Chapitre 20 : Dispute

Deux jours étaient passés depuis qu'Eliane avait tout appris de la vérité, une vérité qui se faisait bien cruelle. Toute sa vie n'était qu'un véritable tissu de mensonges. Où était le vrai du faux ? Sa sœur, sa propre sœur, vivante ! Comment était-ce possible ? Elle n'arrivait pas à y croire, ça semblait irréel ! Elle ne savait plus comment réagir, comment gérer cette révélation. Est-ce que d'autres personnes savaient la vérité ? Elle lui ressemblait tellement physiquement, elle ne pouvait nier qu'Elizabeth White était sa sœur, mais elle ne pouvait se résoudre à l'accueillir à bras ouverts. À chaque fois qu'elle croisait son regard, qu'elle la voyait, toute sa rancœur remontait à la surface. Pourquoi avait-elle eu le droit de vivre dans une famille aimante et pas elle ? Eliane avait mal, mal comme jamais. Cela faisait deux nuits qu'elle n'avait pas fermé l'œil, pleurant encore et encore. Elle ne mangeait pas, ne parlait pas et ses amis s'inquiétaient de la voir dans cet état sans en connaître la cause. Surtout John; il avait promis à la mère d'Eliane qu'il ferait tout pour la protéger et prendre soin d'elle comme une sœur. Une promesse qui remontait à de nombreuses années, alors qu'ils n'avaient que cinq ou six ans. Une promesse qu'il essayait en vain de tenir, mais cela était bien difficile en ce moment. Eliane n'allait pas bien et il ne savait pas pourquoi. Il y avait autre chose que la mort de son père, mais quoi ? Elle avait refusé de se rendre à son enterrement, à sa grande surprise, sans en comprendre la raison. Que lui arrivait-il ? Il savait qu'Eliane était une personne forte, mais fragile à la fois. Néanmoins, il en fallait un bon bout pour la mettre dans cet état et jusqu'à maintenant, seul l'accident de sa mère l'avait rendue ainsi. Que s'était-il passé ? Elle semblait ailleurs, déconnectée de la réalité environnante et malgré sa déprime évidente, elle rendait impeccablement tous ses devoirs. Une parfaite Serdaigle jusqu'au bout des doigts, privilégiant les cours à son détriment.

Il ne savait plus quoi faire, il ne savait pas comment agir; ils n'étaient plus des enfants, ils avaient grandi. Que dire ? Les mots pouvaient venir si facilement étant gamins et si difficilement une fois adultes. Finalement, les enfants étaient sûrement plus intelligents qu'eux. Au moins, ils ne se prenaient pas la tête, ils laissaient parler leur cœur avant tout, c'était là toute la candeur des bambins. Il croisa alors le regard bleuté de son amie qui paraissait lasse et morne. Il aurait voulu lui dire quelque chose, mais pas devant Joanne ou Ambre. Pas maintenant, plus tard.

Le quatuor finit par se lever, se dirigeant vers leur unique cours de l'après-midi, celui de Métamorphose. Quand ils rentrèrent dans la salle, John remarqua quelque chose qu'il avait déjà vu de nombreuses fois : le professeur Black regardait toujours intensément Eliane qui ne détournait jamais les yeux, bien au contraire. Il savait que quelque chose se tramait entre ces deux-là, quelque chose de beaucoup plus profond qu'une relation élève-professeur. Il connaissait assez bien West pour savoir que tout homme la faisait fuir, mais là, elle semblait littéralement rechercher la présence de son professeur par des regards, des gestes. Ce n'était pas normal ! Pendant tout le cours, il observa son professeur qui ne cessait de passer dans le rang où se trouvait son amie, professeur qui parfois lui jetait un coup d'œil furtif et inquiet. Peut-être devenait-il paranoïaque ? Peut-être se faisait-il des idées ? Et pourtant …

John soupira profondément tout en passant une main nerveuse dans ses cheveux, un tic qu'il avait pris d'Eliane. Il posa alors son regard sur Joanne qui écrivait à toute allure sur son parchemin, ses cheveux roux lui tombant devant les yeux et parfois, elle venait à passer une main dans sa chevelure, replaçant une mèche rebelle derrière son oreille. Il la dévorait littéralement du regard. Il la trouvait divinement belle. Pourquoi ne l'avait-il pas remarqué avant ? Peut-être parce qu'il se voilait la face ? Il était étonné qu'elle ait accepté aussi facilement son amitié, il ne comprenait pas réellement ce revirement de situation. Puis dans le fond, il n'allait pas s'en plaindre, surtout que Joanne était une personne qui agissait sur des coups de tête. Il n'avait pas encore eu l'occasion de lui parler, il ne savait pas comment s'y prendre, il ne voulait pas tout gâcher pour une parole mal placée ou mal interprétée. Cependant, le point positif c'est qu'ils ne s'étaient pas disputés depuis deux jours, c'était exceptionnel ! Maintenant, il lui fallait trouver le moyen pour aborder une conversation avec elle et faire ainsi plus ample connaissance. La route allait être longue avant qu'il ne puisse envisager de sortir avec Salder.

Il fut alors détourné de ses pensées par la cloche qui sonnait la fin des cours. Tous les élèves rangèrent leurs affaires puis sortirent l'un après l'autre de la salle, quand soudain la voix de Black retentit dans la pièce :

« Miss West ? Veuillez rester ici, je dois vous parler. »

John regarda Eliane, son regard quelque peu interrogateur. De quoi voulait-il lui parler ? Joanne et Ambre semblaient tout aussi curieuses et intriguées. La jeune Serdaigle leur fit alors un signe de tête comme quoi ils pouvaient y aller et qu'elle les rejoindrait plus tard. Sous les yeux de leur professeur, les trois amis sortirent tandis que la porte se referma derrière eux et que Sirius posa un « Silencio » sur la salle pour que leur conversation ne soit pas interceptée par des oreilles indiscrètes. Padfoot se retourna lentement vers Eliane qui ressemblait plus à un zombie qu'autre chose. Il s'avança vers elle, sachant que le sujet qu'il allait aborder ne serait pas facile. Cependant, il voulait tout mettre au clair entre eux, pour mieux repartir.

