Jour 53. Dimanche.

Henry Mills :

J'avais retrouvé ma mère biologique. Depuis plusieurs semaines, elle était la première pensée qui me venait à l'esprit en me réveillant le matin. Comme si ce fait, chaque matin, avait le goût amer d'un rêve qui s'efface, mais heureusement, il n'en était pas un. C'était bel et bien réel. Elle m'avait montré les dossiers officiels qui recoupaient son abandon à ma naissance, à Phoenix, et mon adoption par Daniel et Regina, à Boston. Elle m'avait parlé de son enfance, et des quelques mauvais choix qu'elle avait fait, sans trop rentrer dans les détails, comme si elle avait presque honte d'en dire plus pour le moment elle m'avait expliqué le pourquoi de son geste, avec des mots simples mais la tristesse dans ses yeux était si grande que j'en avait pleuré. Elle m'avait confié un tas de chose sur elle, elle m'avait ouvert son cœur et je sentais que me retrouver après tant d'années, était la chose la plus fantastique qu'elle ait éprouvé.

C'était un hasard incroyable de s'être rencontré et d'apprendre la chose à cause de ma fausse fugue. D'ailleurs à propos de ça, je n'avais jamais réellement eu l'intention de partir de chez moi, je voulais juste une piste sur mon passé, et j'avais couru après la première que j'avais trouvé. Enfin la vérité était là, le Sherif Emma Swan était ma maman et mon autre maman n'avait pas piqué de crise de nerfs en l'apprenant. Je crois que ça, ça m'a peut-être plus choqué que le reste, à vrai dire. C'était totalement fou.

Bref, ce matin, je n'étais pas chez moi, et j'ai mis quelques secondes à me souvenir d'où j'étais et pourquoi. Je suis resté silencieux pendant que mes camarades dormaient encore. Puis les parents de Jeremy nous ont réveiller, ils nous ont offert des croissants et des brique de jus de fruit avant de nous raccompagner.

Je rentrais enfin chez moi en fin de matinée, ils m'ont déposé sur le trottoir en face de ma maison, la rue était étrangement calme, même pour un dimanche matin, j'en déduisais que la fête avait dû se terminer bien tard pour tout le monde. Il fallait bien avouer que maman avait fait les choses en grands cette année, elle avait marqué le coup, tout le monde avait aimé le nouveau style qu'elle avait adopté pour cette grande tradition. Elle avait abandonné la salle municipale et ses traditionnels chandeliers et couverts en argent, pour un buffet haut en couleur dans une vieille grange redécoré à merveille, et cela avait tapé dans le mille, cela avait été superbe. J'était content qu'elle ait dérogé à la règle, j'étais content de la voir changer et sourire plus souvent qu'avant.

J'ai marché lentement dans l'allée, en laissant mes mains glisser sur les feuilles des buissons, en repensant à ses dernières semaines et à toutes ces choses étranges et incroyables qui s'étaient passées.

Depuis deux mois, ma mère avait eu un comportement inhabituel, elle changeait d'humeur comme de chemise, elle passait du rire aux larmes en quelques secondes et j'avais eu beaucoup de mal à la suivre et encore plus à la reconnaitre. Il y avait eu des crises de nerfs, des départs en trombe, des moments de silence pesant, mais il y avait aussi eu ce sourire affiché de nouveau sur son visage, ce sourire que je n'avais vu que sur de vieilles photos. Et je me disais qu'elle commençait peut-être à oublier son mari, ce père que j'avais à peine connu. Et je me disais que tôt ou tard j'allais avoir un nouveau père.

J'avoue avoir été occupé avec mon sac de billes perdue, puis avec la reprise intensive des cours de piano et les leçons à rattraper après mettre fait prendre à faire l'école buissonnière, mais il aurait fallu être stupide pour ne pas remarquer qu'elle avait changé, qu'elle rentrait de plus en plus tard du travail ou qu'elle filait en douce pendant la nuit. Je ne savais pas ce qu'elle me cachait et je m'en fichais un peu, car sans le savoir, depuis cette mission secrète et cette nuit d'orage, moi j'aimais passer du temps avec ce nouveau Shérif pas comme les autres. Ce Sherif qui m'avait aidé et sauvé la vie. Je l'aimais bien, peut-être simplement parce qu'elle venait de Boston et que je rêvais des grandes villes, peut-être simplement parce qu'elle portait une arme et que ça m'impressionnait beaucoup, peut-être parce qu'elle me semblait différente de tous les autres adultes que je connaissais.

Et puis, justement, quand on est rentrée de Boston – après cette fugue que je n'aurais jamais dû faire, mais que finalement, j'avais bien fait de faire quand même, si j'avais tout compris - quelque chose avait changé, c'était encore plus flagrant. Quelque chose n'allait pas et je ne comprenais pas pourquoi. Je pensais bien sûr que ce malaise entre elles, était causé par ma stupide fugue. Je pensais que d'avoir fouillé dans les affaires du Sherif avait mis maman dans un sacré embarras, je pensais que leur silence de mort sur la route du retour, était ma faute.

Et puis, j'avais surpris des regards intriguant entre ma mère et Emma. J'avais surpris des conversations incompréhensibles, j'avais repéré leur petit jeu : leur façon de se vouvoyer en public, et de se tutoyer en privé leur façon de sortir de nulle part ensemble avec le sourire aux lèvres leur façon de se tenir la main quand elles pensaient que je ne regardais pas leurs murmures et leurs coups de fils en douce. Et puis leur façon de se regarder, qui en quelques semaines, était passé par toutes les émotions possibles et imaginables, je les avais vu se fusiller du regard, je les avais vu se comprendre en deux secondes sans se parler, je les avais vu rire ou se maudire rien qu'avec les yeux. Et j'étais le seul à voir ça ? Oui apparemment ! Il se passait forcément quelque chose, je le savais, mais quoi ?

Ma mère devenait plus douce avec moi, plus posée, plus sereine, mais en même temps, je la sentais tellement à cran, comme si quelque chose la hantait, la rongeait de l'intérieur, comme si elle me mentait contre sa volonté. Parfois elle me regardait si profondément que j'en rougissais, comme si elle cherchait en moi, des traces de je-ne-sais-quoi ou des réponses à des questions en suspens dans l'air, sans que j'y comprenne rien.

Et puis j'ai fini par comprendre quand Emma m'a tout avoué. Ce mercredi midi-là, sur l'aire de jeu, au pied de mon Fort près de la plage.

