Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple : Harry/Draco.

Rating : T.

Cet OS écrit pour Vrit sur le challenge "Fly", qui m'avait demandé quelque chose avec des avions dans le monde sorcier... Voilà le résultat ! Désolée pour l'attente, cet OS est monstrueusement long, j'espère qu'il ne vous lassera pas et que vous passerez un bon moment à le lire. Merci Gogo pour ta correction !


Une vie à deux

Ce fut une véritable torture. Pourtant, il savait qu'il n'aurait pas dû rentrer dans sa cuisine, pas après le passage de ces espèces de harpies qui lui servaient de gamines. Il avait espéré retrouver ses tables et plans de travail à peu près propres et débarrassés de toute denrée alimentaire, et accessoirement ses ustensiles à peu près nettoyés. Et forcément, parce que malgré son âge Harry était encore terriblement naïf, la pièce maîtresse de sa maison était un véritable champ de bataille.

Et voir sa cuisine dans un tel bordel et une telle saleté était une véritable torture.

« Papa ! Est-ce que tu pourrais… Mais il s'est passé quoi ici ?! »

Lentement, Harry pivota sur ses pieds et jeta un regard de travers à son fils.

« Teddy et tes frangines qui s'essaient à la pâtisserie. Et ils m'emmerdent prodigieusement, ces pâtissiers amateurs… »

Les yeux levés vers le plafond et la voix plus forte, Harry faisait tout pour se contenir. S'il s'était écouté, il se serait rué vers l'étage supérieur pour arracher les yeux, les oreilles, voire les parties intimes de ces trois morveux pour leur apprendre la vie. Mais il risquait la prison et, dans le fond, sans ces monstres, la vie serait bien monotone et triste, alors le brun lutta contre ses pulsions et se retourna vers sa cuisine.

Par Merlin, mais quel bordel, se dit-il à nouveau rageusement. Heureusement qu'ils étaient montés dans leur chambre en l'entendant rentrer, sinon il aurait fait un massacre. Un vrai de vrai, pire que ce qu'ils avaient osé faire subir à sa pièce à lui, la seule qui lui appartenait vraiment dans cette maison.

« Bon. Restons zen.

- Tu veux que j'aille les chercher ?

- Ouais. Tu vas me les chercher et tu leur dis qu'ils ont une heure pour me récurer cette putain de cuisine. Si ce n'est pas fait… »

Et Harry se retourna une dernière fois pour faire un sourire éclatant à son fils qui lui répondit par un autre plus timide, les mains derrière le dos.

« Allez, Nils. »

Et aussitôt, l'enfant quitta l'entrée de la cuisine et se précipita dans l'escalier, montant quatre à quatre les marches en bois. Perdant tout sourire, Harry sortit de sa cuisine, non sans avoir jeté un œil dubitatif à ce qui était en train de cuir dans le four. Pas question qu'il avale la moindre bouchée de ce prétendu gâteau. Il s'était déjà fait suffisamment avoir avec le sucre remplacé par inadvertance avec du sel ou encore les œufs périmés qu'il gardait dans un coin du frigo' pour la confection de certaines potions et qui l'avait rendu malade comme un chien une bonne partie de la journée.

Ces gamins veulent ma mort, qu'il avait dit à son conjoint. Ce dernier l'avait regardé avec un petit sourire en coin, comme pour dire « Tu exagères ». Mais non bordel, il n'exagérait pas ! Il avait cru mourir le jour où il avait vu ses filles en train de verser l'intégralité de leur bouteille de soda préférée dans la pâte à crêpe qu'il avait amoureusement préparé pour son chéri, et accessoirement pour ses gamins. Sans parler du jour où ils avaient fait un cake aux bonbons, jetant dans une pâte qu'ils avaient préparé ensemble toutes les friandises qui leur passaient sous la main. Autant dire que Harry n'avait jamais autant détesté les Dragées Surprises de Bertie Crochue de sa vie.

Et son chéri osait dire qu'il exagérait…

Qu'il s'en occupe une semaine complète, de ces sales gosses, et il allait comprendre sa douleur.

Les gosses, c'est le mal. A l'état pur.

« Je peux savoir ce que vous faites encore là-haut ?! Vous avez une heure pour récurer du sol au plafond cette putain de cuisine ! Si jamais ce n'est pas fait dans les temps, je vous arrache les yeux, et pas de bol, Papa n'est pas là pour m'en empêcher ! »

Encore heureux, sinon il l'aurait eu dans les pattes et il n'aurait pas pu les menacer comme il le souhaitait. Bon, les gosses savaient qu'il n'était adepte des sévices physiques, même si une bonne fessée de temps en temps ne faisait pas de mal, mais derrière ces menaces de torture se cachaient des privations de gâteaux et friandises, des interdictions de sorties ou encore une réduction de l'argent de poche. Ce qu'aucun enfant ne désirait.

Les nerfs en pelote en voyant toute cette saleté, ce bordel et ce gâchis de nourriture, et s'il n'avait pas rêvé, il y avait des emballages de Fizwizbiz et de Bulles Baveuses près des plaques de cuisson, Harry alla se réfugier dans le vaste salon, qui faisait également office de salle à manger. Il s'installa confortablement dans son canapé, les pieds sur la table basse, ce que son conjoint détestait mais Harry estimait être chez lui, donc il faisait comme cela lui chantait. Puis, l'homme attrapa son livre laissé sur la banquette et poursuivit sa lecture tout en écoutant ses enfants descendre lentement l'escalier et se glisser dans la cuisine en chuchotant.

Ils mirent une bonne heure à tout nettoyer, entre chuchotements, bruit de vaisselle, petites disputes, tintements de verres et de bols, d'écoulement d'eau sans fin et d'éponge qui frotte avec acharnement. Quelque chose tomba sur le sol, s'attirant des injures plus ou moins fleuries, sans doute parce qu'il contenait quelque chose de relativement liquide et salissant. Puis, ce fut au tour d'un bol qui se fracassa sur le sol, suivit d'un silence de mort. Ce fut l'unique fois où Harry se leva pour réparer le bol en question avant de retourner s'assoir, pour éviter les coupures et qu'ils fassent n'importe quoi pour récupérer les bouts de verre.

Souvent, Draco lui disait qu'il exagérait. En fait, il le lui disait régulièrement et sur moult sujets, et forcément, les enfants n'y échappaient pas. Ce n'était pas vraiment une question de sévérité ou dû au fait que son compagnon travaillait beaucoup et ne s'occupait pas de leurs enfants à longueur de temps. Mais plutôt une question d'éducation, tout simplement.

Harry avait grandi dans un placard à balais, et il était hors de question que ses enfants vivent comme des rois, comme si tout leur était dû. Ce n'était pas comme ça qu'il envisageait son rôle de père et sa vie de famille. Bien évidemment, son conjoint n'avait pas du tout la même vision des choses, mais Harry n'en avait que faire. C'était lui qui avait renoncé à sa carrière puis à sa vie professionnelle pour qu'ils puissent fonder une famille. Il n'allait certainement pas se laisser mener à la baguette par un pseudo Lord qui avait grandi en bouffant dans de la vaisselle dorée.

Les enfants avaient fait une bêtise, à eux de la réparer. Si Draco avait été là, il aurait sans doute sorti sa baguette pour effacer toute trace de leurs méfaits, si Harry avait été absent bien entendu. Mais depuis qu'ils avaient emménagé ensemble, dans le même appartement puis la même maison, Harry lui avait interdit l'usage à tout va de la baguette magique. Cette fainéantise si caractéristique des sorciers était insupportable et il refusait que ses enfants s'habituent aux facilités qu'induisaient l'utilisation de la magie. Et bien que ses marmots soient durs de la feuille, continuant à faire toujours autant de conneries, ils avaient néanmoins gagné un certain sens des responsabilités, que ne possédaient pas ces enfants qu'il considérait comme ses neveux et nièces.

Et puis, ça ne leur faisait pas de mal, répétait-il à tout va quand son conjoint lui faisait des reproches. Qu'ils pleurent, ils pisseraient moins, ajoutait-il quand il avait vraiment envie de clore le débat.

Au bout d'un moment, il n'y eut plus aucun bruit dans la cuisine, signe que le grand nettoyage était terminé. Après quelques minutes d'attente, Harry entendit enfin la voix un peu trop faible et timide de ses quatre baratineurs de service.

« Papa, on a fini… »

Alors enfin il se leva de son canapé pour se diriger tranquillement vers la cuisine, non loin de là. Il trouva sur le pas de sa porte ses quatre enfants alignés en rang d'oignons.

D'abord, Teddy, qui le dépassait à présent du haut de ses dix-sept ans. Il arborait une flamboyante chevelure bleue électrique qui lui donnait un air de rebelle, décrédibilisé par sa tronche de bébé et ce sourire qu'il arborait constamment. Vêtu de ces loques hors de prix que Draco osait lui offrir, il avait le look de ces jeunes adolescents moldus ou même sorciers branchés, la dernière mode chez les jeunes étant de porter des robes stylisées à la moldue. Dire qu'il n'approuvait pas ces folies vestimentaires ou les goûts de ce garçon ne serait pas tout à fait vrai. Disons simplement que leurs couleurs criardes lui sortaient par les yeux.

Ensuite venait Nils, bien plus petit mais un peu trop grand pour son âge. Sans doute tenait-il cela de Draco. Ce dernier lui avait dit que tous les Malfoy étaient grands et que par rapport à son propre père, il n'avait vraiment pas de quoi se vanter. Cela dit, Nils tenait aussi de lui, au niveau des cheveux, noir de jais, et des yeux, d'un vert menthe à l'eau qui lui était si caractéristique. Mais c'était bien le seul point commun physique qu'il avait avec son fils aîné : sa chevelure raide, ses manières de petit noble et ses robes toujours bien coupées et soigneusement agencées, en dépit de ses dix ans, ça ne venait décidément pas de lui.

Et enfin, le meilleur pour la fin : Frida et Alva. Elles portaient une vieille salopette en jean en guise de tablier, un tee-shirt blanc dessous et elles avaient les pieds nus, et sûrement très crades. Leurs cheveux blonds et bouclés étaient relevés en deux petites couettes relevées sur le haut de leur tête. Deux jolies princesses, selon certains, ou deux monstres, selon d'autres. Une espèce de savant mélange entre les gênes machiavéliques des Malfoy et l'impétuosité des Potter. Enfin, surtout celle de son père, Harry déclinait toute responsabilité dans la transmission de pareils gênes.

Quelle bande de sales gosses, se dit-il en les regardant les uns après les autres. Pas un pour rattraper l'autre, quand ce n'était pas l'un qui faisait la connerie, c'était le suivant qui le remplaçait… Hermione lui disait, avant leur naissance, qu'un mélange entre leurs deux sangs serait explosif. Et il n'avait pas été déçu en voyant le résultat…

« Alors, jeunes gens. Ma cuisine est-elle impeccable ?

- Oui, Papa. »

Ils avaient répondu d'une seule voix en lui jetant des regards incertains. Nils et Frida se décalèrent et le laissèrent entrer dans la pièce. Sa pièce, à lui.

Il avait même écrit son nom dessus, un jour de grande colère où Teddy avait créé un véritable raz-de-marée dans la cuisine en dévissant une partie du robinet et en tentant de la réparer avec la baguette de Draco, ce qui n'avait fait qu'empirer l'affaire. Depuis, son chéri avait repeint ladite porte, massacrée au marqueur noir, et lui avait offert un joli écriteau pour son anniversaire où était écrit : « Sanctuaire de Monsieur Harry Potter, Sauveur du Monde Sorcier, Ordre de Merlin, Première Classe, et plus communément appelée, la Cuisine ».

En le recevant, Harry n'avait pas manqué de jeter un regard noir à son cher et tendre et de le traiter d'abruti avant de l'embrasser passionnément, s'attirant les grimaces des plus jeunes.

La cuisine était impeccable. Le lave-vaisselle vrombissait, non loin des plaques de cuissons récurées et de l'évier vide de tous bols, cuillères, spatules et autre vaisselle. Les plans de travail étaient humides et lisses, et brillaient autant que le sol qui méritait un autre bon coup de serpillère, vu les quelques taches qu'il put voir çà et là. Mais dans l'ensemble, c'était plutôt pas mal. Ils ne lui avaient pas fait l'affront de balancer le savon sur le sol avant d'y jeter des seaux d'eau, frotter comme des tarés et manquer de se péter la gueule au passage. Et de niquer le parquet du couloir et du salon…

Une fois son inspection terminée, Harry pivota sur ses pieds et toisa d'un air sévère sa progéniture. Tous le regardaient d'un air incertain, attendant les critiques diverses et variées qui ne manqueraient pas de leur tomber dessus d'un instant à l'autre. Mais aujourd'hui, et vu leurs efforts, l'homme se sentait d'humeur clémente. Enfin pas au point de goûter l'immonde pâtisserie qui allait sans aucun doute carboniser dans son four de compétition, que son chéri lui avait offert pour leurs cinq ans de mariage.

« Eh bien, c'est pas mal. Vraiment pas mal. Je suis fier de vous. »

Aucun des enfants ne réagit, même si un certain soulagement détendit légèrement leur visage. Leurs regards convergèrent vers le four. Harry se fit la réflexion que cela faisait une heure qu'ils récuraient sa cuisine, leur œuvre devait être déjà cuite.

« Regardez si votre gâteau est cuit et sortez-le. »

Aussitôt, Teddy se précipita vers le four pour s'accroupir devant. Se posant contre la table, Harry les regarda s'activer autour du four pour en sortir leur création, un tantinet calcinée, mais Harry n'aurait su dire si c'était dû à l'inattention ou ce qu'ils avaient mis dedans.

Et dans le fond, il s'en fichait bien.

Car là, tout de suite, la vision que lui donnaient ses enfants était trop belle pour qu'il ne laisse la rancune gâcher ce moment.

Car en les voyant tous les quatre agglutinés devant le four à tenter de sortir leur gâteau pour ensuite le poser précautionneusement sur les plaques de cuisson et l'admirer avec de petites bruits enfantins, Harry se sentait bien.

Et dernièrement, ces instants de sérénité, d'apaisement, se faisaient de plus en plus rares…

OoO

La maison était bruyante. Beaucoup trop bruyante à son goût. En même temps, difficile de faire plus calme avec une telle fratrie. Si à une époque Harry avait envié Ron et sa famille si nombreuse et chaleureuse, il était à présent bien côté d'être fils unique. Avoir des frères et sœurs, c'était trop compliqué à gérer. Trop prise de tête. Et même si Hermione avait mis du temps à le lui avouer, elle pensait exactement la même chose.

C'était l'anniversaire de Bill, et pour l'occasion, toute la famille Weasley avait été réunie chez les grands-parents. Ces derniers s'étaient offerts des années auparavant une nouvelle extension de leur maison afin de pouvoir accueillir la totalité de leur famille, qui se faisait nombreuse, avec les conjoints, conjointes et les petits-enfants. Ça donnait à la maison un air encore plus biscornu absolument ridicule, d'autant plus qu'il était bien rare qu'ils soient tous réussi sous leur toit. Les tonnelles chauffées n'étaient pas une si mauvaise idée, de son point de vue. Selon Draco, ils auraient tout simplement dû déménager.

Mais Draco ne pouvait pas comprendre. Il avait grandi dans un manoir impersonnel qu'il n'avait jamais vraiment aimé, déménageant de temps en temps dans les différentes ailes de l'édifice, au fil des années, sans grande émotion. C'était difficile pour lui d'imaginer l'attachement qu'avaient les Weasley pour cette maison, même si Harry se demandait très sérieusement ce que deviendrait le Terrier une fois que Molly et Arthur ne seraient plus de ce monde. Leurs enfants soutenaient qu'ils ne vendraient pas la maison, Draco était persuadé qu'ils la laisseraient tomber en ruine et finiraient pas céder le terrain, ou alors la raser pour construire autre chose dessus pour leur descendance.

Harry, lui, préférait ne pas y penser. Il trouvait ça un peu triste, même s'il était d'accord avec son mari sur le fait que cette maison était devenue vraiment ridicule. Il préférait profiter de ces moments de joie que représentaient les fêtes familiales. Sans compter que Bill était en forme et bien décidé à faire la bringue une bonne partie de la soirée avec ses frangins et les quelques amis de la famille qu'il avait conviés. Ils étaient près d'une quarantaine et le bruit qui régnait dans cette grande pièce était assourdissant.

Installé devant une tasse de café, une cigarette au bec, Harry essayait de discuter avec Hermione et Audrey, l'épouse de Percy. Le repas était terminé depuis une bonne heure et le dessert ne tarderait pas à arriver, avec son lot de cris, d'applaudissements, de cadeaux et surtout d'alcool. La tête un peu douloureuse, le brun s'était réfugié dans un coin avec son paquet de cigarettes ensorcelées qui lui permettaient de fumer sans enfumer les plus jeunes. Parce que les adultes, il s'en fichait royalement…

Mais forcément, Hermione n'avait pas voulu le laisser tranquille, et affichant son ventre énorme de femme enceinte, elle s'était assise juste à côté de lui, rapidement rejointe par Audrey. Cette dernière espérait être la marraine et donc elle ne lâchait pas sa belle-sœur d'une semelle. Ce qui était un tantinet agaçant, pour ne pas dire vraiment chiant. Harry n'avait jamais pu la sentir. D'un autre côté, il n'avait jamais été obligé de l'apprécier, vu qu'il ne faisait pas partie de la famille à proprement parler.

Et puis il avait d'autres soucis à gérer. Genre sa belle-famille.

Pour ne citer qu'elle.

« Et donc on hésite. C'est compliqué de trouver un prénom pour une fille !

- Je suis d'accorda avec toi. Bon, Percy a voulu appeler notre aînée comme sa mère, la question ne s'est pas posée longtemps, mais pour la deuxième, qu'est-ce que ça a été difficile… »

Bah voyons. Pourquoi diable était-il forcé d'entendre parler de ça ? Mais qu'est-ce qu'il s'en fichait de ce débat interminable sur les prénoms à donner ou pas aux gamins… Il n'avait jamais demandé d'avis à personne quand il avait fallu prénommer ses enfants, il n'avait fait chier personne, bordel ! Pourquoi venait-on systématiquement le voir pour parle de ça ?

« Pourquoi tu as choisi Lucy, déjà ?

- C'était le prénom de mon arrière-grand-mère. On a trouvé ça joli. »

Quel manque d'imagination, se dit-il en tirant sur sa cigarette. C'était bien pour cela qu'il détestait parler de ce genre de sujets : non seulement ça ne l'intéressait absolument pas, mais en plus il ne pouvait s'empêcher d'être exaspéré à cause du manque cruel d'imagination des uns ou des tentatives d'originalité absolument aberrante des autres. A l'époque où ils attendaient Nils, Harry avait été aberré quand Draco lui avait raconté qu'un de ses collègues, français, avait osé appeler sur fils Nénuphar. Depuis, il détestait encore plus parler de prénoms.

Et puis, franchement, Hermione n'avait pas besoin de lui parler de ça. Elle était enceinte pour la deuxième fois de son cher époux, Charlie, avec lequel elle s'était mariée cinq ans plus tôt. Elle avait déjà un petit garçon, mais comme il était impossible pour les sorciers de savoir quel était le sexe des bébés avant leur naissance, elle s'était alors préparée à avoir une fille comme un garçon. Lui casser les bonbons quatre ans plus tard pour une histoire de prénoms, franchement, elle pouvait éviter.

« Avec Charlie, on avait pensé peut-être les appeler Hamako ou Miyuki. »

Harry en avala son café de travers. Il toussa comme un perdu plusieurs secondes avant que Hermione et Audrey ne s'agitent autour de lui pour le frapper dans le dos. Une fois plus ou moins calmé, il jeta un regard halluciné à sa meilleure amie, comme si elle avait complètement perdu la raison.

« Pardon ?! T'as dit quoi là ?!

- Hamako ou Miyuki. T'aimes pas ?

- Mais c'est pas japonais, ça ?

- Bah si.

- C'est la mode en ce moment !

- Oui, Charlie aime bien !

- C'est vraiment original !

- Mais t'as perdu la boule, Hermy… »

Son amie fronça les sourcils et lui jeta un regard interrogateur. Harry était halluciné.

« Pourquoi tu veux donner un nom jap' à ta gosse ? C'est quoi cette nouvelle lubie ?

- Tu n'aimes pas ?

- C'est pas la question, mais c'est quoi cette lubie ? T'aimes le Japon toi, maintenant ?

- J'aime bien le Japon, et je veux que ma fille, si c'est une fille, ait un prénom original.

- Nan mais c'est carrément ridicule ! »

Harry vit qu'il l'avait choquée, mais il ne comptait pas s'arrêter. Ce qui aurait sans doute mieux valu.

« Vous avez de ces manies, vous les femmes enceintes, à vouloir à tout prix choisir un prénom qui sorte de l'ordinaire pour que votre gamin sorte du lot…

- Il n'y a pas de mal à vouloir un prénom original pour son enfant !

- Attends Hermy, t'aimes pas particulièrement le Japon, c'est stupide de donner un nom pareil à ta gosse !

- Je ne suis pas d'accord !

- Wyatt est aussi roux que son père, ton deuxième sera pas tellement différent ! Tu vas pondre une rouquine et elle va porter un nom jap' ?

- T'es très mal placé pour parler, Harry. »

Il se retint de jeter un regard noir à Audrey qui aurait mieux fait de ne pas s'immiscer dans cette conversation. Surtout qu'il savait déjà ce qu'elle allait lui dire.

« Tes jumelles portent des noms suédois. »

Il poussa un soupir à fendre l'âme. C'était toujours pareil. Si on lui parlait toujours prénom, c'était parce qu'il avait été le premier dans le groupe à avoir donné des prénoms originaux à ses gamines. Enfin, il trouvait les mots un peu gros, mais Draco lui avait bien fait comprendre que les sorciers ne donnaient que des noms anglais ou déjà présents dans la famille, sans jamais faire preuve d'une très grande imagination. Et même pour les prénoms latins ou grecs, il y avait une sorte de corpus dans lesquels les grandes familles piochaient, sans aucune originalité.

« Audrey, dois-je te rappeler que nous avons vécu cinq ans en Suède et que nous y passons toutes nos vacances d'été, et même de Noël parfois ? Donner un nom original pour sortir un enfant du lot est ridicule, ça peut être une véritable souffrance pour lui. Mes gamines n'ont pas des prénoms qui sortent du lot, on vivait dans le pays à l'époque. »

Nils, ils avaient craqué sur ce prénom lors de leur lune de miel. Ils étaient partis en France et un petit garçon était passé devant eux avant de se faire appeler par sa mère. Aucun enfant n'était prévu à l'époque mais ils avaient adoré ce prénom. Le demi-frère par alliance du père de Draco portant le même nom, ce choix était passé comme une lettre à la poste auprès de la famille. Ce qui n'avait franchement pas été le cas pour les jumelles. Mais Harry avait réussi depuis longtemps à sortir Draco de ces espèces de traditions stupides et trouver un prénom s'était révélé moins difficile que prévu.

Depuis, c'était la mode chez ses amis à essayer de trouver des prénoms qui sortaient du lot pour leurs marmots, et franchement, ce n'était pas toujours très joli à entendre, ni même à écrire, d'ailleurs…

« Moi j'ai pas cherché midi à quatorze heures. Enfin, Hermy, si tu veux jouer l'originalité, fais donc !

- T'es vraiment trop con, des fois, Harry. Tu comprends pas.

- Nan, désolé, je comprends pas. Ta gosse a pas besoin d'un nom jap' pour exister. »

Et alors Harry se leva, avec sa clope et sa tasse de café, pile au moment où les lumières de la pièce faiblissaient, dans l'attente du gâteau. Il réussit à trouver une petite place à côté de Neville qui lui fit un grand sourire en le voyant arriver. Sa femme s'était rendue à l'anniversaire de leur neveu avec leur petite fille, ce qui le rendait tout de suite plus fréquentable. Il n'y avait décidemment rien de pire qu'une bonne femme qui vient d'accoucher avec un bébé chouineur à souhait.

Mais forcément, il fallut que Ginny trouve le moyen de venir s'assoir près d'eux, sa gosse de trois ans installée sur ses genoux.

Elle n'avait quasiment rien perdu de ses rondeurs de femme enceinte, et pourtant, c'était une femme active, il n'y avait pas à dire. C'était son premier enfant et elle ne paraissait pas décidée à en faire un deuxième. Son mari, un joueur de Quidditch qu'elle avait rencontré lors d'un reportage, aurait aimé fonder une famille un peu plus nombreuse mais Ginny peinait à retrouver son joli corps et refusait de l'abimer davantage par une nouvelle grossesse.

Et encore heureux, dans un sens, car si c'était pour pondre un chiard comme sa môme, qui passait son temps à pleurer, geindre, faire des caprices, et puis hurler, putain, mais qu'est-ce qu'elle hurlait…

C'était insupportable. Ginny n'était là que depuis cinq minutes et elle se plaignait déjà de ses régimes qui ne fonctionnaient pas, Neville compatissait parce que sa femme avait du mal à perdre ses kilos, bien qu'elle se fiche éperdument de ses jolies rondeurs, et la gamine commençait déjà à chouiner. Elle faisait ces petits bruits insupportables d'enfant fatiguée de mauvaise humeur qui a envie de dormir mais qui refuse obstinément d'aller se coucher, alors qu'elle mériterait une bonne sieste.

Harry n'aimait pas ça. Les bruits d'enfants. Ces piaillements, ces chouineries, ces caprices qui menaient à des colères ou des crises de larmes. Et c'était encore pire quand ils étaient tous petits, parce que c'était ingérable. Ces gosses qui se mettaient soudainement à pleurer ou hurler, sans aucune raison, en plein milieu d'un repas, d'une après-midi, voire d'une soirée…

Vraiment chiant.

Les mômes, c'était chiant. Surtout quand c'était petit.

C'était même, parfois, insupportable. A donner envie de les jeter par la fenêtre pour que, pitié, ils arrêtent de hurler…

A se demander comment avait fait Molly avec ses sept enfants. Harry aurait fini par rendre son tablier, surtout avec des avortons comme les jumeaux. S'ils lui avaient paru sympathiques à une époque, il avait fini par comprendre à quel point avoir ce genre d'enfant était une abomination. S'il n'avait pas été fou amoureux de ses jumelles, Harry aurait fini en dépression nerveuse, à coup sûr.

« Papa ? »

La petite voix claire qui surgit près de son oreille l'arracha au brouhaha ambiant, aux gémissements de fatigue de la petite de Ginny, qui avait un nom imprononçable d'ailleurs et à la chaleur de cette grande pièce. Harry tourna la tête et vit Frida posté juste derrière lui. Le matin même, ils avaient débattu une bonne dizaine de minutes sur la tenue qu'elle et sa sœur allaient porter et finalement ils s'étaient accordés sur une robe en laine grise et noire avec des collants à rayures colorées qui permettaient de les différencier sans mal.

Enfin, Harry, lui, n'avait jamais eu de mal à faire la différence entre elles deux. C'était naturel, sans explications compliquées. Même Draco se trompait rarement, alors que lui se basaient plus sur des critères physiques que sur cette espèce d'instinct qui dictait à Harry qui était Alva et qui était Frida. Il y avait le regard, le ton de la voix, les mimiques… Il les connaissait beaucoup trop bien pour se faire duper, et Merlin savait qu'elles avaient souvent essayé de le leurrer…

Mais il les avait mis au monde, ces deux bestiaux. Il les reconnaitrait entre mille.

« Oui, mon cœur ?

- C'est dans quand, le gâteau ?

- Bientôt, Tonton Georges et Tonton Fred sont dans la cuisine. Je les ai vus passer. Où est ta sœur ?

- Elle joue aux p'tits balais avec Wyatt.

- Et Nils et Teddy ?

- Tu t'inquiètes pour tes fils, Harry ? »

Le brun jeta un regard de travers à Neville qui pouffa de rire. Non, ce n'était pas comme si Teddy et Nils, qui avaient pourtant sept ans de différences, ne s'entendaient pas comme cul et chemise et faisaient pas mal de conneries ensemble, non, du tout…

« Teddy écoute de la musique et Nils joue à un jeu avec Molly.

- Et toi t'es toute seule ?

- Bah oui. Tu joues avec moi ? »

La fillette lui montra son doudou, une peluche en forme de dragon que Harry s'évertuait à garder la plus douce possible.

A une époque, Harry aurait grimacé un sourire avant de décliner la demande. Et en réalité, si un autre enfant lui avait demandé de jouer avec lui, là, tout de suite, il aurait dit non. Mais c'était sa fille, et quand elle grimpa sur ses genoux, ses cheveux blonds effleurant sa joue, il se sentit bien. Apaisé. Loin de tout ce bruit qu'il se forçait à supporter parce que, dans le lot, il y avait des gens qu'il aimait.

Tandis que les jumeaux apportaient le gâteau en faisant les fanfarons, Harry jouait avec la peluche dragon, captant toute l'attention de Frida qui chantonnait vaguement, la tête posée contre son épaule. C'était la plus câline des quatre, la plus fille à son papa, et paradoxalement, c'était aussi la plus dégourdie des deux jumelles. Elle s'ennuyait souvent lors de ce genre de rassemblement car elle avait du mal à s'entendre avec les autres enfants de son âge.

Au début, Harry pensait qu'elle était plutôt solitaire et n'aimait pas les autres, comme sa grand-mère Narcissa quand elle était petite. Mais au fil du temps, il avait dû se ranger à l'avis de son mari : leurs enfants étaient des Malfoy avant d'être des Potter, ils étaient donc considérés par les adultes, puis par les enfants, comme tels.

« Eh bien Frida, tu ne joues pas avec ta sœur ? »

La voix de Ginny le sortit de ses rêveries.

« J'aime pas les p'tits balais.

- Mais vous pouvez jouer à autre chose, non ?

- Elle veut jouer aux p'tits balais et j'aime pas. »

Frida venait d'articuler correctement sa phrase, comme si elle parlait à un enfant. Harry ne put s'empêcher de pouffer. Ginny, elle, la regarda d'un air dubitatif. Elle essayait régulièrement de discuter avec ses enfants mais Nils ne l'aimait pas, alors ses petits sœurs ne faisaient pas beaucoup d'efforts.

Son fils avait un jour surpris une conversation entre ses parents concernant Ginny et il avait alors appris qu'elle était sortie un temps avec Harry. Il devait avoir six ans, et depuis, il ne lui adressait quasiment plus la parole. De toute manière, il faisait un blocage sur une bonne partie des Weasley, ça ne changeait pas beaucoup de d'habitude, mais les jumelles suivaient leur grand frère dans son mépris pour certains rouquins. Ce qui faisait marrer Draco, qui ne pouvait pas en sentir la majorité.

