Neville passait ce qu'il voyait comme son dernier réveillon en famille. Il s'inquiétait, car il n'avait pas l'impression que les autres s'en rendaient compte. Il soupira.

Malgré tout ce qu'il avait pu dire, il avait rapidement constaté que sa famille semblait, une fois de plus, ne pas croire en lui. Plus personne n'était revenu sur le sujet, mais il avait entendu plusieurs de ses cousins dire qu'il le croyaient incapable de vivre seulement un jour tout seul, et savaient que ses oncles et tantes ne le pensaient pas non plus capable de réussir…

Seule sa grand mère semblait le couver d'un regard affectueux, quoiqu'un peu triste…

Il la vit d'ailleurs parcourir la table du regard et croiser le sien à nouveau, avant de lever les yeux au ciel, l'air de dire « ces Longbottom, tous des idiots ! »

Neville sourit, et retourna à son blanc de dinde aux fruits secs et à ses haricots verts…

Comme l'avait prévu sa grand-mère, il avait perdu l'habitude des repas aussi plantureux. Contrairement au reste de sa famille, il n'avait pas profité du foie gras en entrée, et n'avait pas touché à ses patates sautées. Son morceau de viande était ridicule comparé à celui des autres, et pourtant, il avait déjà du mal à l'avaler…

Sur les recommandations de Qui-Gon, il avait petit à petit délaissé les saucisses, le lard grillé et les viandes en sauce, et s'en sentait d'ailleurs beaucoup mieux dans son corps. Si il devait maintenant consommer de la viande, il préférait une viande blanche maigre, bouillie ou bien cuite à la vapeur, sans sauce, et en petite quantité, plutôt qu'une viande, certes, excellente, mais cuite dans son jus comme cette dinde de Noël… Le goût en était bon, délicieux même, et lui rappelait chacun de ses précédents réveillons, mais sa teneur en graisses l'avait rapidement écœuré, et il s'était rabattu sur ses haricots verts sous le regard amusé de sa grand-mère...

A la fin du repas, il était le seul à n'avoir pas terminé son assiette…

-Tu ressemble vraiment à ton grand-père comme ça, commenta Augusta Longbottom en voyant cela.

Il ne prit qu'une demie part de bûche glacée. Tous les membres de sa famille lui dirent en riant qu'il pouvait bien laisser tomber son régime le soir de Noël…


Qui-Gon se réveilla avec un mal de tête épouvantable. Il se redressa en grognant, et maudit le soleil d'hiver, qui semblait décidé à lui brûler la rétine, malgré ses paupières closes. Il prit une douche bien chaude, espérant ainsi détendre ses muscles endoloris, et constatant que cela n'avait aucun effet, en sortit rapidement, s'habilla, et descendit lourdement les escaliers pour prendre son petit déjeuner. Ou déjeuner. Ou goûter. Il était presque quinze heures…

L'aubergiste le considéra d'un air perplexe. Il aurait moins bien connu son client, il aurait cru qu'il avait eût un réveillon agité. Hors, il savait qu'il n'était sortit que tôt dans la mâtinée du jour précédent, et était revenu sobre. Il n'était plus ressorti depuis, et personne ne lui avait rendu visite. Il ne lui avait pas non plus monté d'alcool. Pourtant, l'homme arborait une magnifique tête de lendemain de cuite…

La vérité, c'était que Qui-Gon s'était montré imprudent. Il avait trop présumé de ses forces, et avait sous estimé celle des horcruxes. Résultat, il avait dormi pendant plus d'une nuit et une journée et demie, et ne s'en était pas encore remis…

Avisant la neige qui tombait dehors, et les quelques trente centimètres de poudreuse qui recouvraient le sol de Londres, le Jedi se dit qu'un peu d'air frais lui ferait le plus grand bien, et il demanda à son hôte si il lui était possible de déjeuner dehors. L'homme le regarda comme si il était un extraterrestre (ce qu'il était, d'ailleurs) avant de finalement se rappeler de l'étrangeté de son client et de sortir table et chaise d'un coup de baguette. Qui-Gon le remercia, prit l'assiette de fruits crus et légumes cuits sans sauce que lui tendait l'aubergiste, (quand il disait qu'il était excentrique!) et attrapa au passage un journal de la veille, qui titrait « Gringotts une nouvelle fois cambriolée ! De nouveau, rien de volé ! » et « Le coupable a tranché un mur et endormi un dragon ! » avant d'aller s'installer dehors.

