Note de l'Auteur _ Coucou les gens & désolée du retard... Après l'attaque d'un méchant virus (Un Rogue d'ailleurs... xD Dans mon malheur, j'ai bien rigolé ! J'savais bien que c'était un virus l'ptit Sev' !) ; ma famille problématique & tout l'tralala, j'ai pu me remettre sérieusement à écrire qu'hier & j'ai écrit la moitié de ce chapitre depuis ! L'autre moitié ayant été écrite avant. Bref, je l'ai donc fini il y a peu & ma relecture a été assez relative... Il reste donc pas mal de fautes sans doute, mais j'suis complètement assomée. Je relirais sans doute demain ou jeudi & j'virerais les dernières fautes...

& un grand merci de vos reviews ! =D A ceux à qui j'ai déjà répondu, à Florigeon encore une fois ! =D & à Miss Malefoy... Uhm, je ne sais pas si t'en rends compte, mais c'est moi que tu analyses donc ça m'a bien fait rire. Je dois avouer que cette fiction me concerne beaucoup -peut-être même un peu trop- & tout ce que tu as dit à propos d'Ella s'adressait particulièrement à moi... =P Et à tous ceux qui ne sont pas inscrits sur feufeupointnet mais qui voudraient que je leur réponde, mettez votre adresse, ou votre blog ou... n'importe quoi ! x)

Bref, je vous laisse à la lecture en espérant que ça vous plaise... & vous surprenne ! x)

Bonne lecture !

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Ellarosa - Chapitre 20

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« Une femme peut fort bien aimer deux hommes à la fois. On dirait que, toutes petites, elles ont appris à loucher du cœur. »

Paul-Jean Toulet.

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Hermione se glissa sous sa couette, l'esprit hanté par des idées de plus en plus étranges concernant Théodore, lequel avait évité de se trouver dans la même pièce qu'elle jusqu'à son départ –il lui avait alors adressé un léger signe de la main quelque peu impersonnel. Ce geste lui avait fait l'effet d'un poignard en plein cœur et elle s'en était allée avec un nœud de plus en plus épais dans la gorge, presque malade d'en être arrivée là. Un sourire marqua ses lèvres cependant, dès qu'elle s'imagina le jeune Théodore, encerclé de ses amis Serpentard, en train de parier sur elle et évoquant sa possible perte de virginité dans les bras d'un serpent… En y repensant, jamais elle n'aurait pu agir ainsi à l'époque de Poudlard et jamais elle n'avait considéré Théodore comme un réel Serpentard puisqu'il avait changé de camp et s'était si bien inclus parmi leur groupe. Durant leur scolarité, elle n'avait pas vraiment prêté attention à lui puisqu'il restait dans l'ombre de Drago ou Blaise et paraissait toujours hors de tout, au dessus de tous en quelque sorte.

Elle ne put s'empêcher de rire, seule au fond de son lit, en se rappelant du jour où, en septième année, il s'était avancé vers elle avec ce sourire en coin craquant et avait prononcé une simple phrase : « Je suis de votre côté. ». Alors installée dans la bibliothèque à réviser ses ASPICS, elle n'avait pu s'empêcher de lui proposer de s'asseoir afin d'en savoir plus, stupéfiée par l'air résolu de son regard et par ce elle-ne-savait-quoi qui se dégageait de lui. Il était alors si sûr de lui, complètement convaincu par le choix qu'il venait de faire. Soupçonneuse, elle avait passé une bonne heure à l'interroger sur les raisons de ce si brusque changement, oubliant alors de lui poser la question essentielle : Pourquoi s'était-il adressé à elle ? Hermione n'avait obtenu cette réponse que bien plus tard, lorsque, installés dans un lit, il lui avait confié être sous son charme depuis bien longtemps.

Les battements de son cœur s'accélérèrent dans sa poitrine à mesure que chaque souvenir remontait à la surface, mille instants partagés avec Théodore au 12 Square Grimmaurd, puis à la Baie, en tant que presque-amis, puis en tant qu'amants, en tant que concurrents pour le titre du « Plus Intelligent de l'Ordre du Phoenix » puis en tant que couple de cerveaux qui s'entendaient à la perfection, branchés sur la même longueur d'onde. Elle soupira en cherchant à éliminer les souvenirs entrainants la moindre nudité afin de conserver le peu de dignité qui lui restait, effrayée par l'idée seule de ressentir encore un peu de désir à son égard.

Elle ferma les yeux, espérant que les images qui lui venaient par saccades s'effaceraient si elle s'y efforçait, mais plus elle tentait de les chasser, plus elles étaient nombreuses, comme si mille Théodore nus cherchaient à se moquer d'elle. Un rugissement de frustration s'échappa de sa gorge et elle enfonça son visage dans son oreiller, en colère contre elle-même et contre ce maudit cerveau qui la harcelait d'un flot de souvenirs décadents.

Ses pensées furent brusquement chassées par un poids sur son lit et elle sursauta avant d'allumer la lumière pour se retrouver face à Timothy. Dans son pyjama rouge et or, le petit garçon la contemplait avec l'air sérieux qu'il arborait dès qu'il se posait des questions. Enfant, il regardait tous les objets qu'il ne connaissait pas avec la même expression et ses parents devaient alors s'attendre à une série d'interrogations plus étranges les unes que les autres. Hermione tendit les bras vers lui pour qu'il vienne s'y réfugier et le garçonnet retrouva sa place habituelle avec un sourire heureux.

« Tu as fait un cauchemar ?

- Non… Mais tu m'as manqué, maman. Je peux dormir avec toi ? »

Hermione acquiesça en déplaçant les draps afin que son fils puisse avoir davantage de place. Il s'allongea tranquillement, habitué à dormir dans le lit de sa mère dès qu'il le demandait –et assez heureux qu'elle n'ait retrouvé personne pour cette raison. Il appuya sa tête contre son épaule en baillant avant de se mettre à téter son pouce, geste de bébé qu'elle n'avait jamais réussi à lui faire abandonner. Elle déposa un baiser sur son front alors que ses yeux écarquillés fixaient le plafond. Il lui fallut quelques minutes pour oser demander :

« Le papa d'Ella, tu es amoureuse de lui ? »

Hermione resta silencieuse, à la recherche d'une réponse appropriée à offrir à un enfant de huit ans. Puis, hésitante, elle soupira :

« Non, Tim. C'est une très vieille histoire.

- Mais Ella, elle t'en veut toujours, même si c'est une vieille histoire, remarqua l'enfant avec une grimace, n'appréciant apparemment pas que deux des femmes de sa vie ne s'entendent pas.

- Oui, en effet… Mais tu sais, je crois que parfois, l'amour s'oublie plus rapidement que la colère ou la haine. Les sentiments positifs s'effacent aussi vite qu'ils apparaissent alors que le ressentiment, lui, peut durer des années entières sans jamais faiblir. Tu comprends ?

-Oui, mais je trouve ça bête.

- Pourquoi cela ?

- Et bien, si vous n'êtes plus amoureux, le papa d'Ella n'a plus aucune raison d'être triste. Et s'il n'est plus triste, Ella n'a plus aucune raison d'être en colère après toi. »

Hermione réfléchit quelques secondes, trouvant son raisonnement trop bien construit pour qu'elle puisse le contester. Alors elle approuva simplement, n'osant dire que les sentiments amoureux s'effaçaient peut-être mais qu'ils laissaient des marques pouvant briser des cœurs. Elle ne pouvait lui expliquer que Théodore, qu'il soit encore ou non amoureux d'elle, souffrait de sa présence, comme elle souffrait de la sienne. Et que finalement, Ella avait encore des raisons de lui en vouloir puisqu'elle avait fait souffrir bien des gens en agissant comme elle l'avait fait. Non, elle ne pouvait pas expliquer ça à son fils, simplement parce que son innocence d'enfant ne devait être écrasée aussi tôt et qu'il méritait bien de voir la vie avec son regard candide encore quelques temps.

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Théodore se retourna une énième fois, cherchant une position confortable sur le canapé du bureau d'Harry où il s'était installé. Il s'entoura dans plusieurs couvertures afin d'être bien allongé pour la nuit, mais ne trouvait pas le sommeil malgré tout. Il jeta un rapide coup d'œil à sa montre dont les aiguilles brillaient dans le noir grâce à un sortilège de magie élémentaire. Elles indiquaient déjà trois heures du matin, il était épuisé, et pourtant son cerveau se refusait à cesser de cogiter. Il se souvenait du geste puéril adressé à Hermione un peu plus tôt, de son envie de cogner sur Blaise pour s'être montré si peu discret sur leurs secrets d'adolescents, des regards assassins de Scott qui participait apparemment à un concours de « celui qui balance le plus de coups d'œil noir à la minute »… Une soirée un peu trop riche en émotions qu'il ne pouvait arrêter de ressasser depuis qu'il était seul.

Un bâillement lui fit monter les larmes aux yeux et il les chassa en soupirant, ennuyé par son propre manque d'activité alors que son cerveau bouillait sous la pression. Il essaya tant bien que mal de penser à des sujets pouvant l'aider à s'assoupir, mais la seule idée lui venant à l'esprit fut qu'il n'avait jamais si bien dormi qu'après avoir fait l'amour. Cette idée l'amena à penser à Hermione. Et penser à Hermione le conduisit à tous les sujets qu'il voulait éviter au départ. Un grogna un gros mot dans sa barbe inexistence avant de se mettre sur le coté en serrant le coussin du canapé contre son torse, comme s'il s'agissait d'une femme.

Il ferma les yeux et se mit bêtement à compter, espérant parvenir à s'endormir avant d'arriver au chiffre fatidique de mille. Mais, ce soir là, dans son cerveau torturé, compter lui fit penser à l'arithmancie, cours qu'il partageait avec Hermione à une époque et sujet de discussion interminable entre eux. Il se maudit intérieurement d'être incapable de la chasser de son esprit aussi facilement qu'elle le chassait du sien –ou du moins, il le croyait.

Il se retourna une fois de plus, le canapé craquant un peu sous ses mouvements trop brusques. Il fixa son regard au plafond, et tenta de trouver un moyen de faire descendre la pression engourdissant son corps, altérant ses souvenirs qui semblaient désormais tous reliés à Hermione. Bizarrement, après avoir passé seize ans sans faire l'amour à une femme, c'était à ça qu'il pensait. Au sexe. Uniquement au sexe. A la léthargie qui s'emparait de son corps après des contacts brûlants de sensualité. Aux frissons qui parcouraient sa peau à chaque frôlement d'une zone sensible. Au plaisir unique que cela procurait. Au désir qu'il n'avait alors pas à réprouver. Et même s'il avait couché avec une bonne dizaine de filles à Poudlard, il ne pensa qu'à la seule femme avec laquelle il avait réellement fait l'amour et à la jouissance que chaque étreinte lui faisait ressentir alors.

Mille souvenirs d'une Hermione dans sa parfaite nudité lui apparurent en un flot ininterrompu d'images torrides. Il s'allongea sur le ventre avec un ronchonnement, ayant la désagréable impression d'être redevenu un adolescent obsédé par Hermione Granger et dont les hormones étaient alors en ébullition. Bêtement, il mordit dans l'oreiller et tenta de chasser ces visions de son esprit.

Il finit par s'écrouler de fatigue, pourchassé par des fantasmes à la hauteur de ses souvenirs.

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Ella s'entortilla dans son draps comme pour ne plus s'en échapper, son esprit vagabondant vers Poudlard où elle n'avait pas souhaité rentrer ce soir là, espérant rester avec son père le lendemain, et peut-être se retrouver un peu seule avec lui après leurs nombreux bains de foules. Elle s'était sentie mal à l'aise en disant au revoir à Toby un peu plus tôt. Il s'était montré froid, sans qu'elle ne saisisse les raisons de sa sécheresse et du regard sombre qu'il lui avait décoché en disparaissant dans l'âtre de la cheminée du salon. Peut-être lui en voulait-il simplement de ne pas avoir voulu retourner à Poudlard pour la fin du week-end. Elle devait admettre qu'elle espérait ne plus y retourner du tout… Autrement, cela signifierait que son père désire rester en Angleterre. Et les raisons d'un tel souhait ne pouvaient être liées qu'à Hermione.

