Chapitre 21 : Complicité volée
« Je crois, Drago Malefoy, que je te fais perdre tes moyens. »
Hermione se redressa légèrement, les yeux toujours plantés dans ceux du Serpentard. Elle avait terriblement chaud. Ses mains étaient moites et elle avait du mal à respirer. Son cœur battait si fort et si vite qu'il lui faisait mal. Mais elle l'avait fait. Elle avait abattu ses défenses pour tenter de déstabiliser l'inébranlable Serpentard. Son « désolé » lui avait parut tellement déplacé sortant de sa bouche, qu'elle avait reconsidéré les propos de Ginny. D'autant que Harry semblait d'accord avec elle. Si deux personnes extérieures lui confirmaient ce qu'elle refusait de s'avouer (parce que c'était vraiment trop étrange de se dire que Drago Malefoy perdait ses moyens à cause d'Hermione Granger), alors peut-être qu'il y avait un peu de vérité là dedans. Et si c'était vrai, alors ce n'était pas juste qu'elle soit la seule à se mettre à nu. Elle avait voulu lui dire la même chose qu'il lui avait dit la veille, qu'elle pensait qu'il était amoureux d'elle. Mais l'idée était tellement bizarre à penser, qu'elle en devenait carrément impossible à prononcer. Alors elle s'était rabattue sur ce que Ginny lui avait dit.
Malefoy était devenue très pâle, mais il n'avait pas perdu son air méprisant. Un sourire moqueur apparut peu à peu à la commissure de ses lèvres. Elle avait l'impression de voir les rouages de son cerveau tourner à travers ses yeux alors qu'il essayait de trouver une réponse appropriée, et elle se sentit rassérénée à ce constat.
« Bon sang Granger, t'as été la chercher loin celle-là », répondit-il de sa voix traînante coutumière. « On dirait que tu vas prendre feu tellement t'es rouge... »
Elle haussa les sourcils devant cette tentative pas du tout subtile de changer de sujet, mais ne répondit rien. Avec un de ses sourires supérieurs accroché aux lèvres, il tendit la main vers elle, et du dos de ses doigts, il toucha sa joue. Leur contact glacés la fit frissonner, mais ça ne dura pas longtemps. A peine l'avait-il touchée qu'il retira sa main comme s'il s'était brûlé. Hermione pencha la tête de côté pour lui faire comprendre qu'il n'arriverait pas à changer de sujet. Elle ne savait pas trop ce qu'elle attendait maintenant, mais le laisser s'en sortir avec une remarque désobligeante à son sujet n'était pas dans ses plans. Sentant qu'elle s'était légèrement courbée sur sa chaise, elle se redressa. Devant l'expression résolue de la Gryffondor, Malefoy eut un sourire tendre. Oui, tendre. Ça n'avait pas duré longtemps. Ça n'avait pas été plus qu'une étincelle dans son regard qui était redevenu dur la seconde suivante, mais Hermione voulait se persuader qu'elle n'avait pas halluciné.
« Ce n'est pas un scoop Granger », finit-il par dire froidement en se détournant.
Hein ? Le palpitant de la rouge et or passa la vitesse supérieure.
« Je te l'ai dit non ? », continua-t-il sur un ton résigné mais toujours glacial. « C'est difficile de t'ignorer ces derniers temps. »
Il replanta ses yeux gris dans les siens et Hermione sentit ses entrailles se tordre. C'est vrai qu'il avait dit ça… Elle l'avait mis sur le compte d'une de ses nombreuses tentatives pour la déstabiliser, par sur celui de la vrai déclaration. Et alors quoi ? Pourquoi il était si froid ? La Gryffondor ne savait pas trop si elle devait se réjouir ou se désoler de ce qu'il lui disait… Et pourquoi était-elle autant surprise par le fait qu'il ne nie pas ? Après tout, elle croyait penser ce qu'elle lui avait dit.
