Chapitre 21 :

Serena prit quelques secondes pour rassembler ses esprits avant de frapper à la porte de la seule personne à laquelle Blair l'autoriserai à dire la vérité. Quelques instant plus tard, l'ancienne gouvernante de son amie lui ouvrait la porte, et ne put cacher la surprise, puis la joie qu'elle ressentit.

« Mademoiselle Serena, quelle bonne surprise ! » s'exclama-t-elle avec la spontanéité qui la caractérisait si bien.

Serena fut tout de suite rassurée de voir que Dorota n'avait pas changé. Les années étaient passées mais elle sut tout de suite qu'elle ne s'était pas trompée, et qu'elle avait eu raison de lui faire confiance. Avec soulagement, elle s'avança vers elle alors que Dorota ouvrait déjà les bras pour la serrer contre elle. Souriant, elle obtempéra, et la prit dans ses bras.

Serena ne disait toujours rien. Et elle n'en eu pas besoin car sentant son trouble, Dorota s'écarta et la regarda dans les yeux « C'est Mademoiselle Blair ? Est-ce qu'elle va bien ?

- Elle a besoin de vous », lui répondit simplement Serena.

Sans un mot, l'inquiétude lui marquant soudain le visage, Dorota ouvrit un peu plus grande sa porte pour inviter Serena à rentrer.

Elles s'assirent face à face dans le chaleureux salon, et au bout de quelques secondes, voyant que Serena ne parvenant pas à trouver ses mots, Dorota choisit d'intervenir :

« Je vais préparer du thé d'accord ?

- Vous n'auriez pas quelques chose de plus fort ? tenta Serena, qui commençait à se faire rattraper par la fatigue accumulée ces dernières heures.

- Si grave que ça ? interrogea tout de suite Dorota. Assez grave pour vodka spécial de Vania ? insista-t-elle voyant la mine grave de Serena.

- Oui j'en ai peur », répondit la jeune femme.

Sans un mot, la fidèle gouvernante de Blair s'approcha d'un petit meuble situé dans un coin de la pièce, et en sorti deux petits verres et une bouteille remplie d'un liquide ambré.

- Bouteille spéciale, vodka avec piment et miel » annonça-t-elle en posant les deux verres sur la table entre elle et Serena. Elle les remplit soigneusement, en tendit un à son invitée, prit le sien et se rassis en face d'elle. « Alors ? »

Serena fixa le verre quelques secondes, puis le vida en une gorgée. Sous le regard effaré de Dorota elle saisit son sac et en sortit la pochette que lui avait confié Blair, ainsi que le mouchoir plié contenant les quelques cheveux de Chuck. Elle les posa sur la table, et leva les yeux vers Dorota.

« Vous avoir fait bêtise n'est-ce pas ? Vous adulte maintenant ! Terminé ! » s'exclama celle-ci, outrée.

Serena ne put retenir un sourire triste.

« Ce n'est pas pour moi, c'est pour Blair. Elle m'a demandé de venir en urgence à Monaco pour m'apprendre qu'elle a des raisons de croire que le père de sa fille est Chuck, pas Louis. ». Joignant le geste à la parole, elle poussa les deux pochettes devant Dorota et reprit : « Il faut faire un test ADN de paternité en urgence. Mais je ne peux pas prendre le risque de le faire moi-même. Je n'ai pas d'enfant et tout le monde ferait tout de suite le lien avec elle. Mais vous ne travaillez plus pour les Waldorf depuis plusieurs années, vous avez une famille, cela n'attirera l'attention de personne. Vous êtes la seule à laquelle je peux faire confiance. A laquelle Blair peut faire confiance.»

Serena attendit que Dorota réponde quelque chose mais rien n'arriva. Celle-ci fixait les deux pochettes devant elle, et sans un mot saisit son verre et le vida d'un trait à son tour. Elle regarda Serena, et toujours sans un mot, remplit de nouveau les deux verres, qu'elles vidèrent toutes deux une seconde fois.