Ella se retourna, levant les yeux vers la fenêtre où la demi-lune éclairait la voûte céleste. Elle se demanda si son père dormait et ce à quoi il pensait. Ou plutôt, à qui il pensait. Malheureusement, elle avait surpris les discussions des Serpentard un peu plus tôt et n'avait pas eu de difficultés à comprendre que son père était loin d'être guérit de cette terrible attraction qu'exerçait son amante de quelques mois sur lui. Ella n'avait jamais réellement cru qu'il puisse l'oublier, mais avait au moins espérer qu'il fasse semblant… Il était un Serpentard après tout. Cela était dans sa nature de mentir et d'omettre ses sentiments. Hélas, moins Serpentard de tous les Serpentard, cacher ses émotions ne faisait pas partie de son caractère, sauf dans les cas d'extrêmes urgences.

Elle marmonna quelques insultes à l'égard de ce foutu cerveau masculin, déçue au fond que son père ne soit pas aussi habile qu'un Blaise ou un Drago pour former cette barrière étanche à toute souffrance qu'Hermione représentait forcément. Ou peut-être aimait-il souffrir après tout. Quel homme normal aurait été assez stupide pour s'amouracher d'une femme mariée à un ami, pour accepter de taire cette liaison, puis pour admettre un enfant illégitime, fuir une guerre dont il était l'un des membres les plus actifs, puis sourire malgré tout à cette femme qui lui avait brisé le cœur ? Ella s'interrogea un instant avant de soupirer bruyamment, cherchant à éliminer toutes les pensées néfastes qui obscurcissaient sa vision de l'avenir.

Avant de s'endormir, elle s'imagina simplement que sa mère avait fait ingurgiter à son père un puissant filtre d'amour. Oui, c'était la seule solution possible puisque son père ne pouvait pas être stupide ou masochiste…

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Charlie Weasley avait longtemps dormi dans la cabane de Hagrid après sa mort, comme pour se souvenir de cet homme qui lui avait appris nombres de choses sur les animaux. Le demi-géant avait fait de lui son apprenti en quelques sortes, comme s'il s'attendait à mourir durant cette guerre et comme si se trouver un remplaçant à Poudlard faisait partie de ses devoirs en tant que garde-chasse. Charlie avait fini par trouver le lieu trop déprimant, trop plein de souvenirs. Il s'était donc installé dans le château, dans l'une de ces sinistres chambres réservés aux enseignants qui n'étaient pas très doués pour modifier la décoration. Il avait bien accroché quelques photos de famille, puis s'était lassé. De toute façon, il passait toutes ses journées dehors alors à quoi bon s'embêter ?

Malgré tout, il appréciait ce lieu. Au moins, ces élèves ne venaient pas l'y chercher afin de poser des questions idiotes –surtout les filles bizarrement… Allongé dans son lit, l'estomac plein des victuailles servies par sa sœur tout au long de la soirée, il ne parvenait néanmoins pas à s'endormir, pourchassé par la vision d'une élève un peu plus entreprenante que les autres qui lui avait fait abaisser ses barrières pendant quelques longues minutes d'un savant délice. Il passa nerveusement ses doigts dans ses cheveux hérissés, irrité par son inconstance et sa stupidité momentanée. Pourtant, il en était venu à désirer Samya avec tant de force qu'il n'aurait pas pu lui résister, même s'il l'avait voulu. Ou du moins, c'était ce qu'il se répétait pour se donner bonne conscience !

Perspicace, il su qu'il ne parviendrait pas à dormir, se leva hâtivement et enfila un t-shirt par-dessus son caleçon. Une fois la lumière allumée, il rejoignit son bureau, petite pièce contigüe à sa chambre où il corrigeait les copies de ses élèves, et se mit à travailler avec acharnement afin d'échapper à ses pensées.

Malheureusement pour sa santé mentale, ses pensées le rejoignirent sous la forme d'une étudiante ayant enfilée sa robe de sorcière par-dessus ses vêtements de nuit avant de traverser la moitié du château sans faire de bruit. Samya frappa à la porte, deux petits coups secs, mais n'attendit pas de réponses avant d'appuyer sur la poignée. Son regard de braise jaugea la chambre une seconde puis se porta au bureau d'où s'échappaient des grognements de mécontentement. Elle se faufila dans la pièce sans réfléchir et s'appuya contre l'embrasure de la porte pour jauger Charlie qui –plongé dans ses devoirs- ne la remarqua pas immédiatement.

Elle se racla la gorge et il leva la tête, les yeux écarquillés sous l'effet de la surprise. Elle lui adressa un sourire, presque innocent –et trop pour l'être vraiment- et il se leva d'un bond afin de lui faire face, rabaissant son t-shirt comme pour cacher un maximum de sa peau alors qu'elle le dévisageait.

« Sors d'ici ! lança-t-il avec sévérité, définitivement offusqué qu'elle ose ainsi pénétrer dans les lieux lui étant réservés, troublant ainsi son intimité.

- On va dans ta chambre si tu préfères… Mais le bureau a quelque chose de plus excitant, minauda Samya sans se départir de son sourire, presque amusée par l'air choqué qui se dessinait sur les traits tirés de Charlie.

- Je ne plaisante pas. Il est tard. Et tu n'as pas à te trouver là !

- Si je refuse de m'en aller, j'aurai droit à quelques heures de retenue de plus ? »

Il blêmit à l'énonciation de ce dernier mot, comme il l'aurait autrefois fait à l'évocation du nom de Lord Voldemort et s'avança vivement vers elle avant de la pousser vers l'extérieur de son bureau privé. Il attrapa un pantalon dans une commode et se glissa dedans sans la regarder dans les yeux, cherchant un moyen de calmer la peur irrationnelle qui s'emparait lentement de lui. Il savait parfaitement qu'il n'avait aucun risque de se faire prendre dans cette pièce, puisque personne n'y venait jamais, mais il s'inquiétait presque malgré lui, conscient qu'il culpabiliserait complètement à la laisser jouer ainsi de lui. Il fut secoué par un sursaut en sentant des mains se poser dans son dos et se retourna, serrant brutalement les poignets de Samya dans ses paumes rendues moites par la peur.

« Sors. Immédiatement !

- Je comptais rester d'avantage… »

Elle chercha à l'embrasser, mais il l'évita soigneusement. Il refusait de la laisser gagner ainsi, de se comporter comme un pantin entre les mains trop habiles d'une fille ayant la moitié de son âge. Si un jour il avait imaginé une telle relation, il s'y serais vu dominant et non dominé. Il aurait été l'investigateur, celui s'amusant à surgir lorsque l'autre s'y attendait le moins… Et voilà qu'il se retrouvait dans son vieux t-shirt « I love Rumania » et pantalon de pyjama à rayures rouges devant celle qui menait le jeu dangereux auquel ils jouaient depuis quelques jours –ou quelques années pour elle. Il frotta ses pouces contre ses yeux comme pour y voir plus clair –ce qui ne fonctionna pas du tout, il dût l'admettre, puis soupira avec nervosité :

« Va-t-en. Je ne suis pas d'humeur à entamer une discussion concernant ce que nous avons fait hier matin. Et je ne désire pas m'enfoncer davantage dans les problèmes. Alors, s'il te plait, quitte cette chambre et retourne te coucher. »

Elle croisa ses bras sur sa poitrine, le regard intrépide, son orgueil démesuré l'obligeant à rester sur place malgré la supplique d'un Charlie épuisé et fautif d'un crime qu'elle n'admettait pas comme tel. Puisqu'elle était majeure, que risquait-il au fond ? Nombre d'hommes auraient volontairement perdus leur emploi pour une nuit entre ses bras et lui s'y refusait ? Elle secoua la tête avec un sourire de minauderie agaçant au possible et il s'approcha d'elle avec la ferme intention de la balancer dehors si elle résistait. Il saisit sa main dans la sienne et la conduisit jusqu'à la porte –bien qu'elle traine les pieds- qu'il entrouvrit à peine avant qu'elle ne pose sa paume à plat sur son battant. Il poussa un énième soupir, découragé par cet air de gamine capricieuse qu'elle arborait sciemment, comme pour le faire fondre.

« Samya… gronda-t-il simplement pour la pousser à partir.

- Oui ? »

Il faillit sourire face à la grimace malicieuse qu'elle lui décocha. Qu'importes que ce jeu risque de lui faire tout perdre, Samya, elle, se réjouissait de cette nouvelle partie, qu'encore une fois –il en était conscient- il perdrait. Elle parut saisir une lueur de résignation dans ses yeux et se mit sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur ses lèvres, léger, juste pour jauger de sa réaction et être certaine qu'elle avait bien analysé les expressions de Charlie. L'étincelle qu'elle avait cru percevoir quelques secondes plutôt s'embrasa aussi rapidement qu'un feu de forêt et il ne fallut au professeur qu'une nanoseconde pour perdre le peu de contrôle qu'il lui restait sur la situation.

Ses bras encerclèrent mécaniquement la taille mince de Samya qui aurait pu pousser un cri triomphant si sa bouche n'avait pas été occupée par une distraction bien plus plaisante. Moins de vingt-quatre heures auparavant, c'était elle qui l'avait embrassé, qui avait cherché à le séduire aussi abruptement que si elle l'y forçait. Cette fois, il réfréna un peu la puissance de leur étreinte, arrêtant ses gestes saccadés pour les rendre plus tendres, se refusant à simplement lui relever sa robe pour en finir. Tant qu'à prendre des risques inutiles, il préférait le faire bien.

Ses doigts fourragèrent un instant les mèches sombres tombant les yeux de Samya, qu'il retint en arrière avant de passer une main sur sa nuque. Son autre main glissa simplement vers sa poitrine et il perçu la contraction de son corps tout entier lorsqu'il la toucha par-dessus le tissu voluptueux de sa robe. Il ne cessa pour autant pas de l'embrasser alors qu'en un frémissement imperceptible, il la sentait tomber en arrière. Elle se retrouva arc-boutée, dos à la porte –qui se referma entièrement sous son poids et dont il tira rapidement le verrou. Il appuya son corps contre le sien, presque fier de la sentir trembler de désir. Il lui sembla qu'elle lui cédait enfin un peu plus de pouvoir alors qu'il menait cette nouvelle partie –et il s'imaginait qu'il s'agirait sans doute de la dernière s'il la conduisait à son terme.

Sous l'insistance de la bouche de Charlie, Samya ouvrit la sienne, joignant ses bras autour de la nuque de ce tout nouvel amant qui l'emportait déjà sous de simples caresses pourtant minimales comparées à celles mille fois vécues. Leur baiser prenant de l'ampleur, les mains de Charlie prirent d'assaut le tissu soyeux qui s'échappait d'entre ses doigts et en un sourire, elle s'éloigna momentanément de lui afin de retirer sa robe. Ses jambes claquant l'une contre l'autre, elle s'échappa de l'étau qu'il formait de son corps et parti à reculons vers le lit, heureuse de voir qu'il la suivait des yeux sans ciller.

La rejoignant tout en se débarrassant de son t-shirt, il réalisa qu'il devait probablement accomplir là le rêve de tous les étudiants mâles de Poudlard et qu'il aurait pourtant tout donné pour être à leur place, pour avoir leur âge, pour pouvoir agir impunément. Apercevant la nuance de doute dans ses orbes bleutés, Samya le pressa à avancer vers le lit sur lequel elle le poussa avant de s'assoir au dessus de lui. Conscient qu'il la laissait à nouveau dominer, il oublia la culpabilité d'accomplir un tel péché et la repoussa pour se retrouver à sa place. Il ne remarqua qu'à peine son sourire rayonnant, trop enthousiasmé par la seule idée de lui enlever le peu de vêtements qui la recouvraient encore, trop heureux aussi de pouvoir la faire frémir tout au long d'une nuit –même unique-, fait dont aucun étudiant n'aurait pu se vanter.

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Toby observait le plafond étoilé, parfaite représentation minimaliste des cieux qui auraient pu s'étendre au dessus de lui si le temps l'avait permis. Allongé sur le matelas de la salle aux étoiles, il réalisait qu'il y était seul pour la première fois depuis bien longtemps et que la présence d'Ella lui manquait déjà cruellement, apposant un poids démesuré sur ses poumons. Il s'imagina un instant ce qu'il ressentirait si elle partait pour toujours et eut l'impression d'étouffer sous la pression. Il chassa cette pensée avant qu'elle ne l'étrangle et se saisit d'une bouteille de bièraubeurre, seule consolation de sa nuit.

La porte s'entrouvrit brusquement et il se releva sur ses avant-bras, un maigre espoir l'aveuglant momentanément alors qu'il imaginait qu'Ella puisse le rejoindre. Malheureusement, Severus Rogue apparut, sa silhouette se découpant dans la lumière du couloir et Toby se laisse retomber sur le matelas en poussant un soupir de déception qui faillit offenser l'enseignant.

« Tu t'attendais à voir quelqu'un d'autre ?