« Comment vas-tu ? demanda-t-il en l'observant attentivement.

-Comme quelqu'un qui vient de découvrir que sa propre sœur est vivante, siffla Eliane, à bout de nerf face à l'absence de surprise de son compagnon. »

Était-il possible qu'il sache ? Savait-il que sa sœur était vivante ? Pourquoi n'était-il pas étonné face à cette révélation ? Seulement, il aurait au moins pris la peine de lui dire, non ? Pourquoi aurait-il gardé une information de cette ampleur pour lui ? Et comment l'aurait-il su ?

« Tu savais, remarqua Eliane. Tu le sais, répéta-t-elle tandis que ses traits se crispèrent.

-Écoute-moi…

-Non ! rétorqua-t-elle, furieuse. J'en ai plus que marre de t'écouter Sirius ! Marre ! Tu entends ! Que tu ne me parles pas de ton passé, je le conçois, parce que ça peut être difficile, mais que tu puisses me cacher ça ! Comment as-tu pu le savoir ? COMMENT ? Pourquoi tu ne m'as rien dit ? demanda-t-elle son visage déformé par la colère.

-Parce que je savais dans quel état cela allait te mettre, je voulais te protéger ! Et regarde-toi aujourd'hui, j'avais raison ! répliqua Sirius, inquiet, ne s'attendant pas à devoir s'expliquer et parler de ce sujet aussi tôt.

-Me protéger, ricana-t-elle, me protéger ! Je ne suis plus une enfant depuis longtemps Sirius, murmura-t-elle douloureusement, le regard plus sombre que jamais. Toute ma vie n'est qu'un pur mensonge. Ma propre sœur, vivante ! Depuis quand le sais-tu ?

-Depuis les vacances de Noël, révéla-t-il. C'est ton médicomage qui nous a avoué toute la vérité. C'est lui qui a fait passer Elizabeth pour morte. Les derniers mots de ta mère fut de protéger ta petite sœur. La sœur de M. Bones ne pouvant avoir d'enfant avec son mari, il la leur a confiée. Et toi ? Qui te l'a dit ? questionna Black curieux. »

Eliane serra les poings de rage. Et elle alors ? Elle était délaissée ? On l'avait envoyée sans remords avec son père ? Pourquoi avoir protégé sa petite sœur et pas elle ? Pourquoi sa mère avait demandé qu'on protège Elizabeth et pas elle ? Ses derniers mots, ses ultimes paroles furent pour sa petite sœur. Merlin, comme elle voulait disparaître pour l'éternité à cet instant là, elle aurait voulu mourir dans l'accident. Mourir pour ne pas avoir eu à affronter tout cela. Après tout, qu'est-ce que cela aurait changé ? Au moins, elle aurait été libérée à tout jamais de ses démons intérieurs, elle serait morte et en paix. « Je t'aime ». Mensonge, mensonge ! Si sa mère l'avait réellement aimée, elle l'aurait aussi protégée ! Elle n'avait pensé qu'à Elizabeth ! Peut-être qu'elle le méritait ? Peut-être avait-elle mérité de vivre avec son père ? Devant le mutisme de sa compagne, Sirius ajouta :

« C'est une chance que ta sœur soit vivante, profite d'elle, c'est le dernier membre de ta famille, tu vas pouvoir apprendre à la connaître et…

-Je n'ai pas de famille, dit-elle durement en relevant la tête. Je n'ai pas de sœur et pour ta gouverne, c'est White qui me l'a dit ! »

Sirius crut recevoir une gifle en plein visage. Mais que disait-elle là ? Comment pouvait-elle parler ainsi de sa propre soeur ? Il ne la comprenait pas, il avait dû manquer un épisode. Il s'approcha alors d'elle et posa une main sur son épaule, puis déclara :

« Je me doute que tu sois bouleversée, mais ce n'est pas une raison pour parler ainsi d'Elizabeth. C'est une gentille fille, je suis certaine que tu vas l'adorer et...

-TAIS-TOI ! cria-t-elle, les larmes roulant sur ses joues sous les yeux de Sirius. TU NE COMPRENDS DONC PAS ? Je n'ai pas de sœur ! Et je n'en aurais jamais ! Elizabeth ne sera jamais ma sœur ! TU ENTENDS ? JAMAIS ! Comment peux-tu me demander de l'accepter dans ma vie alors que tout nous sépare ? C'est un véritable cauchemar ! confia Eliane. Elle me demande de lui parler de notre mère et elle ne sait même pas que notre père est mort ! Je n'ai pratiquement aucun souvenir de ma propre mère. Quant à mon père, siffla-t-elle, c'était une ordure ! Elle a eu la chance de ne pas vivre avec lui !

-Justement, tu le dis toi-même, elle a eu la chance de vivre dans une famille unie et aimante…, réussit à dire Padfoot avant de se faire couper la parole.

