Disclaimer : Voir chapitre 1.

Note d'auteur : Merci à tous pour vos reviews, elles me donnent la pêche je vous assure ! :) Voici donc le dernier chapitre, mon plus long je crois, et la fin des tourmentes de Daphné. La semaine prochaine, il y aura un petit épilogue (attention, dégoulinant de guimauve). En attendant, voici le dernier chapitre, pile à l'heure, bonne lecture ! :)


— Au revoir, bonne soirée, lança Daphné dans un français presque impeccable, teinté d'un léger accent anglais.

Elle tendit la large boîte noire à sa cliente, accompagnée du sourire éblouissant de rigueur. La femme eut un sourire pincé et fit un geste agacé vers le porteur en livré qui l'accompagnait. Le jeune homme saisit aussitôt l'emballage et les nombreux paquets qui attendaient sur le comptoir, l'air un peu nerveux. Ils sortirent enfin du magasin, d'un pas raide et guindé en ce qui concernait la vieille pie.

Dès qu'elle fut seule, Daphné poussa un profond soupir et ouvrit le tiroir de la caisse enregistreuse. Elle compta soigneusement les recettes de la journée et s'apprêtait à ranger les petites pièces avec minutie lorsqu'elle fut interrompue par une jeune femme à l'air fatigué qui s'accouda sur le comptoir en se massant les tempes, les yeux fermés. Elle avait des cheveux châtains bouclés retenus en chignon par un stylo bille, des sourcils épais, des lèvres fines et des cernes noirs sous les yeux.

— Tu devrais prendre des congés, Em, conseilla Daphné à sa collègue avec un sourire contrit. Tu as l'air éreintée. Le petit ne fait toujours pas ses nuits ?

— Ça se voit tant que ça ? répliqua faiblement Emilie en ouvrant les yeux. Je suis fatiguée, mais il est hors de question que je prenne des vacances alors que tu te décarcasses ici toute la journée. Et de toute façon, la Harpie refuserait.

La Harpie était le surnom donné à leur patronne, une femme autoritaire qui terrorisait ses employés. Daphné haussa les épaules, l'air de dire qu'il fallait toujours essayer. Mais Emilie ne fit pas attention et se pencha derrière le comptoir pour prendre son sac et son manteau.

— Christie est déjà partie. J'ai rangé les portants et replié les vêtements. Je peux y aller ?

Elle semblait un peu inquiète, comme si elle demandait une faveur impossible à satisfaire. Daphné leva les yeux au ciel et referma la caisse enregistreuse d'un coup sec.

— Bien sûr, vas-y ! Et embrasse ton bout de chou pour moi.

— Tu es sûre que ça ne te dérange pas ? Je culpabilise de te laisser toujours fermer la boutique toute seule le soir...

Daphné ne la laissa pas terminer. Elle la serra dans ses bras avant de la pousser fermement vers la porte vitrée. Emilie lui fit un dernier signe de main puis s'engouffra dans sa petite voiture bleue. Daphné attendit qu'elle ait tourné au bout de la rue pour sortir sa baguette. D'un geste vif, elle nettoya le comptoir et verrouilla la caisse enregistreuse avant de la glisser dans sa ceinture, sous son pull. Elle enfila ensuite un épais manteau noir, une écharpe en laine, un bonnet et des gants assortis, puis glissa enfin son sac sur son bras. Une fois sur le pas de la porte, elle se retourna pour faire un dernier état des lieux, puis éteignit les lumières et enclencha l'alarme.

Une fois dehors, Daphné frissonna. Le froid hivernal s'insinua sous ses vêtements, la glaçant des pieds à la tête. Se frottant les mains l'une contre l'autre pour se réchauffer, elle s'engouffra dans un des taxis arrêtés le long de la rue. Elle donna l'adresse de son appartement au chauffeur, puis se laissa réchauffer par la chaleur de l'habitacle. Elle poussa un soupir en regardant défiler les avenues de Paris sous ses yeux.

Cela faisait cinq mois que Daphné avait quitté l'Angleterre. Après cette journée à laquelle elle ne voulait absolument pas repenser, elle était restée une semaine sans rien faire de constructif, à ruminer dans sa chambre. Il avait fallu une bonne remontrance de Pansy et un discours franche de Théo pour la décider à faire ses valises. Elle avait eu un besoin urgent de prendre ses distances. Elle avait pris le premier transport en Portoloin pour Paris, et vivait depuis dans la capitale française.

À son plus grand étonnement, Daphné s'était rapidement intégrée à la vie parisienne, toujours active et survoltée. Dès son arrivée, elle avait acheté un appartement dans le Paris moldu, grâce au peu d'argent qu'elle avait économisé. Elle avait voulu s'éloigner du monde sorcier, qui lui rappelait trop ce qu'elle avait perdu. Elle n'utilisait plus la magie que très rarement, à chaque fois avec un pincement au cœur.

D'abord mal à l'aise et gauche avec toute la technologie moldue, s'attirant toujours des soucis à cause de son ignorance, elle avait fini par s'y habituer. Elle savait à présent se préparer un café toute seule et se servir des principales technologies, comme le téléphone ou la caisse enregistreuse du magasin. Elle avait appris les choses les plus importantes, comme la magie de l'électricité, l'argent utilisé par les Moldus, ou encore les transports en commun. Elle était par contre loin de conduire une voiture et avait encore du mal à ne pas se sentir malade lorsqu'elle montait dans un taxi.