- Non… » mentit Toby en fixant à nouveau son regard sur les lanternes accrochées au ciel fictif.

Severus ne se laissa pas prendre et la commissure gauche de ses lèvres fines se rehaussa en ce sourire que l'adolescent connaissait par cœur, singularité du maitre de potions qui n'avait apparemment pas appris à sourire comme tout le monde. Toby lut facilement les railleries dans ce rictus, mais ne s'offusqua pas, conscient du ridicule qu'il représentait à l'instant. D'ordinaire, il était celui qui se lassait vite et oubliait rendez-vous et promesses… Pour la première fois de sa vie, il était celui qu'on décevait et ce rôle ne lui plaisait pas franchement. Il se sentait même comme le pire des crétins !

A ses côtés, Severus –venu là pour s'assurer que son jeune protégé allait bien après cette soirée étrange- profita de ces quelques secondes pour détailler la pièce du regard. A l'époque où il l'avait découverte, elle était entièrement vide. Lorsqu'il souhaitait s'y cacher –ou tout simplement s'isoler- il apportait une couverture et une pile de livres afin d'avoir de quoi s'occuper. Toby, lui, n'avait apparemment pas craint la présence d'autres visiteurs et s'était installé un cocon où il ne pourrait ni s'ennuyer, ni mourir de faim. Severus se demanda soudain combien de temps passait Toby dans cette pièce secrète… Sans doute plus que lui durant toute sa scolarité.

« Tu devrais aller dormir dans ton lit, dans ton dortoir, pour une fois… Rester seul dans cette pièce sombre n'est pas très sain.

- Qu'est ce que ça peut faire ? Et qu'ai-je dans mon dortoir que je n'ai pas ici ? La berceuse produite par les ronflements sonores Robert Crabbe ? Les grognements de plaisir d'Emeric Goyle quand il se tripote sous ses draps ? Ou mieux, le réveil que m'offre Sam le matin sans aucune douceur ? Je trépigne d'impatience à l'idée de retourner là-bas, c'est certain !

- Ne joue pas la carte du pauvre Serpentard tourmenté par ses condisciples, Tobias. Ella ne te rejoindra pas cette nuit et je pense que tu devrais te reposer un peu. Ces derniers jours ont été particulièrement riches en émotion et tu es blessé.

- Je vais très bien. »

Severus grogna quelque chose qui semblait être un « aussi fier que son père » avant de secouer la tête, apparemment désappointé par le manque de réactions de son élève. Pourtant, il n'était pas du genre à insister. Après tout, puisque Toby souhaitait pourrir dans cette pièce sombre, tel était son choix. Il n'allait pas subir une nuit d'insomnie juste pour lui… Alors il tourna les talons après avoir grommelé un « bonne nuit » peu enthousiaste et ferma la porte derrière lui. Toby, qui n'avait pas quitté le plafond des yeux, regretta un seconde le silence qui se réinstallait alors que les pas de Severus s'éloignaient dans le couloir, résonnant comme s'il avait eu mille pieds. Puis il ferma les yeux et espéra naïvement qu'Ella soit en train de penser à lui au lieu de concevoir de nouveaux stratagèmes visant à maintenir ses parents à distance. Pourtant, au fond de lui, il savait parfaitement qu'elle l'avait déjà classé leur relation dans le passé.

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Samya cligna plusieurs fois des paupières en s'étirant, son corps nu se dévoilant alors qu'elle repoussait le drap à force de gigoter. Il lui fallut s'y reprendre à deux fois avant d'ouvrir réellement les yeux et affronter la lumière du soleil qui éclairait la pièce toute entière. Durant quelques secondes, elle scruta la pièce inintéressante qu'elle n'avait pas franchement eu l'occasion d'observer durant la nuit.

Puis son regard se posa sur le corps entièrement dénudé collé au sien. Les traits apaisés de Charlie dévoilaient une satisfaction dont elle se sentit fière et elle caressa tendrement ses épis roux pour le réveiller. Il balbutia quelques mots dans un demi-sommeil et elle frotta en un effleurement taquin son nez contre l'arcade coupée d'une cicatrice de son amant d'une nuit. Elle sourit en l'entendant ronchonner, tel en enfant qu'on aurait sorti du lit trop tôt et tenta de le rendre plus réactif d'une manière plus efficace. Elle glissa sa main sous les draps, cherchant à tâtons l'abord du caleçon qu'il avait renfilé avant de dormir, comme s'il craignait qu'elle ne tente quelque chose contre son grès durant son sommeil.

Elle parvenait enfin à atteindre son but que la main de Charlie se posait sur la sienne, arrêtant son geste pour ne pas réitérer leur expérience pourtant plaisante. Elle lui accorda un sourire taquin et il ne put s'empêcher de rire avant de remonter la main de la jeune fille pour la poser sur son torse nu. Elle déposa quelques chaleureux baisers sur sa peau marbrée de cicatrices de guerre et il caressa ses cheveux entremêlés en refermant les yeux, conscient qu'il ne pouvait pas commettre pire crime que ceux de la nuit. Elle taquina finalement son menton du bout de nez glacé et il se pencha pour l'embrasser. Réalisant qu'aucun d'eux n'avait parlé, il soupira finalement :

« Quand vas-tu disparaitre ?

- Il est encore tôt. Sauf si tu veux que je m'en aille…

- Tu obéirais cette fois ?

- Probablement, acquiesça-t-elle en un rire. Ou peut-être pas… Mais je n'ai pas l'impression que tu sois pressé de me voir partir alors je vais rester encore un peu si ça te convient. »

Elle croisa ses bras sur le torse nu de Charlie, posant son menton sur son avant-bras avant de planter son regard dans le sien. Il hésita une seconde à peine avant de glisser la main sur sa nuque, passant sur sa colonne vertébrale. Des frissons se formèrent sous le passage de ses doigts et elle se remit à l'embrasser, plus empressée encore que durant la nuit. Il ne mit pas de frein à son désir et lui offrit humblement le sien, presque soulagé au fond qu'elle souhaite recommencer. Il avait crains de l'avoir déçu, mais l'effervescence s'étant emparée de la jeune femme le rassura. Il la laissa jouer de son corps avec l'impression étrange –car nouvelle- qu'il ne s'agissait que d'une deuxième étreinte… qui se suivrait de beaucoup d'autres.

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Ella descendit les marches menant au rez-de-chaussée de la maison de Potter en sautillant presque, rejoignant la cuisine d'une démarche quelque peu spéciale. Un immense sourire déforma ses lèvres lorsqu'elle aperçut son père qui –assit avec Hypérion, Winifred et Harry- prenait son petit-déjeuner sous l'œil attentif de Ginny qui s'apprêtait apparemment à l'engraisser autant que possible. La mère de famille remarqua la présence de la jeune fille avant les autres et lui adressa un « Bonjour ! » enthousiaste avant de l'inviter à se joindre à eux. Ella ne se fit pas prier très longtemps, affamée –malgré la manière dont Hypérion fourrait tout le contenu de son assiette dans sa bouche. Elle embrassa rapidement son père après un câlin improvisé qui lui attira quelques regards railleurs de la part de Winifred. Finalement installée, elle fut servie par Ginny puis tenta de suivre le déroulement des conversations.

Théodore et Harry avaient engagés une discussion assez solennelle sur les raisons de la capture de ce premier, cherchant à comprendre s'ils couraient encore des risques. Les Aurors du ministère de la magie anglais avaient été tenues au courant de l'évolution de la situation –ou du moins, ceux en qui Harry avait confiance car il avait collaboré avec eux durant la guerre-, mais aucun d'eux n'avait semblé intéressé par l'affaire puisque le prisonnier s'en était sorti indemne. Harry aurait bien voulu savoir qui était derrière tout ça puisque –selon Théodore- les ordres venaient de plus haut, le professeur Nedrig étant bien trop idiot pour avoir conçu un tel plan tout seul. De plus, les moyens ayant servis à fabriquer le Dogme devaient être assez élevés, beaucoup plus que ceux d'un simple professeur dont Théodore n'avait qui plus est jamais entendu parler. En clair, ils étaient persuadés l'un comme l'autre de l'implication d'une puissance supérieure dans cette histoire.

Ella ne saisissait pas toutes les subtilités de leur conversation puisqu'ils s'évertuaient à utiliser certains codes employés pendant la guerre. Elle se tourna donc vers Hypérion et Winifred qui parlaient Quidditch, le grand frère donnant mille conseils à la petite sœur avec un air de savant qui agaçait la jeune rouquine. Etant relativement indépendante –et surtout très fière-, recevoir des instructions de la part de son frère se la jouant un peu trop la vexait.

« Tu te rends compte que tu vas devoir vaincre l'équipe dont ton cousin fait partie ? demanda Ella en s'interrogeant sur l'effet que ça ferait à Winifred de pouvoir mettre une pâtée à Scott qu'elle boudait depuis quelques temps déjà.

- D'ailleurs, s'exclama Hypérion sans laisser à Winifred l'occasion de répondre, Je sais que la famille c'est ultra-important… Mais le Quidditch l'est mille fois plus ! Alors, pas de pitié ! Si tu dois lui fracasser le crane, tu le fais ! Si un batteur te demande de saisir sa batte…

- Seth Finnigan et Andrew Sloper sont les batteurs de Gryffondor… Et je t'assure que je n'ai aucune envie de jouer avec leurs battes à leurs places. » persifla-Winifred avec une moue suspecte, comme dégoûtée par cette possibilité.

Le sourire d'Hypérion disparut alors qu'Ella éclatait de rire, Winifred tentant de conserver son sérieux malgré la mine défaite de son frère qui semblait avoir complètement perdu l'envie de parler de Quidditch. Il était devenu si pâle que ses rares tâches de rousseur se voyaient désormais et Ella crut un instant qu'il allait s'évanouir, comme si l'idée de sa sœur s'adonnant à ce genre de « sports » lui donnaient des sueurs froides. Ella posa sa main sur la sienne pour le ramener dans le monde réel –là où il croyait que sa petite sœur avait toujours six ans et jouait toujours à la poupée. Winifred emboucha un morceau d'omelettes en souriant, fière d'avoir su rendre son frère muet pour une fois !

Hypérion n'eut pas l'occasion de se remettre de ses émotions que la porte de la cuisine s'ouvrait à la volée, laissant apparaitre Drago et Blaise qui –selon toutes les personnes présentes- n'avaient aucune raison de se trouver là. Harry grogna quelques mots inintelligibles mais sans doute peu appréciateurs alors que Ginny jetait un coup d'œil derrière eux, se demandant comment ils avaient fait pour rentrer. Elle le leur demanda finalement et ils haussèrent les épaules d'un même mouvement.

« La maison des Granger n'est pas protégée alors on est passé par chez eux… »

Drago s'approcha de Théodore, lui piqua un toast et Blaise –tout sourire- ajouta :

« D'ailleurs, on a croisé Granger… Elle ne portait qu'une nuisette en préparant le café. Et j'ai soudainement eu une révélation ! J'ai enfin compris pourquoi tu craquais pour elle quand on était jeune. Mais va falloir que tu m'expliques un truc… Tu l'avais déjà vue dans cette tenue ou tu as un super pouvoir permettant de regarder sous les vêtements ou… »

L'air de Théodore l'obligea à se taire –enfin !- alors qu'Hypérion s'étouffait avec son jus de citrouilles en essayant de comprendre comment quelqu'un pouvait trouver sa tante Mione sexy ou toute autre qualificatif du même genre. Il réalisa qu'après tout, Blaise et Drago avaient le même âge qu'elle et que ça pouvait expliquer bien des choses. Harry, lui, voyait rouge. Il n'appréciait pas franchement que qui que ce soit pénètre ainsi chez lui –le « qui que ce soit » définissant encore davantage les anciens Serpentard et Mangemorts- et que Blaise s'amuse à taquiner Théo sur ce sujet qui n'avait rien de particulièrement drôle.

« Non, je n'ai aucun don de ce genre, rétorqua Théodore en secouant la tête.

- Dommage… Parce que la vision de ces jambes nues… Ouah !

- Blaise, fais-moi le plaisir de la fermer. »

Le métis s'esclaffa bêtement avant de s'assoir sur le plan de travail avec une nonchalance déconcertante –et offensante. Il s'apprêtait à se saisir d'un petit pain brûlant préparé par Ginny, mais fut arrêtée par cette dernière d'une seule tape sur la main suivi d'un regard assassin. Il fit la moue, comme un enfant prit en faute, avant de croiser les yeux émeraude d'Harry qui –fixés sur lui- adressaient un seul message très clair : « Dégagez ! ». Obéir à Harry Potter n'étant pas ces habitudes, il l'ignora, tout comme Drago qui continuait à voler la nourriture de Théodore qui semblait partagé entre l'exaspération d'avoir de tels amis et l'amusement.

