Chapitre vingt et unième

Tu as à peine le temps de refermer la porte derrière toi qu'une tornade blonde te saute dans les bras. Arizona te sert te toutes ses forces contre elle. Comme ci elle avait peur de te perdre. Que tu disparaisses à nouveau. Loin de Seattle. Loin de tout. Loin d'elle.

- Hey ! Arizona, mon ange. Tout va bien. Je suis là. Je suis là maintenant tout va bien.

- Je sais mais je ... j'ai ...

- Shuut. Calme-toi.

Tu la berces du mieux que tu peux, tout en l'embrassant ça et là. De doux baisers qui a le don de l'apaiser légèrement. Sa prise sur toi devient moins forte. Elle a vraiment eu peur. Tu desserres peu à peu ton étreinte à ton tour. Sans la lâcher complètement toutefois. Elle a besoin de sentir que tu es bien là. Vivante. Présente. Devant elle. Près d'elle. Avec elle. Pour elle. Et tu l'es.

- Ca va mieux ?

- Oui, je suis désolée. Je sais que tu as appelé, que tu allais rentrer plus tard que prévu. Mais j'ai pas pu m'empêcher de m'inquiéter pour toi.

- Non, tu as eu raison. Et je crois que c'est à mon tour de prendre soin de toi.

- Ce n'est pas la peine. Ne t'en fais pas, je vais bien.

- Mark m'a parlé. Il m'a dit tout ce que tu as fait quand je n'étais pas là. Tout ce que tu as traversé, espérant toujours me revoir, et ...

- Quoi ? Il n'avait pas à faire ça !

-Il a eu raison. Je suis contente qu'il l'ait fait.

- Pas moi ! Tu n'avais pas à savoir ça.

- Mais pourquoi ?

- Parce que c'est ... personnel. Voilà tout.

Tu n'en reviens pas de ce qu'elle vient de dire. C'est personnel ? Ca ne regarde qu'elle ? Non, mais pour qui elle se prend ? Tu es autant concernée qu'elle dans cette histoire ! Il n'y a pas qu'elle qui s'inquiète de l'autre. Il n'y a pas qu'elle qui a envie de prendre soin de l'autre. Il n'y a pas qu'elle qui aimerait rendre une vie ordinaire à l'autre. Il n'y a pas qu'elle. Toi aussi ! Toi aussi tu voudrais que tout redevienne comme avant. Toi aussi tu t'inquiètes quand tu ne vois pas Arizona sourire, alors que son sourire était sa marque de fabrique. Tu ne fais peut-être pas de cauchemar, mais ce n'est pas son cas. Combien de nuits blanches a-t-elle fait durant ces dernières années ? Elles ne se comptent plus. Alors, quoi qu'elle puisse en penser, c'est tout sauf personnel.

- Tu trouves que c'est personnel ? On est deux à avoir vécu des choses affreuses cette nuit là ! Tu t'es toujours préoccupée de moi, et de ma santé depuis que je suis revenue à Seattle. Je trouve que ce n'est qu'un juste retour des choses que de m'occuper de toi maintenant.

- Absolument pas ! Tu n'as pas à faire quoi que ce soit. Tu as déjà du mal à te remettre de tes propres blessures, tu vas pas en plus rajouter les miennes, Callie !

- Je ne suis pas d'accord ! Regarde ce qui s'est passé ce soir. Regarde la peur que tu as eu en attendant mon retour. Et ce malgré les 3 fois où je t'ai appelé, t'informant de mon retard. Tu étais paniquée Arizona ! Et je ne devrais pas en prendre compte ? Je devrais faire comme-ci c'était normal ? Je devrais te laisser me rassurer, sans te rassurer toi à mon tour ?

- Tu as vécu des choses terribles Callie. Cet homme t'a violée ! Violée, battue, humiliée. Je n'ai rien eu de tout ça.

- Oh non ! Non, c'est vrai que toi, tu étais heureuse en rentrant à la maison le soir. Tu vivais une petite vie paisible et tranquille quand je n'étais pas là. Je devrais peut-être repartir d'où je viens, qu'en dis-tu ?

- Arrête Callie ! T'as pas le droit de dire ça ! Arrête s'il te plait !

- Dans ce cas, toi, arrête de ne penser qu'à moi ! Laisse-moi prendre soin de toi. Laisse-moi m'occuper de toi ce soir. Laisse-moi être ta petite amie. Ta femme. Ta confidente. Ton âme soeur. Ta moitié.

- Calliope ...

- Ouvre-toi à moi. Défoule toi. Hurle toute colère. Toute ta tristesse. Libère tout ce que tu as gardé en toi depuis tout ce temps. Tout ce que tu n'as jamais osé montrer à qui que ce soit. Tu es forte Arizona. Je le sais. Mais tu n'es pas invincible. Tu n'es pas sans coeur, sans sentiment, ni sans âme. Tu as besoin de lâcher prise. De te lâcher. Alors ce soir, laisse-moi m'occuper de toi.

La tension retombe peu à peu dans la salle. Une tension accumulée depuis des mois et des mois. Tu ne t'es pas rendu compte que tu t'es rendu près d'Arizona. Lui crachant presque au visage tes derniers mots. Si près que vos visages ne sont plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Si près que tu peux sentir son souffle chaud et irrégulier sur toi. Si près que tu peux admirer la pureté de traits de ta femme. Si près de celle que tu as cru perdu à jamais. Si près d'elle. Si près. Tu es sûre, selon l'expression de son regard, qu'elle pense exactement la même chose. Dans un dernier souffle, tu termines ton discours. Simplement. Sûrement. Sincèrement.

- Si tu savais comme je t'aime.

Et sans crier gare, Arizona se jette sur toi. Elle te prend dans ses bras. Elle te serre fort. Tu as du mal à respirer. Tu es comme oppressée. Mais c'est une bonne oppression. C'est un mal pour un bien. Tu pensais t'occuper d'elle physiquement ce soir. Mais finalement, vous parlerez. Ce n'est pas plus mal. C'est tout aussi bien. Elle en a besoin. A qui d'autre s'est-elle confiée ? S'est-elle même un jour confier à quelqu'un ? A Teddy peut-être. Et encore, tu n'en n'es pas sure. Tous supposaient le mal qui devait la ronger. Personne n'a du insister pour la faire parler.

Cette nuit-là, personne ne fit de cauchemar.