...Oui, bon, je sais, j'suis en retard. Non, j'ai aucune excuse, même pas une fanfic sur GoT - à part une bonne grosse flemme et du boulot mal géré. Désolée. Pardooooooooon, j'le ferai pluuuuuus *se cache*
Bref, ultime chapitre du premier Livre de la Prophétie de l'Ombre, je vais me concentrer un peu sur LV cet été et quelques OS indépendants. J'ai déjà commencé à écrire un peu le second Livre, mais la publication ne commencera pas avant au moins septembre. Et étant donné qu'il y a peu de chance que je sois prise en deuxième année de prépa, j'irai en fac, donc j'aurai plus de temps pour écrire, au moins \o/
J'ai aussi intercalé une référence assez facile à Princesse Mononoke, chiche de la trouver!
Les feuilles mortes éparpillées sur le sol de l'Île de Fer bruissent doucement, effleurées par un pas léger et vif comme celui d'un oiseau, alors qu'une silhouette passe à toute vitesse, ombre parmi les roches. Les quelques Dresseurs encore stationnés sur la plage à cette heure tardive ne prêtent pas attention au petit Pokémon bleu et noir qui se faufile derrière leur dos, trop occupés à scruter les environs pour repérer les combattants potentiels. Ces derniers d'ailleurs sont rares, et rien ne vient briser la torpeur qui s'est abattue sur l'île aux Steelix, excepté le passage rapide du petit loup.
Le Pokémon esquive un Karatéka en train de s'entraîner et file à toute vitesse, poursuivi par les grognements du spécialiste Combat, dérangé dans son enchaînement. Les yeux bordeaux du louveteau bipède papillonnent à droite et à gauche durant sa course, alors qu'il essaye de repérer quelqu'un en particulier. Il emprunte un étroit couloir de pierre et accélère l'allure, voyant se rapprocher l'endroit qu'il cherche avec acharnement. Soudain débouche devant lui une Combattante fièrement vêtue de rouge, au visage ruisselant de sueur. Elle pousse un cri de surprise alors que le Pokémon saute sans broncher sur les parois rocheuses, bondit en l'air, fait une galipette et atterrit accroupi derrière la jeune femme. Il reste quelques secondes immobile, puis se remet sur ses pattes et reprend sa course muette, laissant à la Dresseuse hébétée et clignant des yeux le choix de décider s'il s'agissait d'une hallucination ou non.
Enfin, il parvient devant l'entrée monumentale de la principale grotte de l'Île de Fer, un immense amas de pierres qui luisent sous le soleil. Un éclair de soulagement passe dans les prunelles rouges du Pokémon et il bifurque sur la gauche, se dirigeant vers un piton rocheux où se trouve une silhouette immobile, visiblement assise. Le loup s'arrête en dérapant à quelques centimètres de l'inconnu et se met à couiner désespérément pour attirer son attention. Au bout d'une minute ou deux, la forme assise laisse échapper un grognement agacé et se décide enfin à bouger, faisant demi-tour pour se retrouver face au loup bleu essoufflé. L'homme vêtu de bleu sombre plante ses yeux azurins dans les iris de son Pokémon et soupire. « Riolu, que veux-tu ?
- Rio riolu, fait le Pokémon bipède d'un air pressant. Rio, lu, lu riolu ! » Au fur et à mesure que le petit Riolu développe, le visage de l'homme en tailleur se teinte de stupéfaction et ses sourcils se haussent de surprise. Il se remet sur pied et le fixe de son regard clair, à demi caché par son long chapeau, intrigué et très intéressé. « Répète-moi ça ?!
- Rio rio, lu riolu, résume platement le loupiot.
- Et où ?
- Riolu.
- Pas la porte à côté, donc... » Il réfléchit quelques secondes, puis dégaine une pokéball et appelle : « Airmure, montre-toi ! » L'immense oiseau d'acier apparaît dans un flash de lumière blanche et lève la tête, explorant les alentours. Un instant ravi de découvrir un endroit à sa convenance, il reprend son sérieux dès que son Dresseur s'approche de lui. Déployant une aile en escalier, Airmure laisse l'homme grimper sur son dos et le Riolu sauter derrière lui.
« À Kanto, Airmure, ordonne l'homme vêtu de bleu. Vole à Cameran ! » Le Pokémon de Johto lance un cri éraillé, puis décolle dans de lourds battements de ses ailes métalliques.