-Et tu crois que je vais m'en réjouir, répliqua Eliane en se retournant brusquement vers Sirius. Je déteste ma sœur ! s'exclama-t-elle. Elle a eu le droit à ce que moi j'ai toujours rêvé : une famille ! Un père, une mère ! Quand je vois des parents avec leurs enfants à Noël, je m'imagine à leur place, mais jamais je n'aurai cette chance ! Qu'elle aille au diable avec ses gamineries de grande sœur ! Je n'ai plus l'âge de jouer à la poupée ! Elle ne sait pas le quart de ce j'ai vécu, alors que mademoiselle, pendant ce temps-là, vivait tranquillement avec ses parents adoptifs ! Comment crois-tu que je puisse accepter aussi facilement cet état de fait ? C'est le fleuve Achéron (1) qui nous sépare, elle au paradis et moi en enfer ! Elizabeth n'est qu'une étrangère, elle n'est rien à mes yeux. Rien, affirma-t-elle en le défiant de dire le contraire.

C'est alors qu'un bruit de gifle retentit dans la pièce, Eliane avait les yeux grands ouverts sous le regard de Sirius qui regrettait déjà son geste en voyant la détresse dans ses iris. Il tenta de l'approcher, mais celle-ci recula, les larmes roulant désespérément sur ses joues.

« Vous êtes tous pareils les hommes. Dès que quelque chose vous contrarie, vous frappez, murmura-t-elle en se tenant la joue.

-Eliane, pardonne-moi, je ne voulais pas, bafouilla-t-il en se traitant mentalement d'imbécile pour l'avoir giflée.

-Je croyais que tu m'aurais comprise, que tu ne m'aurais pas jugée ! Finalement, tu es comme tous les autres !

-Je t'en supplie Eliane, dit-il en posant une main sur son épaule, essayant de la raisonner.

-NE ME TOUCHE PAS ! Je ne veux plus jamais te revoir ! décréta-t-elle. Plus jamais ! C'est fini Sirius ! ajouta Eliane en s'enfuyant de la pièce sans qu'il n'ait eu le temps de réagir.

Le concerné ouvrit grand les yeux, un bloc de glace tombant dans son estomac. Non, non… Elle ne pouvait pas le quitter, pas ainsi, pas maintenant ! Elle ne pouvait pas faire ça ! Le pied de Sirius valsa alors dans une chaise qui se fracassa contre le mur. Il n'aurait jamais dû la gifler ! Seulement, c'était parti plus vite qu'il ne l'avait voulu, toutes les paroles qu'elle avait formulées l'avaient révolté ! Il avait l'impression de ne pas la reconnaître, ou peut-être ne la connaissait-il pas encore totalement. Elle ne pouvait pas le quitter, il avait besoin d'elle ! Le cœur de Sirius se serra comme dans un étau. Il avait mal, terriblement mal, il n'arrivait pas à réaliser ses paroles. Elle avait dit ça sur le coup de la colère. Elle reviendrait, elle reviendrait. Alors pourquoi en doutait-il ? Une larme roula sur le visage de Black. Il ferma douloureusement les yeux, serrant les poings. Il avait tout gâché ! Il finissait toujours par tout gâcher : Lily, James, sa vie. Et pour la première fois de son existence, il pleura. Il pleura pour une femme. Il pleura pour elle.

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Quelques couloirs plus loin, la jeune Spencer était assise aux côtés d'Eric Carter à la bibliothèque. Depuis qu'elle l'avait rencontré, ils venaient souvent à se rencontrer pour parler tranquillement. Eric Carter, ce nom sonnait en elle comme une nouvelle chance. Elle se sentait bien en sa présence. Il parlait de tout et de rien, mais elle aimait sa compagnie. Il était quelque peu sarcastique, il n'y allait jamais par quatre chemins s'il avait quelque chose à dire. Peu à peu, elle venait à oublier ses malheurs avec Walker et peu à peu, Carter se faisait une place dans son cœur. C'était la première personne qui cherchait réellement à la connaître. C'était étrange, mais très agréable. Elle avait l'impression de revivre à ses côtés. Ils faisaient parfois leurs devoirs ensemble, ils rigolaient et discutaient de Quidditch. Il était beau, intelligent et très Serpentard. Elle se demandait parfois pourquoi il venait à s'intéresser à elle. Pourquoi restait-il avec elle ? Et sans s'en rendre compte, Tracy changeait peu à peu, oubliant ses rancœurs passées avec West et ses amies, se concentrant de nouveau sur ses études et sur elle. Adina et Marie ne traînaient pratiquement plus avec elle et Spencer s'en passait bien ! La Gryffondor observa quelques instants son partenaire qui écrivait son devoir de potions. Un Serpentard avec une Gryffondor, qui l'aurait prévu ? Pas elle. Elle se surprenait de penser de plus en plus à lui et parfois même à rêver de lui. Mais il n'était pas question qu'elle lui avoue, elle se sentait ridicule. Après tout, ils n'étaient que des amis, rien de plus, rien de moins.

Une légère rougeur apparut sur ses joues quand il releva la tête pour lui sourire. Le jeune homme se replongea aussitôt dans l'écriture de son devoir. Il pouvait sentir ses yeux le scruter à tout moment. Elle paraissait bien pensive en ce moment. Cela faisait maintenant un mois qu'ils se connaissaient, un mois qu'il avait relevé ce défi avec son ami, un mois qu'il arrivait à faire changer Tracy. Elle n'était pas si mauvaise dans le fond, elle était juste en manque d'amour et d'une amitié réelle et sincère. Il savait que peu à peu la jeune fille était en train de modifier son comportement envers les autres. Ce défi était presque trop facile, il aurait cru que cela serait plus divertissant. Aloysius Grey, son meilleur ami et Serpentard jusqu'au bout des doigts, lui avait parlé durant une soirée de Spencer, une Gryffondor qui en faisait voir de toutes les couleurs à un groupe de Serdaigles. Il avait alors décrit cette fille comme une vraie teigne ou encore une petite peste qui aurait eu sa place à Serpentard. Il avait été intrigué, curieux. Il l'avait alors espionnée pendant plusieurs jours à son insu. Aloysius avait eu la charmante idée de le mettre au défi de changer Spencer. Eric accepta aussitôt pour lui prouver qu'il en était capable, mais surtout piqué à vif dans son orgueil.

