Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en différé). Le thème était « paillettes ».
De la poudre aux yeux
Sybille Trelawney était encore assise à la même table. Au fond du même bar crasseux. Une vieille habitude qu'elle n'avait pas réussi à perdre. Tout comme ces flasques de xérès qui tintaient dans sa poche, mais qu'elle conservait toujours sur elle. Juste au cas où. C'était juste au cas où, n'est-ce pas ? Elle n'était absolument pas alcoolique, c'était juste en cas de déprime. Juste en cas de besoin.
Pourtant, elle avait tout ce dont elle avait rêvé. Elle était professeur à Poudlard, l'une des écoles de sorcellerie les plus réputées. Elle n'avait même pas eu à supplier pour y avoir un poste. Le professeur Dumbledore l'avait prise parce qu'elle avait eu une prémonition sous ses yeux. Et celle-ci devait être assez fantastique pour qu'il lui crée une salle de classe, qu'il lui donne un toit où loger. Elle dispensait ses cours à des dizaines d'élèves, plus ou moins doués, plus ou moins sceptiques, plus ou moins attentifs, certes, mais à qui elle enseignait l'art des marcs de café, des boules de cristal, des rêves, espérant trouver parmi eux peut-être, un futur voyant.
Mais elle sentait bien qu'elle n'était pas à sa place. Elle sentait bien qu'elle n'était acceptée qu'à cause de cette prémonition dont elle ne savait rien, que parce que le professeur Dumbledore lui-même l'avait engagée. Elle n'était pas appréciée. Elle voyait bien le regard des autres professeurs. La plupart la prenait pour un charlatan, et dans les yeux des autres, elle voyait une pitié qui la blessait. Même ses élèves la méprisaient. Elle se souviendrait toujours du départ tonitruant de Miss Granger, par exemple.
Non, elle n'était peut-être pas faite pour ça, se dit-elle en tournant son verre entre ses mains. Elle avait parfois ces moments de lucidité, quand elle avait le regard noyé dans son verre d'alcool. C'était les seuls moments où elle se demandait ce qu'elle faisait là. Le reste du temps, elle jouait le jeu, portait toujours ses grands châles et ses bijoux clinquant, ses grosses lunettes, faisait de grands gestes, respectaient les superstitions à la lettre. Parfois, elle avait l'impression de s'être enfermée dans un personnage qui n'était pas elle. Elle espérait simplement que le jeu en vaille la chandelle.
Tout cela n'était que de la poudre aux yeux. Des paillettes. Un simulacre qu'elle commençait à jouer à la perfection. Oh elle savait deviner quelques petites choses, et sans doute son sixième sens était-il plus développé que chez certaines autres personnes. Mais elle n'était pas pour autant comme son ancêtre, comme la grande Cassandre à laquelle elle avait tant rêvé de ressembler, pour satisfaire sa mère. Elle n'était pas elle. Tout ce qu'elle prédisait était souvent des banalités, des lieux communs, des évidences. De la poudre aux yeux. Des paillettes. Du vent. Elle n'était que du vent, finalement. Elle ne valait pas tellement mieux.
