Une partie difficile
Kakashi regarde la silhouette de Chance disparaître sans voix.
Il a failli s'étouffer quand elle lui a proposé de s'installer dans son ancienne chambre. Il a déjà du mal à ne pas se laisser submerger par ses violentes réactions que sa seule proximité déclenche et ils ne sont que dans la même ville. Il se serait perdu un peu plus loin s'il avait eu la folle idée d'accepter. Apparemment il a encore un certain contrôle sur ses actes. Et il est aussi totalement évident que Chance n'a absolument aucune idée de l'ouragan noir que déclenche sa simple présence et qui tempête avec une violence surprenante dans son esprit.
Mais tout cela n'explique nullement pourquoi elle est si sûre d'elle sur le retour de Sasuke ? Il soupçonne un des ses plans tordus derrière tant d'assurance, elle a du trouver un moyen de lui forcer la main et si c'est le cas le retour de Sasuke ne s'annonce pas dans les meilleures conditions…
Demain Chance a prévu de rendre visite aux Nara. Elle doit demander à Shikamaru son aide en personne, il l'a connait assez pour savoir qu'elle ne peut se contenter d'attendre que Tsunade lui donne la mission de l'assister. Elle a besoin de le convaincre d'accepter pour qu'il lui monte un plan de mission dont lui seul avait le secret avant qu'on ne le lui impose. Décidément, elle n'a pas changé.
Yoshiko s'avance vers le porche de la maison familiale des Nara avec une assurance plus trompeuse qu'il n'y paraît. Ce matin, elle n'a pas osé réveiller Naruto qui dort si paisiblement sur le canapé du salon. Elle lui a laissé un mot pour lui dire où elle se rend et lui a laissé quelques instructions sur la deuxième étape. Il ne devrait pas mettre longtemps à apparaître chez les Nara pour demander des conseils.
Chance va devoir demander de l'aide au jeune Shikamaru et elle s'attend à une partie difficile. Mais avant de demander quoi que ce soit au jeune Nara, c'est à son père qu'elle doit rendre visite. Elle doit honorer une promesse vieille de cinq ans envers celui qui était l'ami du Doc. Elle prend dans sa main le petit pendentif qu'elle a elle-même offert au Doc le jour où Vert a accepté de diriger sa propre équipe.
Yoshiko n'a aucune peine à le trouver assis dans l'herbe à contempler le ciel d'un air rêveur près d'un arbre se trouvant non loin de la demeure familiale. Chance n'aurait pu l'imaginer autrement que flânant avec cet air nonchalant en plein après midi, un plateau de Shogi à ses côtés. Il est en tout point semblable à la description que lui en avait fait le Doc. Il se relève doucement mais, d'un geste, elle l'empêche de bouger.
- Chance, je présume ?
Elle lui offre son plus beau sourire eu guise de réponse et s'assoit dans l'herbe à ses côtés.
- Votre intervention dans le bureau de Tsunade n'est pas passée inaperçue… Elle a mis un certain temps à se calmer et c'est tout le mobilier du bureau qui en a fait les frais.
- Tsunade n'a pas joué franc jeu, c'est comme si elle avait cherché cette confrontation.
- Venant de votre part, c'est assez ironique.
- Je vois que le Doc a dû vous dresser un portrait peu flatteur de moi…
- Vous étiez un de ces sujets de conversation préférés. Il ne cessait de s'étonner de vos expressions imagées, de votre inaptitude à vous plier à la hiérarchie et de votre incroyable manque d'intérêt pour votre propre survie…
- J'ai plus d'une fois utilisé ses talents de médecin et je crois que cela devait l'exaspérer de m'avoir comme principale patiente, surtout une patiente aussi peu coopérative.
- Il vous était surtout terriblement reconnaissant de lui avoir donner sa chance au sein de votre équipe d'ANBU.
- Et je n'ai jamais eu à le regretter. Après la guerre, le recrutement des ANBU ne s'effectuait presque plus que sur un seul critère, la maîtrise de la force brute, ce qui n'était pas le point fort du Doc…
- C'est le moins qu'on puisse dire.
- Mais son esprit était plus aiguisé que la meilleure des lames, plus dangereux que le plus puissants des shinobis. C'était incroyable que personne ne l'ait remarqué avant moi, c'était surtout grâce à lui que nous avons pu mener à bien autant de missions aussi délicate sans pertes.
- Il m'a aussi parlé de vos parties de shogi…
- Il disait souvent « Tu ne pourras jamais gagner contre moi, Chance, mais tu ferais un adversaire honorable face à Shikaku »…
Il ne peut s'empêcher de sourire devant cette imitation si réussie du Doc.
- Moi aussi, je n'ai jamais réussi à gagner une seule partie contre lui.
Il redresse le plateau de shogi qui se trouve sur sa gauche et place une à une les pièces en invitant Chance à prendre place qui accepte avec une certaine appréhension. Jouer une partie de shogi avec un joueur comme Shikaku, c'est laisser à son adversaire une vision claire de sa façon d'agir, de réfléchir, lui permettre de jeter un œil au plus profond de ses pensées, de son esprit.