Soudain, son mari l'appela et Ginny dut se lever, de mauvaise grâce. Soulagé de ne plus avoir à entendre sa gosse, Harry se laissa aller en arrière sur son siège, ce qui fit sourire sa fille. Il se tourna vers Neville qui regardait d'un air perplexe les jumeaux démolir la pièce montée et entama une nouvelle conversation un peu plus passionnante que ce que Ginny lui offrait depuis une dizaine de minutes. Hermione ne tarda pas à les rejoindre avec une part de gâteau. Ils échangèrent un sourire, qui effaça les dernières tensions. Mais le plaisir de parler avec ses deux amis fut de bien courte durée.

« Un peu de gâteau ? »

Harry leva le nez et croisa le regard bleu de Ron qui tenait deux assiettes dans ses mains. Un sourire rayonnant éclairait son visage constellé de taches de rousseur. Harry se demanda vaguement s'il n'avait pas un petit coup dans le nez, ce qui ne l'étonnerait guère.

« Avec plaisir. Merci, Ron.

- Frida, tu vas rejoindre les autres enfants ? Tata Fleur apporte du gâteau. »

Elle ne se fit pas prier pour descendre de ses cuisses et trottiner jusqu'à l'espace aménagé pour les enfants.

Traîtresse, va.

« Tiens, Harry. Neville, je vais te chercher une part ? »

Mais Molly le devança, les bras chargés d'assiettes, et déposa une part devant lui. Et alors Ron s'assit à côté de lui. Harry jeta un regard à Frida qui s'installait un peu plus loin juste à côté de sa sœur, si facilement reconnaissable au milieu de cette mare de cheveux roux et bruns.

« Les enfants ne résistent pas à l'appel du gâteau.

- Ils sont gourmands, c'est normal. »

Harry avait bien envi de lui dire que Frida était de loin la moins gourmande du lot, elle préférait le salé au sucré, et si elle avait quitté ses genoux aussi vite, c'était pour une bonne raison. Mais Ron se serait vexé et Hermione lui aurait donné un coup dans la jambe, voire lui aurait carrément écrasé le pied sous la table.

« Bon, qu'est-ce que tu deviens ? Ca fait bien un mois que je ne t'ai pas vu !

- J'y peux rien si t'as un emploi du temps de ministre. Prêt pour le match du mois prochain ?

- On n'est jamais assez prêt, tu sais. J'ai croisé Teddy tout à l'heure, qu'est-ce qu'il fait là ? Il ne devrait pas être à Poudlard ?

- Il avait un rendez-vous hier à Sainte-Mangouste.

- Il est malade ?

- Non. C'est pour l'année prochaine. »

Un léger sourire flotta sur ses lèvres. Certaines écoles exigeaient des entretiens particuliers avec leurs futurs élèves et Teddy rêvait de se lancer dans la médicomagie. Il avait donc exceptionnellement pu quitter Poudlard pour un week-end afin de se rendre à Ste Mangouste et rencontrer des enseignants. Harry l'avait accompagné et attendu dans le couloir, se tripotant nerveusement les doigts. Les résultats devaient arriver dans les jours à venir et Harry les espérait positifs.

C'était dans ces moments-là qu'il se rendait compte à quel point ce bébé qu'il avait tenu dans ses bras avait grandi. Ce n'était pas qu'une question de taille, car Teddy le dépassait depuis un bout de temps, et il était bien plus épais que lui. Il avait ce corps musclé et entretenu des joueurs de Quidditch qui aiment sentir les regards appréciateurs se poser sur lui. C'était plutôt la maturité grandissante de son fils aîné qui lui rappelait son âge, les années qui passaient comme d'un rien.

Ça donnait un coup de vieux. Un putain de coup de vieux…

Et il ne voulait même pas penser à l'année suivante, quand Nils les quitterait pour entrer à Poudlard…

« Qu'est-ce qu'il grandit, c'est dingue, quand même.

- Ouais. Dix-sept ans.

- Ça nous rajeunit pas !

- Ah, ça non…

- Et toi, ça va ? Tes jumelles ont fait de grosses conneries, dernièrement ? »

Ron parlait fort. Trop fort. Il souriait beaucoup et ne le lâchait pas des yeux, captant toute son attention. Et bien malgré lui, Harry ne pouvait détourner le regard.

Il avait embelli, son Ron. Joueur de Quidditch conformé, il avait intégré dix ans plus tôt la fameuse équipe des Flèches d'Appleby qui lui avait permis de mener une carrière remarquable. Pas exceptionnelle selon certaines mauvaises langues, mais il avait de quoi être fier de son parcours. De plus, Ron avait réussi à ne pas trop se détourner du droit chemin, sans déconner comme l'avaient fait certains de ses partenaires.

Ainsi, ce grand gaillard avait gagné à la fois en finesse et en muscle, et avec le succès, il avait gagné un certain goût en matière de vêtements. Harry n'était pas vraiment du genre à juger les autres selon leur apparence vestimentaire mais il aurait fallu être aveugle pour ne pas remarquer le choix des robes de son ami qui mettait en valeur son corps sculpté, ses flamboyants cheveux roux et ses yeux bleus.

Un beau mec, à n'en pas douter. Et à trente-cinq ans, il était plus beau que jamais.

Avec un beau sourire éclatant, des yeux à tomber, la mèche rebelle…

« A part me dégueulasser ma cuisine, nan, ça va.

- Encore une expérience ? »

Charlie venait d'arriver, une assiette à la main. Il se posa dans le dos de Hermione et posa une main tendre sur sa tête avant de croiser son regard.

« Ouais. C'est immonde, leurs trucs…

- T'as goûté ?

- Nan mais tu m'as bien regardé ?! J'suis pas fou moi !

- T'aimes tellement tes mômes que tu serais capable d'avaler n'importe quoi…

- Dis plutôt que Harry est courageux comme un Gryffondor, mon chéri.

- Ou complètement con.

- Harry !

- Et c'est pour ça que Draco n'avale jamais rien ? Il est plus intelligent ?

- Fous-toi de ma gueule, Dean… »

Amusé, son ancien camarade de classe s'assit en face de lui, posant son assiette sur la table. Il sortit un paquet de cigarettes de sa poche et Harry lui lança son briquet, s'attirant le regard agacé de Hermione qui détestait ces battons de nicotine, même si ses amis avaient la décence de les ensorceler pour éviter leurs effets indésirables.

« Bon, alors, il rentre quand, ton cher et tendre ? Le temps devient long, là, nan ? »

Béni soit Dean, sa curiosité naturelle, son homosexualité et bien entendu sa faculté à poser les bonnes questions au bon moment.

« Il rentre le week-end prochain, et puis il repart à Stockholm.

- Il te manque, hein ?

- Raaaah putain ouais ! Le temps est long quand il est pas là.

- Et sur de nombreux points de vue, je suppose…

- Oh ça ouais… »

Ils échangèrent un rire et un regard emplis de sous-entendus graveleux. Dean était bien la seule personne avait qui il pouvait parler de cul en toute liberté, et en même temps, quand on voyait ce qu'il lui racontait, lui qui n'avait jamais réussi à se caser et qui menait depuis des années une vie d'éternel célibataire… Ses autres amis étaient soit un peu trop coincés, soit Harry ne parvenait pas à aborder ce genre de sujets avec eux. Et ce pour diverses raisons…

Hermione leva les yeux au ciel alors que Charlie et Neville ricanaient. Bien parti, Dean enchaîna en lui demandant comment allaient les enfants, comment il parvenait à gérer après tout ce temps l'absence de leur père, si ce dernier n'était pas trop fatigué à cause de ses allers-retours, et, quand même, quand est-ce que ce petit manège allait s'arrêter, parce que mine de rien, Harry en chiait avec sa baraque à tenir, et franchement, si c'était pour baiser deux jours par semaines, et encore, parce que Draco devait être mort le vendredi soir, ça sentait l'arnaque quoi…

Il parvint à faire rire Hermione, pourtant si coincée sur ces sujets-là, et Neville finit plié en deux de rire sur la table quand Harry dit, en soufflant une bouffée de fumée, que trois semaines auparavant son chéri était malade comme un chien, donc il avait passé plus de temps à lui préparer de la soupe et lui câliner la tête qu'à lui faire des papouilles, et plus si affinités. Et forcément, les mômes avaient été intenables car leur père qu'ils voyaient si peu était complètement hors-service.

« Et là ça va, il est pas malade ? Tu vas pouvoir le bouffer tout cru ?

- J'espère bien. Je l'ai appelé hier pour lui parler du rendez-vous de Teddy, il avait l'air d'avoir la pêche.

- J'ai parlé deux minutes avec lui tout à l'heure, je croise les doigts ! C'est con qu'il ait pas pu venir ce week-end.

- Ouais, mais il pouvait pas y échapper. Il peut se demmerder pour les réunions mais quand il doit se déplacer à l'étranger, c'est plus chiant quoi… Enfin il aurait pu venir dimanche, mais ça valait pas du tout le coup, quoi.

- Déjà que c'est chiant juste le week-end, le pauvre, il va pas se taper les douanes deux fois en vingt-quatre heures. »

Gérer l'absence de Draco au quotidien était compliqué. Il travaillait depuis des années dans une grande entreprise française qui vendait des vêtements, allant des simples tenues quotidiennes aux robes haute couture. Après des études d'économie et de droit sorcier, il avait été recruté par l'entreprise avant d'en gravir les échelons et d'accéder aux plus hauts grades.

Draco avait donc débuté en travaillant dans la filiale anglaise de la grande marque, puis il avait travaillé dans la maison mère avant d'être envoyé un peu partout en Europe. Il avait fait ses preuves à plusieurs reprises et ses supérieurs se l'arrachaient. Ce qui était parfois pesant, surtout pour ce genre de missions trop courte pour que Harry le suive mais beaucoup trop longue pour qu'ils puissent mener une vie correcte.

Et pourtant, son conjoint faisait des efforts. Durant ces trois mois, il avait affronté chaque vendredi soir les salles d'attente des zones de transplanages qui permettaient de passer d'un pays à un autre. Il fallait bien attendre trois à quatre heures avant de pouvoir passer la frontière et atterrir en Grande-Bretagne, quand tout se passait bien. Il n'avait manqué que deux week-ends à cause de voyages d'affaires qu'il n'avait pu décaler, mais Harry le connaissait suffisamment pour savoir qu'il avait tout tenté pour libérer ces deux jours si importants pour eux.

Ces week-ends, c'était une bouffée d'air frais. C'était Draco dans sa cuisine, au petit matin, c'était son époux dans leur lit, dormant du sommeil du juste, c'était l'homme de sa vie tout contre lui, dans leur jardin, leur salon, dans les rues encombrées de Londres…

Gérer son absence était compliqué. Il y avait les enfants, bien sûr, et la maison, mais c'était plus que ça. Draco ne les fuyait pas. Ils avaient fait un choix, tous les deux, et Draco était parti avec la promesse de revenir tous les week-ends. L'entendre sonner à la porte était un bonheur sans nom, et le regarder partir un véritable déchirement. Si son compagnon ne lui lançait pas de tels regards, quand il se retrouvait dans l'entrée, sa cape d'hiver sur le dos, ce ne serait pas aussi douloureux. Car à ce moment-là, cet égoïsme qui lui permettait de tenir était mis à mal, car d'un coup, Harry se rendait compte qu'il n'était pas celui qui souffrait le plus de cette absence.

Et que ces eaux qui les séparaient étaient une véritable torture pour lui. Plus encore que pour Harry, qui dans ses moments de déprime, pouvait s'accrocher aux petits, leur gueuler dessus à cause d'une énième bêtise et puis leur faire des câlins pour se réconcilier.

« Et Blaise, il s'en sort ?

- Oh oui, de toute façon il n'a pas le choix.

- Luna l'a pas suivi, j'étais étonné. Comment ça se fait ?

- C'est pas la bonne période de l'année pour déménager. Surtout si c'est pas un boulot fixe. »

C'était la seule et unique raison qui avait empêché Harry de le suivre. Si cette offre avait eu lieu en août ou septembre, voire même octobre, il n'aurait pas réfléchi plus longtemps et aurait inscrit ses enfants dans une école anglaise à Stockholm. Mais ni ses gamins, ni ceux de Luna n'étaient prêts à interrompre leur année scolaire. Draco et Blaise avaient quitté l'Angleterre courant janvier, tout abandonner à une période pareille était impensable.

« La mission finit bientôt.

- Ouais, dans deux semaines. J'ai hâte qu'il rentre, j'en peux plus de ses allers-retours, il est épuisé et franchement, trois mois, c'est super long… »

A côté de lui, Ron ne disait plus rien. En fait, depuis que Dean s'était assis en face de lui, son ami n'avait plus prononcé un mot, lâchant de temps en temps quelques rires de convenance. Il n'avait même pas essayé de capter à nouveau son attention, sans doute parce qu'il savait déjà qu'il ne pouvait lutter contre le bagou de son ancien camarade de chambrée.

Ron et Draco ne s'étaient jamais entendus. Ce n'était pas faute d'avoir essayé de les rapprocher, mais le courant ne passait pas entre eux. A vrai dire, si Harry était tout à fait honnête, il reconnaîtrait qu'il avait lâché l'affaire depuis très longtemps et qu'il n'avait jamais vraiment essayé de les réconcilier. Mais le brun préférait se dire qu'ils n'étaient juste pas faits pour s'entendre. La vision de Draco sur le sujet était radicalement différente, mais Harry l'oubliait souvent. C'était plus facile.

Cependant, il avait conscience du fossé qui le séparait de Ron un peu plus chaque année, alors que ses sentiments pour Draco se renforçaient de jour en jour. Il savait aussi que son mari avait tout fait pour apaiser les tensions et essayer d'être au moins toléré par le rouquin. Mais Harry avait trente-cinq ans et aucune envie de se prendre la tête avec des conneries pareilles.

Même si par moments, ça le bouffait.

Car il lui faisait du mal sans s'en rendre compte, et une fois à la maison, Draco relevait son comportement et lui faisait des remarques. Et des fois, ça partait en vrille.

« Ah, les jumeaux ont mis de la musique… La fête commence ! »

On pouvait dire ça comme ça. C'était une manière comme une autre de relancer la fête, à présent que le gâteau était à moitié englouti et les réserves d'alcool bien entamées. Harry ne tarda pas à voir ses amis disparaître petit à petit de la table, remplacés par d'autres qui entretinrent la conversation. La seule chose qui le préoccupait à présent, c'était l'heure. Il devait décoller aux alentours de quinze heures pour l'emmener à la gare. Le gâteau avait été servi très tôt pour que lui et Percy, qui devait s'envoler pour la France dans l'après-midi, puissent en manger un morceau.

Ce qu'ils ne savaient pas, bien sûr, c'était que Harry avait négocié avec la directrice pour le ramener directement aux portes de Poudlard aux environs de dix-neuf heures pour le dîner, afin d'en profiter encore un peu. Mais bien entendu, personne n'était censé être au courant.

Harry surveillait donc l'heure, ayant hâte de quitter les lieux. Il était fatigué par tout ce bruit et il voyait bien que les petites en avait marre. Il n'était pas comme Draco qui était capable de faire abstraction de ce genre de détail, lui qui avait été habitué très jeune à supporter des repas à rallonge et des soirées interminables. Cependant, il aurait été mal venu de sa part de partir trop en avance avec ses trois mômes, alors il attendait en essayant de se montrer le plus patient possible.

Mais le peu de tranquillité qu'il espérait était décidément trop demandée.

« Draco rentre dans deux semaines, c'est ça ? »

On y était. Ron n'avait pas quitté la place à côté de la sienne et n'avait pas encore abordé le sujet qui fâchait. Enfin, il en avait parlé avec les autres invités mais Ron n'ouvrait que rarement la bouche quand son conjoint entrait dans les discussions. Un peu comme s'il espérait que le sujet se tarirait s'il ne s'y intéressait pas.

« Ouais.

- Et qu'est-ce qui va se passer ?

- Comment ça ?

- Me dis pas que cette mission est anodine. Avant qu'il parte, tu me disais que t'en avais vraiment marre qu'il fasse des voyages aussi longs et que tu l'avais menacé, si jamais il recommençait à t'imposer tout ça… »

Harry sentit quelque chose en lui se serrer. Soudain, ces longues, très longues semaines passées sans lui, à compter les jours, les heures qui le sépareraient du week-end, lui revinrent en pleine face. Cette solitude, ces journées passées à préparer à manger, à nettoyer la maison, à lire, écrire, regarder la télévision, en priant pour qu'aucun incident ou qu'aucune mission ne les empêche de se voir lui broya l'estomac. Et puis, il y avait toutes ces idées noires qu'il rejetait dans un coin de sa tête, qu'il essayait d'oublier, au risque de ne plus être capable d'avancer.

Pourquoi lui parler de ça, maintenant, avec cette voix calme de celui qui cherche le couteau caché dans un coin de sa cage thoracique pour le remuer lentement, mais fermement…

Pour lui rappeler ce qu'il était devenu ? Un putain de papa au foyer qui attendait bien sagement que son époux rentre à la maison avec de la thune, un joli sourire et des promesses bien cochonnes ? Un homme qui avait tout plaqué pour suivre son homme et s'occuper de leurs gamins, de ses gamins qu'il avait accepté de lui offrir ?

Même plus un héros.

Un mari et un papa.

Qui fumait un peu trop dernièrement, qui mangeait trop peu, qui angoissait en silence et qui s'excitait sur ses gamins intenables, parce que leur père leur manquait autant qu'à lui.

« J'en sais rien.

- T'en sais rien ? Te fous pas de moi, Harry, je te connais trop bien. Tu vas partir ? »

Stockholm.

La neige, partout. Les aurores boréales en fin d'après-midi. Ses nuits interminables, ses étés étrangement chauds. Ces manteaux épais qu'ils changeaient presque tous les ans, ces gros bonnets qu'il enfonçait sur la tête fragile de Nils, les petites bottines des jumelles qui claquaient sur le sol…

Ces batailles de boules de neige où Teddy riait aux éclats, se laissant tomber dans la neige pour former des anges, tandis que Draco ceinturait Harry pour le faire tomber sur le sol et l'embrasser tendrement, d'attirant les gloussements des plus jeunes qui les observaient…

Et puis leur petite maison non loin du centre-ville. Cette petite maison que Draco avait acheté à la va-vite quand ils avaient déménagé, du jour au lendemain, son patron décidant d'étendre sa mission et de le faire rester sur place au moins trois ans. Trop petite pour son mari, au début, mais ils y avaient été si bien, tous les quatre… puis tous les six.

Cinq ans de leur vie. Cinq années magiques où leur famille s'était agrandie.

« J'en sais rien.

- Mais c'est le but de la mission, pas vrai ?

- Ouais. »

Ils avaient gardé la maison, quand il avait fallu revenir en Angleterre, et ils y passaient toutes leurs vacances d'été, et même parfois d'hiver. Ils y avaient vécu quelques mois après leur départ, parce que les enfants étaient encore petits et ne vivaient pas trop mal les déménagements, mais jamais une année complète, car après la Suède, il y avait eu l'Allemagne et puis la France.

Pour quelques mois. Voire un an.

Et depuis un an et demi, ils vivaient à Londres, sans jamais déménager. Parce que Harry en avait assez de ces voyages, de ces déracinements, de cette sensation de ne pas toujours être chez lui et de devoir sans cesse s'adapter à Draco, à ses missions, toujours trop longues, toujours trop loin de lui. Son conjoint avait alors cessé tous ses trajets, parce que Harry le lui avait demandé. Et ce dernier savait que Draco ne savait pas lui dire non. Il avait lutté, attendu, mais là, il n'en pouvait plus. Alors il avait été égoïste, pour une fois, et son amoureux n'avait pas rechigné.

S'il l'avait fait, leur histoire aurait été en danger.

Mais Draco n'était pas assez stupide pour tout foutre en l'air de cette manière.

Tant que Harry lui disait oui, il continuait. Et quand il lui demandait d'arrêter, il obéissait. C'étaient comme des règles tacites, qui leur avaient permis de tenir tout ce temps.

« Donc s'il réussit, tu t'en vas.

- Ouais. »

Un soir, Draco était rentré et avait attendu que les enfants soient couchés pour lui parler de cette offre. Rien ne laissait présager quoi que ce soit, car son mari était un très bon comédien et il détestait pourrir ses soirées avec ce genre de conflits, et encore plus se donner en spectacle devant les petits. Plus jeune, Teddy avait très mal vécu une dispute entre ses deux papas qui avait abouti à un départ en trombe de la maison et à une nuit passée sur le canapé pour Harry à attendre que Draco rentre, en vain. Depuis, leurs discussions sérieuses et leurs conflits se passaient le plus loin possible de leurs oreilles délicates et si sensibles.

Sans passer par quatre chemins, il lui avait expliqué que son supérieur lui avait proposé une mission de trois mois en Suède. Plus qu'une mutation, cette mission représentait la possibilité de prendre la place d'un haut gradé de l'entreprise qui allait prendre sa retraite dans les mois à venir. Draco se retrouverait alors dans les hautes sphères de la société, avec la possibilité d'accéder à des postes qu'il avait jusque là servi du mieux qu'il avait pu. Son supérieur avait soutenu sa candidature pour le poste, ne restait plus qu'au blond d'accepter la mission.

De prime abord, Harry avait eu peur. Leur vie avait retrouvé une certaine stabilité quand Draco avait accepté de ne plus se déplacer sans arrêt et il ne voulait pas y renoncer. Dire qu'il était fatigué était un grand mot, car dans le fond, il n'était heureux qu'avec son chéri à ses côtés. Mais il savait que ça pesait à ses enfants, surtout aux jumelles qui, contrairement à leur frère, n'entraient pas à Poudlard l'année suivante. Et il estimait avoir trop privilégié son mari pour ne pas écouter leurs enfants. Et Draco pensait de même.

Il avait été égoïste.

Avec Harry, avec leurs enfants…

Et surtout avec Harry.

Ce dernier avait eu besoin de temps pour réfléchir. La carrière de Draco en dépendait, certes, mais Harry avait besoin d'y penser sérieusement. Son compagnon lui avait laissé une semaine, c'était le délai que son supérieur lui avait accordé. Pour clore la discussion, le blond avait pris son visage entre ses mains pour l'embrasser tendrement sur la bouche et glisser contre ses lèvres que, quelle que soit sa décision, il la respecterait et évoluerait de toute manière.

Deux jours plus tard, alors que son cher et tendre lisait son journal dans le salon, Harry s'était installé sur ses genoux et lui avait dit d'accepter la proposition. Parce qu'il voulait retrouver ce pays si froid où il avait tant aimé vivre, il voulait retrouver cette sensation d'être chez lui… cette sensation de stabilité qui lui manquait tant par moments. Et puis que Draco poursuive sa route, car c'était leur objectif, avant que leurs enfants ne viennent au monde.

Que Draco avance. Pour eux. Pour montrer à ses parents qu'il valait quelque chose et qu'il pouvait avancer sans eux, leurs relations et leur argent.

« T'en as vraiment envie ? »

Ron le regardait un peu par en-dessous. Il avait l'air dubitatif et un peu triste. C'était toujours comme ça quand ils abordaient ses départs. Ron n'aimait pas le savoir à l'étranger et haïssait encore plus Draco de le lui arracher sans cesse.

« Ouais.

- T'es sûr ?

- J'aime la Suède. On n'y passerait pas autant de temps, sinon.

- Parce que c'est là que tes gamines sont nées ?

- Entre autres. »

Il y avait beaucoup d'autres raisons, mais ce serait trop compliqué de les lui expliquer, car il ne pouvait pas les comprendre. Et Harry savait que Ron n'était pas honnête et qu'il se cachait derrière ce genre de mots. C'était plus simple de tout mettre sur le dos de ses filles.

« Je veux pas que tu partes.

- Je sais. Mais j'aime la Suède. Et je ne suis heureux qu'avec lui.

- Et lui, il pense à toi, peut-être ?! »

Tous les jours.

Il lui envoyait un message tous les jours. Sur ce téléphone qu'il lui avait offert des années plus tôt pour qu'il lui envoie de petits messages quand il était trop occupé pour qu'ils puissent se voir.

Il lui disait qu'il l'aimait, qu'il lui manquait. Qu'il avait l'impression d'être un adolescent, à lui envoyer des messages, comme ça, mais qu'il ne lui avait jamais autant manqué de sa vie. Que chaque pièce lui rappelait son souvenir, qu'il rêvait de remarcher avec lui dans les rues de leur quartier et de Stockholm.

Qu'il aurait tout donné pour qu'il soit là, à ses côtés.

« Ron, tu ne peux pas comprendre.

- Non, c'est clair, je ne comprends pas. Il a toujours fait passer sa vie professionnelle avant vous, et…

- Ron, mon ami, tu te fous complètement de la vie de mes gamins. Et n'essaie pas de me contredire, ça sert à rien. T'as jamais été foutu de te mettre en couple avec un homme correct, tu vis comme un célibataire depuis des années, et vu comment c'est parti, t'es pas prêt de te fixer avec quelqu'un. Tu peux pas comprendre ce que je vis.

- Peut-être, mais ça change rien, Draco a toujours été égoïste…

- Tu ne regardes qu'une partie du tableau. Tout n'est pas de sa faute. Bon, il est l'heure, je m'en vais.

- Ça va se finir comme ça ?

- De quoi ?

- Notre amitié. »

Harry ne répondit pas et se leva de table. Il n'avait plus rien à lui dire. Ce genre de conversation ne rimait à rien et, surtout, ne menait à rien. Il le savait. Ron était une histoire passée et quasiment terminée, sur laquelle il ne pourrait jamais revenir.

Et dans un sens, il n'en avait pas non plus envie.

OoO

Sa belle-mère venait de partir, claquant la porte derrière elle non sans avoir abreuvé ses petites-filles de compliments. Comme quoi elles étaient toujours aussi belles mais que des « Lady » de leur rang n'avaient pas à se promener avec une tenue pareille, à savoir une salopette en jean tachée, surtout quand leur père s'apprêtait à rentrer à la maison. Narcissa avait beau s'être énormément ouverte depuis qu'il la connaissait, elle demeurait très étriquée d'esprit pour tout ce qui était vestimentaire. Mais par le calbute de Merlin, il n'allait quand même pas les laisser faire de la peinture dans une robe hors de prix ! Manquerait plus que ça !

Elle avait débarqué en fin d'après-midi pour lui parler d'il ne savait quel mariage auquel la présence de Draco était absolument nécessaire. Harry se fichait éperdument de ce genre d'évènements, et comme son cher et tendre avait tendance à l'écouter un peu trop quand il n'avait pas non plus envie de jouer les Malfoy devant un vaste public, Narcissa était venue s'assurer que le couple ne se désisterait pas. Sans cacher son exaspération, Harry avait levé les yeux au ciel et avait écouté en silence le discours de sa belle-mère avant de lui faire comprendre que tout dépendrait de Draco.

Forcément, Narcissa n'avait pas paru emballée. Depuis la fin de la guerre, l'innocence prouvée de Draco et la collaboration de son père, elle se retrouvait systématiquement coincée entre les deux hommes de sa vie. Et plutôt que d'épouser une femme ou un homme à peu près soumis, son fils unique avait eu le culot de se mettre en couple avec un type ayant un peu trop de caractère. Ainsi, le schéma logique du dominant et du dominé n'existait pas vraiment entre eux : ils se donnaient conseil mutuellement et se cachaient chacun leur tour derrière l'autre pour éviter les difficultés, quand ils n'y faisaient pas front ensemble.

Ainsi, quand Harry disait à sa belle-mère : « Je m'en tape royalement de ce mariage, Draco décidera ce week-end si on y va ou pas, et franchement, j'en ai pas du tout envie » ; elle était coincée. Parce qu'elle savait qu'elle ne pourrait rien tirer de son rejeton et son mari allait encore lui piquer une crise parce que Draco n'en faisait qu'à sa tête et Harry était vraiment un bon à rien. Enfin, les termes devaient être moins élégants. Lucius était toujours très vulgaire quand il était fâché. Et vu que Harry n'avait jamais hésité à lui balancer en pleine tronche ce qu'il pensait de lui, son beau-père ne se gênait absolument pas.

Ceci dit, Harry savait que son beau-père éprouvait une très grande affection à son égard, même s'il ne le montrait pas souvent. Il avait fait de son fils un homme admirable qui évoluait sans cesse et leur avait permis d'avoir des petits-enfants à chérir.

Lucius avait une vision plus réaliste de leur famille, des relations qui existaient depuis des années entre son fils unique et son conjoint. Il avait beau gueuler comme un putois à chaque difficulté, il approuvait les mécanismes de leur couple, la manière dont ils avaient évolué au fil des années. Il savait comment était Draco, et surtout comment était Harry.

Car aux yeux de la plupart de leurs proches, Draco avait toujours paru être un monstre d'égoïsme. Elevé par des parents très à cheval sur les principes de la haute société, dans un gigantesque manoir où il aurait dû passer l'essentiel de son existence, c'était un garçon égocentrique qui ne pensait qu'à ses envies, son avenir, ses propres soucis. Comme son père, en quelque sorte. Le reste était secondaire.

Harry était secondaire.

Comme l'aurait été n'importe quel homme qui aurait accepté de faire sa vie avec quelqu'un comme lui.

Après tout, Draco s'était engagé dans une voie qui exigeait un certain nombre de libertés. S'il avait suivi les pas de son père, le blond aurait repris les affaires familiales et se serait investi dans la politique et de son pays, mais avec la guerre, son envie de marcher dans ce chemin tout tracé s'était peu à peu évanoui. Il aurait pu rester en bas de l'échelle, mais Draco était ambitieux, intelligent et vouait une passion pour les langues étrangères, ce qui en faisait un atout non négligeable. Et son petit ami de l'époque voulait le voir grimper les échelons.

Ce petit ami avait été la clé de son succès, Draco en avait parfaitement conscience, et quand il l'avait demandé en mariage, tous deux savaient que leur vie ne serait pas facile. Pourtant, Harry avait accepté. Parce qu'il l'aimait. Parce qu'il savait que c'était important pour son compagnon, qu'il avait besoin de cette union pour continuer à avancer. Et aussi parce que cette idée de porter son nom avait fini par le séduire.

La naissance de Nils avait bouleversé leur vie. Ils avaient déjà Teddy, à l'époque, mais il était déjà grand. Sa grand-mère était décédée de chagrin alors que son petit-fils n'avait que deux ans, et du jour au lendemain, Harry était réellement devenu papa, après l'avoir adopté. A l'époque, cela ne faisait que quelques mois qu'il sortait avec Draco et ce dernier n'avait pas eu peur de son nouveau statut. Il s'était même prêté au jeu, et petit à petit, il était devenu comme un second papa, gardant Teddy quand Harry avait un imprévu, l'emmenant au médecin quand il n'allait pas bien…

Jusqu'au jour où Harry avait réalisé que Draco considérait cet enfant comme son propre fils. Qu'il l'élevait et l'aimait comme s'il l'était de son propre sang.

Et le jour du mariage, il l'avait adopté officiellement, ce qui avait dérangé la plupart des convives qui ne comprenaient pas ses démarches. Pas plus que ses parents, d'ailleurs, qui considéraient à l'époque cet acte comme une abomination.

