- Septembre 1981, Glastonbury, Angleterre -

Sirius porta le goulot de sa bière jusqu'à ses lèvres et but une longue gorgée. Il avait arrêté de compter le nombre de bouteilles qu'il buvait ce jour-là depuis que la nuit était tombée. Autrement dit, il y avait quelques heures déjà.

L'ivresse lui empattait le cerveau et ce n'était pas pour lui déplaire. Il rejeta la tête en arrière et prit un profond bol d'air, qui sentait l'herbe mouillée et la nature fraîche. Il avait du mal à croire qu'il se trouvait au beau milieu d'un festival moldu. Il ne se rappelait pas avoir pris du bon temps depuis au moins un an, et cette liberté méritée, il comptait bien en profiter. À côté de lui Fergus attira son attention sur l'un de ses amis qui, malgré le froid d'un automne précoce, avait relevé son t-shirt par-dessus sa tête et s'était mis à courir vers le devant de la scène. Sirius se mit à rire à ne plus pouvoir respirer. Les moldus étaient décidément épatants et créatifs. Il avala une gorgée de bière de travers et Fergus vint à son secours en lui donnant quelques tapes mollasses dans le dos – il était probablement plus ivre que Sirius lui-même.

- Eh, où sont nos femmes ? fit tout à coup le moldu en regardant autour de lui.

Sirius fit un geste étrange de la main – qui était sensé être un doigt pointé – vers un endroit à quelques mètres devant eux. Elizabeth et Theresa, qui tenait en laisse Nessie, le labrador de Fergus, étaient en train de danser lentement un verre à la main. Sirius savait toujours parfaitement où était son alter ego. Il ne pouvait pas la perdre, surtout dans un endroit pareil, alors qu'elle aussi était complètement bourrée. Qui sait ce qu'il pourrait lui arriver.

Dans la campagne anglaise du sud-ouest de l'Angleterre, Sirius et Beth avaient rejoint leur couple d'amis moldus pour un festival de musique en plein air. Le festival, dans un champ abandonné près d'une forêt, était du genre petit – il ne durait qu'une journée – mais il avait rameuté un nombre incroyable de moldus venus des quatre coins du pays – plus d'une dizaine de milliers – attirés par des groupes de musique très en vogue dans le milieu de la new wave, comme New Order, que Sirius connaissait un peu. Et ils étaient bien décidés à profiter de cette journée. Ils n'avaient prévenu aucun Maraudeur, et surtout pas James et Lily. Cela faisait plusieurs mois qu'ils étaient forcés de se cacher et Sirius pensait que c'était une mauvaise idée de leur étaler la liberté et l'amusement qu'ils ne pouvaient plus avoir.

Arrivé en moto comme leurs amis, le couple de sorcier restaient avec eux en retrait du public à plusieurs dizaines de mètres de la scène, près de leurs engins stationnés. Assis sur sa bécane, Sirius se mit à contempler sa déesse en train de danser, et même si elle avait revêtu une parka bien chaude, elle et ses longues jambes étaient irrésistibles sous sa robe de moldue. Il aurait pu avoir l'impression d'être soul s'il n'avait pas touché une goûte d'alcool. Mais il y avait touché, et il commença à étudier rêveusement les courbes de sa copine qui dansait à ce moment-là pour personne d'autre que pour elle-même.

Il remarqua tout à coup que trois moldus la regardaient aussi. Mais Sirius s'en fichait, tributaire du fait que plaire à d'autres était aussi bon pour l'ego. Il regarda l'un d'eux s'approcher de Beth et lui proposer de danser. La jeune sorcière, les yeux mis clos et un sourire aux lèvres, secoua négativement la tête. Le moldu insista un peu, l'air charmeur. Beth essaya de lui expliquer quelque chose en s'éloignant de lui, mais le moldu l'attrapa par le bras et se mit à danser en se collant à elle.

C'en fut bien assez pour Sirius. Il jeta sa bouteille presque vide à terre, et s'approcha en réfléchissant à la meilleure façon de mettre ce type en bouillie.

- Je t'ai dit d'arrêter, disait Beth d'une voix lente en essayant de le repousser.

- Mais je sais que tu en as envie.

Arrivé à leur hauteur, Sirius empoigna le moldu par le col et rapprocha son visage très près du sien.

- Qu'est-ce que tu crois que tu fais, là ?

Le type, plus petit que Sirius, essaya de se dégager mais en vain.

- Elle t'a dit de la laisser tranquille, alors tu la laisses tranquille, grogna Sirius d'un air mauvais.

Il finit par le repousser vers sa petite bande de copains.

- Pauvre type…

Il se tourna vers Beth qui le regardait avec des yeux pétillants. Elle se réfugia dans ses bras.

- Merci, Chevalier. Viens, lui souffla-t-elle. Viens danser avec moi.

Un peu calmé, l'ivresse de Sirius prit un cran au-dessus et il suivit Beth main dans la main. Autour de lui, la foule des moldus qui dansaient avait peu d'importance. Ils s'arrêtèrent non loin de la scène, lorsqu'il ne fut plus possible d'avancer, et la musique, rythmée, les fit se mouvoir lentement l'un contre l'autre.

- C'est mieux que la valse, tu ne crois pas ? murmura Sirius à l'oreille de Beth.

La sorcière leva sur lui des yeux aux paupières lourdes, et elle se serra un peu plus. Sentir son corps onduler contre lui rendit Sirius fou d'envie pour elle.

- Dès qu'on sera rentrés, rappelle-moi de t'honorer…

- Pourquoi attendre ?

Il n'en fallut pas plus au cerveau embrouillé de Sirius pour réagir. Il attrapa Beth par la main et sortit de l'écrasement de la foule. Ils s'éloignèrent de la scène et du champ dans lequel elle était installée et s'approchèrent des sous-bois. L'alcool embuait toujours le cerveau du sorcier, mais plus rien n'avait d'importance, mis à part la sorcière qui se tenait près lui, avec ce regard malicieux.

Dissimulés derrière un chêne immense, ils se remirent à s'embrasser. Quelque secondes plus tard Sirius s'écarta de Beth pour la regarder des pieds à la tête.

- Par Merlin. Même ici, dans cet endroit obscur, contre cet arbre, tu fais battre mon cœur comme un gosse… Qu'est-ce que tu m'as fait ? Je ne pourrais jamais te tromper, tu le sais, ça ? Ça foutrait notre couple en l'air.

Beth regarda Sirius en souriant et l'embrassa comme si c'était la seule chose qu'elle voulait faire.

Quelques minutes plus tard les deux sorciers retournaient au concert, rassasiés d'amour. Ils bifurquèrent vers le bar ambulant et consommèrent un peu plus d'alcool, avant de retourner près de la scène, complètement ivres.

