Leur dernier rêve
Fanfiction écrite par Andromeda Mavros
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Rating / Classement [+18]
Publié pour la première fois le 21 février 2012
Chapitre 21
En bord de mer
Crédits : L'univers de The Vision Of Escaflowne est la propriété de Shoji Kawamori et du studio Sunrise, je ne fais que l'emprunter pour cette histoire.
Exception faite pour quelques personnages et lieux que j'ai créés pour l'occasion.
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Le voyage vers Asturia, parti d'un port nouvellement construit au dessus de la cité de Fanelia, se déroula sans problème. Hitomi, Merle, Meinmet et Folken visitèrent le vaisseau, guidés par Van.
Seule Yiris ne quitta pas le pont de l'embarcation flottante. Non seulement, elle connaissait bien l'engin, mais en plus, elle n'osait pas trop se montrer dans les vêtements que Mila lui avait fournis pour l'occasion.
La tenancière avait su frapper là où il fallait, robes, certes dans des camaïeux sobres, comme le violet, mais coupes et décolletés qui n'avaient rien à cacher.
Conséquence, malgré la chaleur qui régnait à l'approche du pays maritime, la générale portait en permanence une étole de laine blanche pour cacher un peu le résultat.
A quelques heures de l'arrivée, Hitomi s'aventura à aller lui parler. Elle la trouva assise par terre, les genoux repliés, tenant son bâton.
— Bonjour, vous allez bien ?
Yiris releva la tête étonnée. Hitomi était la dernière personne qu'elle s'attendait à voir. Aussi, perplexe, elle se leva et se surprit à parler.
— Oui…
— Vous semblez fort contrariée ?
— Bah, ça passera. J'ai juste du mal à me faire à… mon nouveau statut.
— Sachez que le peu de temps que je l'ai connu, Folken était quelqu'un de très gentil. Il me semble qu'il n'a pas changé.
— Pour être gentil, il l'est et d'une patience… Enfin… Remarquez, je suis contente de vous voir, je n'ai pas eu l'occasion de vous demander pardon pour ce que je vous ai fait. Dit Yiris, un peu gênée.
— Laissez tomber, répondit Hitomi, c'est oublié ! Je comprends pourquoi vous m'avez fait cela, et je sais tout autant que vous ne seriez jamais allée jusqu'à me tuer !
La générale sourit, le fait que Hitomi ne lui tienne pas rigueur de son geste la soulageait.
Elle aimait à penser qu'avec le temps, cette histoire de magie des fausses-personnes irait se cacher dans un recoin des mémoires collectives et qu'elle redeviendrait une personne normale dans les yeux des gens, et non plus un monstre.
— Tu devrais quand même lui raconter ton exploit à Asturia ! Fit Merle qui s'approchait souriante.
— Oh ça… Gloussa Yiris.
— Qu'est-ce que vous avez donc fait ? Interrogea Hitomi.
— On va dire que j'ai donné une bonne correction à quelqu'un qui ne s'y attendait vraiment pas…
— Tu peux dire que tu as mis Allen à terre ! S'amusa la jeune femme-chat.
En entendant cela, Hitomi fut étonnée. Allen était fort, c'était quand même un disciple de Balgus.
Le fait que Yiris ait pu le battre prouvait une fois de plus son niveau élevé.
— En fait, reprit la générale, il m'a balancé à mots couverts une remarque sur le fait que les femmes ne devraient pas être sur un champ de bataille. Je n'ai pas réfléchi, je me suis jetée sur lui, et quelques minutes plus tard, difficilement, je le concède, il était à terre mon bâton sur la gorge… Maître Van était furieux après moi…
Trouvant le récit de Yiris trop vague, Merle commença à conter les détails à Hitomi, notamment la royale engueulade à laquelle la générale avait eu droit…
L'affaire eu lieu donc eu lieu trois ans auparavant. Le hasard avait fait jusque là que les chemins de Yiris et du chevalier Allen Schezar ne s'étaient jamais croisés.