Je n'avais jamais pensé qu'elle puisse être ma mère, - mais secrètement j'avais dû l'espérer - je la trouvais trop génial pour ça et je ne l'imaginais pas être mère, mais cet aveu avait comblé un vide dans mon cœur dont je n'avais pas tout à fait conscience. Elle était ma mère biologique et c'était fou, la joie et le trouble que cela m'avait procuré en même temps. Et plus encore, quand j'ai vu ma maman lui sourire, quand je l'ai vu, au courant de la situation, et ne pas s'énerver, accepter les faits et en avoir même l'air heureuse, c'était complétement dingue et j'avoue avoir mis quelques jours à réaliser. Je crois bien que ce fut effectivement les quelques jours les plus étranges de ma vie, c'était comme une autre réalité qui venait se coller à la mienne, comme un rajout après montage dans le court de ma vie, comme une vérité qui aurait éclaté et éclaboussé tout mon subconscient pour me faire réaliser doucement les choses. J'avais été abandonné mais j'avais été aimé et confié pour un meilleur avenir, et c'était comme une nouvelle histoire dans l'histoire, c'était comme prendre part à un événement auquel on ne s'était pas préparé et le contre coup me sonna pendant plusieurs jours mais je souriais de nouveau, j'avais un poids en moins dans la poitrine, poids que je ne savais même pas que je portais.

Mais maintenant, j'avais l'habitude de voir Emma assez souvent, le week-end et après l'école. J'avais même passé la journée d'Halloween avec elle, et c'était super. Maman rentrait tard pour organiser la fête d'hier, en plus de son travail à la Mairie et elle nous rejoignait plus tard. Parfois on dinait tous les trois et c'était génial, et parfois maman ne rentrait pas de la nuit et je trouvais ma babysitteur en train de réviser dans le salon sous une petite lampe. Je n'ai jamais rien dit, je n'ai rien fait remarquer parce que j'étais juste heureux qu'elles s'entendent bien et qu'on passe du temps tous ensemble. Connaissant ma mère, j'avais toujours la désagréable sensation qu'elle puisse tout annulé d'un coup et engagé des avocats contre Emma, mais les jours défilaient et elle n'avait rien fait de la sorte. J'étais si étonné que je préférais ne pas me faire remarquer. Et de voir ma mère, chaque jour de bonne humeur, ces derniers temps, me ravissait au point que j'imaginais qu'Emma avait vraiment des pouvoirs de super-héros.

Et puis hier soir, j'en ai compris un peu plus, je crois. Thanksgiving avait eu une magie bien particulière cette année. Maman ne m'avait pas invité à danser à l'ouverture du bal et je n'étais pas déçu, au contraire, j'avais horreur de ça, mais je le faisais pour lui faire plaisir. Non hier soir, elle avait invité Emma à ma place et je savais que ça représentait beaucoup. Je savais que c'était important, qu'à part Daniel, mon Grand-Père Henry et moi-même, personne n'avait jamais ouvert le bal avec Madame ma Mère. J'étais surpris mais content, et de les voir danser toutes les deux, j'avais l'impression qu'elles s'aimaient beaucoup, et j'ai compris que ce n'était peut-être pas qu'une impression.

Je ne sais pas trop pourquoi tout le monde a retenu son souffle ? Je ne sais pas pourquoi certains vieux bonhommes du Conseil ont fait une tête de six pieds de long en ronchonnant dans leurs barbes ? Et pourquoi un vieux couple dans l'assistance est parti en toute hâte, sans que personne ne les remarque, si ce n'est les invités à leur table ? Parce que moi, je les avais trouvées super belles, et j'étais fier de mes mamans sans pouvoir le dire à tout le monde, mais heureusement Ruby était là pour décoincer un peu tout ça et la fête avait continué presque comme si de rien n'était.

Je trouvais que ma vie allait mieux depuis qu'Emma était souvent avec nous, maman riait, maman rejouait du piano avec moi, en plus de remonter à cheval elles s'amusaient et chuchotaient souvent ensemble dans mon dos et ça me faisait rire autant que rougir, en me demandant toujours d'où pouvait bien venir cette complicité entre elles et de quoi elles pouvaient bien parler sans cesse, comme ça, à voix basse.

Enfin bon, ce dimanche matin, j'avais hâte de retrouver ma maman et ma chambre après avoir passé la nuit chez Jeremy avec quelques autres camarades, alors j'ai couru les derniers mètres jusqu'à la porte, qui, au passage, n'était même pas fermée à clefs.

« Maman ? T'es là ? T'es réveillée ? »

Pas de réponses. Des manteaux, une écharpe rouge et des talons hauts éparpillés dans l'entrée, choses qui n'arrivait jamais, maman était une maniaque de l'ordre et de la propreté. Je suis monté à l'étage et j'ai trouvé la cravate puis la veste de costume d'Emma dans le couloir, alors là, j'ai hésité à continuer. C'était comme si ce long couloir, qui mène à la chambre de ma mère, avait un gros panneau sens interdit planté là c'était comme si cette cravate me barrait le passage dans ma propre maison mais j'ai avancé quand même, bien naïf.

Lentement, j'ai entrouvert la porte de sa chambre. Il y faisait nuit noire, hormis quelques raies de lumière douce qui passaient par les volets, mais j'ai quand même distingué deux corps endormis sous les draps. Des cheveux noirs et des cheveux blonds. J'ai refermé tout doucement la porte et je me suis lentement retourné. Un peu choqué.

J'ai trainé les pieds jusqu'à ma chambre et j'ai enfilé un pyjama en me débarrassant de mon costume. Je suis descendu dans le salon sans faire de bruit, je me suis assis dans le premier fauteuil que j'ai trouvé et j'ai réfléchit.

