Aftercare


« Je pense que c'est évident : il a eu un petit creux, répondit Hanji à la place d'Eren.

- Tu te crois drôle ? », asséna Levi en lui jetant un regard noir.

Elle haussa les épaules, un petit sourire entendu au bout des lèvres. Elle reprit plus sérieusement en lui désignant l'unique point d'eau de la pièce :

« Tu peux t'occuper de le débarbouiller pendant que je vais chercher de quoi le panser ?

- Il peut le faire lui-même, rétorqua Levi, il s'est bouffé qu'un bras à ce que je sache.

- Pas le bon », ajouta Hanji avant de s'évader.

Levi grommela après la brune, mais alla tout de même remplir un baquet d'eau qu'il déposa au pied du lit. Tandis qu'il cherchait un linge propre, il somma Eren de quitter son dépotoir. Du coin de l'œil, Levi le vit s'aider de son bras valide pour se lever, mais sitôt dressé sur ses jambes flageolantes, un vertige le fit chanceler. Prestement, il rejoignit l'adolescent, passa son bras valide en travers de ses épaules et soutint sa taille pour le guider. À bout de forces, le brun se laissa tomber à genoux à côté du baquet. Levi s'assit au bord du lit, mouilla le tissu et l'appliqua sur la face du garçon.

« Tu n'as pas intérêt à t'habituer à ça morveux, le prévint-il sèchement. C'est la seconde fois que je dois te décrasser ; il n'y aura pas de troisième. »

Interloqué, Eren hocha mollement la tête. Il se rappela la fois où, alité, le caporal l'avait lavé. Il avait des souvenirs diffus de gestes doux et de paroles réconfortantes, sans qu'il puisse se remémorer précisément leur teneur. Il avait alors cru à un rêve, mais il réalisait soudainement que ce n'était pas le cas.

Sous les stigmates vermeils que Levi s'efforçait d'effacer, la peau d'Eren apparut livide et froide, désertée par la vie. Sans douceur, il passa le linge sur ses lèvres qui se révélèrent aussi décolorées. Si des frissons irrépressibles ne secouaient pas encore son corps, Levi aurait juré tenir un cadavre ; il se demanda combien de litre de sang le gamin avait bien pu perdre.

Son visage grossièrement rincé, il souleva avec rudesse son menton pour passer le tissu sur sa gorge nappée de pourpre. Malgré lui, son attention dévia sur la rognure informe de son bras. Le sang désormais coagulé formait des grumeaux noirs et luisants. Curieusement, Levi fut tenté de plonger ses doigts dans la bouillie de chair rosée et de percer les caillots pour contempler le fluide carmin suinter à nouveau.

« C'était bon au moins ? demanda Levi, sans arrière-pensées. Ton bras ? »

Décontenancé, Eren se contenta de hausser les épaules. Levi essora le linge bruni par le sang et le colla à nouveau contre son cou.

« Si tu es allé jusqu'à bouffer ton propre bras, c'est que ça doit vraiment être exceptionnel, non ? insista Levi.

- Ce n'est pas ça ! se renfrogna enfin Eren. Je n'ai aucun intérêt pour ma chair, mais si je peux préserver mes proches de mes délires ainsi, je continuerais ! »

Levi était sur le point de lui demander si impliquer un étranger était donc acceptable, mais se ravisa. Il laissa tomber le linge et saisit brusquement le visage du brun. Ses doigts s'enfonçant sans vergogne dans ses joues retinrent le halètement surpris d'Eren.

« Donc tu as décidé d'assumer seul toute cette merde au risque de te complaire dans ta propre démence, résuma sèchement Levi en le sondant de ses pâles iris froids. Ça ne sonne pas comme une très bonne idée pour moi. »

Il relâcha sa prise et essuya ses doigts humides sur son pantalon.

« Mais qu'est-ce que je peux faire d'autres ? demanda Eren dont l'assurance et les convictions s'ébranlaient.

- Me faire confiance », répondit derechef Levi à la plus grande surprise de l'adolescent.

Le caporal s'approcha de lui et sa joue frôla la sienne. Irrésistiblement, Eren se pencha dans son cou et inhala son odeur. Il lui suffirait de s'avancer un peu pour effleurer de ses lèvres sa peau voluptueuse et goûter sa saveur du bout de la langue. Il en avait envie ; toutefois, rassasié qu'il était, il résista aisément à l'attrait de cette gourmandise.

Le souffle chaud de Levi contre son oreille et sa voix monocorde l'arrachèrent alors à ses fantasmes :

« Sois encore un peu patient, veux-tu ? »