Lorsque le chauffeur la déposa devant son immeuble, Daphné lui tendit un billet, puis descendit de la voiture. Elle habitait un appartement modeste, dans un immeuble coincé entre un salon de tatouage et une boutique de CD. Il ne comportait que deux pièces, ce qui la changeait considérablement du manoir ou de la maison des Nott, mais elle s'en contentait largement. Elle s'y sentait chez elle. Il lui donnait une sensation grisante d'indépendance. Lorsqu'elle l'avait acheté, elle avait enfin eu l'impression de reprendre sa vie en main.

Daphné monta les marches d'un pas rapide, puis s'arrêta sur le palier du quatrième étage. Elle sortit un trousseau de clés de son sac et ouvrit la porte, savourant l'air tiède sur son visage. Dès qu'elle se fut débarrassée de tout son attirail hivernal, elle alla augmenter la température du chauffage, se fit chauffer un thé et se blottit dans le canapé, enroulée dans une couverture. Elle savoura le goût de la boisson dans un silence religieux.

Daphné se souvenait encore de ses difficultés à son arrivée, en particulier concernant la langue. Elle avait eu beaucoup de mal à se faire comprendre au début. Mais à force de baigner quotidiennement dans la langue française pendant cinq mois, elle avait fini par en apprendre les subtilités. Sitôt qu'elle avait trouvé un appartement, elle avait cherché un travail. Elle s'était faite embauchée dans une boutique de vêtements de luxe, dans un quartier chic de Paris. L'ambiance était plus que snob, mais elle s'en contentait. Elle avait d'abord travaillé comme caissière, puis était devenue conseillère pour les clientes importantes lorsque ses chefs avaient remarqué son assiduité au travail. Malgré cela, elle continuait le soir à s'occuper de la caisse, même si c'était normalement à Christie de le faire.

Elle avait détesté cette dernière à première vue. Elle fumait comme un pompier, réclamait une pause toutes les cinq minutes, et se plaignait sans arrêt de tout. Au contraire, Daphné était devenue très amie avec Emilie, l'autre employée, une jeune femme toujours de bonne humeur, qui venait d'accoucher de son premier enfant. Em lui avait même offert un portable dernièrement, lorsqu'elle avait appris que Daphné n'en avait pas. « Pour qu'on communique plus souvent pendant nos jours de congés » avait-elle dit.

Avec un soupir, Daphné se leva et alla poser sa tasse dans l'évier. Elle appuya ensuite sur le bouton de son téléphone pour écouter les messages de son répondeur. Emilie lui disait qu'elle était bien rentrée et que le bout de chou lui faisait un bisou. Ensuite, Chloé lui demandait de venir une heure plus tôt pour son service du lendemain. Cela soulagea la jeune femme. Ça ferait une heure de moins à attendre.

En plus de son boulot de vendeuse, Daphné avait pris un job de serveuse le week-end. Chloé était sa patronne, gentille mais parfois un peu brusque. Elle travaillait donc également le samedi et le dimanche, de dix heures à vingt heures. Et parfois, elle restait travailler plus tard le soir, jusqu'à la fermeture du bar, même si son service était fini et qu'on ne lui payait pas ses heures supplémentaires. Cela lui faisait des semaines de dingue, mais elle préférait tout plutôt que de s'apitoyer sur son sort. Elle se jetait à corps perdu dans le travail pour oublier ce qui s'était passé en Angleterre. Elle n'avait pris qu'une seule fois des vacances, une semaine à Noël, histoire de faire plaisir à Pansy. Et elle avait détesté cette inactivité forcée.

Daphné avait offert à son amie un portable à Noël dernier, et lui avait montré comment ça marchait. C'était beaucoup plus pratique et rapide pour communiquer que les hiboux. Elles se téléphonaient presque tous les jours. En y pensant, la jeune femme se rendit compte que c'était l'heure de leur rendez-vous hebdomadaire téléphonique. Sans attendre, elle sortit l'objet de sa poche et tapa sur le premier numéro en mémoire. Son amie décrocha dès la première sonnerie. Elle semblait s'améliorer avec le temps. La première fois qu'elle avait dû s'en servir, elle avait fixé l'appareil d'un air fasciné jusqu'à ce qu'il s'arrête de sonner, la plongeant alors dans le désarroi et l'incompréhension.

— Salut, Pansy, fit nonchalamment Daphné en allant s'asseoir près de la table basse avec les restes du dîner de la veille au soir. Tout va bien ?

— Comme d'habitude, soupira son amie d'une voix fatiguée. Il fait froid, il pleut et j'ai affreusement envie d'accoucher. Je n'en peux plus de ce neuvième mois !

— Patience, lui recommanda son amie avec un demi-sourire. Tu seras moins contente quand tu le verras pousser des cris à te faire éclater les tympans !

Pansy eut un petit rire exténué avant de changer de sujet.

— Quel temps fait-il à Paris ?

— Froid, répondit Daphné d'une voix maussade. Il y a eu de la neige hier, heureusement elle n'a pas tenu. Mais je pense qu'il va geler cette nuit. Théo va bien ?

— Il est un peu tendu le pauvre. Il se rend compte qu'il va devenir papa. Tu seras là pour l'accouchement, n'est-ce pas ?

— Pansy, je te l'ai déjà dit dix mille fois, oui, je serais là ! Je prends un Portoloin lundi matin pour être sûre d'être à Londres à temps !

— Tant mieux, répondit Pansy d'un air satisfait.

— Dit, Pans', murmura Daphné après un instant de silence. Il sera là aussi ? Pour l'accouchement, je veux dire.

— Je pense que oui, fit prudemment la future maman. C'est le meilleur ami de Théo. Mais tu ne seras pas obligée de lui parler.

Daphné eut un grognement peu convaincu. Avant de partir, elle avait fait juré à ses amis de ne rien dire à Blaise de l'endroit où elle allait, ni de faire mention de quoi que ce soit ayant un rapport avec lui devant elle. Si bien qu'elle n'avait absolument aucune nouvelle de lui et ne savait pas du tout ce qu'il devenait.