Trois jours plus tard, Dorota reçu dans son courrier les résultats du test de paternité. Sans un mot pour Vania, elle prit son sac et sortit de l'appartement. Pour une fois, elle héla un taxi de manière à réduire son temps de trajet pour Manhattan au minimum. Une fois à l'intérieur de celui-ci, elle lui donna l'adresse des Archibald, et passa tout le trajet à manipuler nerveusement l'enveloppe entre ses doigts.

C'était la fin d'une longue journée, et Serena venait de rentrer du bureau lorsque le portier de son immeuble lui annonça la visite de Dorota. Elle lui indiqua avec empressement de la laisser monter, et se dirigea tout de suite vers la porte pour pouvoir l'accueillir.

A peine la porte de l'ascenseur entrouverte, elle interrogea la gouvernante avec insistance :

« Alors ? Vous avez le résultat ?

- Bonjour d'abord, lui répondit Dorota. Oui, résultats dans le courrier aujourd'hui. Mais pas encore ouvert. Pas osé. J'ai pensé mieux de vous retrouver chez vous et d'ouvrir ensemble ?

- Vous avez bien fait, indiqua Serena qui avisa alors l'enveloppe encore cachetée dans ses mains. Entrez vite », la pressa-t-elle.

Les deux femmes s'attablèrent dans la cuisine chaleureuse des Archibald, côte à côte sur de hauts tabourets. Leur nervosité à toutes les deux était palpable, et aucune n'osait prendre l'initiative d'ouvrir l'enveloppe que Dorota avait posée devant elles.

Serena l'interrogea des yeux, et elle lui fit comprendre qu'elle ne se sentait pas du tout de le faire, après tout elle avait fait le trajet jusqu'à Manhattan pour une bonne raison.

La jeune femme prit donc une profonde inspiration, et s'empara de l'enveloppe qu'elle décacheta. Elle en sortit une feuille noircie de texte et de schémas, et chercha du regard la simple information qu'elle recherchait. L'émotion la troublait tellement qu'elle mit quelques instant à la trouver, alors que Dorota la fixait avec inquiétude, guettant sa réaction.

Et soudain, au milieu du texte apparu le mot qu'elle cherchait de tout son cœur. A la suite d'un paragraphe plus long que les autres, elle avisa un mot en gras qui fit se serrer son cœur, et une boule se former dans sa gorge. Positif. Le souffle coupé, elle descendit prestement de son tabouret et manqua de trébucher. Portant une main à sa bouche, elle regarda Dorota, les yeux écarquillés, ne trouvant pas les mots.

La fidèle gouvernante comprit tout de suite, mais n'osant y croire elle pressa Serena de lui dire ce qu'indiquait le test : « Alors ? »

Incapable de formuler un seul mot, Serena se contenta d'acquiescera vigoureusement, avant de serrer Dorota dans ses bras. Les deux femmes se laissèrent enfin aller. Elles avaient toutes les deux vécu trois jours d'angoisses, et enfin la libération.

Blair avait vécu ces quelques jours d'attente comme un cauchemar.

Elle avait loué à chaque instant sa capacité naturelle à contrôler ses réactions et son comportement, ainsi qu'à masquer ses sentiments. Car alors qu'elle avait dû continuer à vivre de la même manière qu'elle l'avait fait depuis bientôt quatre longues années, son esprit et son cœur bouillonnait.

Elle n'avait cessé de ressasser tous les moments, les faits. Elle avait reconstitué les conditions dans lesquelles elle avait fait le test de paternité des années auparavant, la façon dont les résultats lui avait été communiqué, et la façon dont les différents protagonistes avaient réagi, tentant de trouver une explication, une logique, une réponse. Elle avait délibérément choisit de se concentrer là-dessus, décidant que cela avait le mérite d'être constructif, plutôt que d'imaginer quelles pourraient être ses options en fonction du résultat du test. Elle savait que si elle laissait son cœur s'aventurer dans cette direction, il n'y avait pas de retour possible. Si elle se laissait imaginer cela, et si le test s'avérait négatif, elle n'aurait pas la force de revenir à sa vie et de l'assumer. Elle était forte, mais comme tous elle avait des limites.