En effet, lorsqu'il se rendait en visite à l'étranger, Van préférait prendre à ses côtés Luyren ou Hylden, bien plus diplomates que le duo infernal Mayek/Yiris.
D'autre part, quand le conseiller de la Reine d'Asturia s'était rendu à Fanelia, Yiris était à chaque fois en mission dans le pays ou aux frontière pour mater une éventuelle rébellion des populations autochtones venues de terres au-delà des montagnes.
L'armée de Yiris avait plutôt l'habitude du combat au corps à corps, même en terrain difficile, l'avantage de travailler avec beaucoup d'anciens mercenaires dans les effectifs…
Et puis un jour, Luyren était mal en point, un mauvais coup de froid, rien qui mette la vie en péril, mais cependant fatiguant.
Van préféra ménager l'aîné de ses généraux tandis que le benjamin, en raison de ses connaissances médicales, était parti pour une mission sanitaire dans un petit village où une vieille fièvre était réapparue.
Au moment de choisir entre Mayek et Yiris, le Souverain avait hésité.
En effet, entre Mayek et Allen, les échanges, heureusement rares, étaient glacials.
Très conservateur, le général ne supportait pas l'attitude du chevalier et le toisait d'une certaine façon.
Alors, pourquoi ne pas essayer Yiris, bien plus ouverte d'esprit…
Finalement, ce n'est pas de la générale que le problème est venu. A l'arrivée de la délégation, Yiris, en armure, avait salué de façon neutre le chevalier, celui-ci ne lui avait même pas répondu…
Un petit regard de Van, la jeune femme avait laissé couler, mais quand Allen osa lui dire qu'elle n'était pas la mieux placée pour donner des ordres à des hommes alors qu'elle supervisait le déchargement du vaisseau, le ton était monté…
Un peu à part sur l'esplanade du port aérien à discuter avec Millerna, le Roi de Fanelia ne comprit pas tout de suite que les choses s'étaient envenimées, c'est un Gaddes affolé qui vint l'avertir.
Quand il arriva sur place, Allen, juste en chemise et pantalon se battait avec Yiris, vêtue en civil.
Malgré les invectivassions de leurs Souverains respectifs, aucun des deux ne cessa ni de se battre et encore moins de s'insulter…
Personne n'était capable de les arrêter, il est des guerriers dont le niveau dépassait très largement l'ordinaire, Yiris et Allen avaient cela en commun.
Cependant, il ne fallut que quelques minutes à la générale pour mettre à terre son adversaire. C'est là, que Van lui ordonna d'aider à le relever.
Après plusieurs « demandes » assez sèches, elle finit par capituler, mais c'est Allen qui refusa la main. Furieuse, Yiris, lui envoya avec force l'extrémité de son bâton dans la joue gauche, cassant plusieurs dents au passage.
Même si Millerna critiqua vivement Allen pour son comportement provocateur, le coup final avait été de trop.
Yiris refusa de présenter la moindre excuse, Allen campa sur ses positions et pour éviter un incident diplomatique, elle fut renvoyée à Fanelia le soir-même après plus de quatre heures à se faire hurler dessous par Van sur la gravité de ces actes.
En effet, si l'amitié avait la Reine d'Asturia avait permis d'étouffer l'incident car elle avait bien compris que c'était deux égos démesurés qui s'étaient battus stupidement, ailleurs, la situation aura pu dégénérer.