Alors qu'il survole l'Île de Fer, l'homme sur son dos sent l'excitation se répandre dans ses veines, semblant un pétillement électrique. Un large sourire presque carnassier étirant ses lèvres minces, il se penche à s'en coucher sur le dos d'Airmure, qui lui lance un regard en coin de son petit œil rond. Le Dresseur au regard bleu inspire profondément et ferme les yeux, le cœur battant, écoutant les sifflements du vent qui mordait ses joues pâles.
« Vole, mon ami, souffle-t-il. On nous attend. »
Tuut... Tuut... Tuut... Clic.
« Allô ?
- ...Maman ? C'est Flora.
- MON DIEU, FLORA – Norman, c'est notre fille !
- Sœurette, c'est toi ?!
- Flora, tu nous as fait tellement peur, mon bébé...
- Jeune fille, tu as quelques explications à nous donner, je crois.
- Où es-tu, ma chérie ?
- Chez la famille d'Ondine. À Azuria. Elles m'ont prêté des vêtements.
- ...Flora ? Tout va bien ?
- P-pas vraiment, non.
- Il s'est passé quelque chose ?
- Sacha va bien ?
- Oui... oui, Sacha va bien. Il est guéri. C'est... c'est pas pour ça.
- Flora, mon poussin, raconte-nous.
- Non. Pas ce soir. Je... Je vais rentrer à Clémentiville. Je vous expliquerai tout.
- ...Flora ? Que s'est-il passé ?
- Drew n'est pas avec toi ?
- ...
- Oh non, Flora, mon cœur, calme-toi– Max, qu'as-tu dit, encore ?
- Mais rien ! Sœurette, pourquoi tu pleures ?
- Qui est ce Drew ?
- C'est un ami de Flora, un Coordinateur, comme elle. Il lui offre tout le temps des roses, j'trouve ça bizarre, moi, mais ça a pas l'air de la déranger.
- ...
- Qu'as-tu dit, mon poussin ?
-. ..C'était. Maman... C'était... !
- Pardon ? Flora, qu'est-ce que tu racontes ?
- ...J-je vais r-raccrocher. Je... j'arrive à Clém-mentiville dans peu de temps.
- Attends, Flo– »
Clic.
OoOoOoO
« ...Et nous rejoignons Millie Guiléssou, en direct de la forêt de Carmin-sur-mer. Bonsoir Millie, pouvez-vous nous décrire la situation ?
- Bonsoir Patrick, crie la jeune femme brune, aux yeux légèrement maquillés de fard doré, pour se faire entendre par-dessus le bruit des pales de l'hélicoptère. Eh bien, c'est une situation exceptionnelle que nous avons là, je dois dire, et les experts qui sont avec moi dans l'hélico sont tout aussi perplexes que moi. » Zoom sur une langue de terre déserte au milieu d'un bois vert. « Regardez sur ces images étonnantes, on dirait que quelque chose a attaqué la forêt depuis le port : il y a une zone d'environ trois cents mètres carrés, aux bordures très nettes, où on ne voit plus le moindre arbre vivant, seulement des troncs noircis et dépourvus de feuilles, comme s'ils avaient été frappés par la foudre. Le sol fume encore par endroits et on peut voir des pierres fendues en deux, semblerait-il sous une intense chaleur ou pression. Le pire est que ce mal étrange semble contagieux, puisque les spécialistes de l'institut de la Forêt et de la Nature de Céladopole ont remarqué un ralentissement alarmant de la croissance des arbres voisins de cette zone brûlée.
- Justement, quelles seraient la cause et les conséquences de cette catastrophe sur notre environnement ?
- Les causes peuvent être multiples, s'égosille Millie, dont la voix est à peine audible par-dessus les mugissements du vent. Cependant les scientifiques excluent d'ores et déjà l'hypothèse d'une maladie contagieuse malgré les symptômes étranges que montrent les arbres en bordure : aucune infection n'aurait pu dévaster si nettement une si grande surface de forêt en une journée à peine. Actuellement, ils pencheraient plutôt vers un agent chimique extérieur, sans doute une attaque de Pokémon poison, par exemple, ou un rejet de déchets chimiques par les usines des environs. Cependant, les fabriques autour de Carmin-sur-mer ne rejettent aucun produit dangereux, et aucun Pokémon de type poison n'a été recensé dans les environs. Quant aux conséquences, les experts pensent qu'il est trop tôt pour se prononcer, mais estiment que la portée de cet accident ne sera pas considérable, la forêt possédant un pouvoir de guérison que l'on sous-estime trop souvent.