J'ai retracé le court des dernières semaines comme je venais de le faire dans l'allée du jardin, mais tout me paraissait nouveau. Je comprenais enfin toutes les subtilités entre elles qui m'avaient échappé. Je comprenais qu'elles ne s'appréciaient pas seulement pour me faire plaisir à moi, comme je l'avais un peu bêtement imaginé. Je comprenais qu'entre elles deux, des liens s'étaient tissés dont je n'avais pas eu conscience, je comprenais mieux tous ces regards et ces silences dénués de sens pour moi sur le moment même. Comment j'aurais pu imaginer une telle de chose de toute façon ? Emma était l'archétype même de tout ce que détestait ma mère. Comment j'aurais pu imaginer ça ? Qu'elles s'entendent relativement bien - sur le plan amical, ou même tout juste social - me dépassait déjà, alors ça ? J'avais souvent pensé qu'Emma avait des supers pouvoirs, mais la façon dont ma mère avait changé, me le prouvait bel et bien. Ces sourires, ces murmures, et ces regards entre elles me paraissaient soudainement comme évident. J'avais été bien aveugle moi aussi, j'avais été à mille lieux d'imaginer une telle relation entre elles.

Donc j'ai réfléchi à tout ça, puis j'ai souri, de plus en plus largement. Il n'y avait que cela à faire, sourire.

Mes deux mères s'aimaient, ce n'était pas moi qui allait le leur reprocher, car moi, je crois qu'à ce moment-là, j'étais le petit garçon le plus heureux du monde. Et j'ai commencé à élaborer un stratagème pour que jamais cette situation ne change, je me jurais d'être le petit garçon parfait dont elles seraient toutes les deux très fières. Je me jurais de ne plus faire de bêtises et d'étudier sagement pour que jamais elles ne se disputent à mon sujet. J'avais tout d'un coup de grandes ambitions et de nouvelles idées.

Et c'était à mon tour de faire quelque chose pour elles, alors je suis passé dans la cuisine et j'ai ouvert le chantier du petit déjeuné, en attendant que l'odeur du café finisse par les réveiller pour finir ce week-end de Thanksgiving et je l'espérais, pour commencer une nouvelle vie tous les trois.

Quelques minutes plus tard :

Regina Mills :

Je n'avais jamais aussi bien dormi de ma vie.

Emma Swan :

Moi non plus.

Regina Mills :

Il y avait du bruit dans la cuisine mais ça parvenait à peine à mes oreilles. Il y avait une odeur de café dans l'air mais encore lointaine et incertaine, je devais seulement encore rêver. Et il y avait surtout un corps lové contre moi sous les draps et je me retenais d'ouvrir les yeux, de peur que l'illusion disparaisse.

Se réveiller auprès d'elle était la chose la plus douce qu'il m'avait été donné de connaitre. Son odeur m'apaisait, ses bras m'entouraient, j'avais beau être emprisonnée, j'étais heureuse de l'être. J'avais beau avoir pris certaines habitudes durant ces années de solitude, je ne m'agaçais pas le moins du monde de ces entorses au quotidien. J'aurais voulu continuer de dormir entre ses bras.

Des bribes de souvenirs de la soirée me revenaient lentement comme camouflées derrière des notes de musique et le tanin du vin. Je me réveillais lentement, un sourire spontanément affiché sur les lèvres. Je me souvenais d'avoir danser avec elle, au milieu de la piste, à la vue de tous, après l'avoir invité en lui tendant la main et avoir cru que mon cœur pouvait lâcher à tout moment. Je me souvenais, et me souviendrais tout le reste de ma vie, de ce sourire sur son visage en acceptant mon invitation, je me souviendrais toujours de ses yeux brillants fixés sur moi alors que nous dansions en oubliant le reste du monde. Je me souvenais petit à petit de nos étreintes lascives jusqu'au bout de la soirée, de nos rires entre deux gorgées de vin, je me souvenais qu'elle m'avait ramené à la maison au petit matin, et que l'on s'était aimé comme jamais nous ne l'avions fait, en se promettant que l'avenir se ferait ensemble ou ne se ferait pas.

Et à cet instant, je voulais oublier l'odeur du café qui me réveillait de plus en plus, je voulais seulement rester là, tout contre elle. Je me suis blotti un peu plus et je l'ai senti bouger légèrement. J'ai senti sa jambe remonter doucement le long de la mienne, j'ai senti sa main, endormie sur ma hanche, se réveiller et caresser ma peau du bout des doigts. J'ai entendu son soupir au creux de mon oreille comme une douce mélodie qui me prouvait que rien de tout cela n'était un rêve.

J'ai ouvert les yeux et l'illusion n'en était pas une. Il y avait bien une forte odeur de café dans l'air et Emma était bien blotti contre moi. Elle a étiré ses muscles en grognant avant de me reprendre dans ses bras et de me serrer contre elle. Elle a ouvert difficilement les yeux avec un sourire en coin puis a déposé un baiser sur mes lèvres.

« Hmmm… » A-t-elle seulement soupiré en guise de bonjour.

Nous nous sommes regardés, le jour passait à peine les rainures des volets, mais je la voyais mieux que jamais. Nous ne pouvions nous empêcher de sourire et de nous voler quelques baisers encore un peu endormis. Et puis, un bruit de pot en métal qui tombe au sol, au ré de chaussée, me fit légèrement sursauter puis rire.

« Je crois qu'Henry est entré. » Ai-je murmuré.

Elle a enfoui sa tête dans le creux de mon épaule presque cachée sous les oreillers en désordre. J'ai senti ses lèvres sur ma peau tracer un chemin tendre et doux jusque dans mon cou, jusque sous le lobe de mon oreille et j'en ai frissonné. J'ai senti ses mains passer dans mon dos et me serrer contre elle, un peu plus étroitement.

« Em… »

« Hmm… ? »

Ses baisers un peu plus appuyés me vidaient de mes bonnes résolutions, à savoir me lever. Je sentais mon corps réagir et se réveiller instantanément contre le sien. C'était immensément réjouissant de la sentir contre moi au réveil, c'était comme une première fois magique et magnifique, comme un matin d'été sans aucun nuage à l'horizon, c'était comme la caresse du soleil, comme la tendresse du baiser d'un ange. Hormis cette fois à Boston - dans des circonstances bien différentes -, je n'avais jamais vraiment ressenti ça, car nous avions toujours du nous quitter au beau milieu de la nuit, mais aujourd'hui enfin, j'appréciais chaque seconde de ce moment, en oubliant Henry, que je devinais en train de s'acharner dans la cuisine et de tout mettre sans dessus-dessous.

J'ai oublié mes bonnes manières et me suis emparée de ses lèvres en la faisant tourner dans le lit. J'ai emprisonné son corps avec le mien et nous étions alors tout à fait éveillées. Je me suis redressée pour l'admirer, nue dans mes draps de soie et je ne pouvais m'empêcher d'aborder ce sourire victorieux qui, je le savais, l'agaçait prodigieusement. Elle souriait en se mordant la lèvre, balançant sa tête de droite à gauche, avec le rose qui lui montait aux joues en même temps que des idées mal placées. Elle a glissé ses mains lentement le long de mes cuisses.