« Mais… », commença-t-elle en essayant de rassembler ses idées. « Ce matin, tu… »
« Quoi ce matin ? », la coupa-t-il avec un geste de la main, comme s'il voulait chasser ce souvenir comme on chasse une mouche, « je t'ai ignorée ? »
« Non, mais… »
Alors là, elle était paumée. Pourquoi ne fuyait-il pas ? C'était quoi ce courage d'un seul coup ? Il s'était remis au travail, si tant est qu'on puisse dire qu'il s'était seulement mis au travail à un moment donné. Elle se tut, perdue dans sa confusion, l'observant sortir le champignon d'un air écœuré, le placer sous la cloche et actionner le flash. Il prit un autre pot. Mais ne lui avait-il pas dit qu'il ne voulait pas de relation avec elle ce matin ? En même temps, il fallait se rendre à l'évidence, il n'était pas en train de lui dire l'inverse…
« Bon, Granger, tu comptes me regarder faire toute la soirée ? », demanda-t-il d'un seul coup en se tournant vers elle, reprenant mot pour mot sa propre remarque.
Hermione revint sur terre et fit non de la tête. Elle se rendit alors compte que le dernier bolet qu'elle avait sortit du sable était écrasé dans son poing qu'elle avait serré à s'en faire blanchir les jointures. Fronçant les sourcils, elle se débarrassa de la purée de champignon qui lui collait les doigts, arrachant un rictus amusé à Malefoy. Elle-même eut un sourire en prenant un autre pot. Il ne fallait pas qu'il pense que la discussion était finie. Elle n'avait jamais imaginé toute cette histoire comme « possible ». Malefoy et elle formant un couple n'entrait pas dans la domaine du possible. Mais elle était amoureuse de lui et il perdait ses moyens à cause d'elle. N'en faisait-il pas une possibilité ? Si elle y réfléchissait un peu, ce ne serait pas une histoire facile, il y aurait plein de complications et il fallait se rendre à l'évidence, ils ne se connaissaient pas tant que ça et ce qu'ils connaissaient l'un de l'autre ne leur plaisait pas. Sauf que Hermione avait réussi à tomber amoureuse de lui malgré ça. Et puis imaginer un avenir possible à tout ça lui donnait des frissons d'envie et l'apaisait agréablement. Elle en était là dans ses réflexions quand Malefoy lâcha un juron agacé.
« Pourquoi on doit faire ça à la main ? »
Il sortit sa baguette et fit un truc vraiment stupide.
« Accio bolet »
Le champignon jaillit du pot de sable en se trémoussant. En parfait attrapeur, Drago saisit le champignon au vol, mais ses tortillements et les grains de sable restant dessus l'empêchèrent d'affermir sa prise et le bolet vola une nouvelle fois dans les airs. Surpris par son échec, le blond râta sa deuxième tentative, mais réussit à le faire rebondir sur son bras sans le vouloir ce qui envoya la petite boule blanche à l'opposée de là où la main du garçon se refermait une nouvelle fois. Hermione le reçut sur les genoux et plaqua ses mains dessus pour l'empêcher de bouger. Il y eu un instant de silence après la surprise, jusqu'à ce que la jeune fille éclate de rire. Malefoy afficha le même air légèrement amusé mais vexé d'être la source de son hilarité qu'il avait utilisé la veille lorsqu'elle s'était moqué de son « courage ». Il l'observa rire sans rien dire pendant quelques secondes puis étira finalement ses lèvres en un rictus rieur. Hermione ne prit pas la peine d'essayer de se calmer. Ça lui faisait tellement de bien de rire ! Elle sentit la tension sur ses épaules diminuer et même le froid dans son estomac lui accorda une trêve.
« Tu as ta réponse », dit-elle entre deux éclats de rire.
Malefoy haussa les épaules en prenant un nouveau pot.
« ça a fini par marcher, non ? », répondit-il en pointant à nouveau sa baguette vers le sable.