Et alors, Sirius commença à avoir des trous noirs. Il essaya de faire comprendre à Beth que ça n'allait pas, qu'il aurait bientôt envie de vomir et qu'il serait incapable de rentrer en moto, mais il n'arrivait même pas à articuler un seul mot.

Il cligna des yeux. Les gens tourbillonnaient autour de lui. Les couleurs se mélangeaient au son et plus rien n'avait de sens. Où était-il, déjà ? Il ferma les yeux. Les rouvrit. Et il regarda dans la foule. Beth n'était plus là.

Sans savoir pourquoi, il se mit à paniquer. L'alcool était le plus fort. Elle l'empêchait de résonner logiquement, et transforma sa peur en une envie irrésistible de se battre contre un ennemi invisible. Il se mit à arpenter la foule. Il ferma les yeux, et les rouvrit. La moto, pensa Sirius. Elle doit être revenue là-bas… Un moldu qu'il venait de le heurter le repoussa violemment. Il eut un nouveau trou noir, et lorsqu'il rouvrit les yeux, il était tombé à terre au beau milieu du public et il y avait Fergus au-dessus de lui. Il l'aida à se relever en s'étouffant de rire.

- Tu as trop bu, mon ami !

- Beth… Tu… tu as vu Beth ?

- Beth ? Non…

Sirius se détourna aussitôt et se traîna à travers les gens qui le regardaient d'un air stupide. Beth… Et si quelque chose était en train de lui arriver ? Et si cet immonde bâtard de tout à l'heure essayait de mettre les mains sur elle ? Comme il avait pu être stupide de les avoir entraînés jusqu'ici !

Il finit par rejoindre sa moto. La zone était déserte. Sirius sentit son cœur bouillir dans sa poitrine. Il s'écroula à genoux et trouva assez de conscience pour sortir un parchemin d'une sacoche de son bolide. Il n'y avait personne près de lui. Il se saisit de sa baguette et lança, Merlin seul savait comment, un sortilège encartable. Sur la couleur brune du parchemin, des lignes brèves dessinèrent le plan du champ et la scène de concert – du moins tout ce que son cerveau était capable de faire – et un point se mit à clignoter à l'endroit où Beth se trouvait. Le point se déplaçait lentement à l'extérieur du champ.

L'idée que quelqu'un l'emmenait à son insu fut pour Sirius une énorme gifle, une électrocution qui le ramena tant bien que mal à la réalité et lui donnait envie de tuer quelqu'un. Il repéra la scène du concert, repéra l'endroit où il se trouvait sur la carte, et lorsqu'il fut certain de la direction à prendre, il s'y précipita en titubant. Il finit bien vite par s'éloigner du festival et de la lumière artificielle. La nuit était sombre. Il trébuchait parfois sur des plantes et des branches, mais il avançait toujours.

Il regarda la carte. Beth n'était plus très loin, et elle avait arrêté de marcher. Il redoubla d'efforts pour avancer plus vite, mais l'alcool était toujours un frein. Qu'est-ce qui lui avait pris de boire autant ? Il entendit alors des bruits de pas.

- Beth ?

- Sirius ? finit par s'exclamer une petite voix étonnée.

- Beth !

Il finit par la distinguer dans l'obscurité.

- Par la barbe de Merlin, Beth… Que faisais-tu ?

- Je viens d'aller faire pipi, répondit la sorcière d'une petite voix contrite.

Sirius l'enlaça entre ses bras.

- Je croyais qu'il t'arrivait malheur… J'étais paniqué !

- Excuse-moi, Sirius... Je voulais pas te faire peur. Tu sais, j'ai un peu trop bu ce soir, je crois…

Sirius posa son front contre celui de Beth et se mit à rire.

- Moi aussi j'ai trop bu, Beth…

Ils firent demi-tour et se dirigèrent vers le concert. Mais lorsque Sirius se prit les pieds dans une ronce, ils tombèrent tous les deux dans l'herbe en éclatant de rire.

- Par Merlin… articula Beth en reprenant son souffle. On n'est pas si mal, ici… Regarde, on peut voir les étoiles...

Sirius suivit son doigt d'un œil vitreux et se mit à sourire. Le ciel était totalement découvert.

- Tu sais qu'il y en a une qui porte mon nom ? marmonna-t-il.

- On l'a étudié en cours d'Astronomie, répondit Beth d'une voix endormie en se serrant près de lui. Ça me faisait penser à toi, mais à l'époque, on ne s'aimait pas trop…

Sirius ajusta ses bras autour d'elle, l'embrassa sur le front et ferma les yeux, fatigué. L'alcool lui faisait tourner la tête et il se demandait s'il n'allait pas bientôt se mettre à vomir. Il finit par s'endormir.

Il se réveilla plus tard en sentant Beth bouger. Il se rendit compte qu'elle claquait des dents et que ses épaules tremblaient.

- J'ai si froid, articula-t-elle. Tout est mouillé…

- Tiens, prends ma veste…

- Retournons là-bas, tu veux ?

Sirius ignorait combien de temps ils avaient dormi, mais il se sentait encore étourdi, et la musique du concert se faisait toujours entendre. Il se redressa, s'éloigna de quelques pas, urina pendant un long moment et revint vers Beth en passant un bras autour de son épaule.

- On va peut-être rentrer, qu'en dis-tu ?

- Je rêve d'un lit bien chaud… marmonna la sorcière en posant sa tête contre son épaule.

Très vite, ils retournèrent près de l'endroit où les motos étaient garées.

- Comment on va faire ? demanda Sirius en regardant d'un œil vitreux autour de lui. Je suis incapable de conduire dans cet état…

- Alors on va transplaner jusque chez toi.

Sirius leva un œil vers Beth.

- Je n'y arriverais pas, je crois.

- Je m'en charge.

- Avec la moto ?

Beth haussa les épaules lentement en souriant.

- J'ai déjà réussi à transplaner avec trois personnes…

- Dans ton état d'ivresse ?

- Je me sens mieux... Et puis c'est en étant sûr de soi qu'on y arrive vraiment. Approche…

Sirius se colla à elle, et Beth attrapa le guidon de sa moto.

- Tu es prêt ?

Il vérifia que personne ne les remarquerait, puis acquiesça et Beth ferma les yeux en baissant la tête.

Sirius sentit le décor devenir flou et se resserrer autour de lui. Un bruit sonore lui perça les tympans, la sensation d'écrasement s'intensifia en une seconde, et c'était comme si quelqu'un essayait de rentrer sa tête dans un bocal en verre. Enfin ses pieds touchèrent un sol dur et il retomba lourdement sur du béton. Il ouvrit un œil, l'estomac en vrac. Ils avaient transplané dans son garage. Il se redressa sur ses coudes, tourna la tête vers le sol et se mit à vomir sans aucun signe avant-coureur.

