Et voilà le hors d'œuvre de messieurs-dames : le chapitre 21, fait maison ! Avec un petit flashback en supplément, qui vous coûtera simplement une review, si vous le dédsirez...

Hum hum... bon, okey, j'arrête mes petits délires... Enfin, bon, j'espère, comme toujours, que ce chapitre vous plaira et je remercie, comme toujours,tous ceux qui ont reviewé, favorité, followé, lu,... le chapitre précédent. Et je vous souhaite à tous une bonne lecture !


-Ah ! Mon petit ange ! Ça faisait si longtemps !

Kathy resta pétrifiée sur place, incapable de la moindre pensée ou du moindre geste. Le prince du crime se tenait là, debout devant elle, encadré par deux gardes et vêtu d'une camisole de force, un sourire inquiétant dessiné sur le visage. Pour la première fois de sa vie, elle le voyait sans son maquillage, ce qui, étrangement, l'effrayait plus que si il s'était présenté dans sa tenue habituelle.

Sans lui laisser le temps de reprendre contenance devant cette rencontre inattendue, l'un des gardes l'attrapa et la reconduisit à sa chaise, sur laquelle elle s'affala plus qu'elle ne s'assit. Harleen Quinzel croisa ses doigts entre eux et appuya son menton sur ses mains, prenant visiblement un plaisir immense à voir l'état dans lequel se trouvait sa patiente.

-Je crois qu'il vaudrait mieux l'attacher pour cette séance, elle aussi, conseilla-t-elle au garde. Le fait de se trouver devant son... « père », pourrait entraîner des réactions imprévisibles, je pense.

Le garde acquiesça et fixa la fine taille au dossier de la chaise. Après quoi, il quitta la pièce en compagnie de ses deux collègues, qui avaient fini d'installer le Joker. Dès qu'ils eurent refermé la porte, un pénible silence s'installa entre les trois personnages, seulement brisé par les sifflotements joyeux du clown, qui semblait bien être le seul à l'aise dans la situation présente. Finalement, après avoir longuement dévisagé les deux filles l'une après l'autre, il se décida à parler :

-Alors, mon petit ange, qu'est-ce qu'il se passe, tu ne dis rien ? Tu n'es pas heureuse de me voir ?

Il se mit à rire tout seul, faisant tressauter le lit sur lequel il était fixé, avant de reprendre :

-Bah, en tout cas, tu as l'air d'aller bien, contrairement a ce que m'as dit Batou... Mis à part le bras, évidemment... Mais, dis-moi, tu te plais à Arkham ?

Il attendit quelques instants, puis,devant l'absence de réaction de sa fille, il poussa un soupir ennuyé et se tourna vers Quinzel :

-Et bien, elle n'est pas très réactive, dis-donc... remarqua-t-il d'un ton boudeur. Tu lui donnes tant de calmants que ça, pour qu'elle soit devenue aussi amorphe ?

La psychiatre qui, jusque là, avait gardé la tête baissée sur ses dossiers, évitant ainsi le regard pénétrant du malade, le regarda et secoua la tête.

-Non, je ne lui prescris aucun traitement, en ce moment.

Le criminel hocha la tête d'un ait approbateur à la réponse et fit claquer sa langue. Il y eut un nouveau silence, puis, il redressa la tête, s'énervant soudainement :

-Et bien, quoi ? siffla-t-il avec colère. Tu me fais la gueule, Kathy ? Je te signalerai quand même que je suis venu à Arkham spécialement pour toi, tu pourrais au moins avoir l'obligeance de montrer un peu plus enthousiaste de me revoir !

Malgré son malaise, la gamine ne put s'empêcher de sourire devant l'air déconfit de Quinzel. Mine de rien, il venait de dire que c'était pour ELLE qu'il était là, et non pour la jeune femme. Ça montrait bien qu'il n'en avait rien à faire de cette dernière.