« Sherif Swan ! »

« Madame le Maire ? »

On a ri ensemble, c'était devenu notre petit jeu à nous. Il suffisait d'une nuance dans l'intonation de nos voix pour que ces simples titres révèlent bien plus sur nos intentions que tout le reste. Et il suffisait d'un seul éclat dans ses yeux bleus pour que je rougisse. Elle a dégagé un pan de draps qui me recouvrait et a laissé ses doigts vagabonder sur ma peau nue. Elle a fermé les yeux et souriait de plus en plus largement, je savais à quoi elle pensait, je ne le savais que trop bien, si bien que je ne pu m'empêcher de m'emparer de sa bouche avidement et de laisser mon corps s'exprimer.

Elle m'a renversé sur le côté et a glissé sa jambe entre les miennes. J'ai glissé mes mains dans ses cheveux, bloquant sa nuque et l'embrassant presque plus passionnant que la veille. Plus aucun muscle de mon corps ne dormait, je m'éveillais ce matin, mieux que tous les autres matins de ma vie. J'avais une furieuse envie d'elle, comme une vague déferlante, incommensurable, qui me prenait par surprise et balayait tous mes efforts pour me sortir de ce lit.

Elle était douce et passionnée, parfaitement accordée à mon envie matinale de l'aimer, parfaitement consentante à retarder l'heure du levé. Nous nous embarquions dans un jeu de caresses très vite osé, sans trop de détour, comme un appétit féroce qu'il fallait vite satisfaire.

Je m'efforçais de ne pas lui avouer mais elle avait un don pour ça. Elle avait de nombreux dons - quoiqu'elle en dise - mais celui-ci en particulier, je me vantais qu'elle ne le réserve qu'à moi et moi seule. Elle avait les mains dotées d'une savoureuse sagesse, elle avait les lèvres précisément faites pour jouer avec les miennes et un corps fin, sculpté, athlétique, sublimement créé pour l'art de l'amour. J'avais la réputation d'être une femme dure à satisfaire, à tous les points de vue, mais il fallait bien l'avouer, Emma Swan, y parvenait parfaitement. Elle y parvenait depuis le premier jour et j'étais absolument convaincue, dans ces moments-là, qu'elle et moi, étions faites l'une pour l'autre. Je ne lui avouais pas encore avec des mots, mais elle comprenait mieux mes gestes, mes sursauts et mes regards de toute façon. Alors nous nous regardions profondément, les yeux dans les yeux, sans relâche, sans saisir vraiment le fond de mos pensées, mais en se promettant que d'autres matins suivraient l'exemple de celui-là.

Et dans un sursaut presque inattendu, dans un gémissement étouffé juste à temps, elle avait eu raison de moi, en s'accordant au passage le même plaisir. Je lisais sur son visage ce sourire de gagnant, qui effectivement était insupportable chez les autres, et je ne pu m'empêcher de me réfugier au creux de son épaule en exaltant lourdement, entre l'agacement et le plaisir le plus profond. Elle a entouré mes épaules avec ses bras, je sentais son sourire sur ma joue, et mes lèvres effleuraient sa peau brûlante. Nous étions seules dans notre monde, les corps sursautant encore dans un dernier effleurement et le souffle court, mais un nouveau bruit provenant de la cuisine, nous força à renoncer à rester là.

« Allez debout chérie, c'est l'heure d'assumer. » Ai-je murmuré, un brin amusé.

Elle a relevé la tête vers moi et n'a ouvert qu'un œil pour me regarder, dépitée, amusée, et je crois aussi un peu charmée de ce 'Chérie' qui était sorti tout seul, sans aucune préméditation.

« Et ça te fait rire en plus ? » A-t-elle demandé, faussement choquée.

« Oui, beaucoup ! »

« Qui êtes-vous ? Et qu'avez-vous fait de ma femme ?! » A-t-elle répliqué, en se relevant sur les coudes.

Et c'était à un son tour de rougir sans le vouloir mais moi, j'ai ri, puis j'ai souri. Je ne pouvais faire que ça, sourire bêtement. Je lui ai voler un baiser et me suis extirpée à regret de mon lit, en emportant avec moi un drap pour me couvrir. Elle me regardait en souriant mais ne se décidait pas à sortir de là.

« Tu comptes te planquer dans mon lit tout le reste de ta vie ? »

« Evidement que non… mais… c'est une idée plutôt séduisante. »

« Allé viens, Henry doit avoir saccagé la cuisine, tu ne l'as encore jamais vu cuisiner ! »

Elle m'a souri tendrement. On avait encore tellement à découvrir et à partager que j'en avais presque eu un vertige. L'avenir déroulait de nouveaux pavés devant de moi et l'infini de possibilité me déstabilisa quelques secondes.

J'ai fouillé dans un tiroir et j'ai trouvé un ensemble en coton bleu nuit, pantalon large et pull à zip, avec un t-shirt blanc. Je lui ai balancé sur le lit, pensant qu'elle serait plus à l'aise pour le petit déjeuné, que dans son merveilleux costume-chemise-cravate de la veille.

Elle a empoigné le tout pendant que j'enfilais une légère nuisette en soie puis un épais peignoir de couleur ivoire. Elle a récupéré ses sous-vêtements sous mon œil amusé et a enfilé la tenue que je lui avais proposé.

« C'est comme ça que tu t'es senti en mettant mes fringues pendant l'orage ? »

« Comment ça ? »

« Mal à l'aise et pourtant…hmmm » A-t-elle dit en inspirant mon odeur sur le col du pull.

« Hm, oui, tout à fait comme ça. » Ai-je dit en me rapprochant d'elle pour la prendre dans mes bras.

On s'est embrassé, longuement, avant de sortir de la chambre en atténuant nos rires étouffés, pour rejoindre la cuisine.

Emma Swan :

Souvent, entre le rêve et la réalité, le réveil est brutal. Ce matin, pour la première fois de ma vie, il ne l'était pas. Je n'avais pas eu besoin d'ouvrir les yeux pour savoir où j'étais, j'en avais tellement eu envie, que je savais exactement où et avec qui j'étais. Son odeur sur ma peau m'avait poursuivi jusque dans mes songes pour me bercer d'un sommeil profond et serein. Et avant même de me réveiller, je savais que l'étreinte de ses bras serait difficile à quitter.