L'arrivée de Nils n'avait absolument rien changé aux sentiments que son époux éprouvait pour Teddy. Il restait son fils aîné et la plus belle chose que la vie lui avait offerte quelques années auparavant. Les jumelles qui avaient suivi un peu plus tard avaient chamboulé leur quotidien.

Celui de Harry, surtout.

Car il avait fallu faire un choix.

Il tenait depuis quelques années une boutique de fournitures de Quidditch au chemin de Traverse, ce qui lui garantissait une rentrée d'argent et du temps pour ses enfants. Après la guerre, il avait décidé de ne jamais toucher à la fortune de ses parents et cette boutique avait été la seule exception à la règle. Il s'était organisé de façon à considérer cette somme empruntée à ses parents comme un crédit qu'il remboursait tous les mois, ce que la plupart de ses amis trouvait stupide. Sauf Draco.

Nils était né peu de temps avant leur départ pour la Suède. Harry avait déjà appris à déléguer la gestion de son entreprise afin de s'occuper de ses deux enfants et de suivre son époux dans ses divers déplacements, quand ces derniers dépassaient les deux mois. Cependant, quand il fallut déménager en Suède, la question se posa plus sérieusement. Et quand les jumelles vinrent au monde, Harry dut définitivement renoncer à la gestion de sa boutique qu'il confia à celui qui était devenu son adjoint au fil des ans.

Dans un sens, durant toutes ces années, Harry offrit beaucoup à Draco. Un peu trop. Il lui offrit sa carrière, son temps, des enfants, une maison propre et bien tenue…

Harry avait toujours été celui qui donnait le plus.

Sans lui, Draco Malfoy ne serait rien.

Mais en réalité… le plus égoïste des deux avait toujours été Harry.

Il avait offert énormément, c'était vrai. Mais c'était toujours en réponse aux sacrifices de Draco, qui à ses yeux avaient toujours été les plus importants.

Parce que par amour, Draco avait toujours été prêt à accepter énormément de choses.

A pardonner, aussi.

Accepter et pardonner.

Mais c'était compliqué pour les autres de comprendre tout cela. De comprendre que l'homme qu'il avait épousé était un être fantastique. Que vivre loin de l'autre créait parfois des tensions et des doutes. Que la trahison était dévastatrice, et que pour ne pas le perdre, Draco aurait été capable de la lui pardonner.

Envisager qu'un homme puisse l'aimer à ce point-là en était presque douloureux. Surtout quand on n'avait rien à se reprocher, et que bien malgré soi, on continuait à lui faire du mal, parce que des incertitudes demeuraient, douloureuses, dans son esprit.

Un esprit qui ne demandait que la vérité, même si elle était douloureuse.

Alors que Harry ne lui avait jamais menti.

Il n'avait même jamais songé à le faire. Même si parfois, c'était dur.

Les autres ne comprendraient jamais. Leurs amis proches avaient conscience de leurs difficultés et de leurs sentiments, mais les autres ne voyaient que l'égoïsme de Draco, ses abandons et son travail trop prenant.

Alors qu'il était un père fantastique.

Un mari tendre et rassurant.

Et un ami infiniment précieux.

« Papa ? On va prendre un bain ?

- Vous avez fini de peindre ? »

Dans la salle de jeu, Harry avait étendu de grandes bâches sur le sol et sur les murs afin d'éviter toute tache sur la moquette vert foncé toute neuve et les murs tapissés de bleu ciel. C'était Draco qui les avait initiées à la peinture : il avait toujours adoré dessiner et peindre et il estimait que c'était un excellent moyen d'expression. Harry partageait son avis mais estimait qu'il existait d'autres moyens d'exprimer sa créativité. Des moyens entres autres beaucoup moins salissant.

Ah Draco et ses grandes idées…

« Bon les poulettes, montrez-moi votre œuvre. »

Le seul point positif à cette activité, c'était que ses filles avaient un certain talent et leurs progrès étaient bien visibles. Pour le retour de leur père, elles avaient décidé de faire un tableau ensemble, qui finirait forcément accroché dans leur chambre. Harry n'avait rien contre ce genre d'art relativement naïf, mais il refusait de voir ses murs tapissés de peintures et dessins d'enfants. Un tableau entier y était consacré dans la cuisine et le frigidaire en était recouvert, c'était bien assez.

Et quoi qu'en disent ses filles, Draco était exactement du même avis.

« Alors P'pa, t'en penses quoi ? Papa va aimer ?

- Assurément. C'est magnifique. »

Nan, en fait, c'était très moche. Mais bon, les papas, ça dit pas ça. Et Draco allait adorer, parce qu'il était fan de tout ce que faisaient ses enfants. Et puis, objectivement, elles étaient douées pour des enfants de sept ans… Mais bon, ça restait très moche malgré tout.

« Bon, maintenant, à la douche !

- Il arrive à quelle heure ?

- Hein Papa ?

- Il mange avec nous ?

- On mange quoi ce soir ? »

C'était extrêmement rare que Draco dîne avec eux le vendredi soir car il ne parvenait presque jamais à se libérer suffisamment tôt. Cependant, il lui avait assuré qu'il serait là pour dix-neuf heures. Harry avait donc décidé de ne rien leur dire pour leur faire la surprise.

Harry fit donc couler un bain pour ses filles comme tous les vendredis soir et alla préparer le dîner. Il espérait que Draco tienne sa promesse et ne rentre pas trop tard afin de pouvoir dîner avec eux. Dans le cas contraire, ils dîneraient tous les quatre, attendraient dans l'excitation son retour, et puis il allait passer un moment avec les jumelles à l'étage avant de discuter une bonne heure avec son fils, et enfin, il redescendrait dans la cuisine avaler un petit quelque chose, et le voyant épuisé, Harry lui proposerait d'aller se coucher. Ça se passait souvent comme ça.

Et lui, il passait après les enfants. Toujours. Les bébés d'abord, qu'il disait, et le chéri ensuite. Parce que le chéri, il avait toute la nuit pour le cajoler. Mais souvent, Draco rentrait trop épuisé pour lui faire le moindre câlin, qu'il soit approfondi ou non. Mais dans le fond, Harry s'en fichait bien. Il n'y avait rien de meilleur que de s'endormir contre l'homme qu'on aimait, respirer son odeur et dessiner des yeux sa silhouette dans la semi-obscurité de la chambre quand on se réveillait un peu trop tôt.

Tout à ses pensées, Harry n'entendit pas Nils entrer discrètement dans la cuisine et s'assoir à la table qui lui servait de plan de travail. Il fut donc surpris quand il se retourna et qu'il le vit assis devant la table que Harry venait tout juste de nettoyer.

« Nils, tu m'as fait peur !

- Pardon. »

Le petit sourire de diablotin qu'il lui fit démentait totalement son excuse. C'était fout à quel point il pouvait ressembler à Draco, dans ses regards, ses sourires, ses manières… Il tenait vraiment tout de son père.

« Tout à l'heure, je t'ai vu discuter avec Ron.

- Et ?

- Vous parliez de quoi ?

- Rien de particulier. »

Il sortit des assiettes et les posa tranquillement sur la table, ignorant le regard scrutateur de son fils. Il savait où il vouait en venir mais Harry ne voulait pas parler de ça. Or, Nils n'était pas du genre à lâcher l'affaire.

« Menteur.

- Moi, menteur ?

- Ouais. Il avait pas l'air content et toi non plus. Tu lui as dit qu'on allait peut-être partir ?

- Il s'en doutait.

- Ah ouais ? Et il a dit quoi ? »

Le mot ne lui convenait pas tout à fait, mais pour Harry, Nils était un enfant précoce. Intelligent, il ne portait pas ce regard encore enfantin sur le monde qui l'entourait, et quand il lui parlait, il n'avait pas l'impression de parler à un petit garçon. Certes, il allait rentrer dans l'adolescence, mais Teddy à son âge était un peu plus… bébé. Un peu trop mature pour son âge, à cause de la perte de ses parents, qu'il n'avait jamais connu mais dont il avait pleinement conscience, et puis celle de sa grand-mère, suivie de l'adoption de son parrain et de son compagnon. La vie, les critiques, les regards de travers et le rappel incessant du décès de sa famille l'avaient rendu plus fort, très tôt.

Mais pour Nils, c'était complètement différent. Il avait grandi dans cette place peu confortable de petit frère et en même temps d'aîné de la famille, parce que Teddy était son modèle et en même temps une sorte d'enfant illégitime aux yeux des autres. Harry avait craint que cette situation ne crée des tensions mais Draco avait su imposer Teddy comme fils aîné et jusque là, Nils semblait accepter sa position de second de la famille. C'était sans aucun doute dû à son admiration pour son grand frère et l'amour que ce dernier éprouvait pour son cadet.

Cela dit, la maturité dont cet enfant faisait preuve par moments avait de quoi le déconcerter. Il voyait des choses que Teddy ne concevait pas à son âge et que même Draco, par moments, ne remarquait plus. Et, surtout, Nils était d'une redoutable possessivité, et ça, il la tenait de son père. Lucius et Draco étaient réputés pour leur jalousie maladive, que son époux était parvenu à réfréner grâce à un long travail sur la confiance en eux, et en lui. Nils ne supportait pas qu'on drague son père ou qu'on le regarde de façon un peu trop insistance, et cette attitude ne valait que pour Harry.

On ne touchait pas à son papa.

Dans un sens, c'était un peu comme si Nils était celui qui devait remplacer Draco en son absence. Comme si Harry avait besoin qu'on veille sur lui et qu'on le protège.

« Que veux-tu qu'il dise ?

- Que Papa est égoïste et qu'il pense qu'à lui ?

- Entre autres. »

Les jumelles n'avaient pas été informées de leur potentiel déménagement, mais ils avaient préféré en parler avec Nils, étant donné qu'ils quitteraient le pays en cours d'année scolaire. Deux options s'offraient à lui : partir avec eux, en sachant qu'il reverrait ses camarades de classe quelques mois plus tard, ou bien rester sur place et aller vivre chez ses grands-parents.

Nils avaient réfléchi et avait décidé à contrecœur de rester sur place. Il s'entendait très bien avec Lucius et Narcissa qui étaient ravis de l'accueillir pour quelques mois, ce qu'ils avaient déjà fait sur de courtes périodes les années précédentes.

« Il est bête.

- Il n'est pas le seul à penser comme ça. Mais je m'en fous, et tu le sais. »

Soudain, il y eut du bruit dans le couloir. Le bruit d'une clé qu'on tourne dans une serrure et d'une poignée qui s'abaisse.

Harry sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine alors que Nils sautait sur ses pieds et se ruait vers l'entrée en criant. Ses paupières s'abaissèrent alors que les larmes lui montaient aux yeux. Il écouta Nils rire dans l'entrée alors que les jumelles, qu'il avait autorisé à sortir quelques minutes plus tôt, dévalaient l'escalier en hurlant.

Il était rentré.

Enfin, il était rentré à la maison.

Et ce fut un comme si leur maison, pourtant si bruyante, reprenait vie.

Lentement, Harry s'assit à table et écouta ses enfants s'enthousiasmer dans l'entrée, parlant sans jamais laisser leur père en placer une. Il entendit parfois sa voix plus grave que celles des enfants qui essayait de les calmer ou de mettre fin à une des nombreuses conversations qui l'assaillaient de toute part. Avec patience, Harry l'attendit pendant presque dix minutes, sans jamais se déplacer jusqu'à l'entrée. S'il le faisait, cela couperait court aux retrouvailles, les enfants seraient frustrés et ils ne seraient pas tranquilles pour discuter un peu, et surtout se retrouver quelques précieuses minutes.

Et puis, de toute façon, Draco avait besoin de ces moments-là. De prendre ses enfants dans ses bras, de les serrer contre lui, de respirer leurs odeurs et entendre leurs voix. Même s'il n'était séparé d'eux qu'une à deux journées complètes, son mari avait toujours eu la même attitude protectrice, aimante, tendre. Harry n'était pas aussi tactile que lui et n'éprouvait pas ce besoin viscéral de toucher ses enfants, comme pour se garantir qu'ils étaient bien là et qu'ils allaient bien.

Hermione disait qu'il les avait tous élevés, et qu'il les voyait si souvent qu'il arrivait à relativiser quand il s'éloignait d'eux.

Mais Harry savait que la différence entre lui et Draco, c'était que son conjoint avait davantage désiré ses enfants que lui.

Au bout d'un moment, le brun entendit Nils, Frida et Alva quitter l'entrée pour retourner dans leur chambre respective. Il écouta Draco quitter l'entrée et traverser le couloir, ses pantoufles glissant sur le parquet ciré. Et enfin, il entra dans la cuisine.

Draco Malfoy avait beaucoup changé depuis leur année collège, et même leurs années étudiantes. Ils s'étaient un peu perdus de vue après la guerre et leur sortie de Poudlard pour se rencontrer à nouveau alors qu'ils avaient dix-neuf ans. À l'époque, il avait grandi et sa taille était toujours aussi mince. C'était un gringalet sûr de lui, tellement différent de Ron, alors déjà bien baraqué à cause de ses entraînements de Quidditch qui lui avaient donné une sacrée carrure.

Depuis cette époque, Draco s'était épaissi. Il n'était plus le garçon trop grand et malingre de l'époque, mais un homme plus solide, un peu plus en chair. Un homme qui mangeait correctement, en essayant de gérer ses dîners d'affaire à répétition qui ne faisait plus aucun sport par manque de temps, mais qui s'entretenait, malgré tout. Un homme qui aurait aimé garder sa taille svelte de jeune adulte mais qui s'était résolu à devenir un homme comme les autres, avec ses défauts qu'il se reprocherait chaque jour en se déshabillant ou en voyant l'été arriver, et ses qualités qu'on lui rappellerait sans cesse pour compenser.

En fait, plus Draco vieillissait, et plus il lui faisait penser à son père. Ils avaient un physique très semblable, même si, pour Harry, le visage de Lucius était bien moins aimable, même dans l'intimité. Draco était un homme qui en imposait et qui savait jouer avec les traits de sa figure, mais avec sa famille, il avait toujours su se détendre et montrer un tout autre visage. Et Harry espérait que cela ne changerait jamais.

Car cet homme qui se tenait dans l'encadrement de la porte, c'était l'homme de sa vie.

La plus belle chose qui lui soit arrivé dans son existence.

« Bonsoir, Chéri. »

Ces quelques mots, ponctués d'un léger sourire tendre, fit monter une bouffée de chaleur en lui. Harry se leva alors que le blond faisait quelques pas vers lui. Il portait une robe noir haute couture qui lui allait à merveille, tranchant avec la pâleur naturelle de sa peau et le blond de ses cheveux. Harry le trouva beau. Et quand il enserra sa taille de ses bras et qu'il sentit Draco l'enfermer dans une étreinte solide, Harry se sentit renaître.

Il était rentré à la maison.

Il en aurait presque pleuré, parce que putain qu'est-ce qu'il pouvait lui manquer…

Qu'est-ce que c'était dur quand il n'était pas là…

Toutes ces chamailleries, ces disputes du quotidien, leurs sorties, ces moments de complicité inestimables, leurs réconciliations, ces soirées passées devant la télévision, blottis l'un contre l'autre dans le canapé, et ces nuits torrides pleines d'amour, de passion…

Tout ce qui faisait partie de sa vie de couple, de sa routine, à lui, lui manquaient terriblement.

Harry était un homme de routine qui avait besoin de stabilité, de se sentir protégé et rassuré. Et non pas livré à lui-même, parce que la solitude, c'était trop compliqué à gérer. Trop difficile.

Trop douloureux.

Mais Harry ne pleura pas, car sinon, Draco serait triste. Et la dernière chose qu'il voulait voir sur son visage, c'était de la douleur, parce qu'il savait qu'il créait un trou monstre dans cette maison et que la séparation du dimanche soir leur ferait du mal à tous.

Et puis, Harry savait qu'il n'était pas le seul à souffrir de cette séparation, il la sentait dans sa façon de le serrer trop fort contre lui, de toucher ses épaules, son dos, ses hanches, de caresser sa peau à travers la laine de son pull, d'ébouriffer ses cheveux noirs et de les embrasser tendrement, comme il l'aurait fait avec un enfant.

Enfin, il le sentit lui relever le visage. Ils échangèrent un regard, sans prononcer un mot, puis Draco se pencha et l'embrassa avec une infinie tendresse. Lutter contre les larmes qui lui montèrent aux yeux fut plus compliqué, cette fois. Il aimait ses baisers. Il se rappelait encore des émois qu'ils soulevaient en lui, à l'époque où ils n'étaient que deux jeunes adultes qui hésitaient encore à se lancer ensemble dans la vie.

Il se rappelait encore de leur première nuit ensemble, après une soirée un peu trop arrosée, alors qu'ils n'étaient même pas encore en couple et que Harry venait de retrouver son célibat. Le lendemain, le réveil les avait tirés de leur sommeil, et plutôt que de se lever et partir, Harry n'avait pas osé bouger. Il avait gardé les yeux fermés et écouté Draco se réveiller dans son dos, s'étirer, et puis se redresser. Il lui avait dit bonjour d'une voix endormie avant d'embrasser son épaule nue, et enfin il avait quitté la chambre pour prendre une douche.

Cet unique baiser qu'ils avaient échangé ce matin-là l'avait remué au plus profond de son être.

Et même si cela faisait quinze ans qu'ils étaient ensemble, Draco parvenait encore à l'émouvoir avec de simples baisers, souvent anodins.

Mais très vite, le baiser se fit plus passionné. Deux semaines qu'ils ne s'étaient pas vus, les appels et les messages n'étaient pas suffisants pour combler le vide. Du moins pas pour Harry qui s'empara de sa bouche, lui faisant ressentir tout son manque de lui, son besoin de lui… de sentir sa bouche contre la sienne, ses mains sur son corps, ses cheveux sous ses doigts, son souffle sur sa joue…

« Eh bien, je t'ai manqué…

- Je t'ai pas manqué, moi ?

- Tu n'as pas idée. »

OoO

La première fois qu'ils avaient mangé en tête à tête un plat fait maison, donc bien loin des restaurants ou des snacks habituels, ils avaient avalé une banale assiette de pâtes.

A l'époque, Draco avait des problèmes d'argent à cause de ses parents qui réduisaient considérablement leurs aides financières, vu que leur fils unique refusait de suivre tout à fait la voie qu'ils avaient envisagée pour lui. Parce que Harry ne voulait pas de cette situation peu confortable où il se retrouvait à nourrir son petit ami, ou plutôt à essayer parce que le blond avait sa fierté, il lui avait promis qu'il préparait leur dîner ce soir-là.

Par manque de temps, Harry était passé dans le premier supermarché moldu qu'il avait trouvé et il avait acheté un sachet de spaghettis et de quoi faire une sauce tomate. Puis, il s'était précipité chez Draco et s'était aussitôt glissé derrière les fourneaux pour préparer leur repas.

Harry n'était pas de ces personnes romantiques qui se souviennent de toutes leurs premières fois. Mais il fallait dire que ce jour-là, le visage halluciné de Draco l'avait beaucoup marqué. En fait, il n'avait jamais mangé de pâtes de sa vie. C'était un produit dédaigné par de nombreux sorciers et Poudlard n'en servait jamais. Son petit ami n'y avait alors jamais goûté et n'en revenait pas que Harry lui serve donc des spaghettis accompagné d'une sauce qu'il avait faite lui-même. A l'époque, Draco était un grand consommateur de riz et ne s'était pas attendu à autre chose quand Harry lui avait parlé de préparer un dîner.

Lui qui n'aimait pas franchement cuisiner, Harry s'était mis à la tambouille, et des pâtes, ils en avaient bouffé, à tout les sauces. Draco adorait ça, et après quinze ans d'amour, ne s'en était toujours pas lassé. Ce n'était pas non plus son plat préféré, mais quand il était fatigué ou malade et que Harry voulait lui faire plaisir, il n'avait qu'à faire bouillir de l'eau et préparer une sauce vite fait, et le tour était joué.

Ainsi, quand son cher et tendre lui avait dit qu'il serait peut-être là pour le dîner, Harry avait préparé des tagliatelles au saumon. Un plat simple et sans chichis qui faisait plaisir à sa petite famille, mais qui ne parvenait pas à faire taire les bavardages, loin de là.

Ils n'avaient pas eu le temps de beaucoup discuter, car le repas était quasiment prêt et les enfants avaient faim. Et de toute façon, Draco était épuisé, ça se voyait. Il avait du mal à suivre la conversation et écoutait plus Harry parler qu'autre chose. Plutôt que de le torturer davantage, Harry avait appelé Nils et les jumelles et ils s'étaient installés à table. Avoir ses enfants autour de lui avait un peu réveillé son conjoint. Il parlait très peu mais répondait et hochait la tête par moments.

Harry trouvait Draco étrangement réservé, ce soir. Même dans un tel état de fatigue, il était un peu plus ouvert et plaisantait avec Nils, charriait un peu Harry et taquinait ses deux princesses. Mais ce soir, il ne semblait pas décidé à adopter cette attitude que Harry trouvait rassurante. Peut-être était-ce son épuisement, ses angoisses dû à sa potentielle mutation, ou peut-être des problèmes au travail dont il ne parlait pas avec Harry. Ou peut-être qu'on lui avait refusé l'offre, tout simplement.

Il n'en tirerait pas grand-chose, ce soir. Il avait pensé l'installer dans le salon avec une bonne tasse de thé et discuter un petit moment avec lui avant d'aller se coucher. Dans un sens, Harry était un peu déçu de ne pas avoir droit à ce moment seul avec lui, alors que leurs enfants, eux, y avaient droit. Ils avaient toute son attention, il n'écoutait et ne regardait qu'eux.

Cette espèce de jalousie qu'il n'éprouvait que dans des moments comme ça pointa le bout de son nez.

Il lui avait tellement manqué, et il se sentait tellement délaissé, en cet instant…

Sous la table, Harry croisa les jambes, puis pointa son pied nu et toucha la jambe de Draco qui parlait avec Nils. Lentement, il le fit remonter le long de sa jambe. Immédiatement, Draco eut comme un blocage, qu'il essaya de cacher du mieux qu'il put en enchaînant avec Nils. Mais Harry n'en resta pas là : il continua à bouger doucement son pied sous la table, caressant la jambe de Draco, effleurant son genou. Au bout d'un moment, Draco braqua ses yeux sur lui, lui jetant un regard étrangement neutre. Un peu comme s'il était surpris et qu'il n'osait pas le montrer.

Un peu comme s'il ne s'attendait pas à un tel geste, qu'il n'avait pas espéré ce genre d'attention de sa part.

Puis, discrètement, il passa la main sous la table et lui saisit la cheville pour la caresser doucement du pouce.

Un peu rassuré, Harry le laissa tranquille et attendit patiemment que le repas se termine. Une fois leur yaourt englouti, les enfants quittèrent la table. Harry commença à débarrasser, et pile au moment où il allait les envoyer au lit, Draco prit les devant et les accompagna dans leur chambre. En temps normal, le brun n'aurait pas accepté de tout se bourrer, il le faisait déjà bien assez le reste du temps, mais il connaissait suffisamment son compagnon pour deviner que c'était un moyen de se débarrasser des gamins. Et là, tout de suite, Harry en avait bien besoin…

Ainsi, il se pressa de tout débarrasser, de remplir le lave-vaisselle et de nettoyer ce qui n'entrait pas là-dedans. Puis, le brun alla se changer dans la salle de bain attenante à leur chambre. Draco était alors dans la chambre d'Alva et Frida, et quand Harry sortit de la salle d'eau, il semblait encore y être. Après un soupir à fendre l'âme, Harry retourna dans la cuisine pour vérifier que tout était bien rangé et bien propre. Il avait oublié deux, trois choses sur la table, qu'il s'empressa de ranger dans la cuisine.

« Désolé de t'avoir abandonné. »

Harry sursauta. Il ne l'avait pas entendu descendre de l'étage.

« T'as déjà fini ?

- J'ai promis à Nils qu'on discutera demain matin. Je suis trop mort, là…

- Ils sont fatigants, hein ?

- Je les aime quand même. Toi aussi t'es fatigant, quand tu veux.

- Je ne te permets pas ! Dis tout de suite que je suis casse-couille !

- Je ne me permettrai pas.

- Enfoiré.

- Crétin.

- Va te doucher et reviens pas !

- Dis pas ça, je serais capable de m'endormir dans la baignoire…

- M'en fous, t'es chiant. »

Avec un sourire amusé, Draco quitta la cuisine et monta à l'étage pour aller se laver. A peine eut-il terminé ses derniers rangements que Harry grimpait les escaliers, entrait dans la chambre puis dans la salle de bain sans même toquer. Il découvrait Draco en caleçon, prêt à le retirer.

« Harry ! Tu pourrais pas toquer, franchement ?!

- Bah quoi ? La Suède te rend prude ou quoi ?

- T'es vraiment pas possible…

- Fais pas ta Sainte Nitouche. »

Indifférent à la relative gêne de Draco, Harry s'assit par terre et le regarda terminer de se déshabiller et s'assoir dans la baignoire. C'était quelque chose qui l'avait beaucoup choqué, au début, sa manie d'entrer dans la salle de bain comme dans un moulin et parfois de s'assoir par terre pour taper la causette, alors que de toute évidence, Draco avait juste envie d'être tranquille avec sa bouteille de savon, sa pomme à douche et l'eau chaude qui en coulait.

A force d'aller et venir pour le taquiner, c'était devenu une habitude. Draco ronchonnait pour la forme, peu habitué à l'époque à partager ce genre d'intimité. Mais avec Harry, tout avait toujours été beaucoup plus simple. Sans chichis.

Naturel.

Pour la première fois depuis son arrivée, Harry eut enfin son premier vrai moment d'intimité avec Draco, avec une vraie conversation, un peu d'humour et des sourires complices. Son compagnon parla enfin de son travail, de son dernier week-end qui l'avait empêché de voir sa famille et la fatigue qui s'accumulait au fil des jours.

« Et toi, ça a été ?

- Bof, oui. Tu sais, c'est toujours pareil chez les Weasley, hein…

- Nils m'a dit que tu avais vu Ron.

- Il t'a parlé de ça ?

- Ouais. Il ne peut vraiment pas le sentir, c'est quand même fou, ça…

- Je ne peux pas l'éviter dans ce genre d'endroit.

- Je ne t'ai pas critiqué, Chéri. C'est pas mon genre. Mais il faudrait que tu en parles avec lui, tu sais.

- Mais que je lui parle de quoi ? »

Draco coupa l'eau et lui jeta un regard de travers, tout sourire disparu. Et plutôt que de se relever, il croisa ses bras mouillés sur le rebord de la baignoire. Harry se demanda alors sérieusement si c'était vraiment le bon moment pour discuter de ça, et s'il ne fallait pas mieux le forcer à sortir de là-dedans, l'essuyer rapidement et le tirer dans la chambre pour lui faire subir les derniers outrages. Mais là, tout de suite, son chéri avait d'autres idées en tête.

« Harry, contrairement à ce que tu sembles croire, Nils n'est pas aveugle. Il sait très bien qu'il y a eu quelque chose entre toi et Ron. »

Le brun poussa un soupir à fendre l'âme et leva les yeux au ciel. Allait-il vraiment devoir parler de ça à Nils ? Teddy n'avait pas eu besoin de ce genre de conversation, et quand il avait fallu aborder le sujet, c'était vers Draco qu'il s'était tourné, avant d'en parler au principal concerné. Pourquoi diable ses histoires passées intéressaient-elles ses enfants ? Les siennes et pas celles de Draco ?

« Ne lève pas les yeux au ciel, ça me turlupine.

- On rencontre tes ex, ça ne lui pose aucun problème, mais quand il s'agit des miens, il faut en parler.

- Ce n'est pas pareil, Harry. Et puis, il n'avait pas conscience que…

- Tu te fous de moi ? Ce type te bouffait des yeux, bien sûr que Nils a compris, il n'a pas arrêté de m'en parler après. Et en quoi c'est différent, me concernant ? Pourquoi je suis différent ?

- Peut-être parce que Ron et moi sommes radicalement différents ?

- Draco, je t'en prie, tu es devenu l'homme que j'ai voulu que tu deviennes. Si tu ne me plaisais plus, que ce soit physiquement ou autres, tu sais très bien que les choses auraient fini par capoter. Arrête de dire que vous êtes différents…

- Mais c'est le cas.

- Mais je sais ce que tu caches derrière ce mot. Il t'arrive pas à la cheville. »

Pour couper court à la conversation, Harry attrapa la serviette au-dessus de lui et la lui jeta à la figure. Draco la récupéra et eut un sourire.

« Quand t'a-t-il parlé de Ron ?

- Dans l'entrée.

- C'est pour ça que t'étais aussi fermé, ce soir ?

- J'étais pas fermé.

- Si. Je te connais, Chéri. J'en parlerai la semaine prochaine avec Nils, si ça le turlupine autant.

- Merci. »

Enfin, Draco se leva pour s'essuyer. Harry changea de sujet et lui parler de Hermione et de sa nouvelle lubie : trouver un prénom original pour l'alien qu'elle se trimballait depuis plusieurs mois dans le ventre. Il parvint à lui tirer quelques rires, à force de mimiques et de petites moqueries, qui au final n'avaient rien de bien méchantes. Sauf quand elles s'adressaient à Ginny, car le nom de sa môme était vraiment très ridicule.

« Et si c'est un garçon ?

- Oula, j'en sais rien. Et je m'en fous, en plus.

- Heureusement qu'elle ne t'entend pas.

- Ouais. Mets pas cette chemise, elle est moche.

- Je te signale que c'est toi qui l'as achetée.

- Je devais être bourré à ce moment-là.

- Ou tu étais accompagné d'Alva et Frida.

- Aussi. Je t'ai dit de pas la mettre !

- Tu devrais te faire soigner, mon cœur, ton problème avec le violet empire avec les années.

- J'aime bien le violet, mais pas celui-là. »

Sans écouter ses revendications, Draco se dirigea vers le lavabo pour se brosser les dents. Harry le regarda faire d'un air grognon en se disant que cette chemise de nuit ne le mettait vraiment pas en valeur. Déjà que ce n'était pas vraiment sexy à la base, mais alors avec cette couleur… Ca ne lui allait franchement pas. Mais si son chéri était très regardant sur ses tenues quotidiennes, il ne faisait absolument pas attention à ses tenues de nuit. Et ce n'était pas un violet un ton trop clair qui allait l'empêcher de dormir, loin de là.

« Allez mon cœur, au lit. »

Draco marcha vers lui et se pencha un peu tout en lui tendant les mains. Harry les attrapa aussitôt et tira pour se redresser.

D'un coup, ils se retrouvèrent l'un devant l'autre, à nouveau. Harry était plus menu, plus frêle, et sous son regard bleu gris, il se sentit tout petit. C'était un peu comme si Draco pouvait lire en lui comme dans un livre ouvert, alors qu'en réalité, il était empli de doutes et avait sans cesse besoin d'être rassuré.

