Takao avait couru aussi vite que ses jambes avaient pu le porter loin de Myaji.
Au fond de lui, le faucon savait que son senpai aux cheveux blonds ne lui aurait certainement pas fait de mal.
Mais en l'entendant l'appeler Kazu, comme l'avait fait son agresseur, lui avait remémoré la tentative de viol dont le brun venait d'être victime et il avait cédé à une nouvelle crise de panique.
Du coup, il était rentré chez lui sans même s'en rendre compte et se trouvait à présent sur le seuil de son foyer dont il n'osait pas passer la porte.
Il ne s'attarda cependant pas longtemps dehors, car la porte s'ouvrit sur le couple Takao très remonté:
- Kazunari! Comment oses-tu revenir ici, après avoir traîné notre famille dans la boue?!
- Comment as-tu pu faire des choses pareilles?! Ton père va peut-être perdre son travail après un tel scandale!
- Tu sais que nous avons dû prendre un crédit pour t'inscrire à Shutoku? Et c'est comme ça que tu nous remercies?!
- Kazunari, il n'y a qu'un moyen d'expliquer de tel agissements : tu es malade mon garçon, il faut que tu te soignes.
"Que je me ...soigne?" répéta le petit brun totalement sous le choc des propos de sa mère.
Le père de famille enfonça le clou :
- Aimer une personne de même sexe est une perversion de l'esprit Kazunari, et avoir autant de partenaires sexuels masculins, alors que tu es un garçon, est clairement contre nature. C'est pourquoi …
- Mais je n'ai rien fait !...Avec aucun de ces garçons, à part Shin chan ! Et même là...
Le faucon s'interrompit devant l'air choqué de ses parents, avant de réaliser ce qu'il venait de dire.
Cependant, avant qu'il n'ait pu corriger le tir, son père prit les devants :
- Alors c'était vrai! Tu as eu une relation avec ces hommes!
- Non! J'ai...J'ai seulement...Je n'aime que Shin chan et...
- Foutaises! Tu es malade mon fils, et on va devoir prendre les mesures qui s'imposent! Pour commencer, on va t'interner, histoire que des médecins trouvent la source de ton problème puis on...
- Mais je n'ai aucun problème! J'aime Shin chan et uniquement lui! Je suis attiré par les hommes ?! Et alors, je ne fais rien de mal! Quand aux autres choses dont on m'accuse, c'est...
- Il suffit Kazunari! Soit tu obéis à nos règles et tu consens à te faire soigner, soit tu quittes cette demeure !
- Et bien, dans ce cas, ma décision est prise! Je refuse de me soigner pour une déviance psychologique qui n'en est pas une! J'aime les hommes et j'aime Shin chan ! Et rien ne pourra me faire renier cet amour ! Si vous êtes incapables de l'accepter, alors vous avez raison: je n'ai plus rien à faire ici !
"Là-dessus, je suis bien d'accord Kazunari! Quitte cette maison et ne reviens plus ici, à moins d'accepter de te soigner!" vociféra Takao senior à l'adresse de son fils.
Il ne se fit pas prier pour partir la rage au ventre.
Il couru un long moment, jusqu'à ce que ses pas le mènent à une ruelle sombre ; il s'y effondra et fit le point sur sa situation : il avait été expulsé de Shutoku, avait dû fuir de chez lui, était fiché dans tous les établissements scolaires comme un pervers, avait échappé de justesse à un viol et pour couronner le tout : son Shin chan, son AS , le seul homme qu'il aimait était parti sans la moindre raison ...
Sa vie venait, en une soirée, de voler en éclat .
Devant une telle réalité, le faucon éclata en sanglots.
Il ne pouvait pas imaginer une vie loin de Shutoku, du basket et surtout : une vie loin du shooter miracle.
Alors qu'il se laissait glisser dans un désespoir aussi sombre que la ruelle où il était affalé, une inscription lui revint en mémoire ...Une inscription qui lui parut être la lumière au bout de son tunnel de détresse.
Cette inscription, c'était celle qu'il avait lue sur son bureau aujourd'hui.
"Meurs"
Persuadé d'avoir trouvé la réponse à ce qui le tiraillait, le faucon avisa ce qui l'entourait, à la recherche d'un quelconque objet pouvant l'aider à accomplir son funeste dessein. Il tomba enfin sur ce qu'il cherchait.
Une bouteille de verre.
D'un geste presque doux, il attrapa la bouteille et la brisa ; il se servit alors d'un des gros éclats pour se tailler les veines.
Quand son sang commença à couler, le jeune brun se détendit un peu, presque soulagé : bientôt tous ses problèmes n'existeraient plus ; il oublierait tout.
Absolument tout.
Même lui.
Même ce garçon dont il ne cessait de répéter le surnom en boucle en pleurant, pendant que le liquide vital s'écoulait de son corps...
"Shin chan"
Cet appel au vert fut le dernier qu'il prononça avant de sombrer dans le néant, tandis que la pluie, qui commençait à tomber dru, lui glaçait les os.
Il lui sembla un moment entendre les pas d'une ou deux personnes s'approcher.
Il se sentit alors réchauffé par une agréable présence, puis soulevé du sol, comme par une force supérieure.
Ainsi c'était ça que l'on ressentait quand notre âme quittait notre corps?
Il ne pensait pas que ce serait aussi indolore. Et ça l'arrangeait : il avait déjà assez souffert de son vivant, alors la moindre des choses, selon lui, était d'avoir droit à une mort douce...