Depuis, tout s'était passé au-delà de ses espérances. Néanmoins, il avait l'impression que quelque chose lui échappait, que quelque chose n'était plus sous son contrôle. Inconsciemment, il passait plus de temps avec elle, il aimait sa présence. Oh non, ne croyez pas qu'Eric Carter était en train de tomber amoureux, loin de là, mais il appréciait son amitié plus qu'il ne l'aurait imaginé. Amis et rien de plus. Elle était loin d'être stupide, bien au contraire : elle pouvait se montrer talentueuse en Sortilège ou en Potions et il comprenait mieux son enthousiasme à devenir médicomage. Elle aimait réellement ce métier. Étonnant au premier abord pour une fille qui se montrait sans cœur de vouloir aider et soigner son prochain. Finalement, Tracy Spencer était loin d'être quelqu'un de profondément mauvais. C'était juste une fille abandonnée par ses parents, d'où sa profonde jalousie envers les autres élèves. Elle lui avait alors avoué que le Choixpeau magique avait hésité à l'envoyer entre Serpentard et Gryffondor. La jeune Spencer avait choisi la maison des lions pour que ses parents soient fiers d'elle. Malheureusement, elle n'en tira aucune félicitation ou intérêt de leur part à son plus grand désespoir. Seul son frère ainé, sorcier lui aussi, avait le droit à tous les honneurs. Il avait eu ses confidences dans le plus profond des silences. Il ne parlait que rarement de ses soirées avec Tracy à son ami Grey. Connaissant Aloysius, il se moquerait de lui. Seulement, il avait appris à s'attacher à elle et aujourd'hui, il pouvait la considérer comme une très bonne amie. Cependant, il avait depuis quelque temps cette impression que rien ne se déroulait comme il l'aurait souhaité. Elle lui lançait beaucoup trop de regards et ça le gênait. Il avait peur qu'elle finisse par tomber amoureuse de lui sans qu'il puisse rien n'y faire. Advienne que pourra. Il verrait au moment venu.

Il la vit alors froncer les sourcils et fixer un point au-dessus de son épaule. Il se retourna et aperçut une jeune Gryffondor aux cheveux noirs, se dirigeant vers un rayon. La chaise de Spencer racla le sol sous les yeux étonnés d'Eric qui demanda :

« Où vas-tu ?

-Je dois aller voir quelqu'un, je reviens vite. »

Il hocha la tête et la suivit du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans une allée de livres. Spencer chercha du regard sa compagne de chambre qu'elle finit par trouver en train de prendre un ouvrage sur les vampires, sûrement pour le devoir de défense contre les forces du mal. Elle s'approcha de Floyd, l'observant attentivement. Tout le monde l'appelait la reine des glaces et ce surnom lui allait à merveille. Tracy lui parlait que rarement et encore, c'était juste pour lui faire des remarques déplaisantes. Seulement, elle l'avait vue rentrer un soir en pleurs dans leur dortoir. Laura ne montrait jamais ses sentiments habituellement et surtout pas en public ou devant ses camarades de chambre. Spencer ne s'en était pas fait plus que ça, seulement ce matin, elle avait fait une étrange découverte en ordonnant la chambre. Alors qu'elle était en train de ranger les vêtements qui traînaient un peu partout, elle tomba sur un coffret en bois rangé sous le lit de Floyd. Curieuse, elle l'avait pris et ouvert, ne s'attendant pas à voir ça. Sans trop savoir pourquoi, son sang s'était glacé, peut-être parce qu'elle y avait elle-même songé de nombreuses fois quand elle allait mal. Avant de se raisonner que c'était stupide et cela n'arrangerait en rien les choses. Seulement, elle n'aurait jamais cru que dans son propre dortoir et sous leurs yeux, une camarade de chambre en venait à se procéder. Elle avait aussi vu des photos en tout genre, apparemment ses parents.

Elle ne savait pas trop quoi en penser. Si elle n'avait pas rencontré Eric, elle aurait sans aucun doute tout divulgué à Poudlard juste pour s'amuser et se divertir. Mais aujourd'hui, Tracy ne trouvait rien de cela amusant. Depuis son enfance, elle avait toujours rêvé de devenir médicomage parce qu'elle était du genre à se blesser n'importe où et n'importe comment. Seulement, ses parents n'avaient jamais pris soin de la consoler ou la soigner correctement comme tous parents le feraient avec son enfant. Non, ils étaient bien trop occupés avec leur travail et à mettre son frère ainé sur un piédestal. Alors parfois, elle restait chez la voisine qui était médicomage pendant que ses parents étaient absents. Elle était très gentille et douce, elle la soignait toujours quand elle se faisait mal et depuis ce jour-là, elle voulait devenir comme cette femme. À ses yeux, c'était le plus beau métier du monde.

Ses résultats scolaires avaient beaucoup remonté depuis ces dernières semaines, elle savait que son rêve d'enfant pouvait se réaliser. Et aujourd'hui, elle avait envie d'aider Floyd pour se montrer qu'elle était aussi capable de soutenir une personne en difficulté, qu'elle était bel et bien en train de changer et ça, grâce à lui. Il lui avait ouvert les yeux. La jalousie et la haine ne résoudraient rien, bien au contraire. Il ne tenait qu'à elle pour se faire de vrais amis et apprendre à se faire aimer des autres.

« Spencer, que me veux-tu ? demanda Floyd sans même lui accorder un regard. »

La concernée sortit quelque chose de sa poche et ouvrit la paume de sa main, découvrant ainsi une lame.