C'est ainsi que, comme elle disait elle-même, telle une petite fille pas sage, Yiris s'était trouvée « privée de sortie », ce qui avait bien fait rire Constantin, d'autant plus que ce dernier, présent lors du voyage, s'était étrangement « volatilisé » lors l'incident, alors qu'il aurait au moins pu contenir sa sœur quelques instants, le temps que Van la ramène à la raison…
Mais sans doute était-il plus savoureux d'assister à un combat divertissant qui voudrait à coup sûr une bonne disgrâce à celle que Constantin considérait parfois comme une sorte de Némésis…
Quoiqu'il en soit, Yiris quittait ainsi Fanelia pour la première fois depuis cette affaire. Certes, elle avait parfois des contacts avec des délégations des pays frontaliers, mais pour Freid et Daedalus, la situation n'était pas la même.
Kaja était une personne très conciliante qui ne se souciait pas d'avoir affaire à une femme car il appréciait l'aide précieuse apportée par cette dernière lors des soucis de tentatives d'invasion à la frontière commune entre les deux nations.
Quand à Daedalus, depuis les temps anciens, la petite péninsule nordique vivait dans la peur du pays aimé des dragons, son unique frontière terrestre.
Avant que Goau ne devienne Roi, il y avait eu une mise au point assez violente entre les Souverains de l'époque, et Daedalus en était sorti humilié.
Ainsi, les délégations tremblaient déjà rien qu'en voyant l'étendard de Fanelia.
Au terme de cet étonnant récit, Hitomi ne pu s'empêcher d'éclater de rire. Elle reconnut qu'Allen, dans ses souvenirs, avait tendance à être trop fier et qu'il était certain que là, tout était réuni pour faire des étincelles.
Cela dit, sans le dire, elle espérait sincèrement que cette fois, tout se passerait dans le calme, même si, Yiris, en dépit de tous les récents événements, semblait largement capable de s'emporter à la première occasion…
Un peu plus loin, Folken et Meinmet observaient les jeunes femmes qui semblaient rire de bon cœur.
— Au moins, Hitomi a pardonné. Je suis content de voir la paix revenir, Van est encore en colère, mais j'ai bon espoir que ça lui passe… Et toi, comment cela se passe avec ton épouse ?
— Rassure-toi, tout va bien. Elle se montre incroyablement polie et bien élevée depuis… S'amusa le Prince.
— Dans sa robe, on dirait presque une petite fille perdue. J'ai l'impression qu'elle le vit mal. En même temps, elle a été proche d'y passer… Tu as réussi un joli tour en lui sauvant la mise, même si tu as dû te faire quelques ennemis au passage !
— J'ai soldé une partie de ma dette, je ne regrette rien. Elle a… quelque chose d'exceptionnel…
Le vieil homme était intrigué par la réponse étrange. Folken semblait perdu dans ses pensées, et ses dernières allaient vers la générale.
Un sourire traversa le visage de Meinmet. Son instinct ne le trompait pas, son neveu éprouvait quelque chose de particulier pour son épouse…
Comme un encouragement, il donna une petite tape sur l'épaule du jeune marié qui fut surpris.
OoO
L'air avait changé, l'odeur de la mer emplissait les poumons des voyageurs. Après la traversée des nuages qui surmontaient un dernier massif montagneux, la mer apparut.
Emue, Hitomi se rappela la première fois qu'elle avait vu Palas, la capitale d'Asturia. La ville n'avait pas changé.
Elle avait toujours ce côté enchanteur de cité lacustre et la chaleur qui y régnait était insoutenable, alors qu'à Fanelia, quelques fortes pluies peu après les moissons avaient fait chuter la température et annonçaient l'automne.
Le vaisseau royal jeta l'ancre sur le port d'attache qui dominait la ville. Tandis qu'une nacelle descendait les arrivants sur la terre ferme, Hitomi fut surprise de voir le Crusade amarré.
Ce vieil engin volait encore, voilà qui était étonnant.
Une autre surprise l'attendait, ce fut Gaddes qui accueillit les invités.
— Roi de Fanelia, Mademoiselle Hitomi, Merle, je suis ravi de vous revoir ! Et je ne crois pas être le seul ! Ajouta-il en montrant sa joyeuse équipe qui s'agitait derrière.