Il était presque minuit ce soir-là, quand son portable, laissé allumé sur sa table de nuit, vibra. Elle se redressa brusquement dans son lit, sachant pertinemment que personne à Monaco ne la contactait à cette heure-ci. Sa gorge s'était brutalement serrée, et son cœur s'emballa lorsqu'elle saisit l'appareil, pour voir un simple message s'afficher sur l'écran. « Tu peux rentrer à la maison ».

A peine eut-elle lut ces quelques mots qu'elle inspira une grande bouffée d'air, comme si un poids énorme s'était retiré soudainement de sa poitrine. Elle se força à relire le message, afin de se convaincre qu'elle ne rêvait pas, que c'était bien réel. Et cela l'était bien. C'était vrai. Audrey était bien la fille de l'amour de sa vie.

Les pensées se bousculèrent dans son esprit à une allure incroyable. Incapable d'en limiter l'afflux, elle pensa tour à tour à Audrey, à Chuck, à Louis, à ses parents. Les questions se bousculèrent rapidement. Que faire ? Par quoi commencer ?

Elle réalisa que sans s'en rendre compte, elle s'était déjà levée, et avait commencé à faire les cents pas dans sa chambre. Partir. Elle devait partir tout de suite avec Audrey. Ne plus laisser Louis et Sophie la moindre chance d'influer encore sur le cours de sa vie. Elle devait reprendre le contrôle dans l'instant. Elle devait être rapide, et ne pas commettre d'erreur, ne rien laisser au hasard.

Elle fit le choix risqué de considérer que son portable, après tant d'année, était un moyen de communication sûr. Elle envoya tout de suite un message à Serena, lui demandant de réserver deux places sur le premier vol pour Paris, pour Blair et Audrey Waldorf.

Ne prenant pas la peine d'attendre une réponse, elle entreprit de s'habiller rapidement. Elle enfila un discret pantalon noir ainsi qu'une veste beige, souhaitant pouvoir être la plus discrète possible. Elle choisit un simple sac noir, dans lequel elle glissa des espèces, son portable ainsi que le chargeur de celui-ci. Elle ajouta un foulard, ainsi qu'une paire de lunettes de soleil noires. Sa mission accomplie, elle balaya du regard sa chambre, se demandant si elle devait, ou souhaitait prendre autre chose avec elle. Avec consternation elle réalisa qu'aucun objet s'y trouvant ne méritait d'être amené dans son voyage. Elle n'était attachée à aucun, à l'exception de quelques meubles qu'elle allait devoir laisser derrière elle.

Résignée, elle prit son sac, et entreprit d'aller réveiller sa fille. Elle baissa doucement la poignée et entra dans la chambre de celle-ci. Elle entendait dans le silence du palais la respiration sereine d'Audrey, qui dormait profondément, ne se doutant pas que sa vie s'apprêtait à changer radicalement. S'appliquant à ne pas y penser, Blair se contenta de prendre sur un fauteuil une veste ainsi qu'une paire de chaussure pour l'habiller, et sur une étagère un petit coffret dans lequel elle avait rassemblé quelques objets. Le minuscule bracelet de maternité de la petite fille, une photo rassemblant Blair, Audrey, ainsi que ses parents, une mèche de cheveux, son premier bavoir. Elle le mit dans son sac, et s'assit sur le bord du lit de sa fille. Elle tendit la main et entreprit de caresser doucement son épaule.

Au bout d'une trentaine de seconde, Audrey commença à bouger doucement sous la couverture, mécontente de voir son sommeil perturbé. Ouvrant doucement les yeux, elle ne masqua pas son étonnement à la vision de sa maman entièrement habillée, se tenant au bord de son lit au milieu de la nuit.

Voyant la perplexité puis l'inquiétude sur le visage de sa fille, Blair entreprit de la rassurer autant qu'elle le pu. D'une voix aussi posée que possible, elle lui parla doucement en caressant ses cheveux : »Chérie j'ai une surprise pour toi. Nous partons en voyage chez ta grand-mère Eleonor. Je suis sure que tu as très envie de voir où elle habite non ? »

Audrey s'assit dans son lit, et interrogea sa mère : « Est-ce que papa vient avec nous ?