« Je suis venue te rendre ça. »

Laura observa quelques instants l'instrument, gardant son calme et un visage impassible.

« Désolée, mais tu dois faire erreur sur la personne, dit-elle avant de se retourner pour partir. »

La jeune Floyd fut alors arrêtée dans sa progression par la main de Spencer sur son épaule.

« J'ai découvert ton coffret sous ton lit et il y avait ça, expliqua-t-elle, ne voulant pas lâcher l'affaire.

-Et alors ? répliqua Laura avec en haussant les sourcils, sans se laisser déboussoler. Maintenant tu fais dans la charité Spencer ? C'est nouveau ! ajouta-t-elle d'un ton cynique. Pourquoi n'es-tu pas partie raconter avec empressement et joie tout ce que tu as vu ? Il est vrai que ta cote de popularité n'est pas au mieux de sa forme. Peut-être qu'en faisant âme charitable, tu remonteras dans les sondages et quoi de mieux que de prendre en pitié la pauvre Floyd.

-C'est plus fort que toi, souffla Tracy dont les traits de son visage se convulsèrent sous ses propos sarcastiques.

Quoi donc ? s'enquit-elle avec innocence.

-D'être aussi froide et caustique. »

Un ricanement s'échappa d'entre les lèvres de sa camarade de chambre tout en déclarant :

« Et toi Spencer ? Est-ce l'amour qui te transforme en une personne emplie de mièvrerie ? Finalement, je te préférais avant, au moins tu me foutais la paix et j'avoue avoir toujours aimé tes plans totalement foireux, confia Laura avec un sourire moqueur.

-Depuis combien de temps ?

-Que je suis fan de tes prouesses légendaires ? Depuis…

-Ne joue pas à ce petit jeu Floyd ! s'exclama Tracy en lui coupant la parole. Sinon, il est vrai que je me ferai un plaisir de tout révéler au grand jour sur ta petite vie totalement pathétique et misérable qui, avouons-le, n'intéressera personne. Je suis venue ici en tant que camarade de classe et de dortoir et non comme ennemie. Quoi que tu penses, j'ai de la considération pour toi, déclara Spencer qui semblait curieusement sincère.

-Oh joie, s'écria Laura avec ironie, serais-tu en train de me demander qu'on devienne amies ? grimaça-t-elle. Combien de temps as-tu mis pour apprendre ce discours et à mettre ta fierté de côté ?

-Pense ce que tu veux de moi. En attendant, si tu veux venir me parler ou te faire soigner, ma porte est ouverte, dit Tracy en s'allant pour rejoindre son partenaire. »

Laura resta quelques instants stoïque. Était-elle en train de rêver ou Spencer venait de se montrer gentille et compréhensive ? Elle était atterrie dans un monde parallèle ! Non, ce n'était pas possible, cela cachait forcément quelque chose : Tracy ne faisait jamais rien sans rien. Elle préparait un mauvais coup ! Et pourtant, elle paraissait réellement sincère. C'était une blague ! Une mauvaise blague ! Devenir amie avec elle ? Et puis quoi encore ? Elle n'était pas idiote ! Spencer devait se sentir seule et c'est tout ! Ne sachant comment réagir ou quoi faire, elle prit son livre et sortit de la bibliothèque qui devenait un lieu maudit et plus aussi tranquille qu'avant ! Après sa dispute avec Ambre, voilà maintenant Spencer qui s'ajoutait à sa liste des problèmes actuels ! Qu'ils aillent tous au diable ! Elle n'avait besoin d'aucune aide et de personne ! Personne.

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Quelques heures plus tard, le couvre-feu était passé de plusieurs minutes maintenant. Eliane marchait encore et encore à travers les couloirs désertiques. Elle n'était pas rentrée à son dortoir depuis sa dispute avec son compagnon. Elle était complètement déconnectée du monde actuel, ne cessant de se répéter qu'elle venait de quitter Sirius. Elle avait quitté Sirius… Sirius, celui qu'elle aimait plus que sa propre vie. Elle avait l'impression de tout perdre au fur et à mesure, à chacun de ses pas. Elle perdait tous ceux qu'elle aimait par sa propre faute. Peut-être n'était-elle pas destinée à connaître l'amour ? Eliane avait terriblement mal, une douleur sourde qui lui vrillait le cœur et lui nouait le ventre. Ses yeux se faisaient désespérément arides comme le désert du Sahara.

Elle marchait depuis des heures, ses pas la menant un peu partout, mais indéniablement vers la tour d'astronomie. Pour y faire quoi ? Juste regarder les étoiles et rien de plus, ou peut-être pour pleurer et chercher réconfort à travers cette rivière de diamants qui s'étalerait sous ses yeux. Sirius, son étoile, son seul soutien, son amour. Elle l'avait quitté. Un sanglot mortifié s'échappa de sa bouche, tout en tapant violemment des poings dans le mur, encore et encore, laissant échapper toute la tristesse et la colère qui traversaient son corps et son âme. Ses mains blanches devinrent rouge sang à force de taper contre la paroi qui résistait tout à son contraire. Elle était en train d'éclater de l'intérieur, tout était en train de s'effondrer; toutes ses barrières, tout son univers, toute sa vie se dérobait peu à peu. Les larmes apparurent progressivement, roulant sur ses joues comme des perles. Eliane voulait mourir. Mourir pour faire taire cette souffrance en elle. Elle avait tout gâché, elle était maudite ! À quoi bon vivre ?

« Eliane ? »

La jeune fille retint subitement ses sanglots en entendant sa voix, une voix qu'elle connaissait que trop bien et sur qui elle pouvait compter. Elle se retourna lentement vers lui. Il était là, son ami d'enfance qui ne l'avait jamais abandonné.