Lorsqu'il s'aperçut qu'elle ne réagissait toujours pas à ses remarques, le criminel secoua la tête d'en air faussement désolé et s'exclama avec emphase :

-Mais quelle enfant ingrate ! Quand je pense que je me suis encore une fois fait tabasser par Batman pour toi et qu'Harley a dû aller supplier le directeur pour qu'on ait cette petite thérapie de famille ! Vraiment, on se demande où tu as été élevée ! On peut dire que tu as fait un très mauvais boulot, Harley, se moqua-t-il en se tournant brusquement vers la femme derrière son bureau.

Les deux filles se lancèrent brièvement un regard involontaire, perplexes devant la dernière phrase du dément. Puis, la diplômée se pointa elle-même du doigt et leva un sourcil en l'air dans un mouvement d'incompréhension.

-Moi ?

-Bah oui, c'est toi sa psychiatre, pas moi ! T'as donc une part de responsabilité dans son éducation...

-Je ne suis pas sa mère, tout de même ! S'exclama-t-elle d'un ton cinglant.

-Pourquoi pas ? Ça pourrait être amusant !

La petite faillit hurler devant cette réponse, révoltée par cette idée répugnante. Si elle devait avoir une mère, c'était d'Ivy qu'il fallait parler, pas de cette pauvre idiote ! Comment pouvait-il penser une seule seconde à une chose pareille ? Et sans même lui demander son avis à elle, en plus !

Serrant les dents, elle se força à rester impassible. C'était de la provoque, il disait ça juste pour la faire réagir ! Sentant son tigre s'énerver avec elle, elle le pressa contre sa poitrine pour lui intimer le silence.

L'analyste, quand à elle, ouvrit de grands yeux, apparemment décontenancée par la proposition, qui, bien que prononcée sur un ton de plaisanterie, avait été prise très au sérieux. Elle se mit à dévisager la petite blonde un instant, semblant peser le pour et le contre, puis se tourna vers le clown toujours souriant. Puis, lentement, sa bouche se fendit d'un sourire timide et son teint pris une légère coloration rosée, pendant que son regard se faisait brillant :

-Vous voulez dire, comme si nous étions tous les deux ses parents ? Vous parlez sérieusement, Monsieur J ?

Pendant que le turlupin recommençait à s'esclaffer, elle poussa un couinement joyeux et couru à lui le prendre dans ses bras. De son côté, la môme les regarda, éberluée, puis baissa la tête pour ne pas à voir cette insupportable scène. Comment osaient-ils ? Ils nageaient tous les deux en plein délire ! Est-ce que Quinzel se rappelait-elle une seule seconde qu'elle détestait Kathy, autant que celle-ci la détestait, elle ? Comment pouvait-elle envisager une seule seconde de la prendre comme fille ?

Relevant furieusement la tête, elle constata que la détestable créature était en train d'enlacer le psychopathe, qui lui, ne faisait rien pour se dégager. Une vague de jalousie se mêla à sa colère et elle sentit des larmes de rage lui brûler le visage. Alors, comme ça, ils étaient bien en couple tous les deux ? L'amour que portait la blondasse pour le prince du crime n'était plus un secret pour elle, mais que lui puisse accepter une telle relation, c'était inimaginable ! Se donner ainsi à quelqu'un pour pouvoir l'utiliser, c'était vraiment dégoûtant ! A moins qu'il ne ressente réellement quelque chose pour elle... finalement, tout cela était tellement vide de sens que cela devenait possible...

Le corps de la petite, soudain lasse, s'affaissa lourdement comme si elle avait été une marionnette à qui on aurait coupé les fils. Une impression de trahison venait encore s'ajouter à la palette de sentiments qui faisaient rage en elle.

Elle était si occupée à tenter de calmer ses émotions qu'elle oublia de prêter attention à sa peluche, qui explosa subitement :

-Il est hors de question que Kathy vive avec des dégénérés comme vous ! Vous pouvez aller au diable, avec votre minable petite idée de famille !