« Excusez-moi, engagea Ginny avec un air passablement agacé, Mais vous avez été invités ?

- Uhm… Non. Mais on pensait enlever Théo pour quelques heures, histoire de se remémorer quelques bons souvenirs ! »

Etrangement, les mots « clubs de strip-tease » apparurent à Théodore, accompagnés d'autres comme « alcool » et « sexe à plusieurs ». Il faillit éclater de rire, conscient qu'il ne parviendrait sans doute plus jamais à mener une telle vie. Il n'avait plus franchement l'âge d'être si frivole et n'était pas certain que cela l'amuse encore. De plus, le regard suppliant de sa fille l'éloignait encore davantage de cette existence de débauche adolescente à laquelle il n'appartenait plus.

« Désolée, je passe la journée avec Ella aujourd'hui, répondit-il en un sourire d'excuse très peu convainquant.

- Quoi ? s'exclama Drago en se rapprochant de Blaise afin de montrer qu'ils étaient deux fois plus intéressants qu'Ella. Attends, ça fait seize ans que tu te la coltines vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, et tu refuses de passer une après-midi avec nous pour la voir ? »

Ella le fusilla du regard pour la forme, alors qu'elle savait parfaitement qu'il plaisantait. Ou du moins, elle l'espérait. Théodore poussa un soupir d'exaspération en roulant des yeux dans ses orbites, puis rétorqua, railleur :

« Oui. Je préfère passer une journée avec ma fille que je n'ai pas vue depuis des semaines qu'avec mes deux idiots d'amis que je n'ai pas vu depuis des années… Aussi étonnant que cela puisse vous paraitre ! Et puis, elle ira à l'école demain alors on pourra se voir à ce moment là… »

Ella se tourna vers lui si rapidement que Winifred perçut le craquement d'un os, bruit assez lugubre qui lui attira une drôle de grimace. Les yeux écarquillés, la jeune brune défia son père d'un regard qu'elle voulait interrogateur mais qui s'avéra plutôt assassin, et énonça d'une voix glaciale, comme si elle tentait de jauger de l'envergure de sa folie :

« On va rester demain également ?

- Et bien… Oui, acquiesça Théodore en haussant les épaules, comme si cela lui paraissait complètement logique. Et puis, j'ai promis à Neville d'assister à l'un de ces cours pour les dernières années demain afin de leur montrer à quel point l'emploi de botaniste peut-être passionnant…

- Vous pensez franchement que quelqu'un va gober ça ? railla Hypérion à voix basse avant de se faire réprimander d'un tape sur la tête par son père.

- Je dois aussi parler à Severus, puisque nous n'en avons pas franchement eu l'occasion hier, ajouta Théo sans prêter attention à l'intervention d'Hypérion bien qu'un sourire ait momentanément étiré ses lèvres. Sans parler de ces Aurors que je dois rencontrer afin qu'ils répertorient ce qu'il s'est passé. Et… je souhaite passer encore un peu de temps avec Drago, Blaise et les autres. De plus, je suppose que tu dois dire au revoir à certaines personnes avant de t'en aller. Tu ne crois pas ?

- Je… Je n'y tiens pas, admit-elle en un soupir sans oser affronter le regard sévère de Drago sur sa nuque.

- Et Toby alors ? » s'exclama celui-ci, presque aussi offensé que si ça le concernait personnellement.

Ella baissa les yeux vers son assiette, le souffle aussi court que si elle venait de courir une dizaine de kilomètres sans s'abreuver une seule fois. Sans qu'elle ne saisisse les raisons de ce malaise, l'idée même de dire adieu à Toby lui paraissait être une épreuve insurmontable. Théo sembla le comprendre car il énonça en un sourire :

« Tu n'as jamais été franchement douée pour les départs !

- Qu'est ce que tu en sais ? rétorqua-t-elle sèchement.

- Uhm… Pierce Wilson, New York, fils d'un botaniste que je connaissais et à qui tu n'as pas voulu dire au revoir…

- J'avais cinq ans, papa ! »

Théodore haussa les épaules avec ce sourire arrogant qu'Ella détestait tant. Il ne l'employait que pour des cas d'urgence afin de lui signifier qu'il avait raison et qu'elle avait tort et que le nier ne mènerait à rien. Elle avait toujours envie de l'étriper dans ces moments là et celui-ci n'échappa pas à la règle. Elle émietta son toast en ronchonnant, peu encline à se battre avec lui en public –surtout face à Winifred qui se serait fait un plaisir de comptabiliser les points. Théodore comprit qu'elle ne poursuivrait pas la discussion pour le moment et considéra donc le sujet comme clos avant de se retourner vers ses anciens amis de Serpentard.

« Je vous laisserai faire de moi tout ce que vous souhaitez, mais demain ! Aujourd'hui, je suis occupé.

- Tout ce qu'on veut ? Vraiment ? persifla Blaise avec un sourire lubrique.

- Je suis ravi de voir à quel point vous êtes devenus matures tous les deux ! De vrais petits hommes ! railla Théo en souriant, amusé malgré lui par ces idées tordues que pouvait avoir Blaise dès lors qu'on le laissait réfléchir. Vous feriez mieux de partir maintenant. Avant que notre « balafré » préféré ne se charge de vous mettre dehors à coups de pied…

- Il n'oserait pas faire ça tout de même ! »

Le regard d'Harry leur prouva le contraire et les deux Serpentard, ne souhaitant pas déclencher une bagarre s'en allèrent aussi rapidement qu'ils étaient venus après avoir fait promettre à Théodore qu'ils passeraient leur journée suivante ensemble. Harry parut étrangement soulagé de les voir quitter la pièce et c'est en un rire qu'il s'exclama :

« Oh si, j'aurai osé ! »

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Scott laissait Maïa l'embrasser à pleine bouche, ce qui lui donnait l'impression d'être fouillé par une langue humide et épaisse. Il n'était pas franchement porté sur les baisers langoureux et n'osait l'admettre face à sa petite amie, craignant qu'elle n'en soit offensée alors que ça ne tenait pas vraiment à elle. Le baiser avec Samya lui avait laissé cette même impression d'humidité désagréable, contrairement à celui avec Scarlett où il n'avait même pas cherché à ouvrir la bouche.

Il chassa rapidement Scarlett de ses pensées pour revenir au sujet principal de son après-midi : Maïa. Maïa qui l'embrassait fougueusement comme pour rattraper tout le temps qu'ils avaient perdu l'un et l'autre ces derniers mois –pour ne pas dire années. Il avait même l'impression de sauter quelques étapes puisque ses mains se baladaient impitoyablement sous le t-shirt de la jeune fille sans qu'il ne puisse les contrôler. Ses mains avaient décidé de se la jouer solo et s'évertuaient à désobéir à sa conscience ce qu'il ne supportait pas.

Cependant, il devait bien admettre que la peau de Maïa frissonnante sous ses doigts lui procurait une sensation fabuleuse qu'il avait cru ne jamais connaitre –puisqu'il était si poltron. En quelques jours, ses mains étaient devenues plus aventureuses et il espérait évidemment que le reste de son corps suivrait cette évolution. Apparemment, ce n'était pas pour aujourd'hui, puisque Maïa finit par se détacher de lui avec un grand sourire rêveur la faisant étrangement ressembler à sa mère. Un seul mot vint à l'esprit de Scott en le réalisant : « Flippant ! ». Il ne l'énonça pas à voix haute. Pas question de la vexer.

« Tu sais, engagea-t-elle en tripotant nerveusement les boutons de sa chemise, Tu pourrais fermer la porte à clés…

- Nan, maman me tuerait, répondit-il bêtement en imaginant la réaction de sa mère qui serait probablement disproportionnée.

- Elle est en bas avec Timothy ! Elle ne va sans doute pas venir nous déranger… Et puis, on a quinze ans, nous ne sommes plus des bébés. Si tu as un verrou, autant qu'il serve.

- Mais… à quoi servirait-il dans le cas présent ? »

Il se sentit complètement idiot dès que cette phrase quitta sa bouche, trouvant une réponse à sa question lui-même. Ses joues se teintèrent d'un rouge vif et il balbutia :

« Tu… On sort ensemble depuis deux jours !

- Qu'est-ce que ça change ? Et puis… Je n'ai pas forcément parlé de conclure. Mais, ce serait mieux d'avoir un peu d'intimité au cas où.

- Au cas où quoi ? s'écria-t-il, stupéfié qu'elle puisse penser à ça aussi tôt, alors que lui-même éprouvait encore des difficultés à la prendre dans ses bras.

- Tu sais bien… Parfois, la situation dégénère ! »

Il haussa un sourcil, railleur autant que surpris, puis s'éloigna d'elle jusqu'à ne plus du tout la toucher. « Dégénère » ? Il eut l'impression qu'elle considérait leur couple comme un plat d'hormones incapables de réfréner la moindre pulsion. De plus, il avait prévu –puisque tout était fraichement calculé dans son esprit- de faire l'amour avec juste après leur sixième année à Poudlard. Ils auraient alors dix-sept ans et seraient bien assez matures pour s'engager dans une relation physique normale et non influencée par ce que les autres attendraient d'eux. Il ne pouvait imaginer se détourner de son programme si bien ficelé, sans quoi tout s'écroulerait, il en était persuadé. Il secoua la tête en se levant complètement du lit, le sommier grinçant bruyamment ce qui fit cesser tout bruit à l'étage inférieur. Il se recula jusqu'à son bureau en tentant de formuler mentalement une réponse avant de l'énoncer à voix haute.

« Je ne veux pas faire ça ! » s'écria-t-il finalement.

Maïa fronça les sourcils, l'air éberluée par ce qu'elle venait d'entendre comme s'il venait de lui confier qu'il adorait torturer de petits animaux pendant son temps libre. Il était un garçon. Un adolescent de quinze ans qui plus est. Elle admettait vouloir plus et voilà qu'il jouait les prudes alors que tous ses condisciples auraient acceptés d'embler, juste pour entrer dans le cercle fermé de « Ceux-qui-l'ont-fait ». Les garçons étaient censés être comme ça, non ? Désireux de parler de ce sujet presque tabou, impatient de devenir des Hommes –comme d'autres s'impatientent de devenir femmes- quitte à sauter le pas avec la première venue.

Mais elle n'était pas la première venue. Elle restait celle qu'il avait toujours désirée, avant même de connaitre le mot « désir », avant même d'en apprendre réellement le sens. C'était juste un sentiment un peu bizarre qui lui chatouillait l'intérieur du nombril lorsqu'il était enfant et qui lui enflamma les reins dès qu'il se mit à grandir. Elle était toujours à ses côtés et lorsqu'elle le frôlait, il rougissait, s'attirant ainsi mille petites piques de ses cousins et cousines plus âgés, mille « Oh les amoureux ! » honteux. Elle n'était pas n'importe qui. Et ça rendait la chose plus importante encore à ses yeux.

Il avait donc beau être un garçon, accélérer le rythme n'était pas son but premier. Il ne rêvait pas de colporter des ragots dégradants dans les vestiaires après les entrainements de Quidditch et il avait espéré qu'elle ne soit pas du genre à se vanter auprès de ses amies. Il songea un instant à ce que deviendrait leur vie s'ils dépassaient certaines limites dans cette chambre, avec sa mère et son petit-frère au rez-de-chaussée et avec cette maudite Scarlett qui ne voulait pas quitter sa tête… Alors non, il ne voulait pas, et son regard résolu suffisait amplement à le prouver.

« Pourquoi ? demanda Maïa avec une moue de déception particulièrement suspicieuse, comme si elle se doutait que quelque chose se cachait sous ce refus si brutal. Je pensais que tous les garçons…

- Si tu voulais « tous les garçons », fallait choisir quelqu'un d'autre, rétorqua-t-il en un grognement acerbe. Je n'ai pas envie qu'on se presse, c'est tout. »

Elle haussa les épaules pour seule réponse, désappointée par la poursuite de leur discussion, puis, après avoir un instant hésité, demanda d'une petite voix :

« Ce n'est pas à cause d'Higgs, n'est-ce pas ?

- Higgs ? répéta-t-il avant de souffler : Scarlett… Quel rapport avec elle ?