De savoir qu'à ses yeux, il restait le plus beau des hommes.

Avec tendresse, Harry se pencha pour poser sa bouche sur la sienne. Aussitôt, Draco lui répondit et l'attira contre lui, mais cette fois-ci, son étreinte fut moins ferme. Ses mains qui se posèrent ses hanches se firent rapidement plus baladeuses alors que leur baiser gagnait en intensité. Harry tenait son visage entre ses mains, ses doigts voyageant par instants dans ses cheveux blond clair. Puis, ses mains se posèrent ses épaules avant de glisser sur son torse et revenir vers son cou pour détacher les premiers boutons de sa robe de chambre.

Il le lui avait dit, que cette robe était moche.

Il n'allait pas la garder longtemps sur le dos…

OoO

Allongé tout contre lui, sa tête posée contre son épaule, Draco dormait à poings fermés. Ils avaient fait l'amour passionnément et son amant avait fini par s'effondrer sur lui de fatigue. Après une si longue abstinence, Harry aimait sentir son poids peser contre son corps. Ça le rassurait. C'était un peu comme s'il se sentait entier, avec le corps de Draco contre le sien, son souffle caressant son torse…

Le visage à peine éclairé par les rayons de la pleine lune, bien visible derrière la vitre de la fenêtre dont Harry avait omis de fermer les volets, il le trouva beau. Magnifique, même. Et ce n'était pas qu'une question d'amour, Draco était tout simplement son genre d'homme.

Le visage de Ron s'imposa soudain dans son esprit. Son visage, et son corps absolument parfait qu'il avait commencé à sculpter dès sa sortie de Poudlard, car c'était la conséquence logique de ses entraînements. Ron n'avait pas changé du jour au lendemain mais sa silhouette avait évolué et il était devenu un bel homme.

Alors, forcément, quand Harry l'avait quitté avant de s'envoyer en l'air sur un coup de tête avec Draco, Ron n'avait pas compris.

La guerre s'était terminée quelques mois avant qu'ils ne passent leurs ASPIC, que Harry et une bonne partie de sa promotion avait obtenu de justesse. En pleine reconstruction, dépressif et mal dans sa peau, Harry avait sombré dans l'anorexie et avait accepté sans vraiment réfléchir la demande de Ron, qui avait réalisé ses sentiments pour son meilleur ami lors du conflit. Cette amitié fraternelle qui existait alors entre eux lui avait paru être une autre forme d'amour.

Alors, ils étaient sortis ensemble. Ron avait été son premier, dans beaucoup de choses, et même si sa famille avait eu du mal à digérer sa rupture avec Ginny et son soudain changement de bord, Harry n'était pas devenu un pestiféré pour autant.

Après tout, il était un héros. Il méritait le respect et la compassion. Et puis Ron l'aimait et l'aidait à remonter la pente. Il lui offrait une stabilité, l'engueulait quand il allait trop loin, lui préparait à manger…

Leur histoire avait duré près d'un an et demi, et même si Ron ne l'avait jamais réalisé, Harry n'était pas heureux. Sa dépression ne faisait qu'empirer, à mesure qu'il s'habituait à ses idées noires, sa démotivation constante et ce désintérêt total pour son histoire d'amour qu'il avait pris pour une routine confortable. Ses sentiments pour Ron étaient tout, sauf de l'amour, et sa relation avec lui était purement sexuelle. Il vomissait ce qu'il lui faisait avaler, lui cachait ses sombres pensées, ses angoisses…

Sa dépression n'était qu'une passade, dont il sortait peu à peu. C'était ce que pensait Ron et ses proches, à l'époque. Tout ce qu'elle induisait, comme son manque de motivation en termes d'études, ses lubies, ses changements subits d'humeur, son dégoût manifeste pour les enfants ou encore cette incapacité à manger toute son assiette, tout cela n'était qu'une passade.

Un jour, il irait mieux.

Il fallait juste lui laisser du temps.

Fréquenter Draco, parce que Blaise sortait avec Luna et que pour le bien-être de leur amie il était nécessaire de rencontrer ce fils de mangemort régulièrement, n'avait pas été une révélation. Ils ne s'entendaient pas vraiment et ne faisaient au début que se supporter. En fait, à force de se disputer et de se rentrer dedans continuellement, Harry s'était rendu compte que son ancien pire ennemi ne le méprisait pas tant que ça, en réalité. Et, surtout, Draco lui cracha au visage tout ce mal-être qu'il essayait de cacher, aux autres et à lui-même.

Harry n'était qu'un héros névrosé qui encaissait encore les conséquences de la guerre et qui n'arrivait pas à accepter l'idée qu'il n'allait pas bien.

Le reste s'était fait plus ou moins naturellement. A un moment donné, Harry s'était fait à l'idée que ce satané blondinet lui plaisait bien, et surtout, qu'il éveillait en lui des désirs que Ron n'était jamais parvenu à provoquer. Draco n'était pas aussi musclé, baraqué, ni même aussi sexy que pouvait l'être le rouquin, et pourtant, ses sourires, ses regards à la dérobée, le ton sarcastique de sa voix, ses mains fines et son petit derrière créaient des papillons dans son estomac.

Il était honnête et voyait les choses comme elles étaient.

Il créait en lui de la colère, de l'excitation, de la souffrance, du désir.

Alors Harry en avait eu assez de se mentir et de mentir à Ron, qui méritait mieux qu'un abruti comme lui. Un jour, il l'avait quitté en essayant de lui expliquer qu'il n'éprouvait plus de sentiments pour lui et qu'il avait quelqu'un d'autres en tête. Bien sûr, Ron avait souffert et tout fait pour le garder. Et bien sûr, Draco fut vite au courant, même s'il n'essaya jamais vraiment d'en profiter.

Et puis jour, ils burent comme des trous.

Draco le ramena dans son appartement, parce que Harry logeait à l'époque dans un studio trouvé à la va-vite après sa rupture et qui le déprimait.

Et ils couchèrent ensemble.

Dans son lit, Harry eut un léger sourire en se rappelant de cette première fois approximative et plutôt brutale, mais qui avait éveillé en lui des désirs jusqu'alors inconnus. Draco n'était pas assez ivre pour zapper les grandes étapes importantes, telle que la préparation, mais suffisamment pour ne pas y être allé de main morte. Son arrière-train en avait ressenti les effets plusieurs jours… et quand il alla mieux, ils remirent ça, parce que Draco était tellement passionné et savait tellement bien le toucher là où il fallait que Harry ne pouvait décemment pas le laisser trop loin de lui trop longtemps.

Mais ce qui l'avait fait chavirer, en étant honnête, ce n'était pas la nuit en elle-même, mais les gestes qu'il y avait eu le matin même. Aucun baiser sur la bouche, parce qu'ils ne sortaient pas ensemble, et bien qu'ils se soient dévorés les lèvres une bonne partie de la nuit, Harry ne se voyait pas recommencer à la lumière crue du soleil d'hiver, et visiblement Draco non plus. Cependant, si le brun n'avait tenté aucun geste, par timidité surtout, son amant n'avait pas été aussi prude. Il l'avait embrassé sur l'épaule en se levant, caressé les hanches dans le couloir, l'avait baisé sur la joue dans la cuisine tout en préparant du café, et lui avait même effleuré les fesses à un moment.

Des gestes d'intimité que Ron n'avait plus, ou n'avait même jamais eus avec lui.

Et ces petits gestes anodins qui prenaient des proportions énormes chez lui l'avaient poussé à sans cesse se rapprocher de ce type un peu spécial qui savait voir ses défauts et ses qualités.

Sortir avec lui n'avait pas été une décision mais la suite logique des choses. Un soir, alors qu'ils étaient dans le canapé de Draco à regarder la télévision que Harry lui avait acheté, à force de squatter chez lui, le blond lui avait demandé si un jour il le présenterait à ses amis. Il ne supportait plus de voir Ron lui tourner autour. Cette question l'avait touché, car à l'époque, Harry ne savait pas vraiment à quoi s'en tenir avec Draco.

Pourtant, ils se voyaient régulièrement, que ce soit dehors ou bien chez le blond. Ils dormaient souvent ensemble, aussi, et ne se sautaient pas dessus à chaque fois que Harry allait chez lui. Une intimité s'était crée entre eux. Une complicité, aussi.

Et Harry mangeait.

Avec Draco, il avait eu à nouveau envie de manger.

Son combat contre l'anorexie ne s'était pas réglé en quelques semaines, mais le mal qu'il s'infligeait parce qu'il ne savait pas vraiment comment gérer tout ce qui se passait dans sa tête, il s'amenuisa au fil des jours.

Parce qu'il arrivait à parler.

A être faible, devant quelqu'un d'autre.

A pleurer, aussi.

A présent, Harry avait trente-cinq ans, et il savait qu'il n'était pas tout à fait guéri. L'anorexie était loin derrière lui et il n'en souffrait plus du tout, car quand Draco n'était plus là pour le soutenir, ses enfants comblait son absence. Cependant, ses angoisses, sa dépression, ses idées noires, il n'était jamais parvenu à les effacer de son esprit, et sans doute n'y arriverait-il jamais.

Mais Draco était là. Il savait le regarder, l'écouter, le réconforter. Il savait lutter contre ses mauvaises ondes et voir en lui ce qui était faux et ce qui était vrai.

Il le connaissait, et le comprenait d'un simple regard.

C'était sans doute pour cela que Harry était tombé follement amoureux de lui.

De cet homme qui dormait à ses côtés depuis quinze ans.

Un homme qui avait changé, parce qu'il ne pouvait pas rester éternellement un jeu adulte fringuant et plein de rêves, qui avait un peu grossi, à force de mal se nourrir en déplacement, d'enchaîner les repas d'affaires, qui s'était adouci, aussi, parce qu'il ne pouvait pas rester un petit enfoiré toute sa vie…

Un homme qui était devenu ce que Harry avait désiré qu'il devienne.

Un homme incroyablement beau, gentil, attentionné, et aimant. Un homme qui le faisait rêver chaque jour, qui éveillait en lui autant de désir qu'au premier jour, et pour qui il aurait tout donné.

Son homme à lui.

Son âme-sœur.

OoO

Quand Harry se réveilla, il n'y avait personne dans le lit. La chambre était baignée de lumière et la place à côté de lui désespérément vide. Plutôt que de s'en formaliser, le brun s'étira sur le matelas et sentit un sourire naître sur ses lèvres. Il se sentait bien et ne regrettait même pas le fait que son compagnon ne l'ait pas attendu.

Après quelques minutes passées à somnoler, Harry se décida enfin à se lever. Il alla dans la salle de bain prendre une bonne douche puis rejoignit tranquillement la cuisine. Les enfants étaient déjà levés, et quand Harry entra dans la pièce, il eut le plaisir de voir ses trois monstres assis à table, en pyjama, avec leur père aux fourneaux. Il leur avait préparé du pain perdu avec les restes de la veille ainsi que du chocolat chaud et du jus de fruit avec ce qui trainait dans la panière. Et autant le dire, les enfants se régalaient.

« Bonjour P'pa !

- Salut les monstres.

- Harry…

- T'as vu P'pa ? Papa a fait du pain perdu !

- Et du jus de fruits !

- Mais quel père formidable vous avez, dites-moi… »

En prononçant ses mots, Harry s'était avancé vers Draco qui lui jeta un regard faussement agacé qui s'effaça rapidement quand le brun l'embrassa tendrement sur la bouche, tout en caressant légèrement sa joue. Par Merlin, qu'est-ce qu'il adorait quand Draco se levait avant lui pour préparer le petit-déjeuner, sans se contenter de sortir du lait et le premier paquet de céréales lui tombant sous la main…

« Un thé ? Un café ?

- Un thé, s'il te plait. Tu me fais du pain perdu ? »

Après un dernier baiser bien appuyé en guise de « s'il te plait », Harry s'assit à table et se fit servir. C'était bien le seul moment où Draco acceptait de lui servir quelque chose, car autant il était balèze en petit-déjeuner, à force d'en préparer pour son petit-ami puis époux, autant il était incapable de servir un repas décent. Et Hermione avait beau dire que mettre des fruits dans une centrifugeuse n'était pas grand-chose, pas plus que mélanger des œufs, du lait et du sucre pour y plonger du pain, Harry adorait voir son compagnon aussi attentionné et investi dans sa tâche. D'autant plus que c'était devenu un moment convivial, familial.

Hermione était juste jalouse de ne pas avoir un époux comme le sien, se disait Harry. Charlie était aussi nul en cuisine que Draco et ne semblait pas encore prêt à s'investir dans le ménage, malgré les obligations professionnelles de son épouse. Donc les samedis ou dimanches matin où il s'occupait du petit-déjeuner, non, elle ne connaissait pas.

De toute façon, Harry avait le meilleur mari du monde et il le savait.

« Alors, c'est quoi le programme de ce week-end ?

- On va pas chez Tatie Molly ?

- Ah, c'est vrai…

- Cache ta joie, Chéri, elle fait tellement plaisir à voir ! »

Draco eut un sourire en coin et lui adressa un clin d'œil complice. Nils ricana puis enchaîna, les jumelles les regardant sans trop comprendre.

« On déjeune chez elle, c'est ça ?

- C'est l'anniversaire de Charlie, on peut pas y couper.

- Ah oui, c'est vrai…

- J'adore comment tu débarques, Dray…

- Je retiens vos dates de naissance, c'est déjà pas mal, non ?

- Et demain midi, on va chez tes parents.

- Ah. Ils t'ont parlé de…

- Ouais.

- Et ?

- J'ai pas envie d'y aller.

- Alors on n'y va pas. »

Le lendemain, le déjeuner risquerait d'être tendu. Lucius allait encore faire la gueule parce que son fils refusait de se plier aux règles de la bonne société. C'était même étonnant qu'il croit encore à son âge que Draco lui obéirait un jour. L'espoir faisait vivre, comme disaient certains.

Mais depuis que Draco avait quitté le Manoir, ses relations s'étaient faites de plus en plus tendues avec ses parents. Il ne voulait pas suivre la voie qu'ils lui avaient tracée et désirait au contraire exister pour lui-même. Durant quelques années, il avait vécu quelques années avec l'argent de ses parents, mais quand il s'était mis en couple avec Harry et que ce dernier s'était installé chez lui, quelques mois à peine après leur première fois, les choses avaient empiré.

Ce n'était pas que Harry ne s'entendait pas avec ses beaux-parents. C'était surtout qu'il refusait de vivre avec un homme dépendant de sa famille et de leurs biens. Le fait que Draco veuille s'en sortir seul l'avait séduit et Harry l'avait toujours soutenu dans toutes ses initiatives, et souvent contre ses parents. Aussi, et surtout, Harry n'était absolument pas le genre d'homme dont ses beaux-parents auraient rêvé pour leur fils unique. Pour eux, le jeune homme tirait Draco vers le bas et ne le rendrait jamais heureux.

Parce que Harry était dépressif, têtu, et parfois colérique.

Parce qu'il soutenait Draco aveuglément et qu'il leur refusait la vie aisée qu'ils méritaient.

Et aussi…

Parce que Harry n'aimait pas les enfants.

« Ton père va encore faire la tronche. Tu sais que Narcissa est passée hier pour me parler de ce foutu mariage ?

- Harry, ton langage, s'il te plait. Et c'est pas grave, de toute façon j'ai pas le temps de me rendre à ce mariage, j'ai trop de travail. »

La vérité, c'était qu'il préférait privilégier ce genre de moments en famille plutôt que des cérémonies et célébrations trop longues et épuisantes. Mais Harry savait aussi que ses beaux-parents espéraient qu'ils ne quittent pas le pays et que remplir les obligations de la famille Malfoy permettrait à Draco de se faire de nouvelles relations et de se fixer définitivement en Grande-Bretagne.

Ce qui n'était pas vraiment dans ses projets.

Encore une semaine à attendre avant de savoir si oui ou non ils quitteraient le pays. Elle serait bien longue à attendre, autant pour Draco que pour Harry.

OoO

Wyatt hurlait. On aurait dit un petit porcelet sur le point de se faire égorger. Il était écarlate, la bouche grande ouverte, et beuglait à n'en plus finir. Cela dit, Harry préféra éviter de prononcer à haute voix cette comparaison, sinon il se serait fait arracher les yeux par sa meilleure amie. Même s'il avait raison, et il le savait.

Il n'y avait décidément rien de pire que les enfants qui pleurait, et pour son plus grand malheur, les jeunes enfants ne semblaient capables de s'exprimer que par les larmes. Ou bien les cris, les caprices, les gémissements, les gazouillements… Oui, même ça, ça le faisait chier. Tous ces petits bruits mignons qui faisaient fondre la quasi-totalité des femmes présentes dans cette pièces, son époux y compris, parce qu'il était pire qu'une gonzesse dans ces moments-là, Harry les trouvait insupportables.

Quand lui et Ron étaient ensemble, le rouquin était persuadé que la peur de l'avenir et cette remise en question qu'il avait eue pendant la guerre avait chamboulé ses précédentes envies de paternité. Quand ils étaient adolescents, ils parlaient souvent de la famille de Ron et Harry voulait à l'époque avoir des enfants, pour combler, en quelque sorte, les vides affectifs dont il souffrait bien malgré lui. Mais après la guerre, Harry avait radicalement changé, mais personne ne s'était vraiment soucié du changement radical qui s'était opéré chez lui, concernant les enfants.

Après tout, il n'allait pas bien, c'était normal, et il était inenvisageable de toute façon qu'il puisse vivre sans connaître les joies de la paternité.

La seule personne qui avait compris que ce n'était pas une lubie, que cette espèce d'instinct paternel qu'il était censé posséder n'existait pas chez lui… c'était Draco.

Harry n'aimait pas les enfants.

C'était un fait contre lequel il était difficile de lutter.

Les enfants le mettaient mal à l'aise, l'agaçaient, l'énervaient même parfois. Il lui arrivait de se mettre en colère quand un bébé hurlait, à l'époque où il était instable et que Draco n'était pas là pour le remettre dans le droit chemin, et souvent, il s'en allait quand un bébé pleurait. C'était comme ça, et si les autres le trouvaient con ou intolérant, voire même puérile, Draco, lui, avait compris qu'il n'était pas fait pour avoir des enfants.

Ça l'exaspérait.

Ce n'était pas pour lui.

Certes, il y avait Teddy. Il avait deux ans quand Harry l'adopta suite au décès de sa grand-mère, mais il avait un lien particulier avec cet enfant dont il s'était toujours senti responsable. Le jeune homme adorait cet enfant et n'envisageait pas sa vie sans lui, à l'époque où il avait dû faire un choix : la liberté ou la paternité.

En voyant Wyatt hurler à la mort, Harry se rappela des pleurs de Teddy qu'il parvenait à tolérer à l'époque alors qu'il ne supportait pas ceux de Victoire. Il se souvenait de la réaction de ses amis qui pesaient le pour et le contre, de Ron qui lui déconseillait fortement d'adopter cet enfant et de Hermione qui ne voulait pas que cet orphelin se retrouve en famille d'accueil.

Et il se souvenait aussi de Draco, qui refusait de débattre avec lui sur la question. Il acceptait que Harry lui en parle, si ça lui faisait du bien, mais il ne voulait pas l'aider dans son choix. C'était à lui de décider de son avenir, surtout que cet enfant, il en aurait la responsabilité toute sa vie. Ce choix ne concernait que lui, et quelle que soit sa décision, son petit ami était prêt à la soutenir.

Ce fut à partir de ce moment-là que Harry commença à saisir que Draco le comprenait mieux qu'il ne l'aurait imaginé.

« Allez bébé, calme-toi, c'est fini…

- Bah alors mon grand, qu'est-ce qu'il t'arrive ? Les grands garçons, ça pleure pas comme ça ! »

Bah voyons. Parce que les filles, c'avait le droit de pleurer comme des perdues pendant des heures, mais les garçons non ? Si c'était pour sortir des conneries pareilles, Ron pouvait tout aussi bien se taire.

« Alva et Frida l'ont poussé dans le coffre à jouets et elles l'ont fermé.

- Nan, t'es sérieuse ?!

- Souris pas comme ça Harry, c'est pas marrant ! Il a eu peur !

- C'est des monstres, tes gamines…

- Elles sont géniales !

- Elles ont enfermé mon fils dans un coffre ! Arrête de rire !

- Draco le sait ?

- C'est lui qui l'a trouvé dans le coffre, elles sont allées le chercher pour lui montrer leur blague…

- Et comment il a réagi ?

- Il s'est marré. Ton mari est un monstre, autant que toi ! »

Harry éclata de rire : il imaginait très bien son compagnon ouvrir le coffre et contenir son éclat de rire, sous peine de subir les foudres de celle qu'il considérait comme sa belle-sœur. A côté de lui, Ron dit que ces deux chipies auraient bien mérité une punition. Ce n'était pas faux, mais Hermione n'avait visiblement pas jugé utile de le faire, même si elle avait dû leur remonter les bretelles. Et puis ce n'était pas comme si elles étaient du genre à martyriser le petit garçon de trois ans, elles jouaient souvent avec lui et le défendait bec et ongles face à ses cousins.

« Les chiens ne font pas des chats, ma chère.

- Ah ça, c'est certain. Nils n'est pas mieux, même s'il a mûri.

- Nils est un amour, à côté des trois autres.

- C'est pas faux. Il a le meilleur de vous deux, alors que tes jumelles ont le pire.

- Ah bah merci ! »

Nils, c'était leur petit prince. C'était l'enfant dont Draco avait rêvé des années durant et qu'il s'était résolu à ne jamais avoir.

C'était comme un cadeau tombé du ciel.

« Heureusement que vous vous êtes arrêtés là, quand même…

- Je veux même pas imaginer si on en avait un ou deux de plus, j'aurais fini dépressif !

- Ils t'en font déjà beaucoup baver, surtout que tu les élèves seul. »

Harry ne fit pas attention à cette remarque un peu mesquine de Ron. Cependant, il chercha Draco des yeux. Alors que le brun était assis avec sa clope entre les doigts, son conjoint était débout à l'autre bout de la pièce en train de discuter avec Percy, Fleur et un ami de Charlie. Une bouffée de fierté et d'amour lui réchauffa le cœur en voyant son époux si beau dans sa robe de sorcier bleu foncé qui lui allait bien, ses cheveux blonds ramenés en arrière, dégageant son si joli visage.

Il portait une robe similaire, le jour où il l'avait demandé en mariage. Cela faisait deux ans et demi qu'ils sortaient ensemble, à peu près, et trois mois après avoir adopté Teddy, Draco lui avait demandé de vivre avec lui, dans un appartement qu'ils auraient choisi tous les deux. A partir de ce moment-là, ils formèrent un vrai ménage, une famille, et quand son copain lui demanda de l'épouser, parce qu'il l'aimait de tout son cœur, Harry avait accepté sans trop réfléchir.

Le mariage ne représentait pas grand-chose pour lui, il n'avait pas besoin de ça pour aimer Draco et avoir confiance lui. Loin de là.

Mais le mariage, en réalité… Draco s'en fichait.

S'il l'avait demandé en mariage, ce n'était pas pour sceller leur amour, pour qu'ils portent le même nom ou tout simplement pour lui passer la bague au doigt et le lier à lui.

Un mois avant la cérémonie, qui avait mis leurs familles respectives dans tous leurs émois, Draco s'était montré curieusement nerveux. Ron, ses parents et quelques-uns de leurs amis leur menaient une vie impossible, mais jusque là, le blond avait ignoré les jérémiades de l'ex de son futur mari. Au début, Harry n'y avait pas vraiment fait attention, puis il s'était posé quelques questions, sans pour autant les expliciter. Par peur.

Parce que même si Harry n'y croyait pas vraiment, au mariage, il ne voulait pas que son union avec l'homme de sa vie ne vole en éclat à cause d'une stupide dispute.

Et puis, un jour, trois semaines avant le mariage, Draco s'était isolé avec lui dans la cuisine, alors que Teddy dormait et qu'ils se préparaient un dîner tardif. Harry se rappelait encore de ses paroles, qui l'avaient marqué à jamais.

« Tu sais, Harry… Si je t'ai demandé en mariage, ce n'est pas seulement parce que je t'aime et que je veux qu'on passe notre vie ensemble. On n'a pas besoin de se marier, pour ça, et j'ai pas assez d'argent pour m'embêter avec un héritage à léguer. Je veux juste… Juste fonder une famille. Je sais, Harry, je sais que tu veux pas d'enfants, et je sais qu'on n'en aura jamais. C'est pour ça que… que j'aimerais adopter Teddy. »

Les coins de ses lèvres tiraient légèrement vers le bas et ses yeux lui renvoyaient tant d'émotions, entre la tristesse et la peur… Harry s'en souvenait encore. Il se rappelait aussi des battements effrénés de son cœur quand il avait entendu ces mots.

Il voulait adopter Teddy.

Parce qu'ils n'auraient jamais d'enfants.

Draco avait beaucoup parlé, ce soir-là, bien plus que lui. Il était hésitant, mais bien décidé à lui parler de ce qui le taraudait depuis plusieurs mois. Il s'était déjà fait à l'idée qu'ils n'auraient jamais d'enfants, car à l'époque, Harry détestait ça. Il avait des réactions extrêmes en présence de bébés et n'arrivait pas à nouer la moindre complicité avec de tous jeunes enfants. C'était pas son truc, ça ne se décrivait pas, et même si pour les autres l'idée que Harry n'aurait jamais d'enfants était inconcevable, Draco avait accepté la chose.

Parce qu'il le connaissait trop bien.

Parce qu'il connaissait toutes ces souffrances qu'il essayait de soigner, toutes ces peurs en l'avenir contre lesquelles il luttait chaque jour…

Harry faisait partie de ces gens qui ne s'envisageaient pas avec une famille. Il était papa par la force des choses, mais agrandir leur foyer n'était absolument pas à l'ordre du jour, et à l'époque, seul Draco l'avait compris. Et il était le seul à s'être fait à l'idée qu'il ne serait jamais papa à son tour.

Alors il voulait que Teddy devienne son fils, même si ses parents ne le lui pardonneraient jamais. Il voulait se dire que cet enfant était le sien, il voulait l'entendre l'appeler « Papa », comme le petit garçon le faisait parfois, pour tester. Il voulait une famille, comme il en avait toujours rêvé, même si elle ne se composait que d'un seul enfant, qui n'avait même pas de lien de sang avec lui.

Bien sûr, Draco ne l'avait pas forcé à accepter et lui avait laissé un peu de temps, même si au final, Harry avait dû rapidement se décider : l'adoption serait plus compliquée si elle ne se faisait pas le jour de leur mariage. Et quelques jours après la demande, Harry avait accepté.

Pour que Teddy ait deux papas.

Pour que Draco ne soit pas privé de son plus grand rêve : être père.

De plus, Harry savait à l'époque qu'il n'était pas fait pour ça, il adorait Teddy mais n'avait pas cet instinct paternel que Draco possédait. Il avait acquis une certaine confiance en lui parce qu'ils avaient été deux à l'élever, à le chérir, à relativiser les difficultés et à aller de l'avant. Harry avait appris son rôle grâce à la présence rassurant de Draco, qui ne savait pas mieux que lui mais qui se montrait toujours plus patient et moins paniqué à la moindre erreur.

L'adoption avait rendu Draco encore plus amoureux de Teddy et leur couple avait trouvé un nouveau souffle.

Cependant, ils avaient été critiqués, surtout à cause de cette adoption. Les parents de Draco l'avaient très mal vécue car ils savaient ce qu'elle signifiait, et dans le fond, ils étaient les seules personnes dont Harry acceptait pleinement les critiques, car à ses yeux, elles étaient plus que justifiées. Mais pour les autres, c'était plus compliqué, car ils ne comprenaient pas.

Ils ne comprenaient pas que Harry ne voulait pas d'enfants, qu'il n'était pas fait pour être père et que l'épouser privait Draco d'une descendance. Et ils ne comprenaient pas non plus que Draco s'était fait une raison mais qu'il l'aimait beaucoup trop pour renoncer à lui, que le quitter pour fonder une famille avec un autre ne le rendrait jamais aussi heureux qu'il l'était alors.

En réalité, il fallut que Harry leur en parle pour que les critiques cessent. Jusque là, Draco ne voulait pas de ce genre de conversations, car à ses yeux, cela ne regardait qu'eux et il n'avait pas à se justifier. Cependant, l'attitude de Ron bouffait Harry. Il se résolut donc à aller contre son avis et rassembler ses proches pour mettre les choses au clair. Et quand il prononça les mots : « Si Draco a voulu adopter Teddy parce qu'il sait que nous n'aurons jamais d'enfants » ; le choc fut douloureux. Le regard que lui avait lancé Hermione et Molly, surtout, lui avait un mal de chien.

Il ne voulait pas d'enfants.

Il privait Draco d'une descendance.

Le seul cadeau qu'il pouvait lui faire, c'était l'adoption de Teddy qui deviendrait officiellement son fils, et son avenir.

La voix un peu forte de Hermione le tira de ses pensées. Elle était en train de se chamailler avec Ron, chose qui arrivait assez souvent en réalité. Elle avait eu du mal à encaisser que son premier amour choisisse son meilleur ami, et quand elle avait commencé à fréquenter Charlie, Ron avait pris cela pour une trahison. Un peu comme si Hermione pouvait se taper tous les hommes du monde, mais pas ses frères. Et ce bonheur qu'elle avait affiché durant leurs premières années de couple, lors de leur mariage ou à la naissance de leur premier enfant, dans le fond, Ron l'avait toujours jalousé.

Car lui n'avait jamais réussi à établir une relation stable avec qui que ce soit, et qu'en quinze ans, c'était comme s'il avait stagné à l'état de jeune adulte en manque de repères affectifs et qui se cherche encore. Alors que ses amis s'étaient mariés avant de devenir parents.

« Enfin tu sais Ron, quand on compare avec les petits de Luna et Blaise, franchement, Harry n'est pas si mal loti.

- Ils ne sont pas aussi turbulents !

- Bien sûr que si, Jason est aussi casse-bonbon que Frida et Alva ! Sauf que Harry a deux filles et Luna un seul garçon. Serenity est beaucoup plus douce.

- Cette petite est un ange. J'aurais bien aimé en pondre une comme ça, j'aurais eu moins de soucis.

- Mais tu te serais ennuyé.

- Possible. »

Nils n'aurait jamais dû voir le jour. Ils s'étaient mariés, vivant dans le même appartement depuis quelques années et enveloppait Teddy de tout leur amour et leur affection. Le monde s'était fait à l'idée que leur vie serait ainsi et même ses beaux-parents avait fini par accepter la situation, même si elle était douloureuse pour eux. Lucius s'accaparait Teddy quand ils avaient le malheur de passer chez eux, au point qu'il en venait à se disputer avec la si calme Narcissa qui n'avait pas le temps de le pomponner. A côté de ça, Harry et Draco essayaient de s'occuper en buvant du thé.

