté s'affaiblir de jour en jour. Plus nous en discutions et plus j'avais envie de me joindre à eux. Mon cœur se serrait un peu en pensant que ce serait peut-être la dernière fois que nous serions tous ensemble. Par ailleurs, je savais qu'Alice déborderait d'enthousiasme à l'idée d'aller au bal de fin d'année.
Un après-midi, alors que nous avancions péniblement notre dernier projet d'histoire, Angela m'annonça en rougissant que Ben lui avait demandé d'être sa cavalière la veille après les cours, alors qu'ils étaient sur la plage. Je me moquai - bien évidemment - d'elle et de son côté romantique, et elle rétorqua :
- Mais et toi Bella, qu'est-ce que tu attends pour inviter Alice ?
Je l'avais regardée, choquée, avant de répondre :
- Et pourquoi est-ce que ce serait à moi de l'inviter, et pas l'inverse ?
Après avoir réfléchi quelques instants, elle m'avait répondu :
- Très juste, il n'y a pas de raisons particulières qui justifieraient que ce soit toi plutôt qu'elle. Mais si j'étais elle, je ne prendrais pas le risque de t'inviter.
- Et pourquoi ça ?
- Eh bien, tu dis à tout le monde que tu n'iras pas au bal de fin d'année, que tu ne sais pas danser et que ça ne t'intéresse pas.
Elle me regarda d'un air malicieux et poursuivit :
- Mais j'imagine que tu as un peu changé d'avis non ?
J'étais toujours surprise de la perspicacité d'Angela.
- Mmmh, à vrai dire, oui. En fait, je crois que j'aimerais bien aller au bal... avec Alice. Je ne pensais pas en arrivant que je me ferais de si bons amis...
Je baissai les yeux, un peu gênée. Les déclarations d'amitié et les démonstrations de sentiments n'avaient jamais été mon point fort – surtout lorsque j'étais sobre. Avec l'alcool, c'était différent.
- Disons que maintenant, j'aimerais bien partager ce moment avec tout le groupe. Cela ne fait pas longtemps que je suis ici, et il va déjà falloir que nous partions tous dans des directions différentes... En plus, j'ai envie de faire un effort pour Alice. Elle veut toujours que je me mette en robe... c'est l'occasion de lui faire plaisir.
Angela me regarda curieusement et répondit :
- Eh bien, je savais que tu étais folle amoureuse d'Alice, mais de là à porter une robe pour lui faire plaisir, je suis bluffée. Elle t'a vraiment ensorcelée !
Je rougis furieusement. J'étais effectivement moi-même surprise des sacrifices que j'étais prête à faire rien que pour soutirer un sourire à Alice ou pour lui faire plaisir. J'aimais la personne qu'Alice me faisait devenir. Après avoir repris mes esprits, je poursuivis :
- Enfin bon, c'est bien joli tout ça, mais si j'invite Alice à venir avec moi, cela veut dire que tout le lycée sera au courant... Je ne sais pas si c'est une très bonne idée.
Angela répondit aussitôt :
- Alors pour le coup, j'ai envie de dire, on s'en tape. C'est la dernière soirée de l'année. Tu l'as dit à tous tes amis - les vrais je veux dire - ajouta-t-elle avec un clin d'œil, et tu ne remettras plus jamais les pieds au lycée de Forks non ? Donc... je ne vois pas en quoi ce serait un problème... Tu ne reverras plus la plupart des gens qui seront à la soirée...
Elle avait effectivement raison, mais ce n'est pas parce qu'on ne revoit pas certaines personnes qu'on oublie ce qu'ils ont dit... Mon cœur se serra en pensant à Jake. Angela ne me laissa cependant pas le temps de m'apitoyer sur mon sort et ajouta :
- En plus, vous serrez tellement belles toutes les deux que tout le monde sera jaloux.
Je lui offris un demi-sourire. J'avais de toute manière déjà plus ou moins décidé que je voulais aller au bal avec Alice, j'avais juste eu besoin d'entendre Angela me dire que c'était effectivement une excellente décision pour arrêter mon choix. Je priai intérieurement pour qu'Alice n'ait pas de vision de ma décision, mais je me doutai que c'était peine perdue...