- Aucun normalement. Mais… Elle a passé la journée d'hier à nous observer comme si… comme si elle était jalouse, ou un truc du genre. »

Scott fuit son regard un instant, tiraillée par son désir de tout lui avouer, espérant ainsi qu'elle puisse l'absoudre, et sa peur de la dispute, son refus de s'engager dans un conflit sans intérêt. Ses craintes étant plus puissantes que sa culpabilité, il joua à l'idiot, comme toujours lorsqu'il se refusait à admettre un crime :

« Je ne vois pas de quoi tu parles. Je n'ai absolument rien remarqué. Tu dois te faire des idées. Scarlett… Je me suis juste rapproché d'elle parce que c'était la chose à faire. Tout le monde n'arrêtait pas de s'en prendre à elle, Lisa en particulier, alors, j'ai simplement voulu la défendre. Mais, maintenant qu'Ella est revenue, je ne vois plus aucune raison qui me pousse à la côtoyer si tu préfères que je m'éloigne d'elle… »

Il sentit un picotement désagréable dans sa poitrine au moment même où il énonça ces mots, conscient qu'il ne parviendrait jamais à se résoudre à une telle promesse. Maïa, elle, sembla satisfaite et acquiesça à s'en dévisser la tête, comme si dégager Scarlett du tableau résoudrait tous ses problèmes. Il lui répondit d'un sourire, faible acceptation face à cette situation qui le rendait malade, puis elle se leva et l'attira vers le lit afin de recommencer à l'embrasser.

Encore une fois, il la laissa faire, et n'osa pas admettre qu'il préférait les baisers légers aux baisers mouillés…

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Ella aurait voulu se mettre à courir, marcher à vive allure dans le sable, quitte à trébucher sous les mouvements de ces grains minuscules sous ses pieds. Mais son père à ses côtés, les mains enfoncées dans les poches d'un blouson d'Harry, piétinait, aussi lent qu'un vieillard. Elle s'inquiéta de le voir si amorphe et de ne pas l'entendre parler alors qu'ils s'étaient échappés de la maison bruyante des Potter pour cette simple raison. Cette fois, c'était lui qu'elle souhaitait fuir, ou cet état léthargique qui s'était emparé de lui dès lors qu'il s'était retrouvé seul avec elle.

Mécaniquement, elle glissa son bras sous le sien avec un petit sourire penaud, et il y répondit, franchement, sans faux-semblants. Elle faillit laisser échapper un soupir de soulagement, mais se ressaisit au dernier moment. Il ne devait pas remarquer qu'elle s'inquiétait, autrement, il se mettrait à lui mentir et dissimulerait cet étrange masque de souffrance derrière une face rayonnante de bonheur.

« Tu veux rentrer ? murmura-t-elle simplement, assourdie par le silence qu'elle aurait voulu rompre quel que soit le prix à payer.

- Rentrer ?

- Chez Harry et Ginny… Tu n'as pas l'air très heureux d'être là, tout seul, avec moi alors… »

Elle se tut en rougissant, consciente qu'il s'agissait d'une réflexion pouvant être dite à un amant et non à un père venant de vivre mille tourments. Il sortit sa main de sa poche et entoura les épaules d'Ella de son bras avant de l'attirer contre son torse. Un baiser sur son front plus tard, il lui sourit une nouvelle fois, de ce sourire-grimace qui étirait ses lèvres dès qu'il était fatigué. Il ne se détacha pas d'elle et elle fut apaisée par l'étreinte procurée. Impatient, il finit par admettre non sans gène :

« Je m'efforce à sourire à tout le monde puis deux jours. Mais… toi, tu me connais par cœur. Je n'ai pas besoin de faire semblant. Ça me repose un peu les zygomatiques d'être seul avec toi, tu vois ? Mais je ne m'ennuie pas. Et je suis très content d'être avec toi maintenant.

- Vraiment ? bredouilla-t-elle, telle une petite fille qu'elle n'était que face à lui.

- Vraiment. Pendant chaque seconde passée loin de toi, je n'ai pas arrêté une seule seconde de m'inquiéter ! Et sans ma p'tite Ella, tu penses vraiment que ma vie serait la même ? »

Elle sourit légèrement en secouant la tête et il poursuivit :

« J'estime simplement que tu sais qu'être ici n'est pas forcément aussi facile que je veux le faire croire aux autres… Et puis, un peu de silence me fait du bien. Après les Elfes, les discours grandiloquents de Meleke et de Masra, les délires de Blaise et de Drago, les interrogations de Ginny et la crise de ta mère… J'ai franchement besoin de repos !

- La crise de ma mère ? répéta-t-elle en plissant le front. De quoi tu parles ?

- De… D'une petite discussion qu'on a eue, voilà tout.

- Mais…

- Ella, coupa-t-il avant qu'elle ne puisse poser la moindre question de plus. J'ai juste besoin de silence pour pouvoir réfléchir, d'accord ?

- Réfléchir à propos de quoi ?

- D'un tas de choses. »

Ella perçut facilement le nom d'Hermione derrière ces derniers mots, consciente au fond que son père ne pouvait pas en rester là. Elle aurait du comprendre dès le départ ce qu'il avait en tête, mais, trop obsédée par ces peurs irrationnelles de retrouvailles parentales, elle n'avait pas cherché à réellement savoir pourquoi il souhaitait rester davantage. Elle s'était satisfaite de la réponse qu'il offrait aux autres, de ce soi-disant désir de passer du temps en compagnie de gens qui –au fond- n'avaient plus grand-chose à voir avec lui. Elle savait qu'il les aimait tous bien plus qu'il ne pourrait jamais l'admettre publiquement, mais ils n'avaient désormais plus rien en commun et il aurait fallu bien plus que quelques jours pour renouer une solide amitié.

Ce n'était que maintenant qu'elle réalisait pleinement les raisons de leur séjour en Angleterre. Et elle aurait souhaité ne pas avoir compris. Il voulait simplement régler ses comptes, discuter sérieusement avec ceux à qui il avait fait du mal et aux autres, ceux qui l'avaient fait souffrir. Il ne désirait pas reprendre contact avec les gens qu'il aimait, mais finir ce qu'il avait commencé avant qu'elle n'entre dans sa vie.

Il avait rejoint l'Ordre du Phoenix pour défendre les opprimés et pour contrer les idéaux racistes de Lord Voldemort, pour se rapprocher d'Hermione également, mais plus encore pour défier son père. Il ne lui avait jamais vraiment parlé de lui. Elle se doutait juste qu'ils se haïssaient mutuellement. Et elle savait qu'il était là, quelque part, en fuite ou mort… Mais que son père ne dormirait pas tranquille sans savoir où il se trouvait.

Et il y avait tous ces autres, ces Serpentard qui l'avaient torturé à des dizaines de reprises sur les champs de bataille. Les autres membres de l'Ordre avaient eu leur vengeance. Pas lui. Et aussi pacifiste qu'il soit, il rêvait désormais de revoir certains de ses anciens condisciples afin de leur montrer qu'il était là et qu'il le serait toujours si ils sortaient d'Azkaban un jour.

Ella se doutait également qu'il ne partirait pas sans avoir eu une réponse à la question qu'il se posait depuis ses vingt ans. Elle aurait tout donné pour qu'il oublie totalement sa mère. Petite, elle avait même espéré qu'Hermione se fasse tuer afin de pouvoir dire « Problème résolu » une bonne fois pour toute, même si cela aurait plongé son père dans une dépression bien plus profonde que celle faite alors qu'elle n'était qu'un bébé. Mais voilà, il avait toujours douté, s'était toujours demandé s'il était la ligne courte ou longue de la paume d'Hermione et –maintenant qu'il en avait la possibilité- souhaitait obtenir une réponse de sa part. Ella s'imagina ce qu'Hermione dirait… Et fut à deux doigts de supplier son père de changer d'avis.

Cependant, elle ne le fit pas et se remit simplement à marcher, consciente qu'à ses côtés, son père programmait déjà chaque seconde de leur temps passé en Angleterre. Et qu'hélas, elle ne faisait pas franchement partie du périple qu'il s'apprêtait à entreprendre.

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Théodore eut envie d'éclater de rire à la vision de la grimace encourageante –mais déjà défaitiste- que lui adressait Ginny alors qu'il se glissait dans l'âtre de la cheminée. Il n'avait pas eu le temps d'expliquer pourquoi il devait s'en aller quelques heures qu'Harry l'avait interrompu en levant la main, devinant déjà les raisons de son absence. Pendant un instant, Théodore avait cru que l'un des Potter l'arrêterait, lui demanderait de rester et de ne pas rendre cette situation plus gênante qu'elle ne l'était déjà, ce qui semblait impossible. Mais Ginny s'était évertuée à rester muette, comme pour éviter de laisser échapper la moindre réplique cinglante ou le moindre conseil maternel. Harry avait haussé les épaules, une lueur d'angoisse brillant néanmoins dans ses yeux. Hypérion et Winifred s'étaient tus, conscient qu'ils n'avaient pas à faire la moindre réflexion, que ça ne les concernait en rien. Et Ella n'avait pas regardé son père une seule fois, se doutant qu'elle s'accrocherait à lui pour l'empêcher de partir si elle le faisait… Elle n'avait même rien répondu lorsqu'il lui avait promis de l'accompagner à Poudlard le lendemain matin.

Et alors qu'il laissait tomber la poudre de cheminette dans l'âtre, il se demanda brièvement s'il n'aurait pas mieux valu qu'il passe la soirée tranquille avec sa fille. Mais déjà il disparaissait dans les mille réseaux inextricables des cheminées reliées entre elles, puis ses pieds retrouvèrent contact avec le sol dur. Il sortit tranquillement en s'époussetant, couvert d'une légère couche de suie. Il observa rapidement les lieux qu'il n'avait jamais vus auparavant, admirant brièvement la sobriété des lieux dont il savait qu'Hermione devait être la principale investigatrice. Jamais un Weasley n'aurait pu décorer une pièce sans mille poufs rouges –au moins !- associé à un bazar monstre.

Il ne s'attarda pas dans cette pièce, effrayé à l'idée seule d'y découvrir les vestiges de la relation maritale entre Ron et Hermione, inquiet surtout de ressentir à nouveau de la jalousie sans pouvoir la réfréner, ce qui aurait définitivement enterré son projet principal : « Haïr Hermione jusqu'à la fin des temps ! ». Il s'éloigna du salon, à la recherche de quelqu'un –espérant que cette personne ne serait pas Scott. Hélas pour lui, le destin le mit face à une scène bien plus dure à accepter : l'ancien couple Weasley-Granger.

Hermione et Ron discutaient tranquillement dans la cuisine, attablés ensemble, buvant un café ensemble, souriant ensemble… Et cet ensemble troubla le regard de Théodore qui se mit à voir rouge. Rouge colère. Rouge passion. Rouge sang. Rouge jalousie. Rouge « Et si je commettais un meurtre passionnel ? ». Rouge qu'il n'avait pas vu depuis des années. Il se demanda s'il ne ferait pas mieux de déguerpir le plus vite possible et de retourner se terrer chez les Potter avec un sentiment d'impuissance exécrable.

Il n'eut pas le temps de se décider que Timothy apparaissait auprès de lui, son sac à dos accroché aux épaules comme son sourire à ses lèvres. Apparemment, ce gamin ne pouvait pas ne pas sourire –Théo se demanda même s'il lui arrivait de pleurer de temps à autres et s'il souffrait des zygomatiques au bout d'un moment.

« Salut ! » lança l'enfant avec la fraicheur qui le caractérisait si bien.

Sa voix attira l'attention d'Hermione et Ron qui se tournèrent vers la porte d'un même mouvement. Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent sous l'effet d'une surprise non feinte et elle eut bien du mal à ne pas fuir en voyant Théodore. Ron, lui, se leva calmement avant un grand sourire avant de venir serrer la main de son ancien ami, son regard dévoilant mille interrogations alors qu'il se demandait apparemment pourquoi il était ici, dans cette maison. Pendant un bref instant, il avait cru qu'Hermione ait pu l'inviter... Mais en vu de l'air sinistre de son ex-femme et de ses piètres qualités d'actrice, il ne pouvait que se rendre à l'évidence : c'était une visite surprise. Et pas une bonne surprise !