- Sirius ! Ça va aller…

Beth fit disparaître la flaque et passa une main dans les cheveux du sorcier.

- Comment tu te sens ?

Sirius haussa les épaules et redressa son buste en se prenant la tête entre les mains.

- C'est rien. Juste le voyage qui a été rude. Est-ce que tu peux faire transplaner le lit jusqu'ici ?

Beth poussa un petit rire amusé.

- Mais je peux te faire transplaner jusqu'à lui.

- Ah ça, non. Laisse moi un peu de temps pour m'en remettre.

Ils se relevèrent et Beth ouvrit la porte du garage. Dehors, la nuit était toujours fraîche et l'air purifia un peu Sirius. Dans la rue moldue il n'y avait presque personne. Il était difficile d'avoir un garage en plein centre d'Edimbourg, mais Sirius avait eu la chance – chance provoquée par un peu de magie – de pouvoir en louer un dans une rue adjacente à son appartement. Ils marchèrent donc quelques mètres et s'apprêtèrent à bifurquer au coin d'une avenue, déserte à cette heure de la nuit.

Beth était en train de regarder une mobylette remonter la rue lorsqu'il se passa deux choses. Premièrement, un bruit de craquement retentit non loin d'eux, et la seconde d'après, Sirius attrapait Beth par la manche de son parka et la plaquait contre le mur. La sorcière se retint de crier et resta immobile, imitant Sirius qui venait de sortir sa baguette magique.

- Qu'est-ce que… qu'est-ce qu'il se passe ? murmura la sorcière.

- Quelqu'un vient de transplaner juste à côté…

Il fit signe à Beth de rester là où elle se trouvait et se déplaça lentement jusqu'au coin de l'immeuble. Et puis il passa la tête dans l'avenue une fraction de seconde et retourna vers Beth, la mine durcie. Il avait beau avoir bu en une soirée ce qu'il buvait habituellement en un mois, il se sentait ragaillardi.

- Qui est là ? s'enquit Beth. C'est quelqu'un qu'on connaît ?

- Oh oui, répondit Sirius avec un sourire mauvais. Il porte une cagoule noire sur la tête, alors, en effet, je crois que c'est quelqu'un qu'on connaît.

- Un Mangemort ! Où est-il ?

- Ils étaient deux. Sur le perron de ma porte.

- Comment… comment nous ont-ils retrouvés ?

- Dumbledore soupçonnait une taupe au sein de l'Ordre…

Beth écarquilla les yeux mais épargna à Sirius une autre exclamation. À la place, elle serra les poings.

- On ne peut faire confiance à personne…

Elle se prit la tête entre les mains.

- Qu'est-ce qu'on fait ?

- On s'en va.

Beth fixa intensément Sirius et il comprit qu'elle utilisait la Legilimancie sur lui. Il détourna aussitôt les yeux.

- Tu vas revenir ?

- Bien sûr, répondit Sirius, et son sourire s'élargit.

- Alors je reste avec toi.

- Oh non, murmura Sirius d'un air implacable. Non, toi, je vais te mettre à l'abri.

Il l'empoigna aussitôt par le bras, et réussit à faire transplaner Beth avec lui.

N'étant pas préparée au voyage, lorsqu'ils arrivèrent ailleurs, Beth retomba sur ses genoux.

- Préviens-moi, la prochaine fois ! Où... où sommes-nous ?

Ils se trouvaient dans une autre rue, très différente cette fois-ci. Il n'y avait plus de grands et vieux immeubles. Il n'y avait plus les bruits de moteurs de voitures moldues ni les aboiements nocturnes de chiens. À la place, le silence ambiant était parfois coupé par un bruissement de vent dans les arbres ou un cri de chouette. Beth regarda autour d'elle. Elle reconnaissait la rue bordée de petites maisons familiales : ils avaient transplané à Godric's Hollow. Elle avait beau savoir que James et Lily s'y cachaient, elle avait beau savoir qu'ils étaient protégés par le sortilège de Fidelitas, lorsqu'elle regarda devant elle là où devait se trouver la maison des Potter, elle fut désorientée de constater qu'elle n'y était pas, et que les deux maisons sensées l'entourer étaient à présent collées l'une à l'autre.

- Lily, James et Harry se cachent au 17, Cross Street, Godric's Hollow, déclara tout à coup Sirius en la regardant.

Beth fronça les sourcils avant de voir avec stupéfaction la maison réapparaître, comme si elle venait de pousser à vitesse grand V en écartant les maisons voisines.

- C'est toi le gardien des secrets ? souffla-t-elle. Pourquoi tu ne me l'as jamais dit ?

- Pour te protéger, répondit Sirius d'un air sombre avant de l'emmener vers la porte d'entrée.

Il poussa le battant qui n'était même pas verrouillé et pénétra dans le vestibule plongé dans l'obscurité.

- Tu seras en sécurité ici, lança Sirius sans prendre la peine de parler à voix basse.

Une porte grinça au premier étage.

- Sirius ? appela la voix alertée de James.

- C'est nous.

Une lumière s'alluma dans le couloir et la silhouette de James déboula dans les escaliers, revêtu à la va-vite d'une robe de sorcier, baguette à bout de bras.

- Par tous mes aïeux de sorciers ! Est-ce que… est-ce qu'il s'est passé quelque chose ?

Sirius bifurqua dans le salon et alluma les lampes d'un mouvement de baguette. James regarda Beth, stupéfait, avant de la prendre chaleureusement dans ses bras. Cela faisait plusieurs mois qu'ils ne s'étaient pas revus. À l'étage, les pleurs du petit Harry se firent entendre.

- James, tout va bien ? demanda la voix de Lily depuis le premier étage.

- Sirius est là, avec Beth !

La sorcière sentit une boule monter dans sa gorge, et ravala un sanglot. Il fallait bien avouer que lorsqu'elle buvait, ses émotions débordaient. Mais cela faisait près de trois mois qu'il lui avait été impossible de revoir ses amis depuis qu'ils se cachaient, étant la cible principale de Lord Voldemort. Des larmes lui chatouillèrent les yeux et elle regarda Sirius s'approcher de son meilleur ami.

- Cornedrue… Ils sont chez moi. Garde Beth pour moi, tu veux ?

- Qu…Quoi ? Patmol, attends ! Tu y retournes comme ça, tout seul ? Est-ce que tu as prévenu l'Ordre ?

Sirius haussa les épaules et entama un geste pour transplaner, mais James l'arrêta en usant d'un sortilège.