- Merci Millie. Après ce reportage en forêt de Carmin-sur-mer, les principaux titres de la soirée... »
Ondine éteint le poste de télévision, posant la télécommande sur la table basse. Assise dans le canapé, elle se mord doucement la lèvre, le regard dirigé vers l'écran éteint. Les images de la forêt dévastée et de la fumée qui s'élevait encore de la zone de terre brûlée tournent et retournent dans son esprit, se mélangent à ses souvenirs de cette nuit maudite.
La forêt empoisonnée. Les arbres qui meurent. Une toxine.
La jeune Championne prend lentement totalement conscience de ce à quoi ils ont échappé, et une sueur froide coule entre ses omoplates. Elle se sent soudain faible, insignifiante, comme si sa vie pouvait être soufflée en une fraction de seconde, telle une poussière sur le sol.
Pauvre Drew.
Ses mains se mettent à trembler violemment et la verveine dans sa tasse se met à clapoter dangereusement; Ondine est obligée de poser son mug sur la table en bois pour éviter d'en renverser. Un bruit de pas pressés attire son attention et elle tourne la tête, apercevant du coin de l'œil une silhouette rose pâle qui monte les escaliers quatre à quatre en étouffant des sanglots. Flora. Elle a dû appeler ses parents et leur raconter toute l'histoire.
La rouquine espère juste qu'elle n'a pas entendu les infos. Les images de la forêt détruite et de la destruction auraient à coup sûr démoli ses derniers espoirs – parce que malgré ce qu'elle dit, Ondine le sent, la brunette de Hoenn croit encore, prie pour que ce garçon qu'elle a vu disparaître dans le bourbier brûlant soit encore en vie.
Pauvre Flora.
Le bruit de la porte de l'entrée qui s'ouvre la fait sursauter. Lançant un regard par-dessus son épaule, elle découvre Sacha, le dos tourné, qui enlève ses chaussures boueuses et les range sous le radiateur, sagement côte à côte. Son Pikachu sautille jusqu'à Ondine et il bondit dans ses bras avec un « Pikachupi » joyeux, un peu forcé, réclamant des câlins. La rouquine se met à le caresser doucement, le laissant se blottir plus confortablement, puis relève le regard et croise les yeux de son Dresseur. Surprise par l'air sombre et tourmenté qui se lit sur son visage, elle fronce les sourcils, cessant un instant de papouiller Pikachu. « Qu'est-ce qui va pas ? »
Le brun hausse les épaules et se passe une main sur la nuque, regardant ailleurs. « Rien de plus que d'habitude, murmure-t-il, plus pour lui-même que pour la Championne. J'suis juste... Un peu fatigué. Ouais.
- Ah. » Décontenancée, Ondine regard Pikachu, l'interrogeant du regard, puis replante son regard turquoise dans les prunelles chocolat du garçon. « Si tu veux, il reste du jambon, des pâtes et du fromage, avec un peu de salade.
- Merci. »L'adolescent, après un instant d'hésitation, se dirige vers la cuisine d'un pas lent. La rousse aux yeux océan se renfonce dans le canapé et Pikachu pousse sa tête contre sa main comme le ferait un chat, demandant des caresses. « Dis donc, toi, s'étonne Ondine à voix basse, t'es bien câlin ce soir...
- Cha. » Le bruit du frigo qui s'ouvre et se referme parvient à la Championne, puis le silence. Intriguée par l'absence de sons, elle se retourne et découvre Sacha dans l'encadrement de la porte, visiblement hésitant. La rousse se lève, alarmée. Que son meilleur ami ne soit pas en train de se bâfrer comme il en a l'habitude dès qu'il y a de la nourriture est très inquiétant. Son regard est baissé, dans le vague. Quelque chose le chiffonne.