« Troisième Serpentard à entrer dans cette maison aujourd'hui, s'esclaffa-t-il pour détendre l'atmosphère. Mais Malefoy et Zabini ont été bien plus bruyants et j'ai crains qu'ils ne s'en aillent jamais…

- Oui, ils ont quelques mauvaises habitudes et pensent ne jamais être de trop, comme si leur présence était le plus merveilleux des présents. »

Il entendit nettement la réplique d'Hermione, bien qu'elle l'ait énoncée à voix basse :

« Un truc de Serpentard apparemment. »

Ron grimaça alors que Timothy observait les trois adultes avec un air curieux, se posant manifestement quelques questions à leur sujet. Néanmoins, il sentit que ce n'était pas franchement le bon moment pour les poser et tenta de se taire pour une fois, chassant ses interrogations existentielles dans un coin de sa tête, les gardant pour plus tard. Théodore enfonça ses mains dans ses poches, un peu mal à l'aise, puis demanda à Ron avec un froncement de sourcils :

« Uhm… Et qu'est-ce que tu fais là ?

- Comment ça ? s'étonna le rouquin avant de comprendre ce que Théo voulait dire. Ah ! En fait, Hermione a pris pas mal de retard dans son travail et avec tout ce qu'il s'est passé ces derniers temps… Enfin bref, je suis venu récupérer Tim pour la nuit, histoire qu'elle ait un peu de temps pour bosser. »

Théodore acquiesça simplement, son regard passant à chaque seconde sur Hermione qui s'évertuait à observer toute sa cuisine comme si elle s'y trouvait pour la première fois ou qu'elle devait se remémorer chaque détail. Ron s'en aperçut et marmonna maladroitement :

« Et toi, tu es là pour…

- Parler à Hermione, si possible. »

La principale concernée se leva brusquement et s'avança vers la porte de séparation entre le salon et la cuisine avec la ferme intention de la refermer sur les trois garçons afin de se retrouver seule –comme elle l'avait tant souhaité au départ. Elle réalisa juste à temps qu'elle devait avoir l'air d'une dingue en croisant le regard apeuré de son fils qui la scrutait avec un air indécis. Il lui fallut plus d'une minute pour ralentir les battements de son cœur et cette voix qui –dans son crâne- lui insufflait l'ordre de fuir le plus loin possible pendant qu'il en était encore temps.

Elle ne le fit pas. Sa lâcheté n'avait peut-être pas eu de limites à une époque, mais elle se refusa à l'employer face à Timothy. Elle se figea donc et ouvrit la bouche avant de la refermer illico car elle ne savait pas quoi dire. Ron parut gêné –puisqu'il l'était- et se demanda s'il devait intervenir dans leur conversation ou plutôt les laisser seuls. Il pencha pour la seconde solution en trop peu de temps pour le dire et ébouriffa tendrement les cheveux de son fils.

« Bon bah… nous on va y aller !

- Ron… murmura Hermione en une supplique quasi-muette tant elle était énoncée à voix basse.

- Et je te ramène Timothy demain matin si cela te convient ! Si tu as besoin de plus de temps pour travailler ou pour… -Son regard glissa vers Théodore avant de revenir sur Hermione.- Pour ce que tu veux… Dis-le-moi simplement ! Je peux très bien le garder toute la semaine et le conduire à l'école…

- La seule fois où tu as eu la charge de cette partie là de la vie de Tim, il est arrivé en retard et vêtu d'un bas de pyjama et d'un t-shirt de Quidditch, alors… Non ! Ramène-le-moi demain. »

Elle se rapprocha de son fils pour l'embrasser et l'enfant s'accrocha à elle un peu plus longtemps que d'ordinaire, comme pour lui donner un peu de son courage. Elle le serra contre elle un long moment avant d'embrasser la joue de Ron, presque malade de le faire devant Théo qui suivait chacun de ses mouvements. Ron salua Théodore d'une poignée de main un peu trop virile, lui demandant silencieusement d'éviter de trop tourmenter Hermione –ou du moins, c'est ainsi que l'ancien Serpentard analysa cette poigne douloureuse. Timothy se contenta de lui adresser un nouveau sourire avant de filer vers la cheminée en sautillant presque, apparemment impatient de partir en aventures avec son père. Ce dernier lui emboita le pas. Ils disparurent ensemble de l'âtre, non sans un dernier coup d'œil d'avertissement de Ron à l'adresse de Théo.

Une fois seuls, les deux anciens amants restèrent silencieux, trop longtemps. Il oublia momentanément les raisons de sa présence, conscient qu'il se tenait sur un fil et qu'il pouvait très bien basculer d'un côté ou d'un autre. Il lui sembla même que mille possibilités s'offraient à lui et qu'il ne suffirait pas de quelques mots pour qu'il se retrouve face à une seule voix. Il aurait voulu directement s'attaquer à elle, lui poser des questions, lui ordonner de lui avouer ce qu'elle ressentait à l'époque –même si il devait en souffrir. Il préférait savoir désormais. Savoir ce qui s'était réellement passé. Savoir s'il avait rêvé toutes ces nuits où ils faisaient l'amour, réellement, tel un couple de jeunes amoureux en lune de miel. En la regardant, il comprit que les réponses ne pourraient être facilement obtenues.

Elle fuyait son regard, manifestement déçue qu'il ait si vite rompu cette quasi-promesse faite à la Baie, celle de ne plus l'approcher. Elle avait espéré qu'il l'évite plus longtemps que ça… Apparemment, il ne résistait pas facilement à l'attrait qu'elle représentait pour lui. Cette idée lui donna encore plus envie de partir et elle s'accrocha à la seule bouée présente dans la pièce. Elle se dirigea hâtivement vers l'un des nombreux placards et en sorti deux verres, puis une bouteille, avant de demander d'une traite :

« Tu veux boire quelque chose ?

- Tu ne devrais pas, répondit-il simplement en plissant le front, ce qui lui donnait un air affreusement moralisateur qu'elle ne supportait pas.

- Harry, je suppose…

- Oui. Il m'a parlé de ton petit problème de boisson.

- Génial… marmonna-t-elle en levant les yeux au ciel tout en débouchant la bouteille. Je suis un peu portée sur l'alcool et voilà que je ne peux même pas boire un verre sans que quelqu'un cherche à m'en empêcher !

- Le problème avec les alcooliques c'est qu'un verre se transforme vite en bouteille et qu'une bouteille devient rapidement un baril ! »

Elle le fusilla du regard. Il le soutint, refusant à céder devant elle, surtout sur un sujet qui importait tant à ses yeux. Il se souvenait très bien de leur premiers jours à la Baie, de ces soirées où nombres d'Elfes buvaient et où il les accompagnait –puisque selon lui, il n'y avait rien de mieux qu'une bonne bouteille de vin pour devenir les meilleurs amis du monde. Elle ne buvait pas alors, n'appréciant par le goût trop amer de l'alcool, quel qu'il soit, et redoutant presque l'effet qu'un tel produit aurait pu avoir sur elle.

Il lui avait appris à goûter le vin, comme son père l'avait fait pour lui, et au bout de quelques semaines, elle s'était laissée enfiévrée par la douceur d'un bon vin et par l'état dans lequel elle se trouvait avec quelques grammes dans le sang. Il ne l'avait jamais vue soule cependant, mais se rappelait très bien de son empressement à saisir un verre dès qu'elle se sentait perdue ou en colère. Il lui avait fallu l'intervention d'Harry, dix-sept ans plus tard, pour comprendre que ce n'était pas franchement normal et que lui n'avait jamais eu un tel rapport à l'alcool.

Il l'observa se saisir de son verre plein et boire à longues gorgées, sans même apprécier la saveur de la boisson dans sa bouche. Elle agissait ainsi juste pour l'énerver et il s'en rendit compte dès qu'elle lui décocha un regard insolent, comme pour lui montrer qu'elle n'avait pas besoin de son accord pour agir. Puis, sa langue passant au dessus de ses lèvres pour en effacer la trace rougeâtre, elle railla :

« Je ne suis pas alcoolique. Et je n'ai hélas pas de baril de quoi que ce soit à proximité. »

Elle se saisit de la bouteille pour remplir à nouveau son verre et il s'avança vers elle, la lui arrachant presque des mains.

« Tu n'es pas chez toi, Théo. Tu n'as pas le droit d'agir comme…

- Je te sers. Et je me sers. Chez moi ou non, je suis galant, tu le sais bien ! »

Il lui sourit, moqueur au possible –séduisant aussi, et versa une bonne rasade de vin dans chaque récipient, regrettant qu'il ne s'agisse pas de vrais verres à vin, de ceux qui contenaient moins de quantité que les verres basiques servant habituellement à l'eau ou aux sodas. Il déposa ensuite tranquillement la bouteille, se plaçant instinctivement entre Hermione et elle pour l'empêcher de se resservir. Elle allait boire à nouveau lorsqu'il leva son verre, l'appuyant contre le sien.

« Un toast ?

- Pour quoi ? Fêter dignement nos retrouvailles non-désirées ? rétorqua-t-elle sèchement en se crispant.

- Uhm… non ! persifla-t-il, enjôleur. Je ne suis pas tordu à ce point. Disons… Au futur ! Ou au passé ! À l'enfant qu'on a eu, à ceux qu'on aurait pu avoir, à ceux qu'on n'aura jamais ! À ce qu'on aurait pu vivre, à ce qu'on a vécu, à ce qu'on a caché…

- Et à ce qu'on ne vivra jamais, conclut-elle en triquant, plantant son regard dans le sien comme il le lui avait appris à une autre époque. J'ai compris le principe. »

Il porta son verre à sa bouche et laissa la saveur du vin titiller sa langue, chatouiller son palais avant de l'avaler. Elle avait déjà fini le sien, mais ne chercha même pas à se servir à nouveau, conscience qu'il l'arrêterait dès qu'elle tenterait de s'emparer de la bouteille. Et la boule de nerf bloquant sa trachée avait disparu. Boire davantage n'aurait servi qu'à oublier la présence de Théo et étrangement, elle ne souhaitait pas partir dans un ailleurs réservé aux accros aux drogues. Elle voulait rester sobre, conserver ses capacités d'analyse et de jugement, être capable de réagir et de répliquer à chaque attaque, à chaque sourire aussi, de la part de Théo qui semblait presque s'amuser.

Elle le laissa finir son verre avant de demander, un peu trop froidement, comme si cette conversation n'avait pas d'importance pour elle, comme si elle n'attendait pas réellement une réponse :

« Que fais-tu ici ?

- Je suis venu boire un verre en ta compagnie bien évidemment !

- Tu avais dit qu'on s'éviterait…

- J'ai changé d'avis. C'était quoi déjà ce proverbe moldu que tu m'énonçais constamment ? s'enquit-il en fouillant dans ses souvenirs.

- Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, souffla-t-elle, une légère rougeur enflammant ses joues dès qu'elle se remémora du jour où elle le lui avait dit pour la première fois, alors qu'elle venait de l'embrasser pour la toute première fois.

- C'est ça ! Et… j'ai décidé de ne pas être un imbécile. Ce rôle m'allait comme un gant à une époque, mais j'ai décidé d'être un peu plus malin cette fois ci…

- Alors tu vas aller raconter toute notre histoire au monde entier, comme tu aurais dû le faire ? Autant oublier, c'est du réchauffé. Tout le monde est déjà au courant. Je paris même que Rita Skeeter ne tardera pas à écrire une nouvelle biographie de moi, avec des passages bien plus croustillants que la précédente. Des passages où tu auras un rôle conséquent. »

Il secoua la tête, exaspéré à cette idée, conscient pourtant qu'il n'y échapperait pas. Peut-être qu'une autre vipère de journaliste écrirait même un livre sur lui. Dans les autres biographies, il n'avait eu droit qu'à quelques pages où il était constamment dépeint comme un traitre ayant mis le bazar dans les esprits des membres de l'Ordre du Phoenix afin de conduire à la victoire de Lord Voldemort. Cette fois, il ne serait plus cet homme, mais l'amant… Il se demanda quel rôle lui déplaisait le plus, mais ne trouva aucun moyen de les départager.

« J'espère simplement qu'elle dressera un portrait plus réaliste de la femme que tu es, concéda-t-il en haussant les épaules.

- Et quelle femme suis-je ? »

Il hésita quelques instants tout en la scrutant. Il réalisa qu'elle attendait une réponse franche –ou peut-être un mensonge qu'elle aurait pu croire et qui aurait fait moins mal. Des milliers de mots plus cruels les uns que les autres apparurent dans son esprit, brutaux, secs, et surtout peu représentatifs de la réalité. Car un seul mot ne suffisait pas. Il aurait voulu pouvoir tout résumer, répondre brièvement… Mais Hermione Granger était un sujet bien trop complexe à ses yeux. Ses sentiments entraient probablement en compte, mais il ne parvenait pas à lui coller une étiquette sur le front. Elle n'était pas simplement une femme mauvaise, égoïste, lâche et menteuse. Elle était aussi la femme la plus intelligente qu'il ait rencontrée dans sa vie, la plus généreuse avec ses amis, le pilier d'un monde qui semblait avoir été détruit durant la guerre mais dont elle avait été l'un des membres les plus importants. Et même si elle s'était conduite comme un monstre avec lui, il ne pouvait oublier tout le positif en elle, toutes ces petites choses qui l'avaient conduit à tomber amoureux d'elle.