Le Jedi accueillit l'air frais qui lui piqua les joues avec un soupir de délice. Peut être allait-il enfin pouvoir se réveiller…

Il mangea tranquillement son déjeuner, parcourant le journal d'un œil distrait, et décida de rester dehors pendant qu'il buvait l'excellent thé aux graines de feu de l'aubergiste, la chaleur extrême du liquide contrastant agréablement avec la froideur de l'air…

Les rues étaient presque vides. Bien sûr, c'était Noël ! Et pourtant, en bon extraterrestre, il ne savait toujours pas ce que représentait cette fête...

Apaisé par la neige qui commençait, sous l'œil inquiet de Tom, -l'aubergiste-, à le recouvrir, il alla lui rendre sa tasse vide, et retourna dehors. Lentement, il se replongea en état de méditation. Il ne cherchait rien cette fois ci, il était au repos aujourd'hui. Il laissa simplement son esprit vagabonder dans les ruelles… Et au pire, si par hasard il croisait une fluctuation de la Force, il pouvait toujours la suivre : hier, l'emplacement du dernier Horcruxe londonien lui avait paru très imprécis...


Neville passa la nuit de Noël non pas à dormir, mais à méditer. Cependant, son cousin Manfred avec qui il partageait sa chambre avait fini par tant l'agacer, a lui répéter qu'il était flippant à rester assis sur son lit sans bouger, qu'il avait fini par quitter sa chambre. Par la suite, craignant qu'une autre personne ne le dérange si il se mettait à occuper une autre pièce, il avait tout naturellement fini par sortir. Il se rendit au bord du lac gelé, ou, étant petit, il aimait tant se réfugier. I l neigeait, et il faisait froid. Pourtant, cela ne le dérangea pas plus que cela. Sa Force réchauffait son corps de l'intérieur, et lorsqu'il neige, il ne fait pas moins de zéro, n'est ce pas ?

Sa famille le retrouva au matin, couvert de neige…

Perdu dans le confort de sa méditation, il n'avait pas vu le temps passer, et aurait aimé continuer. Cependant, lorsqu'il entendit un cri paniqué et plusieurs sons de pas précipités derrière lui, il se dit qu'il était temps de revenir dans le monde des hommes…

Neville, ses articulations raidies par le froid, se leva et s'ébroua. Il avait du faire plus froid que ce qu'il lui avait paru finalement, car la neige avait eut le temps de geler sur ses vêtements… Une fois qu'il en fut débarrassé, il se rendit compte qu'il était en fait trempé…

Il se retourna vers sa famille, dont la plus grande partie le regardait comme si il était un extraterrestre. Il leur sourit.

-Bonjour, joyeux Noël ! Leur dit-il d'un ton joyeux.

-Tu… Euh… Tu.. ? Commença à bégayer son oncle Algie.

-LAISSEZ TOMBER ! Aboya la voix forte d'Augusta Longbottom depuis la porte-fenêtre du salon. PHILEAS FAISAIT TOUJOURS CA ! EN PLEIN HIVER ! PARFOIS EN FEVRIER OU MARS ! LAISSEZ-LE ! VENEZ OUVRIR VOS CADEAUX PLUTOT !

Neville sourit au ton toujours aussi autoritaire de sa grand-mère. Voyant que malgré cela, personne ne bougeait, il soupira, et se résolut à guider lui-même sa famille jusqu'au salon.