Et j'avais vu juste, elle n'avait aucune envie de quitter ses draps malgré l'odeur du café qui témoignait de la présence d'Henry dans la maison. Curieusement, nous avons oublié nos obligations encore quelques temps pour prendre plaisir à se réveiller ensemble. Et Dieu que c'était bon. Et je me jurais que tous les autres matins de ma vie ressembleraient à celui-ci.

A toutes heures, en toutes circonstances, cette femme me faisait oublier le reste du monde et ses préoccupations premières. Elle était un joyau resplendissant même dans la plus sombre des cavernes, elle était un phare dans mon horizon auquel m'accrocher en pleine tempête. Elle était tout pour moi et bien plus encore. Moi qui n'avait eu de cesse de ne jamais vouloir m'attacher, je l'étais bel et bien, enchainée, pieds et poings liés et pourtant je ne cessais de sourire face à l'éclat de sa beauté et de son indicible emprise sur moi.

Je voulais retenir ce moment, je voulais le graver dans ma mémoire, m'en souvenir en détail et à jamais. Et j'ai réalisé que la plupart de mes souvenirs, je voulais les effacés, excepté depuis mon arrivée ici, excepté depuis que je la connaissais. Je voulais retenir tous ces moments – nos premiers regards, nos premiers baisers inexpliqués, cette nuit d'orage, nos furtives escapades, les diners tous les trois, nos sourires, nos secrets, le bal de Thanksgiving d'hier soir - et je voulais nous en créer de nouveaux. Je voulais soudain une floppé de souvenirs que je n'aurais pas envie de refouler. C'était de plus en plus précis, cette idée un peu floue, d'un avenir ensemble, c'était de plus en plus concret et j'y pensais sans pouvoir sortir de son lit.

Nous avons fini par descendre, le rose aux joues et l'embarras collé aux basques, mais le visage radieux malgré nous. Et nous avons trouvé Henry dans un désordre indescriptible, en pyjama vert à carreaux déjà tâché. Il a stoppé net sa besogne et a relevé la tête quand nous sommes apparues dans la cuisine. Comme par reflexe, on s'est stoppé net aussi dans notre élan, figés sur place dans l'entrée de la pièce. Il nous a observé tour à tour, de haut en bas, avec un air assez sérieux sur le visage. J'ai même carrément cru qu'il allait nous lancer un truc du genre : ''C'est à cette heure-là qu'on se lève ?'' mais heureusement il n'a rien dit. Et j'ai ravalé mon sourire à l'idée que, dans quelques années, on y aurait surement droit.

Il a simplement souri malicieusement en nous disant bonjour, puis a repris le cours de sa préparation de toasts. J'ai senti un profond soulagement sortir de la poitrine de Regina. On se tenait côte à côte, sans pour autant se toucher, et elle a pris ma main et la serré très fort, avant de faire le tour de l'îlot de cuisine pour aller aider Henry.

Elle a déposé un baiser sur sa tête en guise de 'Bonjour' et il a souri, puis il a relevé les yeux vers moi. J'étais embarrassée, il fallait bien l'avouer, mais je lui ai fait un petit clin d'œil et un grand sourire. Il me les a rendus. C'était chose entendu. C'était simple et pas aussi gênant que je l'aurais cru.

« Comment était la fin de la fête ? Ça c'est fini tard ? » A-t-il demandé innocemment.

« A l'aube, mon cœur. » Répondit Regina en tentant d'y voir clair dans le désordre de sa cuisine.

« Non, maman ! Touche à rien et passez dans la véranda, le petit déjeuné vous attend. » A-t-il déclamé en nous poussant vers la sortie.

On s'est regardé, étonnées et amusées mais on a suivi les ordres. Et une fois sur place, je n'en croyais pas mes yeux, ce gamin avait plus d'un tour dans sa poche. Il avait effectivement saccagé la cuisine, mais dans la véranda, il avait dressé la table d'une manière exquise. Sur un joli napperon blanc, il avait disposé des tasses à café et des verres, sur un plateau en argent, il y avait tout le nécessaire pour un excellent petit déjeuné : cafetière fumante, pichet de jus d'orange fraichement pressé, bols de yaourt parsemé de pétales de céréales et de fruits rouges, panière de toasts grillé, beurrier, pot de confiture, assiette de quartier de pommes et de poires, petites viennoiseries réchauffées au four… Il avait même pris soin de posé un vase au centre, avec quelques fleurs – que je devinais piqué dans le grand bouquet de fleurs fraiches qui trônait toujours dans l'entrée du Manoir. Il avait disposé deux sièges côte à côte autour de la table avec vu sur le jardin, il avait tiré les rideaux et le soleil pointait de doux rayons entre quelques paresseux nuages flottant mollement dans l'air froid.

L'hiver arrivait à grands pas et ce matin-là était agréable, comme une douce caresse sur la joue, qui vous habille d'un sentiment de paix pour la journée. Je ne redoutais pas l'approche du froid et la solitude qui allait souvent de paire avec, non, ce matin, je ne redoutais plus aucune des saisons qui allaient venir.

J'ai chopé Henry par les épaules et je lui ai fait câlin alors qu'il essayait faussement de se débattre, pendant que Regina restait sans voix devant ce spectacle, un sourire bête collé aux lèvres, en s'approchant lentement de la table si bien dressée par les soins de son fils.

« T'es un champion Gamin ! Regarde le sourire de ta mère… Je veux me lever tous les matins et voir ce sourire-là sur son visage. Pas toi ? » Ai-je dit tout naturellement.

« Oh si, mais… attends ! J'vais pas devoir faire le pti'déj tous les jours pour ça, hein ? »

« Non, non, je m'en chargerais mon grand, je m'en chargerais ! » Ai-je répondu nerveusement, en proie à un rire difficile à retenir.

Elle m'a fusillé du regard, comprenant le double sens de mes propos, pendant qu'Henry retournait en cuisine pour finir de griller ses tartines. Elle a hésité à le suivre, inquiète du désordre et de l'utilisation du grille-pain par Henry.

« Laisse-le faire et assis toi. Je vais vérifier que rien ne reste allumé. » L'ai-je rassuré.

« Merci. »

« Tu me sert un café ? »

« Bien sûr. » A-t-elle souri en prenant place à table.