Quelques mois après leur union, pourtant, Harry avait pris sa décision. Il savait qu'il faisait une grosse connerie, qu'ils devaient y réfléchir, en parler ensemble, et que se rendre à Ste Mangouste seul n'était absolument pas une bonne idée. Mais Harry était un homme impulsif, et un après-midi, alors que Teddy était gardé par ses grands-parents, le jeune homme s'était rendu à l'hôpital avec son certificat de mariage et avait demandé une potion « male-pregnant ». Puis, il était rentré et avait caché tout ça dans le grenier. Draco n'aurait jamais l'idée d'y monter, pour une raison ou une autre, car c'était rempli d'araignées et il détestait ça.

Le premier traitement durait un mois et Harry s'y était tenu sans jamais faire d'écarts, même si à plusieurs reprises, il avait hésité à poursuivre. Il ne s'était sans doute jamais autant posé de questions sur son avenir, sur Draco, sur leur couple et leurs emplois respectifs. A la suite d'une dispute, il avait même pensé à le quitter, parce que Draco avait un caractère de merde, qu'il pouvait être imbuvable et que, dans le fond, il n'était pas le père de Teddy et ne le serait jamais. Et puis, une fois la colère passée, Harry se reprenait en admettant qu'il pouvait être aussi mauvais que son compagnon et que Draco aimait plus Teddy qu'aucun autre homme sur Terre n'aurait pu l'aimer.

La potion modifia ses organes internes, et au bout d'un mois, Harry fut fécondable. Il avait mal au ventre depuis plusieurs jours, sentant des changements s'opérer en lui, et quand il attira Draco pour une partie de jambes en l'air, vite et bien, sans chichis, il se demanda à nouveau s'il n'était pas en train de faire une putain de connerie.

Surtout quand il sentit son ventre s'arrondir, petit à petit.

Au début, ce n'était rien. Juste un surplus dû à son alimentation peu équilibrée qui commença à lui jouer des tours. Le médicomage l'avait averti qu'il devait bien s'alimenter et qu'une grossesse masculine exigeait une grande attention et, surtout, une grande écoute de ses envies. Ainsi, Harry eut très vite besoin de manger, à cause de la nouvelle potion qu'il prenait quotidiennement, de ses organes transformés et du petit être qui grandissait pénard en lui. Et puis, au fil des semaines, Harry vit ce surplus se transformer dans le miroir en petit bedon. Le genre de bedon qu'il n'avait jamais eu de sa vie et qui ne ferait qu'empirer au fil des mois. Et étrangement, se voir avec cette nouvelle rondeur le remplit d'émotions et de fierté.

Il ne savait pas ce qu'il ressentait pour cet enfant. Il ne savait pas s'il l'aimait ou s'il le détestait. Ou s'il lui était indifférent. En fait, il avait peur. Mais ce dont il était sûr, c'était qu'il était fier de porter la vie, lui qui avait causé la mort sans cesse depuis sa naissance.

Personne n'était au courant et personne n'avait remarqué quoi que ce soit. A part Draco, bien sûr, qui avait cependant suffisamment de tact et de savoir-vivre pour ne pas lui faire remarquer ses nouvelles rondeurs. Harry avait grossi et jamais son compagnon ne lui en fit la remarque, même si sa manière de le toucher et parfois de le regarder dévoilait le fond de sa pensée. Sans doute aurait-il appris la nouvelle un peu plus tôt qu'il avait osé en parler. Il fallut une dispute pour que le sujet vienne sur le tapis.

Et bien sûr, ça concernait Ron, avec sa jalousie, ses critiques, ses remarques perfides et tout ce qui allait avec. Draco était jaloux de cette complicité qui existait encore entre Harry et son ex, et en réalité, les choses avaient toujours été un peu compliquées avec le rouquin. Une engueulade sévère les avait poussé à bout, et blessé que son mari doute encore de ses sentiments, Harry lui avait demandé s'il n'avait rien remarqué. Bien sûr, Draco s'était trouvé coincé, il lui fallut plusieurs minutes pour qu'il avoue enfin, à demi-mots, qu'il avait remarqué les rondeurs de Harry.

Mais Draco les avait mal interprétées. Harry était alors tellement déconnecté de la réalité qu'il ne s'était pas imaginé un seul instant que Draco avait imaginé que son anorexie s'était transformée en boulimie, qui le poussait à manger comme quatre. Avec son nouveau travail, Draco n'avait pas su gérer la situation, d'autant plus que Harry s'était fermé et refusait d'en parler. Le brun ne s'était rendu compte de rien, tant il se prenait la tête avec cette bêtise qui grossissait dans son ventre à vue d'œil.

Le cœur battant à la chamade, Harry lui avait dit qu'il n'était pas boulimique, et que s'il mangeait autant, c'était pour une tout autre raison. Perplexe, Draco lui demanda s'il avait des angoisses, s'il complexait sur son physique, ou s'il avait la stupide idée de tester son amour, comme l'avait récemment fait le petit copain de Dean. Harry s'était contenté de secouer la tête à chaque question, regardant les traits de son visage se tendre et ses yeux se faire de plus en plus hésitants, tout comme sa voix qui fut vite à court d'idées.

Il comprit que l'idée d'une potentielle grossesse cachée l'avait effleuré quand il vit ses sourcils se froncer et ses dents pincer sa lèvre inférieure. Puis, il vit ses yeux briller, devenir un peu humides, et sa main cacha sa bouche. « T'as pas pu faire ça, » qu'il lui avait dit, la voix un peu tremblante. Harry avait alors hoché la tête.

Et Draco avait fondu en larmes.

C'était bien la première fois qu'il le voyait pleurer comme ça. Comme un enfant, qui le regardait avec des yeux rougis et sa main cachant sa bouche grimaçante.

A ce moment-là, Harry s'était dit qu'il ne regretterait jamais son geste. Parce que cette émotion qui avait bouleversé l'homme qu'il aimait, sa joie quand il avait enfin encaissé la nouvelle, ses bras qui l'avaient soulevé et fait valser dans la cuisine, ses baisers, ses larmes, son sourire, sa main sur son ventre…

Il avait bien fait.

Le chemin serait long et compliqué.

Mais il avait bien fait.

Si les autres y arrivaient, pourquoi pas lui ?

Pourquoi pas eux… Se dit Harry en voyant Draco se rapprocher de la table d'un pas tranquille, élégant. Plus tard, Nils lui ressemblerait beaucoup. Il avait tout pris de son père, et en même temps, il avait été tellement chéri, tellement chouchouté… Si Harry n'avait pas été là pour contrebalancer, Nils aurait été un enfant capricieux et insupportable.

Et alors que Draco s'avançait vers lui, Harry ne put s'empêcher de repenser à son père, Lucius, à qui il ressemblait tant, à toutes ces critiques que son beau-père avait pu lui faire dans le dos de son fils, parce que Narcissa aimait trop Draco pour les lui faire… Toutes ces fois où il lui avait dit qu'il ne savait pas s'y prendre, qu'il n'était pas patient ni même très attentionné, qu'il n'aimait pas Nils autant qu'il le devrait, que s'il avait fait un enfant pour garder Draco, sans l'avoir vraiment désiré, c'était l'idée la plus stupide qu'il avait eu de toute sa vie…

Parce qu'ils aimaient leur fils, leur petit-fils par adoption et enfin leur véritable descendant, Lucius et Narcissa avaient essayé de le détruire. Lui si fragile, si plein de doutes, en pleine découverte de nouveaux repères, Harry avait senti son monde s'effondrer petit à petit, à mesure qu'il accumulait les erreurs avec Nils et qu'il les cachait à son compagnon. Cette dépression qu'il était parvenu temporairement à fuir le rattrapa et il finit par se renfermer sur lui-même, sur Teddy, sur Nils… Sur ces enfants qu'il essayait d'aimer de toutes ses forces, en vain…

Oui, ils arrivèrent à lui faire croire qu'il n'aimait pas ses enfants. Surtout Nils.

Et Harry finit par s'en persuader.

Et Draco ne se rendit compte de rien.

Jusqu'au jour où Nils, qui savait se carapater sur ses petites jambes et ses petits bras, disparut, et que Harry ne parvint plus à mettre la main dessus. Ce fut un moment douloureux où il perdit le contrôle de lui-même, devenant hystérique dans les bras de Draco qui essayait de le calmer par tous les moyens. Le blond manqua de devenir fou quand ses parents débarquèrent et que les remontrances plurent sur Harry qui s'effondra dans ses bras. Il faillit même lever la main sur sa mère quand elle refusa de quitter la maison tant que l'enfant n'aurait pas été retrouvé.

En réalité, Nils s'était caché dans le grenier où Teddy l'avait emmené, un jour. Ils avaient fouillé un vieux coffre dans lequel se trouvait des vieux jouets de la maman de Teddy avec lesquels il ne jouait plus et Nils avait craqué pour une peluche, et quand Harry les avait récupérés, pleins de poussière, il lui avait promis qu'ils reviendraient plus tard la chercher. Et puis, il avait oublié, alors Nils était allé la chercher, tout seul.

En découvrant sa disparition, Harry avait retourné la maison, sans réussir à mettre la main sur son petit garçon, et quand Draco était rentré, il l'avait trouvé dans un état de nerfs encore inédit. Et quand il avait cherché à savoir où était Teddy, il l'avait découvert prostré dans un coin du salon, en train de pleurer parce que son petit frère avait disparu. Gérer Harry et tout ce qui se bousculait en lui depuis des mois fut difficile, d'autant plus que Nils était introuvable, mais avant de sombrer dans la panique, le blond dut calmer un peu son mari.

Ensuite seulement ils reprirent leurs recherches, à deux, avec Teddy dans les bras. Ils retournèrent ensemble dans le grenier et Draco ouvrit tous les coffres, ce que Harry avait déjà fait méthodiquement, des fois qu'il soit tombé dans l'un d'eux. Cette fois-ci, Nils réagit en entendant la voix de ses parents et sortit de derrière un vieux meuble derrière lequel il s'était caché pour jouer avec sa peluche. En le découvrant, Harry avait crié avant de l'attraper dans ses bras et le serrer fort contre son cœur, embrassant ses cheveux, le palpant pour vérifier qu'il n'avait rien, et le berçant dans ses bras, sans cesse, sans cesse…

Nils demeura dans ses bras jusqu'à son coucher, et plutôt qu'essayer de le lui prendre, Draco le laissa faire. Il prépara le repas et s'occupa de Teddy, quand ce dernier n'était pas blotti contre Harry. A l'époque, le petit garçon avait sept ans, alors Draco put avoir une conversation avec lui et il apprit tout ce que ses parents faisaient subir à Harry quasiment depuis la naissance de leur premier fils. Il lutta pour ne pas quitter la maison et régler ses comptes, s'accrochant à l'idée que son époux n'allait pas bien et qu'il ne devait pas le laisser seul.

Dans la soirée, quand les enfants furent au lit, ils s'installèrent dans le salon et parlèrent une bonne partie de la nuit. Harry vida son sac, fragile et misérable, lui racontant toutes les inepties que ses beaux-parents lui avaient mis en tête au fil des mois. Quand ils se couchèrent, la seule chose que Draco parvint à lui faire accepter, c'était que s'il aimait si peu Nils, il n'aurait pas été un tel état en découvrant sa disparition, et il ne s'y serait pas accroché toute la soirée.

« Tes filles ont encore fait des leurs.

- Quand elles font des conneries, c'est tes filles, pas les miennes.

- Le côté casse-cou vient de ton côté, pas du mien, mon chéri.

- Qu'est-ce qu'elles ont fait encore ? Quel autre enfant ont-elles martyrisé ? Et ne souris pas, Draco, mon Wyatt est traumatisé à vie !

- J'en doute pas, mais à mon avis, la petite Roxanne sera plus traumatisée encore.

- Comment ça ?

- Ils jouaient à cache-cache, et comme elle les enquiquinait à vouloir rester avec elle, elles ont pris un escabeau et l'ont fait monter dans la penderie de ta belle-mère, tout en haut, là où elle range ses pulls.

- T'es pas sérieux ?

- Si. Et elles ont fermé l'armoire à clé. »

Harry lutta de toutes ses forces pour ne pas céder à l'hilarité, mais ses efforts s'effondrèrent quand Hermione explosa de rire. A côté de lui, Ron eut un sourire amusé, pour la forme, alors que Draco s'asseyait en face d'eux, clairement amusé par la situation, même s'il avait dû essayer de calmer une Angelina furieuse juste avant. Enfin, son chéri savait se montrer diplomate. Heureusement, d'ailleurs.

L'air de rien, Draco relança la conversation sur le futur bébé de Hermione et Charlie. Son amie était intarissable sur ce sujet, Harry en avait fait l'amère expérience, mais c'était toujours plus marrant quand c'était Draco qui en parlait. Il avait des avis très arrêtés sur certaines choses, mais pouvait se montrer bien trop laxiste sur d'autres, ce qui était assez amusant à entendre quand on voyait le caractère de leurs marmots. Mais le fait est que leurs gamins n'étaient pas mal élevés, comme se plaisait à le dire son cher et tendre : ils étaient juste canailles et plein de vie.

Bah bien sûr, se disait Harry dans ces moments-là.

Mais le fait est que leurs enfants avaient grandi avec une grande liberté, bien loin du manoir Malfoy et de ses règles strictes.

Après ce douloureux évènement où Draco avait enfin saisi ce qui se passait dans sa maison, le jeune homme avait choisi une solution radicale. A l'époque, il voyageait déjà de temps en temps à cause de son travail et il gagnait très bien sa vie. Plutôt que de rester sur place, Draco avait accepté une proposition qu'on lui avait faite quelques jours auparavant et un mois plus tard, ils déménageaient en Suède.

C'était précipité. Personne n'avait compris, mis à part ses parents, et aux yeux de tous, Draco était passé pour un putain d'égoïste qui ne pensait qu'à sa carrière et qui se fichait complètement de sa famille. Harry aurait voulu le défendre, mais il n'en avait alors plus la force. Il était fatigué, malade, et voulait juste que tout s'arrête : les critiques, les regards, les sous-entendus… Ils avaient parlé de cette promotion, ils se laissaient jusqu'à la fin du mois pour y répondre, et quand Draco rentra le lendemain en lui annonçant la nouvelle, Harry avait été empli d'un mélange d'angoisse et de soulagement.

C'était comme un nouveau départ.

Ils allaient emménager à Stockholm, le soigner, et tout irait beaucoup mieux. Il n'y aurait plus Lucius et Narcissa pour lui pourrir l'existence, ni ses amis qui empoisonnaient parfois leurs rapports ou bien remettaient en cause son rôle de père, car cet enfant n'avait pas été vraiment désiré par lui et qu'il n'était pas fait pour l'élever.

Ce qui aurait pu être une énorme erreur fut une véritable libération. Il fallut plusieurs mois pour que Draco redresse la barre et fasse comprendre à Harry qu'il se trompait. Oui, il avait du mal avec les enfants, oui, ce n'était pas simple tous les jours, et oui, il faisait des erreurs. Comme tout jeune papa. Il n'était pas différent de tous les autres, il était aussi maladroit, aussi hésitant et aussi gauche que tous les pères qui accueillaient leur premier nourrisson. Jamais Teddy ni Nils n'avaient été en danger, jamais ils n'avaient manqué de quoi que ce soit, et les petits accidents de parcours n'avaient jamais rien de catastrophique.

Si Harry était resté calme ce fameux jour où Nils avait disparu, il aurait repensé au grenier et il aurait bien fouillé partout, plutôt qu'ouvrir les coffres comme un fou et ne pas regarder dans les recoins, comme ils l'avaient fait ensemble.

Harry aimait ses enfants. Il aimait Teddy et le considérait vraiment comme son fils. Sinon, il n'aurait pas été aussi inquiet quand Narcissa lui avait parlé de la possibilité d'annuler cette adoption, vu qu'ils avaient réussi à avoir un enfant naturel. Ils n'auraient jamais eu besoin de cette discussion et Draco n'aurait pas été obligé de hausser le ton pour bien lui faire saisir que jamais il ne reviendrait sur sa décision et que Teddy resterait son fils aîné toute sa vie, même s'il était visiblement le seul à penser sur cette terre que cet enfant était le sien.

Et quant à Nils, Harry se leurrait complètement. Il était câlin, attentif à ses besoins, le changeait régulièrement et le nourrissait à heures régulières. Il le laissait souvent pleurer et ne répondait pas à chacun de ses caprices, mais leur fils ne souffrait pas et grandissait comme n'importe quel enfant de son âge. Il y avait des regards, des gestes, des sourires, des mots qui ne trompaient pas.

Harry était un bon papa. Il pensait le contraire, car il ne se sentait pas à l'aise avec les enfants, et dans le fond, ce n'était pas bien compliqué de lui faire croire qu'il n'était qu'un bon à rien.

Alors que pour Draco, Harry était un mari et un père fantastiques.

Quitter le pays avait été un gros sacrifice, un véritable arrachement, mais entre son mari et ses parents, Draco avait fait son choix. Il l'avait toujours privilégié, de toute manière, et il ne voulait plus jamais voir son mari dans un état pareil. Quitte à froisser ses parents et ne plus jamais les revoir, parce qu'ils refusaient de lui pardonner ce départ, sa manie de toujours défendre Harry, et son aveuglement. Sa vie, c'était Harry, et il n'était pas prêt à y renoncer.

Et parce que Harry détestait parler de son mal-être, rares étaient les personnes qui savaient ce qu'il avait vécu après la naissance de son premier enfant.

Ils ne savaient même pas à quel point il avait souffert physiquement après cette mise au monde compliquée et Ô combien douloureuse. Car si les femmes souffraient le martyr quand elles accouchaient, les hommes qui osaient contrer les lois de la nature payaient encore plus cher qu'elles. Une potion prise la veille du jour de leur accouchement, qui était très surveillé par les médicomages, transformait ses organes génitaux, non sans souffrances. Entre ça, les poussées, toutes ces douleurs qu'il endurait depuis des mois à cause de son corps peu adapté pour la gestation, et la re-transformations de ses organes internes et externes après tout ça… Par Merlin qu'il avait pu souffrir…

Et qu'est-ce que Draco avait pu être patient avec lui… Un amour de mari.

Qui garantissait à qui mettrait leur parole en doute que Nils serait leur seul et unique enfant naturel.

Sans penser un seul instant que, quelques années plus tard, Harry réitèrerait l'expérience dans le plus grand secret, une seconde fois.

OoO

Ils venaient de rentrer, et le moins qu'on puisse dire, c'était que Harry était fatigué. Il n'avait pourtant pas fait grand-chose depuis le matin. Il fallait croire que ces nuits passées dans une sorte de demi-sommeil, ses enfants, la boutique où il passait une bonne partie de sa journée pour ne pas tourner en rond chez lui, la maison à nettoyer et entretenir, tout cela l'avait fatigué. Surtout les nuits, en fait. Ces nuits à regarder le plafond et écouter le silence de la maison, à cauchemarder, à penser à sa vie passée, à Draco trop loin de lui, minaient son moral, et forcément sa santé.

D'ailleurs, avant de partir chez les Weasley, Draco l'avait croisé dans la chambre en train de choisir ses vêtements. Il ne portait qu'un jean et allait enfiler un tee-shirt quand sa voix s'était élevée dans la pièce. Il lui avait dit qu'il avait encore maigri et qu'il voyait presque ses côtes. Sur un ton tout aussi léger, Harry lui avait répondu qu'il trouvait qu'il avait un peu grossi, par contre. Il y avait eu un silence, puis un rire amusé, complice. C'était toujours pareil, quand Draco partait. Il se nourrissait mal, parce qu'il ne savait pas cuisiner et mangeait souvent au restaurant, tandis que Harry réduisait considérablement le contenu de son assiette au fil des jours.

Ça irait mieux quand ils seraient à nouveau réunis. Son chéri rentrerait déjeuner ou mangerait le repas que Harry lui aurait préparé, ce qui le ferait fondre en peu de temps. Draco n'aimait pas franchement les légumes, l'enfant capricieux qu'il était avait fait céder ses parents très rapidement. Quand son poids avait commencé à devenir un problème, son mari avait appris à les lui cuisiner comme il les aimait.

A vrai dire, Draco avait commencé à mal vivre le changement progressif de son corps peu après la naissance des jumelles, quand Harry reprit sa taille de guêpe plutôt que laisser les kilos stagner sur ses hanches, comme le faisaient bon nombre de femmes enceintes de leur entourage. Harry avait vu son compagnon s'épaissir, et la vérité, c'était qu'il avait toujours préféré les hommes de cette carrure. A l'époque où ils s'étaient mis ensemble, Draco avait été bien plus qu'un physique. Harry était tombé amoureux de ses qualités, de ses défauts, puis de son visage et enfin de son corps. Il n'avait donc pas vu ces changements comme un problème.

Mais Draco, oui.

Car contrairement à son père, il n'était pas capable de se priver de nourriture pour se réguler, de sauter des repas ou ne pas terminer son assiette, voire d'en limiter le contenu. Et si en Suède Draco parvenait à se raisonner, il avait beaucoup plus de mal quand Harry rentrait en Angleterre pour rendre visite à ses amis et ses beaux-parents, parfois sans lui. Car cette espèce de jalousie, de crainte de le voir partir, de s'enfuir avec un autre, le rendait presque boulimique, et quand Draco se retrouvait face à Ron, l'ex de son mari, un homme musclé, bien foutu, jovial et si plein de liberté, il prenait peur.

C'était un cercle sans fin. La vie n'était pas simple, quand on passait une bonne partie de ses journées à la maison pour s'occuper de ses enfants alors que son mari travaillait, parfois à l'étranger durant de longues, trop longues semaines. Les doutes s'installaient de part et d'autres, mais s'il y avait bien une personne avec qui Harry n'aurait jamais pensé nouer une liaison, c'était bien Ron.

Et la situation avait empiré le jour où ses amis mirent en doute sa fidélité, devant son mari, et ses enfants.

Après tout, Harry n'avait jamais eu cette pudeur que possédaient certains hommes ou certaines femmes à parler de sexe et il ne se cachait pas de désirer Draco avec autant de force que lors de leurs débuts. Le travail prenant de son époux et ses départs fréquents, avant leur déménagement et même pendant, vu que le blond partait souvent dans différents pays nordiques pour différentes missions, avait mis le doute dans l'esprit de ses amis qui avaient commencé à jouer avec le feu.

Afin de se venger de Draco qui les avait forcés à quitter l'Angleterre, ils remirent en cause leur couple et sa solidité. Et un jour, Ron alla jusqu'à prétendre que les allers-retours fréquents de Harry, qui était censé rendre visite à Narcissa à la place de Draco à cause de son état de santé plutôt inquiétant, étaient motivés par une liaison qu'ils entretenaient depuis quelques temps.

Pour Draco, ces moments furent une véritable torture. Harry, lui, en fut dévasté.

Leur couple faillit ne plus exister. Parce que Harry avait toutes les raisons du monde de le tromper et Draco toutes celles de croire à ces mensonges.

Mais il l'aimait.

Comme jamais aucun homme ne pourrait l'aimer.

Et pour sauver leur union, les yeux humides et la voix douloureuse, comme si ces mots lui en coutaient, il avait été jusqu'à accepter cette tromperie. Jusqu'à lui demander si oui ou non il avait couché avec Ron, depuis leur mise en couple, et lui assurer qu'il l'accepterait s'il le lui avouait. Et qu'il lui pardonnerait.

Par amour.

Qu'il serait prêt à changer, à suivre un régime draconien et à redevenir l'homme fringuant qu'il avait été. Que pour lui, il perdrait quelques années et les sortirait de cette routine dans laquelle ils s'étaient enfoncés.

Il était prêt à tout sacrifier pour ne pas le perdre.

A une époque, Draco avait fait un choix entre sa famille et Harry. Entre ses parents et son conjoint. Entre le mensonge et la vérité. Entre une vie digne de divorcé et celle de cocu.

A Harry de choisir, à présent. Entre ses amis fermement décidés à détruire son couple, même s'ils n'en avaient pas toujours tout à fait conscience, et le père de ses enfants.

Celui qui l'avait aidé à aller de l'avant, à dégager les sombres nuages qui polluaient son existence, et à envisager une vie de famille.

Son homme, à lui.

« Harry ? T'es où, Chéri ? »

La brouille avait duré plus longtemps qu'il ne l'aurait cru. Il avait fallu reconquérir la confiance de Draco et lui faire rentrer dans le crâne que Harry ne l'avait jamais trompé, que ce soit par le corps ou bien par l'esprit. Une discussion sérieuse en rapport avec son poids s'était également imposée. Et elle fut sans aucun doute l'une des plus douloureuses.

« Dans la cuisine, mon ange. Pourquoi ? »

L'idée que Harry n'ait jamais cessé de le désirer semblait inenvisageable. Embarrassé, le brun s'était vu obligé de lui expliquer que les hommes filiformes, ce n'était pas vraiment son truc, et qu'il les avait toujours préférés plus solides, corpulents. Forcément, Draco refusa de le croire : on avait beau dire, l'amour était physique, ce n'était pas qu'une question de caractère. Il mit du temps à se résoudre à l'idée que Harry était tombé amoureux de lui pour ce qu'il était, et non pas pour ses attraits physiques. Et que l'homme qui se trouvait en face de lui à l'époque était un être désirable.

« Il faut qu'on discute. »

Même s'il en parlait très peu, Harry savait que Draco complexait encore sur son physique, surtout quand il partait en voyage. Depuis cette époque, le brun lui préparait tous ses repas, ce qui lui avait permis de fondre considérablement et de réguler son alimentation. Harry avait rejeté toute idée de régime, refusant de le priver de desserts ou de ses plats préférés, mais les quantités, la manière de cuisiner et certains aliments avaient changé, au grand soulagement de son mari. S'il n'y avait que ça pour qu'il se sente mieux, Harry était prêt à lui cuisiner tout ce qu'il voulait et de toutes les manières qu'il souhaitait…

« De quoi ?

- Tu sais très bien de quoi. »

Draco entra dans la cuisine, l'air franchement peu aimable. Il allait encore s'en prendre plein la tête, il n'en doutait pas une seconde, et même s'il feignait l'ignorance, Harry savait très bien quoi il voulait lui parler. Parce qu'en général, quand ils rentraient du Terrier, leur sujet de conversation était toujours le même. Alors, plutôt que d'essayer de l'éviter, Harry s'assit sur une chaise alors que Draco se calait contre le plan de travail, les bras croisés sur son torse.

« Tu sais que tu as été imbuvable, cette après-midi ?

- Tu crois pas que t'exagères ?

- Harry, tu sais que je ne porte pas Ron dans mon cœur. Mais franchement, les remarques que tu as faites sur son nouveau copain, tu n'étais vraiment pas obligé…

- Je n'ai pas été méchant mais réaliste.

- Pour une fois qu'il tombe sur un homme bien qui tient la route, est-ce que tu étais vraiment obligé de le démolir comme tu l'as fait ? Tout ça parce qu'il sort avec un de ses fans, que ce type a trois, quatre ans de plus que Teddy et parce qu'il te ressemble ?

- Tu te rends compte que ça fait quinze ans que toi et moi, on est ensemble ?

- Oui, et ?

- Et tu arrives encore à m'étonner. »

Son compagnon leva les yeux au ciel d'un air exaspéré. Si Harry avait eu dix bonnes années de moins, il l'aurait tout bonnement envoyé chier.

« Est-ce que tu te rends compte au moins à quel point tu peux être mauvais avec Ron ?

- Non.

- Menteur.

- Qu'est-ce que ça peut te faire, franchement ?

- Pourquoi est-ce que t'échines à lui faire du mal ? Quel plaisir y trouves-tu ? Pour une fois que Ron ne me prend pas la tête par Weasley interposé, il faut que…

- T'as vraiment envie de savoir ? »

Cette fois-ci, Harry adopta une attitude un peu plus sérieuse, tandis que son conjoint haussait un sourcil d'un air interrogateur.

« Ce qui m'agace au plus haut point, c'est qu'il ait le toupet d'inviter à l'anniversaire de son frère son sexfriend qu'il se tape depuis à peine une semaine, tout ça parce qu'il savait que tu serais présent. Je l'ai vu lundi dernier, il a cassé avec son copain parce qu'il voulait une vie à deux et Ron n'était pas d'accord. Donc non, Draco, je ne peux pas être agréable avec ce gamin ou avec Ron dans ces conditions.

- Sa vie ne te regarde pas, il la mène comme il l'entend. Il n'est pas capable de se fixer avec quelqu'un et tu le sais. Il y a des gens comme ça.

- Il m'impose son mode de vie. Tu n'aurais pas été là, il ne l'aurait pas amené. C'est toujours pareil de toute façon, il a besoin de me montrer ses mecs, de…

- De te montrer qu'il est beau, bien foutu, séduisant, qu'il arrive à se taper des petits jeunes alors que toi t'es toujours avec le même mec depuis quinze ans, et qui en plus a pas mal changé durant tout ce temps.

- Quelque chose dans ce goût-là. Donc, peut-être que je me suis comporté comme un con avec lui aujourd'hui, mais j'en peux plus de voir ses coups d'un soir. Et encore, je m'en fous qu'ils soient là, c'est pas mon problème, même si je sais que ça emmerde certains de ses frères, mais il m'en parle. Il ose m'en parler, comme si ses histoires de cul pouvaient m'intéresser. Et même son mec, il a osé me parler, comme s'il croyait vraiment que le fait qu'il soit là allait le faire rentrer dans la famille. Je ne lui donne pas dix jours, à ce mignon.

- Harry…

- Lundi, il m'a demandé de ne pas partir, Draco. Je ne peux pas être patient avec lui alors qu'il a une attitude pareille.

- Il t'a vraiment demandé ça ?

- Ça t'étonne ? Il me fait le coup à chaque fois.

- Il t'aime encore.

- Je ne pense pas.

- Moi, j'en suis persuadé. Il ne t'a jamais oublié. »

Le fait qu'ils ne soient jamais parvenus à s'entendre tenait au fait que Ron n'avait jamais accepté sa rupture. A l'époque, il n'avait pas pleinement conscience des problèmes de Harry, comme sa dépression, son anorexie, sa peur de l'avenir et son incapacité à s'imaginer dans le rôle d'un père de famille. Il avait fallu qu'il se mette en couple avec Draco pour que tous ses travers se révèlent au fil des mois, des années, à mesure que le blond les soignait, les uns après les autres.

Le mariage avait été un sacré coup au moral pour Ron, mais ce n'était rien comparé à l'adoption de Teddy. Il s'y était toujours fermement opposé, maintenant que Draco n'avait pas à adopter cet enfant qui n'était pas le sien et qu'il élevait par la force des choses depuis quelques années. C'était une jalousie comme une autre, il connaissait l'enfant depuis plus longtemps que le blond et même ça, Draco le lui prenait, et de façon officielle qui plus est.