- Ok. Je lui demanderai. Mais à une condition : tu m'aides à choisir ma robe et tout ce qui va bien.
Elle n'hésita pas un seul instant et répondit avec un enthousiasme qui me laissa songeuse :
- Pas de soucis. On peut aller faire du shopping samedi prochain.
La séance de shopping avait été une véritable torture. Pour mon plus grand désespoir, Angela avait demandé à Jessica de se joindre à nous, sous prétexte que "deux avis valent mieux qu'un". Erreur. Deux avis compliquent énormément les choses. J'essayai au bas mot une vingtaine de robes. Il y avait toujours quelque chose qui n'allait pas. Celle-ci n'allait pas, le décolleté était trop important, celle-là n'allait pas, elle me faisait de grosses fesses, avec celle-ci je ne trouverais jamais de chaussures, cette autre ne faisait pas ressortir la couleur de mes yeux... Un véritable cauchemar. J'avais été prête à jeter l'éponge plusieurs fois et Angela m'avait alors déclaré :
- Pense au regard d'Alice lorsqu'elle te verra dans ta robe.
Et j'étais retournée dans la cabine d'essayage avec de nouvelles robes à essayer. Alice serait ma perte. C'était écrit.
Nous étions finalement toutes tombées d'accord sur une robe noire avec un décolleté croisé et qui m'arrivait au dessus des genoux en coupe droite. Simple, mais efficace. Armée de ma robe noire, l'achat des chaussures fut assez rapide. Je fus atterrée de constater que j'étais même prête à acheter des chaussures à talon, ce que je fis. Je voulais qu'Alice n'ait qu'une envie en me voyant : m'arracher tous mes vêtements et me faire l'amour sur place. Je voulais être belle, et même irrésistible pour elle. J'étais prête à tous les sacrifices.
Lorsqu'Angela me déposa chez moi, j'étais épuisée, et je fus heureuse de retrouver mon père. Il était assis devant la télé, une bière à la main. Je m'assis dans un fauteuil en soupirant et restai un moment avec lui, sans rien dire, profitant de la simplicité de cette soirée. C'était simple, c'était calme, et cela me fit du bien. Même si nous n'échangions que très peu de paroles, j'aimais ces moments avec Charly. Cependant, j'étais fatiguée et je finis par monter dans ma chambre pour me coucher. Je n'avais pas vue Alice de la journée et j'étais impatiente d'être au lendemain pour la serrer dans mes bras.
Le lendemain, reposée et d'excellente humeur, je passai prendre Alice chez elle. Je saluai joyeusement Emmett et Jasper qui jouaient à la console. Je me fis la réflexion qu'à chaque fois que je venais chez les Cullen, Emmett jouait à la console. A croire qu'il avait la manette scotchée dans les mains !
J'eus à peine ouvert la porte de la chambre d'Alice qu'elle me sauta littéralement dans les bras, manquant de me faire tomber et enfouit son visage dans mon cou en inspirant profondément. J'adorais lorsqu'elle faisait ça et je la serrai dans mes bras, profitant du contact entre nos corps.
- Bella... Tu m'as manqué.
Je souris et acquiesçai. Elle m'avait manqué aussi.
- Alice, si ça ne te dérange pas, j'aimerais qu'on aille sur la falaise.
Elle me regarda d'un air soupçonneux et j'ajoutai aussitôt :
- Et n'essaye pas de voir ce que je vais te dire !
Elle me tira la langue et me répondit avec malice :
- Est-ce que cela a un rapport avec les robes que tu as essayées hier ?
Désespérante. Elle était tout simplement désespérante. Essayez de faire une surprise à un vampire doté du pouvoir de préscience... Je soupirai bruyamment et elle s'empressa d'ajouter :
- Si ça peut te rassurer, je ne sais pas laquelle tu as choisie. Mais j'ai une petite préférence pour la noire.
Je lui tirai la langue et l'entraînai vers la sortie, souriant intérieurement.
