21.

- Je te croyais reparti, Warius…

- Pas en ces circonstances. Algie ?

Albator caressa doucement le front de son fils à la crinière fauve, sans connaissance dans le lit, paisible, mais à l'épiderme froid, les constantes vitales aux limites de la vie, ne respirant que grâce au tube dans la gorge.

- Il y est retourné, Warius !

- Que veux-tu dire ? Non, pas… ? !

- Si, il est à nouveau face à Léllanya !

- Et s'il est devant cette folle, toi et moi serons de coeur avec lui ! assura Warius en s'asseyant de l'autre côté du lit.


Léllanya leva les yeux sur Alguérande revenu devant elle, dans la prairie qui s'étendait à perte de vue autour d'eux.

- Je ne m'attendais pas à ton retour…

- Oui, et Torien n'a plus intérêt à se mêler de nos échanges en m'attaquant en traître ! Cette fois, c'est moi qui le ratatinerai en premier !

- Tu peux me frapper, Algie, je n'ai pas le pouvoir de me défendre. Ce qui explique que ton ami s'en soit pris à toi, j'en suis désolée.

- A d'autres, siffla le jeune homme toujours aussi remonté ! Je suis venu une dernière fois afin de mettre les choses au point…

- Je t'écoute.

- Ne t'approche plus jamais d'aucun de nous ! aboya Alguérande, les prunelles grises fulminantes. On n'a jamais eu besoin de toi et je ne veux pas de ton influence néfaste sur un des miens. Ne t'avise jamais d'approcher un de mes enfants, car là sur ma vie, je t'atomise et tant pis si je me mets toutes les Élites à dos !

- Nous n'avons pas à nous soutenir mutuellement. Nous avons chacun notre libre arbitre et à nous de nous débrouiller. Je suis peut-être morte il y a vingt ans, je suis relativement neuve dans cette fonction !

- Les errances de ta mort ne m'intéressent pas, gronda le jeune homme. Tu n'aurais jamais dû te manifester à nouveau, c'est tout ce que j'en retiens. Et je veux être le seul à en pâtir. Mes enfants n'ont rien à savoir de la machine de mort que tu as toujours été !

- Mais je n'ai pas du tout l'intention de…

- Je l'espère bien ! Tu n'as jamais eu que le droit de disposer de ma vie, et tu ne t'es pas privée de la saccager ! Moi, j'ai eu besoin de ces vingt années pour enterrer ce passé, qui ne m'était que trop souvent remis en mémoire. Mais, c'est fini ! Je ne le laisserai plus jamais parasiter mes émotions, pas plus que je ne me rendrai malade aux souvenirs de tout ce que tu m'as infligé. Je vais te reléguer dans l'oubli et ce sera le mieux pour tout le monde !

- Comment ne pas qu'être d'accord avec tous tes reproches ? Je t'ai malmené, brisé, méprisé. La folle que j'étais n'avait pas une once d'instinct maternel, tu ne servais que mes ambitions et ton cœur était bien trop pur pour les contenter. Je peux dès lors être très fière de l'homme que tu es devenu, de la famille que tu as fondée.

- Silence ! De quel droit oses-tu parler de mon évolution ? Elle n'a pu avoir lieu que délivré de toi ! Tu es le pire des monstres qui soit et jamais cela ne changera !

Grimaçant, Alguérande porta la main à son flanc droit, la ramenant pleine de sang.

- Torien ne m'a pas loupé… Heureusement qu'il est sensé être mon allié, que ne m'aurait-il pas fait s'il avait été mon ennemi ! ?

- Sa frappe a été irréfléchie. Il n'a pas eu le temps de la mesurer… Il a eu tellement peur pour moi !

Alguérande ricana.

- Peur pour toi ? Toi qui as provoqué des massacres et fais régner la terreur à travers les univers ? C'est vraiment le monde à l'envers ! Heureusement que dans ma réalité Torien m'a envoyé direct au tapis car là je ne serais pas loin de sombrer complètement dans la folie !

Alguérande vacilla avant de tomber à genoux.

- J'ai l'impression que Torien m'a blessé bien plus grièvement que je ne le pensais… souffla-t-il.

Comme lorsqu'il avait manqué se noyer au Sanctuaire du Poulpe, il avait la sensation que ses poumons étaient écrasés par l'eau qui y rentrait, sauf que là il devait plutôt s'agir de sang !

- Tes amis vont bien s'occuper de toi. Tu vas avoir le temps de te remettre. En fait, cette blessure tombe bien car tu as grand besoin de repos après ces affrontements de longue haleine contre Umielron et avoir dû te battre contre tes propres second et médecin-cheffe.

- Je t'interdis d'émettre la moindre opinion, murmura Alguérande. Ma vie ne regarde que moi. Ne t'en mêle plus jamais ! Je te chasse à jamais de ma mémoire, toi et tout ce que m'as fait endurer, il n'y a qu'ainsi que je peux trouver la paix.

- Bien, je ferai comme tu veux, céda-t-elle alors qu'il s'effondrait complètement dans l'herbe.