Mais le pire avait sans doute été sa grossesse, aussi inattendue que surnaturelle. Ron l'avait très mal vécue et ses relations avec Draco n'avaient fait qu'empirer. Du temps avait été nécessaire afin qu'il puisse prendre Nils dans ses bras, mais dans le fond, il n'avait jamais réussi à nouer le moindre lien avec son fils. Le seul moment où Ron avait vraiment fait des efforts, c'était lors de ses déplacements entre la Suède et l'Angleterre. Harry emmenait systématiquement ses fils pour qu'ils puissent voir leurs grands-parents, avec lesquels il s'était réconcilié, mais quand il occasionna une nouvelle grossesse et que les jumelles virent le jour, le rouquin se referma totalement.

Car soudain, cet enfant qui était né quelques années auparavant n'était plus une lubie, un coup de pression de Draco, la condition nécessaire au maintien de leur couple. C'était une véritable envie de Harry de mettre au monde un enfant, pour lui, pour Draco, pour Teddy. Parce qu'il était heureux avec sa petite famille et qu'il se sentait capable d'agrandir son foyer. Plus que lui, c'était Draco qui avait assuré qu'ils n'auraient pas d'autres enfants car son conjoint avait beaucoup trop souffert et il ne voulait plus jamais le voir dans un état pareil. La naissance d'Alva et Frida avait été un véritable coup de massue.

Un bonheur pour Draco, qui avait été d'un soutien exceptionnel quand son corps avait commencé à ne plus lui répondre et quand les conséquences de l'accouchement s'étaient révélées difficiles à surmonter.

Une abomination pour son ex meilleur ami et amant, qui réalisa enfin que son Harry avait disparu pour laisser place à un papa raide dingue de ses gamins, même s'il s'en cachait, et fou amoureux de son mari.

« Et moi je pense que tu te prends trop la tête avec ça. C'est entre lui et moi. Il ne t'a pas adressé la parole de tout le repas, je ne sais même pas s'il t'a regardé à un moment donné. Quoi, tu crois encore que l'intérêt que je lui porte est de la jalousie mal placée ?

- Par moments, oui, je le crois. »

Harry allait répondre, mais il se retint. Sinon, il savait qu'il retournerait la cuisine et lui balancerait à la tronche des choses qui lui ferait plus de mal qu'autre chose. Furieux, il préféra se lever pour quitter la cuisine et mettre fin à la conversation, mais c'était sans compter son mari et sa poigne, quand il lui attrapa le bras et le força à rester là où il se trouvait.

« Excuse-moi.

- Nan, j'ai pas envie de te pardonner. Pas quand j'entends ça.

- Je pars demain soir, tu ne peux pas m'en vouloir pour ça. »

Harry se retourna et lui coula un regard sombre. Lui faire la tête en sachant qu'il ne le reverrait pas la semaine suivante serait une véritable torture, et il le savait très bien.

« Ecoute, Chéri, pour toi, les choses ne sont pas aussi…

- Il me débecte. »

La surprise s'étala sur son visage, et sur le coup, Draco ne sut quoi dire. Il ne devait pas le croire, ou comprendre ce qu'il venait de dire.

« T'entends, Draco ? Il me dégoûte. Et il le sait. »

Il l'avait réalisé assez récemment, alors qu'il parlait sexe avec Dean, dans un restaurant grec non loin de Gringotts, quelques semaines auparavant. Son ami, un célibataire endurci, lui parlait de son copain avec lequel il semblait enfin concevoir un temps soit peu de vie commune. Cela faisait un mois qu'ils sortaient ensemble et Dean paraissait vraiment accro.

Et alors qu'ils discutaient, Harry avait réalisé que malgré les années et les aventures à répétition de l'ancien Gryffondor, il trouvait toujours un certain plaisir à parler de ce genre de choses avec lui. Ce n'était ni sale ni vulgaire. Presque naturel, normal. Dean ne faisait pas de réflexion désagréable sur Draco et son physique à longueur de temps et ne sous-entendait rien de négatif par rapport à ses longues absences. D'un autre côté, son chéri était pile le genre d'homme qui faisait bander Dean, il l'avait déjà surpris à maintes reprises en train de le reluquer. Ce qui l'avait rendu plus fier que jaloux.

Quand il déjeunait avec Dean et discutait avec lui de leurs vies privées, malgré leurs quotidiens très différents, Harry n'en sortait ni agacé, ni exaspéré, ni en colère. Ses histoires de couples ne le dérangeaient pas et l'amusaient même beaucoup, même si parfois, elles n'étaient vraiment pas simples. Et longtemps, Harry avait pensé que c'était parce que Dean était un bon ami, homosexuel et ouvert d'esprit.

Ce jour-là, en plein milieu de la discussion, ils en étaient venus à parler de Ron. D'un coup, Dean avait lâché qu'il aimait bien discuter avec Harry, même s'il ne comprenait pas tout, et que c'était toujours plus productif que lorsqu'il en parlait avec Ron. Comme s'il avait besoin de dire ce qu'il avait sur le cœur, son ami lui avait avoué qu'il le supportait de moins en moins et que même déconner sur le cul devenait chiant avec lui. Plus les années passaient et plus son respect pour ses partenaires déclinait. Parfois, il était même imbuvable et Dean annulait certains de leurs rendez-vous.

Au cours de la conversation, bien que Harry ait pris sur lui pour ne pas lui révéler le fond de sa pensée, lui faisant cependant comprendre qu'il partageait son avis, le brun avait beaucoup réfléchi. Et quand ils s'étaient quittés, il avait réalisé à quel point Ron le dégoûtait. Car dans le fond, il adoptait exactement la même attitude que Dean : il l'évitait, parlait le moins possible de sa vie privée et intime, et passait son temps à lui envoyer des pics, réaction naturel à l'agacement qu'il provoquait volontairement en lui.

Son mode de vie l'insupportait. Ses conversations intimes le dégoûtaient. Ses petits copains tous aussi bruns, aussi jeunes, aussi cons étaient une véritable insulte. Et cette affection qu'il lui portait, cette affection si proche de l'amour, après toutes ces années, Harry n'en pouvait plus.

Le Ron qu'il avait connu n'existait plus. Tout comme le Harry qu'il avait été.

« Il essaie sans arrêt de rattraper le coup, mais il sait que je ne le supporte plus. Quel que soit le sujet qu'on aborde, il arrive à m'énerver, à me critiquer, à remettre en cause mon existence. Alors que le plus malheureux de nous deux, c'est lui, et pas moi. Il pense que je suis responsable de ce qu'il est devenu, mais comme il ne peut pas me faire porter le chapeau, c'est toi qui deviens coupable. »

Harry s'était jusque là refusé à de telles pensées, mais à présent, il était obligé de reconnaître ce dégoût qu'il éprouvait pour son ex meilleur ami.

« Je ne peux plus le voir. Donc oui, je sais, j'ai été exécrable aujourd'hui. Mais le voir m'énerve, parce que je sais déjà ce qu'il va me dire. Il va me dire que mes gosses sont insupportables, que t'as grossi, qu'à une époque j'étais plus vivace, que je mérite mieux que cette vie, et enfin que tu fais plus vieux que moi, qu'est-ce que ça va donner quand on aura vingt ans de plus. Si, Draco, c'est ce qu'il me dit quasiment à chaque fois qu'on se voit.

- Dans un sens, il n'a pas tord.

- C'est vrai, il a pas tord. T'es énorme, t'es moche, t'es…

- Harry, c'est pas ce que je voulais dire.

- Bien sûr que si ! Tu veux que je te dise ? T'as beau complexer, crois-moi que j'étais pas le seul à te trouver beau aujourd'hui. Dean t'a mâté une bonne partie de l'après-midi et j'ai surpris pas mal de femmes à te regarder à la dérobée. Comparé à toi, j'ai une tête de bébé, je suis tout petit, maigre comme un clou, et si je le vis bien, c'est uniquement parce que tu m'aimes comme ça. Bref, je ne le supporte plus, Draco, lui, ses manières, ses copains, et tout ce qui va avec. Alors par pitié, arrête de penser que je suis jaloux. Je n'envie personne.

- Tu aurais pu…

- Ils ont beau dire ce qu'ils veulent, j'ai choisi ma vie. Je t'ai choisi toi, j'ai choisi de te suivre dans tes projets, j'ai choisi d'avoir des enfants et j'ai choisi d'être père au foyer. Si j'avais voulu autre chose, je n'en serais pas là, et tu le sais très bien. Tu veux que je te dise ? Ron en rêve, de ce genre de vie. Il en rêve.

- Bien évidemment qu'il en rêve, je ne suis pas aveugle ! C'est avec toi qu'il aurait voulu ce genre de vie. Et après tu oses me dire qu'il ne t'aime plus ? Il est persuadé que tu es l'homme de sa vie, même quinze ans après, et tout ce que tu m'as offert, il aurait voulu que ce soit pour lui. Pas pour moi.

- C'est plus de l'amour, Draco…

- Arrête de te voiler la face ! C'est triste, je sais, mais il t'aime encore. Et son rêve aurait été de fonder une famille, comme ses parents, et avec toi. Mais ça, il l'a réalisé bien après que tu l'ais quitté, quand il a compris qu'on n'aurait jamais d'enfants parce que tu n'en voulais pas, et surtout quand on a eu Nils.

- Et tu voudrais que je fasse quoi pour qu'il arrête d'espérer ? Que j'arrête de lui parler ? Je ne suis pas comme ça Draco.

- Je ne te demande rien de tel.

- Mais t'aimerais que je ne lui parle plus.

- J'aimerais que ce jeu du chat et de la souris s'arrête, une bonne fois pour toute.

- Eh bien je vais faire des efforts, si tu continues à douter de moi et de mes sentiments.

- Merci.

- Tout ça pour ça…

- Tu es un hypocrite, Chéri, autant envers les autres qu'envers toi-même. Tu as passé l'âge de te mettre des œillères.

- Si j'avais eu dix ans de moins, je t'aurais envoyé chier.

- Et pourquoi tu ne le fais pas ?

- Parce que tu ne te mets plus en colère, tu te contentes de ne plus me parler, et en plus tu pars dimanche soir. Et ne souris pas, enfoiré.

- Embrasse-moi.

- Va chier ! Arrête de jouer avec moi comme ça, pauvre con ! Tu sais que t'as un putain de sourire agaçant ? »

Malgré ses propos peu élégants, Harry se laissa faire quand Draco lui enlaça la taille pour ensuite l'embrasser. C'était une dispute comme ils en avaient déjà eu des centaines et qu'ils n'auraient pu éviter. Ils ne s'étaient pas vus depuis une semaine, ils avaient du retard à rattraper. Leur couple avait toujours fonctionné comme ça, avec des engueulades, des câlins, des tensions, et des baisers.

« Je t'aime.

- C'est ça, essaie de te rattraper avec des mots d'amour !

- Tu vas faire du boudin encore longtemps ?

- Si ça ne tenait qu'à moi, je te ferais du boudin jusqu'à ce soir.

- J'ai besoin de te parler. Sérieusement.

- Bah tiens.

- Harry ?

- Roooh, oui, je t'écoute. Allez, vas-y, raconte-moi tout. »

Le secret du couple, c'est l'écoute, lui avait un jour dit Hermione. Elle venait de se mettre en couple avec Charlie, le premier homme qui l'ait vraiment écoutée, dans sa vie. Elle qui avait toujours eu du mal à se faire entendre, à force de trop parler, elle avait enfin découvert ce que c'était que d'être le centre de toutes les attentions, et pas seulement un bruit de fond comme l'aurait fait une télévision.

Ces mots, quand elle les avait prononcés, avait éveillé un étrange sentiment en Harry. Un sentiment un peu triste. Lui, il savait à quel point c'était important d'écouter, et d'être écouté. Pourtant, écouter les autres, ce n'était pas vraiment son truc. La guerre l'avait rendu égoïste, et le plus souvent, il faisait mine d'écouter les autres alors qu'en réalité tout entrait par une oreille et ressortait par l'autre. Avec Draco, il avait redécouvert le plaisir puis le besoin d'être le centre de toute l'attention, ne serait-ce que quelques minutes, mais aussi d'être cette oreille attentive dont son chéri avait tant besoin par moments.

« Je ne rentre pas le week-end prochain. Je prends mes nouvelles fonctions lundi et j'ai des rendez-vous prévus samedi prochain.

- Attends… Tes nouvelles fonctions ? C'est-à-dire ?

- Je suis pris.

- Nan… Nan c'est pas vrai ?! T'es pris, vraiment ?!

- Oui. »

Harry cria de bonheur tout en lui sautant dessus, enlaçant son cou de ses bras. Tout sourire, Draco lui rendit son étreinte, s'abreuvant des compliments que son mari lui glissa à l'oreille, lui disant à quel point il était fier de lui, qu'il était sûr qu'il remporterait le poste car il en avait les capacités, qu'il n'avait que ce qu'il méritait, et putain qu'il était fier de lui et heureux de déménager… L'émotion emporta toute sa colère et il ne resta plus que son orgueilleuse fierté de voir son mari choisi pour ce poste qu'il désirait tant. Il savait au fond de lui que son conjoint y arriverait, mais le doute persistait toujours malgré tout.

Desserrant ses bras d'autour de son cou, Harry se recula pour lui faire un grand sourire et l'embrasser passionnément, tenant son visage entre ses mains.

« Oh je t'aime, je t'aime, je t'aime…

- Moi ou mes patrons qui m'ont donné le poste ?

- Toi, bien sûr. Que vas-tu imaginer ? Bref, sans rire, depuis combien de temps t'es au courant ?

- Depuis une semaine.

- Depuis lundi ?!

- Oui.

- Pourquoi tu m'en as pas parlé avant ?

- Parce que je voulais t'en parler de vive voix.

- Non, je veux dire, pourquoi tu ne me l'as pas dit hier ou ce matin ?

- Parce que je voulais passer une soirée tranquille. Si je te l'avais dit, on en aurait parlé toute la soirée et j'étais trop fatigué pour ça. Et ce matin…

- Oui, ça n'aurait pas été une très bonne idée.

- Absolument pas. Tu aurais été encore plus insupportable que d'habitude.

- Donc tu m'en parles cette après-midi. Alors que demain midi, on voit tes parents, je vais te forcer à leur dire, et on va en parler pendant tout le déjeuner.

- A la base, je voulais t'en parler juste avant de partir, mais j'ai pensé que ce serait trop cruel.

- T'as très bien pensé. »

Harry venait de poser à plat ses mains sur son torse, les faisant lentement remonter vers ses épaules. Draco le connaissait suffisamment pour comprendre que si jamais il ne le lui avait pas dit avant, il aurait été privé de tout câlinous pendant un bon mois.

« Et donc… T'es pas là le week-end prochain ?

- Non. J'ai réussi à me libérer le week-end suivant, on déménagera à ce moment-là.

- D'accord. T'es sûr que tu seras libre ?

- Mais oui…

- Sûr de sûr ? Je veux pas me bourrer le déménagement tout seul, déjà que je vais devoir tout trier, tout ranger, tout empaqueter, et puis…

- Je serai libre le week-end prochain. C'est promis.

- T'as intérêt.

- Sinon quoi ?

- Sinon… tu vas le payer très cher. »

Sa voix lourde de sous-entendus assombrit son regard de désir. Harry esquissa un sourire presque sadique, les mains toujours posées sur son torse, le caressant doucement en de lents mouvements.

« Si je n'avais pas peur de tes crises de nerfs, je serais bien tenté.

- Ma colère serait terrible, mon ange.

- C'est encore meilleur quand t'es en colère…

- Espèce de maso'… »

Avec un sourire, ils échangèrent un baiser tendre. L'esprit plus léger, Harry envisageait déjà les préparatifs, le travail monstre qu'ils représenteraient, ces soirées qu'il passerait hors de chez lui pour préparer psychologiquement ses amis à son départ.

Il avait hâte d'y être.

OoO

L'aéroport de Heathrow était sans aucun doute le lieu le plus abominable qui soit. A une époque, où il n'était qu'un jeune homme naïf et sans expérience de la vie, il avait pensé que ces terribles dîners d'affaire dans lesquels son concubin puis mari le traînaient étaient les pires moments de sa vie d'adulte. Ces villas luxueuses charmées de monde ou bien ces salles de réception où il peinait à faire trois pas sans être arrêté par un quelconque glandu passant par là, il en avait cauchemardé.

Mais alors, les aéroports…

C'était pire que tous ces putains de galas où Draco avait pu l'emmener au cours de leur vie.

Pour les sorciers, il était impossible de transplaner d'un pays à un autre en raison des barrières magiques qui séparaient les différents pays. Leurs possibilités pour quitter le territoire étaient assez limitées. Soit ils se rendaient aux frontières où ils attendaient des heures et des heures avant de pouvoir présenter papiers et bagages, passer les douanes et ensuite accéder à une zone de transplanage spéciale leur permettant de passer d'un pays à un autre. Soit ils utilisaient des moyens moldus, tels que l'avion, le bateau, la voiture, ou tout bêtement la marche, se soumettant si besoin à un contrôle de leurs papiers d'identité.

Il avait fallu qu'ils quittent le pays avec Teddy pour que Harry comprenne enfin l'enfer des aéroports. En fait, il avait déjà pris l'avion à deux reprises avant de connaître Draco. Il avait fait un petit voyage en France dans la famille de Hermione qui les avait invités, avec Ron, à passer une semaine de vacances chez eux. Et parce que Harry était une célébrité et qu'il refusait de subir les assauts de la foule, il avait décidé de faire l'aller-retour par voie moldue. Il connaissait donc l'ambiance des aéroports moldus, avec cette attente interminable, ces voyageurs stressés, ces enfants qui geignaient… Agaçant. Mais quoi de plus normal, après tout.

Mais alors, les aéroports sorciers…

Une abomination.

Car si les sorciers, après une longue attention, accédaient à des zones de transplanages spéciales, il n'était pas possible d'en faire de même avec les enfants. En effet, il était interdit de transplaner avec des personnes non majeures et surtout ne sachant pas maîtriser le transplanage. C'était très dangereux. Ainsi, quand on voyageait avec des enfants, il était absolument nécessaire d'utiliser des moyens moldus. Mais adaptés aux sorciers.

Harry aurait préféré prendre un avion normal, mais ses papiers lui poseraient des problèmes. En effet, ils ressemblaient quasiment en tout points à ceux des moldus, à quelques différences près. Et ces différences entraînaient directement un signalement auprès des autorités, qui les forçaient ensuite à prendre le transport adéquat. Le plus simple aurait été de prendre le bateau, les autorités étant étrangement moins regardantes, mais Harry voulait arriver le plus rapidement possible, et une croisière, sans son chéri, ce n'était même pas la peine.

Alors, il se retrouvait là, planté devant l'entrée du terminal 11, une petite dans chaque main et ses garçons à sa gauche. Et dire qu'il allait passer trois putains d'heures dans cet enfer, juste pour prendre un avion deux maudites heures. Qu'est-ce qu'il pouvait détester les modes de transports sorciers, mais par Merlin, qu'est-ce qu'il pouvait haïr ça…

« Bon, P'pa, on rentre ?

- Arrête, Teddy, tu vois pas qu'il souffre, là ?

- Bah justement, autant abréger ses souffrances.

- Ce sera pire encore quand il sera à l'intérieur…

- Ah ouais, pas faux.

- Je hais votre père. »

Les deux garçons ricanèrent, ignorant le regard sombre de Harry qui en avait déjà assez, alors qu'il n'était même pas encore rentré. C'était toujours un moment difficile, aussi bien pour lui que pour ses enfants. Surtout pour Teddy, cette année, car lui était en âge de transplaner tout seul et aurait très bien pu rejoindre Draco sans passer par la case avion. Mais il avait préféré accompagner son père plutôt que de le laisser tout seul. Cette attention l'avait beaucoup touché.

Car Draco n'était pas là.

Il avait tout fait pour se libérer, mais rien à faire. Ses nouvelles fonctions exigeaient sa présence et il ne pouvait revenir en Angleterre plusieurs jours de suite pour organiser le déménagement. Il avait finalement réussi à négocier son samedi soir, de façon à arriver dans la nuit et repartir le lendemain dans la journée. Harry avait refusé. Après sa semaine de boulot, Draco serait fatigué, et comme Harry allait forcément être sur les nerfs, des tensions s'installeraient entre eux et ça finirait par péter. Donc autant que son mari reste sur place.

Même si ça le faisait royalement chier.

« Allez les gosses, on y va. »

Le terminal numéro 11 ressemblait à la plupart des autres terminaux, les seules différences résidant dans les boutiques qui s'alignaient le long des murs, les affichages indéniablement sorciers et surtout la population qui n'avait absolument rien de moldue, ce que Harry regrettait beaucoup par moments. Et sans passer par la case « magazines » et « confiseries », le brun traversa les couloirs au pas de course jusqu'au guichet réservé à la Suède, car bien sûr, ces enfoirés de sorciers ne pouvaient pas faire des guichets communs avec d'autres pays, non, il fallait que chaque état ait son guichet, et bien sûr, leur logique pour les placer aux quatre coins des terminaux avait de quoi rendre chèvre n'importe quel sorcier normalement constitué.

Ainsi, au pas de course, Harry se précipita vers le guichet qui l'intéressait, tirant Alva et Frida qui trottinaient joyeusement près de lui, Nils et Teddy le suivant de prêt pour ne pas se perdre dans ce vaste hangar. Quand il arriva devant son guichet, une foule conséquente de sorciers zigzaguaient déjà dans des couloirs matérialisés par des bandes de tissus noirs.

Si seulement il pouvait zapper cette étape… Mais c'était impossible, il avait besoin d'une autorisation de sortie, pour lui et ses enfants. Elle lui permettrait d'avoir accès à l'avion dans lequel il avait bien l'intention de monter. Tout déprendrait de la rapidité du personnel, mais depuis le temps, il connaissait suffisamment les rouages du système pour prévoir le temps adéquat. Ah, si seulement il était possible d'obtenir ces autorisations avant de partir en voyage… Maudits sorciers, aussi inefficaces qu'illogiques, avec leur volonté de tout vouloir contrôler, tout le temps…

Ils se plantèrent donc tous les cinq dans la queue et commencèrent leur longue attente qui à vue d'œil durerait bien une heure, au bas mot. Harry avait vécu bien pire que ça, mais à son goût, ça restait toujours trop long. Il était seul, sans Draco pour occuper les petites ou faire la queue à sa place, et même si Teddy lui avait proposé de prendre la place de son père, Harry savait qu'il ne saurait pas les gérer dans un tel endroit. Elles lui mèneraient la vie impossible, comme elles savaient si bien le faire.

En son for intérieur, Harry espérait que tout se passerait bien et que ses enfants resteraient sages. La dernière fois qu'ils avaient voyagés tous ensemble, c'était l'été précédent : ils avaient passé une dizaine de jours en Suède avant de descendre pour une période similaire en France dans une résidence Malfoy en bord de mer. Cependant, Draco était présent, la patience des enfants n'était donc pas mise à rude épreuve. Harry priait donc en espérant que tout se passe bien.

Car ils avaient beau dire, leurs enfants étaient des monstres. Des vrais de vrais. Des monstres qui se tapaient dessus pour un rien, qui se jetaient des jouets à la tronche, qui hurlaient comme des porcs qu'on égorgeait et qui savaient piquer des crises phénoménales pour un oui ou pour un non. Et, forcément, ils étaient très doués pour mettre leur père en rogne et créer un formidable coup de colère qui finissait par des remontrances et des punitions. Car si Draco savait se montrer patient, Harry ne laissait jamais à ses enfants le dernier mot, qu'il y ait du public ou pas.

Et ça, ils le savaient bien. Si Papa attendait qu'il n'y ait plus personne autour d'eux pour les exploser, quitte à les emmener dans un coin pour le faire, P'pa ne prenait pas cette peine.

On aurait pu dire que ses enfants étaient mal élevés. Harry pensait même que c'était le cas. Un été, ils avaient confié leur précieuse progéniture à ses beaux-parents car Draco lui avait offert pour leurs dix ans d'amour deux semaines de vacances au Japon pour un dépaysement total. Après un séjour inoubliable, ils étaient rentrés à Londres pour récupérer leurs enfants. Au plus grand soulagement de leur grand-père. Car quand il dit à Harry, les yeux explosés, qu'ils leur avaient menés la vie dure, ce n'était qu'un doux, très doux euphémisme.

En fait, ils avaient été insupportables. Il était déjà arrivés que leurs parents partent à l'étranger sans eux, mais toujours sur de courtes périodes, et en plus, les jumelles étaient toutes petites, ses beaux-parents n'avaient eu jusque là que deux enfants à vraiment gérer. Harry prévoyait toujours une armada de fringues, de doudous et chiffons parfumés à son odeur et de jouets divers, à rendre chèvre son époux et les grands-parents, qui le prenaient franchement pour un neuneu. Sauf que durant ce séjour de deux semaines, cette angoisse que ses enfants ressentaient quand Harry les quittait n'avait fait qu'amplifier au fil des jours, et tous les doudous du monde n'auraient pu remplacer celui qui s'occupait d'eux à chaque heure du jour.

Les pleurs, les crises de jalousie, les nuits sans sommeil et les caprices s'étaient alors multipliés. Lucius et Narcissa avaient même fini par lâcher l'affaire, à force d'entendre les jumelles hurler à la mort en appelant leur papa, refusant de manger ce que leurs grands-parents leur imposaient, et même Nils qui était d'un tempérament relativement calme s'était mis à piquer des colères qu'il n'avait quasiment jamais faites à la maison. Et Teddy, n'en parlons même pas, il fit plus de conneries en deux semaines qu'en deux mois à Poudlard.

Bien évidemment, Narcissa avait été intarissable sur la mauvaise éduction que son fils et son époux donnaient à leurs enfants. Draco avait baissé les yeux sans mot dire, tandis que Harry avait encaissé patiemment sans vraiment s'en formaliser. Il savait que ses enfants étaient difficiles, et il savait aussi en partie pourquoi. Il avait lui-même manqué d'éducation et d'affection, il faisait donc des erreurs qu'il n'était pas vraiment prêt à corriger. Il laissait passer beaucoup trop de choses, tout comme Draco d'ailleurs qui était bien plus permissif que lui. Bien évidemment, ils avaient des valeurs communes, comme la politesse, mais Harry n'avait jamais enfermé un de ses enfants dans un placard parce qu'il avait renversé un vase, ce qui était déjà arrivé à son chéri quand il était petit et qu'il courrait ventre à terre sur les parquets cirés de sa mère.

Ils laissaient passer trop de choses et cela rendait leurs enfants capricieux et difficiles à gérer, quand ils n'étaient pas là pour les cadrer. Mais Harry savait que Draco aimait ses enfants à la folie et qu'il ne voulait pas leur imposer toutes ces règles qui l'avaient étouffé quand il était jeune.

Et il savait aussi que, malgré tout ce qu'il pourrait affirmer et penser, Harry vivait une relation fusionnelle avec ses enfants. Même s'il n'éprouvait pas ce manque que Draco avait pu ressentir durant ces deux semaines de vacances paradisiaques, Harry était extrêmement proche de ses enfants, et sans lui, ils étaient complètement perdus.

Il se souvenait encore du jour où il était arrivé au Manoir Malfoy et qu'il était entré dans la salle à manger où ses enfants étaient plus occupés à crier qu'à manger. Draco était à quelques mètres derrière lui avec son père. Au moment où il était entré dans la pièce, seul, un silence de mort s'était fait dans la pièce. Les mains derrière le dos, Harry avait regardé un par un ses quatre enfants d'un air sévère, puis leur avait ordonné de manger sur le champ ce qui se trouvait dans leurs assiettes, et qu'ensuite il viendrait les embrasser. Aussitôt, ses deux garçons avaient baissé le nez vers leur plat, et même les jumelles, pourtant si petites, avaient compris que quelque chose n'allait pas et se mirent à manger.

La tronche de Narcissa avait été un pur ravissement. Si elle avait pu, elle se serait pendue à son lustre, mais elle avait bien trop de choses à lui dire pour ça. Lucius, qui était entré quelques secondes plus tard, avait paru tellement halluciné que Harry s'était demandé s'il n'allait pas s'effondrer sur place.

Depuis, ils ne les gardaient jamais plus d'une semaine, et malgré toutes les précautions et toutes les menaces du monde, Teddy, Nils, Alva et Frida ne parvenaient jamais à rester sage. Et à chaque fois, Harry se faisait remonter les bretelles par sa belle-mère. Mais jamais par Lucius. C'était resté un véritable mystère durant plusieurs années, jusqu'à ce que son beau-père, un jour, dise à sa femme devant eux que, oui, ces gosses étaient mal élevés et qu'ils s'angoissaient très facilement quand leur père n'était plus dans les parages, mais dans le fond, Harry et Draco les aimaient comme ça, leurs gosses. Et s'ils n'avaient pas été aussi sévères et exigeants avec leur fils unique, leurs petits-enfants n'auraient pas eu cette éducation-là.

Et il avait tout à fait raison.

Depuis, leurs enfants avaient grandi, et si Nils avait mûri, ce n'était bien évidemment pas le cas de ses sœurs qui demeuraient aussi gonflantes qu'aux premiers jours. Et précisément ce jour-là, elles avaient décidé d'être peu patientes, malgré l'attente à laquelle Harry les avait préparées. Alors quand Harry les entendit geindre au bout de dix minutes à peine, Nils devenir nerveux à cause de la foule et Teddy qui, énergique, avait bien du mal à rester en place sans rien faire, il se dit qu'il n'était vraiment pas sorti de l'auberge.

OoO

L'attente avait été horrible. Entre les sorciers pommés, énervés, en colère ou au bord du suicide à cause de leurs gosses qui chouinaient à leurs pieds, Harry avait cru devenir fou. Par le caleçon troué de Merlin, qu'est-ce qu'il pouvait détester ce genre d'endroits, bourré de cons qui ne savaient même pas lire un papier correctement ou d'occuper leurs abominables enfants qui pleuraient, criaient, geignaient sans cesse parce qu'ils s'emmerdaient comme des rats morts, parce qu'ils avaient chaud ou parce qu'ils n'en pouvaient plus d'être debout.

C'était ça, le pire, avec ces aéroports sorciers.

Les enfants.

Car les seules personnes qui empruntaient ces appareils, c'étaient des parents qui ne pouvaient faire transplaner leur marmaille. Et parce que les sorciers n'avaient pas inventés le fil à couper le beurre, ils n'étaient pas fichus d'affronter cette épreuve en couple. Bon, certes, Draco n'était pas là et il se trimballait leurs gamins, mais combien de fois son chéri s'était-il tapé l'aéroport, alors que la majeure partie des voyageurs était seul avec les petits… Insupportable. Vraiment.

Surtout les gosses.

Heureusement, Harry se fichait éperdument du regard des autres sorciers, et quand ses jumelles commencèrent à devenir intenables, il leur fourra une console dans les mains et les incita à s'assoir par terre pour jouer, après avoir installé un petit tapis sous leurs fesses. Quand elles se lassèrent, Harry ensorcela un album de coloriage pour qu'il reste bien à plat dans les airs, ce qui les occupa un bon bout de temps. Amusé, Teddy jetait de petits sorts aux tapis pour qu'ils avancent à chaque fois qu'ils gagnaient quelques pas dans la file. Ce petit manège attira bien des regards, mais Harry n'y accorda aucune attention.