Van ne pu s'empêcher de sourire, Hitomi et Merle éclatèrent de rire en répondant aux grands gestes de l'équipage.
Resté un peu en arrière aux côtés de Folken et Yiris, Meinmet était perplexe.
— Et ben, l'image raffinée que j'avais d'Asturia vient de voler en éclat…
— Je me souviens un peu d'eux. Expliqua Folken. Ce sont des repris de justice qu'Allen Schezar, un Caeli Knight, a recruté pour son compte, je crois.
— Exact ! Confirma Yiris. C'est une joyeuse bande de bras cassés. A part leur sergent, Gaddes, ils n'ont pas le comportement de soldats, mais par contre, ils sont d'une loyauté indéfectible envers leur chef.
— On aura tout vu… Asturia la raffinée a des anciens prisonniers dans son armée… Soupira Meinmet aussi dubitatif qu'amusé.
Van, Merle et Hitomi discutaient avec Gaddes, quand soudain, le regard de celui-ci se tourna vers Folken.
— Alors, c'est vrai. Dit-il, intrigué.
— Oui, répondit le Roi, ne va pas demander comment, mais mon frère est revenu d'entre les morts. Comme quoi l'impossible est possible.
— Et j'en suis le premier étonné ! Ajouta Folken avec son calme habituel.
— Soit ! Fit le sergent lui aussi très flegmatique. Mais je constate qu'il y a encore du monde.
Van acquiesça et se plaça derrière Meinmet.
— Je te présente mon oncle !
— Hé hé, Votre Majesté, je me disais bien qu'il y avait une ressemblance !
Le vieux Prince ne pu s'empêcher de rire à son tour. L'idée d'avoir retrouvé sa famille, aussi restreinte soit-elle et de se voir trouver des traits communs lui plaisait.
Très vite, une autre personne intrigua le sergent qui écarquilla les yeux : une petite femme balafrée habillée comme une dame, à ceci près qu'elle avait utilisé sa ceinture pour tenir son bon vieux bâton dans le dos, aucun doute possible.
— On m'en avait parlé, mais si je ne l'avais pas vu de mes yeux, je ne l'aurais pas cru. La robe vous va bien, Générale Yiris !
N'ayant pas envie de répondre, l'intéressée haussa les épaules, en se serrant dans son étole comme si elle se drapait dans sa dignité.
Mais il était clair qu'autant Gaddes et ses hommes qui pouffaient de rire se seraient pris des coups si elle ne s'était pas retenue comme elle l'avait juré à Van.
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Après un voyage en calèche, le groupe arriva au palais. Avant d'avoir eu le temps de comprendre, les femmes furent séparées des hommes, à chacun sa réception de bienvenue.
Hitomi fut quelque peu décontenancée, Merle amusée, Yiris, par contre, appréciait de moins en moins son voyage.
Toutes trois furent conduites par une servante jusqu'à la porte d'une pièce d'où on pouvait entendre des rires de femmes que Merle taxa de « coincés ».
Quand la porte s'ouvrit, un majordome annonça les arrivantes furent présentées à de nombreuses dames richement parées attablées autour d'un goûter.
— Mesdames, voici Mademoiselle Hitomi Kanzaki, Mademoiselle Merle et…
Le serviteur regarda Yiris avec dédain, elle le foudroya à son tour du regard, l'affrontement fut rompu par une voix féminine amusée.
— Allons, vous n'avez quand même pas oublier qu'il s'agit de la Princesse Yiris de Fanelia !
Ces mots avaient été prononcés par une belle blonde qui se leva pour accueillir ses invitées. Hitomi reconnu immédiatement Millerna.
Vêtue d'une robe à corsage gris rebordée d'or d'où dépassait une jupe blanche, ses cheveux attachés en chignon, elle était d'une grande distinction.
D'un regard visiblement furieux, elle congédia le majordome qui baissa les yeux au sol avant de se retirer, puis se dirigea vers Hitomi qu'elle prit dans ses bras.
