C'est avec enthousiasme que Lisa Turpin s'approcha d'Hermione Granger. Elle l'avait aperçue quelques mètres plus loin, dans sa robe bleue qui ne cachait plus rien de ses formes de femme enceinte. Elle contourna la jeune femme qui était dos à elle et semblait s'ennuyer depuis quelques minutes, pour la saluer.

« Bonjour Hermione. A propos du dossier Baldwin, je crois que j'ai trouvé une solution à notre différend… » Entama-t-elle.

« Ça c'est une bonne nouvelle ! Nous pourrons en discuter demain, peut-être. On ne va pas travailler même pendant le Bal, qu'en penses-tu ? Tu n'aurais pas dû te déplacer juste pour ça… » Souffla la jeune femme en souriant.

« Oh eh bien, en réalité, si je suis venue te dire ça, c'était aussi pour laisser Susan un peu seule… » Glissa sa collègue, malicieuse, jetant un regard derrière Hermione.

Celle-ci ne put s'empêcher de se retourner, et au milieu des différents groupes qui évoluaient sur le parquet, elle aperçut en effet Susan Bones, qui riait doucement et rougissait. Celui qui était à l'origine de ces couleurs inhabituelles sur le visage de la sérieuse juriste n'était autre que Théodore Nott, un autre de leurs collègues. Le visage d'Hermione s'éclaira.

« Il était temps qu'ils se trouvent, ces deux-là ! » S'exclama-t-elle.

« Oh, tu sais comment sont les Serpentards… aussi lâches que les Poufsouffles sont timides. » Plaisanta Lisa.

Les deux jeunes femmes pouffèrent ensemble. Effectivement, personne n'ignorait dans leur département que depuis qu'ils travaillaient ensemble, Théodore Nott et Susan Bones se tournaient autour. C'était aussi visible que le nez au milieu de la figure, et pourtant, aucun des deux n'avait encore fait le premier pas avant ce soir. Hermione sourit. Cela lui rappelait bien quelques souvenirs. Elle avait cru devoir attendre que Merlin ne tombe du ciel avant que Ron ne lui déclare sa flamme.

D'un autre côté, elle n'avait pas tenté non plus sa chance. Mais il fallait la comprendre. A l'époque, ils étaient encore à Poudlard et le jeune homme louchait bien plus dans le décolleté de Lavande, qu'il embrassait comme une sangsue, que sur elle-même. Elle en avait énormément voulu à la jeune femme. Enfin, tout cela était du passé. Lavande n'était plus la pimbêche qu'elle était alors et en discutant ensemble jusqu'à ce que sa camarade doive rentrer coucher son petit, elles s'étaient trouvé de nombreux points communs.

Tout ceci appartenait au passé. Après la Guerre, Ron avait fini par lui avouer ses sentiments, tant il avait été terrifié de la perdre comme il avait perdu son frère. Ils avaient appris à vivre ensemble, malgré les défauts de l'un ou de l'autre. Elle essayait de ne pas être trop directive, et lui tâchait de ranger son matériel de Quidditch ailleurs qu'au milieu du salon. Ils avaient repris leur dernière année à Poudlard et elle s'était engagée dans des études de droit magique pendant qu'il reprenait la boutique de farces et attrapes avec son frère George.

Quoi qu'on puisse en dire, Hermione était très fière de son mari. Il avait su faire face à ses traumatismes avec courage, il n'avait jamais baissé les bras face à la léthargie de George. Il la faisait réviser ses cours de droit le soir et les week-ends, dès qu'il le pouvait. Quand il ne cherchait pas de nouvelles idées pour améliorer la boutique. Ron avait indéniablement le sens des affaires et ils ouvraient une nouvelle boutique à Pré-au-Lard d'ici quelques semaines à peine. Son mari était devenu un vrai businessman, en toute simplicité.

Quelques mois auparavant, ils avaient acheté une petite maison, en bordure de Londres. Ils avaient également décidé de devenir parents, un désir que Ron avait depuis un certain temps et qu'elle avait réfréné le temps qu'ils aient une situation stable. La jeune femme se caressa le ventre, machinalement. Être enceinte n'était pas quelque chose de facile, et elle n'y avait jamais été vraiment préparée. Elle n'avait pas pu avoir les conseils de sa mère, dont l'amnésie était irréversible, à sa plus grande tristesse. Molly avait essayé de l'épauler comme elle le pouvait, mais la mère de Ron était parfois un peu envahissante. Elle avait eu pas mal de crises d'angoisse, à se demander si elle arriverait à être mère et surtout, si Ron était capable d'être père. Il était si enfantin encore parfois. Heureusement, le jeune homme avait les épaules solides et faisait des tous les efforts possibles pour la rassurer. Elle sourit.

Sourire qui se transforma rapidement en une grimace de douleur. Elle porta la main à son ventre, tétanisée. Non, ça n'était pas possible. Elle ne pouvait pas… Elle n'était qu'à huit mois et demi de grossesse, elle n'avait normalement pas à s'inquiéter, elle avait été très prudente et… Une contraction plus forte qu'une autre lui arracha la fin de ses pensées. Elle prit appui sur Lisa un instant, et fléchit un peu les genoux. Une énième contraction lui provoqua un gémissement de douleur mais elle réussit à se calmer un instant.

« Lisa… Il faut que tu ailles chercher Ron. Tout de suite. Vite. J'ai besoin de lui. J'ai besoin d'aide. » Murmura-t-elle.

La jeune femme s'était penchée vers elle, paniquée par son visage crispé.

« Mais que se passe-t-il ? »

« Je suis en train d'accoucher ! » Cria-t-elle, douloureusement.

Il fallait que Ron se dépêche de venir. Elle avait absolument besoin de lui. Elle venait déjà de perdre les eaux. Elle ne tenait pas spécialement à accoucher devant l'ensemble du Ministère, sur le parquet de la salle de réception. C'était affreusement gênant. Et Ron était le seul à avoir en permanence autour du cou un portoloin spécial qui pourrait l'emmener à Sainte Mangouste sans risquer la vie du bébé dans un transplanage hasardeux sous l'effet du stress et de la panique. Elle espérait réellement qu'il l'avait pris cette fois encore, caché sous sa robe. Et qu'il n'allait pas paniquer. Elle avait absolument besoin de son aide, de son calme, et de sa détermination, sans quoi elle allait flancher. Quand enfin elle le vit accourir, elle s'effondra presque dans ses bras, soulagée. Tout allait bien se passer.