Mais malgré les mois écoulés, sa blessure était encore à vif. Et malgré toute sa bonne volonté, elle n'avait jamais réussi à l'oublier, et avait repoussé systématiquement toutes les approches de garçons plus ou moins intéressants. Il allait lui falloir beaucoup de temps pour tirer un trait définitif. Et le revoir n'allait pas arranger les choses.

— Tu seras là quand même ? voulut s'assurer Pansy, un peu inquiète.

— Je ne manquerais ça pour rien au monde, je te le promets ! Embrasse les autres pour moi. A demain.

Pansy lui souhaita bonne nuit, puis elles raccrochèrent. Par « les autres », Daphné entendait sa sœur et son mari. Ils n'avaient eu vent de l'histoire et de son projet qu'à leur retour de lune de miel, alors qu'elle était en France depuis déjà plusieurs jours. Astoria avait insisté pour passer la voir immédiatement et elles avaient longuement discuté de ce que tout cela impliquait. Elle lui avait fait jurer de lui écrire le plus souvent possible avant de repartir en Angleterre (Daphné avait bien essayé de lui apprendre à se servir d'un portable par la suite, mais sa cadette n'avait rien voulu entendre et elles continuaient de correspondre par hibou). Du côté de Drago, celui-ci lui avait pardonné pour tout ce qu'elle avait fait, et c'était la première chose qu'il lui avait dite en la revoyant. Astoria avait dû le briefer là-dessus durant leur voyage de noces. Dans tous les cas, il semblait sincère et Daphné en avait été soulagée.

Les deux sœurs s'étaient vues pour la dernière fois à Noël et au nouvel an et continuaient de se donner régulièrement des nouvelles l'une à l'autre. Ainsi, Daphné avait appris par sa sœur que Goldstein avait été envoyé à Azkaban à perpétuité et que Laurence avait définitivement élu domicile chez Michael. Personne ne savait exactement ce qui se tramait entre ces deux-là, mais Daphné attendait d'être face à son ami pour en parler. Pour être franche, cela l'aurait grandement étonnée s'ils étaient ensemble. Laurence avait subi trop de choses pour connaître une histoire aussi tôt.

Daphné échangeait également une correspondance régulière avec Michael, qui lui avait confié que Shelly se languissait d'elle. La petite la réclamait presque quotidiennement à présent, et son oncle ne savait plus quoi lui dire. La dernière fois qu'elle lui avait répondue, la jeune femme avait juré qu'elle irait les voir dès qu'elle serait à Londres.

Une fois qu'elle eut fini de manger, Daphné lava la vaisselle d'un coup de baguette et la rangea dans les placards. Puis elle prit une douche rapide, enfila son pyjama et se glissa dans son petit lit de camp. Avant de glisser dans le sommeil, ses pensées dérivèrent une nouvelle fois vers Lui. Elle se refusait de le nommer, même intérieurement, mais parfois, lorsqu'elle était fatiguée, elle s'autorisait à penser à lui. Juste un petit peu. Rien qu'un tout petit peu. De toute façon, à part elle, personne ne le saurait jamais.


— Daphné, ton service est fini depuis deux heures ! Et tu m'as dit que tu te levais tôt demain, tu devrais aller te coucher.

La jeune femme ignora ce que venait de lui dire Chloé et repartit prendre une commande à la table cinq. Elle entendit sa patronne soupirer bruyamment derrière elle, puis continuer à servir les clients accoudés au bar. Lorsqu'elle y retourna quelques minutes plus tard pour passer la commande, l'autre revint à la charge.

— Franchement, Daphné, je culpabilise de te voir travailler autant, soupira la quarantenaire en tendant une bière à un homme déjà bien imbibé. Va te coucher !

— Cinq minutes, encore, quémanda la jeune blonde avec une moue boudeuse.

Tout plutôt que de se retrouver seule dans son appartement à déprimer et à penser à Lui, qu'elle verrait sûrement lundi.

— Non, ça suffit ! Va te changer, laisse ton uniforme dans l'arrière-boutique et rentre chez toi !

Cette fois-ci, Chloé faisait les gros yeux. Les mains sur les hanches, elle la regardait avec sévérité, de ce regard qui faisait trembler toutes ses employées, qui obéissaient alors au doigt et à l'œil. Il faut dire que la patronne du bar imposait le respect. Chloé était une grande femme à la peau noire, avec de grands yeux marron foncé et une silhouette imposante, toute en rondeur. Même Daphné ne pouvait pas résister à ce regard-là. Elle poussa un soupir et se dirigea vers l'arrière-boutique en traînant les pieds, sous le regard satisfait de sa patronne.

Elle prit le plus de temps possible pour se changer, ses pensées se focalisant sur chacun de ses gestes pour éviter de penser à ce qu'elle allait faire ensuite. Mais elle dû se dépêcher lorsque Chloé jeta un regard soupçonneux dans la pièce. Elle se hâta de lui sourire et d'enfiler son jean. Quelques minutes plus tard, elle saluait sa patronne et sortait pas la porte des employées.

— Passe une bonne semaine en Angleterre, lui lança Chloé en la voyant passer.

Daphné lui sourit pour la remercier, puis referma la porte derrière elle. Elle jeta un coup d'œil à sa montre, et constata qu'il était déjà vingt-trois heures. Elle frissonna sous une rafale de vent glacé, puis resta plantée quelques minutes sous le ciel noir, levant les yeux vers la voûte étoilée. Quelques flocons se mirent à tomber du ciel, fondant au contact de son visage. Un taxi s'arrêta alors devant elle.

— Je vous emmène mademoiselle ?