— Je suis trop contente de te revoir ! Tu es superbe, une vraie femme maintenant !
Face à ce compliment, Hitomi ne pu retenir un petit sourire gêné.
— Vous êtes aussi magnifique Millerna, je suis ravie de vous revoir.
— Viens t'asseoir, je crois que nous avons des milliers de choses à se raconter.
La jeune femme fut plutôt bien accueillie par le groupe déjà présent. Millerna fit les présentations.
Etaient présentes, la Reine d'Egzardia, une blonde de trente ans environ habillée d'une robe rouge et jaune à froufrous tout sauf discrète, la Reine de Daedalus, plus âgée et assez ronde, vêtue d'une robe tunique bleue passe-partout, la femme du Président de Basram, étriquée dans sa tenue vert foncé dont le col lui remontait au ras du menton et la Princesse de Cesario, une brune d'une vingtaine d'années, tout douce et discrète d'une grande beauté, qui était dans une tenue drapée rappelant les déesses antiques.
Hitomi se souvenait que ces pays avaient été les bases de la coalition, elle ne fut pas trop surprise de rencontrer les épouses des dirigeants.
Visiblement curieuses, les Reines de Daedalus et d'Egzardia assaillirent Hitomi de questions dans une ambiance plutôt bon enfant, la Princesse de Cesario osa demander quelques précisions, seule la première dame de Basram semblait figée.
L'ambiance dans la belle pièce aux murs clairs et nombreuses fenêtres était plutôt cordiale, sauf pour deux personnes.
Assises à l'autre bout de la table, Merle et Yiris s'ennuyaient profondément. La fille-chat, qui n'était présente que grâce à l'amitié de Millerna, pestait à voix basse sur les dames qui la dédaignaient.
Yiris, qui se sentait vraiment hors de son élément, avait trouvé une occupation dans la construction périlleuse d'un bâtiment en morceaux de sucre.
Soudain, l'édifice instable s'écroula arrachant un juron bien senti à son architecte, juron qui eu pour effet de couper court les bavardages et de faire converger tous les regards vers Yiris qui regrettait pour une fois de ne pas être totalement fausse-personne, histoire de se fondre dans le sol…
— Je vois que vous vous ennuyez ferme ! Fit Millerna avec un petit air malicieux.
— Désolée, Votre Majesté, mais très honnêtement, je ne suis pas trop à mon aise ici. Mon truc, c'est plutôt les casernes.
— Je sais, je sais… Mais justement, vous me donnez une idée. Nous avons accablé Hitomi de question alors que, quand même, vous êtes vous même un phénomène qui doit avoir plein de choses à raconter.
Stupéfaite, Yiris ne trouva rien à dire, elle se demandait sérieusement où la jeune femme blonde voulait en venir.
— Dites-moi, demanda la Reine d'Asturia, ça fait quoi de savoir se battre ?
La question avait été posée sur un ton vivement intéressé. Pour la générale, il était évident que ses capacités suscitaient une envie chez son interlocutrice, aussi elle se leva et dégagea son bâton de son dos avant de se mettre à le faire tournoyer dans tous les sens, surprenant les convives.
— A vous répondre, ça procure une grande satisfaction. Tout manque de respect peut-être châtié. Les hommes apprennent à se taire face à vous, c'est plaisant.
Yiris continua quelques instants sa petite parade, avant de se mettre face à la Souveraine et de poser violement ses mains sur la table.
— Mais voyez-vous, ce pouvoir a un prix. Certes, les hommes ne vous disent rien en face, mais sont encore plus salaces par derrière. Alors qu'un homme désire une femme parce qu'elle lui plaît, dans mon cas, la seule volonté est de me mater.