Neville savait qu'il ne recevrait aucun cadeau et n'en attendait d'ailleurs aucun. Il se rendit compte d'ailleurs, qu'il avait tout simplement oublié de mettre ses chaussures sous le sapin. Il avait entendu sa grand-mère hier dire avec beaucoup de conviction au reste de la famille, que des cadeaux ne serviraient à rien, parce qu'ils seraient prévus pour le sorcier, et non pour le Jedi…

Elle avait raison, mais quand il y réfléchissait maintenant, Neville se demandait vraiment ce qu'il allait faire si par malheur, le Conseil refusait sa formation. Car maintenant que sa grand-mère avait assimilé l'idée, elle ne semblait même pas envisager le fait qu'il puisse échouer...

Lorsqu'il entra dans le salon, Neville constata qu'une montagne de cadeaux attendait chaque membre de la famille (c'est l'avantage des familles nombreuses). En regardant les autres les déballer joyeusement, il se rendit compte que, de toute façon, il n'avait pas envie d'en recevoir. Sa grand-mère avait eut raison : ou était l'intérêt, pour un Jedi, de recevoir un livre de sort ? Ou bien une plume ensorcelée qui permettait de tricher à un examen ? Une boite de friandises ou un jeu d'échecs version sorcier serviraient toujours, mais Neville se rendit compte que la plupart des cadeaux qu'il aurait pu recevoir lui auraient été complètement inutiles dans un autre monde que celui ci…

Pourtant, en parcourant sa famille et la pièce du regard, il s'aperçut qu'un paquet au papier vert et rouge brillant, en forme de crackers de Noël, n'avait pas trouvé son propriétaire, et attendait d'ailleurs à l'écart des autres, devant aucune paire de chaussures… Alors qu'il considérait le paquet d'un air perplexe, sa grand-mère lui donna une petite tape dans l'épaule.

-Qu'est ce que tu attends ? Vas-y, c'est pour toi…

Étonné, mais néanmoins curieux, Neville se dirigea vers son paquet. Il n'avait pourtant rien demandé de particulier cette année, en fait, il avait été si pris par son entraînement, qu'il en avait tout simplement oublié de faire une liste de Noël !

Tirant sur les rubans dorés et argentés, il dégagea du papier chatoyant un étrange tube argenté…

Pourvu de ce qui semblait être des grips en cuir, l'objet se prenait facilement en main. Plusieurs petits boutons se voyaient dessus, et le tube semblait étrangement ouvert à un bout…

De son extrémité fermée dépassait ce qui semblait être un long fil de cuir, terminé par un petit boîtier souple, un peu lourd... Sur l'un des côtés du boîtier, deux petites tiges de métal semblaient repliées. Juste en dessous se trouvait un anneau de cuir, comme pour pour pouvoir accrocher le boîtier…

-Je ne sais pas si ça te servira, commença Augusta, en voyant son petit fils observer son cadeau sous tous les angles. C'était à ton grand-père, je n'ai jamais su ce que c'était. J'ai essayé de voir si je pouvais en tirer quelque chose après sa mort, mais je n'ai jamais réussi. Je me suis dis que peut être, toi, tu saurais…

Neville, fasciné, considéra l'objet encore quelques instants avant de demander :

-Grand mère, vous viviez ici grand-père et toi autrefois, n'est ce pas ? Quand tu disais qu'il passait son temps à regarder le ciel par la fenêtre, il le faisait d'où ?

Augusta fronça les sourcils.

-Hein ? Eh bien c'était par la je crois, dit-elle en désignant le coin gauche de la porte-fenêtre, juste à côté du vaisselier ou les elfes rangeaient le service à vaisselle quotidien…

-Pourquoi ? Demanda-t-elle en le voyant se diriger vers l'endroit désigné.