Daphné sourit faiblement et acquiesça avant de monter dans la voiture. Elle donna son adresse au chauffeur puis s'enfonça dans le silence. Elle regarda les flocons tourbillonner derrière la vitre, réalisant alors à quel point le temps passait vite. Cela ne faisait que cinq mois qu'elle était à Paris, pourtant, elle avait l'impression d'y vivre depuis une éternité. La distance qu'elle avait instauré entre elle et Lui la rendait plus triste qu'elle ne l'avait imaginé, aux vues des circonstances.

Le taxi la déposa devant chez elle quinze minutes plus tard, ayant été considérablement ralenti par la faible visibilité imposée par la neige. Daphné le remercia, paya la course, puis se dépêcha d'entrer dans son immeuble, fuyant le froid le plus possible. Dès qu'elle fut chez elle, elle vérifia son répondeur. Elle avait un message d'Emilie, qui lui souhaitait un bon voyage et espérait la revoir dès son retour. Au lieu de l'appeler et de risquer de réveiller le petit, Daphné lui envoya un message sur son portable, lui souhaitant essentiellement bonne chance au magasin avec la seule aide de Christie.

Lorsqu'elle eut fini de ranger l'appartement et de faire ses valises, et qu'elle n'eut plus rien de constructif à faire, Daphné finit par se mettre au lit, vers une heure et demie du matin. La boule au ventre, elle ferma les yeux et essaya de s'endormir. Mais elle n'arrêtait pas de penser à Lui et à leur future rencontre, qu'elle redoutait plus que tout. Finalement, ce ne fut que vers trois heures du matin qu'elle plongea enfin dans un sommeil agité, constitué d'une suite de rêves incohérents.


Lorsque le réveil de Daphné sonna, elle eut l'impression de n'avoir dormi que quelques minutes. Mais il était déjà sept heures et demie du matin lorsqu'elle émergea totalement, et elle dû se dépêcher pour espérer être à l'heure. Elle prit une douche rapide, but son café en enfilant ses vêtements et vérifia une dernière fois l'état de l'appartement avant de fermer à clé derrière elle et de dévaler les escaliers, portant tant bien que mal sa grosse valise.

À huit heures moins cinq précisément, la jeune femme débouchait dans le hall du Ministère de la Magie français, essoufflée d'avoir couru. Peu familière des lieux, elle demanda son chemin à l'accueil, où une petite sorcière charmante lui indiqua la zone de départs des Portoloins. Elle la remercia avec un sourire et s'empressa de gagner la pièce qu'elle lui avait indiquée. Un peu nerveuse, elle franchit deux larges portes de bronze et fut aussitôt arrêté par un petit sorcier en robe bleue marine.

— Une seconde, fit-il en la voyant passer.

Il consulta d'un rapide coup d'œil la feuille qu'il tenait à la main et la regarda par-dessus ses lunettes à monture d'acier.

— Nom et prénom je vous prie.

— Daphné Greengrass, répondit docilement la jeune femme.

D'un hochement de tête, le sorcier acquiesça et fit un rapide mouvement de poignet avec sa baguette en direction de la feuille, manifestement pour confirmer son arrivée.

— Votre Portoloin part à huit heures cinq, vous avez failli être en retard, ajouta-t-il en la scannant une nouvelle fois de son regard perçant, soupçonneux. Un voyage d'agrément en Angleterre ?

— Je vais rendre visite à ma meilleure amie, répondit Daphné un peu sèchement. Elle est enceinte et va bientôt accoucher.

— Bien, bien, bien, approuva le sorcier en hochant le menton. Salle trois, allée cinq, emplacement six cent douze. Dépêchez-vous, il va bientôt partir.

Daphné acquiesça en souriant d'un air hypocrite, puis partit dans la direction indiquée en grommelant contre la curiosité des employés du Ministère. Elle suivit les indications du sorcier et se retrouva ainsi devant un ballon de football crevé, posé dans la case en bois marquée du numéro six cent douze. L'horloge géante accrochée au mur indiquait qu'il était huit heures trois. Juste à temps.

Un sourire soulagé aux lèvres, Daphné saisit le ballon entre deux doigts et maintint une poignée ferme sur sa valise. À huit heures cinq précisément, elle sentit une secousse au niveau de son nombril, puis aperçut un tourbillon de couleur. Elle ferma les yeux jusqu'à ce qu'elle sente la terre ferme sous ses pieds. Il y eut un instant d'intense confusion, pendant lequel elle cligna des yeux pour s'habituer à la lumière et retrouver un semblant d'équilibre. Lorsque ce fut fait, elle lâcha le ballon devenu inutile et regarda autour d'elle.

Elle se trouvait dans la cuisine des Nott. Soulagée de revoir ce décor familier, elle sourit, s'imprégnant de l'atmosphère des lieux. Cette maison lui avait tant manquée. Pleine d'énergie malgré sa courte nuit (sûrement l'effet de son retour en Angleterre), elle traîna sa valise dans le salon en criant un « C'est moi ! » retentissant, sans même penser au fait qu'elle pouvait réveiller ses amis. Elle les avait informés de l'heure de son arrivée, et Pansy lui avait assuré qu'ils seraient là pour l'accueillir.

Voyant que personne ne lui répondait, Daphné fronça les sourcils. Laissant sa valise dans l'entrée, elle appela encore une fois avant de monter. Elle inspecta chaque pièce avant de se rendre à l'évidence : personne n'était dans la maison. Perplexe, elle retourna dans l'entrée, et vit alors un mot collé sur le miroir, juste à côté de sa grosse valise noire qu'elle était revenue chercher. Rédigé par Théodore d'une écriture rapide et saccadé, il semblait avoir été posé là à son intention. La jeune femme s'en empara et le lut avec curiosité.