- Non, il a trop de travail cette semaine. C'est un voyage entre filles, qu'en dis-tu ?

- D'accord », répondit finalement la petite fille. Elle sentait que quelque chose n'était pas comme d'habitude depuis quelques jours déjà. Elle mit donc cela sur le compte de ce fameux voyage surprise.

Encore un peu endormie, elle laissa donc sa mère lui passer une veste par-dessus son pyjama, et enfila ses chaussures.

Blair prit sa fille par la main, et l'entraina en dehors de sa chambre. Son cœur battait à toute allure dans sa poitrine, car elle savait qu'elle allait devoir avoir de la chance pour arriver à sortir du palais sans se faire remarquer. Heureusement il s'agissait d'un soir de semaine, et aucune réception n'avait eu lieu ce soir-là, la présence du personnel était donc réduite au minimum, mais l'inquiétait tout de même.

Elle prit le parti de sortir dans un premier temps dans le parc. Elle fut rassurée de pouvoir sortir sans problème du bâtiment, et elle s'engagea alors dans l'une des allées. Elle serrait toujours fort la main de sa fille, et hâta le pas, résistant à la tentation de regarder derrière elle pour voir si elle était suivie. Elle devait continuer à avancer.

Elle savait que de l'autre côté du mur d'enceinte, elle pourrait rapidement atteindre à pied les abords d'un hôtel. Elle avait à plusieurs reprises remarqué, en rentrant tard au palais, que quelques taxis s'y tenaient toujours la nuit, prêts à prendre en charge les noctambules souhaitant rentrer chez eux. Elle avait ce plan en tête, mais elle savait qu'il ne servirait à rien si elle ne pouvait passer le mur d'enceinte.

Alors qu'elle se rapprochait de celui-ci, son cœur se mit à battre de plus en plus fort, et elle sentit sa fille tirer un peu plus fort sur son bras pour attirer son attention.

« Maman ou allons-nous ? Pourquoi on n'a pas une voiture pour aller chez Grand-mère Eleonor ? » Elle avait confiance en sa mère, mais elle sentait l'angoisse que celle-ci laissait paraitre en dépit de ses efforts, et elle commençait à avoir peur.

Blair s'agenouilla devant sa fille, sentant la nécessité de l'apaiser si elle voulait que son entreprise réussisse. « Chérie ne t'inquiète pas, au contraire c'est une aventure ! Rappelle-toi ta grand-mère habite très très loin, dans un autre pays, à Paris. Et pour aller la bas, nous devons passer pleins d'obstacles. Mais toutes les deux nous allons y arriver c'est sûr. Tu me fais confiance ? » Elle devait se reprendre. Si une petite fille de trois ans avait senti son angoisse, elle n'avait aucune chance de parvenir jusqu'à l'aéroport, et de prendre son avion. Elle trouva en elle-même la force de se reprendre, et parvint à adresser à la petite fille un sourire réellement rassurant.

Sentant Audrey réconfortée, elle reprit la main de la petite fille dans la sienne, et elles reprirent leur progression vers une porte métallique pratiquée dans le mur d'enceinte, tout au fond du parc. Blair continuait de réfléchir à toute allure, tentait d'anticiper les obstacles à venir. La porte serrait bien évidement fermée, mais serait elle déverouillable de l'intérieur ? Elle l'espérait.

Au bout de quelques minutes, elles contournèrent un dernier bosquet de laurier pour enfin atteindre la porte que Blair avait à l'esprit. Sans réellement y croire, elle appuya sur la poignée, et tenta de la manipuler, sans succès. Elle prit alors le temps de regarder autour d'elle, et avisa sur le cadre un simple boitier gris, surmonté d'un bouton poussoir rouge. Elle était face à une sortie de secours. Logiquement, ce bouton devait actionner l'ouverture de la porte, mais il était évident que le service de sécurité du palais allait en être informé. Blair consulta nerveusement sa montre, il était déjà deux heures du matin et elle n'avait pas de temps à perdre. Elle n'en avait plus.