A ces mots, la psychiatre se redressa brusquement et s'éloigna rapidement du clown, comme si elle s'était brûlée. Son amant, dont l'expression joyeuse n'avait pas encore eu le temps de disparaître, releva la tête et chercha la source de ces paroles, ne reconnaissant pas la voix de sa fille adoptive. Celle-ci, soudainement apeurée, plaqua sa main sur le museau souriant du félin, qui continua malgré tout sur sa lancée :

- Si vous voulez rester avec Quinzel, c'est votre affaire, mais la gamine ne vous suivra pas ! cracha-t-il avec tout le mépris dont il était capable. Elle en a sa claque de vous et de vos bouffonneries ! Elle se casse !

-Kathy, tais-toi ! Ordonna d'une voix blanche la jeune femme, tout en regardant le psychopathe avec crainte.

La petite elle aussi était effrayée devant la réaction du clown. L'absence de maquillage auquel il avait été forcé accentuait ses expressions de manière fantastique. Son teint avait viré au blanc en quelques secondes seulement et ses yeux s'étaient tellement agrandis qu'ils semblaient sortir de leurs orbites. Le sourire figé sur sa face défigurait celle-ci en un rictus horrible. Enfin, sa posture s'était arrêtée sur celle d'un grand fauve s'apprêtant à bondir sur sa proie, toute son attention concentrée dans son seul regard, noir et menaçant. Tous ses membres restèrent suspendus quelques instants dans cette position, avant qu'il ne secoue avec toute la frénésie dont il était capable le meuble auquel il était attaché.

-Qu'est-ce que... Depuis quand est-ce qu'elle reparle ? fulmina-t-il en s'agitant de tout son saoul. Est-ce que je peux savoir ce que c'est que cette voix et pourquoi elle utilise ce machin ? Et, bon sang, Harley, comment se fait-il que tu ne m'aies rien dit ? Détache-moi ! DÉTACHE-MOI, JE T'AI DIT !

-Pourquoi s'énerver pour si peu ? railla le tigre avec un plaisir évident. Quel sale caractère il a, ton clown, Kathy ! Je me demande bien comment t'as pu le supporter aussi longtemps...

La psychiatre, malgré les violentes injonctions de l'homme en camisole, resta debout derrière son bureau, qu'elle tenait comme un rempart entre elle. Blanche comme un linge, elle bégayait péniblement de vagues explications, jetant des coups d'œil constants vers la porte dans l'espoir de voir les gardes intervenir :

-Ce... Je n'y suis pour rien, Monsieur J. ! Je... j crois qu'elle a développé un dédoublement de la personnalité avec cette peluche... Elle...

-JE ME FICHE DE TES DIAGNOSTIQUES ! DÉTACHE- MOI IMMEDIATEMENT, QUE JE BRÛLE CETTE PELUCHE A LA CON !

-Ce n'est pas de ta faute, Quinzel ? s'ajouta encore par-dessus toutes les voix celle, transformée de Kathy. Tu en es sûre ? Je te rappelle que c'est toi qui l'a provoqué pour qu'elle se remette à parler...

-QUOI ? Hurla le psychopathe en roulant de gros yeux vers la psy. EN QUOI TU TE PERMETS DE DEFAIRE CE QUE J'AI MOI-MEME CREE ?

-Ce n'est pas... je pensais que si... vous...

-En gros, tu voulais rendre la gamine moins intéressante aux yeux du bouffon... traduisit le petit fauve, s'amusant de plus en plus de la situation, pendant que Kathy se mordait les lèvres, terrifiée.

-Non... non ! Ce n'est pas ça... Je pensais seulement... se défendit mollement la psychiatre.

-Et comme tu voulais être sûre de ne plus avoir de concurrence, t'as manipulé l'autre gosse pour qu'il la fasse brûler, interrompit impitoyablement l'animal. T'as essayé de la supprimer au sens strict du terme, quoi !

-Kathy, tais-toi ! Ordonna la jeune femme, qui se précipita vers cette dernière, dans l'idée de lui arracher la peluche des mains.