Pansy a eu des contractions durant la nuit. Nous sommes à Sainte-Mangouste. Viens dès que tu seras à la maison, on a besoin de toi !

Plus tard : En fait, les Médicomages disent que ça va durer plusieurs heures, alors prend le temps de t'installer. Tu n'as qu'à reprendre la même chambre qu'avant ton départ. On se verra à l'hôpital, à tout à l'heure, Théo.

Un sourire amusé étira les lèvres de Daphné avant qu'elle ne prenne conscience de ce que ce mot impliquait. Les yeux écarquillés, elle paniqua quelques minutes avant de se calmer. Elle venait de se rendre compte qu'elle allait devoir L'affronter beaucoup plus tôt que prévu. Elle avait espéré avoir plus de temps avant qu'ils ne soient confrontés l'un à l'autre. Au moins deux ou trois jours. Mais elle se devait d'être là-bas pour sa meilleure amie, même si elle en souffrait.

Daphné défit ses bagages avec des gestes saccadés, avant d'enfiler un manteau et de se ruer dehors. Elle battit en retraite aussitôt et saisit le parapluie de Pansy, posé dans l'entrée. Dehors, une pluie torrentielle tombait, rendant presque impossible la visibilité à plus de trois mètres. Frissonnante et les chaussures pleines d'eau, elle transplana immédiatement, atterrissant dans une ruelle du monde Moldue, toute proche de l'hôpital sorcier. Et bien évidemment, les pieds dans une flaque.

Avec un soupir et maudissant sa malchance, Daphné s'empressa de traverser la rue et d'aller vers l'entrée de Sainte-Mangouste. Quelques minutes plus tard, elle avait franchi la vitre. Elle replia son parapluie et monta les marches à toute allure jusqu'au premier étage, sans se préoccuper du couinement de ses baskets mouillés sur le sol, ni du regard éberlué des gens qui faisaient la queue devant le bureau de l'accueil. À neuf heures moins le quart, elle débouchait dans le couloir de la maternité, un peu essoufflée.

Ne sachant où se diriger, Daphné s'apprêtait à aller voir au comptoir des renseignements, mais la longue queue l'en dissuada. Un peu perdue, elle regarda autour d'elle, avisant les nombreuses personnes qui faisaient des allers retours dans le couloir, visiblement nerveuses.

— Ah Daphné, te voilà ! s'exclama une voix soulagée dans son dos.

Un sourire aux lèvres, la jeune femme se retourna vers sa sœur, qui s'avançait vers elle d'un pas allègre, l'air joyeuse. Elle portait un plateau avec plusieurs tasses de café en carton, son visage illuminé par un sourire.

— On dirait que tu t'es baignée toute habillée, plaisanta Astoria en arrivant à sa hauteur. Tu dois être gelée.

Daphné hocha la tête, se rendant soudain compte qu'elle était frigorifiée. Ses cheveux gouttaient dans son dos et sur ses épaules, son pantalon et son tee-shirt lui collait à la peau et son manteau complètement détrempé pendouillait lamentablement autour d'elle. Elle devait vraiment faire pitié à voir.

— Tiens, ça te réchauffera, lui conseilla sa sœur en lui tendant un café, que Daphné accepta avec reconnaissance. On est tous là-bas, en train d'attendre. Pansy est en plein travail. Théo l'a amené ici à deux heures du matin. Le pauvre est totalement paniqué ! Allons le rejoindre avant qu'il ne pique une crise de nerfs.

Astoria lui offrit un sourire amical, puis l'entraîna dans un couloir adjacent. Se mordant les lèvres pour ne pas s'enfuir en courant, Daphné serrait le verre en carton de toutes ses forces. Plusieurs questions tournoyaient dans sa tête, dont la plus importante : comment devait-elle réagir ? Elle s'était enfuie, une fois de plus, même si elle avait une très bonne raison. Mais qu'était devenu Blaise ? Il continuait à sortir avec Aurore, ou alors il avait trouvé une remplaçante ? Et si sa nouvelle petite amie était là ?

Honteuse de son comportement, Daphné secoua la tête pour chasser ses pensées parasites. Sa meilleure amie était en train d'accoucher, et elle se devait de la soutenir, ainsi que le futur papa, qui semblait très stressé. Elle s'aperçut alors qu'Astoria l'avait conduit à travers plusieurs couloirs jusqu'à une petite salle d'attente, où patientaient les proches de Pansy et une dizaine d'autres personnes.

— Voici le café ! lança Astoria à la cantonade.

— Ah ! Tu es la meilleure, la félicita Drago en s'approchant.

Avec un sourire gourmand, il s'empara d'une tasse, puis embrassa sa femme avant de boire goulument une gorgée de café.

— Je suis contente de te voir moi aussi, intervint Daphné avec un sourire ironique.

Le jeune homme eut au moins la bonne idée d'avoir l'air coupable pour son inattention. Il la salua avec chaleur, lui posant quelques questions sur la France, avant d'aller distribuer le reste du café. Théo commença par le refuser, puis céda devant le regard noir de son meilleur ami. Le futur papa semblait angoissé et faisait les cent pas dans la salle d'attente, jetant de fréquents regards vers la porte qui menait sûrement à la chambre de Pansy.

Daphné se refusa par contre en regarder dans l'autre direction, vers Lui. Elle savait que lorsqu'elle poserait les yeux sur lui, les digues qui retenaient sa peine et ses larmes ne seraient plus que souvenir. Elle l'évita donc soigneusement et regarda rapidement les autres personnes présentes. Les futurs papas étaient facilement reconnaissables, nerveux et jetant des regards impatients un peu partout.