Nils fut occupé de manière similaire car il s'ennuyait très rapidement quand il n'avait rien dans les mains, et même s'il mit du temps à s'assoir par terre, fierté de Malfoy oblige, il finit par poser son royal séant sur le sol. Quant à Teddy, qui commençait à s'agiter à cause de la foule trop compacte pour lui, Harry lui fit la causette tout le temps que dura l'attente pour lui occuper l'esprit. Ce qui marcha assez bien.

Cependant, si Harry parvint à plutôt bien gérer l'attente, elle ne fut pas plus simple pour autant pour ses nerfs. Et quand vint enfin son tour, il dut se plier à toutes les formalités de rigueur. Quand enfin il put passer à la fouille, Harry se sentit presque libéré, même si c'était une épreuve emmerdante à souhait. Dans une grande pièce, il dut vider l'intégralité de ses poches et désensorceler ses bagages qui furent fouillés intégralement. A une époque, pour se marrer un peu, Harry avait ensorceler des bouts de bois en sextoys et les avait dispersés dans la plupart de leurs affaires. Les douaniers ne savaient plus où se mettre et Draco eut la honte de sa vie.

Ainsi, après une bonne heure d'attente, Harry se retrouva enfin libre de ses mouvements, mais déjà fatigué, et l'épreuve n'était pas encore terminée. Ils allaient devoir attendre que leurs autorisations soient validées et que leur avion se présente à l'embarquement. Et c'était pas encore gagné, loin de là…

« P'pa, on fait quoi maintenant ?

- On va attendre tranquillement dans un coin.

- Putain mais qu'est-ce que c'est long…

- Je sais, Teddy. T'avais qu'à partir avant nous.

- Je voulais pas que tu restes tout seul.

- J'ai l'habitude, tu sais.

- Ouais, mais quand même. »

Teddy le dépassait d'une bonne tête et tenait Alva par la main. Petit, il lui en avait fait voir des vertes et des pas mûres. C'était un garçon rempli d'énergie qu'il avait toujours eu du mal à canaliser. Draco pensait que c'était dû à la perte de ses parents puis de sa grand-mère. Il était tout petit à l'époque, mais ses toutes premières années avaient été bercées par le deuil douloureux d'Andromeda qui s'était laissée dépérir.

Puis, il avait atterri dans les bras de son parrain, un jeune homme maladroit mais aimant qui cédait à tous ses caprices, l'emmenant partout avec lui. Enfin, il y avait eu Draco, un homme de passage dans sa vie qu'il n'avait jamais vu, et qui rapidement devint comme un second papa. Un papa qui ne se laissait pas appeler comme ça, ce que le petit garçon ne comprenait pas à cette époque-là. Quand Draco l'avait adopté, contrairement à ce que Harry pensait, Teddy avait tout de suite comprit le changement et en avait même pleuré de joie.

Si Nils avait eu du mal à accepter la naissance de ses petites sœurs, Teddy, lui, avait adoré voir sa famille s'agrandir. Son rôle de frère aîné lui avait tout de suite plu et il avait toujours aimé jouer et s'occuper de son frère et de ses sœurs. Et, surtout, Teddy avait toujours essayé d'aider son papa du mieux qu'il avait pu. Un peu comme pour le remercier. Pour être le gentil garçon qu'il méritait d'avoir. Et non pas cet enfant agité qui faisait tout et n'importe quoi, s'attirant la colère et les cris de son papa.

Teddy était un enfant qui voulait vivre. C'était presque viscéral. Et c'était aussi un enfant plein d'amour qui manquait de confiance en lui et qui avait sans cesse l'impression de ne jamais en faire assez. Plus jeune, il s'était même convaincu qu'il faisait honte à ses parents et que ces derniers l'aimaient moins que les autres. Une conversation sérieuse avait remis les pendules à l'heure, mais aussi révélé cette espèce de souffrance qu'il trainait en lui depuis qu'il était petit, à cause de ses pouvoirs de métamorphomage qui l'avaient rendu différent des autres enfants.

Alors que, dans les faits, Teddy était la fierté de ses parents. Enfin, surtout celle de Draco. Pas de Harry, parce qu'il n'accordait pas tant d'importance que ça aux études, s'étant toujours contenté de la moyenne, alors que son chéri avait toujours poussé leur fils à aller plus loin, comme son père l'avait fait avant lui. Et jusque là, Teddy ne l'avait jamais déçu, bien au contraire.

« Viens, on va là-bas. Frida, fais attention où tu marches ! Nils, par pitié, lève les yeux de ton bouquin, tu vas finir par… »

En d'autres circonstances, Harry aurait ri des joues écarlates de son fils quand ce dernier percuta un voyageur. Mais là, tout de suite, il avait juste envie de se poser quelque part, caler ses gosses et attendre. Parce que de toute manière, ils n'avaient que ça à faire.

Munis d'un ticket, ils pénétrèrent donc dans une vaste salle d'attente semblable à une zone Duty Free moldue où il était impossible de transplaner. Une fois leur autorisation en main, d'ici une heure si tout allait bien, ils pourraient embarquer. Il leur restait donc encore deux bonnes heures d'attente. Une éternité pour Alva et Frida qui commençaient vraiment à s'agiter, lassées de la console et des coloriages.

Heureusement que Harry ne manquait pas d'imagination.

OoO

Presque trois heures qu'ils glandaient à la gare, et Harry n'en pouvait plus. Il était arrivé en forme et prêt à gérer ses enfants, mais là, à une demi-heure du décollage officiel, il n'en pouvait plus. L'annonce faite un peu plus tôt à propos de son retard d'une bonne vingtaine de minutes avait réduit ses forces à néant.

Il était fatigué. Vraiment fatigué. Jusque là, il s'était motivé en se disant que ce n'était qu'un mauvais moment à passer, et quand ils attendaient dans la queue, il était occupé à discuter avec Teddy pour éviter qu'il ne s'agite et à surveiller ses filles pour qu'elles ne s'excitent pas pour rien, se fatiguent, puis se montrent capricieuses. Mais quand ils s'étaient assis dans le vaste hall pour attendre, le brun sentit sa patience s'amenuiser au fil des minutes. Pourtant, Nils et Teddy discutaient tranquillement et ses jumelles furent plus faciles à gérer. Assises sur un tapis posé sur le sol, elles s'amusaient avec leurs jouets.

Comme des brutus, certes.

Mais elles s'amusaient.

Et toutes ces voix autour de lui, tous ces parents impatients ou épuisés, tous ces enfants qui couraient partout, avec leurs caprices, leur fatigue, leur tristesse, leur énervement…

Ça lui usait les nerfs. Il aurait été seul avec ses mômes, Harry n'aurait jamais été aussi fatigué, même s'il passa son temps à gérer les conflits entre Alva, un peu tête dure, et Frida, qui ne se laissait pas faire. Leur bruit incessant n'était rien comparé au brouhaha ambiant.

Harry détestait la foule.

Ces gens qui allaient et venaient, sans buts précis, qui se serraient les uns contre les autres, qui s'amassaient autour de lui comme un étau, l'enfermant dans un espace de plus en plus restreint et le tirant sur les nerfs… Harry ne le supportait plus. A cause de la guerre, parce que quand il avait vaincu, il ne pouvait plus faire un pas dehors sans être interpellé et sentir une foule de passant l'entourer… à l'étouffer.

Ce mal-être qu'il éprouvait dans ce genre de situation, Harry avait appris à le gérer. Il avait même ouvert une boutique, et à force d'accompagner son cher et tendre à droite et à gauche, il s'était habitué à la foule. Mais quand elle s'amassait dans des endroits aussi grands où le bruit faisait quasiment vibrer le sol, c'était toujours plus difficile, surtout quand il était seul.

Car il arrivait toujours un moment où il pouvait réfléchir.

Où il cherchait à lutter contre cet environnement qui lui était hostile.

Et comme les aéroports étaient à la fois des lieux de départs et d'arrivées, de renouveau et de retrouvailles, Harry se laissait toujours envahir par un élan de nostalgie, de peur, de colère. De mal-être.

C'était toujours compliqué de quitter un pays, quel qu'il soit. Partir de Suède avait été douloureux, car ils y avaient passé cinq ans de leur vie et Harry était parvenu à s'y reconstruire. Et quitter Londres, à présent, n'était pas plus simple, car ils laissaient derrière eux leur maison, leurs amis, leur famille. Et tout ce qui allait avec…

Hermione était venue le voir avec Wyatt la veille de leur départ. Elle n'avait pas dit grand-chose quand il lui avait annoncé qu'ils partaient à nouveau pour une durée indéterminée. Bien sûr, la tristesse avait assombri son visage, mais elle lui avait grimacé un sourire en lui promettant qu'elle viendrait le voir de temps en temps, comme elle le faisait auparavant. Draco l'aimait beaucoup et la recevait chez eux avec toujours le même plaisir, quel que soit l'endroit où ils se trouvaient. Et de toute manière, ils s'enverraient des courriers régulièrement.

La séparation ne serait pas douloureuse. Un peu triste, parce qu'ils s'aimaient même si des fois ils ne se le montraient pas très bien, mais dans le fond, chacun menait sa vie comme il l'entendait et faisaient en sorte de garder un lien. Harry lui avait promis qu'il ferait le voyage le jour où elle accoucherait, et si elle avait besoin, il était prêt à débarquer plusieurs jours pour s'occuper d'elle, comme il l'avait fait pour Wyatt. Les relations entre Hermione et sa belle-mère ne lui permettaient pas de tolérer son aide et sa fierté l'avait empêchée de faire appel à ses propres parents. Alors son meilleur ami était venu et l'avait soutenue avant l'accouchement et la semaine qui suivit. Les petits restèrent en Suède avec une nourrice.

Quelques jours auparavant, le brun avait revu Dean, Seamus et Neville. Ils s'étaient dit au revoir avec une grimace à la place du sourire, sauf pour Neville qui prenait tout avec le sourire, persuadé qu'ils se reverraient un jour. Encore heureux, se disait Harry. Ils s'étaient quittés en bons termes, avec la promesse de se retrouver les vacances prochaines, voire de venir séjourner quelques jours en Suède. C'étaient des paroles sincères des deux côtés.

Cependant, on ne pouvait pas vraiment dire la même chose pour les autres. C'était toujours pareil, de toute manière. Rien de vraiment nouveau.

A part qu'il s'était disputé avec Ron.

Le genre de dispute qui met fin à une amitié, si on considérait que la leur existait encore.

Ron était venu boire un café, trois jours auparavant. Hermione avait pris Alva et Frida chez elle pour l'après-midi et la soirée parce que Wyatt était triste de leur départ, tout comme les filles qui auraient bien voulu emmener Tata Hermione, Tonton Charlie et Bébé Wyatt. A la maison, Harry était donc seul avec Nils qui bouquinait dans sa chambre. Il l'avait prévenu que Ron passerait, mais l'adolescent n'avait pas bougé. Un peu comme s'il craignait de laisser son père seul avec son ex.

C'était Ron qui lui avait demandé ce rendez-vous. Jusque là, ils avaient très peu parlé de ce départ, que Harry avait annoncé de vive voix ou bien par courrier. Ils ne s'étaient même jamais vus seuls, un peu comme si le rouquin ne désirait pas en parler, ou qu'il attendait que Harry se décide à le faire. Mais le brun estimait n'avoir aucun compte à rendre, alors il n'avait jamais cherché à le voir avant son départ. Quand Ron lui demanda un rendez-vous, Harry ne fut pas étonné et accepta sans vraiment réfléchir.

Ils s'étaient engueulés comme du poisson pourri.

C'était différent de d'habitude. En général, Ron leur faisait toujours les mêmes reproches, à lui et Draco. Toujours la même rengaine.

Mais là, il lui avait dit des choses différentes. Des choses qui blessèrent Harry plus qu'il n'aurait pu l'imaginer.

Des mots que Ron n'aurait jamais dû prononcer et qui mirent Harry dans tous ses états, sa voix partant dans les aigues et faisant vibrer les murs de la maison.

Il lui dit qu'il se cachait derrière des faux semblants, qu'il prenait Draco pour un héros mais qu'en réalité il n'allait pas mieux, qu'il était toujours à moitié dépressif et anorexique, que son mec si parfait n'était jamais parvenu à le guérir.

Il lui dit que Draco était un égoïste qui ne pensait qu'à lui, car ils avaient beau dire que c'était un choix pris ensemble, c'était lui qui quittait le foyer, qui faisait sa vie ailleurs, et qui le forçait à le suivre sans arrêt. C'était lui qui l'avait rendu dépendant à lui et la vie qu'ils menaient, comme si ça pouvait le rendre heureux, lui, et leurs enfants qu'il se coltinait à longueur de temps.

Il lui dit que Draco ne l'aimait peut-être pas autant qu'il le pensait, que cela faisait quatre mois qu'il avait déserté la maison et que rien, absolument rien ne pouvait l'empêcher de se taper un petit mignon pour combler le manque. Qu'en réalité, il en avait peut-être assez de cette vie-là, avec quatre enfants à charge, un mari mal dans sa peau au sale caractère qui commençait à vieillir.

Il lui dit que…

Que…

Une boule se forma dans sa gorge alors que Frida, à ses pieds, faisait galoper un poney bleu sur le carrelage au sol. Il avait cru devenir fou. Vraiment fou.

Car en même pas une heure, il lui cracha au visage toutes ces angoisses contre lesquelles il luttait depuis des mois, des années. Alors, hors de lui, Harry s'était montré plus odieux que jamais, lui vomissant tout ce qu'il pensait de lui, tout ce dégoût qu'il lui inspirait, cette souffrance qui sommeillait en lui parce qu'il avait perdu son meilleur ami, parce qu'il n'en pouvait plus de le voir comme ça, à s'accrocher à lui, à l'espoir de le voir partir, alors que tout le retenait dans cette maison : son mari, ses enfants…

Ce fut le pire moment.

Vraiment le pire.

Quand Ron lui dit, yeux dans les yeux, que la seule raison pour laquelle il restait avec Draco, c'était qu'après tout ce temps, il n'était plus capable de se remettre en question et de s'en aller.

Tout dépendait de Draco.

Il était sous son emprise.

Il avait toujours fait ce qu'il avait décidé.

Et, malheureusement, tant qu'il ne s'en rendrait pas compte, il en serait toujours ainsi.

« P'pa ? J'en ai marre de lire…

- Tu veux jouer à quelque chose ?

- Nan…

- P'pa j'ai faim !

- Moi aussi j'ai faim ! »

Il l'avait frappé.

Pour le faire taire… il l'avait frappé.

Puis, horrifié par son geste, il l'avait poussé dehors. Ron était tellement sonné qu'il n'avait pas vraiment essayé de lutter, jusqu'à voir la porte. Il lui avait demandé pardon, ses paroles avaient dépassé sa pensée, mais il voulait tellement qu'il y voit clair… Rien à faire. Harry ferma la porte, puis se précipita dans la salle de bain pour prendre une douche froide, ravalant les larmes qui menaçaient de couler… pour finalement s'effondrer dans son lit et pleurer. Comme ça faisait bien longtemps qu'il n'avait pas pleuré…

« P'pa, et si on allait faire les boutiques ? Ca nous dégourdirait les jambes, comme ça.

- Pour que t'achètes plein de conneries à manger ? Teddy, tu crois pas que t'as déjà assez de trucs dans ton sac ?

- Ooooh s'il te plait P'pa !

- J'ai faim !

- P'pa, s'teuplé !

- Y'avait des magazines là-bas !

- Allez Papa !

- Mon Papa d'amour ! »

Mais quelle bande de casse-couille… Pensa-t-il. Agacé et les jambes un peu engourdies, Harry se leva, mettant fin aux supplications de sa marmaille. Avec des cris de joie, ses monstres se redressèrent à leur tour. D'un coup de baguette, leur père rangea le bordel sous l'œil critique des sorciers aux alentours, qui visiblement appréciaient peu le terrain de jeu que Harry avait créé pour ses filles, alors que la quasi-totalité des enfants de leur âge aux alentours rêvaient de se mêler à elles.

Puis, ils se dirigèrent vers les boutiques prétendument sans taxes, Teddy et Nils en tête. Les yeux un peu dans le vague, Harry s'alluma une cigarette, se fichant éperdument du regard des sorciers qui le reconnaissaient ou qui jugeaient sa conduite peu appropriée devant des enfants.

Mais là, tout de suite, il s'en fichait. Toutes ces pensées sombres qu'il avait réussi à repousser dans un coin de son esprit lui revenaient de plein fouet. Il avait tout fait ces derniers jours pour oublier sa douleur, et là, dans ce vaste hangar, il se sentait perdu. Largué. A ne plus savoir où il allait et qui croire.

Ron mentait.

Il ne disait que des bêtises.

Il le savait.

Il ne pouvait pas avoir raison. Il ne savait rien, ne connaissait rien…

Harry avait envie de vomir.

Comme quand il était jeune, que la panique montait en lui et que le seul moyen de ressentir un peu de soulagement était de baisser la tête dans la cuvette des chiottes et rendre le contenu de son estomac.

« Hey, P'pa, t'as vu ces bonbons ?

- Ils sont rigolos !

- Tu me les achètes ? S'il te plait ! »

Les yeux dans le vague, il rêva des bras de Draco, et de son odeur. Sa douce odeur masculine qui avait cet effet si apaisant sur lui, ses mains chaudes qui caressaient si bien ses cheveux, jouant avec ses mèches noires, les glissant derrière ses oreilles pour dégager son visage…

Je t'aime, eut-il envie de lui dire au téléphone.

Mais il n'avait pas eu le courage de l'appeler.

« Allez Papa, s'il te plait !

- On sera sages dans l'avion, promis ! »

Mécaniquement, Harry fouilla dans la poche de son jean et en sortit une bourse, l'air de dire « allez-y, faites-vous plaisir, c'est moi qui régale ». Aussitôt, ses quatre marmots se dispersèrent dans la boutique qui vendait confiseries, boissons, journaux et souvenirs pour chercher leur bonheur. Son mal de crâne empirait au fil des minutes alors que ses petites se précipitaient dans tous les coins, piaillant devant un étalage de bonbons, ne sachant quoi choisir.

Ses jumelles.

Ses deux petits bébés, si petites quand elles étaient venues au monde, si douloureuses… Qu'est-ce qu'il avait pu souffrir quand il les avait mises au monde…

Il s'en rappelait encore, de ses contractions douloureuses qui le faisaient souffrir le martyr. Il se rappelait avoir hurlé à Draco de ne pas regarder en bas, surtout pas, quelle que soit la raison, en sachant pourtant que jamais son époux ne s'y risquerait. Harry ne s'en serait jamais remis, s'il l'avait fait. Il se souvenait aussi de ses poussées, de ses mains qui déchiraient la chemise blanche qu'il portait alors, de la libération, et de cette douleur qui demeurait en lui, différente de celle qui avait suivi la naissance de Nils.

Il se rappelait de la panique.

Cette putain de panique, quand la sage-femme, en suédois, l'avait examiné, palpé, et que son visage s'était tendu. Alva hurlait non loin de lui, mais il ne l'entendait quasiment plus, les yeux braqués sur les traits de cette vieille femme qui savait quelque chose que tous ignoraient. Le regard qu'elle lui lança ensuite, entre compassion et inquiétude, fit monter sa peur d'un cran.

Et puis…

« C'est pas fini, Mr Potter. »

Sa main posée sur son ventre avait résumé le reste.

Accoucher de Frida fut très difficile, car il était épuisé et en souffrance depuis trop longtemps pour trouver la force de pousser et l'expulser de son ventre. Il y parvint, pourtant, et quand il l'entendit crier, il manqua de s'évanouir. Difficilement, Harry parvint à rester éveillé jusqu'à ce qu'on lui apporte ses deux petites filles, blondes comme les blés, si fragiles contre son torse. Et alors que l'intense plaisir d'avoir mis au monde deux trésors pareils se diffusait en lui, apaisant tous ses maux, Harry avait enfin levé les yeux vers son époux qu'il n'avait pas eu la force de regarder jusque là, plongé dans un état semi-comateux.

Draco pleurait. Il n'arrivait même pas à sourire. Il caressait du bout des doigts le duvet pâle sur le crâne de leurs filles et les regardait avec une douleur dans les yeux. Ils n'avaient pas cette tendresse qu'il avait pu y lire à naissance de Nils. Le visage défait de son mari et cet amour mêlé de souffrance qu'il vit dans ses yeux quand il le regarda resta très longtemps implanté dans son esprit.

« P'pa, regarde ! T'as vu, on dirait des vers de terre ! »

Durant une semaine, Harry resta en observation à l'hôpital, et s'il put en sortir, ce fut uniquement parce que Draco avait pris un mois de congé et qu'il insista auprès des médicomages pour le laisser partir. Son état n'exigeait pas la surveillance attentive du personnel médical, le souci résidait dans ses difficultés à se lever et se déplacer. Durant ce long mois, que Draco allongea, il s'occupa de son époux à chaque étape de la journée et prit soin de leurs enfants du mieux qu'il put. Cette espèce de quiétude que Harry avait ressentie après son accouchement, qu'il n'avait pas connue avec Nils, lui permit de prendre tout cela avec philosophie et de ne pas se formaliser quand Draco se montrait trop prévenant avec lui.

Dans un sens, il avait aimé se faire chouchouter, même s'il savait que la situation était bien plus grave qu'il ne le voulait le penser à l'époque. Sa vie avait été mise en danger. La naissance de Nils avait été douloureuse pour Draco. Voir son mari dans un tel état de douleur l'avait complètement retourné, et quand Harry lui annonça sa seconde grossesse, il s'était dit que ce n'était qu'un mauvais moment à passer. Mais cette torture avait duré plus longtemps que prévu, et sous ses yeux, il avait vu son compagnon mourir de douleur pour mettre au monde leurs deux enfants.

A l'époque, Teddy avait dix ans, et un peu plus tard, il lui raconta qu'aller voir les jumelles à l'hôpital n'était jamais une partie de plaisir. C'était Teddy qui insistait pour suivre son papa plutôt que de rester avec la nourrice et Nils. Et à chaque fois, il le voyait pleurer devant les lits de ses petites sœurs en les tenants dans ses bras. Il n'avait retrouvé le sourire que lorsque les médicomages, trois jours après la naissance, lui assurèrent que Harry s'en sortirait sans séquelles.

Draco n'avait été heureux de cette naissance que le jour où Harry put enfin tenir leurs filles contre lui, les regarder, et lui dire les yeux dans les yeux qu'elles étaient belles et qu'elles lui ressemblaient plus que Nils.

Ce jour-là, Draco lui avait fait jurer de ne plus jamais prendre de traitement pour avoir un bébé. Il ne voulait plus jamais le voir dans un état pareil. Son compagnon lui avait répondu qu'il ne comptait pas retenter l'expérience, mais Draco avait secoué la tête, exigeant qu'il lui fasse cette promesse.

Il ne voulait plus d'enfants. Il ne voulait plus le voir souffrir le martyr. S'il désirait un autre bébé, il était prêt à le porter lui-même, mais par pitié, qu'il ne recommence plus jamais…

« Alva, t'as vu les sucettes en forme de pieds ?

- Oh je les veux ! Oh regarde, on dirait des doigts de troll ! »

Harry baissa les yeux, ses doigts tremblant légèrement contre sa cigarette. Il avait pris le traitement suite à une discussion avec des amis, en Suède, lors d'une réception, où Draco avait dit qu'il avait toujours rêvé d'avoir une famille nombreuse et qu'il était heureux d'avoir deux fils. Parce que Harry allait beaucoup mieux et qu'il était prêt à agrandir sa petite famille, et accessoirement contenter Teddy qui voulait une petite sœur, il avait décidé de faire la surprise à Draco pour son vingt-huitième anniversaire. S'il lui en avait parlé, son chéri aurait tout fait pour qu'il ne tente pas l'aventure, de peur qu'il souffre trop à nouveau.

Et malgré tout, Harry ne regrettait pas un seul instant tout ce qu'il avait enduré pour mettre au monde ces deux monstres en robe de princesse qui ensoleillaient sa vie chaque jour que Dieu faisait.

Même si Ron disait le contraire.

Même s'il prétendait que c'était Draco qui lui avait implanté l'idée en tête. Que tout était de sa faute, qu'il aurait dû le devancer et poser des mois de congés pour mettre au monde leur enfant, lui-même, dans son ventre. Qu'il aurait dû souffrir à son tour et ne pas laisser égoïstement Harry dans la tourmente, à un moment où Harry s'était trouvé dans la tourmente, craignant qu'à l'approche de la trentaine, de leurs dix ans d'amour, Draco ne se lasse de lui et de cette vie, et qu'il regrette un jour de ne pas avoir eu la famille qu'il souhait.

Il n'aurait jamais dû lui parler de ça. Jamais.

De ces craintes qu'il avait en effet ressenties à l'époque.

Etait-il donc si manipulable ? Draco avait-il joué avec lui, avec ce qu'il ressentait à ce moment-là ?

Non.

Bien sûr que non.

« Papa, tu peux m'acheter ça, s'il… »

Soudain, son téléphone vibra dans sa poche. Tout ce que Teddy aurait pu lui dire à cet instant lui échappa complètement. Harry sortit son téléphone de sa poche : c'était Draco. Surpris, Harry hésita à décrocher, puis il regarda son fils et lui donna sa bourse.

« Tiens, chéri. Un gallion par personne, pas plus. Je reviens dans dix minutes. »

Puis, Harry quitta la boutique et se précipita vers un coin calme qu'il avait repéré, près de grandes fenêtres donnant sur les pistes d'atterrissage, vide de tout sorcier. Marchant vers les baies vitrées, Harry décrocha enfin.

« Allô ?

- Bonjour, mon cœur.

- Bonjour, Chéri. Désolé, j'étais dans une boutique avec les gamins.

- Ça va, tout se passe bien ?

- Ouais, ça roule. Sont chiants, mais bon, tu sais ce que c'est…

- L'aéroport, c'est pas l'endroit le plus génial pour des enfants, ça c'est certain. Je suppose que les autres passagers t'ont regardé de travers tout du long, n'est-ce pas ?

- Qu'est-ce que les sorciers peuvent être coincés du cul.

- Pour le coup, je ne peux que t'approuver, mon ange. »

Son conjoint avait pris sa pause pour lui passer un petit coup de téléphone, regrettant de ne pas pouvoir être là. Harry appréciait le geste et se sentait un peu mieux. C'était un peu comme si Draco était là, tout près de lui. D'ailleurs, il lui assura qu'il viendrait les chercher en taxi sorcier pour lui éviter la cheminette, qu'il détestait toujours autant.

« Tu sais que je t'adore ?

- J'adore le petit ton sensuel de ta voix…

- Ça te fait vibrer ?

- Tu peux pas savoir. Les enfants vont bien ?

- Pourquoi tu gâches toujours tout ? En plus je t'ai déjà dit qu'ils étaient chiants…

- Nils était préoccupé hier, au téléphone.

- C'est normal, il aime pas tellement les déménagements, surtout qu'il va vivre chez tes parents.

- Tu penses que c'est ça ?

- Draco, il va passer plusieurs mois chez tes parents, tout seul, c'est normal qu'il soit nerveux. Ce n'est pas ces deux semaines de vacances qui vont le rendre plus joyeux.

- Enfin, tu m'diras, entre terminer sa scolarité en Suède et la finir avec ses copains…

- Chéri, Nils est angoissé, c'est normal.

- T'es sûr qu'il n'y a que ça ? »

Nils avait parlé. Ce salopiaud avait osé parler de ce qui s'était passé à son père. Harry leva les yeux au ciel, cherchant un moyen de se dépatouiller de ce merdier, sans savoir ce que son aîné avait dit exactement à Draco. Mais visiblement, ce dernier était informé…

« Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

- Qui ?

- Nils.

- Que Ron est passé il y a trois jours, que vous vous êtes quasiment tapés dessus et que t'es resté dans la chambre jusqu'au dîner. »

Une boule commença à se former dans sa gorge. Pourquoi lui parler de ça maintenant ? Pourquoi ne pas attendre qu'il arrive ?

« Oui, et ?

- Et je voulais savoir comment il allait. Si tu avais revu Ron depuis, tout ça…

- Tu peux pas attendre que j'arrive pour me parler de ça ?

- Hier, il pleurait au téléphone. »

Par Merlin…

« Donc je préfère te demander comment il va, que je sache à quoi m'en tenir quand il va arriver. Il me parle toujours beaucoup dans ces moments-là.

- Il… Il paraissait agité, mais il ne m'a rien dit.

- Vous n'en avez pas parlé non plus.

- Tu veux savoir ce qu'il m'a dit ?

- Qui ? Nils ?

- Non, Ron.

- Pas vraiment. Tu l'as revu ?

- Non. Nils t'a raconté ?

- Non, il ne m'a rien dit. Ou presque. Mais je préfère qu'on en parle quand tu seras là.

- Tu veux que je parle à…

- Non. Ça ne sert à rien.

- Et moi, tu ne me demandes pas comment je vais ?

- Non. Tu ne m'en as pas parlé, donc je vais faire comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes.

- Il a pas été gentil, tu sais…

- Il n'est jamais gentil. Te prends pas la tête, mon cœur. Il te fait toujours un cinéma pas possible.

- Tu m'en veux ?

- De quoi ?

- De ne pas t'en avoir parlé.

- Non, je suppose que tu allais m'en parler à ton arrivée. De toute façon, tu te disputes toujours avec lui quand tu t'en vas. Mais apparemment, ça a été assez violent, cette fois-ci… Ou est-ce que tu deviens plus susceptible, avec l'âge ?

- Dis tout de suite que je suis vieux, couillon. »

Il y eut un rire de l'autre côté de la ligne et quelque chose s'allégea en lui. Cette délicatesse qu'avait Draco de lui poser des questions sans jamais toucher le fond du problème, afin de le régler plus tard, l'avait toujours intrigué. C'était typiquement Malfoyen, disait Narcissa avec cynisme. Ça rendait certaines choses plus simples.

« Bon, je vais te laisser, ma pause est bientôt finie.

- Attends ! »

Il ne voulait pas le laisser partir. Pas comme ça.

Il avait trop de choses sur le cœur pour le laisser partir…

« Je peux… Tu as encore quelques minutes ?

- Pour toi, j'ai toujours quelques minutes. »

Il ferait mieux d'attendre. De l'avoir en face de lui et de lui dire tout ce qu'il avait sur le cœur, tout ce qu'il traînait depuis trois jours…

Mais il ne pouvait pas. Ses mots avaient ravivé quelque chose en lui et il ne pouvait pas le laisser raccrocher, pas comme ça…

« Tu sais, Draco… »

Les yeux ouverts sur les pistes d'atterrissage, Harry eut l'impression de voir le visage de Ron, emprunt d'une colère froide qu'il peinait à maîtriser.