L'enfant se rejeta en arrière avec tant de force pour éviter la main nerveuse qui se tendait vers elle, qu'elle réussit à faire tomber la chaise et s'écrasa douloureusement sur le sol. Harleen se jeta à moitié sur elle, et toutes les deux se mirent à lutter avec de grands cris pour s'emparer du doudou. Le clown, quand à lui, continuait de s'agiter avec impuissance sur le matelas en vociférant des menaces toutes plus atroces les unes que les autres. C'est dans ce joyeux chaos que la garde entra enfin, et, en voyant l'état des lieux, s'empressa d'y ramener le calme. Le clown fut le premier à être évacué, avec beaucoup de difficultés, tant il se débattait pour s'échapper. On releva ensuite la petite ventriloque, et on la détacha, avant de l'emporter dehors. Pendant qu'ils passaient devant une Quinzel complètement atterrée, assise à son bureau, Ace, plus amusé que jamais, balança une dernière petite pique d'un ton sarcastique :

-Vraiment, doc', c'était une super séance ! La gamine et le clown ont déjà l'air beaucoup mieux ! Encore quelques séances comme ça et ils seront complètement guéris !

De nouveau seule avec lui dans l'humide et sombre pièce, Kathy interrogea le tigre de Cheshire d'un ton accusateur :

-Pourquoi a-t-il fallu que tu t'en mêles ? Tu ne pouvais pas te taire ?

-Hé ! Je n'ai fait que te protéger, répondit-il en haussant les épaules. Tu vois, Kathy, si on avait continué à se laisser faire comme ça, ils t'auraient tous les deux pour une pauvre petite victime sans défense. C'est ce que t'aurais voulu ?

La blondinette ne répondit pas. Avec angoisse, elle pensait à la réaction future du Joker, qui n'allait certainement pas tarder à se manifester. Et puis, elle se sentait aussi très embêtée pour Ace : la peluche échappait de plus en plus à son contrôle.


-Ça va, gamine ! Souris un peu, tu veux ?

-J'en ai pas envie, Ace !

-Tu n'as vraiment aucun humour ! C'en est déprimant !

-J'ai pas envie d'en avoir ! J'en ai par-dessus la tête de tout ça ! décréta mentalement la petite.

Le tigre se redressa, à la fois étonné et mécontent, puis poussa un ricanement sonore et méprisant, qui fit se retourner les enfants alentours, attablés devant leur repas.

-Mais voyez-vous ça ? Mademoiselle fait son caprice ? Elle ne veut plus rire maintenant ? J'imagine qu'elle veut aussi retourner dans son ancienne école, revoir ses parents, et reprendre son ennuyeuse petite vie de môme tout à fait ordinaire ?

La petite fille poussa un soupir ennuyé, voulant couper court à la discussion. Mais le petit fauve ne semblait pas du même avis et continua sur sa lancé, acerbe :

-Ça te manque de te faire martyriser par tout le monde ? Tu as vraiment envies de reprendre ton rôle de souffre-douleur ?

-Bien sûr que non, souffla la petite, irritée de voir les têtes se tourner vers la peluche d'un air intéressé. Et arrête de me faire passer pour une faible devant tout le monde ! Tu m'énerves !

-C'est toi qui te fais passer pour une faible toute seule, gamine ! répliqua-t-il immédiatement. T'as totalement perdu ton sourire, et ton autorité par la même occasion, depuis ta rencontre avec le bouffon. Je te fais juste remarquer la vérité, rien de plus. Faut que tu te réveilles !

La petite fille poussa un long soupir sonore en fermant les yeux, voulant calmer le sentiment d'irritation qui montait en elle. Les rouvrant brusquement, elle parcourut la table du regard et avisa un dessert situé à sa gauche.

-Demande à Juliette de me donner son dessert ! Ordonna-t-elle, coupant nette la discussion.