— Alors ? Tu te plaît toujours autant à Paris ? demanda soudain Astoria en l'entraînant un peu plus loin, pour qu'elles puissent discuter à l'abri des oreilles indiscrètes. Comment va Emilie ? Tu te surcharges toujours autant de boulot ?

— Ralentis, j'ai du mal à te suivre, sourit Daphné en buvant une gorgée de café. Em va très bien, elle est juste un peu fatiguée à cause de son fils. Et je ne vois pas en quoi le fait que je travaille te dérange autant. Je te le concède, nous n'avons pas été élevées dans ces valeurs, mais je n'allais pas vivre aux crochets de mes amis ou de mes parents toute ma vie !

— Je suis totalement d'accord avec toi, la tempéra sa sœur. Je vais même t'avouer qu'après de longues discussions, Drago a enfin accepté que je cherche du travail. Il est un peu rigide parfois sur ce point. Ce que je te reproche, c'est que tu te surmènes trop. On dirait que tu veux te tuer à la tâche !

— Tu sais très bien pourquoi je fais ça, rétorqua la blonde en se fermant brusquement.

— Justement, je crois qu'on devrait en parler. Tu ne sais pas tout, Daph'.

— Je m'en fiche, la coupa-t-elle alors qu'elle allait poursuivre. Je ne veux plus le voir.

Astoria soupira et se frotta les yeux. Lorsqu'elle reporta son regard sur Daphné, elle semblait infiniment triste.

— Vous avez besoin de parler. Pour vous expliquer, insista-t-elle.

— Il n'y a aucune explication à donner, répliqua son aînée. Il s'est fichu de moi, c'est tout. Si je suis revenue, c'est juste pour Pansy. Fin de l'histoire. Il ne se passera plus rien.

Énervée par cette conversation, Daphné laissa sa sœur plantée au milieu du couloir et fit demi-tour. Elle entendit distinctement le soupir accablé d'Astoria dans son dos, mais ne se retourna pas pour autant. Elle sentait une douleur sourde pulser dans sa poitrine.

Dès son arrivée dans la salle d'attente, elle fut interceptée par Théo, qui lui donna les dernières nouvelles. La Médicomage de Pansy était passée et leur avait dit qu'il y en avait encore pour une bonne heure. Ils pourraient lui rendre visite très brièvement dès la fin de l'accouchement, si elle n'était pas trop fatiguée. Soulagée de ces dernières nouvelles, Daphné resta bavarder quelques minutes avec son ami, mais finit par abandonner l'idée de le distraire un peu en voyant à quel point il semblait nerveux. Peu en état de discuter elle aussi, elle finit par lui sourire et s'éloigner, encore un peu énervée par la discussion avec sa sœur.

Daphné annonça à Drago qu'elle allait se balader, ignorant ostensiblement la silhouette assise un peu plus loin, puis elle partit se promener quelques minutes dans les couloirs, avec l'intention de se rendre à la cafétéria du dernière étage. Elle avait cruellement besoin de se venger sur un beignet au chocolat.

Mais après quelques minutes d'errance, Daphné se rendit compte assez rapidement qu'elle ne savait plus où elle était. Lorsqu'Astoria l'avait conduit vers la salle d'attente, elle n'avait pas du tout fait attention aux couloirs qu'elles empruntaient, et il fallait avouer qu'ils se ressemblaient tous. Et maintenant, elle était perdue. Poussant un profond soupir, elle regarda attentivement autour d'elle, dans l'espoir de se repérer ou qu'il y ait quelqu'un dans les parages. Mais rien. L'endroit était entièrement désert. En plus, elle commençait à avoir vraiment très froid. Elle avait laissé son manteau dans la salle d'attente, et ses vêtements mouillés lui collaient à la peau, la faisant trembler.

— Il n'y a que toi pour te perdre dans la partie désaffectée de l'hôpital, ironisa une voix dans son dos.

Daphné se raidit. Il ne lui manquait plus que ça. Elle ferma les yeux un instant, refusant de pleurer. Lorsqu'elle se sentit suffisamment forte, elle se retourna pour lui faire face. C'était bien lui. Il se tenait là, devant elle, comme si rien de tout ça n'avait eu lieu. Toujours aussi beau et nonchalant. Il paraissait néanmoins beaucoup plus fatigué que la dernière fois qu'ils s'étaient vus. De larges cernes s'étalaient sous ses yeux et même son petit sourire en coin semblait éreinté.

— Tu vas attraper froid, murmura-t-il lorsqu'il ne fut plus qu'à deux mètres d'elle.

Il sortit sa baguette et l'agita dans sa direction. Daphné sentit un courant d'air frais l'envelopper, séchant instantanément ses vêtements mouillés. Elle se maudit de ne pas y avoir pensé plus tôt. Blaise s'approcha encore d'un pas. Elle recula, le cœur battant la chamade. Malgré tout ce qui s'était passé, tout ce qu'il lui avait fait, son corps réagissait toujours à sa présence. Elle avait une envie folle de se blottir contre lui, de savourer sa présence. Mais elle ne devait pas se laisser aller, elle n'aurait même pas dû continuer à l'aimer.

— Tu m'as suivi ? finit-elle pourtant par demander, les poings serrés.

— Il fallait que je te parle, répondit Blaise sur un ton d'excuse. En privé et sans personne pour écouter.

— Je ne veux pas te parler, répliqua-t-elle farouchement, des larmes coulant bien malgré elle sur ses joues. Quand est-ce que tu me laisseras enfin en paix ?

— Daphné..., soupira l'autre en la regardant avec des yeux emplis de tristesse. S'il te plaît. Nous sommes des adultes, non ? Tout ce que je te demande, c'est deux minutes. Après ça, tu prendras ta décision. Et si tu veux que je sorte définitivement de ta vie, je le ferais, je te le promets.