« Est-ce que tu m'aimais ? »

Cette phrase franchit ses lèvres si brusquement qu'il crut avoir rêvé un instant. Peut-être l'avait-il simplement pensée ? Le visage d'Hermione perdit toute couleur et elle parut être le point de défaillir, alors il comprit qu'il avait bien posé cette question, celle, fatale, dont il attendait une réponse depuis trop longtemps. Mais Hermione ne sembla pas disposée à la lui offrir et le contourna, se dirigeant d'un pas vif et guindé vers la porte de la cuisine, comme pour s'échapper de cette pièce où toutes les craintes avaient ressurgis à l'énoncé de cette question à laquelle elle aurait souhaité pouvoir répondre.

Mais elle ne pouvait pas. Elle n'était même pas capable d'y répondre pour elle seule, alors trouver les mots pour un autre… Elle regretta de ne pas avoir bu davantage finalement. Elle aurait ainsi pu oublier cette question, cet instant, ces longues secondes qui défilaient à une lenteur meurtrière. Jamais cette porte ne lui avait semblé si éloignée.

Elle s'éloigna bien plus encore quand Théodore la força à se retourner pour lui faire face, son regard noir l'incitant à dire quelque chose, n'importe quoi. Mais elle n'arrivait simplement pas à ouvrir la bouche tant le monde ne tournait plus rond. La mâchoire de Théo se crispa, si violemment qu'elle crut pendant un instant de folie qu'il s'apprêtait à la frapper. Il ne le fit pas, mais lâcha son bras qu'il avait serré pour l'arrêter. Un ricanement s'échappa de sa gorge, froid. Rire jaune. Elle prit conscience du retour sibyllin du nœud dans sa gorge et frémit.

« C'est une question simple, Hermione ! s'emporta-t-il en s'éloignant, réalisant qu'il mourait d'envie de la secouer, de lui faire du mal pour l'obliger à réagir. N'importe qui serait capable d'y répondre ! On aime, ou on n'aime pas. Je ne te demande ni explications, ni excuses… Juste une réponse. Oui ou non ?

- Je… commença-t-elle à balbutier, réalisant trop tard qu'elle était au bord des larmes et que le barrage de ses paupières céderait bien avant qu'elle ne puisse se sortir de cette situation. Je…

- Ne réponds pas que tu ne sais pas ! »

Il avait crié cette fois et Hermione recula d'un pas, inconsciemment, portée par cet instinct de sauvegarde si bien acquis durant la guerre. Il comprit qu'il l'effrayait et tenta de se calmer. Il n'y parvint pas. Bouillonnant, emportée par la colère et la rancœur, il se mit à marcher en long et en large dans la pièce, tel un lion qu'on aurait enfermé trop longtemps. Elle murmura bêtement, la voix tremblante :

« Ça n'a pas la moindre importance…

- Et si ça en a pour moi ? rétorqua-t-il en s'arrêtant de marcher.

- Alors… trouve la réponse tout seul. »

Elle tourna les talons, mais n'eut pas le temps de faire plus d'un pas que déjà il crachait sa colère, aveuglement, déversant un flot de paroles qu'il aurait réfréné en temps normal. Il n'eut pas la force de se taire cette fois.

« Tout seul ? J'ai élevé notre fille tout seul, Hermione ! Je lui ai appris à marcher, à parler, à lire. J'ai fui seul. J'ai assumé seul. J'ai géré une situation insupportable seul. J'ai caché notre relation seul. J'ai tout fait pour te rendre heureuse seul. J'ai agis comme tu voulais que je le fasse, j'ai fait tout ce que tu attendais de moi… Et ça a fait de moi l'homme le plus isolé au monde ! Pourquoi penses-tu que j'ai quitté le camp des Mangemorts ? As-tu franchement imaginé une seule seconde que ça n'avait rien à voir avec toi ? Parce que ça avait tout à voir… Je n'aurais jamais eu le cran de devenir membre de l'Ordre si mes sentiments pour toi n'avaient pas dépassé ma peur ! J'ai tourné le dos à ma famille et à mes amis. Je m'en suis fait de nouveaux et voilà que –par ta faute, une fois de plus- j'ai dû les fuir. J'ai passé la moitié de ma vie à être seul dans l'attente d'être avec toi, Hermione. Alors tu ne peux pas me demander de répondre à cette question… »

Hermione ferma les yeux, laissant ses larmes couler sur ses joues sans même prendre la peine de les essuyer, se doutant qu'elles réapparaitraient aussitôt. Elle se retourna courageusement, tremblante de tout son corps, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. Voyant son visage dévasté, il regretta ses mots, mais ne les retira pas, sachant que son regard s'exprimait à sa place. Elle s'enroula de ses bras, geste d'autoprotection qui le mit mal à l'aise, puis hoqueta :

« Je suis désolée. Je sais que ça ne suffit pas. Je sais que tu voudrais… Et je le voudrais aussi, vraiment. Mais… C'était il y a longtemps et je me suis efforcée d'oublier. Alors j'ai oublié…

- Tu ne peux pas avoir oublié tout ça ! Tu ne peux pas avoir oublié nos journées de discussions, nos nuits d'amour, nos… Par Merlin, Hermione, tu ne cessais de me le répéter, constamment ! Tu me l'écrivais, tu me le murmurais à chaque fois que tu… (Elle rougit et il s'interrompit avant de reprendre :) Tu me le disais si souvent…

- Alors je le pensais sans doute… »

Elle haussa les épaules pour conclusion en se mordillant la lèvre inférieure et il s'approcha d'elle jusqu'à pouvoir la toucher bien qu'il n'ose le faire.

« Si tu le savais, tu me le dirais ?

- Oui, chuchota-t-elle. Qu'est-ce que ça changerait maintenant de toute façon ? Le passé est passé… Souviens-toi des bons moments et oublie le reste. Remémore-toi des choses comme tu le veux, même si ça ne colle pas avec l'exacte réalité… Qui viendra te rappeler à l'ordre si tu te mets à songer à nous et que tu nous vois comme ces deux idiots inconscients des risques qui batifolaient dans la Baie ?

- Nous étions idiots et inconscients.

- Au moins un souvenir sur lequel on s'accorde. »

Une ébauche de sourire se dessina sur ses lèvres et il fut tenté de se détendre lui aussi, mais restait sur ses gardes. Il était toujours sur le fil et –même si plusieurs chemins s'étaient effacés- il risquait bien de tomber du côté le plus dangereux. Celui où chaque seconde de bonheur équivaudrait à une minute de peines et de souffrances. Il s'éloigna d'elle, conservant son calme comme pour ne pas se faire du mal, autant qu'à elle. Il se rapprocha de la bouteille qu'il rangea soigneusement, cette fois, pour éviter de se tenter puisque cela aurait simplifié les choses. Puis il revint vers elle, constatant avec un sourire qu'elle n'avait pas bougé d'un cheveu, qu'elle ne tentait plus de fuir. Peut-être se doutait-elle que lui-même était perdu et qu'il ne savait plus vraiment pourquoi il était là puisqu'elle n'avait aucune réponse à lui donner. Pourtant, il avait d'autres questions permettant de remplir les blancs de son passé, tous ces instants qu'il avait manqué. Il s'appuya au plan de travail sans la lâcher des yeux avant de prononcer :

« Quand as-tu appris que tu étais enceinte ? »

Elle essuya ses larmes à l'aide de ses manches en haussant les épaules une nouvelle fois, non pas pour montrer qu'elle l'avait oublié, mais plutôt que ça n'avait plus la moindre importance.

« Une semaine environ après notre retour.

- Et… tu as immédiatement fait ton choix ? Tu n'as pas hésité ? Même pas un seul instant ? »

Elle détourna les yeux, craignant d'à nouveau fondre en larmes devant son regard suppliant. Il voulait la vérité, elle le savait, mais il redoutait en même temps de la connaitre, comme si cela aurait encore pu influencer l'avenir et l'image qu'il avait de leur vie. Elle n'osa pas mentir pourtant et acquiesça :

« Si, j'ai hésité. Entre l'avortement et l'abandon. Mais non, je n'ai jamais pensé… revenir vers toi. J'étais mariée, heureuse de l'être. Je n'allais pas gâcher tout ça pour… toi ! Qui plus est, cela aurait ruiné toute la confiance qu'on s'accordait aux uns et aux autres en tant que membres de l'Ordre, et tu en es aussi conscient que moi. A l'époque, notre amitié à tous était la chose la plus importante au monde. C'était ce qui nous différenciait des Mangemorts.

- Tu penses franchement me faire avaler ça ? s'esclaffa-t-il sans le moindre sourire pourtant. Ne me fais pas croire que notre relation aurait brisé tout notre groupe !

- Elle a failli le faire ! Que crois-tu que les autres aient pensé après ta disparition ?

- Tu compares ma fuite à la possible relation de couple que nous aurions pu avoir si tu m'avais annoncé que tu étais enceinte plus tôt ? Ce n'est pas comparable.

- Si. On parle de traitrise dans les deux cas. J'aurai tourné le dos à Ron, ce qui aurait conduit les autres à devoir faire un choix ! Les rivalités entre vous auraient créé une nouvelle guerre intérieure dont nous n'avions pas besoin. Je te rappelle que Ron n'était pas aussi mature à l'époque. Apprendre que je l'avais trompé avec toi l'aurait rendu fou. Cette histoire aurait mal fini.

- Elle a mal fini. »

Elle baissa les yeux au sol. En effet, pour lui. Elle réalisait bien que sa vie à elle, malgré la culpabilité qui enserrait parfois sa gorge, avait été belle. Elle était entourée d'une famille et d'amis qu'elle aimait, avait un travail passionnant qu'elle délaissait néanmoins depuis quelques temps… Lui n'avait eu qu'Ella et les responsabilités d'un père célibataire, accompagnées d'une obligation à fuir toute vie sociale ou presque afin de ne jamais être retrouvé par ses anciens amis et ennemis.

« Tu devrais rentrer chez Harry, Théo… Cette conversation n'a pas lieu d'être.

- Elle est importante pour moi. Tu as peut-être eu beaucoup à faire durant ces dernières années avec tes fils, Ron, la guerre puis la reconstruction de notre monde, mais moi je n'ai eu qu'à ressasser des vieux souvenirs à la recherche de ce que j'avais fait de mal ou de bien !

- Ta seule erreur a été d'être trop amoureux de moi, dès le départ. »

Hermione parut elle-même surprise de ce qu'elle venait de dire et secoua la tête, comme pour chasser ces mots… Ce qui n'effaça pas les dernières secondes. Théodore émit un ricanement amer avant de s'approcher d'elle. Elle se crispa, mais il passa près d'elle sans se soucier une seule seconde de ce qu'elle venait de dire. Il se dirigea vers la cheminée encore brûlante du départ de Ron et Timothy, mais elle l'arrêta en posant sa main sur son avant-bras.

« Excuses-moi, je n'aurai pas dû dire ça… »

Il se dégagea avec une facilité déconcertante avant de se tourner vers elle, plantant un regard noir de colère dans le sien, empli de larmes qui ne semblaient pas vouloir se tarir. Avec hargne, il répliqua, articulant chaque mot comme pour les enfoncer dans son crâne et l'obliger à s'en souvenir pour toujours :

« J'ai compris. Tu n'as été qu'une garce égoïste avec moi dès le premier jour ! Ton mari te manquait, on était loin de tout, alors j'étais un pis-aller. Faute de mieux, tu te contentais de moi. C'est ça ? Tu n'as même pas réfléchi une seule seconde au mal que tu allais me faire une fois proche de Ron à nouveau. Et Ella était, comme moi, une chose négligeable, alors tu t'es débarrassée d'elle. Tu as fait d'une pierre deux coups en m'éloignant moi aussi. C'est aussi simple que ça… Il n'y avait ni amour, ni sentiment, ni quoi que ce soit… Je me demandais si tu avais joué au cœur de pierre avec moi uniquement ou si c'était la vraie Hermione. Apparemment, j'ai ma réponse. »

Il allait repartir comme il était venu, mais elle l'arrêta une nouvelle fois, serrant son bras plus fort que la précédente pour le retenir.