« Eh attend... », commença Hermione, mais elle fut coupée par Chourave qui entrait dans la serre d'un pas énervé :
« Qu'est-ce que c'est que ce raffut ?! Mr Malefoy, qu'est-ce que vous faites avec votre baguette ? »
Malefoy jeta un regard vers Hermione avant de ranger sa baguette.
« J'essayais de trouver un moyen de terminer cette soirée plus rapidement... », répondit-il de sa voix traînante.
L'envie de rire d'Hermione fut soufflée comme la flamme d'une bougie au vent. Fichus sentiments. Évidemment qu'il avait envie d'en finir le plus vite possible… Pas elle ? Avant d'y être, elle aurait donné n'importe quoi pour pouvoir avancer dans le temps et ne pas y aller. Mais maintenant, avec ce qu'il venait de lui dire et ce moment de complicité (en tout cas c'est comme ça qu'elle l'avait ressenti), elle n'avait plus vraiment envie que ça se termine… Ou disons plutôt que ça ne la dérangeait plus d'être là. Ce qui ne semblait pas être le cas de Malefoy. Ce constat était douloureux.
« Je ne vous ai pas interdit d'utiliser la magie pour mon propre plaisir ! », râla Chourave en tendant la main. « Le bolet. »
Hermione saisit le champignon sur ses genoux et se rendit compte qu'il bougeait avec beaucoup moins d'intensité que quelques secondes auparavant. En le levant vers le professeur de botanique, ils s'aperçurent qu'il avait viré au noir maladif et qu'il ne s'agitait plus que par spasme, comme un agonisant. Ces champignons étaient vraiment étranges… Chourave le prit dans sa main, et le brandit devant leurs yeux sans un mot avant de le jeter dans la poubelle derrière elle, ce qui signifiait clairement que le bolet était devenu inutile.
« Pas de magie », dit-elle pour conclure. « Et je vous conseille de vous calmer tous les deux, j'ai encore du travail pour les jours à venir si ça ne vous suffit pas ! »
Hermione ouvrit de grands yeux sous l'injustice des propos. Ils n'avaient fait que rire ! Elle ouvrit la bouche pour protester, mais Malefoy fut plus rapide.
« On ne peut pas rire, on ne peut pas baiser… tous vos beaux discours sur le rapprochement des maisons c'était une belle hypocrisie en fait... », dit-il sur un ton supérieur.
Chourave rougit. Hermione aussi. Mais l'argument fit mouche.
« Ne prenez pas vos grands airs avec moi Mr Malefoy», répondit-elle, sans chercher à le contredire.
Prof et élèves se toisèrent quelques secondes jusqu'à ce que le blond finisse par s'intéresser à ses ongles. Hermione eut un sourire.
« Remettez-vous au travail », conclut le professeur en tournant les talons.
Et c'est ce qu'ils firent. Hermione ne put s'empêcher d'émettre un rictus amusé en revoyant la tête de son professeur face à la remarque du Serpentard. Elle ne comprenait pas trop pourquoi ça ne posait aucun problème au garçon d'avouer leur pseudo liaison à leurs professeurs alors qu'il tremblait à l'idée que les Serpentard puissent être au courant… A cette idée, elle se renfrogna. N'était-ce qu'à cause de ça que leur couple était impossible ? A cause de sa réputation ? C'était stupide et immature. Elle ouvrit la bouche pour le lui dire mais se ravisa. Qu'est-ce qu'elle était en train d'imaginer bon sang ? Il lui avait juste dit qu'il avait du mal à l'ignorer, pas qu'il était fou d'elle mais que leur amour était impossible ! Et elle, avait-elle vraiment envie d'être avec lui ? D'accord elle l'aimait. Mais avait-elle vraiment envie de se balader main dans la main avec lui ? De l'embrasser au détour d'un couloir à la vue de tous ? Elle voulait lui faire l'amour, ça c'était sûr, elle voulait aussi qu'il ne soit plus ce fruit interdit, qu'elle puisse l'embrasser quand elle voulait. Mais avait-elle vraiment envie d'être sa petite-amie ? Elle n'avait jamais réfléchi à cette possibilité parce qu'elle n'avait jamais pensé que Malefoy attendait d'elle plus qu'une nuit ! Elle avait envie qu'il s'explique un peu plus sur le sujet. En fait, elle avait envie de parler avec lui, d'entendre sa voix, d'être confrontée à ses idées qu'elle détestait tant, à sa répartie qui, elle devait l'avouer, n'était pas toujours mauvaise. Elle voulait sortir de cette dernière soirée en tête à tête sans aucuns regrets, en ayant l'impression d'avoir fait tout ce qu'elle pouvait faire. Alors elle prit une inspiration, sentant les rougeurs reprendre leur place habituelle sur ses joues :
« Alors euh… c'est difficile de m'ignorer ces derniers temps ? », demanda-t-elle d'une voix qui se voulait détachée alors qu'elle déposait un nouveau bolet dans la pile des déjà-flashés.