Arrivées en haut de la falaise, Alice s'arrêta à mes côtés et prit ma main dans la sienne. Nous restâmes un moment à regarder la mer de sapins avant qu'elle ne perde patience et ne se mette à sauter partout en me demandant :
- Alors, alors, qu'est-ce que tu voulais me dire ?
Je décidai de la faire mariner un peu, pour une fois que j'en avais l'occasion.
- Mais rien, je voulais juste passer un peu de temps avec toi. Et j'aime bien cet endroit, il me rappelle de bons souvenirs.
Le regard qu'elle me lança me confirma qu'elle ne me croyait pas une seconde. Cependant, j'étais tout de même honnête en affirmant que j'aimais être avec elle sur cette falaise.
- Tu sais, la fin de l'année arrive, et... il va falloir que je choisisse une université... et... je ne sais pas comment nous allons gérer ça...
Elle s'approcha de moi et passa sa main sur ma joue pendant que je poursuivais :
- Il s'est passé tellement de choses pour moi... J'ai du mal à réaliser le chemin que j'ai parcouru en si peu de temps. Et tout ça, c'est grâce à toi. J'aime cet endroit car il représente à mes yeux notre rencontre.
Je l'embrassai tendrement. J'allai me perdre dans la sensation quand elle se recula brusquement.
- Si tu crois que je vais te laisser noyer le poisson comme ça, tu te trompes !
Je me mis à rire. Quelle patience... Impressionnant. Estimant avoir assez joué, je lui lâchai le morceau :
- ok, tu as gagné !
Elle sourit de toutes ses dents et attendit avec des étincelles dans les yeux. Je la soupçonnai de déjà savoir ce que je m'apprêtai à lui dire, mais je voulais le lui demander de vive voix :
- Alice, est-ce que tu voudrais... être ma cavalière pour le bal de fin d'année ?
Je n'attendis pas sa réponse et poursuivis :
- Avant de te rencontrer, avant de te connaître, je n'avais aucune envie d'aller à cette soirée. Mais maintenant... tout est différent. Grâce à toi, j'ai su m'ouvrir aux autres, je me suis fait de vrais amis. Cela peut peut-être sembler bête... mais... c'est la première fois que je me sens si... épanouie... si heureuse. Je voudrais aller à cette soirée pour partager un moment important de l'année avec mes amis, et je voudrais y aller avec toi, parce que c'est toi qui me rends heureuse et qui a fait de moi la personne que je suis maintenant.
Je m'arrêtai, presque essoufflée après ma tirade et la regardai droit dans les yeux. Ses prunelles couleur d'or étincelaient de mille feux et j'eus presque le souffle coupé par leur beauté. Après un long moment perdues dans le regard l'une de l'autre, Alice m'embrassa avec passion, et je faillis perdre pied face à son ardeur. Je lui rendis son baiser fougueusement et je me retrouvai plaquée contre la falaise, gémissant son prénom contre ses lèvres, mes mains entortillées dans ses cheveux pendant que les siennes laissaient des traces brulantes sur ma peau. Lorsque je m'éloignai pour reprendre mon souffle, Alice émit un grognement frustré qui m'arracha un sourire malgré mon trouble. Ses yeux s'étaient assombris et je ne pus m'empêcher de ressentir une vague d'excitation. J'adorai lorsqu'elle laissait une partie de son instinct prendre possession de son être. J'étais probablement folle. Après avoir repris mon souffle, je lui demandai :
- Je dois prendre ça pour un oui ?
Elle releva brusquement sa tête qu'elle avait enfouie dans mon cou et me regarda dans les yeux avant de répondre :
- Oui...
Et elle ajouta en riant :
- Pour rien au monde je ne manquerais une occasion de te voir en robe et de danser tout contre toi...
Ses yeux brillèrent d'anticipation et je ne devais pas offrir un spectacle très différent.