J'ai souri aussi et j'ai rejoint Henry. Les toasts ont sauté de la machine, je les ai attrapés et il me tendait le panier pour que je les pose dedans. J'ai jeté un coup d'œil partout, rien n'était resté en surchauffe, et nous avons rejoint sa mère pour déjeuner tranquillement, à une heure un peu tardive, mais on s'en fichait complétement.

Regina Mills :

J'avais été pleinement satisfaite de ce dimanche matin de Thanksgiving. Me réveiller avec elle, était déjà en soi une joie immense, mais mon petit bonhomme m'avait offert un cadeau merveilleux, en plus d'être resté discret sur la présence d'Emma à la maison. Il avait élégamment dressé la table du petit déjeuné et avait été en tout point charmant. Il me comblait de bonheur, il était bien mon digne fils et ce matin, son petit sourire en coin et son air malicieux, je savais exactement d'où il venait, il tenait ça de sa mère, Emma.

Les premiers jours avaient été difficiles, et je l'avais plutôt bien caché, mais énoncé ce fait, rien que dans ma tête, avait été très difficile, parce que je les voyais s'enfuir tous les deux, en me laissant là, seule, sur le bord de la route moi qui n'avait finalement aucun lien de sang avec lui moi, qui n'était rien, pour personne d'autre que lui. J'avais eu peur de perdre le peu que j'avais, un fils adoptif, une amante mystérieuse. J'avais eu peur de les perdre, j'avais eu peur de perdre mon poste si tout venait à se savoir, j'avais eu peur du chantage de Gold – qui avait réitéré ses menaces sans que j'en touche un mot à Emma. J'avais eu peur de beaucoup de chose mais à pressent, dire à haute voix, qu'elle était la mère biologique d'Henry, ne me posait plus aucun problème, dire qu'elle était chère à mon cœur n'était plus compliqué, et il me tardait de le crier plus encore à la face du monde entier.

Nous avons déjeuné tous les trois sous la véranda, sous les derniers rayons du soleil avant d'entrer vraiment dans l'hiver. Nous étions heureux comme jamais nous l'avions été, et voir leurs sourires, si semblables, si radieux, de voir la malice dans leurs yeux, me mettait de bonne humeur pour toute la journée à venir, pour toute la saison à venir même.

Mais, en les regardant manger tous les deux, retenant leurs rires, la bouche pleines de bonnes choses, je me devais – et ce devait être plus fort que moi – d'éclaircir la situation. Je ne pouvais pas laisser ça aussi flou. Certes, il n'avait pas posé de question en voyant Emma ici, ce matin certes il avait préparé le petit déjeuné pour trois certes il n'avait pas grimacé ou fait autre chose de désagréable lorsque j'avais invité Emma à danser à sa place, mais je me devais d'être la plus franche possible avec lui. Du haut de ses dix ans, il comprenait beaucoup de chose et je savais qu'il comprenait maintenant les liens particuliers qui nous unissait, et pourtant j'ai eu besoin de dire tout cela à haute voix.

« Henry, il faut qu'on parle. » Ai-je dit un peu trop sèchement, au point qu'il s'est arrêté de manger et de bouger en me fixant dans les yeux.

« Oui, maman. » A-t-il murmuré en avalant sa bouchée rapidement.

« Mon cœur, je … d'abords, je suis très contente de toi, tu as été un parfait gentleman hier soir. »

Je l'ai vu s'apaiser et relâcher ses épaules tendues puis me sourire.

« C'était une très jolie réception, maman. Vraiment très jolie. » A-t-il dit avant de croquer de nouveau dans un morceau de toast plein de confiture.

« Oui, magnifique. » Rajouta Emma en me prenant la main sous la table.

« Henry… je pense que tu as compris qu'Emma et moi, on s'apprécie beaucoup ? »

Ils ont tous les deux eu du mal à déglutir et j'ai souri malgré moi de leur embarras, identique et presque comique.

« Hm… Heu… Oui, je crois. » A-t-il bafouillé.

« Bien, parce que c'est le cas. Je pense que tu as compris hier soir, qu'en invitant Emma à ta place, je faisais passer un message ? Il se trouve que je voulais te protéger… je … tu sais comment sont les gens dans notre ville, je ne voulais pas que quelqu'un se serve de votre lien, à tous les deux, contre toi. Je ne voulais céder à aucun chantage et je ne voulais entendre aucune rumeur qui aurait pu te blesser. Tu me comprends ? »

« Tu parle de Mr Gold n'est-ce pas ? »

« Hm, oui, comment as-tu deviné ? »

« Il est venu me poser des questions, peu de temps après notre retour de Boston. »

« Quoi ?! Comment ça ? Qu'est-ce qu'il t'a … »

Emma m'a fait taire et elle a calmé en quelques secondes ma soudaine et furieuse colère. Puis elle s'est retournée vers Henry, très calme, très sérieuse.

« Henry, qu'est-ce qu'il t'a dit ? »

« Pas grand-chose, il détourne bien ses questions pour avoir ce qu'il veut, mais je ne lui ai donné que des réponses évasives et j'ai rien dit du tout sur les dossiers que j'avais pris. Et de toute façon, j'étais pas encore au courant quand il est venu me voir, alors je pouvais pas lui dire grand-chose, mais je me méfie toujours de lui, comme tu me l'as appris, maman. »

« C'est bien mon grand. » Ai-je dit en reprenant mon souffle.

Il a repris son souffle aussi et le court de son assiette. Emma me regardait encore comme pour m'apaiser, comme pour me dissuader de commettre un meurtre, chose éventuellement envisageable vu l'ampleur de ma haine contre Gold, qui n'avait de cesse de monter en puissance depuis quelques minutes. J'ai respiré lentement, comme elle m'intimait de le faire, pour ne pas gâcher cette belle journée et j'ai trouvé dans ses yeux, la force de laisser couler.

« On s'occupera de ça demain, tu veux bien ? »

« Oui, Em', oui, tu as raison. »

Elle a souri et ses yeux souriaient aussi d'une lueur que j'aimais follement admirer. Elle était précieuse à mon cœur au point de ne pas vouloir contrarier ce premier petit déjeuné tous les trois, à l'abri du froid, sous un pâle soleil qui semblait vouloir nous accompagner dans cette journée unique et radieuse. Je crois que je lui souriais en retour, avant qu'Henry ne me sorte de mes pensées.