La peluche se tourna vers la petite fille au visage difforme qui lui avait été désignée, avec un rire de hyène. Cette dernière, secouée continuellement par de violents tremblements, peinait à utiliser sa fourchette et n'avait donc pas encore eu le temps de toucher à sa crème brûlée. Lorsqu'elle vit qu'elle était l'objet de l'attention du tigre et de la petite démone, elle poussa un gémissement et lâcha son couvert.

-Kathy veut ton dessert, explicita simplement l'animal de cirque d'un ton doucereux.

La petite défigurée ne bougea pas, essayant tant bien que mal d'acheminer l'explication jusqu'à son cerveau pour comprendre ce qu'on attendait d'elle. Ne réagissant pas assez vite pour la bête, celle-ci se tourna alors vers Grégory :

-Prend le dessert pour Kathy ! Ordonna-t-il, le sadisme vibrant dans sa voix.

Le gros garçon fit une petite courbette maladroite et respectueuse à la petite chef d'Arkham et alla attrapa l'objet de ses désirs, non sans administrer à sa propriétaire un violent coup de pied qui lui arracha un caquètement aigu, agitant son corps plus fortement encore.

Une fois qu'elle eut récupéré la barquette et son contenu, Kathy se mit à la déguster morceau par morceau, regardant sa victime d'un air narquois. Elle savait que sa camarade était extrêmement possessive et détestait par-dessus tout qu'on touche à la moindre de ses affaires, mais que jamais elle n'oserait se rebeller contre elle. C'était donc avec un plaisir vicieux qu'elle vidait le dessert de son pot, guettant la moindre marque de souffrance de la part de la pauvre handicapée. La réaction de celle-ci ne tarda pas à arriver : en voyant la petite blonde dévorer ce qui lui revenait de droit, elle crispa tout son corps afin de contenir l'envie de violence qui l'assaillit entièrement. Seules sa tête et sa bouche continuaient de tiquer et des larmes apparurent au coin de ses yeux, qui restaient fixés sur les mouvements que faisait la cuillère pour aller de la barquette à la bouche de sa tortionnaire.

Lorsqu'enfin, celle-ci eut fini de manger, elle lui tendit le récipient vide, un sourire cruel aux lèvres.

-Qu'est-ce qu'on dit ? souffla Ace, menaçant, en voyant que Juliette restait silencieuse devant l'emballage désormais inutile.

Mais, encore une fois, celle-ci ne fut pas assez rapide. Le regard que jeta Kathy à Grégory fut suffisant pour que celui-ci comprenne le message. Le visage tendu, il se mit à ruer la pauvre gamine de coups de pieds, envoyés sous la table, pendant que celle-ci produisait d'étranges caquètements de douleurs. La petite ventriloque, de son côté, tourna la tête vers les gardes, s'assurant qu'ils ne viendraient pas la secourir. Mais ceux-ci, comme d'habitude, semblaient totalement désintéressés par la situation, et se contentaient de parcourir vaguement la table du regard tout en discutant entre eux. Contente, elle tourna de nouveau la tête vers la scène de violence dont elle était l'élément déclencheur et appuya ses deux coudes sur la table pour l'admirer plus confortablement.

Enfin, sur la demande de Kathy, la peluche reprit la parole :

-C'est bon, Gregory, tu peux arrêter.

Le gros attardé obéit immédiatement et cessa tout mouvement, regardant le visage de sa supérieur afin d'y trouver une quelconque trace de satisfaction. Celle-ci se pencha alors vers Juliette et lui agita la peluche brûlée sous le nez.

-Bon ! Est-ce que tu es prête à dire le mot magique maintenant, ou on recommence ?

Les plaintes de la concernée se firent un peu plus aiguës mais elle ne daigna toujours pas ouvrir la bouche. La petite blonde poussa un soupir d'ennui et fit un petit signe de tête à son sous-fifre pour l'inciter à continuer, ce qu'il s'empressa de faire avec une ardeur renouvelée.