Au moment où elle prit la parole, son coeur décida de faire une pause dans ses battements. Elle sentit plus qu'elle n'entendit la respiration de Malefoy s'accélérer. Elle sentit aussi qu'il lui jetait un coup d'œil, mais elle garda toute son attention concentrée sur le travail qu'elle faisait.
« Vraiment Granger ? On revient là-dessus ? », demanda-t-il, légèrement méprisant.
Elle accusa le ton désagréable en rougissant un peu plus, mais elle se détendit un peu en entendant le garçon pousser un long soupir.
« T'as raison, Miss-je-sais-tout », dit-il d'un seul coup en se tournant vers elle. « Tout ça, là », continua-t-il en faisant aller et venir sa main entre elle et lui, « ce n'est pas moi. Ça ne devrait même pas exister. T'es amoureuse de moi… », Il fit une légère pause, se retournant vers son travail avant de lancer, comme s'il se coupait la parole à lui-même : « Putain Granger, j'ai encore du mal à imaginer que ce soit vrai ! »
Hermione, qui avait tourné le visage vers lui, serra les mâchoires en lui accordant son regard le plus noir. Par principe, elle trouvait ses reproches déplacés. Mais en réalité, Ginny avait raison. Venant de lui, ça ressemblait à de la préoccupation. Et puis… Etait-il en train de se confier ? Qu'est-ce qu'il entendait par « tout ça » ? Leur pseudo relation, ou leurs pseudo sentiments ?
« Je devrais en profiter par Merlin ! », continua le blond comme si de rien n'était, comme s'il s'adressait à lui même. « Mais non, tout ce que j'ai envie c'est de te faire réaliser de l'importance du pétrin dans lequel tu t'es mise. »
Hermione fut piquée au vif.
« Je ne m'y suis pas mise toute seule ! », répondit-elle sur la défensive.
Il eut un rictus méprisant en se tournant vers elle.
« Ah non ? Pourquoi t'es tombée amoureuse de moi Granger ? Pour mes mots doux ? Ou peut-être pour mes idées pro-moldues ? A moins que ce ne soit pour mon « respect » envers ta clique de Gryffondor? »
Hermione ouvrit la bouche pour lui répondre sincèrement qu'il avait été doux et attentionné, mais elle se ravisa. D'abord ça paraissait idiot de sortir comme argument qu'on était tombée amoureuse de son pire ennemi juste à cause d'un peu d'attention et de douceur, mais surtout, quelque chose lui disait qu'ils n'avait pas oublié ces détails-là, il voulait juste lui rappeler à quel point ils étaient différents.
« J'ai pas encore trouvé la réponse... », répondit-elle en actionnant le flash d'un geste las.
Le garçon leva les yeux au ciel mais lorsqu'il reposa son regard sur Hermione, une lueur déterminée y brillait.