- Tu es cinglé ?

Il posa une main sur l'épaule de Sirius et le regarda droit dans les yeux.

- Non, en fait… Tu es bourré !

Sirius se dégagea avec un sourire narquois.

- N'y retourne pas ! s'exclama James. C'est impensable, tu n'as pas toutes tes capacités !

- Écoute le, supplia Beth, il a raison ! On a beaucoup trop bu.

- Ne faites pas les idiots, railla Sirius en articulant difficilement, tandis que son visage se durcissait. Tu es simplement jaloux, Cornedrue ! Parce que toi, tu ne peux plus sortir !

James accueillit cette remarque avec une expression accablée. Beth voulut intervenir, mais elle ne savait pas quoi dire.

- Je vais faire comme si je n'avais rien entendu, grogna James entre ses dents. Mais je t'assure que tu ne sortiras pas de cette maison, tu peux me croire sur parole. Même si pour cela il faut que je t'attache !

- Ah oui ? Vas-y, essaie, pour voir !

James tourna la tête vers Beth, l'air stupéfait.

- Par Merlin, il était déjà comme ça, avant ?

À ce moment-là ils entendirent des bruits dans les escaliers. Lily descendait avec le petit Harry dans les bras. Le visage en larmes, il tourna la tête vers les adultes.

- Papa, murmura-t-il entre deux sanglots. Si'us …

Lorsque Lily reconnut Beth, elle se précipita sur elle et la prit à son tour dans ses bras, Harry coincé entre les deux sorcières.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Lily. Il s'est passé quelque chose ?

- Ne t'inquiète pas, ma chérie, répondit James sans perdre Sirius des yeux. Personne n'est blessé.

Sirius gardait lui aussi les yeux rivés sur son ami, l'air narquois.

- Tu vas encore m'empêcher de partir ? fit-il d'un air moqueur. Tu vas m'empêcher de mettre une raclée à deux pauvres Mangemorts ?

- Qu'est-ce qui te dit qu'ils ne sont que deux ? intervint Beth en posant une main sur le bras de Sirius, mais il se dégagea aussitôt. À ce qu'on en sait, Tu-Sais-Qui lui-même pourrait se trouver dans ton appartement !

- Si seulement c'était vrai, rétorqua Sirius avec un geste d'impatience. Qu'il vienne, que je lui montre ce dont je suis capable !

- NE DIS PAS UNE CHOSE PAREILLE ! hurla Beth, terrorisée.

Le petit Harry se mit aussitôt à pleurer à chaudes larmes, terrifié. James tourna la tête vers lui. Et Sirius profita de ce moment d'inattention pour transplaner.

- Non ! hurla Beth avec un geste inutile de la main vers l'endroit où il se tenait un instant auparavant.

James poussa un juron et Beth le regarda, paralysée de terreur. Le sorcier se tourna aussitôt vers Lily.

- Préviens Remus et Peter ! Dis-leur de venir chez Sirius !

- Attends, James, supplia Lily. Que vas-tu faire ?

- Pardonne-moi, ma chérie, lança le sorcier par-dessus son épaule. Mais je dois y aller.

Il se tourna vers Beth.

- Tu seras capable de te défendre ?

La sorcière serra sa baguette de plus belle. Electrifiée par l'adrénaline, elle ne sentait plus aucun effet de l'alcool.

- Bien sûr.

- Alors on transplane, maintenant !

Et il disparut aussitôt. Beth lança un regard à Lily. Des larmes perlaient à ses yeux, Harry pleurait dans ses bras, et elle acquiesça de la tête en murmurant « vas-y », avant que Beth ne s'exécute.


La sorcière retrouva la rue de l'appartement aussi calme que tout à l'heure. Elle frissonna et se précipita vers James qui s'était dissimulé devant les grilles d'un magasin de revues moldues. Elle se rendit compte au même moment qu'une silhouette se tenait devant l'immeuble de Sirius. C'était lui. Il tenait sa baguette à bout de bras et à ses pieds gisait un Mangemort maîtrisé. Elle lui en voulait plus que jamais des risques qu'il leur faisait prendre. James se précipita silencieusement vers lui et l'empoigna par l'épaule. D'où elle se trouvait, Beth pouvait entendre ce qu'ils disaient.

- Donne-moi une bonne raison de ne pas t'en flanquer une, chuchota James d'un air sombre.

Sirius lança à son ami un regard plein d'assurance et de fierté.

- C'est bien simple : parce que je t'ai sorti de ton trou et que toi et moi, on va s'amuser comme au bon vieux temps...

Quelques secondes de silence passèrent et Beth se mit à scruter la rue. Mais il n'y avait pas âme qui vive. Quelque part au loin, une église sonna les coups de trois heures.

- Tu savais que je te suivrais ? demanda James. C'est pour ça que tu es venu chez moi ?

Sirius se contenta de hausser les épaules. James se mit à faire les cents pas sur le trottoir. Il semblait tiraillé. Il finit par s'arrêter, et dans la lumière d'un réverbère, Beth vit qu'il se mordait les lèvres.

- Très bien. Je prends ça pour un cadeau anniversaire, ajouta-t-il avec un faible sourire.

Sirius rejeta la tête en arrière mais son rire était silencieux. Ses yeux plissés s'arrêtèrent tout à coup sur Beth, qu'il n'avait pas encore vue, et s'agrandirent.

- Nom d'un... Pourquoi tu n'es pas restée là-bas ! chuchota-t-il en faisant un pas vers elle.

Beth sortit de l'ombre, baguette à la main.

- Il faut vraiment avoir été à Gryffondor pour agir aussi inconsidérément ! murmura-t-elle dans un regard perçant.

Elle redressa la tête et prit une grande inspiration.

- Je viens avec vous.

- Hors de question.

James lança un sortilège de désillusion sur le Mangemort à terre.

- Patmol, murmura-t-il, si tu veux t'amuser, c'est maintenant. Ou alors tu préfères attendre qu'ils prennent tranquillement une cheminée pour sortir de chez toi ?

- Je viens, répéta Beth.

Sirius lança un dernier regard à la sorcière et finit par obtempérer.

Ils pénétrèrent dans le hall d'entrée. La porte principale n'avait pas seulement été ouverte, elle était littéralement encastrée dans le mur du couloir et des morceaux de bois avaient éclaté. Quatre appartements se disputait la vieille bâtisse, dont deux au rez-de-chaussée. L'un d'entre eux était à louer, et le locataire de l'autre, habituellement absent. Il n'y avait pas un bruit dans l'obscurité. Ils grimpèrent silencieusement les marches de moquette, Sirius en tête de file, et arrivés au palier du premier étage ils se figèrent en entendant du bruit au-dessus de leurs têtes. Il y avait quelqu'un dans l'appartement qui retournait les affaires de Sirius et Beth.