« Alors, donc, si j'ai bien tout compris… vous êtes amoureuses ? »

Et là c'est moi qui ait eu beaucoup de mal à rester de marbre. C'est exactement ce que je voulais clarifier avec lui et pourtant ça me prenait au dépourvu. Et Emma aussi visiblement, elle était devenue rouge pivoine en quelques secondes et évitait mon regard comme j'évitais le sien. Puis j'ai respiré un grand coup, encore une fois.

« Oui mon grand, c'est ça. »

« Toi, ma maman ? Et, toi, ma mère biologique ? Y'avait franchement combien de chance pour que ça arrive un truc pareil ?!» Insistait-il, plus par provocation que pour comprendre vraiment, car je crois qu'il avait tout compris et qu'il en rajoutait exprès.

« Très peu certainement Gamin mais… Enfin… Bon je sais ça peut paraitre étrange au début mais, tu sais, c'est assez fréquent en fait dans notre société et depuis toujours, en réalité, même à l'époque des … » Répondis Emma calmement.

« Ah bon ? » Dit-il faussement choqué.

« Em, arrête, il se fou de toi, il sait parfaitement ce que c'est. Je lui ai déjà parlé de l'homosexualité. »

« Ah oui ? Quand ça ? Et en quels termes ? » A-t-elle souhaité savoir.

Henry se mit à rire et moi, à rougir. Elle nous regardait sans comprendre. Henry se bidonnait sur sa chaise car il repensait à cette fois où, l'été dernier, je mettais confusément trompée en saluant un garagiste sur une aire d'autoroute, et qui en réalité était une femme, et qui une fois la gêne passée, m'avait délibérément fait des avances. J'avais, sur le chemin du retour, pesté contre les mécaniciens et toute leur corporation, un peu irrationnellement et j'avais expliqué à Henry qu'il y avait des femmes qui se prenaient pour des hommes, et des hommes qui se prenaient pour des femmes. Et ce jeune insolent avait rétorqué '' Un peu comme toi, Madame LE Maire'', et je n'avais pas su où me mettre pendant tout le reste du trajet, en tentant de lui expliquer la différence et d'expliquer, sans trop rentrer dans les détails, que les préférences des gens, ce n'étaient pas notre problème.

« Peu importe. » Ai-je rétorqué, encore morte de honte.

Elle m'a regardé, me suppliant de lui raconter.

« Je te raconterai plus tard. Henry, tais-toi, s'il te plait. » Ai-je murmuré pendant qu'Henry tentait de fermer sa bouche pour pas lui raconter lui-même.

« Bon très bien, faites des cachoteries, mais je le serais un jour, je suis Sherif, n'oubliez pas ! »

« On n'oubliera pas, promis, Chérie. Henry…écoute, je veux que tu saches que tu es notre bien le plus précieux et que, quoiqu'il arrive, nous t'aimerons toujours. »

« Alors vous êtes ensemble parce que je suis votre fils, à toutes les deux ? Vous faites ça pour ne pas avoir à me partager ? »

« Oh non, mon grand, bien sûr que non. » Répliqua Emma immédiatement.

« En fait, Henry… Emma et moi, on a commencé à se voir bien avant de savoir pour toi. » Ai-je conclu avec un petit sourire en repensant malgré moi à ces semaines-là.

« Hm, je me doutais bien qu'il y avait quelque chose. »

« Et alors comment tu te sens face à tout ça ? »

« C'est cool. » A-t-il dit simplement en reprenant une bouchée.

Nous avons ri, et parlé d'autre chose puis, je lui ai raconté l'histoire, vu que ça restait lourdement en suspens, et nous avons ri encore plus. Et il me semblait avoir lu dans le regard d'Emma, ce petit excès de jalousie à l'idée qu'une femme – bien que semblable en tout point à un homme – ait pu me faire de telles propositions avant elle. J'en ai secoué la tête de droite à gauche, ne sachant si je devais la croire folle amoureuse ou bien folle tout court. Et je crois que je n'ai jamais autant rit que ce matin-là. Puis nous avons fini de déjeuner lentement, comme si nous ne voulions pas que ce moment prenne fin. Mais j'ai quand même envoyé Henry à la salle de bain et nous avons fini notre café, toutes les deux, silencieuses, le sourire aux lèvres.

Peu de temps après ça, Emma était retournée chez elle, pour se changer, prendre quelques affaires afin de finir le week-end de Thanksgiving avec nous, et pour nourrir le chien – que personnellement j'avais presque oublié. Elle avait eu cette petite tête adorable, une petite moue inquiète à l'idée de le laisser seul encore une nuit. Elle le cachait bien, elle avait toujours cet air férocement courageux affiché sur le visage mais j'avais eu le temps de déceler cette peine.

J'ai soupiré un bon coup, j'ai supposé que si je voulais d'Emma Swan dans ma vie et dans celle de mon fils, je devais prendre le chien avec – au passage merci Mr Gold et ses petits trafics. J'avais toujours dit non à Henry. J'avais tenu bon toutes ces années, je ne voulais pas d'un animal dans cette maison, d'un chat à la rigueur mais en aucun cas d'un chien. J'avais cédé pour l'aquarium et les poissons exotiques et résultat, ces foutues bestioles suivaient à la trace notre femme de ménage quand elle passait devant le large bassin avec son aspirateur ou sa serpillère, parce qu'elle les nourrissait bien évidement, mais s'en était devenu presque comique. Alors oui, j'avais toujours tenu bon.

Et pourtant, j'ai soupiré, et j'ai dit ces mots que je ne pensais jamais dire un jour.

« Ramène-le. »

« Quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Ton chien, prend le avec toi. Son panier, sa gamelle. Enfin… pour ce soir. »

« Ok, je répète, qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de Regina Mills, le maire impitoyable de cette ville ? »

« Arrête de te foutre de moi. Le Maire a de nouvelles priorités, si tu vois ce que je veux dire ? »

« Hm intéressant ! »

« Mais ne l'ébruite surtout pas ! »

Elle m'a fait un clin d'œil et un geste de 'motus et bouche cousue' en déposant ses lèvres sur les miennes, puis elle est partie, mais elle est revenue bien vite, avec le Cabot dans son sillage pour le plus grand bonheur d'Henry, complètement fou de joie qui en oublia ses occupations de la journée pour jouer avec lui.