Elle poussa donc le bouton, et fut soulagée d'entendre un déclic dans la serrure. Elle appuya de nouveau sur la poignée, et soupira profondément en constatant que la porte s'ouvrait sans difficulté. Sans attendre, elle prit de nouveau sa fille par la main, et s'engagea dans la rue, sachant qu'il n'était qu'une question de temps avant que le personnel du palais ne constate son absence.

Elle tourna dès qu'elle le pu, afin d'être hors de vue du palais, et continua sa progression. Les rues étaient désertes et parfaitement silencieuses. Au bout de quelques minutes, elle sut qu'elle approchait de l'hôtel qu'elle avait repéré auparavant, et commença à guetter avec angoisse, espérant trouver un taxi au plus vite.

Dans le centre de contrôle de la sécurité du palais princier, l'officier de garde fut réveillé en sursaut par le déclanchement de l'ouverture de secours d'une porte du parc. Perplexe, et l'esprit encore embrumé, il se pencha sur son écran de contrôle, et constata sans comprendre que rien n'apparaissait sur les caméras. Peu habitué à gérer ce genre d'urgence, il vérifia dans un premier temps l'ensemble des caméras surveillant l'intérieur du parc, ainsi que les différentes entrées du palais, sans rien constater d'anormal. Il n'eut pas le réflexe de revenir en arrière sur la vidéo. Le seul risque réel était que quelqu'un tenta de s'introduire dans le palais, et pas l'inverse. Suivant la procédure, il envoya donc un message à son responsable alors rentré chez lui pour la nuit, et il entreprit alors d'aller faire lui-même une ronde pour s'assurer que tout était normal.

Avec soulagement, Blair avisait au même moment plusieurs voitures en train de patienter le long d'un trottoir. Après avoir rapidement toqué à la vitre de la première, elle s'engouffra à l'intérieur à la suite d'Audrey, prenant soin de s'assoir derrière le chauffeur, sachant qu'il était très probable qu'il la reconnaisse. Elle lui donna d'une voix plate et ferme l'adresse de son bureau, et rapprocha sa fille d'elle, la prenant dans ses bras, tandis que celui-ci démarrait, ne prenant pas la peine de dévisager la jeune femme d'apparence banale qui avait pris place derrière lui.

Elle lui demanda de s'arrêter à l'angle de sa rue, ne souhaitant pas qu'il la voit rentrer dans le bâtiment, connu pour être le siège de sa fondation. Lui tendant un billet de 50 euros, elle lui demanda de patienter une dizaine de minute. Celui-ci accepta dans poser de question.

Blair prit donc sa fille dans ses bras, attrapa son sac sur la banquette, et s'approcha du bâtiment. Elle se servit de sa clef pour ouvrir l'immeuble, et emprunta volontairement les escaliers, souhaitant rendre son passage dans les locaux le plus discret possible. Arrivant au premier étage, elle passa la réception déserte, et hâta le pas jusqu'à son bureau. Dans ses bras Audrey somnolait sur son épaule, confiante. Le cœur de Blair se serra lentement, jusqu'à être douloureux. Dans quelle aventure était-elle en train d'entrainer sa fille ? Elle devait s'accrocher, tenir le coup. Dans quelques heures tout cela serait derrière elle si elle trouvait la force nécessaire en elle. Elle devait y arriver.

Elle arriva devant la porte fermée de son bureau, et se servit de sa clef pour l'ouvrir. Une fois à l'intérieur de la pièce, elle déposa avec douceur sa fille sur le sofa, et se dirigea vers la tenture qui masquait l'accès à son boudoir. Elle se servit d'une clef, dissimulée dans son portefeuille, pour l'ouvrir, et pénétra dans la petite pièce.