« Tu sais que toute les âneries du style « le coeur à ses raisons que la raison ne connaît pas », ne sont là que pour émoustiller les lectrices de romans à l'eau de rose ? Ils ont remplacé « le sexe » par « le coeur » parce que ça faisait plus vendeur... »
« Je ne suis pas une lectrice de romans à l'eau de rose », répondit Hermione en se demandant où il voulait en venir.
Malefoy eut un sourire dubitatif.
« Ouais c'est ça... », dit-il, amusé.
La Gryffondor se tourna vers lui en haussant les sourcils, réellement surprise. Comment ça « ouais c'est ça » ? Mais pour qui il la prenait ? D'accord, elle avait l'impression que toute cette histoire était tout droit sortie d'un de ces livres stupides, mais ce n'était pas pour autant qu'elle faisait partie de ses fans !
« Toutes les filles ne sont pas forcément intéressées par ce genre d'histoires, Malefoy », répondit-elle, hautaine.
Malefoy continua à l'observer avec une lueur amusée qui l'agaça.
« Hum… enfin, là n'est pas la question », finit-il par dire en reportant son attention sur un nouveau pot de sable. « Je pense que tu n'es pas amoureuse de moi. Tu confonds. T'as tellement envie de moi que t'y penses sans arrêt. Et en novice dans le monde des sentiments et du sexe, tu te dis qu'un truc aussi fort, ça ne peut pas être que de l'envie... »
Hermione rougit, évidemment. Elle concentra toute son attention sur un nouveau champignon qu'elle sortait du sable. Elle s'était déjà fait cette réflexion, elle se la refaisait tous les jours. Mais elle en concluait toujours que non, elle ne confondait pas. Oui, elle avait envie de lui, mais elle avait aussi envie de tout un monde de tendresse qui n'incluait pas forcément de position allongée. Elle ne voulait pas juste une nuit. D'accord, elle ne savait pas si elle voulait être avec lui, mais l'idée était tellement incongrue qu'elle avait encore du mal à réellement l'imaginer. L'envie qu'elle pouvait en avoir s'écrasait sur le mur de l'impossibilité.
« Hier soir tu pensais l'inverse... », dit-elle doucement en se remémorant leur dernier échange.
« Hier soir je ne pensais rien du tout, je voulais te déstabiliser ! »
Hermione émit un rictus désabusé. Une belle réussite monsieur Malefoy, bien joué !
« Ce que je veux te dire Granger », continua-t-il en reprenant le fil de ses pensées, « c'est que si tu veux que je sorte de ta tête, le meilleur moyen c'est... »
« Oh, pitié Malefoy ! » coupa Hermione en comprenant d'un seul coup où il voulait en venir, « tout ça pour ça ! Je suis désolée que mes sentiments contrecarrent tes plans de coucherie, mais je te l'ai dit, je ne peux pas m'offrir à toi. »
« Je te propose juste une solution. T'as envie de moi, j'ai envie de toi, on fait notre petite affaire et on n'en parle plus ! »
Un frisson de plaisir parcouru l'échine de la Gryffondor au « j'ai envie de toi » et elle sentit les papillons dans son bas ventre se réveiller. Elle secoua la tête.
« Si ce n'était qu'une question d'envie, tu me serais déjà passé depuis longtemps. »
Hermione s'étonnait de la facilité avec laquelle elle arrivait à lui parler de ça. C'était comme si le plus dur avait été dit et que désormais elle n'avait plus rien à lui cacher en ce qui concernait ce qu'elle ressentait pour lui. Même Malefoy semblait moins tergiverser sur ce qu'il pouvait lui dire ou non.
« Et si c'était toi qui te trompais, Malefoy ? », dit-elle sur une soudaine inspiration, plus pour jouer son jeu que par réelle conviction, « si c'était plus qu'une envie mais que tes principes idiots t'empêchaient de te l'avouer ? »
Malefoy renifla de dédain mais ne dit rien. Malgré elle, Hermione sentit l'espoir lui réchauffer les tripes. Et plus le silence s'installait, plus elle avait une envie furieuse de sourire. Le Serpentard prit le temps de flasher le dernier bolet, et se tourna enfin vers elle.