« Tu ne peux pas dire ça…

- Pourquoi ? C'est la vérité ! Tu n'as jamais été qu'une femme intéressée qui se sert des gens puis les jette… »

Il n'eut pas le temps de l'éviter. La main d'Hermione s'aplatit sur sa joue à une vitesse quasi-cosmique et la douleur se cramponna à sa mâchoire qu'il eut l'impression de sentir déboitée. Pendant un instant, il resta figé alors qu'Hermione recouvrait son souffle qui s'était brusquement emballé. Elle observa sa main –sa paume lui brûlait un peu- comme pour s'assurer qu'elle ne venait pas de rêver ce geste. Mais la marque rougeoyante sur la peau de Théodore lui prouvait la véracité de ces derniers instants.

« Je… Par le gland de Merlin, je suis désolée ! »

A son étonnement, Théodore ne sembla pas plus fâché en faisant craquer sa mâchoire que quelques minutes plus tôt. Juste un peu sonné, éberlué par la puissance de cette gifle. Il massa sa joue en la contemplant fixement avant de sourire :

« Pas sûr de l'avoir méritée, contrairement au pain que m'a balancé Ron… Et tu as bien dit « Gland de Merlin » ? »

Cette expression parut l'amuser et elle s'empourpra avant de se retourner en marmonnant :

« Je vais te chercher une poche de glace au cas où ! »

Il faillit lui demander s'il en aurait vraiment besoin mais resta silencieux avant de s'écrouler sur le canapé, continuant à tripoter l'endroit qu'elle venait de frapper avec les yeux écarquillés, n'en revenant toujours pas. Même pendant leurs plus violentes disputes, jamais un seul d'eux n'avait levé la main sur l'autre. Il avait élevé dans les coups et n'en donnait que lorsque cela était vraiment nécessaire –comme pour contrôler les accès de stupidité de Blaise par exemple. Elle ne possédait tout simplement pas de fibre « violence » dans son cerveau… Ou du moins, il le croyait jusque là.

Elle revint avec un paquet de petits pois surgelés et le lui tendit avec une grimace d'excuse. Il s'en saisit et l'appuya doucement sur sa joue, frémissant sous la fraicheur du plastique. Ils restèrent silencieux pendant un bon moment, puis elle murmura :

« Le coup est parti tout seul…

- Heureusement que tu n'avais pas ta baguette sur toi dans ce cas. Autrement, je serais mort à l'heure qu'il est.

- Probablement. Je me suis emportée. Mais…

- Non, ça va. J'ai un peu dépassé les bornes. »

Il lui rendit le sachet avec un sourire, ne regrettant pas réellement ses mots. Il aurait pu les énoncer autrement, mais aurait-il eu la même force ? Il souhaitait la faire réagir après tout, et il y était parvenu, même si sa joue s'en souviendrait quelques heures encore. Il fit craquer sa mâchoire, une fois encore, et un rictus enserra les lèvres d'Hermione. Il savait qu'elle détestait entendre ce son. Il se souvenait très bien des moments où il s'amusait à faire craquer ses doigts juste pour l'entendre hurler, hystérique, d'arrêter. Alors il réitéra, juste pour la mettre en rogne, mais elle quitta la pièce pour ranger le paquet de petits pois.

Il la suivit, mécaniquement, s'assurant ainsi qu'elle ne reprenne pas la bouteille de vin. Elle ne le fit pas, consciente qu'il la surveillait et marmonna :

« Tu devrais vraiment t'en aller. Avant que je ne me remette à te frapper… »

Frêle menace puisqu'elle souriait en l'énonçant. Le fil sur lequel marchait Théodore, tel un funambule très habile, vacilla un peu sous le poids de ses pensées entremêlées. Il fit quelques pas vers elle. Le fil trembla vraiment. Il ne cessa pourtant pas d'avancer, une lueur interrogative illuminant la noirceur de ses iris. Elle avala difficilement sa salive, le nœud de sa gorge disparaissant fatidiquement bien qu'elle se sente encore angoissée. Mais cette angoisse là était mêlée à une certaine impatience. Il s'arrêta à quelques décimètres d'elle et soupira :

« Tu te souviens de la façon dont tu as décidé de m'accorder ma chance ?

- Je t'ai embrassé, murmura-t-elle du bout des lèvres. Je pensais que c'était le seul moyen de vraiment comprendre si ce que je ressentais pour toi était réel… Si c'était juste une petite attirance de rien du tout, telle que je pouvais en ressentir pour n'importe quel bel homme ou si tu avais quelque chose à m'offrir de plus.

- Et ?

- Et… J'ai cru défaillir au contact de ta bouche sur la mienne alors… ça a suffit à me décider, avoua-t-elle en rougissant un peu plus.

- J'embrasse si bien que ça ? s'esclaffa-t-il, conscient de la séduction qui s'infiltrait dans sa voix et des risques qu'il prenait, du fil qui menaçait de craquer sous ses pieds.

- Tu embrassais, corrigea-t-elle en entrant mécaniquement dans son jeu. Mais tu manques cruellement d'entraînement désormais…

- J'ai embrassé quelques femmes tout de même ! fit-il semblant de s'offenser. Et c'est comme de voler sur balai, ça ne s'oublie pas. »

Elle croisa ses bras sur sa poitrine en le dévisageant, analysant chaque mimique de son visage, la lueur de fascination dans ses yeux, celle qu'elle croyait disparue à jamais puisque jamais il n'avait eu à l'exercer durant ces dernières années. Elle fut presque soulagée de constater qu'il savait encore jouer de son physique avantageux pour la séduire. Elle leva instinctivement sa main et caressa sa joue encore rouge. Il ferma les yeux sous cette caresse presque platonique, ou du moins qui l'aurait été sans leur passé commun. Il sentit le corps d'Hermione contre le sien et cessa de respirer, comme pour savourer davantage le frôlement de sa poitrine qui se soulevait au rythme d'une respiration lente car contrôlée.

Puis il sentit son souffle taquin contre sa bouche et partit à la rencontre de la sienne, instinctivement. Elle restait tendue, sur ses gardes, et ne chercha pas à renforcer leur baiser. Un simple « smack » comme disait son fils. Décevant et frustrant. Elle n'eut pas l'impression d'ouvrir la bouche, mais entendit sa voix qui haleta :

« Embrasse-moi vraiment ! »

Elle put presque le voir sourire, de ce sourire merveilleusement sarcastique qui lui donnait des envies de meurtres tout en l'excitant sournoisement. Il obéit à sa requête. Lentement d'abord, puis avec plus de fougue. Elle eut l'impression d'avoir vingt ans, d'être seule au monde, de perdre pied… Mille émotions simultanées semblables à celles ressenties des années auparavant, émotions troublantes, désagréables et pourtant qu'elle désirait ressentir encore.

Un peu plus.

Elle glissa ses bras autour de son cou et colla son corps en sien, comme pour les imbriquer, tels des jeux d'enfants. Il la laissa faire, puis ses mains glissèrent sur ses hanches par-dessous son t-shirt. Il sentit une cicatrice qu'il n'avait pas connue, qu'elle n'avait pas à l'époque. Mais la texture de sa peau sous ses doigts, les frissons qui se dessinaient à chaque caresse, les défauts minuscules… Il connaissait tout ça par cœur. Il la connaissait par cœur. Combien de fois avait-il joué avec ce corps ? Combien de fois ses doigts avaient-ils parcouru la surface entière de ce corps ? Combien de fois sa langue avait-elle taquiné chaque part sensible de cet être ?

Il réalisa qu'elle jouait avec les boutons de sa chemise, qu'elle s'apprêtait à renforcer un peu le jeu. Il ne chercha même pas à l'éviter et se contenta de descendre la fermeture éclair du jean d'Hermione, lui montrant de ce simple geste qu'il ne la repousserait pas et qu'il en attendait autant qu'elle –si ce n'est plus. Elle cessa de réfléchir, de tourner autour de lui comme pour chercher à tâtons une réponse qu'elle connaissait déjà, et se mit à profiter réellement de ce qu'il lui offrait. Elle déboutonna quelques boutons, puis tira simplement sur le tissu, quitte à le faire craquer. Elle perçut son rire, ne releva pas. Pas question d'interrompre ça –quoi que ce soit.

Elle retira elle-même son t-shirt, abandonnant ses lèvres pour un instant seulement…

Un instant de trop.

Le visage d'Ella apparut à Théodore comme une illumination qui insuffla une nuance de doute, puis une énorme part de culpabilité dans son crâne. Hermione s'apprêtait à l'embrasser encore quand elle remarqua son visage, désormais fermé.

« On ne peut pas faire ça, marmonna-t-il en fuyant son regard, reboutonnant les boutons massacrés de la chemise d'Harry. J'en meurs d'envie, mais ce serait stupide… Juste une prolongation de nos erreurs. Je ne tiens pas à entrer encore dans l'espèce de tourbillons de mensonges et de cachotteries d'autrefois… »

Elle ne trouva rien à répondre tout d'abord, figée, stupéfiée par les émotions qui troublaient son cerveau. Elle eut l'impression d'être totalement perdue et il avait déjà dépassé le seuil de la porte de la cuisine lorsqu'elle hurla :

« S'il te plait ! »

Supplique désespérante qui la fit se sentir pitoyable. Mais au moins, il arrêta sa fuite. Elle entendit presque les rouages de son cerveau qui se mettaient en place. Il n'avait jamais su lui dire non. Lui refuser quoi que ce soit lui était impossible. Bêtement, elle espéra que ce soit encore le cas, même après ces années. Elle ne put s'empêcher de sourire lorsqu'il revint vers elle avec un air tourmenté.

« Pas dans votre lit à Ron et à toi…

- J'ai changé le matelas après son départ, lui apprit-elle en haussant les épaules. Et il y a une chambre d'amis. »

Il rit, rire qui sonna un peu faux. Il savait qu'il n'aurait à s'en prendre qu'à lui-même lorsqu'il souffrirait encore. Mais pour le moment, seul comptait ce simulacre de complicité retrouvée. Et ce désir. Ce désir qui dix-sept ans plus tôt avait failli gâcher plus d'une vie. Et qui, une fois encore, leur faisait perdre la tête sans qu'ils ne puissent rien y faire. Alors il l'embrassa, prêt à lui faire l'amour dans n'importe quelle pièce puisqu'il la désirait.

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L'homme observa la Baie, l'éclat de la lune qui se reflétait sur la surface plane de l'eau. Baguettes en main, ses sbires le rejoignirent un à un. L'un d'eux acquiesça, répondant à la question qu'il avait posée un peu plus tôt. Au autre pourtant, hésita et demanda d'une petite voix :

« Monsieur Nott… On raconte que ces êtres ont beaucoup de pouvoirs. Comment pouvons-nous nous assurer qu'ils ne nous échapperont pas ? »

Théophile sourit simplement avant de répondre avec un calme déroutant pour un homme qui s'apprêtait à réduire en cendres des siècles d'histoire magique :

« Nous le saurons bien assez tôt. Encerclez-les. Quelques Incendio devraient suffire… Ne laissez pas d'espace. Je ne veux pas qu'ils puissent fuir. »

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Note de l'auteur _ Mouhahahaha ! Ouais, j'avais dit à certains qu'y aurait du lemon... Mais en fait, je réalise que je n'arrive plus du tout à écrire ce genre de scènes. ça m'ennuie carrément de décrire les léchouillages intempestifs des personnages... xD J'préfére donc rester dans l'avant-sexe, c'est plus marrant. Et puis, ça va, on a compris. Ils baisent, ils baisent quoi ! Vous savez comment ça s'passe ! =P Sinon... bah c'était un peu un chapt' centré sur le couple Théo-Hermione quand même ! Je n'avais pas prévu que cette scène soit aussi longue... Mais je me suis un peu amusée à les faire se chamailler x)

Bon j'avoue que je suis creuvée -ouais, j'sais qu'il est tôt, mais quand vous aurez fait la maligne à vous coucher à 6h du mat pendant toutes les vacances & que c'est l'heure où vous devez vous levez le lendemain, vous pourrez bouder ! =P

Donc, juste quelques questions : Que va-t-il se passer le lendemain de la nuit d'Hermione & Théo ? & à quoi joue Nott Senor ? Uhm... Charlie&Sam, ça va durer plusieurs nuits vous croyez ?

Hors ça, ça reste les sujets évoqués au précédent chapitre donc... vous avez déjà répondu ! Je vous laissez à vos blablas puisque je suis en manque d'inspiration blablastique personnellement...

A Bientot ! -quand ce sera écrit ! xD

Bisous bisous, Reviews, Reviews ! x)

*¤ Bewitch_Tales ¤*