Le vendredi suivant, Charly passa me prendre au lycée pour m'emmener à l'aéroport. Il avait tenu à m'accompagner lui-même, arguant du fait que nous ne passions pas beaucoup de temps ensemble à cause de ses horaires de travail, que l'année était bientôt finie et que j'allais partir avant même qu'il ait pu profiter pleinement de sa petite fille. C'était peut-être l'une des plus longues phrases qu'il ait prononcé depuis mon arrivée à Forks, et je fus émue de sa déclaration. Cependant, ses paroles furent immédiatement oubliées lorsqu'il gara sa voiture de fonction devant l'entrée du lycée et que je fus la risée de tous mes camarades de classe...
Je retrouvai donc Alice dans la salle d'embarquement, après avoir rapidement serré mon père dans mes bras et lui avoir promis de passer le bonjour à Maman et Phil. J'étais impatiente à l'idée de revoir ma mère. Je ne l'avais pas vue depuis mon arrivée à Forks, et même si je lui avais parlé régulièrement au téléphone, je n'avais pas abordé les sujets importants à mes yeux. J'espérais de tout cœur qu'elle apprécierait Alice. Il était peu probable que cela ne soit pas le cas : tout le monde adorait Alice... Mon père en était l'exemple le plus flagrant, mais tout même, je ne pouvais m'empêcher de ressentir une légère anxiété à l'idée que le week-end puisse mal se passer. Alice de son côté ne semblait pas se faire de soucis. Elle écoutait son ipod et fredonnait de sa voix mélodieuse.
Lorsque l'avion décolla, je me blottis contre Alice. Mon amour pour elle avait modifié ma conception de la vie et de la mort. J'avais tellement envie de vivre avec elle que j'avais développé une crainte de la mort qui ne m'avait jamais effleurée auparavant. Depuis qu'Alice était entrée dans ma vie, celle-ci avait pris une valeur inestimable. Naguère insouciante, le sentiment d'urgence que j'éprouvais à vivre chaque instant comme si c'était le dernier et surtout à le vivre avec Alice, avait fait naître une anxiété nouvelle face à la mort. Une peur viscérale m'envahissait quand j'imaginais qu'à tout instant l'avion pouvait être victime d'une panne et me voler à jamais les moments de bonheur que j'avais encore à vivre aux côtés d'Alice. Une telle injustice me révoltait et je me serrai de toutes mes forces contre son corps glacé.
Alice du sentir mon changement d'humeur car elle éteignit son ipod et me serra dans ses bras :
- Bella, ça va ?
Je grommelai quelque chose en réponse, mais elle ne me laissa pas m'en sortir aussi facilement :
- Bella, qu'est-ce qu'il y a ?
- Mmmh, rien... Je réfléchissais juste... Je me demandais, est-ce qu'il y a des choses qui ont changé dans ta conception de la vie quand on s'est rencontrées ?
J'avais conscience de détourner un peu le sujet, mais je n'avais pas très envie de l'aborder en cet instant.
- Mmmh, eh bien, oui pas mal à vrai dire.
J'haussai un sourcil, surprise :
- Ah oui, comme quoi ?
- Disons que tu as changé mon échelle de temps. Avant je réfléchissais à l'échelle de mon éternité. Je considérais mes actions à long terme. Quand je t'ai rencontrée, j'ai... commencé à vivre l'instant présent. A me sentir exister. C'est un sentiment exaltant pour quelqu'un qui a toujours calculé tous ses coups à l'avance que de prendre des décisions irréfléchies.
Elle sourit, perdue dans ses pensées, l'air rêveur. J'aimais beaucoup quand elle me parlait de la manière dont elle appréhendait les choses. Sa vision était si différente de la mienne... Elle avait le recul, le savoir, la sagesse. Et pourtant, elle ressemblait tellement à une petite fille de temps en temps. J'aimais être la cause de sa spontanéité. Son caractère bout en train et la beauté de sa personnalité ressortaient toujours dans ces moments.
- Et, Alice ?
- Oui ?
- Je me demandais... Comment est-ce que tu t'es rendue compte que tu étais amoureuse de moi ?