Daphné réfléchit de longues minutes à ce qu'il venait de dire. Pouvait-elle seulement le croire ? Son cœur lui hurlait que oui, mais elle continuait à se raccrocher à ce souvenir, chez lui, ce dernier soir. Elle n'arrivait pas à lui faire confiance. Ce fut finalement son regard qui la persuada. Ses prunelles vertes semblaient si sincères en cet instant, qu'elle décida de lui accorder une autre chance, au risque de se faire berner une nouvelle fois par ses paroles. De peur de changer d'avis, elle donna son accord d'un geste sec du menton. Blaise en parut soulagé.

— Merci, murmura-t-il avant de se lancer, semblant réfléchir aux mots qu'il allait employer. Je ne mérite plus ta confiance, je le sais, mais écoute-moi jusqu'au bout sans m'interrompre, d'accord ?

Daphné acquiesça, le cœur étreint d'un étrange espoir, qu'elle essaya de chasser immédiatement. Elle ne voulait pas souffrir. Pas encore.

— Tout d'abord, je suis désolé pour tout ce que j'ai fait. J'aimerais que tu me pardonnes, même si ça me semble surréaliste. Je n'aurais jamais dû monter tout ce plan pour que tu tombes amoureuse de moi. C'était idiot et puéril de ma part. Mais je ne savais pas comment m'y prendre pour te faire comprendre ce que je ressentais. Et j'ai été bête d'oublier ce mensonge sur Aurore. Ça nous aurait évité bien des malheurs. Pour ce soir-là, quand tu es venue me voir, je n'en croyais pas mes yeux. J'ai été en colère, puisque je croyais que tu voyais quelqu'un d'autre. Puis tu t'es expliqué, et j'ai été tellement heureux que tout cela se termine, qu'on soit enfin ensemble...

Il soupira et passa une main sur son visage. Puis il eut un petit rire amer avant de reprendre son récit, ses yeux plantés dans ceux de Daphné.

— Mais j'ai fini par croire qu'on était maudits, poursuivit-il avec un sourire désabusé. Juste au moment où j'étais persuadé que tout était arrangé, Aurore est descendue. J'ai tout de suite su ce qu'il allait se passer. Je veux mettre les choses au clair : Aurore est une amie, rien de plus. Ne m'interromps pas, demanda-il une nouvelle fois en la voyant ouvrir la bouche. Laisse-moi finir. Elle venait de se disputer avec son mari. Sa meilleure amie était partie en vacances, et c'est vers moi qu'elle s'est tournée. Elle n'a fait que dormir chez moi, c'est tout.

— Elle avait ta chemise, murmura Daphné d'une voix cassée, ne pouvant s'en empêcher.

— Elle était partie de chez elle en coup de vent et n'avait pas pris de vêtements, alors j'ai fait ce que j'ai pu, expliqua Blaise d'un air sombre.

Daphné secouait la tête. Elle ne pouvait pas croire cela. Une erreur de jugement de plus, encore une. Quand cela allait-il s'arrêter ? Quand pourrait-elle enfin vivre sereinement ? Toute à ses pensées, elle n'avait pas vu que Blaise s'était approché d'elle. Il la regardait intensément, l'air résolu d'aller jusqu'au bout, de mettre enfin les choses à plat.

— J'ai essayé de te l'expliquer, mais tu n'as rien voulu entendre. Je t'ai laissé un peu de temps, pour que tu reprennes tes esprits. J'espérais que tu sois folle de rage, que tu reviennes chez moi, que je puisse tout te dire. Mais quand je suis allé chez Théo pour te parler, il m'a dit que tu étais partie, et qu'il t'avait juré de ne rien me dire. J'étais fou. Je n'arrivais pas à croire que tu m'échappais encore une fois. J'ai cru que tu reviendrais, j'en étais persuadé. Pansy me glissait des nouvelles à mots voilés, me faisant comprendre que toi non plus tu n'étais pas vraiment heureuse. Alors j'ai attendu, encore et encore. Je savais que tu reviendrais pour l'accouchement. Il fallait absolument que je te parle.

Un éclat brillant dans les yeux, Blaise s'approcha encore davantage, réduisant la distance qui les séparait. Il prit doucement le visage de Daphné entre ses mains, essuyant ses larmes avec ses pouces. La jeune femme ne protesta pas et se laissa aller à cette douce caresse, qu'elle avait tant espérée depuis plusieurs mois.

— Daphné, encore une fois, je m'excuse de t'avoir fait subir tout ça. Mais je t'aime. Et ça, tu ne peux pas me l'enlever. Si tu me dis maintenant que tout est fini, je ne tenterais plus rien. Je te le jure. Dis-moi juste que tu ne m'aimes pas, et on en reste là.

Sa voix douce et inquiète, son souffle frais sur son visage, sa proximité inattendue, tout cela troubla Daphné. Elle ne savait plus quoi penser. Tout tourbillonnait dans sa tête. Elle n'était sûre que d'une seule chose, c'était qu'elle n'avait jamais aimé quelqu'un comme elle l'aimait lui. Et malgré ce qui s'était passé, elle voulait toujours être avec lui. Elle avait désespérément besoin de sa présence, de son sourire en coin qu'elle trouvait si insupportable auparavant, de ses yeux verts si mystérieux encore l'année dernière alors que maintenant elle pouvait y déchiffrer le moindre changement. Quand cela s'était-il produit ? Elle ne s'en souvenait plus exactement. Elle ne pensait qu'à l'instant présent. Elle ne savait que répondre. Tout lui paraissait trop banal.