-Je ne suis pas encore sur…

Neville examina le coin de mur à côté du buffet, passant sa main sur le mur de haut en bas. A un endroit, à peu près à la hauteur de sa taille, si il avait été assis sur une chaise, il sentit un picotement au bout de ses doigts. Une illusion… Une illusion due à la Force… Neville ne la maîtrisait pas encore très bien, mais il en savait assez pour faire ça : Il ferma les yeux, et passa sa main sur le mur, comme pour le nettoyer avec un chiffon, avant de les rouvrir…

Une prise.

Son grand-père, dans le monde sorcier, avait réussi à bidouiller ce qui ressemblait à une prise électrique muggle… Pourtant, ça n'en était pas une : Les « extraterrestres » avaient, certes, depuis bien longtemps appris à maîtriser l'énergie sous toutes ses formes, notamment l'électricité, mais ils la tiraient généralement de la combustion des étoiles, pas de la collision et de la fusion de particules nucléaires…

Neville dégagea les petites tiges de métal de leur gaine de cuir, et les plaça perpendiculairement au boîtier. Il relia ensuite l'autre extrémité du fil au tube de métal, et brancha la prise. Il attendit quelques secondes avant d'appuyer sur le plus gros bouton. Le bout ouvert du tube crépita un moment, puis s'alluma avec un fort chuintement, attirant ainsi l'attention des autres membres de la famille, qui cessèrent leurs jeux et leur déballage de cadeau pour l'observer…

Un faisceau blanc, de la longueur de son bras, entouré d'un halo bleu.

Le lightsaber de son grand-père…

Neville se tourna vivement vers sa grand-mère, radieux.

-Merci beaucoup grand-mère, dit-il sous le regard curieux des autres membres de famille…

Qui-Gon lui avait un petit peu parlé des lightsabers un jour ou, par hasard, un mouvement de sa cape avait permis à Neville d'apercevoir le sien. Il lui avait dit qu'il existait plusieurs types de lightsabers, aux caractéristiques différentes, lesquelles caractéristiques étaient données par le cristal qui permettait de concentrer le laser…

Ainsi, il avait appris qu'il existait différentes couleurs de cristaux, et donc différentes couleurs de sabres. Ces couleurs avaient également des significations…

Par exemple, le rouge, est la couleur des Sith et des Jedi noirs, ces Jedi passés du côté obscur de la Force. Le bleu, est la couleur des Jedi qui ont focalisé leur entraînement sur la maîtrise des arts martiaux et du sabre, et également celles des Jedi « gardiens »… Contrairement au vert, qui est la couleur des Jedi ayant focalisé leur entraînement sur la maîtrise de la Force, et également celle des Jedi « consulaires », qui préfèrent escorter des sénateurs, par exemple, ou former les Padawan… Le jaune, quand à lui, était réservé au Jedi « sentinelles» de la citadelle Jedi...

Il avait également appris qu'il existait autrefois une multitude de couleurs de cristaux, -rose, doré, blanc, arc-en-ciel…-, mais que l'Empire avait détruit la majorité des grottes ou se trouvaient ces cristaux, préférant des cristaux synthétiques, plus puissants, mais moins purs, plus instables, et aux couleurs limitées, rouge, bleu et vert seulement…

Neville considéra son cadeau d'un œil nouveau. Alors son grand-père s'était concentré sur la maîtrise du sabre, il s'était montré plus doué pour les arts-martiaux, que pour la Force... Neville se demandait ce qu'il allait choisir si jamais le Conseil l'acceptait…

Son entraînement était, jusqu'à maintenant, pratiquement entièrement basé, et centré, sur le combat au corps à corps, cependant, Qui-Gon répétait fréquemment que la méditation et la paix de l'esprit et de l'âme étaient les clés de la maîtrise de la Force, et Neville méditait beaucoup, dès qu'il avait du temps libre... Neville sourit, et éteignit son sabre. Il voulait marcher sur les traces de son grand-père. Il ne l'avait jamais connu, mais il voulait se montrer digne de lui. Il maîtriserait le sabre. Mais il ne délaisserait pas la Force pour autant...