Je rougis à ma question. Je savais qu'elle avait eu une vision de moi avant mon arrivée à Forks, mais elle ne m'avait jamais vraiment dit comment elle en était arrivée à la réalisation qu'elle était amoureuse de moi. Etant donné que j'avais moi-même mis un temps certain avant de considérer mes sentiments envers Alice pour ce qu'ils étaient vraiment, j'étais curieuse de savoir ce qu'il en avait été pour elle.
Elle rit et redressa mon visage pour me regarder dans les yeux :
- J'ai su que j'étais amoureuse de toi, quand j'ai réalisé que l'envie incontrôlable que je ressentais en ta présence n'était pas l'envie de boire ton sang, même si celle-ci était présente, mais l'envie de t'embrasser.
Des papillons firent instantanément leur apparition dans mon ventre et j'eus terriblement envie de l'embrasser. Cependant, nous étions dans l'avion, et je n'avais pas envie de me faire arrêter pour atteinte à la pudeur de la mamie assise à côté d'Alice. Je me contentai donc de la serrer dans mes bras de toutes mes forces et de lui murmurer "je t'aime" à l'oreille.
Ma mère vint nous chercher à l'aéroport. Elle était seule, Phil étant à l'entraînement, comme elle nous l'expliqua une fois dans la voiture. Elle m'avait serrée dans ses bras à me faire étouffer et avait dévisagé curieusement Alice, lorsque je la lui avais présentée et l'avait embrassée en commentant :
- C'est donc toi la fameuse Alice !
Ce qui, bien évidemment fit sourire Alice et me fit rougir comme une tomate. Je laissai Alice faire la conversation pendant que j'essayai de reprendre contenance. Elle était de toute manière bien plus forte que moi pour ces choses là, et je sentis instantanément que ma mère l'appréciait. Une vague de chaleur m'envahit à cette pensée. Certes, que ma mère apprécie Alice, ma meilleure amie ne voulait pas dire qu'elle apprécierait Alice, ma petite amie. Mais tout de même, c'était déjà un bon début.
Comme l'avait prédit Alice, il faisait un temps couvert à Phoenix. Ma mère affirma même qu'ils avaient annoncé une tempête et s'en désola. Je ne pus m'empêcher d'échanger un regard amusé avec Alice.
Ce fut un week-end étrange. Ma mère n'avait pas mis longtemps à me prendre entre quatre yeux et à me bombarder de questions. Alors que je m'apprêtai à suivre Alice dans l'escalier pour aller me coucher après le repas du premier soir, elle m'appela :
- Bella ? Tu ne veux pas rester un peu ?
Cela sentait le guet apens à plein nez, mais je ne pus refuser, n'ayant pas partagé ce genre de moment depuis longtemps avec ma mère. Et puis, c'était peut-être le seul moment du week-end où Phil ne serait pas là. Il fallait que je profite de cette occasion. Je m'assis sur le fauteuil en face du canapé et ma mère me demanda :
- Alors, tu es sûre que tu n'as pas quelque chose à me dire ?
Je fus interloquée par son attaque directe. Ne sachant pas si elle m'avait percée à jour ou si elle prêchait le faux pour savoir le vrai, je détournai le sujet :
- Mmmh, eh bien, si... Charly t'embrasse.
Je n'étais pas spécialement fière de moi, mais c'était la première chose qui m'était venue à l'esprit. Elle rit doucement et poursuivit :
- Même si cela me fait plaisir, ce n'est pas de ça dont je voulais te parler.
Mon cœur manqua un battement. Je ne pouvais concevoir que ma mère ait deviné la véritable nature de ma relation avec Alice en si peu de temps. Nous avions pourtant veillé à interagir "normalement" l'une avec l'autre. Je m'étais d'ailleurs rendu compte qu'il m'avait fallu réfléchir pour différentier ce qu'il était convenable de faire avec une amie, de ce qui ne l'était pas. Est-ce qu'on peut poser sa main sur l'avant bras d'une amie ? Est-ce qu'on peut recoiffer une mèche rebelle ? Est-ce qu'on peut s'appuyer sur l'épaule d'une amie ? La frontière me semblait maintenant assez floue, et dans le doute, j'avais évité tout contact physique. C'était peut-être ce qui avait mis la puce à l'oreille de ma mère. Elle s'attendait probablement à ce qu'Alice et moi interagissions en bonnes amies, et nous avions peut-être été trop distantes...