Ondine dépose Pikachu sur le divan à côté d'elle et se lève lentement, se dirigeant vers le garçon avec prudence. La rouquine au fort caractère se plante juste devant Sacha et pose une main sur son bras; le Dresseur aux cheveux bruns sursaute et pose sur elle un regard confus, las. La jeune Championne lui demande en chuchotant inconsciemment : « Qu'est-ce qu'il y a ? » Mais Sacha ne répond pas, se contentant de la regarder d'un air pénétrant. Fouillant dans les profondeurs de ses iris brun-roux en quête de réponse, Ondine ne voit que de l'hésitation et de la peur – mais pas la peur qui l'avait fait reculer quelques jours plus tôt, non. Plutôt une forme d'appréhension. Sa poigne se resserre sur le bras du garçon. « Sacha, qu'est-ce qui ne va pas ? »
Au bout d'un long moment, le Dresseur détourne le regard et ouvre la bouche, cherchant visiblement ses mots. « ...Rien. C'est juste... » Il se mord la lèvre, hésitant plus que jamais. La rouquine se penche légèrement vers lui, le pressant sans un mot de se confier à elle. Pendant un instant, l'adolescent semble sur le point de mettre des mots sur ce qui le tourmente, bouche entrouverte. « Je... »
Puis brusquement, Sacha secoue la tête avec un pauvre sourire. « Rien, va. Laisse tomber. » Il se dégage gentiment de l'étreinte de son amie en évitant son regard. « Je vais me coucher. » Il se détourne et se dirige d'un pas pesant vers les escaliers. « Bonne nuit, Dine. » lance-t-il à la Championne tout en montant les marches. Ondine le regarde disparaître dans le couloir sans un mot, découvrant sans surprise Pikachu qui sautille à la suite de son Dresseur. Une porte se ferme à l'étage et le silence revient dans la maison. La rouquine reste plusieurs minutes debout dans le hall, à mi-chemin de la cuisine et du salon, puis elle jette mécaniquement un regard sur la table.
L'assiette, le verre et les couverts qu'elle avait mis pour Sacha n'ont pas bougé. De surcroît, Ondine se rend compte, quand elle s'approche d'un peu plus près, que le verre est parfaitement sec et l'assiette propre. Les couverts, eux non plus, n'ont pas été utilisés.
Forêt au nord-ouest de Carmin-sur-mer, quelques heures plus tard.
Il fut un temps où la région boisée qui s'étend entre Carmin-sur-mer et Safrania était réputée pour sa bonne santé. On y trouvait des arbres centenaires, aux feuilles de mille nuances de vert; le sol était marbré d'ombres et de lumières filtrées par les hautes cimes des chênes et des hêtres, qui dessinaient comme des vitraux d'or et de bronze. Les sous-bois résonnaient de cris de Pokémons, du murmure du vent dans les branches, des craquements des troncs. Plusieurs sources couraient sur l'humus riche ou dans les nids de pierres grises, et des bosquets entiers de fleurs sauvages fleurissaient au printemps, transformant la forêt verte et brune en une mosaïque naturelle d'une saisissante beauté. La zone avait même été déclarée réserve naturelle, à une époque. Quelques crédules la déclaraient sacrée, protégée de Célebi, Suicune, ou une autre hypothétique divinité naturelle.
Mais ce morceau de paradis n'existe plus.
Les arbres, jadis fièrement dressés vers le ciel, sont brisés, tordus; certains fument encore, des volutes grises et âcres qui s'élèvent vers le ciel couvert et la lune gibbeuse cachée derrière les nuages. La sève s'écoule des marques de leurs troncs comme le sang d'une plaie. Les branches pendent tristement, leurs feuilles à peine tenues par un pétiole sec et fragile, se détachant parfois. Les rochers sont fendus en deux, brûlés, réduits en poussière par une force inouïe et destructrice venue des ténèbres. Les buissons, réduits à de fins squelettes, semblent prêts à s'effondrer comme un château de cartes. Çà et là, des trous béants crèvent la terre. Là où auparavant se dressaient de fiers sapins et des chênes centenaires, il n'y a plus qu'une fosse et des troncs couchés sur le sol, leurs racines cassées et blanchâtres à demi enfouies. Feuilles mortes et cendres s'accumulent en petits tas disséminés le long de la langue de terre brûlée, détruite, décomposée par l'assaut d'une vague huileuse.
Un filet de vent se met doucement à souffler sur le coin de forêt, encore fumant par endroits. La brise chasse les vapeurs grisâtres, la puanteur âcre encore présente dans l'air. Les feuilles frémissent, murmurent; les troncs creux dans lesquels passe le courant d'air semblent chanter un air mélancolique, un air de deuil pour leurs frères tombés.
Lentement, imperceptiblement, le sol change.
L'humus brûlé, spongieux, sèche sous l'assaut subtil du vent nocturne. Il se répare lentement, plongé dans cette léthargie propre aux forêts ancestrales. Les crevasses se referment tout aussi insensiblement, et la terre, soufflée par les zéphyrs, recouvre peu à peu les blessures du sol. Les plantes se redressent lentement, toujours très lentement, et, chose incroyable, ouvrent leurs fleurs à la fraîcheur de la nuit. Les sépales, puis les pétales s'écartent, offrant au regard voilé de l'astre lunaire leurs cœurs jaunes, leurs étamines poudreuses de pollen. Le vent le sème, ribambelle féerique de grains de vies qui volent avec paresse et nonchalance entre les herbes encore debout. Quelques-uns se collent au liquide poisseux qui a coulé sur le sol.