Enfin, vous avez vu à quoi je ressemble, c'est un aspect du combat. Les cicatrices, parfois grosses et très mal placées, sur un homme, ça donne un genre, sur une femme, ça fout la nausée…
Ces paroles provoquèrent un certain malaise, Millerna défia Yiris du regard quelques instants, avant de percevoir une sorte de noirceur qui la dérangea.
Comme si elle avait abouti sa démonstration, la générale retourna s'asseoir, et, comble du mauvais goût, elle posa ses pieds sur la table, avant de s'empiffrer d'un gâteau d'une façon assez vulgaire.
Hitomi était profondément dérangée par ce qui se passait, mais à son grand étonnement, Millerna gardait son calme.
Après, un bref, soupir, la Reine d'Asturia se tourna vers ses invitées avec un grand sourire.
— Encore un peu de thé, Mesdames ?
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De leur côté, dans une immense salle bordée d'allées de colonnes qui montrait tout le luxe et le raffinement d'Asturia, les hommes discutaient debout autour d'un buffet.
Les chefs d'état de l'ancienne coalition étaient présents, accompagnés souvent d'un de leurs généraux.
Quelques chefs de tribus des petites contrées du sud avaient aussi été conviés.
Et comme à son habitude, Meinmet paradait en racontant ses voyages. Histoire de s'amuser un peu, Folken écoutait son discours grandiloquent qui avait le mérite d'avoir capté une partie de l'assemblée, qui après avoir longuement dévisagé le revenant n'avait plus d'yeux que pour les exploits de son oncle.
Dans un coin de la salle, Allen regardait l'attroupement avec un petit sourire. La rapidité avec laquelle les sujets distrayants pouvaient prendre le pas sur les vrais problèmes le faisait rire.
A trente ans passés, il était devenu assez blasé. Maintenant, il attachait ses longs cheveux et portait une petite moustache, qui le faisait étrangement ressembler à son père Leon.
Même s'il ne n'arborait plus l'uniforme des Caeli Knights, il restait dans le ton avec une chemise blanche couverte d'une veste d'un bleu franc, sur un pantalon d'un bleu plus foncé.
Une chose n'avait pas changé chez lui, il avait toujours cet air charmeur qui plaisait tant aux femmes, à ceci près que maintenant, elles lui semblaient totalement indifférentes.
A côté de lui, Van ne faisait plus figure d'adolescent maigrichon. Bien qu'étant resté plus petit, le Roi de Fanelia avait quand même belle allure avec sa veste rouge aux arabesques brodées au fil d'or, fermé par la traditionnelle ceinture rayée de Fanelia, et son pantalon noir.
Un verre à la main, les deux hommes profitèrent de leur petit aparté pour discuter.
— Ton oncle aime se faire remarquer ! Plaisanta Allen.
— De ce que je sais, il a toujours été très fantasque !
— C'est quand même un bien étrange hasard, il revient sur Gaea, accompagné non seulement d'Hitomi, mais aussi de ton frère.
— Oui, coïncidences étranges, mais depuis ce qui s'est passé avec Zaibach, plus rien ne m'étonne… ou presque !
— Quand même, es-tu es sûr que c'est bien ton frère qui est là devant nous. Dois-je te rappeler que nous l'avons tous vu mort ?
— Le corps que nous avons inhumé a totalement disparu. Aussi, j'ai discuté avec cet homme. Il a tous les souvenirs de mon frère, ses façons de faire, son apparence…
— C'est peut-être un piège…
— J'y ai pensé, mais quand il est revenu, avec tous ses souvenirs, même si ça n'avait aucune logique, la seule chose dont je fus certain, c'est que mon instinct me disait que j'avais bel et bien récupéré mon frère. Et, finalement, c'est ce qui compte pour moi !
— Ne me dis pas que tu ne poses pas des questions sur cet événement.
— Bien sûr que si, j'ai pensé un temps à Zaibach, mais on m'a certifié que la machine de Dornkirk n'a jamais manifesté le moindre signe d'activation depuis la fin de la guerre.