La voix de ma mère interrompit mon monologue interne.
- Bella ? La Terre à Bella ?
Je levai les yeux vers le visage interrogatif de ma mère et rougis violemment, honteuse d'avoir été prise en flagrant délit de rêverie. Je me raclai la gorge et demandai, penaude :
- Excuse-moi, j'étais perdue dans mes pensées. Qu'est-ce que tu disais ?
Elle leva les yeux au ciel, l'air de dire "Ma fille est un cas désespéré" et répéta :
- Je te demandais si tu avais réfléchi à l'année prochaine ?
C'était donc ça ! Elle voulait parler de mon avenir. Effectivement, cela paraissait important, étant donné que la remise des diplômes approchait dangereusement et que je devais déposer mes dossiers dans peu de temps. Je répondis, évasive :
- Mmmh, un petit peu... J'aimerais étudier la littérature étrangère... mais je me dis que tant qu'à faire, cela est encore mieux d'étudier la littérature étrangère dans son pays d'origine... Pourquoi ne pas partir un peu à l'étranger ?
Elle haussa les sourcils, l'air intrigué.
- Ah oui ?
- Ce n'est qu'une idée pour le moment, mais... oui, je pense que ça me tenterait. J'aimerais bien découvrir une nouvelle culture, me confronter un peu à d'autres manières de penser, à d'autres habitudes... Je pense qu'aller à l'étranger est une excellente expérience.
J'ajoutai intérieurement que j'avais très envie de voyager avec Alice, pour qu'elle me fasse partager son immense culture et pour vivre ces moments de découverte à ses côtés.
- C'est sûr que c'est une expérience.
Elle avait l'air troublée par ce projet. Je pouvais comprendre qu'elle appréhende un peu de me voir partir loin. C'était probablement le destin de tout parent de s'inquiéter pour ses enfants lorsqu'ils s'envolent du nid mais de vouloir par dessus tout qu'ils volent de leurs propres ailes.
- Tu en as parlé à ton père ?
- Pas vraiment. J'ai évoqué cette possibilité une fois avec lui, mais c'était encore une simple possibilité parmi d'autres. Mais maintenant... J'ai un peu avancé dans ma réflexion et...
Je baissai la voix pour continuer, même si je savais qu'Alice entendrait tout de même. De toute façon, elle avait probablement eu des visions de mes actions :
- En fait, j'ai fait quelques demandes de bourses pour étudier à l'étranger qui ont été acceptées. En Europe principalement.
Je n'avais pas discuté de ces démarches avec Alice. J'avais peur qu'en parler avec elle concrétise le fait que ce choix impliquerait probablement que nous soyons séparées pendant une bonne partie de mes études à l'étranger. Cette éventualité me serrait la gorge et me donnait des vertiges. J'étais terrorisée à l'idée d'accepter que j'avais moi-même décidé de cette séparation. Au fond de moi je savais que renoncer à ce projet pour Alice n'était pas la solution. Elle ne serait de toute façon pas d'accord pour que je sacrifie quelque chose me tenant à cœur pour elle. Et je finirais de toute manière par lui reprocher inconsciemment de m'avoir empêché de réaliser un de mes rêves, même si la décision d'y renoncer était la mienne au départ. Il n'y avait pas de solution simple à ce problème.
Ma mère hocha la tête. Elle avait l'air à la fois inquiète, triste, mais une lueur brillait dans ses yeux et elle ajouta :
- Je suis fière de toi Bella.
Je rosis légèrement et baissai les yeux, gênée. J'étais touchée et heureuse. Elle ajouta :
- Tu es décidée ? J'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui t'embête ?
C'était l'ouverture idéale. Je m'y engouffrai donc :
- A vrai dire... oui. Il y a quelque chose qui m'embête.
Elle me regarda et attendit patiemment que je poursuive. Je ne savais pas trop comment commencer, à croire qu'on ne s'habitue jamais à sortir du placard :
- Tu sais... quand j'ai rompu avec Edward... Eh bien... En fait, maintenant, je sais pourquoi.