Après un coup particulièrement violent de sa part, sa proie finit soudain par céder à sa demande et se mit à pleurnicher pitoyablement, de la morve coulant de son nez sans qu'elle ne songe à l'essuyer :

-Merci ! Merci !

À ces exclamations, la petite ventriloque se redressa avec un haussement de tête royal et, apaisée, fit un petit geste de la main pour faire cesser les coups, qui s'arrêtèrent instantanément. Elle fixa quelques instants la petite suffocante, les yeux exorbités et la morve continuant de dégouliner sur son visage, pendant qu'elle gardait ses mains crispées sur le rebord de la table.

-Je crois qu'elle va taper sa crise, commenta-t-elle à l'intention de Ace, qui continuait de ricaner comme une hyène.

-Oui, je dirai même qu'on en a plus pour longtemps, répondit celui-ci, relevant la tête pour observer Juliette.

Celle-ci, comme pour confirmer leur dire, se mit à inspirer et expirer plus bruyamment, avec un souffle de plus en plus haletant, et tout d'un coup, poussa un long cri aigu avant de se frapper plusieurs fois la tête contre la table. Elle eut même le temps de briser son assiette avant que les surveillants n'interviennent, l'enlevant à la vue des autres enfants qui, pour la plupart, riaient et criaient, surexcités à la vue du spectacle.

Lorsque le repas fut terminé et que Kathy fut ramenée dans sa cellule, elle souffla à Ace, un petit sourire aux lèvres :

-Ça fait un bien fou, quand même !

-Tu vois, gamine ? souffla-t-il. C'est mieux de s'amuser un peu, quand même, non ?


-Dis, Ace ?

-Moui ?

-T'as pas peur du Joker ?

La question déclencha aussitôt l'hilarité du tigre, ce qui vexa la gamine qui tenta de se justifier :

-Mais tu ne sais pas comment il se fâche ! S'il ne t'aime pas, il va vouloir se débarrasser de toi, comme avec Ivy ! Il va te tuer !

-Qu'il le fasse ! Pour ce que ça me fait...

-Mais je ne veux pas te perdre ! objecta-t-elle, prête à pleurer. Je ne veux pas me retrouver toute seule ! J'ai besoin de toi, Ace...

-Tu te prendras une autre peluche, répliqua-t-il d'un ton dur.

Kathy ne répondit pas, sentant sa gorge se nouer. Comment pouvait-il dire une chose pareil ? Jamais elle ne pourrait le remplacer ! Elle tenait beaucoup trop à lui ! Elle releva la tête, décidée à riposter, lorsque soudain, une alarme stridente se fit entendre. Elle se boucha les oreilles, grimaçante, regardant du côté de la porte pour essayer de comprendre ce qu'il se passait. Telle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle vit celle-ci s'ouvrir, sans qu'aucun garde ou autre personne ne se manifeste, lui laissant le champs libre pour sortir.

Après une courte hésitation, la petite schizophrène attrapa son compagnon et passa la tête dans le couloir, observant ce qu'il s'y passait. Toutes les cellules, à l'instar de la sienne, étaient ouvertes. Certains enfants étaient déjà dehors, courant et criant dans tous les sens, surexcités. La fillette ne resta pas inactive plus longtemps et sortit à son tour. Dans le désordre naissant, elle tournait la tête de tous côtés, essayant de comprendre ce qu'il pouvait bien se passer. Elle aperçut soudain Grégory qui se dirigeait vers elle en courant, l'air effrayé et s'approcha de lui, lui posant une main sur le bras d'un geste rassurant. Puis, voyant des gardes qui arrivaient d'un côté en essayant tant bien que mal de remettre les enfants dans leur cage, elle lui fit signe de la suivre et se dirigea dans l'autre sens.

Ils parvinrent tant bien que mal à se frayer un passage dans le chaos environnant, jusqu'au bout du couloir. Kathy poussa un petit cri de joie en voyant que les portes métalliques étaient également ouvertes et que personne ne les gardait, les gardes visiblement aux prises avec les fous de l'autre couloir, eux aussi libérés de leur prison.