Des bruits de pas feutrés attirèrent tout à coup leur attention et ils firent volte-face, baguette dégainée.

- C'est moi ! chuchota Remus en grimpant encore quelques marches pour arriver sur le palier. Que se passe-t-il ?

Pendant que James lui expliquait brièvement la situation, Beth se rendit compte que la porte de Mrs Bloat, la voisine du premier, était entrouverte de deux centimètres. Elle poussa doucement le battant - qui ne grinçait pas - et se figea d'horreur.

- Si... Sirius...

Le large corps de la cinquantenaire était étendu de tout son long dans le vestibule. Les yeux étaient grand ouverts, et le visage, spectrale. Les garçons s'approchèrent.

- Elle est morte, constata Sirius dans un murmure.

Beth avait la chair de poule, et essaya tant bien que mal de reprendre contenance. Un rire explosa au-dessus de leurs têtes.

- Ça sent le brûlé, remarqua Remus.

- Allons-y, grogna Sirius. Si c'est du divertissement qu'ils veulent, ils vont en avoir.

Beth était bien d'accord avec lui. Savoir que quelqu'un fouinait dans ses affaires personnelles la mettait hors d'elle. Mais malgré tout, ses mains tremblaient toute seule. Ils ajustèrent leurs baguettes et s'élancèrent dans les escaliers sombres, silencieux comme des chats. A peine avaient-ils grimpé quelques marches qu'une légère fumée les accueillit. On pouvait la voir sortir de sous le battant de la porte, quelques mètres au-dessus d'eux. Les trois garçons devant Beth, ils continuèrent à monter les marches quatre à quatre, mais le pas de la sorcière était un peu plus hésitant. Son cœur tambourinait douloureusement dans sa poitrine. Un mauvais pressentiment...

Lorsque Sirius arriva le premier sur le palier du deuxième et dernier étage, il fit un grand geste rapide de la main et la porte s'ouvrit à la volée dans une gerbe d'étincelles. La seconde d'après, ils pénétraient tous les quatre dans l'appartement et Beth fut frappée de voir plus de silhouettes sombres dans le décors qu'elle ne l'avait imaginé.

Ils étaient six Mangemorts face à eux, et une autre silhouette se trouvait derrière une grande bibliothèque qui marquait la séparation entre l'entrée et le salon.

- Ha ! Parfait... fit cette dernière d'une voix glaciale. Justement ceux que nous attendions.

Le sorcier qui avait parlé avança de quelques pas et sortit de derrière la bibliothèque. Lui, il ne portait pas de cagoule. Parce lui, c'était Lord Voldemort.

- Le traître à son sang, et la progéniture abjecte d'un moldu et d'une cracmolle...

Beth arrêta de respirer. Ils étaient perdus. Voilà la seule chose à laquelle elle pouvait encore penser. En quelques années, il avait considérablement changé. Il n'avait plus de cheveux, plus de cils ni de sourcils, et sa peau tendue était cadavérique. Il était effrayant.

- Comme vous pouvez le constater, nous avons commencé la fête sans vous...

Ses subalternes se mirent à rire. Le sol était jonché des affaires personnelles de Beth et Sirius, la vaisselle avait été réduite en morceaux, et un feu consumait un tas de robes de sorciers et de vêtements moldus près de la chambre à coucher. Voir son quotidien plongé dans le chaos donnait à Beth l'impression que le monde s'écroulait sous ses pieds. Elle leva à nouveau les yeux sur Voldemort.

Le regard rouge du puissant mage noir glissa tout à coup sur James et ses yeux s'agrandirent. Voldemort venait de repérer l'homme du couple qu'il recherchait plus que n'importe qui. Même si Beth ne savait toujours pas pourquoi, elle comprenait parfaitement la situation catastrophique. Et il y eut cette seconde fatidique d'inaction, durant laquelle elle savait que les Maraudeurs pensaient exactement comme elle. Ils savaient que s'ils n'attaquaient pas les premiers, ils seraient perdus. Et à quatre contre sept, Voldemort parmi eux, ils devaient savoir aussi que la fuite était leur seule échappatoire.

Ce fut James qui réagit le premier. D'un mouvement de baguette rageur, il envoya la lourde bibliothèque et son contenu contre les ennemis. Ils ne devaient pas s'attendre à une réaction si rapide, car aucun d'entre eux ne bougea, sauf Voldemort. Le puissant mage noir la découpa en deux comme s'il s'était agi d'une simple motte de beurre. L'un des morceaux rebondit contre la cheminée, éclatant le bois et éparpillant des livres sur le sol, tandis que l'autre terminait sa course contre deux des sbires. Un bruit de craquement retentit tout à coup. Beth crut d'abord que c'était les os d'un Mangemort écrasé par le meuble, et puis elle comprit tout à coup que le plafond était en train de s'effondrer. Le bras tendu, Sirius créait de larges et profondes fissures sur la sous-pente. Les autres s'empressèrent de le couvrir, et deux secondes plus tard, la toiture s'effondrait.

Protégés par la proximités de la porte, Beth et les Maraudeurs furent épargnés par les débris. Une partie du plafond n'existait plus, comme si une bombe avait atterri sur la maison, et la fumée de poussière fut emportée dans le ciel étoilé de la nuit. L'instant d'après, ils virent la haute silhouette de Voldemort se relever et une immense poutre ainsi qu'un morceau de plafond foncèrent dans leur direction.

James et Sirius furent les plus rapides. Ils esquivèrent les projectiles, mais Remus fut envoyé contre le mur et Beth reçut la poutre en plein front. Elle s'effondra à terre, à moitié assommée, le goût du sang dans la bouche et le crâne sur le point d'exploser.

- BETH !

Elle ne pouvait plus voir grand chose à part un brouillard rouge. La poutre qui coinçait son buste contre le sol fut soulevée et envoyée de l'autre côté de la pièce dans un bruit sourd. Elle entendait des sortilèges filer et elle se remit debout à tâtons, en se tenant à la porte d'entrée, et en se disant qu'elle vivait probablement les derniers instants de sa vie.

Sa baguette était restée dans sa main. Elle cligna plusieurs fois des yeux et essaya de comprendre ce qui se passait autour d'elle. Des Mangemorts hurlaient de rage et semblaient être emprisonnés sous quelque chose. Partout dans la pièce, un froid glacial s'était installé.

- ARRÊTEZ-LES ! hurla la voix inhumaine de Voldemort. INCAPABLES !