Elle avança avec détermination vers le cadre de photo qu'elle décrocha du mur et posa à ses pieds. Elle composa prestement sur le coffre le code d'ouverture, et celui-ci s'ouvrit avec un léger bruit. Elle savait parfaitement ce qui s'y trouvait, et elle ne mit pas longtemps à rassembler la robe, l'écrin contenant le bijou qu'elle chérissait par-dessus tous les autres, ainsi que les deux passeports américains.

Ne prenant pas la peine de refermer le coffre, elle fit rapidement le trajet inverse et rangea l'ensemble dans son sac, laissant le passeport et les espèces sur le dessus, d'un accès facile. Elle prit de nouveau Audrey dans ses bras et entreprit de sortir du bâtiment par le même chemin, se contenant de claquer les portes derrière elle. Elle fut soulagée de constater que le taxi l'attendait toujours au coin de la rue. Elle installa au mieux sa fille sur la banquette et reprit sa place derrière le chauffeur. Tentant de reprendre la même voix neutre et ferme, elle lui indiqua de les conduire à l'aéroport de Nice.

Elle consulta sa montre, il était alors plus de 3 heures du matin. Elles étaient dans le temps pour le vol de six heure.

Blair passa les trente minutes de trajet à guetter. Elle observait la route, les voitures qui les doublaient, et les informations à la radio. Elle s'éloignait de Monaco, avait avec elle tout ce dont elle avait besoin, mais il lui restait encore beaucoup d'étapes à passer. Tant de choses pouvaient encore mal se passer.

Le taxi approcha enfin de l'aéroport, et elle entreprit de réveiller sa fille. Celle-ci ouvrit doucement les yeux, et eut pour seul reflexe de se blottir contre sa mère. Blair la prit donc de nouveau dans ses bras, tendit un billet au chauffeur en règlement de la course, et entra dans l'aérogare. Elle choisit de ne pas se rendre tout de suite au comptoir d'enregistrement, tenant à ne pas attirer l'attention plus tôt que nécessaire. Regardant autour d'elle, elle constata que toutes les boutiques semblaient fermées. Audrey commençant à peser dans ses bras, elle avança dans le large hall, et avisa une petite salle d'attente. Elle s'engagea dans l'allée formée par les rangées de fauteuils métalliques, et s'installa sur le dernier, dos au hall, le plus discrètement possible. Elle installa tant bien que mal sa petite fille et se força à attendre calmement.

Son fauteuil faisait face à une large baie vitrée, et elle tenta sans succès de se concentrer sur le ballet des camions de livraison qui annonçait une nouvelle journée d'activité à l'aéroport. Le soleil n'était toujours pas levé, et seule la lune persistait à éclairer l'environnement urbain et froid.

Son esprit était comme en suspens. Elle restait complètement attentive à ce qui se passait autour d'elle, aux aguets, et en même temps elle ne pensait pas, elle ne réfléchissait pas. De temps à autre elle consultait son portable, et surveillait du coin de l'œil un écran plat suspendu au mur qui diffusait une chaine d'information continue. Mais rien. Elle vivait des moments surréalistes, était témoin d'un changement radical dans sa vie, quelle que soit l'issue de son voyage, et son environnement semblait indifférent à son drame. Elle se sentait en complet décalage. Rien n'avait changé, et pourtant rien n'était plus pareil.

Le responsable de la sécurité du palais arrivait au même moment au palais princier. Il détestait se faire réveiller au milieu de la nuit, et après avoir eut au téléphone son officier de garde qui lui avait assuré que rien n'était anormal, il avait donc choisir de prendre son temps. Il est alors plus de quatre heure du matin lorsqu'il pénètre au centre de contrôle. Ne trouvant pas la personne qui lui avait fait part de l'incident, il se saisit avec humeur de son portable, et entreprit de l'appeler afin de le rejoindre ou celui-ci se trouvait. Un appel laconique et une marche de plusieurs minutes dans les couloirs plus tard, il le rejoignit enfin, et se fit tenir informé des mesures prises jusque-là. Le jeune officier lui indiqua qu'il avait sécurisé à l'aide de la petite équipe présente sur place l'ensemble du parc, ainsi que le bâtiment. Le système de sécurité n'avait mis en avant que l'intrusion au niveau de la porte du parc, et rien d'autre.