Mais elle oublie bien vite ses considérations pour se laisser entraîner par les coups qui se succèdent et remarque à peine Shikamaru qui, attiré par le claquement des pièces d'ivoire sur le bois, a pris place en silence en observant la partie avec grand intérêt.
Il est surpris de voir la jeune femme qui est à l'origine de tant de remue ménage dans Konoha sagement assise devant le plateau de Shogi et faisant face à son père. Il connaît la réputation et la valeur de Chance, l'illustre capitaine de l'équipe sept de Kuro après avoir parcouru nombre de ses rapports de mission. Chacune de leur mission est une véritable démonstration d'un mélange harmonieux entre une force démesurée et un stratagème quasi parfait. Certains de ces plans sont de vrais cas d'école qui lui font regretter de ne jamais avoir pu rencontrer le fameux stratège de cette équipe d'ANBU.
Son attention se reporte sur le plateau. Il est rare de voir quelqu'un tenir tête avec autant d'acharnement face à son père. Le combat qui se déroule entre ces deux adversaires est d'une violence terrible. Chaque coup est plus incisif que le précédent et l'issue de la partie est encore des plus incertaines. La jeune femme démontre une puissance de calcul terrifiante mais il y a un défaut dans son jeu qu'il n'arrive pas encore à cerner. Une faiblesse que son père saura exploiter s'il arrive à se sortir de ce champ de bataille titanesque.
- Je peux vous poser une question indiscrète, Chance ?
- Vous pouvez toujours essayer, dit-il en déplaçant une pièce d'ivoire.
- Comment le Doc est-il mort ?
Shikamaru voit Chance se figer, un voile sombre obscurcissant son visage.
- Il est mort en me sauvant la vie lors d'une mission non officielle, la dernière mission de l'équipe sept.
Chance ne peut s'empêcher d'avoir terriblement honte de cet aveu.
Lorsqu'elle avait demandé au Doc de rejoindre son équipe, elle lui avait promis d'assurer sa protection en échange de ses dons de stratège. C'était un accord tacite qu'il avait passé à son entrée dans la division Kuro. Elle avait non seulement échoué à le protéger mais c'était lui qui avait donné sa vie pour sauver la sienne.
Elle lève les yeux vers Shikaku s'attendant à rencontrer le mépris et la colère dans le regard de l'ancien ami du Doc. Mais elle est surprise de n'y trouver qu'un petit sourire nostalgique.
- Le Doc n'avait vraiment peur que d'une chose.
Chance est suspendue aux mots de Shikaku :
- Il avait peur que sa vie et sa mort n'aient aucun sens. Il trouvait les sacrifices inutiles tellement pathétiques. Je suis soulagé de voir que sa mort ait servi à sauver la vie d'une personne qu'il estimait tant.
Shikamaru voit la main de Chance trembler en posant sa pièce. Son regard exprime un mélange de soulagement et de reconnaissance. Elle sort un petit pendentif représentant un sept stylisé en argent et le tend à son père qui le saisit d'un geste lent.
- Le Doc voulait qu'il vous revienne, c'était son « porte-chance » comme il aimait l'appeler.
En examinant la petite pièce d'argent délicate, Shikaku demande :
- Vous savez qui a tué le Doc ?
Chance soupire tentant de rassembler les mots pour répondre à cette question :
- Je suis revenue au Village pour monter une nouvelle équipe sept. Mon objectif n'est autre que l'homme qui est responsable de la mort du Doc, la fin de mon équipe et de presque toutes les tentatives de destruction de Konoha et cet homme n'est autre que Madara Uchiha.
Ces deux mots énoncés clairement d'une voix blanche paralysent père et fils. Chance se tourne vers Shikamaru.
- J'ai besoin de quelqu'un qui ait les moyens de prendre la place du Doc.
Shikamaru a du mal à soutenir son regard devant sa demande muette.
- Je ne te demande pas une réponse tout de suite, mais je ne vois personne de plus apte pour constituer une équipe au moins aussi impressionnante que l'équipe sept, trouver un plan qui tienne la route et capable de me tenir tête quand c'est nécessaire.
C'est terriblement flatteur de voir qu'elle le place au même niveau que le Doc, mais il n'est pas sûr de mériter de tels égards.
- Shikaku, je voulais aussi vous remercier pour une raison un peu plus personnelle.
- Personnelle ?
- Vous avez été une des rares personnes de ce village a avoir toujours ignoré le sentiment de haine et de ressenti envers Naruto, vous ne l'avez jamais regardé comme un démon mais comme un enfant, tout simplement. Je ne vous remercierai jamais assez de ne pas avoir transmis cette haine à votre fils.
- De toute manière, je n'ai jamais réussi à inculquer grand-chose à mon fils, encore moins une chose aussi insensée.
La fierté de Shikaku envers son fils est si manifeste que Chance affiche un petit air espiègle et déplace une pièce sur l'échiquier :
- J'ai bien peur de ne pas faire le poids dans cette partie, j'abandonne.
Elle a perdu la partie, mais elle a gagné quelque chose de bien plus important. En la regardant s'éloigner Shikamaru se demande bien dans quelle galère il s'est embarqué bien malgré lui.
Le retour de Sasuke dans le prochain chapitre...