Les arbres aussi changent. Leurs troncs morts brunissent un peu plus, sans à-coups, avec douceur, presque tendresse. Les branches brisées, tordues, sont doucement agitées par le vent à peine plus fort, murmurant leurs malheurs à la nuit. Les feuilles flétries, trouées, noircies par les assauts de la vague destructrice, semblent se dresser de quelques millimètres. Leurs pointes détruites désignent une à une la lune encore cachée par les nuages, semblant lui ordonner de sortir de sa cachette. Les cendres sont chassées des creux des branches, des troncs, des cimes réduites de moitié, et s'envolent au loin. Les bois se remettent de cette attaque violente et soudaine. Ils guérissent. Lentement. Le processus est long, mais il est en marche.
Puis le vent cesse, et plus rien ne bouge. La forêt semble apaisée, à nouveau sereine. Une ambiance étrange, presque magique, s'installe, tout doucement. Les grains de pollen s'éloignent, portés par les vents comme des grains de sable du marchand de sommeil. Les plantes se balancent doucement; les fourrés bruissent à peine. La lune voilée éclaire les rochers fendus, aussi lisses et brillants que la lame d'une épée.
Un pied effleure le sol. Les fleurs s'épanouissent brusquement lorsque la pointe du sabot se pose à terre, puis fanent aussitôt qu'il se relève. Les pas sont légers et lents comme ceux d'un faon qui découvre son monde. De petits bosquets de violettes et de boutons d'or fleurissent en quelques secondes, avant de mourir quelques secondes après que le pied pointu se soit relevé. De pas en pas, de terre nue en fleurs mortes, de trépas en renaissance, lentement, l'inconnu fait son chemin.
La lune, curieuse, se dévoile peu à peu. Un rayon éclaire le pied prudent, caresse sa surface lisse, d'un bleu presque noir, bordé de blanc. Une ombre immense s'étend sur le sol, noire et muette comme un fantôme. Les feuilles frémissent à nouveau et semblent se colorer légèrement de vert lorsqu'effleurées par les bois pâles de la créature. Des yeux violet sombre, marqués de bleu céleste, explorent lentement la clairière détruite, examinent les troncs, les pierres, le sol, comme si leur propriétaire les écoutait raconter leurs malheurs.
Nous avons été attaquées, chuchoteraient les feuilles en frissonnant. Nous sommes mortes sous la vague. C'était horrible.
La vague nous a emportés, admettraient les arbres de leur ton un peu bourru, rude. Elle a tué la moitié d'entre nous.
Les phrases laconiques des roches viendraient alors soutenir leurs camarades : Nous avons souffert aussi. Nous sommes brisés. Nous sommes blessés.
Aide-nous, semblent gémir les buissons et les fleurs. Aide-nous. Nous ne voulons pas revivre ça.
Oui, aide-nous.
Aide-nous...
La créature hoche lentement la tête et ferme les yeux. Sous la lumière pâle de la lune, elle semble figée dans une attitude de recueillement, mélancolique, tête penchée vers l'avant, son corps bleu et noir bordé d'argent se fondant dans les ombres. Ses bois immenses ne scintillent plus, voilés, à peine colorés en ce temps de deuil pour tant d'êtres vivants. À ses pieds fleurissent lentement des perce-neige et des chrysanthèmes pâles.
Pas une seule fois, il ne fait attention aux silhouettes difformes du dragon et de l'adolescent inertes, immobiles, étendus sur le sol à quelques mètres de là.
Les paupières du Dresseur frémissent, puis s'ouvrent, dévoilant son regard encore un peu embrumé de sommeil. Le garçon reste quelques secondes allongé, vaguement attentif, clignant des yeux pour éclaircir sa vision un peu floue. Lorsqu'il reconnaît la chambre d'ami dans laquelle l'a installé Ondine la veille, en compagnie de Pierre, Sacha fronce les sourcils et se redresse en position assise, frottant ses yeux ensommeillés comme le ferait un enfant. La fraîcheur de la nuit fait naître une série de frissons sur sa peau encore habituée à la chaleur et au confort des draps. L'adolescent parcourt la chambre baignée d'obscurité du regard, remarquant au passage Pikachu allongé sur son lit défait et Pierre qui ronfle paisiblement dans le lit de l'autre côté de la pièce. Le réveil digital en forme d'Azurill posé sur la table de chevet indique en chiffres lumineux 01:46 et Sacha fronce à nouveau les sourcils. C'est un peu tôt pour être réveillé, ça.