Je baissai les yeux, trouvant soudain les motifs du tapis passionnants. Elle ne me brusqua pas et me laissa poursuivre. Une telle patience n'était pas habituelle chez ma mère, elle avait donc du sentir que j'étais en train d'aborder un sujet important pour moi.
- A vrai dire... Quelques temps après... En fait je me suis rendue compte que j'étais amoureuse.
Cette fois elle réagit :
- Oh, mais c'est une très bonne nouvelle ça Bella... Pourquoi est-ce que tu fais cette tête là ?
- Eh bien, j'ai mis quelques temps à le réaliser, parce que... Parce qu'en fait... c'est d'Alice dont je suis tombée amoureuse.
Aussitôt ma confession achevée, j'enfouis mon visage dans mes mains, au bord des larmes. Alice était devenue en très peu de temps tellement importante pour moi que je ne voulais, et ne pouvait pas renoncer à son amour et au bonheur qu'elle m'apportait. Je ne voulais pas avoir à considérer le choix entre Alice et ma mère, car je savais déjà quelle serait ma décision et cela me terrifiait de pouvoir avoir de telles pensées. La réaction de ma mère était donc des plus importantes. Je voulais qu'elle m'accepte, je voulais qu'elle soit heureuse pour moi, de tout mon cœur.
Je fus abasourdie de l'entendre répondre :
- Oh, je ne suis pas surprise.
Je relevai brutalement la tête et la regardai, mi-vexée, mi-surprise :
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Eh bien je ne sais pas... Disons que tu as toujours été du genre à prendre les routes les plus barrées. Cela correspond bien à ton caractère et à ta personnalité.
J'étais complètement abasourdie. J'étais même un peu en colère :
- Mais... si tu t'en doutais, pourquoi tu ne m'as rien dit ? Pourquoi tu ne m'as pas aidée ? Parce que figure-toi que c'était dur !
Elle se pencha vers moi et posa sa main sur mon genou :
- Je n'ai pas dit que je m'en doutais Bella. J'ai dit que cela ne me surprenait pas.
Je la regardais un peu perdue, soulagée qu'elle ne soit pas horrifiée par la confession de mon homosexualité mais perturbée par sa réponse. Comment devais-je prendre le fait qu'elle ne soit pas surprise ? Elle ne me laissa pas le temps de considérer les réponses possibles à cette question et ajouta :
- Et tu sais, tu m'as beaucoup parlé d'Alice... Elle avait l'air d'être très chère à tes yeux.
Je ne pus retenir un sourire. Je n'étais pas étonnée que l'importance qu'Alice avait dans ma vie ne soit pas passée inaperçue aux yeux de ma mère malgré toutes mes précautions. Elle était le centre de mon univers, et à chaque conversation téléphonique que j'avais eue avec ma mère, j'avais eu l'irrépressible envie de parler d'elle.
Nous discutâmes encore quelques temps puis je montai me coucher. Ma mère ne voulait pas que je l'annonce à Phil et elle m'expliqua qu'elle ne savait pas quelle serait sa réaction et qu'elle préférait tâter le terrain et le lui annoncer elle-même. A vrai dire, j'étais plutôt soulagée. L'annoncer à mon père et à ma mère était déjà suffisamment éprouvant et je n'avais pas très envie de recommencer avec mon beau-père, que je ne connaissais pas bien et qui n'avait pas envers moi cette tolérance inhérente au statut de "chair de ma chair".