« Et si c'était le cas Granger ? », dit-il d'une voix blanche tintée d'énervement, « Tu voudrais que toi et moi on soit en couple ? Qu'on sorte de cette retenue main dans la main ? Tu crois que je suis prêt à remettre toute une réputation en jeu pour tes beaux yeux ? Pour un flirt basé sur… sur que dalle ? »
Il émit un rictus moqueur en secouant la tête.
« Et admettons que je décide par on ne sait quelle miracle que je te préfère à ma réputation, tu me vois débarquer chez tes parents ? »
Il se redressa et tendit la main à une personne imaginaire.
« Mr Granger, Mme Granger, je vous méprise au plus haut point et je pense que ça va bientôt être réciproque », dit-il de sa voix traînante dégoulinante de dédain.
Hermione était une nouvelle fois surprise par la tournure de la conversation. Il avait réfléchi à tout ça ? En fait, ce n'était pas ça le plus surprenant il avait réfléchi à tout ça, et il le lui confiait ! Elle eut un sourire amusé en imaginant la conversation. Ses parents étaient très ouverts d'esprit, mais elle doutait qu'ils prendraient la peine de converser avec un type comme Drago Malefoy. Le Serpentard se tut un instant et eut un rictus désabusé. Puis il se fit plus sérieux et ajouta :
« Et tu te vois venir prendre le thé chez mes parents ? Si tant est qu'ils ne m'aient pas renié et déshérité dans le processus ? »
Hermione déglutit. Elle s'imaginait autant débarquer au manoir Malefoy qu'aller rendre visite à Bellatrix Lestrange dans sa cellule. Par mesquinerie, elle répondit :
« Ton père est en prison, et si j'ai bien suivi toute l'affaire, la fortune Malefoy ne t'assurera plus un très gros héritage... »
Malefoy pâlit. Évitant son regard, Hermione commença à rouler les champignons dans le sel à l'ail pour cacher son évident manque d'assurance. Elle se souvenait de la dernière fois qu'ils avaient évoqué son père : la marque sur sa joue venait à peine de disparaître.
« Et il y aurait beaucoup, beaucoup, de sujets qu'il faudrait qu'on évite pour ne pas s'entre tuer », conclu-t-il d'une voix glaciale, comme si ce que venait de dire Hermione en était un exemple probant.
Il avait raison. Bien sûr qu'il avait raison. On ne peut pas vivre d'amour et d'eau fraîche, Hermione le savait pertinemment. C'était pour cette raison qu'elle n'avait jamais pensé à tout ça comme à quelque chose de possible, c'était pour cette raison que ça lui faisait si mal d'être amoureuse de lui. Ce serait trop compliqué, trop de prise de tête, trop de prise sur soi, tout le temps. Avaient-ils seulement eu un peu de complicité tous les deux ? Avaient-ils jamais ri ensemble ? Non. Parce qu'il n'y avait rien de plaisant dans leur relation, sauf cette envie qui les tirait l'un vers l'autre. Le silence s'installa et on n'entendit bientôt plus que les frottements du sel contre les bolets. Mais il y avait encore quelque chose qu'Hermione voulait éclaircir…
« Qu'est ce qui a changé entre ce matin et maintenant Malefoy ? », demanda-t-elle au bout d'un moment.
Le blond haussa un sourcil interrogateur.
« Ce matin tu ne voulais pas de relation avec moi et maintenant tu ne peux pas avoir de relation avec moi... », précisa-t-elle à mi-voix.
Il eut à nouveau un de ses rictus moqueur.