« Mais que fais-tu ici ? Le couvre-feu est dépassé depuis longtemps ! »

Un maigre sourire apparut sur son visage. Elle reconnaissait bien là John, préfet jusqu'au bout des doigts. Il s'approcha d'elle, inquiet et soucieux de son état, s'agenouillant à sa hauteur. Il passa une main sous son menton, séchant de son doigt ses larmes. Ses lèvres tremblèrent sous tant de douceur et d'amour. Eliane se jeta dans ses bras, pleurant tout son saoul, pleurant plus que jamais contre lui. Elle sentit ses mains s'enrouler autour de sa taille et curieusement, sa chaleur la réconforta, s'accrochant à lui de toutes ses forces comme à une bouée de sauvetage larguée en plein naufrage.

« Merlin, que t'arrive-t-il ma belle ?

-Sirius, Sirius, murmura-t-elle inlassablement. Je l'ai quitté, je l'aime, mais je l'ai quitté, j'ai quitté Sirius…. »

-Sirius ? Comme Sirius Black, leur professeur ? Il fronça quelques instants les sourcils, avant de lui dire :

« Viens avec moi au dortoir des garçons, on doit parler tous les deux. »

La jeune fille hocha simplement de la tête avant de se relever avec son ami. Malheureusement, à peine qu'elle fit quelques pas qu'un vertige sembla pointer le bout de son nez. Elle se raccrocha aussitôt au mur avant de se sentir soulevée par deux bras puissants passant sous ses jambes, pour finalement être portée par John. Eliane passa automatiquement ses mains autour de son cou, enfouissant son visage dans son épaule. Elle ne s'était jamais sentie aussi lasse.

« Je suis désolée, murmura-t-elle en appréciant d'être avec lui à ce moment précis.

-Ce n'est pas grave Ely, je suis là pour ça. Ce ne sont que les effets de ta fatigue et de ton manque de nourriture. Un vrai bébé ! Il faut donc prendre soin de toi comme une enfant, remarqua-t-il en essayant de détendre l'atmosphère.

-Je suis bien dans tes bras, souffla-t-elle en somnolant, sous le sourire attendri de son ami. »

Ils arrivèrent rapidement vers leur salle commune qui était totalement déserte à son plus grand bonheur. Il monta directement vers le dortoir des garçons où deux de ses amis ne dormaient pas. Il s'attira de suite les regards interrogateurs de Thomas – le capitaine de Quidditch – et James – l'un des batteurs de l'équipe – en voyant leur attrapeuse favorite dans un tel état. John secoua tout simplement de la tête pour leur intimer de ne pas poser de questions. Il déposa Eliane sur le lit puis se tourna vers Thomas :

« Tu crois que tu pourrais aller aux cuisines pour demander un repas aux elfes de maison.

-À cette heure ?

-Veux-tu laisser ton attrapeuse mourir de faim et impotente à faire le prochain match contre les Serpentards ?

-J'y vais, soupira-t-il tout en jetant un regard préoccupé à Eliane. Que te faut-il ?

-Une soupe et un gâteau au chocolat avec du jus de citrouille, répondit consciencieusement John.

-Je t'apporte ça, tu viens avec moi James ? »

Le dénommé Parker hocha de la tête, suivant son capitaine de Quidditch, tandis que les deux autres garçons dormaient profondément. Eliane et John se retrouvèrent plus ou moins seuls dans le dortoir. Walker prit sa baguette et déposa un « Silencio » autour de son lit pour ne pas être entendu des oreilles indiscrètes puis referma les rideaux d'un coup sec. Il sentait que la nuit allait être longue. Eliane paraissait réellement fatiguée et au bout du rouleau. Il savait que c'était le moment ou jamais pour la faire parler. Il s'assit en face, tout en glissant sa main sur sa joue rougie. Prenant une inspiration, il dit :

« Tu as parlé de Sirius tout à l'heure. Sirius, comme Sirius Black ? »

Pour seule réponse, il obtint un signe de tête affirmatif.

« Tu sors avec lui ? Avec notre professeur ? demanda-t-il totalement ébahi, ayant du mal à y croire.

-Oui, mais, mais…. »

Elle l'avait quitté, pourquoi ? Depuis quand sortait-elle avec lui ? Devant les yeux de tout le monde ! C'était incroyable, il n'aurait jamais cru ça. Eliane, la parfaite petite Serdaigle qui respectait les règles, faisant passer les études avant toute relation. Une relation avec un homme deux fois son ainé. Elle qui ne se laissait pas facilement apprivoiser. Comment était-ce possible ? Comment Sirius Black avait-il réussi cet exploit de sortir avec Eliane ?

« Commençons par le commencement, reprit John. Depuis quand sors-tu avec lui ?

-Depuis les vacances de Noël. »

John fronça quelque peu les sourcils devant cette réponse plus qu'étrange.

« Ne devais-tu pas être chez ton père durant les vacances de Noël ? Comment as-tu pu rencontrer notre professeur en dehors des cours ? »

Un éclat de peur traversa les iris de la jeune fille qui semblait totalement paralysée. Merlin, elle ne pouvait pas lui parler de ça. Et pourtant, elle était prise à son propre piège, elle s'était vendue toute seule. Comment lui dire ? Eliane frissonna légèrement, sentant l'angoisse monter en elle et les larmes affluer de nouveau.

Les mains de John prirent son visage en coupe. Il la regarda droit dans les yeux, sans la lâcher une seule seconde.

« Tu sais que tu peux tout me dire Eliane, parle-moi. Ça te ronge de l'intérieur depuis ton retour à Poudlard. Pourquoi n'étais-tu pas chez ton père durant les vacances de Noël ? Pourquoi nous n'avons eu aucune nouvelle de ta part ? Où as-tu eu cette blessure à la jambe ? Dis-le-moi, réponds-moi, supplia John.