Après avoir souhaité bonne nuit à ma mère, je montai rejoindre Alice dans ma chambre. J'étais épuisée et j'avais besoin qu'elle me serre dans ses bras. J'avais besoin de sentir son amour. Lorsque je pénétrai dans la chambre, elle posa immédiatement le livre qu'elle était en train de lire et vint instantanément m'envelopper dans ses bras. Qu'elle ait eu une vision ou non de ce moment m'importait peu. Tout ce qui comptait était son corps contre le mien, son odeur et la musique douce qui résonnait dans la chambre. Elle m'embrassa dans le cou, me faisant frissonner et se mit à danser lentement, m'entraînant dans son mouvement. J'aurais pu défaillir sur place. Sentir son corps onduler contre le mien était un appel au viol. J'eus envie de la pousser sur le lit et de la dévorer. Cependant, j'étais encore un peu chamboulée et cet élan fut vite remplacé par une volupté dans laquelle je me laissai aspirer. Je répondis à son étreinte et dansai avec elle au rythme langoureux de la musique. C'était divin et mon aversion pour la danse s'envola instantanément. Danser tout contre Alice faisait maintenant partie de mes activités préférées. Une chaleur bienfaisante envahit mon corps et je me réjouis d'avoir pris la décision de l'avoir invitée au bal de fin d'année. Je me laissai aller à la sensation de son corps contre le mien, de nos mouvements, oubliant tout le reste.
Le lendemain, nous allâmes nous balader dans les zones désertiques qui s'étendaient à quelques encablures de la maison. J'y passais le plus clair de mon temps libre quand j'étais petite et je fus heureuse de faire découvrir tous les endroits qui m'étaient familiers à Alice. J'aurais voulu revivre l'ensemble de ma vie avec elle à mes côtés. Le temps était couvert et la pluie menaçait. Nous nous étions installées en tailleur au pied d'un vieux cactus et je regardai le ciel se couvrir peu à peu. Les couleurs étaient magnifiques.
Je savais qu'Alice avait entendue la conversation que j'avais eue avec ma mère la veille, et je me décidai à aborder avec elle le sujet de l'année prochaine.
- Alice... Je suis désolée de ne pas t'avoir parlé des candidatures que j'ai faites pour les bourses à l'étranger. Je voulais être sûre de moi avant de t'en parler. J'avais peur que... Enfin, tant qu'on n'en avait pas discuté et décidé comment on s'organiserait, je pouvais me dire que tu viendrais avec moi.
Je m'arrêtai. Je ne voulais pas discuter de tout ça. Je ne voulais pas être séparée d'elle. Et pourtant, je ne pouvais pas renoncer à ce projet.
- Je comprends Bella. Je sais que c'est important pour toi, et je ne veux surtout pas que tu renonces à aller vivre à l'étranger pour moi. Je suis très contente que tu ais fait ces demandes. Et de toute façon si tu ne les avais pas faites, je t'aurais forcée !
Elle me sourit diaboliquement et je ne pus que l'aimer encore plus, si cela était seulement possible.
- Et sache que quoiqu'il arrive, nous ferons au mieux pour nous voir le plus souvent possible. Et je ne te quitterai jamais Bella. Je t'aime tu sais ?
Oui, je le savais. Mais je préférais qu'elle me le dise et me le répète encore. Parce que même si je le savais - je ne pouvais tout de même pas nier l'évidence - c'était encore quelque chose d'improbable pour moi. Je passai ma main sur sa joue, et l'embrassai de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon être.
De grosses gouttes de pluie s'écrasèrent sur le sol poussiéreux, mais je n'avais aucune envie de rompre notre baiser. Au contraire. Je me redressai et la poussai gentiment en arrière. Je l'embrassai de plus belle sur le sol humide. Ses yeux s'assombrirent et elle inversa nos positions sans aucun effort. Je plongeai mon regard dans le sien et serrait sa taille de toutes mes forces. Je me perdis un moment dans la profondeur de ses yeux avant d'être frappée par l'incongruité de notre situation. J'étais allongée par terre sur le sol humide, mes jambes entremêlées avec les siennes et nous commencions à être toutes les deux sérieusement trempées. Je ne pus m'empêcher de rire : j'étais trempée, et le sol n'était pas très confortable, et pourtant, je n'aurais échangé ma position pour rien au monde. Je serrai Alice, qui s'était également mise à rire, avant qu'elle ne se redresse et ne m'aide à me relever. Nous rentrâmes lentement à la maison, main dans la main, ruisselantes. Ses cheveux étaient collés à son visage et je ne pus m'empêcher de l'embrasser encore, debout sous le déluge.