Puis il se souvient des événements de la veille et son regard se fait soucieux et déterminé à la fois. Il doit faire vite.
Sacha se penche en avant et secoue doucement son partenaire. « Pikachu. Réveille-toi, c'est l'heure. » Le petit Pokémon grommelle, ouvrant paresseusement un œil pour découvrir son ami en train de se lever. Le Dresseur attrape sa casquette sur la table de chevet, puis se lève doucement, grimaçant lorsque le lit craque. Mais Pierre grogne à peine et se retourne, faisant face au mur, et Sacha soupire de soulagement. Il s'empare de son T-shirt blanc, jeté négligemment sur une chaise, et l'enfile, suivi de sa veste, puis il récupère ses baskets et les noue rapidement. Lorsqu'il relève la tête, Pikachu l'attend à la porte, pleinement réveillé et le regard grave.
La souris électrique suit son Dresseur du regard alors qu'il fait le lit encore chaud sous le coup d'inexplicables remords, le regard baissé, et se dirige à pas lents et silencieux vers la porte, enjambant précautionneusement les affaires éparpillées sur le sol. Son sac à dos jaune sur une épaule, casquette sur la tête, il finit d'attacher sa ceinture de Pokémons autour de la taille et parcourt une dernière fois la chambre de ses yeux chocolat. Une fois qu'il est sûr qu'il n'a rien oublié, l'adolescent expire d'un air résigné, puis tourne les talons, ouvre la porte, et sort dans le couloir.
Le couloir et la cage d'escalier sont plongés dans la semi-obscurité et le silence le plus total. Le jeune Aura-Gardien referme délicatement la porte derrière lui, prenant soin à ne pas la cogner contre les montants, puis commence à se diriger vers la cage d'escalier, ses pas assourdis par la moquette bleu nuit dont le parquet est recouvert. Il jette un rapide coup d'œil dans la chambre occupée par Flora, histoire de s'assurer qu'elle est toujours endormie. Lorsqu'il passe devant la pièce dans laquelle dort paisiblement le trio Rocket, un grognement retentit, le figeant sur place. Pikachu, qui le précédait de quelques mètres, revient sur ses pas et passe la tête par la porte, rassurant son Dresseur au bout de quelques secondes. C'est rien, c'est Miaouss qui rêve, semble-t-il dire à l'adolescent. Ce dernier soupire, soulagé, et reprend sa progression sur la pointe des pieds, accompagné par le murmure du Pokémon Chadégout, qui marmonne un vague « Persian, dégage de mon frigo » avant de se rendormir.
Sacha ne lance pas un regard à la porte colorée des trois sœurs Sensationnelles, mais sent son estomac s'alourdir alors qu'il parvient près de l'escalier. Là, le battant de bois clair est largement ouvert, parce qu'elle n'aime pas dormir sans pouvoir entendre ce qu'il se passe en bas, dévoilant dans un rectangle aux contours flous les ombres de la chambre. Malgré son désir de ne pas s'arrêter, il ne peut pas, il n'a pas le temps – le garçon s'immobilise, sous le regard compatissant de Pikachu, et jette un coup d'œil dans la pénombre de la chambre.
Il remarque aussitôt une foule d'infimes détails qu'il aurait mille fois préféré ne pas voir, ne pas retenir, parce que c'est juste trop cruel. Le pendule avec des silhouettes d'Octillerys, de Tentacruels, de Milobellus et de Staris découpées dans du carton, qui projettent leurs ombres sur le mur du fond. La chaise de bureau légèrement décalée, signe qu'elle est souvent utilisée. La corbeille qui déborde – il y a même une boulette de papier à côté. Quelques dessins d'enfants sur le mur. Une photo dans un cadre, représentant deux adultes dont Sacha ne distingue pas le visage. Des fléchettes plantées de manière hasardeuse dans la cible en liège fixée sur le mur de gauche. Accroché au-dessus du lit, à droite, un poster d'un groupe de musique qu'il ne connaît pas dont la chanteuse, étonnamment jeune, a les cheveux blancs. Le pied nu d'une jeune fille empêtrée dans ses draps qui pend dans le vide. Enfin, la chevelure d'un roux assombri par la faible luminosité, étalés sur l'oreiller comme une rivière de feu.