-…

-Eliane, insista-t-il en resserrant son emprise autour de son visage.

-Il… mon père me battait, réussit-elle à dire sous la mine déconfite de son meilleur ami. »

John laissa tomber ses mains de chaque côté d'elle, totalement abasourdi par cette révélation. Comment était-ce possible ? Il n'avait jamais rien vu ! Avait-il mal entendu ? Et pourtant, elle semblait dire la vérité. Son père, son propre père la battait et sous ses yeux. Pourquoi n'avait-elle rien dit ? Depuis quand ? C'est alors que des souvenirs lui revinrent brutalement en mémoire. « Tu as des bleus sur le bras » « Je suis tombée dans l'escalier » « Encore ? Tu es décidément maladroite » Maladroite… Quel pauvre petit imbécile, il aurait dû comprendre ! Eliane était loin d'être maladroite à Poudlard sauf chez elle. Il serra les poings de rage, il n'avait rien vu ! Il s'en voulait ! Il avait promis de protéger Eliane, il n'avait pas réussi ! Il n'avait pas été aussi intelligent et vif d'esprit qu'aurait dû l'être un Serdaigle ! Alors tous ses bleus quotidiens sur ses bras et ses blessures n'étaient que les conséquences, les actes de violence de son père sur elle ?

« Depuis quand ? demanda-t-il en essayant de contenir au mieux sa colère. Elle n'avait pas besoin de ça, pas maintenant.

-Mon entrée à Poudlard, répondit-elle d'un ton morne en baissant la tête.

-Pourquoi ? Pourquoi ? questionna John qui n'arrivait pas à s'en remettre.

-J'avais peur, il me menaçait. Si je révélais tout, il allait me retirer de Poudlard ! Je ne voulais pas, l'école était mon seul échappatoire.

-Mais nous ne l'aurons jamais laissé faire ! répliqua John devant le visage honteux d'Eliane. Tu y croyais, tu croyais réellement à toutes ses menaces.

-Com-comprends moi, j'étais terrifiée par lui. Et puis, ce n'était que deux mois par an.

-Merlin Eliane ! Comment peux-tu dire ça comme si c'était normal ! se révolta John face à son attitude soumise. Aucun parent ne doit battre son enfant et ça, pour n'importe quelle raison ! Tu le conçois ? »

La concernée se mordit les lèvres tout en fermant les yeux. Elle avait des difficultés à le concevoir, elle savait que son père était mauvais, mais il y avait toujours cette petite voix dans sa tête lui rappelant ô combien elle le méritait et étrangement, cette voix ressemblait à son père. John voyait bien que son amie ne semblait pas totalement convaincue. Ce n'était pas possible ! Qu'est-ce que lui avait fourré son père dans le crâne ? Heureusement qu'il était mort, sinon il s'en serait chargé lui même ! Les yeux de John s'ouvrirent alors en grand; la mère d'Eliane avait eu le même comportement de son vivant selon sa mère. Était-ce possible qu'il battait aussi sa propre femme ?

« Cela n'explique pas pourquoi tu as rencontré Sirius pendant tes vacances de Noël. Que s'est-il passé ? Comment t'es-tu retrouvée en sa compagnie ? Et sortir aussi vite avec…à moins que… C'était lui ton admirateur secret n'est-ce pas ? Tu étais avec lui après notre duo ?

-Oui, dit-elle en rougissant, Sirius était mon admirateur secret. Ne crois pas qu'il ait profité de moi ! ajouta Eliane ne voulant pas que John se méprenne sur les intentions de son ancien compagnon.

-Je te connais assez bien pour savoir que tu n'es pas une fille facile. Ce qui m'étonne c'est que tu as toujours eu peur des hommes. Pourquoi es-tu en confiance avec Black ? Tu es amoureuse de lui, c'est ça ? »

Pour seule réponse, elle hocha la tête. John n'était pas plus étonné que ça, il aurait dû s'en douter depuis le début : tous ces regards, ces gestes en classe. Personne ne voyait, mais lui, il la connaissait depuis l'enfance. Et apparemment c'en était de même pour leur professeur : il la cherchait constamment des yeux, comme s'il ne pouvait se passer de sa présence. Quel couple étrange, il n'aurait jamais cru ça possible. Cependant, il était heureux pour Eliane, heureux qu'elle puisse avoir confiance en un homme même s'il était doublement plus âgé qu'elle. Peu importe après tout, le plus important c'était son bonheur. Il prit ses mains entre les siennes et déclara :

« Tu dois tout me raconter Eliane. Que s'est-il passé lors de ces vacances de Noël ? »

Elle détourna aussitôt les yeux pour éviter son regard. Lui raconter ses vacances de Noël, comment faire ? Elle en avait envie, envie pour se libérer, pour avoir une épaule sur laquelle se reposer. Seulement, Eliane savait que ça allait être terriblement douloureux. Il fallait qu'elle le fasse, il le fallait ! Elle devait être forte ! La jeune fille prit une grande inspiration pour reprendre un peu contenance puis entama son récit :