Le plan de l'asile se retraçant dans son esprit, la gamine vira sur la gauche, espérant atteindre les escaliers qui les conduiraient à l'étage inférieur, en compagnie de Grégory, qui jouait des coudes pour leur permettre d'avancer. Pendant qu'ils avançaient, Kathy tenta d'établir un scénario possible sur la situation dans laquelle ils se trouvaient. Un ou plusieurs pensionnaires avaient certainement réussi à prendre d'assaut la salle de contrôle et avaient libérés tout le monde pour créer un désordre qui faciliterait leur fuite, comme dans les récits que le Joker lui avait fait autrefois. Lui-même avait usé de cette technique à une ou deux reprises, ce qu'il lui avait raconté en se moquant de la stupidité des gardes qui continuaient de se faire prendre encore et toujours à ce petit jeu. Et maintenant, c'était au tour de son élève de rire, ravie d'enfin trouver l'occasion tant espérée de sortir.

Mais son hilarité s'arrêta nette lorsqu'elle entendit le rire du clown résonner à travers tout le couloir. Tout à coup terrorisée, elle se tourna de tous côtés, essayant de le repérer. Elle finit par comprendre que sa voix provenait en fait des nombreuses enceintes accrochées aux murs et elle sentit un frisson lui parcourir l'échine. C'était lui qui avait pris le contrôle d'Arkham.

-Allô allooooo ? Ici le Joker en direct de la salle de contrôle, je m'adresse à Arkham ! Tous les prisonniers sont à présent libérés et libres de semer le chaos comme bon leur plaira. J'aimerai aussi préciser que Batou et la police ne vont certainement pas tarder à débarquer, donc si vous comptez vous enfuir, c'est maintenant qu'il faut en profiter. Et maintenant, j'aimerais m'adresser à une personne en particulier...

Pendant qu'il parlait, sa fille adoptive s'était glissée jusque vers les grandes portes, s'approchant des petits écrans, sur lesquels apparaissait un Joker tranquillement assis sur une chaise à roulettes, quelques cadavres en uniformes s'amoncelant derrière lui. Il fixait un point un peu à droite de la caméra et la blondinette avait la désagréable intuition qu'il s'agissait de l'ordinateur relié à la caméra qui la fixait en se moment même. D'un geste involontaire, elle la chercha des yeux, puis s'en détourna vivement dès qu'elle l'aperçut. Le clown élargit son sourire et continua sur sa lancée :

-Je pense que tu as compris qu'il s'agissait de toi, Kathy ? Alors, écoute-moi bien : je veux que tu me rejoignes immédiatement, pour qu'on puisse se tirer d'ici en vitesse. On rentre à la maison.

La fillette resta plantée devant la caméra, ne sachant comment réagir devant cet ordre. Pendant qu'une partie d'elle lui criait d'obéir, à la fois par crainte d'un punition et par envie de le retrouver, une autre lui ordonnait de se rebiffer, de ne pas fléchir devant lui. Ace, lui, ne fut pas aussi hésitant et lui cria, la faisant presque sursauter :

-Nan, mais j'y crois pas ! Après tout ce temps passé à te préparer à vivre seule, tu hésites encore ? Il n'est pas question que tu te soumettes à ses petits caprices, tu n'en es plus là, Kathy !

Puis, il se tourna vers la caméra de surveillance et l'enfant se haussa sur la pointe des pieds en l'élevant au-dessus de sa tête, pendant qu'il s'époumonait pour couvrir le tumulte environnant :

-C'est hors de question, le clown ! Si tu veux Kathy, t'as qu'à venir la chercher !

A ces paroles, le clown, nullement surpris, se frotta les mains, en se faisant tourner dans son fauteuil. Puis il se rejeta en arrière, faisant reculer le fauteuil avec lui pendant qu'il partait dans un grand rire joyeux.

-Chic, on va pouvoir jouer au chat et à la souris, dans ce cas ! s'écria-t-il en ouvrant les bras.