Le visage d'Ondine est hors de vue, caché par les collines des draps, mais la respiration calme de la Championne suffit à assurer Sacha de son sommeil profond. Pendant de longues minutes, les deux adolescents restent immobiles, la première endormie sous le regard désolé, triste, presque tendre, du second. Pour une raison qu'il ne parvient pas à s'expliquer, Sacha n'arrive pas à se détacher de la contemplation de la silhouette de sa meilleure amie endormie. Son bras droit, qu'elle a dans son sommeil tordu sur l'oreiller, devient subitement la plus fascinante des œuvres d'art, et le jeu des ombres dans les plis blancs capte le regard brun du jeune Aura-Gardien comme un aimant attirerait un morceau de fer. Il se surprend à lever légèrement la main, tendant le bras vers la forme endormie, hésitant encore...
Puis la rouquine se retourne sur le dos et le charme est brisé. Le Dresseur cligne des yeux comme une chouette en plein jour et laisse retomber son bras le long de son flanc. Il se détourne à regret et descend prestement l'escalier, le regard de Pikachu lui brûlant le dos.
Mewtwo l'attend dans la cuisine, bras croisés, l'air neutre. « Sacha. J'allais commencer par croire que tu ne t'étais pas réveillé.
- Mew, fait le petit chat psychique, grondant son aîné.
- Désolé, souffle le jeune Dresseur. Je voulais faire attention de ne réveiller personne. » Mewtwo hoche la tête sans quitter le garçon des yeux, et tous les deux savent que le Légendaire n'est pas dupe. Le médium fait un signe de tête : « Tout est prêt ?
- Presque. Tu peux attendre quelques minutes encore ?
- Pas trop longtemps. Mon emprise sur leurs sommeils commence à s'amoindrir. D'ici vingt minutes, Flora, Pierre et James seront à nouveau capables de se réveiller au moindre bruit. » Le brun acquiesce, puis se faufile dans le salon, cherchant à tâtons l'ordinateur personnel des Championnes. L'engin s'allume sans un bruit et Sacha, les yeux plissés par la lumière bleutée de l'écran, se connecte immédiatement au système de stockage du professeur Chen. Il sélectionne plusieurs pokéballs, puis clique sur « Transfert » et patiente pendant le chargement des données, le regard sombre.
Le Palettois aux yeux chocolat n'est pas fier de ce qu'il s'apprête à faire. Pas du tout. Il déglutit nerveusement, mais sa gorge semble bloquée, sèche et glacée. Une poids pèse dans sa poitrine et il se sent vaguement nauséeux, mal à l'aise. Abandonner ses amis comme ça, en un tel contexte, le fait se sentir terriblement coupable – et à raison. C'est pour leur bien, tente-t-il de se rassurer. Ils ne seront pas blessés. Mais rien de ce qu'il se dit ne parvient à calmer la nervosité et les regrets qui tournent dans sa tête.
La machine finit par émettre un bip aigu et Sacha revient brusquement sur terre. Une fenêtre s'affiche sous son regard las et proclame : « Transfert terminé. Voulez-vous échanger des Pokémons de votre équipe contre ceux que vous avez retiré ? » Le Dresseur clique sur « Oui » et dépose quelques pokéballs dans le téléporteur. Un message clignotant s'affiche à nouveau : « Attention ! Il est possible que vous possédiez trop de Pokémons (plus de six). Selon l'article 1er de la Convention de Dressage édictée par la Ligue Pokémon, tout Dresseur surpris avec plus de six pokéballs sur lui est passible de poursuites judiciaires. Si votre équipe comporte trop de Pokémons, nous vous conseillons fortement d'en déposer. »
Le Dresseur hésite quelques instants, sentant le regard sombre de Mewtwo peser sur ses épaules. Puis il se décide brusquement, déplace la souris et clique sur « Non », avant de fermer la fenêtre. En regard l'écran s'assombrir et le logo de la Sylphe Sarl s'afficher à l'arrêt de la machine, le Dresseur sent le malaise et le dégoût s'amplifier. Briser la règle de la Ligue fait de lui un paria, un criminel, et il a beau savoir que la fin justifie les moyens, ça lui fait quelque chose au fond de lui. Pikachu se faufile sous son bras et frotte sa tête contre sa poitrine, bien décidé à le réconforter, et son Dresseur lui caresse la tête d'un air absent, se sentant toujours souillé, presque impur.