« Rien n'a changé Granger, que je te fasse comprendre que je ne peux pas ne veux pas dire que je le veuille »
Raaaa, qu'est-ce qu'il l'énervait avec ses vérités à quatre sous ! Hermione se renfrogna en rougissant. Elle avait l'affreuse sensation qu'il tenait complètement les rennes de la discussion. Il lui dévoilait ce qu'il voulait, jouait avec les mots, lui donnait de l'espoir puis se moquait de ce qu'elle avait pu comprendre. Elle avait l'impression d'être ballottée entre espoir et désespoir. Elle s'enferma dans le silence, Malefoy fit de même.
Quand il ne resta plus qu'une dizaine de champignons, la Gryffondor mis de l'eau à chauffer. Elle avait envie de parler à Ginny, son amie avait le don pour comprendre des choses invisibles à ses yeux. Elle avait même envie de parler à Ron pour essayer de le laisser la convaincre qu'elle s'était faite rouler et que tout ça c'était de la comédie. Elle ne savait plus quelle attitude adopter, elle avait l'impression de s'être faite déposséder de ce qu'elle était. Elle revint aux champignons, et le temps qu'ils recouvrent les derniers de sel à l'ail, l'eau s'était mise à bouillir. Malefoy poussa les siens vers ceux de la Gryffondor pour n'en faire qu'un tas, et Hermione les plongea dans la casserole et retourna le sablier. Le Serpentard se leva alors sans un mot et sortit de la serre. Hermione le suivit du regard en fronçant les sourcils. Où est-ce qu'il allait, cet imbécile ? En se tournant vers sa place, elle remarqua qu'il avait laissé ses gants, son écharpes et sa veste. Elle haussa les épaules et se leva pour aller chercher une passoire et une autre casserole. Il revint une minute à peine plus tard, se lava les mains et se dirigea vers sa place d'un pas lent. Hermione, qui vérifiait que l'eau bouillait toujours et qui était entre le garçon et sa chaise, frissonna lorsqu'il la frôla en passant à ses côtés. Elle s'imagina qu'il s'arrêtait derrière elle et qu'au lieu d'aller s'asseoir, il passait une main sur ses hanches, vers son ventre. Il l'attirait alors vers lui, comblant l'espace entre eux, lui plaquant le dos contre son torse. Dégageant ses cheveux de sa nuque de sa main libre, il l'embrassait doucement à la base du cou, puis sur le côté, remontant vers sa joue…
« Oh Granger ! »
Hermione sursauta et se tourna vers le Serpentard en sentant ses joues s'embraser. Il fronça légèrement les sourcils, et montra le sablier du doigt.
« ça fait trois minutes », dit-il simplement.
« Ah, oui, je… j'avais pas vu... », répondit-elle précipitamment en retirant la casserole du feu.
Elle renversa la première casserole dans la passoire qu'elle avait posée sur la deuxième, la remplit d'eau froide, posa l'autre sur le feu pour que l'eau bout à nouveau et plongea les bolets dans la première casserole. Tous ses gestes avaient étés fébriles et imprécis. Elle avait renversé de l'eau partout en égouttant les champignons et avait failli les replonger dans l'eau chaude au lieu de l'eau froide. Pendant tout ce temps, Malefoy l'avait regardée avec un amusement croissant, et quand elle eut remis les bolets dans l'eau qui bouillait de nouveau et tourné le sablier, il lui demanda :
« A quoi tu pensais ? »
Elle reprit aussitôt les couleurs qu'elle avait commencé à perdre en s'occupant des champignons, mais réussit à se tourner vers lui pour lui lancer un regard noir. Il semblait profondément amusé par la situation et Hermione était convaincue que, même s'il n'en connaissait pas les détails, il avait très bien compris à quoi elle pensait. Il l'énervait à revenir à la charge ! Il pouvait bien lui faire la leçon et lui dire qu'il n'y était pour rien dans ce qu'elle ressentait, tient ! Et ça, c'était rien ?! Il aurait très bien pu passer ça sous silence et basta ! Alors, parce que c'était le truc le plus logique qu'elle avait trouvé à faire, elle l'embrassa.