Sceptique, le responsable lui demanda s'il s'était assuré de la sécurité des membres de la famille princière depuis l'intrusion supposée, ce à quoi l'officier de garde répondit par la négative.

Blair regardait avec nervosité les minutes défiler. Audrey dormait toujours blottie contre elle et heureusement, elle avait de cette manière un peu de temps pour se préparer à prendre cet avion, et à imaginer tous les obstacles auxquels elle pouvait potentiellement être confrontée. Elle leva les yeux sur l'écran plat suspendu au-dessus d'elle, et constata qu'elle allait pouvoir enregistrer d'ici une quinzaine de minutes.

Elle commença donc à réveiller doucement Audrey. La petite fille se réveilla presque tout de suite et, regardant autour d'elle, interrogea sa mère du regard.

« Nous allons bientôt aller prendre notre avion chérie, en attendant nous allons aller nous rafraichir un peu d'accord ? »

L'enfant acquiesça en silence, épuisée par cette nuit entrecoupée. Blair et sa fille se levèrent donc du fauteuil métallique, et apprécièrent de pouvoir se dégourdir les jambes après avoir passé une bonne heure de manière aussi inconfortable. Elles se dirigèrent vers les toilettes les plus proches, ou Blair entreprit de laver les mains et le visage d'Audrey. Elle ajusta la tenue de celle-ci, priant pour que personne ne pense qu'elle était encore en pyjama, et pour sa part entreprit de se couvrir la tête de son foulard, afin de dissimuler ses cheveux. Elle observa son reflet dans la glace, et soupira nerveusement. Le résultat était tout sauf discret, elle ressemblait plus à Bridget Jones en train de partir en week end qu'a Grace Kelly en fuite. D'un geste, elle enleva le foulard et le fourra dans son sac, pour finalement nouer ses cheveux en une rapide et banale queue de cheval. Elle leva de nouveaux les yeux sur le miroir. C'était mieux. La coiffure approximative ajoutée à l'absence totale de maquillage compliquait la tâche pour des inconnus risquant de la reconnaitre. Elle ne pouvait que faire au mieux de toute manière.

Prenant de nouveau la main de sa fille, elle sorti des toilettes, et s'avança d'un pas mesuré du comptoir Air France ou patientaient déjà quelques hommes d'affaires. Elle ignora sciemment la file d'attente réservée à la première classe, ne souhaitant pas se faire remarquer, et prit sa place à leur suite. Après une dizaine de minutes d'attente, elle se présenta enfin devant une hôtesse qui leva à peine les yeux dans sa direction.

« Vous avez une réservation ?

- Oui, pour deux personnes », répondit Blair d'une voix neutre en tendant leur deux passeport.

L'hôtesse avisa silencieusement les passeports américains, peut fréquent sur cette ligne nationale, et leva alors les yeux sur Blair. Elle vérifia la correspondance avec la photo, se faisant la réflexion que prendre un avion aussi tôt le matin ne réussisait vraiment pas à la jeune passagère. Waldorf. Ce nom lui dit quelque chose, mais rien de plus. Elle vérifia ensuite le passeport de la petite fille, qui correspondait aussi sans problème.

Elle scanna rapidement les deux documents, et édita les cartes d'embarquement

« Vous avez des bagages à enregistrer ?

- Non uniquement un bagage cabine, répondit rapidement Blair.

- Très bien, vous avez les places 32A et 32B. Vous pouvez vous dirigez vers la salle d'embarquement. »

Blair ouvrit la bouche pour se plaindre d'être clairement assise en classe économique, mais se ravisa. Ce n'était clairement pas le moment de faire un esclandre. Elle était déjà étonnée que la jeune hôtesse ne l'ait pas reconnue, ou tout du moins qu'elle n'ait pas encore fait le lien entre Blair Waldorf et la princesse de Monaco. Elle la remercia donc rapidement, prit les deux cartes d'embarquement ainsi que leurs passeports, et entraina Audrey vers la salle d'embarquement.