Un sortilège vert fonça dans sa direction et elle se baissa à temps pour l'éviter. Il termina sa course dans la cage d'escalier dans un bruit d'explosion. La vision de Beth revenait, mais elle se sentait toujours sonnée. La douleur à son front était fulgurant, et un liquide chaud coulait sur son visage. Et puis tout à coup, elle vit du coin de l'œil des flammes grossir, grossir encore, et l'instant d'après une véritable vague de feu fonçait dans leur direction, et Beth se déconnecta de la réalité.

- ATTENTION ! hurla Remus.

Au moment où les flammes auraient dû les engloutir et les consumer, Beth leva d'instinct les bras et repoussa la tornade de flamme qui continua de courir autour d'eux. L'effort était inhumain mais elle n'avait pas le temps de s'en étonner. Sa robe claquait au vent et la chaleur devenait insupportable. Elle pouvait sentir que le feu désirait plus que tout avaler leurs chairs. Mais elle ne pouvait pas l'utiliser contre leurs ennemis. Ce n'était pas un feu ordinaire. Alors elle se contenta de garder intact la bulle dans laquelle Sirius, James, Remus et elle se trouvaient en sécurité. Et à travers les flammes tourbillonnantes, elle vit Voldemort tournoyer ses longs bras. Il amassait les objets et les meubles qui l'entouraient. Les murs finirent même par partir en morceaux sous l'effet de son sortilège, comme si une main géante s'amusait à détruire l'appartement. Bientôt, il ne resta plus rien autour d'eux, à part les poutres porteuses et les débris d'affaires et de meubles sur le sol.

- Il faut partir ! s'écria Beth. Maintenant !

Elle vit les garçons se regarder et l'instant d'après, James posait une main sur le bras de Remus et transplanait. Sirius se précipita vers Beth et la prit dans ses bras. Pendant la seconde qu'il laissa à Beth avant de les sortir de là, elle vit Voldemort crier de rage et les débris qu'il avait amassé fondaient sur eux à grande vitesse. Beth ferma aussitôt les yeux et baissa les bras.


Assise dans l'un des fauteuils du salon, la tête entre les mains, Lily se laissait aller à ses idées noires et s'était mise à pleurer silencieusement. Harry était endormi depuis quelques minutes à peine. Elle désirait plus que tout rejoindre James pour se battre à ses côtés, mais il lui était impensable de laisser Harry tout seul. Elle détestait ce rôle de la docile femme au foyer, et elle regrettait plus que jamais d'avoir laissé James partir.

Tout à coup, des craquements sonores retentirent dans le salon et Lily leva la tête, surprise.

Ils étaient tous revenus, et Remus les accompagnait. Ils respiraient tous comme s'ils venaient de courir un marathon, et une fumée ambiante s'échappait de leurs robes de sorciers poussiéreuses.

- James !

Lily sauta au cou de son mari, et il l'enlaça tendrement.

- Je vais bien, murmura-t-il.

- Que s'est-il passé ?

- On a dû battre en retraite. Il y avait…

- Il y avait Voldemort dans mon appartement, termina Sirius avec du dégoût dans la bouche.

Lily étouffa un cri et posa un poing sur ses lèvres.

- Ils ont tout retourné, murmura Beth. Ils brûlaient toutes nos affaires quand nous avons débarqué… Et alors... Alors nous l'avons vu, lui

Ses jambes tremblaient et elle s'assit dans le fauteuil le plus proche. Du sang coulait sur son visage. Sur son front, il y avait une large entaille. Sirius s'accroupit près d'elle et Remus traversa le salon, sortit sa baguette et murmura :

- Accio trousse de secours.

Il y eu un léger bruit au premier étage. Un petit sac gris descendait en planant et atterrit sur la table basse.

- Il était avec sept de ses Mangemorts, continua James. On a réussi à les maîtriser sous la glace, au début... Mais Voldemort a lancé des flammes contre nous. Heureusement, Beth était là.

Remus ouvrit la trousse de secours d'un geste bref et s'approcha de cette dernière avec un linge et un flacon d'essence de dictame. Il imbiba le linge avant de l'appliquer sur le front de Beth. Elle grimaça au contact, une légère fumée verte s'échappa, et la blessure cicatrisa presque entièrement.

- Je ne mérite pas les lauriers, articula Beth en tremblant. Si vous n'aviez pas été là, je n'aurais pas survécu une minute...

- C'est un miracle que vous soyez revenus, murmura Lily.

- Il pensait venir chez moi et nous avoir par surprise, maugréa Sirius.

Il était plus pâle que d'habitude. Il secoua la tête et se mit à arpenter le salon, de mauvaise humeur. Lily lui en voulait pour les risques qu'il avait fait prendre aux autres, qu'il avait fait prendre à James, mais elle ne dit rien. Sirius ne s'attendait certainement pas à ce que ça tourne aussi mal.

- L'appartement est détruit, reprit Beth d'une voix blanche. Il n'en reste plus rien.

Elle regardait dans le vide, en état de choc. Il y eut quelques secondes de silence et Remus rangea la trousse de secours.

- Si Voldemort était là-bas en personne, dit-il, c'est forcément parce qu'il te cherchait, toi, Sirius.

Tout le monde le regarda.

- Il doit savoir que tu es le gardien du secret.

Lily ferma les yeux quelques secondes. Depuis que Dumbledore les avait mis au courant pour la prophétie, jamais encore ils n'avaient été si près d'être découverts. Mais ils étaient encore en vie, et ils étaient encore cachés. C'était tout ce qui importait, pour la sécurité d'Harry.

- Ça, il l'aura deviné par lui-même, répliqua Sirius en regardant dans le vide. Mais personne ne savait où j'habitais. À part vous, personne ! Pas même Dumbledore !

Il s'approcha tout à coup de Beth et attrapa ses épaules.

- Tu as parlé à quelqu'un au ministère ? Tu as dit à tes chefs où nous vivions ?

Beth essaya de se dégager mais Sirius serrait fort son étreinte.

- Bien sûr que non ! Tu me fais mal…

Elle repoussa son étreinte et le regarda droit dans les yeux.

- Je ne t'ai pas pris à la légère quand tu m'as dit que nous étions en danger ! Bien que je n'imaginais pas que c'était à ce point !

Elle le regarda d'un air accusateur. Sirius finit par regarder autour de lui et ses yeux s'arrêtèrent sur Remus.

- Vas-y, Patmol, lança ce dernier sur un air de défi. Vas-y, que je vois un peu si tu auras le cran de me demander la même chose !

- C'est toi ? ragea Sirius.

- Bien sûr que non ! aboya Remus, sautant de ses gonds. Pour qui tu me prends ? Et toi, est-ce que tu as parlé à quelqu'un ? Hein ? Et où est-ce que tu pars, quand on ne te voit pas au quartier général, et que tu n'es pas chez toi ?