— Alors, tu penses que ce serait l'œuvre de qui ?
— Ce que nous avons vécu il y a dix ans a soulevé l'hypothèse que notre monde, Gaea avait une volonté propre et voulait se protéger des différents périls, peut-être est-ce une piste ?
— Dans ce cas, ton frère a un rôle important à jouer…
— Possible, mais j'aspirerais plutôt à ce que soit pour lui une vraie nouvelle vie, même s'il la commence de façon bien étrange.
— Tu veux parler de son épouse ?
— Et comment ! Je n'en reviens toujours pas, pourtant, il n'a pas hésité. Le pire, c'est qu'il semble s'être attaché à elle.
— Il est encore plus étrange que dans mes souvenirs alors. Yiris n'a rien d'une femme, c'est un monstre violent au comportement déplacé. Je t'avoue que sa présence me déplaît profondément.
— Je le conçois, mais tu constateras par toi-même qu'elle fait des efforts. A ceci près qu'elle est toujours balafrée et qu'il a été impossible de la séparer de son bout de bois fétiche, elle ressemble à une dame. De plus, sa connaissance de l'ennemi me semble indispensable pour cette conférence. Cela dit, rassure-toi, elle a ordre de se taire.
— Hum, je ne sais pas pourquoi, je ne la vois pas obéir… Enfin, c'est toi qui vois ! Pour parler de quelqu'un de plus agréable, comment va Hitomi ? Je suis surpris de la savoir enfin revenue, j'imagine que tu dois être très heureux.
Van leva les yeux au ciel, rêveur. A ce moment-là, toutes ses pensées allaient vers sa bien-aimée.
— Elle est revenue… Enfin… J'ai eu raison d'espérer, même si les choses n'ont pas été simples pour nos retrouvailles.
— Que comptes-tu faire maintenant ? L'épouser ?
— Ah ça, c'est mon souhait le plus cher, mais je ne souhaite pas la brusquer. Malgré toutes mes intentions à son égard, elle est mal à l'aise. Je crois que l'idée d'être Reine la terrorise tout autant que le fait de ne plus revoir ses proches.
— Elle n'a pas changé, toujours à trop réfléchir ! S'amusa Allen. Continue de prendre ton temps, vous avez tous deux mérité ce bonheur.
— Oui… Mon seul regret est que son retour soit gâché par cette affaire de vol d'energist.
— Malheureusement, nous ne pouvons rien contre les faits. Et puis, à ce que j'ai compris, Basram a une piste intéressante, mais apparemment, pour une fois, ils n'ont pas envie de faire cavalier seul…
— Auraient-ils peur de quelque chose ?
— Un ennemi avec d'importantes réserves d'energist fait forcément peur. Et l'endroit où il se cache ne rassure pas non plus…
— Parce qu'ils les ont localisé ?
— Le Président de Basram a évoqué la forêt ténébreuse et marécageuse qui forme sa frontière sud, ce qui corroborerait les observations de Freid et des quelques contrées tribales des environs…
— Si c'est le cas, nos ennemis sont très malins pour faire passer des convois énormes d'energist sans se faire voir ou alors, ce sont des surhommes…
Tout en disant cela, Van se remémora une conversation qu'il avait eu avec Yiris avant d'embarquer pour Asturia.
Après l'avoir dûment remise à sa place et lui avoir rappelé qu'à titre personnel, il avait eu envie de la tuer pour avoir attaqué Hitomi, il l'avait interrogé sur ce qui s'était passé.
Le discours de la générale avait profondément angoissé le Roi.
Les adversaires ne ressemblaient à rien de connu et leurs capacités étaient redoutables.
Face à de telles façons de faire, Van s'interrogeait sur la méthode à employer.
Et si les informations de Basram se confirmaient, le terrain d'affrontement : une forêt épaisse, boueuse, perpétuellement dans la brume, n'était pas des plus favorables pour se battre...