« Je voulais te dire, que… »

La boule qui s'était formée dans sa gorge quelques instants plus tôt se fit plus douloureuse.

« Que je suis bien, avec toi. »

Les vannes commençaient à s'ouvrir, lentement.

« Tu sais, je… Je suis pas parfait. Je suis bourré de défauts, et même si ça fait quinze ans qu'on est ensemble, j'arrive encore à me dire que tu méritais mieux que quelqu'un comme moi. Je suis jamais content, je passe mon temps à me plaindre, je te prends la tête pour un oui ou pour un non… »

Il prit une inspiration, espérant pouvoir ravaler ces flots qui menaçaient de se déverser en lui.

« J'ai pas changé. En quinze ans, je suis toujours le même abruti dépressif qui se laisse guider parce que de toute façon, il n'est bon à rien, et c'est mieux si c'est quelqu'un d'autre qui choisit pour lui. Je suis toujours ce petit garçon maigre qui ne grossira jamais, parce qu'il se déteste tellement que… J'me déteste, Draco. Je me hais. Comme au premier jour. Et je comprends même pas pourquoi tu es encore avec moi, alors que tu mérites tellement mieux que ça… »

Il entendit un début de voix à l'autre bout du fil, mais il la coupa net dans son élan.

« J'ai vu Ron y'a trois jours. Il a été… horrible, avec moi. J'ai eu tout ce que je méritais, je le sais, mais… Mais il a dit des choses… qu'il avait jamais dites. Et tu sais, je fais tout pour aller mieux, croire en toi, en nous, et en moi, surtout, mais là… Ça m'a fait trop mal. J'ai pas osé t'appeler parce que je me sentais trop misérable, et puis tu sais comment je suis, c'est tellement facile de me faire rentrer des choses dans le crâne. »

Il y avait à nouveau sa voix grave, qui lui débitait toutes ces conneries, auxquelles il avait cru dur comme fer durant toute cette putain d'après-midi.

« Je sais ce que les autres pensent. Ils disent que t'es qu'un égoïste qui pense qu'à ta gueule, et que tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour ne pas te perdre. Comme quoi tu m'as donné des ordres et j'ai obéi, parce que je suis tellement dépendant que toi que je serais prêt à tout… Et dans le fond, ils ont pas tord, tu sais, tu me demanderais de sauter par la fenêtre que je le ferai sans hésiter… T'aurais pu me détruire. T'aurais pu faire n'importe quoi, avec moi. Et tu le sais. »

Les larmes lui montaient aux yeux, brouillant sa vue. Et Draco ne parlait toujours pas, le souffle de sa voix se coupant sans cesse à mesure qu'il enchaînait.

« Mais ce qu'ils ne sauront jamais… C'est que j'ai voulu cette vie. J'ai voulu être avec toi, parce que tu ne me parlais pas comme les autres. Tu t'en fichais de mon statut, tu m'envoyais chier quand j'allais trop loin, et t'as jamais eu peur de moi. Je voulais passer ma vie avec toi, je voulais qu'on forme une famille, je voulais être papa… J'étais terrifié, parce que les enfants, c'est pas mon truc, et j'avais tellement peur de ne jamais être assez bien que j'en voulais pas… Mais Nils et les jumelles, je les ai voulus. Pas autant que toi, mais je les ai voulus. Je ne les ai pas eus pour toi. Mais parce qu'au fond de moi, j'ai toujours rêvé d'être papa, d'avoir une famille à moi. Et tu m'as redonné cette confiance-là. »

C'étaient ses bébés. A lui. Sa fierté, son sang, sa chaire…

« Quand je doute, quand j'ai peur, quand je vais pas bien, je ferme les yeux et je fais comme si ça n'existait pas. Je suis comme ça, j'ai toujours été comme ça. Je suis égoïste, je laisse les autres penser des choses fausses. Je les ai laissés croire que tu nous arrachais à notre pays, que tu faisais passer ta carrière avant tout le reste, que c'était toi qui avais décidé qu'on aurait des enfants… Je suis un vrai connard. Et pourtant, t'es toujours là, à encaisser et essayer de me protéger. »

Le déni.

C'avait été sa plus grande faiblesse, mais aussi sa plus grande force. Ce qui l'avait aidé à tenir toutes ces années… même s'il n'existait plus vraiment quand Draco le regardait.

« Tu sais, ce qu'il m'a dit ? Que peut-être tu me trompais. Que peut-être t'en avais marre de moi et qu'un jour tu me quitterais. Ça me terrifie. Parce que quand Alva et Frida ne seront plus à la maison, que Teddy aura sa propre vie, qu'est-ce que je deviendrai ? Est-ce que tu m'aimeras encore ? Est-ce que tu ne te lasseras pas de moi ? De mes caprices, de mes crises, de ma jalousie ? Parce que le plus jaloux des deux, c'est pas toi, c'est moi… L'idée que tu puisses en aimer un autre me terrorise, et pourtant, je sais au fond de moi que je serais capable de te pardonner. »

Les larmes coulaient sur ses joues, à présent. Des larmes douloureuses qui blessaient son visage et embrouillaient sa vue.

« Parce que sans toi, je ne suis rien. C'est pas une question de dépendance… C'est juste… T'es l'homme de ma vie. T'es le seul que j'ai aimé, le seul pour qui je serais capable de tout. T'es ce que j'ai de plus précieux dans mon existence, avec les enfants, et encore, jamais j'aurais pu en avoir si t'avais pas été là. J'ai choisi cette vie, j'aime être à tes côtés, même si je me plains tout le temps. J'aurais jamais pu être heureux avec quelqu'un d'autre, pas autant que je le suis avec toi. Ma vie n'aurait aucun sens si tu m'abandonnais… »

Il se laisserait mourir, comme il avait su si bien le faire. Il perdrait le goût de vivre, ne mangerait plus, et se laisserait dépérir. C'était l'amour de sa vie, son guide, son protecteur. Tout à la fois.

« Alors… J'veux que tu saches que… Je suis bien, avec toi. Et je veux jamais que ça s'arrête. Je m'en fous que tu voyages, que tu nous emmènes aux quatre coins du monde. Du moment que tu veux bien de moi, c'est tout ce qui compte. J'ai jamais été malheureux avec toi, t'entends ? Jamais. Même si les autres disent le contraire, j'ai aimé cette vie, j'ai aimé te suivre avec les gamins, même si c'était dur. Et je veux continuer à te suivre, aussi loin que tu le voudras. Tu m'as tout offert, une stabilité, une raison d'avancer, une maison où je me sens bien, un avenir… »

Lui avait-il déjà dit un jour tous ces mots ? Lui avait-il déjà avoué à quel point il avait été heureux durant ces années ? Il ne savait même plus…

« Je t'aime, mon chéri. Tellement, que des fois, ça me rend malade… »

Il n'arrivait même plus à parler à cause des sanglots qui commençaient à le secouer. Il se sentait misérable, la main crispée sur son téléphone et le visage trempé.

La voix de Draco mit quelques secondes avant de se faire entendre à son oreille, et quand elle lui parvint, elle était différente de d'habitude.

« Moi aussi, je t'aime à la folie, mon ange. Tellement fort que, moi aussi, des fois, ça me rend malade… »

Elle était pleine d'émotion contenue. Comme s'il essayait de se retenir de pleurer.

« Je m'en fous de ce que les autres pensent. Je me fous de passer pour un égoïste, un égocentrique. Seul l'avis de mes vrais amis compte, les autres ne m'apportent rien. Ils ne m'ont jamais rien apporté. Tu t'accroches à eux parce que tu les as aimés et que tu refuses de renoncer à tout ça, et je le comprends très bien. Tu aimes te faire du mal, Harry, tu as toujours eu ce côté masochiste qui fait peur, parfois. Un peu comme si tu avais besoin de payer quelque chose. Même moi, j'ai l'impression parfois que tu penses me devoir quelque chose. Mais quand on aime, Harry, il n'y a pas de dettes. J'ai fait ce qui me semblait le mieux. A tord ou à raison. »

Sa voix douce le berçait et apaisa un peu les soubresauts douloureux qui l'agitaient.

« Tu es l'homme de ma vie. Je l'ai compris quand j'ai commencé à entrer dans ton intimité, que je me suis retrouvé à devoir te gérer toi mais aussi ton fils adoptif. Et que j'ai aimé ça. J'ai aimé être là pour toi, j'ai aimé te voir sourire et regagner confiance en toi, et j'ai aimé être le beau-père de cet enfant. J'ai aimé tomber amoureux de toi, de ton rire, de tes yeux, de ton sourire, de tes sales manies, de ton langage peu délicat… parce que t'es quelqu'un de fantastique qui mérite qu'on le chérisse. Tu te détestes, parce que ce que tu fais n'es jamais assez bien et tu préfères écouter les critiques plutôt que croire que, pour une fois, tu fais bien. Alors qu'en fait, t'es un compagnon, un mari, un amant, un père et, surtout, un ami extraordinaire. Tu es la seule personne en qui j'ai vraiment confiance sur cette terre et à qui je pourrais confier mon existence. »

Mais rapidement, il sentait la tension étreindre son corps fatigué, alors que les larmes coulaient à nouveau sur sa peau en gouttes salées.

« Tu es la plus belle chose qui me soit arrivé, tu sais. Et crois-moi que si t'avais pas été là, je serais jamais allé aussi loin. J'avais tellement honte de mes finances et de mon mode de vie que j'ai tout fait pour redresser la barre, pour être digne de toi, et si je me suis autant investi, c'était pour que tu sois fier de moi. Que tu te dises que ton mari s'en était sorti seul, sans l'aide de sa famille. Je voulais que tu m'admires. Que tu sois fier de moi. »

Sa voix commençait à trembler.

« Mais j'ai toujours eu peur que ça ne soit pas assez… Que tu te lasses, de moi, de cette vie, des enfants… De moi, surtout. J'ai changé, et même si tu me dis sans arrêt que tu m'aimes comme ça, même si tu me prouves sans cesse que tu me désires, je suis terrifié, moi aussi, à l'idée que tu en aimes un autre. Durant ces quatre mois, il ne s'est pas passé une journée sans que je n'aie envisagé cette éventualité. Pas avec Ron, je sais que tu as tourné la page, même si les doutes surviennent parfois. Mais avec un autre, plus solide, plus beau, plus jeune…

- Jamais…

- Je ne t'ai jamais trompé. Ni par le corps, ni par la pensée. Et tout ce que je souhaite, c'est terminer ma vie à tes côtés. Je n'ai jamais désiré personne autant que toi. Et crois-moi, plus d'une fois j'ai failli tout abandonner, parce que tu me manquais beaucoup trop. »

Harry ferma les yeux de soulagement, alors que la voix de son amoureux laissait entrevoir quelques larmes. Draco aurait pu lui mentir, lui faire avaler n'importe quoi. Mais il l'aurait su, de suite. Personne ne pouvait lui mentir indéfiniment. On lui avait trop menti pour cela.

« Je veux pas que tu t'en ailles. Je te l'ai déjà dit, je ferais n'importe quoi pour que tu restes avec moi. Sans toi, je suis perdu… T'imagines ? J'arrive même pas à survivre quatre putains de mois sans toi, comment je ferai si tu disparaissais pour le reste de ma vie ? Qu'est-ce que je deviendrais sans toi pour me préparer à manger, pour me motiver, pour me guider dans mes décisions, pour ensoleiller ma vie comme tu sais si bien le faire ? Comment je ferais pour continuer à aller travailler, alors que tu ne serais plus là pour m'accueillir le soir, pour me gronder quand je rentre tard… Comment je pourrais vivre si t'es plus là pour m'en donner l'envie, hein, Harry ? »

Mais il ne put répondre. Certains auraient mal pris ses paroles, mais pour Harry, c'était comme une énième déclaration d'amour. Car oui, Draco n'était bon à rien. Il ne savait pas cuisiner, faire le ménage, gérer une maison et leurs enfants plus de quelques jours, et encore. C'était pas son truc. Et d'un autre côté, tout ce que faisait son compagnon, ce n'était pas le truc de Harry non plus. Ils étaient deux bras-cassés qui s'étaient lancés dans la vie ensemble, avec chacun un rôle plus ou moins définis qu'ils s'étaient choisis parce que ça leur correspondait mieux. Draco n'avait jamais tenu un balai de sa vie et Harry fuyait ce monde financier, politique, où il n'avait jamais eu sa place.

C'était caricatural. Mais ils aimaient vivre comme ça. Ils aimaient cette répartition des tâches et savouraient ces moments où l'autre changeait de place pour alléger le quotidien. Harry adorait quand Draco prenait en charge les petits-déjeuners, emmenait les enfants au parc pour une après-midi de détente, tandis que son chéri appréciait son écoute attentive quand il avait besoin d'un avis, d'un conseil. Ils avaient trouvé cet équilibre là et ne souhaitaient pas le remettre en cause.

« Je te laisserai jamais partir, Harry. Je t'aime trop pour ça. Tu dis que je pourrais faire n'importe quoi de toi, mais toi aussi, tu sais que tu peux me faire faire n'importe quoi. Tu peux me faire autant de mal que de bien. T'es tout ce que j'ai. Tout. Les enfants, ça grandit, ça part… Ça fait leur vie. Un jour, ils partiront, c'est la logique des choses. Si toi tu pars…

- Je partirai jamais, Draco…

- Je l'espère. Je prie chaque jour pour que tu ne m'abandonnes pas et… Merci. Pour ces mots. Parce que des fois, je… Si seulement je pouvais être là et te prendre dans mes bras… »

Harry rouvrit les yeux, essuyant ses larmes avec la manche de sa veste en jean. Par Merlin, il aurait donné beaucoup pour avoir son époux tout contre lui.

« Bientôt, mon chéri. Bientôt. »

Un soulagement indescriptible s'était emparé de lui. Pourtant, il avait les joues trempées, la bouche grimaçante, le cœur emballé et son bras crispés contre son ventre, comme s'il cherchait à se prendre dans ses bras pour se bercer.

Il était comme un enfant.

Il avait toujours été un enfant, face à Draco.

Un petit garçon perdu qui avait besoin de quelqu'un pour le guider et prendre soin de lui.

Qui avait besoin qu'on l'aime pour ce qu'il était, avec tous ses défauts et ses qualités.

Un homme bien.

Qui ne se moquerait pas de lui.

Qui n'essaierait pas de le manipuler, comme tant d'autres avaient fait. Comme Ron avait essayé de faire, aussi, parce que la célébrité, c'était tellement grisant, surtout quand on partageait la vie d'un héros…

« Oui, bientôt. Tu seras le premier que je prendrai dans mes bras.

- Je préfère attendre et ne pas avoir les gamins frustrés contre mes jambes. De toute façon, je sais que c'est moi, ton préféré.

- J'ai pas de préféré !

- C'est moi qui les ai mis au monde, donc si, je suis ton préféré.

- C'est vrai.

- Tu viendras nous chercher ?

- Tu en doutais ?

- Avec ton travail…

- Tu en doutais ?

- Non. Mais tu sais, je vais pas très bien depuis trois jours, alors…

- Ca ira mieux, maintenant. On invitera Hermione cet été ?

- Y'a intérêt.

- Son bébé sera né, en plus.

- M'en parle pas, sinon je vais pas l'inviter. »

A l'autre bout du fil, Draco explosa de rire. Sa voix hilare lui arracha un sourire doux. Avec Hermione et Charlie, son problème avec les gosses n'avait rien de malsain. Ils s'en amusaient, même. C'était toujours bon de les voir, même si Wyatt était un chouineur de première.

« Je vais aller rejoindre les monstres.

- Tu les embrasses pour moi ?

- Et moi, tu m'embrasses pas ?

- Espèce de jaloux. Ça va, il ne te reste plus longtemps à attendre…

- L'avion a du retard.

- Il a toujours du retard.

- Les sorciers ont deux bras gauches, deux pieds droits et la tête mal vissée. Rigole pas, tu sais que j'ai raison, t'es potable uniquement parce que j'ai interdit la baguette à la maison.

- Je serais tellement plus efficace avec une baguette…

- Mais c'est tellement plus sexy quand tu fais tes pains perdus à la main…

- Parce que je me dégueulasse les doigts avec les œufs et le lait ?

- Ouais. J'adore.

- Enfoiré.

- Je t'aime, mon cœur. »

Il avait retrouvé le sourire, un vrai sourire, tendre et amoureux. Son corps s'était un peu détendu et les nuages qui obstruaient sa vue depuis plusieurs jours disparaissaient au fil des secondes. Il se sentait presque bien et l'attente qu'il lui restait avant d'arriver enfin à Stockholm lui parut beaucoup moins longue.

Quelques minutes encore, Harry se laissa bercer par la voix grave de son compagnon, qui éternisait sa pause en se fichant pas mal de l'heure qui tournait. Puis, après quelques légers baisers, ils raccrochèrent. Le brun regarda son téléphone quelques secondes, soulagé d'un poids. Il se dit qu'il devrait ouvrir plus souvent son cœur à Draco et lui parler quand il n'allait pas bien. Cependant, en quinze ans, il n'avait jamais su corriger ses difficultés à extérioriser ses sentiments. Il savait que Draco le connaissait beaucoup trop bien et qu'il était compliqué de faire des efforts quand l'autre lisait en vous comme dans un livre ouvert.

L'esprit apaisé, Harry quitta l'espace toujours aussi vide et passa très rapidement aux toilettes pour se passer un coup sur le visage. Ignorant les sorciers et leurs petits garçons qui attendaient qu'une cabine se libère, Harry se rafraichit le visage puis se pressa vers les boutiques où il avait abandonné ses enfants. Il espéra que les filles n'aient fait aucune bêtise ou qu'elles n'aient pas fait tourner leur frère en bourrique, comme elles savaient si bien le faire.

Quand le Survivant arriva au niveau du magasin, il eut la surprise de voir ses quatre gamins à côté de l'entrée sans rien dans les mains. La mine boudeuse, Alva et Frida étaient adossé à une vitrine derrière laquelle se trouvait une affiche. Nils se trouvait juste à côté d'elle et discutait avec Teddy. Ils ne le virent pas arriver vers lui, mais l'entendirent tout de suite quand il les interpella.

« Bah alors ? Vous avez rien acheté ? »

Aussitôt, quatre paires d'yeux se braquèrent sur lui, et ce qu'il avait pris pour de la boudinerie était en fait de l'inquiétude. Enfin, surtout pour ses deux filles qui se redressèrent et se précipitèrent vers lui, les volants de leur robe flottant autour de leurs jambes.

« P'pa ! »

Surpris, Harry les laissa venir jusqu'à lui et se coller à lui pour lui faire un câlin. Il passa une main tendre dans leurs bouclettes blondes qu'il avait pris tant de soin à coiffer le matin même. Nul besoin de lever le nez pour savoir que ses fils les avaient rejoints.

« Qu'est-ce qui se passe, les filles ? Vous avez fait une bêtise ?

- Pourquoi t'es parti ? »

Alva venait de lever son visage vers lui. Ses yeux brillaient de larmes contenues. Harry fronça les sourcils et jeta un coup d'œil furtif à Teddy qui haussa les épaules.

« J'étais au téléphone avec Papa. Je ne te l'ai pas dit, Teddy ?

- Nan, mais comme je t'ai vu avec le téléphone, bah j'ai pensé que c'était Papa, mais elles m'ont pas cru ! Hein, Nils ?

- En même temps, il est parti longtemps …

- Ouais, trop longtemps ! »

Alva le regardait toujours avec ses yeux humides et tristes, des vrais yeux de chien battu. Le genre qui vous faisait craquer mais qui n'avaient absolument aucun effet sur lui.

« Mais qu'est-ce que vous voulez que je fasse d'autre ? J'avais laissé des sous à Teddy en plus…

- C'est pas à cause de nous que t'es parti ? »

La petite voix de Frida et ses yeux de cocker lui serrèrent le cœur autant qu'ils le surprirent. Il lui caressa le front avec tendresse.

« Pourquoi est-ce que je serais parti à cause de vous ?

- Parce qu'on est pas sage.

- Et t'es parti longtemps.

- Et alors ? Vous pensiez que j'allais vous abandonner ?

- Elles pensaient que t'étais en colère. »

Nils regardait ses pieds, les mains croisées derrière son dos. Il paraissait nerveux, sans doute à cause de ce qui s'était passé quelques jours auparavant avec Ron. Pour détendre l'atmosphère, Harry leva les yeux au ciel puis poussa un soupir à fendre l'âme.

« Mais qu'est-ce que vous êtes allés m'inventer là ! Je déteste les aéroports, c'est plein de gens, de bébés qui pleurent et de gamins qui hurlent. C'est normal que je ne sois pas de bonne humeur. On a discuté un peu trop longtemps avec Papa, c'est vrai. Mais ne vous inquiétez pas, tout va bien ! »

Puis, Harry se baissa pour être au niveau d'Alva et Frida. Il les avait bien réussies, ses petites filles. Elles étaient belles comme le jour, avec leurs yeux clairs, leurs boucles dorées et leurs traits si expressifs, typiquement Potter d'après Narcissa. Avec leur robe à fines mailles mauve pour l'une, bleu ciel pour l'autre, leurs collants rayés blanc et noir en laine et leurs bottines noires, elles étaient adorables. C'était elles qui avaient choisi leur tenu ce matin-là, prévoyant même le froid de Stockholm en enfilant des collants et leur gilet. Harry pensait que ce ne serait pas suffisant, mais elles voulaient être belles pour leur papa. Et elles étaient superbes. Comme toujours.

« Vous pensez vraiment que c'est mon genre de disparaître comme ça, aussi longtemps, parce que je suis énervé ? »

Les deux petites filles eurent un sourire intimidé, arrondissant leurs joues roses, avant de secouer la tête.

« Je ne vous abandonnerai jamais. Même si vous êtes de vrais monstres ! »

Harry les serra d'un coup contre lui, les faisant rire. Il leur fit un gros câlin pour chasser la moindre trace d'inquiétude de leur cœur puis les embrassa sur les joues avant de lever les yeux vers ses fils qui paraissaient rassurés. Surtout Nils, en fait. Harry se leva, récupéra sa bourse et montra la boutique aux jumelles qui se ruèrent à nouveau vers les bonbons. Teddy les suivit quelques secondes plus. Quand il fut suffisamment loin d'eux, Harry se dirigea vers Nils et passa une main affectueuse dans ses cheveux noirs et raides. Son fils ferma les yeux quelques instants avant de les rouvrir tout aussi vite.

« Papa m'a dit que tu lui avais parlé de Ron.

- Pardon.

- Tu n'as pas à t'excuser. C'est normal.

- Tu ne m'en veux pas ?

- Je t'en voudrais de tout garder pour toi. Je préfère que tu en parles, c'est plus sain.

- Papa t'a grondé ?

- Pourquoi il me gronderait ?

- Parce que tu t'es disputé avec Ron et t'a pleuré. Et tu lui as rien dit.

- Qu'est-ce que tu lui as dit, au juste ? »

Nils lui jeta un regard hésitant, puis il dut comprendre à son expression que son père ne le disputerait pas. Et que de toute façon cela n'avait jamais été son intention.

« Pas grand-chose. Juste que vous vous êtes disputés, que c'était… violent. Et que t'es resté dans ta chambre tout l'après-midi. Mais je ne lui ai pas dit ce que j'ai entendu. Je préférais… Enfin…

- Oui, Nils ?

- Je… Je voulais… qu'on en parle. »

Ses yeux bleus s'embuèrent. Les mots avaient été violents, aussi bien de la part de Ron que de Harry. Nils n'aurait jamais dû entendre tout ça. Bien évidemment, Harry s'en voulait terriblement de ne pas avoir su se contrôler en sachant que son fils était à l'étage et qu'il écouterait, et c'était bien pour cela qu'il n'en avait pas parlé avec lui.

Ça lui faisait peur.

Et très mal, aussi.

« Chéri, regarde-moi. »

Nils leva les yeux vers son père qui se rendit compte à quel point son petit garçon avait grandi. Il avait beau n'avoir que dix ans, il lui paraissait déjà si grand, si mature malgré son jeune âge…

« Tu sais, dans la vie, y'a des gens bien, et y'a des cons. Et des fois, ces cons, c'est tes amis. Tu sais pas pourquoi ils sont comme ça, pourquoi ils te font du mal, ou pourquoi tu n'arrives pas à comprendre qu'en fait, ils ne veulent que ton bien.

- Mais Papa, il…

- Ton Papa est un homme bien. Et depuis qu'on est ensemble, il m'a toujours fait passer avant le reste. Moi, et vous. Tu sais, des fois, tu entendras que c'est quelqu'un d'égoïste qui n'a toujours pensé qu'à lui. Parce qu'il nous a emmenés à Stockholm, comme ça, du jour au lendemain, parce qu'on a eu des enfants alors que je n'en voulais pas à la base…

- Mais tu m'as dit que…

- Tu connais la vérité, toi. Et c'est la seule qui compte.

- Pourquoi tu dis pas la vérité, alors ?

- Parce qu'on ne me croirait pas forcément. Parce que les gens s'en fichent. Et dans le fond, tu sais, même moi, je m'en fous. Dans la vie, il arrive que tu ais des doutes, c'est comme ça. Même si t'es persuadé que la personne qui partage ta vie t'aime et ne te fera jamais de mal, tu doutes quand même. C'est humain. Et qu'on te le crache à la figure, ça fait mal.

- Faut pas écouter les cons, P'pa.

- C'est ce que ton père se tue à me dire. Mais moi, je suis aussi con que les autres, tu sais.

- Ça, c'est clair.

- Hey ! »

Nils éclata de rire quand son père lui ébouriffa ses cheveux si bien peignés pour se venger. Puis, Harry l'attira contre lui pour le prendre dans ses bras. Contre ses cheveux, il lui dit quelques mots pour clore la conversation.

« On en reparlera un peu plus à la maison, d'accord ?

- D'accord. »

Puis, ils rejoignirent les autres dans la boutique pour payer les achats.

OoO

L'avion avait décollé une heure plus tôt. Ils étaient à peu près à la moitié de leur voyage, et à son plus grand plaisir, les voyageurs étaient plutôt silencieux.

Les avions sorciers n'avaient rien de différents des appareils moldus. Autant ils étaient capable d'ensorceler une télévision ou une voiture, autant ces appareils étaient trop complexes et surtout trop dangereux pour exiger la moindre modification magique. Les pilotes et hôtesses étaient tous des cracmols et derrière leurs sourires polis cachaient un certain amusement, voire de la moquerie, à voir tous ces sorciers si angoissés à l'idée de quitter le sol.

A vrai dire, il n'y avait rien de plus angoissé qu'un sorcier qui n'a plus les pieds sur terre. Les moyens de transports tels que les balais ou encore les tapis, pour ne citer qu'eux, ne les inquiétaient pas particulièrement, mais ce n'était pas le cas pour tous les autres objets, loin de là.

Du coup, l'embarquement c'était fait assez lentement, comme d'habitude, dans une ambiance assez tendue et angoissée. Bien évidemment, certains sorciers comme Harry étaient habitués et n'éprouvaient plus qu'une légère appréhension due au décollage et atterrissage, et bien entendu ce trajet qui se faisait à des kilomètres du sol. Cependant, il était difficile de lutter contre cette peur presque naturelle que les sorciers savaient si bien transmettre à leurs congénères.

Après avoir installé ses deux fils près d'un hublot, Harry s'était assis dans la rangée du milieu, entre ses deux filles pour éviter toute chamaillerie. Elles étaient très calme en avion mais il préférait éviter tout incident. En fait, l'avion avait toujours eu cet effet reposant sur elle et il était le bienvenu. Ainsi après avoir gribouillé sur leur tablette, Harry avait relevé leurs accoudoirs pour les accueillir contre lui pour un petit somme.

Juste avant de fermer les yeux, Alva lui avait demandé s'il les aimait. Harry lui avait répondu qu'il l'aimerait toujours. Même si on fait que des bêtises ? Avait-elle ajouté. Vous pourrez faire touts les bêtises que vous voulez, P'pa sera toujours là pour vous protéger.

Toujours.

Puis, tranquillement, elle s'endormit contre lui, le visage serein, sa petite main blanche posée sur son ventre.

OoO

L'aéroport d'Arlanda lui rappela de nombreux souvenirs. Il avait l'impression de se revoir, des années plus tôt, avec Nils dans les bras, Draco à son côté et Teddy entre eux. C'était l'hiver et la neige tapissait de blanc le paysage alentour. Il avait été stupéfait par toute cette blancheur, par ce froid mordant qui lui avait comme donné un coup de fouet, et par cette nouvelle vie, si loin de Londres, qui lui permettrait de tout recommencer.

Descendre de l'avion, traverser les pistes puis pénétrer dans l'aéroport le rendit nostalgique. C'était tellement agréable de revenir sur ces lieux, surtout en se disant qu'il n'était pas prêt de repartir… Enfin, il savait qu'il passerait quelques temps à Londres l'été suivant, mais leur nouvelle vie se baserait là, à présent.

Draco les attendait dans le vaste hall, au milieu de tous les sorciers et sorcières venant chercher leurs proches. Teddy fut le premier à le repérer, et plutôt que d'en avertir ses cadets, il se précipita vers lui et lui sauta dessus comme la misère sur le monde. Quand Harry arriva à leur hauteur, Draco serrait fort son fils contre lui, son visage caché dans les plis du manteau vert foncé du jeune homme. Il les trouva beaux.

Puis, alors que les plus jeunes les entouraient en réclamant leur câlin, son mari se recula, un sourire rayonnant aux lèvres, et ignorant les appels de ses autres enfants, il prit le visage de son aîné comme pour mieux le regarder. A vrai dire, il ne l'avait pas revu depuis les fêtes de Noël, et Teddy semblait avoir encore grandi depuis la dernière fois. La lumière dans ses yeux bleus et le sourire sur son visage trahissait tout le bonheur et toute l'émotion qu'il ressentait, alors que son père n'avait d'yeux que pour lui.

Ensuite seulement Draco se baissa pour prendre Nils dans ses bras puis accorder toute son attention à ses jumelles. Après les baisers et les câlins de rigueur, il leva enfin les yeux vers lui.

Tout disparut.

Ses doutes, ses souffrances, ce mal-être qu'il trainait constamment avec lui…

Tout disparut.

Ne restait plus que lui, son homme, son amour, entouré de leur marmaille.

Et quand Harry se jeta dans ses bras, sentant son étreinte l'enserrer tel un étau, il se sentit revivre. Car enfin ce calvaire était terminé. Il y avait ses mains dans son dos, son odeur contre son nez, sa tête contre la sienne et ses cheveux blonds contre sa joue.

Il y avait lui, contre lui, leur amour sans limite, toutes ces années passées ensemble à se disputer, se réconcilier, s'aimer tendrement et aller plus loin, toujours plus loin…

Tout irait bien, maintenant.

Ils étaient à nouveau ensemble.

La vie pouvait reprendre son cours.

FIN