Beth se tourna vers Sirius, l'air interloqué, et la colère envahit le visage du sorcier.

- De quoi tu me parles ? Je vais sur le terrain, qu'est-ce que tu crois ? Moi, je n'attends pas gentiment que Dumbledore me donne des ordres ! Moi, je prends des initiatives qui ont déjà mené quelque part !

- Est-ce que c'est un reproche ? souffla Remus en plissant les yeux, l'air mauvais.

- Arrêtez ! intervint James. Cette discussion ne mènera nulle part, vous le savez !

- Oh si, répliqua Sirius, au contraire !

- Tu devrais faire un peu moins le malin, Sirius ! explosa Remus, le visage rouge de colère. Tu te pavanes constamment sans te soucier des conséquences ! Avec cette moto volante, qui te dit que tu n'as pas été repéré ? Qui te dit que personne ne vous a jamais suivi jusqu'à ton appartement ?

- Je surveille mes arrières, figure-toi !

- C'est pourtant déjà arrivé il y a deux ans, rétorqua Remus avec un geste d'impatience. James m'en avait parlé. On ne peut pas dire que tu aies beaucoup changé depuis, si ce n'est que tu ne mets plus ce t-shirt qui criait sur tous les toits « Venez, Mangemorts, je fais partie de l'Ordre, attrapez-moi si vous pouvez ! ».

Beth se tourna vers Lily en plissant les yeux d'un air interrogateur. Elle n'avait jamais vu le t-shirt en question, celui avec le Phénix doré imprimé sur le torse.

- Tu es aveuglé, trop sûr de toi, Patmol !

Sirius fit un pas vers Remus, l'air menaçant, mais James s'interposa et le repoussa.

- Arrêtez, bon sang ! Regardez-vous ! Vous devenez complètement cinglés !

- De quoi tu parles ? cracha Sirius. Tu ne sais même pas ce qu'il se passe dans l'Ordre depuis que tu es terré ici ! Assis bien confortablement dans un fauteuil, pendant qu'on se casse le cul !

L'instant d'après, James attrapait son meilleur ami par le col de sa veste.

- QU'EST CE QUE TU VIENS DE DIRE ?

- MAIS ARRÊTEZ ! hurla Lily.

Elle attrapa un vase et le brisa à terre. Toutes les têtes se tournèrent vers elle. Au premier étage, Harry se mit à pleurer à nouveau. Beth posa une main sur l'épaule de son amie et serra son étreinte.

- Je m'occupe de lui…

Elle grimpa les escaliers et Lily se tourna vers les garçons, les larmes aux yeux.

- Asseyez-vous ! ordonna-t-elle en essuyant ses joues. Asseyez-vous ! insista-t-elle comme aucun d'entre eux ne bougeait.

Visiblement à contrecœur, Remus lui obéit le premier, James et Sirius finirent par l'imiter, et Lily se mit à arpenter la pièce en long et en large.

- Mais qu'est-ce qui vous prend ? Ce n'est pas parce qu'il y a une taupe au sein de l'Ordre que vous devez vous soupçonner l'un l'autre ! Vous êtes les Maraudeurs, pour l'amour du ciel ! Des amis depuis Poudlard ! Vous avez tout partagé ensemble ! Qu'est-ce qui ne tourne pas rond, chez vous, pour que vous l'ayez oublié ?

Sirius soupira et réajusta sa veste. James passa une main dans ses cheveux et Remus se frotta le visage. Ils étaient tous les trois conscients d'avoir dépassé la limite, et ils avaient déjà du mal à se rappeler qui le premier avait commencé.

- On ne sait pas comment Voldemort a trouvé l'appartement de Sirius, et on ne le saura peut-être jamais ! reprit Lily. Ce qui importe, c'est que nous restions unis !

Elle les regarda tous les trois simultanément, et se rendit compte qu'il manquait quelqu'un.

- Où est Peter ?

- Il n'est pas venu, répondit James.

- Il n'a pas dû se réveiller en recevant mon patronus…

- Quel imbécile, souffla Sirius.

Lily se demandait si, comme elle, les garçons se demandaient si Peter n'avait pas pris peur. Beth redescendit à ce moment du premier étage. Elle approcha et s'adossa contre le montant de la porte du salon.

- Il s'est rendormi, dit-elle à Lily d'une voix calme.

- Merci…

Un silence s'en suivit. Lourd, et pesant. Sirius finit par se relever du canapé et s'approcha de la fenêtre, les bras croisés.

- Qu'allons-nous faire ? lui demanda Beth d'une petite voix. Où allons-nous dormir ?

- Vous resterez ici pour la nuit, répondit aussitôt James d'une voix qui ne laissait aucun doute. Le canapé peut se changer en lit.

Beth le remercia par un mouvement de la tête, et Remus se redressa sur ses pieds. Son visage était fermé, et Lily était certaine qu'il en voulait toujours à Sirius.

- Je vais aller voir Peter, et toi, James, préviens Dumbledore. Incendio, ajouta-t-il en direction de la cheminée. Je passerais vous voir demain…

Il lança une poignée de poudre de cheminette et s'avança aussitôt dans les flammes. La seconde d'après, il disparut dans une puissante lumière verte.

Un nouveau silence pesa dans le salon, et Lily se redressa à son tour.

- Accio draps propres, murmura-t-elle.

Pendant qu'elle attrapait des couvertures au vol, Sirius s'assit à nouveau sur le canapé.

- Je suis désolé, Cornedrue. Vraiment.

Lily et Beth tiquèrent. Il était rare d'entendre ça.

- Je me sens... minable. Tu sais que je ne pensais pas ce que je disais…

Il posa une main sur l'épaule de James et la serra. Ce dernier, les sourcils froncés et le regard rivé à terre, finit par prendre une grande inspiration et leva la tête vers son ami.

- Je sais, admit-il en hochant la tête. Je sais…

Il donna une tape dans le dos de Sirius, la mine grave.

- L'alcool ne te va pas très bien, mon vieux…

Sirius étouffa un rire sans joie et passa une main dans ses cheveux.

- Je sais…


Une dizaine de minutes plus tard, Beth et Sirius étaient allongés sur le canapé-lit. Avant de monter se coucher, les Potter avaient reçu un rapide message de Remus leur expliquant que Peter passait la nuit en mission avec Caradoc Dearborn. Hors de son appartement, il n'avait pas pu avoir reçu le Patronus de Lily. Quant à Dumbledore, il partait sur le champ au Ministère prévenir le bureau des Aurors.