« Sacha, dit doucement Mewtwo. Nous devons y aller. » Le jeune Aura-Gardien hoche la tête sans un mot, puis se lève et attrape les pokéballs qu'il venait de retirer, les ajoutant à sa ceinture. Ses doigts effleurent les surfaces bombées des sphères bicolores et il énumère les noms à chaque pokéball qu'il devine sous sa peau. Dracaufeu. Jungko. Majaspic. Noarfang. Kaïminus. Géolithe. Donphan. Crocorible. Il marque une pause et déplace sa main vers sa poche; sous sa paume, il devine le dessin d'un éclair imprimé sur la pokéball. Et Pikachu. Neuf en tout. Il soupire doucement sous le regard indéchiffrable de Mewtwo, puis remet son sac à dos sur son dos et sort du salon sans un mot. Très exactement quatre minutes plus tard, la porte de l'entrée se referme très délicatement avec un infime cliquetis.
Rien ne trahit le départ du jeune Dresseur ni des deux Pokémons Psy. Il n'y a aucun changement dans la disposition des objets, aucun appareil allumé, rien qui ne puisse attirer l'attention dès le réveil des autres habitants de l'Arène. La nuit a repris ses droits, étendant son ombre silencieuse et douce sur chaque meuble de la maison.
Seul subsiste de leur passage un morceau de papier plié en deux, qui repose sur la table du salon, avec un unique mot griffonné à la hâte, d'une écriture malhabile et tremblante.
Pardon.
OoOoOoO
Ils marchent sans un bruit sous le ciel cobalt, piqueté de diamants qui paraissent bien ternes. Sacha ouvre la marche, silencieux, le regard fixé loin devant, frissonnant par moments lorsque l'air de la nuit se fait trop frais. Pikachu sautille sur le sol à côté de lui, adaptant son rythme à celui de son Dresseur et ami. Quelques mètres derrière, les pattes souples de Mewtwo foulent la terre du chemin, laissant des empreintes qui s'effacent d'elles-mêmes. Mew, voletant sur le côté, alterne entre son clone et le garçon, échangeant parfois quelques mots avec un Pikachu mal réveillé.
À cette heure tardive traînent encore dans les rues quelques fêtards à la démarche mal assurée, des hommes et de femmes qui semblent sortir d'une nuit intense de travail, et pourtant ne s'approchent pas à moins d'un mètre des étonnants voyageurs. Aucun des passants ne leur pose de questions, ne leur coupe la route, ne leur accorde un regard; ils ne semblent même pas se rendre compte de leur présence. Le petit groupe semble entouré d'une bulle protectrice qui l'isole du monde entier. Seuls quelques Caninos mal réveillés aboient à leur passage, avant qu'un peu de persuasion psychique de la part de Mewtwo ne les replonge dans le sommeil.
Ils s'éloignent du centre-ville, puis de la banlieue plus calme. Bientôt, la campagne apparaît devant eux, ainsi que le panneau qui leur indique la limite de la ville. Sacha fait encore un pas, puis s'immobilise, l'air indécis. Les deux Pokémons Psy le dépassent en lui lançant un rapide regard, bien conscients de son hésitation. Le jeune Aura-gardien relève les yeux et se tourne vers la ville qu'ils abandonnent, la détaillant une dernière fois. Il reste quelques secondes à contempler les toits rouges de la cité aquatique, la masse colorée de rose, de jaune et de bleu de l'Arène qui émerge de cet océan de tuiles bordeaux. La rivière qui coule non loin avec un son cristallin reflète le ciel bleu sombre, s'ornant d'écailles d'argent. Le regard brun de l'adolescent passe sur le Promontoire des Cœurs Brisés comme s'il ne le voyait pas, s'attarde à peine sur la maison de vacances de Léo et le pont Pépite encore désert.
Puis Sacha se détourne, le visage à demi caché par des mèches de cheveux sombres qui tombent sur son front, et attrape sa capuche des deux mains, la plaçant fermement sur sa tête. Lorsqu'il relève les yeux, c'est un regard décidé qu'il lance à Mew et Mewtwo, qui hochent la tête d'un air approbateur. Le garçon fait un pas en avant, encore un peu hésitant, puis reprend sa marche à un rythme décidé, entraînant les Pokémons à sa suite. Pas une seule fois il ne se retourne alors la ville disparaît lentement derrière eux.
Loin devant eux, les montagnes de Cameran se dressent fièrement, auréolées de brume matinale, à demi éclairées déjà par l'aube qui s'annonce.
À SUIVRE...