Dans l'après-midi, on a frappé à la porte du manoir. C'était Ruby, les yeux cernés et encore brillants, qui nous apportait les restes des préparations du repas que Granny avait gardé pour eux, de la dinde, de la purée, un bol de sauce et une tarte aux noix, chocolat et caramel. Elle aperçut la silhouette d'Emma dans l'entrée et ne fut pas étonnée. Elle l'a juste salué mais je sentais son envie de nous charrier, envie qu'elle retenait très mal. J'ai pris les plats, je l'ai remercié et me suis éclipsée pour ranger tout ça en cuisine et laisser les deux amies discuter ensembles.

Emma Swan :

Ruby était à la porte du Manoir avec un tas de plats sous aluminium dans les bras. J'avais pas entendu leur conversation mais je suis venue à sa rencontre quand Regina est repartie les mains pleines.

« Hey, alors Swann comment ça va ? »

« Hm, salut Rub'. Bien et toi ? Pas trop mal au crâne ? »

« Non, impeccable ! » Dit-elle, peu convaincante, en se massant les tempes.

« Je vois ça ! »

« … Tu sais quoi ? J'suis vraiment contente pour vous ! »

« Merci Rub', t'es adorable. »

« Non, je suis sérieuse, voir Regina faire ça hier soir, ça a choqué tout le monde mais en même temps ça a cassé son image, une bonne fois pour toute, elle s'est réconciliée avec tous les habitants en faisant ça, en montrant qu'elle est humaine après tout, c'était vraiment génial les filles ! »

« Hm, ouais, elle est formidable, tu as raison. Allez, rentre chez toi maintenant et mollo sur les commérages ! »

« Je crois que c'est trop tard pour les commérages, cette histoire est du pain béni pour toutes les mégères de la ville mais ça va faire tellement de bien à tout le monde en fin de compte. Et moi ça m'a fait réfléchir… je crois que je vais faire un petit voyage très prochainement. »

« Au Kansas ? »

« Tu as tout compris. Merci Emma. Je crois que tu fais beaucoup de bien a tout le monde ici. »

« Merci Rub, rentre bien, va te reposer un peu ! »

Elle est repartie en me faisant un petit signe de la main et j'étais très contente pour elle. Avant le diner, Regina appela Granny pour la remercier, elle lui était très reconnaissante de ce geste, au point de l'inviter, elle et Ruby, à un diné ici, au Manoir, courant de la semaine prochaine, en précisant qu'on pouvait compter sur ma présence aussi - et même si on ne m'avait même pas demandé mon avis, je savais déjà qu'effectivement, il faudrait une urgence au Poste pour que je n'y sois pas.

Pendant cette fin d'après-midi heureuse, j'étais un peu en retrait, les observant dans leur rituel du dimanche, un peu chamboulé par la fête d'hier, et par ma présence - et aussi par celle du chien. Comme Henry qui avait du se laver les mains dix fois avant de passer à table parce qu'il ne cessait de jouer avec le Cabot. Comme Regina qui rougissait entre deux regards pendant que je l'aidais à dresser la table. Comme cette balade dans Mifflin Street, au coucher du soleil, pour promener le chien.

Et puis, un peu plus tard ce soir-là, Regina lisait un vieux livre dans le canapé, Henry jouait à la console assis sur des coussins posés au sol avec le chien collé tout contre lui. Je me suis assise près d'elle, je l'ai embrassé tendrement, sans plus de pudeur et j'ai vu Henry rire et se cacher les yeux en grimaçant.

Et puis, j'ai vu la vie défiler lentement jusqu'à ce que l'hiver s'installe. Tous les trois dans ce salon, vivant des jours paisibles et tranquilles, s'inventant de nouveaux souvenirs, apprenant à se connaitre par cœur. J'ai vu le sourire de Regina, toujours aussi lumineux, se poser sur moi jour après jour. J'ai vu Henry assis à la table du salon en train de faire ses devoirs, sage et concentré j'ai vu, près de la cheminée en pierre blanches, le panier à motif d'étoiles de Sherif, avec le Cabot dedans, beaucoup plus grand, lourdement endormit avec les pattes dépassant largement sur les côtés. J'ai vu ma vie changer, défiler lentement devant moi, et pour la première fois, je n'ai pas eu peur. Pour la première fois, j'étais même fière de moi et d'eux, eux qui me rendaient meilleure que je ne l'avais jamais été.

J'ai vu le temps défiler devant moi encore un peu plus, comme des scènes d'un film que l'on passerait plus vite et d'autres plus lentement. Je me suis vue agenouillée devant elle, et je l'ai vu me dire oui je nous ai vu en voyages, loin dans des paysages inconnus je me suis vu lui dire que j'avais envie d'un bébé je nous ai vu en famille, partager de petits et de grands moments je me suis vu sur l'horizon tenant sa main dans la mienne pour continuer de vivre ensemble, pour toujours.

J'ai vu la vie qui m'attendait si je restais assise auprès d'elle et je suis restée, pour le meilleur et pour le pire, il m'était impossible de songer à les quitter un jour. Oui, j'allais poser définitivement mes bagages à Storybrook. C'était idiot, mais assise à côté d'elle, mon bras autour de ses épaules, son parfum autour de moi, je me suis mise à rire, toute seule, nerveusement, au point d'en avoir les larmes aux yeux et des crampes au ventre.

« Em', est-ce que tout va bien ? » Me demanda Regina, inquiète mais aussi amusée de mon rire.

« Maman ? » Répliqua Henry avec les yeux ronds.

J'ai repris mon calme et mon souffle comme j'ai pu.

« Hm, oui, je vais bien, je vais très bien… Mes chéris, je crois que je suis enfin heureuse… »

Elle m'a souri tendrement avant de m'embrasser tout aussi tendrement. Henry à détourner le regard et à même cacher les yeux du chien, réveillé par mes rires.

Entre nos baisers et leurs sourires, j'étais irrémédiablement devenue quelqu'un d'heureux. J'étais devenue ce que je n'avais jamais espéré devenir, grâce à eux deux. J'ai eu l'impression qu'une petite ombre me quittait, cette sensation qui m'avait habité toute ma vie, cette idée de ne pas être à ma place m'avait quitté, pour de bon. Pour la première fois, je n'avais plus aucune envie de fuir, absolument plus aucune envie d'être ailleurs, qu'ici et maintenant.

( F. I . N )