Maintenant tout était silencieux dans la maison. Beth essayait de trouver un sommeil qui ne venait pas, et ses yeux restaient fixés sur le bac à jouets d'Harry, posé contre une vieille horloge, juste à coté d'elle. Le balai volant offert par Sirius reposait tranquillement à côté d'une colonne de cubes qui n'avaient de cesse de changer de couleur dans la pénombre. La pendule sonna brusquement quatre heure du matin. Lorsque Beth tourna la tête vers Sirius, elle se rendit compte que lui non plus ne dormait pas.

- Où allons-nous vivre maintenant ? chuchota Beth.

Pas de réponse.

- Et si nous retournions chez moi, au manoir ?

- Non, répondit implacablement Sirius. Trop risqué. Je trouverais un autre appartement dans une autre ville…

Beth laissa passer quelques secondes de silence. Elle sentait une vague de malaise l'envahir. Elle avait tout perdu. Ses robes, ses livres, ses dossiers du ministère. Dès que le soleil serait levé, il faudrait qu'elle s'y rende pour en faire la déclaration, mais pour le moment elle n'avait plus envie de penser à rien.

- Et si je rentrais dans l'Ordre, moi aussi ?

- De quoi tu parles ? fit Sirius de mauvaise humeur. Tu as changé d'avis maintenant ?

- Peut-être.

- Non, Beth, fit Sirius après quelques secondes de silence. Je ne veux pas que tu viennes.

- Pourquoi ?

- Pour ta sécurité. Dans l'Ordre les sorciers tombent comme des petits pains ! Je ne veux pas que tu prennes autant de risques.

- Tu voulais me rassurer en me disant ça ? s'étrangla Beth.

Un sanglot la surprit et elle garda le silence. Sirius finit par se tourner vers elle et la prit dans ses bras.

- Tout est de ma faute, murmura-t-il d'une voix presque inaudible. Je n'aurais jamais imaginé... J'ai failli vous perdre tous...

Beth ne se rappelait pas avoir déjà vu Sirius aussi piteux.

- Mais non... Ne nous fâchons plus, d'accord ? J'ai tellement besoin de toi...

- Je t'aime, Beth. Même si on s'engueule, même si des fois ça explose, et bien, c'est comme ça. Je sais qu'on peut survivre à tout, toi et moi.

Un peu soulagée, elle se serra contre lui et posa sa tête au creux de son épaule.

- Qu'est-ce qu'il se passe, entre toi et Remus ? reprit-elle au bout d'un instant. Je ne vous ai jamais vus vous parler comme ça.

Elle sentit Sirius secouer la tête de dépit.

- Je ne sais pas ce qu'il a en ce moment. Il pense faire le sage. Il n'était pas aussi loquace, à l'école… Il ne m'a jamais autant emmerdé que maintenant.

- Ne dis pas ça… supplia Beth, accablée. Remus veut que tu restes en sécurité, voilà tout !

- Je ne sais pas, Beth, je ne sais pas.

Sirius se retourna de l'autre côté et n'ouvrit plus la bouche, mettant un terme à leur discussion, et Beth s'enferma dans ses pensées. Elle n'avait jamais vu les garçons se mettre les uns contre les autres. Elle avait peur que leur amitié n'en prenne un coup. Et si cela arrivait, elle savait qu'il n'en résulterait qu'un grand malheur.


Un homme à l'apparence des plus banales, la quarantaine, les cheveux clairsemés par une calvitie récente, entra dans le cimetière à la périphérie ouest de Londres. C'était un cimetière privé, et les moldus qui vivaient dans le quartier étaient absolument certains que plus personne n'y était enterré depuis longtemps.

En réalité, c'était un cimetière pour sorciers.

L'homme traversa l'allée principale et finit par bifurquer sur la droite, dans l'allée des Black, ancienne famille installée à Londres depuis plus d'un siècle. La première pierre tombale, la plus grande, la plus majestueuse, était celle de Phineas Nigellus Black. L'homme s'arrêta un instant dessus, le visage fermé, puis continua d'arpenter les tombes, et passa devant diverses prénoms presque tous inspirés de l'antiquité. Sa poitrine se resserra lorsqu'il croisa son homonyme, et il resta un instant devant la vieille tombe craquelée et recouverte de lichen de son grand-oncle, en s'imaginant qu'il s'agissait de lui-même. Il se détourna et finit par trouver la tombe qu'il recherchait. Orion Black. Décédé l'an passé. Il resserra les poings pour empêcher les sanglots, mais en vain. Il n'avait pas encore pu venir le voir. Trop de risques, il avait préféré attendre que le temps le fasse oublier. Façon de parler, bien sûr. Le Seigneur des Ténèbres n'oubliait jamais ceux qu'il devait punir.

Les effets de la potion polynectar commencèrent à se dissiper. Les rides de l'homme s'estompèrent lentement. Son visage se creusa, son teint devint plus clair, ses cheveux poussèrent d'une dizaine de centimètres et redevinrent noirs. Regulus Black ne prit pas la peine de regarder autour de lui pour s'assurer qu'il était bien seul. Quand bien même quelqu'un l'attaquerait, il s'en contrefichait. Il était caché depuis trop longtemps. Il tomba à genoux devant la tombe de l'homme qui était mort pour lui, son propre père, et se mit à pleurer silencieusement en se couvrant le visage de ses mains.

Il avait tout perdu. Son père n'était plus de ce monde, tué par les Mangemorts, et sa mère, il ne pouvait plus la voir au risque que quelqu'un s'en prenne à elle. Et tous ses amis faisaient partie de la communauté de mages noirs qu'il était à présent en train de fuir. Il baissa les yeux sur son bras, releva la manche, et une larme perdue tomba près de la Marque des Ténèbres tatouée sur sa peau. C'était bien là la pire erreur de sa vie. Des inconnus entrèrent tout à coup dans le cimetière, inoffensifs, certainement, mais Regulus préféra prendre la fuite et transplana dans le premier endroit qui lui vint à l'esprit, là où ses doutes avaient commencé : dans les dunes de sable près du village d'Elie.


Playlist du chapitre :

Close to me – The Cure : watch?v=BjvfIJstWeg

Death Climb - His Electro Blue Voice : watch?v=B_LKiGilOHU


Réponse à Elora :

Merci beaucoup ! Contente que tu te sois bien marrée :)

Argh, tu me demandes si je fais une réécriture de la fin du tome 5 et si Sirius survivra à l'Arcade de la Mort! Malheureusement, impossible pour moi de spoiler les quelques lecteurs vikings qui sont restés et te donner ne serait-ce qu'une miette de réponse... Je me sens sur le peloton d'exécution là ! :S Tout ce que je te répondrais ("elle est pas conne" me diras-tu) c'est : RESTE ET TU VERRAS! Haha.