Après un trajet rapide dans les couloirs de l'aéroport, elles arrivèrent dans une grande salle vitrée. De nouveau, Blair chercha des yeux l'endroit le plus discret pour patienter, et elles s'installèrent, toujours dans un coin de la pièce, tournées vers les pistes.

Au même moment au palais princier, l'officier de garde frappa discrètement à la porte de la Princesse Sophie. Au bout de quelques minutes, celle-ci ouvrit sa porte en robe de chambre, pour se retrouver face à un jeune homme extrêmement gêné de l'avoir tirée du lit. Il lui expliqua rapidement la situation, et Sophie insista impatiemment pour l'accompagner vérifier que son fils et sa famille allait bien. Ils réveillèrent donc ensemble Louis, puis se dirigèrent vers les appartements de Blair et Audrey. Louis pénétra le premier dans la pièce, pour trouver la chambre de sa femme vide, le lit défait, et les lumières allumées.

Inquiet, il se dirigea rapidement vers la salle de bain pour vérifier que Blair ne s'y trouvait pas, et se retourna alors vers sa mère se trouvant toujours dans l'embrasure de la porte pour lui signifier que la pièce était vide. Il avisa alors la porte donnant sur la chambre de sa fille, et un frisson glacé lui parcouru le dos. Il avait compris. Il avait déjà compris qu'il les avait perdues.

Instinctivement, il courut vers la porte et l'ouvrit d'un seul coup, pour se retrouver comme il le craignait dans une pièce absolument vide. Sophie le rejoignit peu après : « Louis ou sont-elles ? T'ont-elles prévenu de quelque chose ? »

Louis ne répondit pas tout de suite, et fixa sa mère d'un regard éteint. « Non Mère. Blair ne m'a rien dit. Mais de toute manière quelle raison valable pourrait expliquer leur départ du palais en pleine nuit ? ».

Sophie fut de suite énervée par le ton agressif de son fils. « Louis il s'agit de ta famille. Il ne me semble donc pas déraisonnable de te demander ou elles sont. Puisque tu ne sembles pas le savoir, nous allons devoir faire autrement. » Elle retourna dans la chambre de Blair, ou l'officier de garde avait été rejoint par le chef de la sécurité.

« Ma belle-fille et ma petite-fille ne sont pas là. Ce n'est pas normal. Informez immédiatement la police ainsi que les autorités françaises afin qu'elles émettent un avis de recherche immédiatement. »

Au même moment, Blair sentait l'angoisse la gagner. Elle était dans l'aéroport depuis trop longtemps. Elle était vulnérable. Elle se tourna vers Audrey qui était toujours assise contre elle, bien réveillée cette fois. Elle regarda derrière elle, et constata que la salle d'embarquement se remplissait rapidement, et que désormais une cinquantaine de passagers patientaient en même temps qu'elle. La rangée de fauteuil qu'elle occupait était toujours libre, mais plus pour longtemps. Elle se saisit nerveusement des deux cartes d'embarquement, qu'elle fit jouer entre ses doigts. Elle ferma les yeux, se forçant à se calmer, à ne pas se laisser gagner par la panique. Il était encore tellement tôt. Même si le service de sécurité avait été informé de l'ouverture de la porte, il allait encore se passer du temps avant qu'il ne constate leur disparition, et encore plus avant qu'il ne constate qu'elle était sur la liste des passagers d'un vol à destination de Paris. Elle se forçait à tenir un raisonnement rationnel, mais l'angoisse ne la quittait pas. Elle regardait toujours autour d'elle avec nervosité, et sentait qu'elle allait se faire remarquer. C'était trop. Que faisait-elle là, dans cette salle d'embarquement, en train de presque enlever sa propre fille pour s'enfuir de chez elle. Elle était Blair Waldorf, comment en était-elle arrivée là ? Elle jetait toujours des regards inquiets autour d'elle, et sentait une vague de chaleur la saisir. Sentant l'agitation de sa mère, Audrey leva sur elle un regard apeuré qui fut comme un déclic pour Blair. Le besoin impérieux de protéger son enfant prit alors le dessus.