« Lors du soir du bal, j'ai embrassé Sirius ou plutôt il m'a embrassée et j'y ai répondu, mais tu sais comme j'ai peur des contacts physiques… Je l'ai brutalement repoussé et à ce moment-là, tous mes souvenirs ont ressurgi, raconta-t-elle en retenant ses larmes. C'était horrible ! J'étais la plus heureuse et la plus malheureuse des femmes en même temps. Je venais d'embrasser l'homme que j'aimais et voilà que mon passé refaisait surface. Mon père voulait que je rentre à la maison, mais M. Lupin et Sirius avaient des soupçons sur lui quant à ma blessure à la jambe. Et cela ne lui avait pas plu. Je savais qu'en retournant à la maison, j'allais être punie sévèrement pour avoir été aussi imprudente, mais je devais savoir, tu comprends ? Je devais savoir. C'était vital, je ne voulais plus fuir mon passé, je voulais l'affronter, murmura-t-elle inlassablement les yeux brouillés par les larmes. Il m'a fortement battue, je lui ai tenu tête, mais je n'étais pas aussi forte que je l'aurais cru, dit-elle les yeux dans le vide. Le lendemain soir, il est rentré plus ivre que jamais et il m'a tout raconté : que maman était une sorcière, que j'allais être grande sœur au moment de l'accident, mais que l'enfant était décédé avec ma mère, qu'il la haïssait, qu'il nous haïssait parce que nous étions des sorcières alors que lui était un cracmol. Il a battu de nombreuses fois maman, mais elle lui tenait tête comme moi et pour la briser, la nuit, la nuit…, répéta-t-elle en n'arrivant plus à parler. Je ne peux pas, je ne peux pas.

-Eliane, tu peux le faire, ça va te faire du bien. Aller parle, encouragea John en passant derrière elle. »

La Serdaigle s'installa entre ses jambes, se collant contre lui, tandis que les bras de John encerclèrent sa taille, posant sa tête sur son épaule, la berçant tendrement tout en lui soufflant des mots doux à son oreille.

« Te souviens-tu quand nous étions enfants, ta mère m'avait fait promettre de veiller sur toi. Fier de cela, je me sentais plus important. Je ne cessais de te protéger et te consoler quand tu allais mal et vice versa. Nous ne sommes plus des enfants, mais sache que je suis toujours là pour veiller sur toi et te consoler tant que tu en auras besoin. Je t'aime Eliane, comme ma propre sœur. Alors, fais-moi confiance comme lorsque nous étions enfants, parle-moi, déclara-t-il tout en l'enlaçant fortement contre lui.

Il sentit alors les paumes de ses mains devenir humides et il la vit pleurer sans aucune retenue, dans un silence totalement effrayant.

« Cette nuit-là, précédant l'accident, il...il a abusé de moi sexuellement ».

John mit plusieurs minutes avant d'assimiler, s'attendant à tout sauf à ça, comprenant désormais sa peur des hommes. Alors c'était ça, c'était ça. Il l'avait violée, alors qu'elle n'avait que sept ans ? C'est pour cela qu'Eliane avait rejeté tous ses souvenirs ? Il ferma quelques instants les yeux par l'horreur et la colère qui le submergeaient ! Mais quel genre de monstre pouvait faire ça à son enfant ? À sa fille ? Comment est-ce que cela avait-il pu se passer sous leurs propres yeux ? À tous ! N'avaient-ils pas été assez attentifs ? Cela n'aurait jamais dû se produire ! Jamais ! Il entendit alors sa voix enrouée par l'émotion ajouter :

« Et durant les vacances de Noël, il tenta une nouvelle fois de, de… »

John la fit taire, comprenant ce qu'elle allait dire. Elle n'avait pas besoin d'en dire plus. Il comprenait mieux son comportement des derniers jours. Il ne savait pas quoi dire. Quels mots choisir pour une telle situation ? Il ne savait pas, on n'était jamais préparé à ce genre d'événement. Alors il se tut, cajolant sa jeune amie, lui transmettant tout son amour et son soutien tandis qu'Eliane continua de raconter toute l'histoire : l'intervention de Sirius et Remus, sa cohabitation avec eux, la déclaration d'amour de Black, sa mise en couple, son retour à Poudlard, la mort de son père. Toutes les pièces du puzzle se mettaient enfin en place. Quand la question fatale arriva :

« Pourquoi as-tu quitté Sirius ? Je ne comprends pas.

-Il veut que je rencontre et que j'accepte ma sœur. Elle est vivante. »

La dernière phrase sonna comme un glas. Vivante, sa sœur ? Comment était-ce possible ? L'accident avait été mortel pour la mère d'Eliane, le bébé aurait dû mourir non ? Cette dernière révélation assomma littéralement John qui n'en croyait pas ses oreilles. Malheureusement, il ne put demander plus ample information, ses compagnons de chambre revenant avec le plateau garni pour Eliane. Il l'observa pendant tout le temps où elle mangea. Elle était plus forte qu'elle ne le pensait. Qui aurait assumé avec autant de bravoure et de courage cette situation ? Tout lui tombait dessus, elle avait le droit de craquer malgré ce qu'elle pensait. Une fois le repas fini, les deux amis d'enfance s'endormirent ensemble dans les bras de l'un et de l'autre sous le regard mélancolique de la lune.


Voilà ce nouveau chapitre. Désolée j'ai quelques jours de retard, mais il m'a pris pas mal de temps à écrire, la partie Tracy/Eric Carter m'a donné du fil à retordre. M'enfin, ce chapitre est écrit. J'espère qu'il vous aura plu. Ne me tuez pas, surtout pour la séparation de Sirius/Eliane. Sinon pas de suite, mouah, mouah. Et puis, ce n'est que provisoire. Ils vont se remettre ensemble. Prochain chapitre, Ambre/Laura, Remus/Eliane et Sirius/Eliane avec un passage intime. Heureux ? Sinon, qu'avez-vous pensé de la partie Tracy/Eric Carter et du changement de Spencer ? On a revu un peu Laura. On en a appris plus sur notre ennemie Tracy Spencer ainsi que sur Eric Carter. Que va-t-il se passer entre ces deux-là ? Et Eliane, va-t-elle se réconcilier avec Sirius ? Va-t-elle accepter de rencontrer une nouvelle fois sa sœur ? Hum, hum. La suite au prochain épisode, dans une semaine !

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Lia-Sail