Alors au lieu de parler, Daphné obéit enfin aux élans de son corps. Elle lui sourit tendrement, puis l'attira vers elle, passant ses bras autour de sa nuque. Dans un geste lent, leurs visages se rapprochèrent, leurs souffles se mêlèrent, et enfin, ils s'embrassèrent. Daphné se sentit revivre. Ce n'est que maintenant qu'elle se rendait compte à quel point il lui avait manqué. Et ce à quoi elle était prête à renoncer pour que cela ne se reproduise pas. Elle s'accrocha à lui comme une noyée à son rocher, le souffle heurté. Lorsqu'ils se détachèrent l'un de l'autre, elle nicha avidement son visage dans son cou.

— Je suppose que c'est un oui, chuchota Blaise à son oreille après un court instant de silence.

Daphné laissa échapper un petit rire nerveux et embrassa doucement son cou, le faisant soupirer de bonheur. Ils restèrent là un long moment, blottis dans les bras de l'autre, savourant cet instant de retrouvailles. Après un temps qui leur sembla bien court, ils entendirent un bruit de course dans le couloir. Surpris, ils se détachèrent l'un de l'autre et regardèrent arriver Drago en écarquillant les yeux. Celui-ci s'arrêta devant eux en un dérapage plus ou moins contrôlé et lança d'un ton essoufflé.

— Le bébé est né ! C'est un garçon !

Il y eut un instant de flottement, deux trois regards échangés, puis les trois jeunes gens se ruèrent dans les couloirs le plus vite possible pour retourner en salle d'attente, fébriles. Malgré l'euphorie de savoir que son filleul était né, Daphné ne pouvait s'empêcher de percevoir avec acuité la main chaude de Blaise qui tenait la sienne. Bien sûr, ils avaient encore beaucoup de choses à se dire, à mettre au clair, mais elle était heureuse à un point inimaginable de se tenir à ses côtés. Elle se sentait complète et entière pour la première fois depuis plusieurs mois.

Les trois amis débarquèrent dans la salle d'attente quelques minutes plus tard sous le regard courroucé d'Astoria, qui semblait les attendre depuis déjà plusieurs minutes. Son regard s'éclaira en voyant les mains liées de sa sœur et de Blaise. Mais elle eut la présence d'esprit de ne faire aucun commentaire.

— Dépêchez-vous, fit-elle en ouvrant une porte. On a que cinq minutes pour voir Pansy et le bébé, elle doit se reposer ! Théo est déjà avec eux.

Les quatre jeunes gens pénétrèrent dans la pièce sur la pointe des pieds, ne voulant pas perturber ce moment magique pour les jeunes parents. Pansy était assise sur son lit, l'air tellement fatiguée qu'on aurait dit qu'elle allait s'écrouler sur place. Elle tenait tout de même son bébé serré dans ses bras, Théodore à leurs côtés, un air émerveillé sur le visage. En les voyant, il prit délicatement le bébé que Pansy lui tendait et le présenta aux nouveaux venus.

— Je vous présente le petit Lucas, dit-il avec une fierté toute paternelle.

Le nouveau-né fit le tour des personnes présentes, passant par toutes les paires de bras. En le tenant contre elle, Daphné fut particulièrement émue. Ce petit être humain était son filleul. Elle se jura d'en prendre soin le plus possible. Lorsqu'elle le rendit à Théo, elle s'empressa d'embrasser Pansy sur le front avant de quitter la pièce, lui faisant jurer de se reposer. Les autres sortaient déjà sous les ordres de la Médicomage, qui avait déjà positionné le petit Lucas dans son berceau. Même Théo était déjà dehors. Mais alors qu'elle s'apprêtait à les suivre, Daphné sentit la main faible de Pansy retenir la sienne.

— Deux minutes encore, quémanda son amie auprès de la Médicomage.

Celle-ci accepta avec réticence et ressortit de la pièce, laissant les deux amies seules.

— C'est douloureux d'accoucher, fit Pansy avec un sourire fatigué. Réfléchis-y à deux fois avant de tomber enceinte !

— C'est promis, sourit Daphné en lui étreignant la main. Tu voulais me dire quelque chose ?

— Je suis peut-être fatiguée, mais pas idiote. Tu es entrée main dans la main avec Blaise ou j'ai rêvé ?

— Non, tu n'as pas rêvé, s'amusa Daphné.

— Alors, vous êtes ensemble ? Vraiment ?

— Oui, vraiment. Mais c'est une longue histoire, que je te raconterais seulement lorsque tu seras reposée !

Pansy ne put réfréner un sourire lumineux, heureuse que son amie ait enfin retrouvé la raison. Avec l'aide de Daphné, elle s'allongea dans son lit, jetant un regard protecteur vers son fils.

— Il est magnifique, murmura Daphné en interceptant son regard. Je suis sûre que vous serez d'excellents parents.

— Merci, chuchota Pansy, qui commençait à s'endormir. Tu prendras soin de lui, n'est-ce pas ?

— Bien sûr, chuchota son amie en l'embrassant sur le front. Repose-toi maintenant.

— Et Daph' ? Promets-moi d'être heureuse.

— C'est promis.

Avec un sourire attendri, Daphné regarda son amie s'endormir. Elle regarda son filleul avec affection une dernière fois avant de quitter la pièce. Cette fois-ci, elle ferait tout pour tenir cette promesse qu'elle venait de faire. Et en voyant le sourire que Blaise lui lança lorsqu'elle revint dans la salle d'attente, elle sut qu'elle n'aurait pas beaucoup de mal.


Note de fin : Et voilà, cette fiction est presque finie, plus que l'épilogue ! N'hésitez pas à me laisser une review pour me dire ce que vous pensez de ce dénouement, ça me fait toujours super plaisir ! Et j'espère à la semaine prochaine, bonne semaine à tous ! :)